Importations d’armes : pourquoi les armées africaines prennent leur indépendance

Source: The Conversation – in French – By Nate Allen, Associate Professor of Security Studies, National Defense University

Les armées africaines reposent sur une puissance importée. Des pays étrangers tels que la Chine, la Russie, les États-Unis, la Turquie et la France dominent le marché des armes du continent. Ensemble, ils fournissent tout, des armes légères aux hélicoptères d’attaque, en passant par les drones et les équipements de communication.

Les résultats sont souvent très médiocres. Du Sahel à la Somalie, les armes et équipements fournis par l’étranger se détériorent rapidement, restent inutilisés faute d’entretien, ou nécessitent une expertise que les forces locales ne sont pas formées à maintenir. Dans le même temps, les insurgés à moto équipés d’AK-47 et d’explosifs improvisés prennent le dessus.

Les problèmes liés à l’équipement militaire sont souvent dus à la corruption ou à la mauvaise gestion des armées africaines. Ces problèmes ont été largement documentés par des chercheurs.

Aujourd’hui, une révolution silencieuse est en cours. Collectivement, nous avons passé des décennies à effectuer des recherches et à travailler avec les armées africaines. Nous avons remarqué une tendance croissante au mécontentement vis-à-vis de la dépendance à l’égard d’acteurs externes pour la constitution de leurs forces de sécurité. En conséquence, les gouvernements africains sont de plus en plus déterminés à réduire leur dépendance vis-à-vis des fournisseurs étrangers et à développer des capacités qu’ils peuvent contrôler, maintenir et adapter.

De nombreux pays africains, du Nigeria au Kenya en passant par le Maroc, misent sur de nouvelles technologies disruptives et des partenariats afin de localiser les chaînes d’approvisionnement de la défense et de développer des capacités militaires locales.

La réduction des obstacles à l’innovation offre aux pays africains la possibilité de passer du statut de consommateurs de sécurité à celui de producteurs.
Certains sont même devenus des exportateurs d’équipements et de technologies militaires. Le Maroc est le pays qui a le mieux réussi dans cette stratégie. Il a réussi à tripler ses exportations d’armes au cours des dernières années. Et il est en passe de devenir un pôle de fabrication dans le domaine de la défense.

Cette évolution pourrait permettre aux armées africaines de projeter et de maintenir leurs forces de manière plus durable et de tirer profit d’un marché mondial des armes en pleine croissance.

Les défis de la dépendance

Sur le papier, les équipements militaires importés promettent des capacités de pointe. Dans la pratique, ils sont souvent source de frustration.

Le Mali en est l’illustration la plus frappante. À partir de 2021, la Russie a fourni à Bamako une « petite force aérienne » composée de dizaines d’hélicoptères d’attaque, d’avions de transport et d’autres avions de combat. Cela s’inscrivait dans le cadre de son rôle croissant en matière de sécurité au Sahel.

Mais cette force aérienne n’existe plus. Les deux avions de combat Sukhoi-25 que le Mali a reçus ont été perdus en quelques mois. Sur les huit hélicoptères d’attaque Mi-35M et Mi-171, un seul est resté en état de marche moins d’un an après sa livraison. L’armée malienne n’a pas été en mesure de les entretenir.

Pendant ce temps, des groupes rebelles équipés de fusils volés, de canons antiaériens légers et d’artillerie artisanale ont envahi les avant-postes militaires et encerclé Bamako.

Même les armées africaines les mieux équipées ont du mal à faire face. L’Afrique du Sud dispose de l’une des flottes d’avions de combat les plus avancées du continent. Mais seule la moitié de ses avions JAS Gripen de fabrication suédoise et sept de ses 39 hélicoptères Oryx étaient en état de marche à la mi-2024. Cela était dû à des pénuries de pièces détachées et à des lacunes en matière de maintenance.

Le fabricant d’armes public sud-africain Denel, autrefois un producteur de défense et d’aérospatiale de classe mondiale, s’est affaibli au cours de la dernière décennie. Les difficultés financières, les défaillances de gouvernance et la patrimonialisation de l’État ont entraîné des pénuries de liquidités, des fournisseurs impayés et une perte de personnel qualifié.

Le Ghana possède l’une des flottes les plus performantes de la région.
Mais bon nombre de ses navires restent inutilisables. Les plans ambitieux visant à agrandir la flotte ont été retardés en raison de coûts prohibitifs. Une corvette moderne coûte 200 millions de dollars américains, soit la moitié du budget militaire du Ghana pour 2024.

Solutions locales

L’attrait croissant pour des solutions locales s’est manifesté en août 2025, lorsque le Nigeria a réuni 37 chefs de la défense africains pour discuter de la manière de développer des solutions de sécurité locales.

Le chef de la défense nigériane de l’époque, le général Christopher Musa, a exhorté ses homologues à innover à leur manière en investissant dans la cyberdéfense, l’intelligence artificielle et les technologies militaires locales.

Le Nigeria a déjà commencé à le faire. Il fait partie des rares pays africains à disposer d’un commandement de guerre cybernétique dont le nombre augmente progressivement. Le pays développe la production locale d’armes légères et de munitions. Il développe également et conçoit des [appareils portables](https://www.military.africa/2024/09/nigerian-army-determined-to-adopt-smart-soldier-concept/ “) dotés d’une intelligence artificielle.

Le Nigeria est également devenu un leader continental dans la production de systèmes aériens sans pilote. Il s’agit notamment de drones FPV légers, de drones kamikazes à usage unique et de drones de combat à longue endurance. Une usine de drones située à Abuja est désormais capable de produire 10 000 drones par an.

Le Nigeria n’est pas le seul dans ce cas. Neuf pays africains produisent désormais des drones, qui occupent une part croissante du marché africain. Vingt-et-un ont lancé et possèdent des satellites. L’Afrique du Sud le Kenya et le Sénégal expérimentent :

  • l’impression 3D (fabrication d’objets en 3D à partir d’un fichier numérique en ajoutant des couches successives de matériau) pour les pièces de rechange essentielles

  • des essaims de drones pour la sécurité des frontières, et

  • des communications par satellite pour réduire la dépendance vis-à-vis des renseignements provenant de signaux externes.

Prochaines étapes

Ces tendances reflètent une prise de conscience plus large. Dans un monde marqué par la rivalité croissante entre grandes puissances et par des alliances internationales qui évoluent, la capacité de prendre des décisions indépendantes en matière de défense et de sécurité doit être essentielle pour les États.

Développer des chaînes d’approvisionnement locales est nécessaire ne suffit pas. Pour réduire la dépendance aux fournisseurs étrangers, il faut à la fois des institutions qui fonctionnent et des cadres réglementaires et un capital humain bien formé afin de transformer l’innovation en résultats concrets.

La cybersécurité, la gouvernance des données et les questions éthiques doivent également être prises en compte, afin que la souveraineté technologique ne devienne pas un facteur de vulnérabilité. L’adoption des technologies contribuera peu à améliorer la sécurité des citoyens africains si celles-ci servent à consolider des élites corrompues ou à porter atteinte aux droits humains.

Enfin, si une plus grande indépendance dans la production de plateformes et de technologies de défense est un objectif louable, l’autonomie totale relève de l’illusion. Pour les systèmes militaires les plus avancés — tels que les missiles sophistiqués, l’intelligence artificielle de pointe, les avions de combat pilotés, ainsi que des composants essentiels comme les puces et les semi-conducteurs — les gouvernements africains conserveront pendant longtemps un certain degré de dépendance vis-à-vis d’acteurs extérieurs.

La prochaine phase de la transformation de la défense en Afrique devra aller au-delà de l’acquisition de technologies et d’équipements avancés. Elle devra veiller à ce qu’ils soient adaptés aux menaces spécifiques du continent et à ce qu’ils soient gérés et entretenus localement.

Les opinions exprimées sont celles des auteurs et ne reflètent pas la position officielle du Africa Center for Strategic Studies, de la National Defense University ou du département de la Defense.

The Conversation

The authors do not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and have disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Importations d’armes : pourquoi les armées africaines prennent leur indépendance – https://theconversation.com/importations-darmes-pourquoi-les-armees-africaines-prennent-leur-independance-277325

Insomnie et avancée en âge : pourquoi les somnifères au long court ne sont pas indiqués, et quelles solutions adopter ?

Source: The Conversation – France in French (3) – By Véronique Lefebvre des Noëttes, Psychiatre du sujet âgé, chercheur associé au Laboratoire interdisciplinaire d’étude du politique Hannah Arendt (Université Paris-Est Créteil), co-directeur du département de recherche Éthique biomédicale du Collège des Bernardins, Université Paris-Est Créteil Val de Marne (UPEC)

À mesure que nous vieillissons, notre sommeil se modifie. Il est important d’avoir conscience de ces changements, pour ne pas se considérer, à tort, comme insomniaque. Mais si l’insomnie nous frappe réellement, que faire ? Avant tout, en déterminer la forme, identifier les causes du problème, puis mettre en place des solutions adaptées… parmi lesquelles ne figure surtout pas la prise de somnifères au long cours !


Nous passons environ le tiers de notre vie à dormir. Cela signifie qu’une personne de 75 ans qui aurait dormi huit heures chaque nuit aura passé vingt-cinq ans dans les bras de Morphée et, selon les estimations, près de cinq ans à rêver.

Si le sommeil occupe une telle place dans nos existences, c’est qu’il s’agit d’une fonction vitale. Il permet en effet à notre corps de se régénérer et nous aide à maintenir une humeur stable, à apaiser nos conflits intrapsychiques et à être efficaces au cours de la journée.

Cependant, à mesure que l’on vieillit, le sommeil se modifie. Cela peut se traduire par des difficultés d’endormissement, notamment. Face à une telle situation, quels sont les bons gestes à adopter, et ceux à éviter ? Voici quelques pistes de réponse.

Le sommeil se modifie avec l’âge

Le sommeil se divise en cycles d’environ 1,5 heure. Chaque cycle comporte quatre stades : sommeil léger, sommeil intermédiaire, sommeil profond, puis sommeil paradoxal (durant lequel se produisent les rêves).

Bien dormir est indispensable au bon développement cérébral, en particulier chez les bébés. Chez l’enfant, il régule la production d’hormone de croissance ainsi que la production d’autres hormones tout au long de la vie, pendant le sommeil lent profond : le cortisol (hormone de l’éveil et du stress) et l’insuline (l’hormone de l’appétit).

Le sommeil permet aussi à l’organisme de récupérer de la fatigue nerveuse, de « trier » les innombrables informations que notre cerveau a dû traiter dans la journée, puis de les stocker en créant de nouvelles connexions nerveuses, et ainsi de développer notre mémoire.

Nous savons aussi aujourd’hui que le sommeil est utile pour éliminer les « déchets » et éviter l’agrégation de protéines β-amyloïdes entre les neurones, lesquelles constituent les « plaques séniles » qui sont l’une des composantes de la maladie d’Alzheimer (avec les agglomérats de protéines TAU à l’intérieur des neurones).

Enfin, dormir suffisamment est par ailleurs associé à une meilleure réponse immunitaire.

Toutefois, avec l’avancée en âge, le sommeil change. Son architecture se modifie de manière insidieuse : il devient plus léger, plus séquencé, avec plus de micros réveils. Les dormeurs ont la sensation d’avoir vu toutes les heures défiler sans être parvenu à sombrer dans un sommeil lent profond. L’avance de phase (se coucher tôt et se lever tôt) devient aussi plus fréquente (il est possible de compenser avec des siestes en journée (mais pas plus d’une demi-heure).

Il faut savoir que ces modifications touchent davantage les femmes que les hommes, car la ménopause impacte le sommeil en raison de la diminution du taux d’œstrogène. Par ailleurs, elles sécrètent moins de mélatonine (l’hormone du sommeil).

Lorsque l’on est bon dormeur habituel, ces changements peuvent être déstabilisants. Il vaut donc mieux connaître le fonctionnement normal du sommeil avec l’avancée en âge afin d’éviter de stresser inutilement et de se croire insomniaque, ce qui peut mener à consulter dans le but de se voir prescrire des somnifères par son médecin.

Insomnie : de quoi parle-t-on ?

Très fréquente, l’insomnie toucherait de 15 % à 20 % des Français. On en distingue deux formes. L’une est transitoire : c’est l’insomnie d’endormissement. L’autre est plus difficile à traiter, c’est l’insomnie chronique.

L’insomnie d’endormissement est en général due au stress, à l’anxiété et à la dépression. Il peut aussi s’agir d’événements de vie stressants, comme le divorce, un deuil, l’annonce d’une maladie grave. L’anxiété est un facteur d’insomnie majeur, puisqu’elle active le cerveau qui se met en état d’hypervigilance (on n’arrive pas à s’endormir de peur d’un danger‚ réel ou non) : le corps est préparé à fuir quand il devrait se mettre au repos pour sombrer dans un sommeil réparateur.

L’insomnie chronique (autrement dit survenant trois nuits par semaine pendant trois mois minimum, avec des répercussions diurnes) touche 19 % des Français. Elle peut entraîner des difficultés de concentration (en particulier au travail, ce qui entraîne une baisse des performances), une fatigue et une somnolence diurne, des troubles de l’humeur (dépression), une irritabilité, une anxiété, des troubles de la mémoire, des difficultés d’attention avec des surrisques d’accidents de la route ou du travail, une diminution des défenses immunitaires contre les infections, un risque augmenté d’obésité et de diabète de type 2 (non insulinodépendant) et une majoration du risque cardiovasculaire (hypertension artérielle, infarctus, accidents vasculaires cérébraux).

Soulignons que lorsque les troubles du sommeil avec inversion du rythme veille/sommeil affectent des personnes âgées victimes de la maladie d’Alzheimer, ils constituent une source de souffrances supplémentaires pour celles-ci ainsi que pour leurs aidants, alors même que ces patients sont déjà très souvent touchés par plusieurs autres pathologies.

Que faire en cas d’insomnie chronique ?

Avant tout, il faut savoir qu’en cas d’insomnie chronique, la réponse thérapeutique ne doit pas être de prendre un somnifère de la famille des benzodiazépines au long cours. En effet, les personnes âgées consommant des benzodiazépines de demi-vie longue ont un risque augmenté de 60 % de développer une démence (majoritairement de type de la maladie d’Alzheimer), et ce, sans que cela soit explicable par d’autres facteurs, comme l’a démontré dès 2015 l’étude dirigée par le professeur d’épidémiologie et de santé publique Christophe Tzourio. Par ailleurs, l’emploi de ces molécules n’est pas sans risque (voir encadré « Attention aux benzodiazépines »).




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De plus, si elles apaisent rapidement les symptômes de l’anxiété‚ les molécules benzodiazépiniques ne s’attaquent ni à ses causes ni à celles de l’insomnie. Selon les recommandations de la Haute Autorité de santé 2024, aucune benzodiazépine n’est indiquée dans le traitement de l’insomnie chronique, et on ne doit pas les prendre pendant plus de quatre semaines (durée qui comprend la période de sevrage).

Pour lutter contre l’insomnie chronique, en première intention le traitement recommandé est le recours aux thérapies comportementales et cognitives (TCC). Contrairement à la psychanalyse, ces thérapies sont centrées non pas sur le passé mais sur le présent. Elles visent à identifier ce qui nous empêche de bien fonctionner (les mécanismes de blocages, les sources d’anxiété…) et à nous amener à progressivement adopter d’autres manières de penser ainsi qu’à modifier nos croyances et nos comportements. Cela nécessite une collaboration active au début de la thérapie, pour ensuite se l’approprier et améliorer durablement notre fonctionnement.

Cette approche vise à mieux comprendre son sommeil et ses troubles par une analyse fonctionnelle. Par exemple, si vous ne dormez pas durant trois nuits d’affilée, il est important de rechercher les facteurs déclenchants. Il peut s’agir de soucis de la journée qui tournent en boucle dans votre tête, d’un deuil qui vous a affecté, de l’annonce d’une maladie grave, de contrariétés intrafamiliales, d’un excès (ou d’un déficit) d’activités, d’un abus de boissons énergisantes, de repas trop copieux…

L’idée est de recenser ses habitudes de vie et de sommeil en tenant un agenda de sommeil, d’apprendre à lutter contre ses fausses croyances (« Si je ne prends pas mon somnifère, je ne vais pas dormir »), et d’ajuster le temps passé au lit et son temps de sommeil. Il faut également apprendre de nouvelles règles d’hygiène de vie et respecter certaines règles (voir encadré « Dix clés pour mieux dormir »).

Il est par exemple important de comprendre que si l’on s’endort à 22 heures et que l’on se réveille à 5 heures du matin, on n’est pas insomniaque (même si on a eu quelques petits réveils dans la nuit – notamment, avec l’âge, pour aller aux toilettes). Inutile, donc, de rester encore au lit en attendant de se rendormir, le sommeil ne viendra plus. Cependant, en cas de fatigue, on pourra envisager une petite sieste vers 14 heures.

En outre, si nécessaire, la mélatonine peut aussi être proposée comme alternative aux somnifères. Cette hormone joue plusieurs rôles essentiels dans notre organisme : elle régule l’horloge biologique, le rythme nycthéméral, la sécrétion d’autres hormones et les variations de température du corps. Sa production diminue avec l’âge, la consommation d’alcool, de café, d’excitants et de certains médicaments stimulants.

Il faut savoir que la production de mélatonine est déclenchée par l’obscurité (d’où la nécessité de faire le noir ou de simuler la nuit pour mieux dormir), et que ladite production cesse lors de l’exposition à la lumière vive (d’où la préconisation d’éteindre les écrans longtemps avant de dormir).

Cette molécule est fréquemment utilisée en gériatrie et pour traiter les situations de décalage horaire ou d’insomnies transitoires. Contrairement aux benzodiazépines, elle n’a pas d’effets indésirables, mais ses effets sédatifs peuvent être plus légers. L’une des limites de cette approche est que la mélatonine ne fonctionne pas de la même manière chez tout le monde et que son efficacité peut être variable d’une personne à l’autre.

Enfin, si l’insomnie persiste plus de trois mois sans amélioration et a un impact important sur le déroulé de la journée, un traitement médicamenteux est possible, en seconde intention. Ainsi, l’hypnotique daridorexant, dont la propriété est de diminuer l’éveil, est désormais autorisé dans ce contexte.

En conclusion, il n’y a pas de fatalité à mal dormir. Cependant, le réflexe de prendre un somnifère doit laisser la place aux thérapies comportementales et cognitives, à la relaxation, à de nouvelles règles d’hygiène de vie ainsi qu’à des alternatives médicamenteuses non benzodiazépiniques.


Pour aller plus loin

Véronique Lefebvre des Noëttes, Bonne nuit, bonne santé ! Comment retrouver votre sommeil sans médicaments pour vivre mieux et plus longtemps, éditions du Rocher, 2025.

The Conversation

Véronique Lefebvre des Noëttes ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Insomnie et avancée en âge : pourquoi les somnifères au long court ne sont pas indiqués, et quelles solutions adopter ? – https://theconversation.com/insomnie-et-avancee-en-age-pourquoi-les-somniferes-au-long-court-ne-sont-pas-indiques-et-quelles-solutions-adopter-277870

Des quartiers qui votent peu, des politiques qui les oublient : une double absence dans les quartiers populaires ?

Source: The Conversation – France in French (3) – By Antoine Lévêque, Maître de Conférences, Université Paris Dauphine – PSL

Dans de nombreuses villes, l’éloignement des urnes produit des effets sur l’action publique. Il amoindrit les chances d’arbitrages favorables aux habitants des quartiers populaires, et donc la perception de l’intérêt de la pratique du vote pour leurs populations. Comment la démobilisation électorale agit-elle sur la fabrique de l’action publique urbaine ?


À la veille du scrutin municipal, comme devant chaque échéance électorale, les liens entre participation politique, programmes et action publique interrogent nombre de commentateurs et commentatrices. C’est l’occasion de reprendre quelques enseignements tirés des espaces où l’on participe le moins à la vie politique institutionnalisée. Les quartiers populaires cumulent aujourd’hui une forte abstention électorale et des inégalités persistantes dans l’accès aux ressources et aux services urbains.

L’exemple de Vaulx-en-Velin, ancien bastion du communisme municipal de l’agglomération lyonnaise, met en lumière un mécanisme de « double absence ». À mesure que les élus s’éloignent des sociabilités populaires, les intérêts des habitantes et habitants de ces quartiers pèsent de moins en moins dans les choix d’action publique. En retour, les chances pour les populations locales de mesurer l’effet de leurs voix sont amoindries.

Quand l’ancrage politique faisait la  ville

Depuis les années 1930 et les conquêtes électorales des banlieues rouges qui se succèdent dans l’après-Première Guerre mondiale, les élus et élues communistes ont construit leur légitimité sur un lien étroit avec les classes populaires. À Vaulx-en-Velin (Rhône), ce lien a signifié un personnel politique issu des milieux ouvriers, fortement inséré dans les sociabilités locales, et une action municipale tournée vers la production de biens collectifs : logements sociaux, équipements publics, services de transport collectif.

La construction des grands ensembles de Vaulx-en-Velin dans les années 1960 s’est accompagné ainsi d’une attention particulière tournée vers ces équipements et des projets ambitieux d’infrastructure, comme leur desserte en métro.




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Fonder des villes populaires, modernes et équipées impliquait néanmoins une intervention de l’État négociée. Pour cela, le personnel politique local pouvait s’appuyer sur des relais, dans les ministères, auprès des mondes professionnels de l’aménagement urbain, ou encore du fait du rapport de force politique établi plus largement. Principal parti d’opposition du pouvoir gaulliste, le Parti communiste français (PCF) est alors autant surveillé que craint. Pour mémoire, la décennie 1960 est marquée par le renforcement de l’ancrage communiste et par ses conquêtes électorales qui l’installent confortablement au-delà des 20 % des suffrages exprimés aux élections nationales. Localement, cela se vérifie jusqu’aux élections municipales de 1977 (Figure 2). Le PCF est de très loin la première force politique en nombre de militants, sur l’ensemble du territoire comme dans le département du Rhône, selon ses responsables comme les services de renseignement de la préfecture.

Cette capacité à représenter les intérêts des classes populaires repose toutefois sur des médiations multiples : des cellules locales du parti aux syndicats des entreprises du territoire, en passant par les associations, notamment de parents d’élèves, mais aussi la proximité quotidienne entre le personnel politique et administratif et les populations. L’action publique locale est alors pensée et formulée à l’aune d’un ancrage dépassant le travail politique pour se mêler aux sociabilités ordinaires assurant la médiation des intérêts des classes populaires.

Différents travaux insistent ainsi sur les effets produits, à Vaulx-en-Velin comme ailleurs, par un long processus de socialisation politique à travers l’action publique. La production de services urbains et de biens permettant d’offrir une protection, des loisirs, des soins, une éducation et un avenir collectif est au cœur des processus d’adhésion des classes populaires aux mouvements socialistes et plus largement à la société démocratique dans son ensemble.

Un cercle vicieux de désaffiliation politique et de relégation dans l’action publique

À partir des années 1970, ces médiations se défont. Le déclin du communisme municipal s’accompagne d’une mutation du recrutement des élues et élus, et de leurs trajectoires. Moins proches des classes populaires locales, les maires de Vaulx-en-Velin ne partagent plus nécessairement l’expérience des discriminations ou des problèmes sociaux. Ils sont en revanche de plus en plus intégrés aux espaces intercommunaux de gouvernement et aux sociabilités édilitaires. Si cela leur assure de nouvelles ressources pour alimenter l’action municipale – de plus en plus aux mains du maire –, ils se trouvent en même temps progressivement coupés des énoncés alternatifs aux mots d’ordre qui circulent dans ces espaces politiques et administratifs de l’action publique urbaine.

Progressivement, en effet, l’élaboration des politiques urbaines s’est déplacée vers l’échelon métropolitain. Des institutions moins exposées au débat public deviennent les lieux clés de sélection des problèmes et des solutions à mettre en œuvre, au premier rang desquels la communauté urbaine de Lyon, devenue métropole en 2015. Cela contribue à renforcer les logiques d’autonomie voire d’opacité des champs politique et administratif locaux. L’institution municipale dans son ensemble s’en trouve transformée. Les postes d’encadrement sont davantage occupés par des personnes extérieures au territoire qui évoluent sur un marché local de l’emploi public élargi et moins politisé. En conséquence, les nouvelles façons de définir les priorités d’action et les problèmes publics se font d’autant plus à distance des fractions populaires de l’espace social, même lorsque ces solutions et problèmes les concernent directement. Les quartiers populaires cessent d’être pensés comme des espaces à équiper pour devenir des « territoires à gérer », voire à réhabiliter, en attirant d’autres populations mieux dotées, au nom de la mixité sociale.

À Vaulx-en-Velin, les projets de desserte des grands ensembles incarnent bien les effets de ces nouvelles grilles de lecture. Ces projets sont progressivement abandonnés ou redéfinis, tandis que les investissements se concentrent sur d’autres secteurs jugés plus stratégiques et attractifs. Résultat : lorsque le métro et le tramway arrivent finalement à Vaulx-en-Velin, à la fin des années 2000, ils contournent les quartiers d’habitat social les plus peuplés pour desservir un nouveau quartier aux fonctions économiques métropolitaines et avec des logements moins accessibles.

Au sud de la commune, le « Carré de soie » est un projet urbain accueillant le siège régional de groupes tertiaires d’envergure, un centre commercial et de nombreux logements privés ou en accession à la propriété. Ce contournement n’est pas le fruit d’une décision explicite, mais le résultat d’arbitrages successifs dans lesquels les intérêts des quartiers populaires sont de moins en moins portés.

Figure 1 : Éloignement progressif des projets d’infrastructure de transport à Vaulx-en-Velin (Rhône) des grands quartiers d’habitat social (1970-2007). Carte élaborée par l’auteur.


Fourni par l’auteur

Cette évolution est d’autant plus problématique qu’elle est entretenue par la démobilisation électorale. Les habitantes et habitants des quartiers où l’on vote le moins sont aussi ceux qui pèsent le moins dans les arbitrages publics, alimentant un cercle vicieux de désaffiliation politique et de relégation dans l’action publique. Lorsque le PCF perd la ville en 2014, les élections ne se jouent plus qu’à une centaine de voix et la nouvelle maire (issue du Parti socialiste, ndlr)) rassemble moins de 10 % de l’électorat au premier tour.

Figure 2 : Participation aux premiers tours des scrutins municipaux depuis 1965 à Vaulx-en-Velin (Rhône) et vote en faveur du maire (en %). Graphique élaboré par l’auteur. Source : Archives municipales de Vaulx-en-Velin.

Repenser la représentation locale

L’exemple de Vaulx-en-Velin éclaire ainsi une « double absence » : absence des classes populaires dans les arènes politiques et administratives locales, et absence relative de leurs intérêts dans les arbitrages emportant les moyens de l’action publique. Il invite aussi à dépasser une lecture de l’abstention réduite au désintérêt politique. Celle-ci est aussi le produit de transformations profondes de l’offre politique et des modes de gouvernement urbain, qui tendent à éloigner durablement les classes populaires des lieux où se décident les politiques qui les concernent.

Les élections municipales de 2020 ont engagé un renouvellement du personnel politique dans plusieurs grandes villes. Les nouveaux exécutifs disposent de pouvoirs métropolitains renforcés par une série de réformes survenues tout au long des années 2010. Alors que les inégalités continuent de croître et que la défiance démocratique progresse encore, l’enjeu n’est pas seulement de faire revenir les habitantes et habitants des quartiers populaires aux urnes, mais aussi de recréer les médiations politiques capables de porter leurs intérêts dans les espaces de gouvernement.


Cet article fait partie du dossier « L’enjeu municipal : mécaniques de l’action publique locale » réalisé par Dauphine Éclairages, le média scientifique en ligne de l’Université Paris Dauphine – PSL.

The Conversation

Antoine Leveque a reçu des financements de l’ANRT (ministère de l’ESR) pendant sa thèse, puis occupé plusieurs emplois en laboratoire de recherche.

ref. Des quartiers qui votent peu, des politiques qui les oublient : une double absence dans les quartiers populaires ? – https://theconversation.com/des-quartiers-qui-votent-peu-des-politiques-qui-les-oublient-une-double-absence-dans-les-quartiers-populaires-277747

La religion et les allégeances politiques ont-elles un impact sur l’appui à l’enseignement de certaines matières à l’école ?

Source: The Conversation – in French – By Frédérick Guillaume Dufour, Professeur en sociologie politique, Université du Québec à Montréal (UQAM)

Deux rapports récents ont fait état d’une montée de l’homophobie et de la misogynie dans les écoles québécoises. Tant celui du GRIS-Montréal que celui de la Fédératon autonome de l’enseignement (FAE) pointe du doigt l’influence des masculinistes comme Andrew Tate.


Depuis près de deux semaines, ce rapport de la FAE s’est retrouvé au cœur des polarisations sociales en ligne, tout comme celui du GRIS-Montréal un an plus tôt. Plusieurs leur reprochent de ne pas explorer suffisamment la dimension religieuse des répondants et l’’intensité de leur pratique religieuse.

En contexte de polarisations, la présentation de telles études sur les réseaux sociaux reçoit régulièrement une réception partisane.

Ainsi, une partie de la gauche de la gauche a tendance à voir l’opposition à une éducation libérale sur les enjeux de sexualité et de droits des homosexuels dans les écoles comme étant le fait exclusif de la montée de l’extrême droite. Une partie de la droite conservatrice a quant à elle tendance à identifier le rejet de ces matières comme étant le fait exclusif des minorités musulmanes.

Le prisme des polarisations sociales

Mes recherches s’inscrivent en sociologie politique. Depuis une dizaine d’années, je m’intéresse aux polarisations sociales entourant la montée du populisme de droite. Dans le cadre d’une subvention du Gouvernement du Canada obtenue par le Musée de l’Holocauste de Montréal, j’ai été mandaté pour réaliser un sondage avec la firme Léger Marketing sur un ensemble d’enjeux de société au cœur des polarisations sociales, allant de l’intolérance à l’antisémitisme, en passant par le populisme, le conspirationnisme, et la perception de l’immigration.

Dans une première enquête sur le vivre-ensemble et les polarisations sociales, nous avons sondé 1402 adultes québécois. Afin d’avoir un portrait des clivages sur les enjeux sociaux en fonction des données sociodémographiques, des intentions de vote au provincial et au fédéral, mais aussi des confessions religieuses, nous avons sondé un sur-échantillon de répondants musulmans (138) et de répondants juifs (78). Nous avions suffisamment de répondants chrétiens (774) pour ne pas avoir besoin de les sur-échantillonner.

L’enquête a été menée en juillet 2025 sur une plate-forme électronique en fonction de l’ensemble des régions administratives du Québec et des indicateurs sociodémographiques permettant d’établir un échantillon représentatif. Il faut cependant être prudent, car plus les sous-groupes ont de petits échantillons, plus la marge d’erreur augmente.

L’avantage des enquêtes sur plates-formes électroniques est qu’elles diminuent les biais de désirabilité des enquêtes où les répondants peuvent chercher à fournir la réponse la plus appropriée en fonction du contexte.

Un volet de l’enquête portait sur les thèmes que les répondants souhaitent voir enseigner par le système d’éducation publique au Québec.

La présentation succincte des données, qui portent cependant sur des adultes et non des adolescents, met en relief le caractère partial des postures militantes, de gauche comme de droite, sur ces enjeux.

Deux questions, trois dimensions

En matière d’éducation, nous nous sommes intéressés aux enjeux plus souvent au cœur des controverses publiques, soit le niveau d’appui des répondants à l’enseignement de l’histoire du Québec, à celle des pensionnats autochtones, de l’Holocauste, des droits des gais et lesbiennes et à l’éducation à la sexualité.

Ce sont sur ces deux dernières questions que nous présentons ici les résultats. Ils sont présentés sous la forme simple d’une analyse bivariée, c’est-à-dire qui met en relation deux variables sous forme de pourcentage. La variable dépendante est le niveau d’appui à l’enseignement de la matière. Une telle analyse ne permet pas de conclure à des relations de causalité, mais seulement d’identifier des tendances.

Les indicateurs sociodémographiques

88 % des répondants étaient favorables à l’enseignement de l’éducation à la sexualité et 58 % à l’enseignement de l’histoire des droits des gais et lesbiennes (DGL).

Le sexe ne permet pas de mesurer une variation significative à l’égard de l’appui à l’éducation à la sexualité, mais les femmes sont plus favorables (64 %) que les hommes (52 %) à l’enseignement de l’histoire des DGL. L’appui à l’éducation à la sexualité est plus élevé chez les 55 et + et l’appui à l’enseignement de l’histoire des DGL ne varie pas significativement en fonction de l’âge. La région ou le niveau de scolarité n’entraîne pas de variation très importante non plus.

La religion

Parmi les répondants chrétiens, 90 % se disent favorables à l’éducation à la sexualité. C’est le cas de 85 % des répondants juifs et de 53 % des répondants musulmans.

Quant à l’enseignement de l’histoire des droits des gays et lesbiennes, 24 % des répondants musulmans, 54 % des répondants chrétiens et 65 % des répondants juifs y sont favorables. Le tableau suivant présente les résultats auxquels nous ajoutons celui des athées et où les chrétiens sont séparés entre catholiques et protestants.

Dans ce premier tableau, la proximité entre les résultats des athées, des juifs et des catholiques est frappante.

Dans ce second tableau, la répartition des données est plus importante.

Voici nos résultats en fonction de l’intensité autodéclarée de la pratique religieuse. Les répondants croyants pouvaient indiquer l’intensité de leur pratique religieuse sur une échelle d’un à quatre, allant de « Pas du tout pratiquant » à « Très pratiquant ». Nous présentons les résultats en regroupant les résultats « plutôt pratiquant » et « très pratiquant ».

Le taux de répondants défavorables à l’enseignement de l’éducation à la sexualité augmente avec le niveau de religiosité, sauf pour le groupe « protestant » qui constitue notre plus petit échantillon, donc celui dont la représentativité est la moins fiable.

Dans ce quatrième tableau, on constate que la variable de l’intensité de la pratique religieuse entretient une relation moins claire avec la variable dépendante en fonction des confessions religieuses. Si les « Pas du tout pratiquant » sont globalement plus favorables à l’enseignement des deux matières, la progression est moins claire par la suite.

Les intentions de vote

Nos données indiquent un appui favorable au cours d’éducation à la sexualité chez 95 % des répondants ayant l’intention de voter pour le Parti Québécois (360) ou pour Québec solidaire (102). L’appui reste très favorable chez les électeurs potentiels de la CAQ (117) et du PLQ (342) à 88 % et 89 %. L’appui reste important à 79 % chez les électeurs potentiels du Parti conservateur du Québec (141) de Éric Duhaime.

Quant à l’enseignement de l’histoire des droits des gais et lesbiennes, 69 % des électeurs du PQ, 62 % des électeurs du PLQ et 60 % des électeurs de la CAQ y sont favorables. L’appui grimpe à 79 % chez les électeurs de QS et il est à 31 % chez ceux du PCQ.

Au fédéral, les données indiquent un appui favorable au cours d’éducation à la sexualité chez 94 % des bloquistes (330), 91 % des néodémocrates (71), 90 % des libéraux (486) et 83 % des conservateurs (215). Quant à l’enseignement de l’histoire des droits des gais et lesbiennes, il a l’appui de 89 % des néodémocrates, 67 % des bloquistes, 64 % des libéraux et 32 % des conservateurs.

Quelles tendances ressortent ?

On constate globalement un appui très fort à l’enseignement de l’éducation à la sexualité. Cet appui est moins fort chez les répondants de confessions musulmanes et chez les partisans des formations conservatrices, mais il reste majoritaire.

On constate un appui un peu moins fort à l’enseignement de l’histoire des gays et lesbiennes. Cet appui reste globalement majoritaire, mais il est sous les 50 % chez les partisans des formations conservatrices et chez les répondants de confession musulmane. Il reste que même chez ces catégories de répondants environ 3 répondants sur 10 sont favorables à l’enseignement de la matière en question. Cette catégorie de répondants n’est donc pas monolithique.


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Les « athées » et les répondants croyants s’identifiant « Pas du tout pratiquant » sont globalement plus favorables à l’enseignement des deux matières.

Des bémols en conclusion

L’opposition à l’enseignement de ces matières ne permet cependant pas de conclure que les répondants sont homophobes.

Les répondants peuvent par exemple estimer que le système scolaire québécois devrait prioriser d’autres matières.

Les répondants libertariens, qui votent souvent pour des formations conservatrices, peuvent quant à eux estimer que ce n’est pas à l’État de donner des orientations sur ces enjeux qu’ils considèrent relevant de la vie privée.

Les questions ne précisaient pas non plus l’âge auquel l’enseignement de ces matières devrait être dispensé. Cette variable pourrait faire varier les réponses de façon importante.

S’agissant de données récoltées à travers un seul sondage, elles ne permettent pas d’indiquer une variation temporelle dans une direction ou dans l’autre sur ces questions.

La question intéressante qu’il faudrait maintenant poser est : est-ce que le fait d’avoir été exposé à cette matière modifie la perception des jeunes de ces enjeux une fois rendue à l’âge adulte ? Un autre type d’enquête est nécessaire pour répondre à cette question.

La Conversation Canada

Frédérick Guillaume Dufour est professeur titulaire à l’Université du Québec à Montréal. Il collabore avec le Musée de l’Holocauste de Montréal à titre de chercheur dans le cadre d’une subvention du Gouvernement du Canada obtenue par le Musée.

ref. La religion et les allégeances politiques ont-elles un impact sur l’appui à l’enseignement de certaines matières à l’école ? – https://theconversation.com/la-religion-et-les-allegeances-politiques-ont-elles-un-impact-sur-lappui-a-lenseignement-de-certaines-matieres-a-lecole-277822

Un programme psychoéducatif pour soutenir les survivants d’un AVC et leurs proches

Source: The Conversation – in French – By Laura Monetta, Professeure titulaire. École de sciences de la réadaptation. Programme d’orthophonie, Université Laval

Chaque année, environ 15 millions de personnes dans le monde sont victimes d’un accident vasculaire cérébral (AVC). Environ un tiers d’entre elles conserveront une ou plusieurs séquelles entraînant des répercussions significatives sur leurs actes de la vie quotidienne. Afin de pallier le manque d’information en lien avec la vie après un AVC, j’ai développé en collaboration avec des collègues un programme psychoéducatif destiné à accompagner les personnes ayant survécu à l’AVC et leurs proches.


Les séquelles provoquées par un AVC peuvent impliquer des difficultés au niveau de :

L’hétérogénéité de ces séquelles, combinée à la diversité des habitudes de vie et des rôles sociaux antérieurs de chaque personne, engendre chez les personnes victimes d’un AVC de multiples situations de handicap. Un manque de soutien adéquat ou suffisant des personnes vivant avec les séquelles d’un AVC et de leurs proches peut avoir un impact négatif significatif sur leur sentiment d’efficacité personnelle et leur intégration sociale. Parmi les lacunes notables, on compte un manque d’enseignement des stratégies concrètes applicables à domicile, un manque d’informations sur l’évolution possible des séquelles, ou un manque d’accompagnement pour discuter de la situation vécue et des services existants.

Orthophoniste de formation, je travaille en tant que professeure à l’École de sciences de la réadaptation de l’Université Laval et chercheuse au CIRRIS. Mes travaux portent, entre autres, sur le co‑développement, la validité et l’implantation de programmes réalisés en collaboration avec le milieu communautaire. Ces programmes visent à favoriser l’intégration et la participation des personnes vivant avec des troubles acquis de la communication, notamment celles ayant des séquelles d’un AVC. J’ai co-développé avec l’organisme communautaire ARTERE et un groupe d’experts issus de différents domaines liés à l’AVC le programme L’AVC : par où commencer ?

Quelle prise en charge au Québec ?

Au Québec, lorsque des séquelles persistent à la suite d’un AVC, une prise en charge par les services de santé est prévue : que ce soit à l’hôpital, en centre de réadaptation, ou à domicile lorsque cela est possible. Cependant, la continuité des services de santé ou la transition vers le retour à domicile peut représenter un défi de taille, tant pour les personnes ayant subi l’AVC que pour leurs proches.

Devant cette réalité, l’organisme communautaire ARTÈRE, œuvrant dans la ville de Québec, et des chercheurs de l’Université Laval, ont co-construit le programme psychoéducatif intitulé L’AVC : par où commencer ?

Naissance du programme L’AVC : par où commencer ?

Le programme L’AVC : par où commencer ? a été conçu dans une perspective d’innovation sociale à partir d’un besoin exprimé par l’organisme ARTÈRE qui recevait régulièrement des demandes d’information de la part de personnes ayant survécu à un AVC et de leurs proches.

Ce programme vise à informer les gens sur les caractéristiques de l’AVC, la prévention, les besoins potentiels liés aux séquelles, les enjeux des proches (ex., les enjeux légaux), ainsi qu’à offrir des conseils et des stratégies pouvant améliorer la qualité de vie (au niveau moteur, communicationnel, alimentaire, comportemental, cognitif, de l’autonomie et de la participation sociale).




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Concrètement, comment ça marche ?

Le programme se déroule en présentiel dans le milieu communautaire. Il se divise en 9 séances (1 séance par semaine) articulées autour de 9 thématiques en lien avec l’AVC. Chaque séance dure environ 2h.

Une séance type se déroule comme suit : les personnes participantes au programme visionnent une ou plusieurs capsules vidéo enregistrées par des experts de contenu (médecins, orthophonistes, ergothérapeutes, psychologue, neuropsychologue, avocat, comptable, etc.) en fonction des données scientifiques actuelles. Par la suite, un temps d’échange dédié est organisé avec une personne du milieu communautaire assurant l’animation de la séance. Chaque personne participante a l’opportunité d’exprimer ses ressentis et de partager son vécu par rapport au thème présenté. La personne assurant l’animation modère les temps de parole et ajoute de l’information au besoin.


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Ce format dynamique permet de maintenir l’attention des personnes participantes et de créer des liens entre elles et avec l’organisme. De plus, une personne co-animatrice peut être présente lors des séances. En tant que survivante d’un AVC et personne ayant déjà suivi le programme, la personne co-animatrice apporte un regard complémentaire sur le programme et participe aux échanges de groupe.

Une vidéo de présentation du programme est disponible ici.




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Étude pilote : Le point de vue des personnes participantes

Les résultats d’une étude pilote effectuée auprès des personnes vivant avec les séquelles d’un AVC et de leurs proches montrent que le programme a permis aux personnes participantes :

  • De se sentir mieux informées à propos des manifestations et signes de l’AVC, des facteurs de risque, des moyens de prévention, des conséquences possibles après l’AVC, des ressources disponibles et des stratégies d’adaptation.

  • De se sentir mieux outillées pour faire face aux suites de l’AVC.

  • De développer un sentiment d’appartenance à un groupe en rencontrant d’autres personnes ayant vécu des expériences similaires.

Le programme répond aux besoins manifestés par les personnes ayant subi un AVC et leurs proches grâce à ces trois aspects principaux.

Un programme aux quatre coins du Québec

Aujourd’hui, le programme L’AVC : par où commencer ? est offert au sein de plusieurs associations/organismes communautaires à travers la province de Québec.

Autant pour les personnes ayant subi un AVC que pour les proches, avoir l’opportunité de discuter et de créer des liens avec des gens vivant une situation similaire constitue une grande richesse.

La mise en place d’un tel programme à l’échelle provinciale et nationale francophone représente une ressource communautaire unique et importante pour les personnes ayant subi un AVC. Le programme permet de combler un besoin actuellement non satisfait pour cette population clinique chez qui il existe encore un manque de services à la suite de la prise en charge par le système de santé.

La Conversation Canada

Laura Monetta a reçu un financement de recherche de la fondation ARTERE pour co-construire le programme: L’AVC par où commencer.

Héloïse Baglione ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Un programme psychoéducatif pour soutenir les survivants d’un AVC et leurs proches – https://theconversation.com/un-programme-psychoeducatif-pour-soutenir-les-survivants-dun-avc-et-leurs-proches-272489

Les poules font preuve de capacités d’apprentissage et de mémoire surprenantes dès leurs premiers jours de vie

Source: The Conversation – France in French (2) – By Cécile Arnould, Éthologue, Inrae

Un poussin âgé de seulement quelques jours est déjà capable de reconnaître sa mère et d’autres poussins avec lesquels il a été en contact. Deux exemples parmi tant d’autres qui démontrent des capacités cognitives qui pourront vous surprendre. Pour aller plus loin, nous vous proposons de lire un extrait de l’ouvrage Bien-être et comportement des poules domestiques, de Cécile Arnould, publié aux éditions Quae.


Les poules domestiques, comme beaucoup d’autres espèces d’oiseaux, sont capables de mémoriser des informations très précocement. Les embryons peuvent apprendre les caractéristiques des odeurs ou des vocalisations de leur mère. Les poussins âgés de 24 heures reconnaissent leur mère. Ils font la différence entre celle-ci et une autre mère avec laquelle ils n’ont pas été en contact auparavant. Élevés en présence d’un autre poussin, ils font la différence entre ce dernier et un poussin non familier. Dès cet âge, ils peuvent aussi mémoriser les caractéristiques d’un objet.

En effet, les poules domestiques ont une caractéristique propre aux oiseaux nidifuges. Les oiseaux nidifuges sont ceux qui, à l’éclosion, sont complètement développés et qui peuvent donc gambader tout de suite loin de leurs parents. À la différence des jeunes mésanges, qui restent bien au chaud dans leur nid ; ce sont des oiseaux nidicoles. Chez ces espèces nidifuges, on observe chez les poussins un phénomène appelé « empreinte ». Le poussin s’attachera à la première chose avec laquelle il sera en contact à l’éclosion. L’empreinte se met en place entre 1 et 4 jours, période durant laquelle la mère reste sur son nid après l’éclosion de sa couvée. Elle est naturellement dirigée vers sa mère, mais, en l’absence de mère, elle peut être dirigée vers un objet. Des poussins ayant développé une empreinte sur un objet se blottiront contre cet objet plutôt que contre un objet différent, que ce soit par sa forme, sa couleur, etc. L’empreinte peut aussi être dirigée vers une personne ; vous avez peut-être déjà vu Konrad Lorenz (1903-1989), éminent éthologiste ayant décrit ce phénomène chez des oies, suivi d’une ribambelle d’oisons. Lorsqu’il y a empreinte, la mémoire qui se forme possède des caractéristiques différentes de la mémoire classique. Elle se crée plus rapidement et dure plus longtemps.

Au-delà de ce phénomène particulier, dès 2 à 5 jours d’âge, les poussins se souviennent de tâches spatiales qu’ils ont apprises 24 heures auparavant. Par exemple, s’ils ont appris à faire un détour pour rejoindre des congénères, ils se rappellent le chemin qu’ils doivent emprunter. Les poussins sont par ailleurs capables de raisonnements simples. Ils ont la capacité à savoir qu’un objet existe même s’ils ne le voient pas complètement ou pas du tout. On parle de phénomène de permanence des objets. Cette capacité ne se développe qu’après quelques mois chez les enfants. Nous venons de voir qu’un poussin ayant développé une empreinte sur un objet ira se blottir contre lui. Eh bien, ce comportement persistera même si une partie de cet objet est partiellement cachée. Et, mis en présence de deux parois opaques identiques qui peuvent cacher cet objet, les poussins choisiront d’aller vers la paroi où ils ont vu l’objet disparaître complètement. De plus, si ces parois sont inclinées de telle sorte que l’une soit de hauteur et de largeur adéquates pour cacher la totalité de l’objet (paroi A) et l’autre pas (paroi B), les poussins, en l’absence de l’objet, se dirigeront vers la paroi formant un écran compatible avec le fait que l’objet puisse être caché derrière : la paroi A. Ces résultats signifient que les poussins se représentent l’objet même s’ils ne le voient pas ; ils ont une représentation mentale de ce dernier. Ils sont, par ailleurs, capables d’effectuer un raisonnement à partir de cet objet, c’est-à-dire de comparer la taille de cet objet à la taille des cachettes.

Il faut savoir que la poule domestique est une espèce territoriale et sociale avec une organisation hiérarchique. Cela signifie qu’il existe des relations de dominance et de subordination au sein des groupes, chez les coqs comme chez les poules. L’individu A domine l’individu B, qui domine l’individu C, etc. De temps en temps dans cette hiérarchie linéaire, plusieurs individus (par exemple C, D et E) vont avoir le même rang social. Aucun ne dominera les autres. Il suffit en général de quelques jours, pendant lesquels les individus du groupe s’affrontent (coups de bec, combats, poursuites), pour que la hiérarchie se mette en place. Par la suite, les individus connaissent leur place dans la hiérarchie. Les affrontements laissent la place à des menaces ou à des évitements. Les individus mémorisent les caractéristiques des autres individus avec lesquels ils vivent. Les poules domestiques sont capables de faire la différence entre des individus familiers, avec lesquels elles vivent ou qu’elles ont déjà rencontrés, et des individus inconnus. Elles reconnaissent chaque individu de leur groupe à condition que ce groupe ne soit pas trop grand (jusqu’à au moins une trentaine d’individus, voire peut-être cent).

Les poules peuvent aussi apprendre en observant les autres. Des poules juvéniles (d’environ 2 mois) ayant observé des congénères consommer un aliment qu’elles ne connaissent pas en mangeront une plus grande quantité, et mettront moins de temps pour commencer à s’alimenter avec, que celles n’ayant pas eu cette expérience. Des poussins de quelques jours apprennent où trouver un aliment après avoir observé un congénère. De même, après avoir observé un congénère picorer une bille recouverte d’une substance amère, si une bille similaire en apparence, mais non recouverte de cette substance amère, leur est présentée 24 heures plus tard, ils ne la picoreront pas.

Couverture de l’ouvrage « Bien-être et comportement des poules domestiques », paru aux éditions Quae.

Curieusement, une étude montre que les poules adultes apprennent plus vite une tâche d’association, où il faut picorer un bouton pour obtenir une récompense alimentaire, en voyant faire une poule dominante qu’une poule subordonnée. Et ce n’est pas lié à une différence de compétence entre les poules dominantes et subordonnées, les premières n’apprennent pas plus vite que les autres. Il est probable que cet effet soit plutôt le résultat d’une attention plus soutenue envers les individus dominants qu’envers les autres membres du groupe. Les poules peuvent apprendre à donner des coups de bec sur des boutons ou des écrans pour obtenir une récompense. Cette capacité a largement été utilisée, notamment dans les années 1970-1980, pour tester la motivation des poules à accéder à des perchoirs, des espaces de vie plus grands, des substrats pour effectuer des bains de poussière lorsqu’elles avaient été élevées en cage sur un sol grillagé. Ces travaux ont contribué à démontrer quels étaient les besoins des poules domestiques.

The Conversation

Cécile Arnould est l’autrice de « Bien-être et comportement des poules domestiques » dont cet article est un extrait.

ref. Les poules font preuve de capacités d’apprentissage et de mémoire surprenantes dès leurs premiers jours de vie – https://theconversation.com/les-poules-font-preuve-de-capacites-dapprentissage-et-de-memoire-surprenantes-des-leurs-premiers-jours-de-vie-277394

Pourquoi les végétaux des milieux extrêmes sont-ils souvent en forme de boule ?

Source: The Conversation – France (in French) – By Thierry Gauquelin, Professeur émérite, Institut méditerranéen de biodiversité et d’écologie marine et continentale (IMBE), Aix-Marseille Université (AMU)

Dans les sommets alpins ou méditerranéens, comme le désert marocain, de drôles de boules recouvrent les paysages. Ce sont des plantes qui, dans ces milieux extrêmes, adoptent cette silhouette aux avantages multiples.


Les milieux extrêmes, tels que la haute montagne méditerranéenne ou alpine, les environnements arides ou présahariens ou encore le littoral, sont souvent colonisés par des végétaux vivaces à port caractéristique en boule. Ces spectaculaires coussinets hémisphériques plaqués contre le sol peuvent être quasiment exclusifs dans le paysage. Dans les milieux où la sécheresse constitue l’une des contraintes majeures, ce port particulier s’accompagne de rameaux épineux et/ou succulents, c’est-à-dire de tiges charnues.

Ces formes en coussinet ne constituent pas une simple accommodation ou réaction à un facteur extérieur, comme le seraient les anémomorphoses, ces modifications de la forme des plantes et des paysages végétaux sous l’effet des vents dominants. C’est ici une adaptation des végétaux, inscrite dans leur patrimoine génétique et résultant d’une évolution à l’échelle de millions d’années.

À gauche, une Cytisus balansae du Haut Atlas occidental (Maroc) au port en boule, à droite une anémomorphose de myrte (Myrtus communis) sur le littoral varois.
Thierry Gauquelin, Fourni par l’auteur

Cette forme comporte de fait de nombreux atouts pour tirer au mieux partie des ressources rares et des contraintes nombreuses des milieux extrêmes.

Garrigue à xérophytes épineuses en coussinet (Haut Atlas central, Maroc).
Thierry Gauquelin, Fourni par l’auteur

Limiter la transpiration pour économiser l’eau durant les périodes sèches

Cette silhouette peut d’abord permettre de résister à l’assèchement, notamment en été quand l’eau manque, sous climat méditerranéen par exemple. Car la surface de contact avec l’atmosphère des parties vertes d’une plante en boule est bien plus réduite que celle d’une plante dressée.

La transpiration en est ainsi réduite, permettant alors de résister à la dessiccation. Ceci s’ajoute aux adaptations classiques aux milieux arides, que l’on retrouve sur beaucoup de ces plantes, avec des feuilles réduites ou transformées en épines ou/et une crassulescence de tissus, c’est-à-dire une capacité à conserver l’eau dans des feuilles grasses et charnues.

Créer un microclimat particulier au sein de la touffe

Le port en boule crée également à l’intérieur des touffes un microclimat favorable qui affranchit quelque peu ces végétaux des conditions extérieures. Ceci a pu être mis en évidence pour deux types de plantes en boule présentes en haute montagne.

D’abord les xérophytes (du grec xerós, sec, et phutón, plante) épineuses en coussinet, caractéristiques, de la haute montagne méditerranéenne, du Haut Atlas marocain à la Sierra Nevada espagnole.

Ces plantes apparaissent généralement au-dessus de 2 500 mètres, se mélangeant aux derniers arbres imprudents, chênes, genévriers, pins, auxquels ils se substituent quand le climat devient trop sévère pour les arbres. Dans ces environnements, les conditions climatiques sont difficiles, chacune des saisons apportant son lot de contraintes, l’hiver avec son froid et ses fortes gelées qui destructurent le sol et l’été, combinant chaleur et sécheresse.

On observe ainsi une extraordinaire convergence de formes entre ces coussinets denses dont la plupart des organes sont ou bien transformés en épines ou bien munies d’épines à l’extrémité de rameaux, des bractées (feuilles fréquemment colorées qui accompagnent la fleur) ou des feuilles, donnant au végétal l’aspect d’un véritable hérisson.

Ces xérophytes épineuses en coussinet sont pourtant d’origine taxonomique bien diverse puisqu’on y trouve des plantes de la grande famille des légumineuses, c’est-à-dire des fabacées (Cytisus balansae, Erinacea anthyllis, mais aussi de nombreuses astragales), des plantes appartenant à la famille des crucifères, la famille des choux et de la moutarde, aujourd’hui appelée les brassicacées (Hormatophylla spinosa ou Vella mairei), voire des végétaux de la famille des carottes, appelée apiacées (Bupleurum spinosum) ou encore des caryophyllacées, de la même famille que les œillets (Arenaria pungens), drapant alors les versants de taches colorées très diverses.

Garrigue à xérophytes épineuses en coussinet, 2 900 mètres, Haut Atlas occidental, Maroc (gauche), Vella mairei, Haut Atlas central, Maroc (milieu), Cytisus balansae, 3 000 mètres, Haut Atlas occidental, Maroc (droite).
Thierry Gauquelin, CC BY

Mais il faut pénétrer à l’intérieur de ces boules qui parsèment le paysage pour comprendre un de leur principal atout. À 3 000 m d’altitude, au mois de juillet, période de sécheresse extrême, la température à 14 heures au sein d’une touffe de xérophyte épineuse en coussinet était ainsi de seulement 18 °C alors qu’elle atteignait 35 °C entre les touffes. De même, l’humidité relative était de 70-80 % au sein du coussinet pour seulement moins de 30 % à l’extérieur.

De même, dans le domaine alpin jusqu’en Alaska, où la contrainte est essentiellement le froid, une caryophyllacée, le silène acaule (Silene acaulis) élabore des coussinets hémisphériques particulièrement denses pouvant atteindre plus d’un mètre de diamètre et un âge supérieur à 300 ans.

Au sein d’un coussinet de ce silène acaule des environs du col du Galibier (à 2 500 m), entre 12 heures et 15 heures, la température était de 10 à 15 °C plus élevée que celle de l’air ambiant !

La forme en boule permet d’optimiser de captation des rayons solaires et le coussinet fonctionne alors comme un piège à chaleur particulièrement intéressant pendant ces périodes froides.

Élaborer et protéger le sol sous les touffes

Les coussinets hémisphériques plaqués contre le sol sont également de véritables pièges pour les sables fins et les limons soulevés par l’érosion et transportés par le vent. L’apport de matière organique directement sous la touffe suite à la décomposition des tissus morts de la plante, combiné au piégeage de ces particules minérales fines, fait que la plante élabore son propre sol sous son couvert.

Euphorbe oursin (Euphorbia echinus), Souss (Maroc).
Thierry Gauquelin, Fourni par l’auteur

Ceci est particulièrement vrai pour les euphorbes cactiformes des régions arides du Maroc, un autre type de plante en boule que le chimiste et botaniste René-Maurice Gattefossé en 1931 comparait à des « tortues d’un vert glauque ». Ce sont les euphorbes résinifères (Euphorbia resinifera) du piémont de l’Atlas, mais aussi les bien nommées euphorbes oursins (Euphorbia echinus) de la région littorale du Souss. Toutes munies d’épines très vulnérantes, elles renferment de plus dans leurs rameaux un latex abondant largement utilisé en médecine populaire, malgré son caractère irritant et toxique. Le miel provenant des fleurs de ces espèces, le fameux miel de Daghmous – du nom local de ces euphorbes – est aussi particulièrement réputé.

Euphorbe résinifère (Euphorbia resinifera), Anti-Atlas (Maroc).
Thierry Gauquelin, Fourni par l’auteur

Sous des pieds d’euphorbes cactiformes, le sol est beaucoup plus développé, plus riche en éléments minéraux, donc en nutriments, et plus humide qu’entre les touffes. La matière organique y est plus importante, augmentant notamment la capacité de rétention en eau de ce sol. En retour, ce sol se trouve protégé par la touffe elle-même, tant au niveau de l’évaporation de l’eau que de l’érosion. Enfin, une biodiversité particulière, notamment représentée par la mésofaune (acariens, collemboles…), se retrouve plus abondante dans le sol sous les touffes, jouant un rôle important dans le recyclage de la matière organique.

Étaler la floraison et optimiser la pollinisation

La floraison des touffes hémisphériques se réalise progressivement, débute par la face la mieux exposée au soleil, pour concerner ensuite tout le coussin, s’étalant ainsi sur plusieurs semaines. Cela génère un double avantage. Cela permet d’abord une floraison moins sensible à des accidents météorologiques brutaux, tels que des fortes gelées tardives. Cela génère également une amplitude temporelle plus grande pour permettre aux pollinisateurs d’assurer leur rôle dans la reproduction.

Cytisus balansae, Haut Atlas occidental.
Thierry Gauquelin, Fourni par l’auteur

Favoriser et abriter la biodiversité

Le microclimat particulier existant au sein des touffes hémisphériques va en faire un milieu de vie particulièrement favorable à de nombreux organismes, notamment des insectes, mais aussi des microorganismes, en leur permettant d’échapper à différents stress. Ainsi les touffes de xérophytes épineuses en coussinet abritent souvent des colonies importantes de coccinelles.

Cette biodiversité constitue un élément essentiel du fonctionnement de ces milieux, à la fois pour ce qui concerne par exemple la pollinisation, mais aussi plus généralement les cycles biogéochimiques. Un véritable microécosystème se met ainsi en place dans la touffe, qui va dès lors fonctionner d’une manière quelque peu autonome.

Le changement climatique va-t-il favoriser les plantes en coussinet ?

Dans le domaine méditerranéen, voire saharien, le changement climatique se manifeste notamment par des périodes de sécheresse plus fréquentes et plus intenses. Ceci nécessite des adaptations des végétaux de plus en plus élaborées. Les végétaux en coussinet dense pourraient-ils ainsi « profiter » de ces changements rapides ?

Dans des milieux sahariens arides, le spectaculaire « chou-fleur de Bou Hamama » (Fredolia aretoides, amarantacées), remarquable endémique des steppes désertiques du Sahara occidental, en port en coussinet très dense et aux feuilles imbriquées semble aujourd’hui s’étendre spectaculairement vers le nord, en pénétrant profondément dans des vallées, en liaison avec la désertification des franges nord-sahariennes liée notamment à l’aridification croissante. Cette espèce peut ainsi dans tout ce secteur biogéographique constituer un bon indicateur des changements environnementaux.

Le « chou-fleur de Bou Hamama », Fredolia aretoides, Maroc.
Frédéric Médail, Fourni par l’auteur

Dans les milieux froids, par contre, où l’augmentation de la température constitue la tendance majeure, on observe des migrations d’espèces en altitude. Des espèces en coussinet arctico-alpines, telles que le silène acaule, vont sans doute de moins en moins trouver leur place dans des environnements de montagne rendus moins contraignants par l’augmentation de température.

Dans tous les cas, il sera important de suivre la dynamique progressive ou régressive de ce type biologique particulier dont les stratégies adaptatives apparaissent aujourd’hui particulièrement en phase avec l’évolution du climat, notamment en région méditerranéenne.

The Conversation

Thierry Gauquelin ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Pourquoi les végétaux des milieux extrêmes sont-ils souvent en forme de boule ? – https://theconversation.com/pourquoi-les-vegetaux-des-milieux-extremes-sont-ils-souvent-en-forme-de-boule-275452

Quel bilan pour la rupture conventionnelle ?

Source: The Conversation – France (in French) – By Brigitte Pereira, Professeur de droit du travail, droit pénal des affaires et droit des contrats, HDR, EM Normandie

La réflexion sur l’encadrement de la rupture conventionnelle doit être mise en perspective avec la chute du contentieux prud’homal depuis 2009. Sabthai/Shutterstock

Alors que la rupture conventionnelle, outil de flexisécurité (ou flexicurité), connaît un franc succès – 515 000 en 2024 –, les critiques quant à son coût se multiplient. Un accord du ministère du travail avec les partenaires sociaux doit être validé au plus tard le 23 mars, puis être voté par le Parlement pour entrer en vigueur. L’enjeu : générer entre de 700 millions à 900 millions d’euros d’économies.


Plébiscitée à la fois par les salariés et les employeurs depuis sa création, la rupture conventionnelle recouvre de multiples facettes, comme nous le montrions déjà en 2015 dans « Flexicurité et rupture conventionnelle du contrat de travail : de l’oxymore à l’ambiguïté de la pratique » (Annales des Mines-Gérer et comprendre, 2015/4, n° 122, pp.13-20).

Cet accord gagnant-gagnant constitue l’unique mode de rupture amiable d’un contrat à durée indéterminée (CDI) encadré par la loi selon articles L. 1237-12 et suivants du Code du travail. Il permet à un employeur et à un salarié de mettre fin à leur relation d’un commun accord, en ne passant ni par le licenciement ni par la démission.

Pour l’employeur, la rupture conventionnelle permet d’éviter d’engager une procédure de licenciement, s’il existe un doute sur le bien-fondé des motifs et un risque de contentieux devant le conseil des prud’hommes. Pour le salarié qui souhaite démissionner – insatisfaction au travail, projet de création d’entreprise ou encore mésentente avec l’employeur ou les collègues –, il bénéficie d’une indemnité de départ au moins égale à l’indemnité légale de licenciement, tout en conservant ses droits à l’assurance-chômage.

Alors quel bilan depuis son introduction dans le Code du travail avec la loi du 25 juin 2008 ?

Accroissement du coût

Chaque année, plus de 500 000 ruptures conventionnelles sont homologuées – 515 000 en 2024. Le dispositif comporte donc un coût important. Selon l’Unedic, 9,4 milliards d’euros ont été versés consécutivement à une rupture conventionnelle.

Le succès de la rupture conventionnelle n’est pas exempt d’abus des deux côtés (employeurs et salariés). Elle est un mode de gestion en ressources humaines permettant à la fois d’éviter la procédure de licenciement, de terminer une situation y compris de harcèlement (sous réserve d’un vice de consentement) ou de répondre à une volonté de démissionner. Dès lors, le législateur a cherché à pérenniser le dispositif.

Nombre annuel de ruptures conventionnelles individuelles et nombre annuel d’ouvertures de droits chômage à la suite d’une rupture conventionnelle, entre 2008 et 2024.
Unedic

Encadrement plus fort

Depuis le 1er janvier 2026, le forfait social a été remplacé par une contribution patronale unique, qui est passée de 30 % à 40 %, afin d’accroître le coût de la rupture conventionnelle pour l’employeur.

Le régime de la rupture conventionnelle est désormais unique, quel que soit l’âge du salarié concerné. Les distinctions entre salariés proches de la retraite, qui imposaient un régime de contributions plus important, et les autres profils sont supprimées (article 15 de la loi de finance de la Sécurité sociale (LFSS) 2026 ; article L. 137-12 du Code de la Sécurité sociale).

Répartition des ruptures conventionnelles par âge en 2021.
Unedic

L’objectif est la limitation des stratégies de contournement des régimes du licenciement et des démissions et la maîtrise des dépenses d’assurance-chômage.

Cette évolution n’est pas neutre. Elle conduit les employeurs à ne plus recourir aussi facilement à la rupture conventionnelle pour résoudre des situations complexes. La rupture conventionnelle, comportant une contribution plus dissuasive, perd progressivement sa dimension de simplicité pour sécuriser la rupture du contrat de travail. Il s’agira pour les responsables des ressources humaines de davantage comparer les différentes stratégies possibles.

Négociation avec les partenaires sociaux

Ces mesures ne constituent qu’une amorce, puisqu’il a été demandé aux partenaires sociaux de négocier sur des ajustements possibles de ce mode de rupture. S’ils ne parviennent pas à un accord, de nouvelles restrictions légales devraient être proposées. Or, le 25 février 2026, un accord a été trouvé entre deux syndicats (CFDT et CFTC) et le patronat. Le choix des partenaires sociaux s’est porté vers la période d’indemnisation.

Indemnités médianes perçues par catégorie socioprofessionnelle et par ancienneté.
Unedic

L’objectif est la mise en place d’un accompagnement personnalisé intensif par France Travail, avec un examen de situation au 12e mois, et de raccourcir la « durée maximale d’indemnisation » :

  • Quinze mois pour ceux qui ont moins de 55 ans, contre dix-huit mois aujourd’hui ;

  • Vingt mois et demi pour ceux âgés de 55 ans et plus, contre vingt-deux mois et demi pour ceux qui ont de 55 à 56 ans et vingt-sept mois pour ceux qui ont au moins 57 ans, aujourd’hui.

Ces éléments nécessitent une transposition législative qui risque de s’échelonner dans le temps.

Chute du contentieux prud’homal

La réflexion sur l’encadrement de la rupture conventionnelle doit être mise en perspective avec la chute du contentieux prud’homal depuis 2009, dans le bilan du barème d’indemnisation que nous analysions en 2024. Car la justice prud’homale a du plomb dans l’aile : en une dizaine d’années, le nombre de saisines des conseils des prud’hommes a pratiquement diminué de moitié.

Les raisons avancées tiennent aux coûts et aux délais de cette justice : 16,3 mois en moyenne pour le traitement des dossiers en 2021 selon un rapport de la Cour des comptes.

Il faut ajouter la consécration du barème plafonnant les indemnités en cas de licenciement sans cause réelle et sérieuse au sein de la justice prud’homale, qui n’est pas neutre non plus. Le montant de ces indemnités est désormais encadré par un barème, appelé en pratique « barème Macron ».

Les salariés ayant peu d’ancienneté ont moins intérêt à contester leur licenciement, compte tenu des indemnités limitées prévues par le barème. Dans ce cas, on pourrait penser que l’existence d’un barème prud’homal est de nature à favoriser la négociation entre employeur et salariés en amont de toute rupture du contrat de travail, ce qui conduit à plébisciter encore la rupture conventionnelle.Toutefois, cela n’a pas encore été démontré.

Même dans le cadre d’une rupture conventionnelle, et dans un contexte de chute du contentieux prud’homal, le risque de contentieux n’est pas absent. Alors que la rupture à l’amiable du contrat de travail est destinée à réduire les contentieux judiciaires, ceux-ci n’ont jamais été exclus ; bien au contraire les décisions de justice sont nombreuses comme cela a été souligné dans notre étude.

En définitive, les problématiques du coût de la rupture conventionnelle en révèlent bien d’autres. Si la flexibilité des relations de travail est une nécessité (d’où l’intérêt de la rupture conventionnelle), la sécurisation des parcours des salariés reste encore à développer de même que l’accès à la justice.

The Conversation

Brigitte Pereira ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Quel bilan pour la rupture conventionnelle ? – https://theconversation.com/quel-bilan-pour-la-rupture-conventionnelle-276318

Alliances au centre, tentation de l’extrême droite : la cohérence de LR à l’épreuve des municipales

Source: The Conversation – in French – By Émilien Houard-Vial, Docteur en science politique, chercheur associé au CEE (Sciences Po), Sciences Po

Malgré leur affaiblissement sur la scène nationale, Les Républicains conservent un solide ancrage municipal. Cette solidité territoriale dissimule toutefois des tensions profondes : entre ralliements au centre, tentations d’alliance avec l’extrême droite et autonomie grandissante des élus locaux, la cohérence du parti est mise à l’épreuve.


Le système politique français a connu une étrange dissociation au tournant des années 2020. Alors qu’au niveau national, et particulièrement lors de l’élection présidentielle, dominaient des forces politiques nouvelles ou jusque-là cantonnées aux marges du pouvoir – La République en marche (LREM), La France insoumise (LFI) et le Rassemblement national (RN) – le niveau local semblait perpétuer un ordre bipolaire désuet, composé, d’un côté, du Parti socialiste (PS) et de ses alliés écologistes et communistes et, de l’autre, du parti Les Républicains (LR) et de leurs alliés centristes. Les élections municipales de 2020 ont marqué l’incapacité, voire même parfois le manque de volonté, des favoris de la compétition nationale à s’implanter localement, si l’on fait exception de la mairie de Perpignan remportée par Louis Aliot (RN).

Il pourrait en être autrement en 2026, avec l’entrée dans la compétition municipale de nombreux députés RN et LFI, portés par l’émergence de bastions électoraux solides dans lesquels le maintien de maires LR ou PS apparaît comme une anomalie permise par l’inertie du soutien aux maires sortants. La propension des LR et du PS à conserver leurs mairies voire à en gagner, à un an d’une élection présidentielle, est à ce titre un argument de poids pour convaincre les électeurs et commentateurs que leurs heures sombres sont derrière eux.

Un parti d’élus locaux

Mais la réussite aux élections locales n’est pas que symbolique pour ces partis, notamment pour Les Républicains, qui ont vu leur nombre de députés s’effondrer continuellement depuis 2002, passant de 365 parlementaires dans la chambre basse à 47 en juillet 2024. Dans ce contexte, l’Assemblée nationale n’est plus le lieu de prédilection de la constitution d’un capital politique pour les professionnels de la politique, qui plus est depuis qu’elle ne peut plus être cumulée avec une fonction exécutive locale (2017). Être un membre parmi d’autres d’un groupe réduit à peau de chagrin paraît alors bien moins valorisant que la position de maire de grande ou moyenne ville, ou celle de président de département ou de région.

Beaucoup ne s’y sont pas trompés en prenant ou reprenant la tête d’une collectivité locale, à l’instar de Valérie Pécresse (Île-de-France), Xavier Bertrand (Hauts-de-France), Rachida Dati (VIIe arrondissement de Paris), Jean-François Copé (Meaux) ou Laurent Wauquiez (Auvergne-Rhône-Alpes), qui n’a quitté son poste que pour prendre la tête des députés LR. La position de maire a également pu servir de tremplin médiatique lors de la crise du Covid, comme pour Philippe Juvin (La Garenne-Colombes) ou David Lisnard (Cannes). L’actuelle équipe dirigeante du parti compte ainsi davantage d’élus locaux que d’élus nationaux, ce qui n’était pas le cas il y a encore quelques années. De même, les sénateurs – dont l’élection dépend à 95 % des conseillers municipaux – sont majoritaires parmi les élus nationaux, alors que l’un d’entre eux, Bruno Retailleau, a été élu à la tête du parti pour la première fois de son histoire en mai 2025.

Des étiquettes volatiles

Les élus locaux sont pourtant une ressource instable pour Les Républicains. Le parti dispose en effet d’une emprise relativement limitée sur ses ancrages locaux, avec des élus profitant de leur notabilité pour agir en grande autonomie, notamment dans la composition de leurs listes et les alliances tissées. C’est ainsi que se sont naturellement nouées un grand nombre de coalitions municipales entre LR et LREM en 2020, particulièrement au second tour – le cas le plus parlant étant celui de Lyon  (Rhône)– alors même que de vifs débats agitaient les élus nationaux sur l’opportunité d’une compromission avec les représentants locaux du pouvoir macroniste. Les réseaux locaux font souvent peu de cas des étiquettes, et les collaborations de longue haleine entre élus de droite et du centre ont poussé de nombreux maires LR à ignorer les allégeances nationales de leurs adjoints, voire à absorber dans leur majorité des challengers centristes – ainsi, par exemple, Christian Estrosi à Nice (Alpes-Maritimes).

L’attractivité de l’étiquette LR est également faible depuis 2017 pour les élus locaux. Certains élus ont rallié Emmanuel Macron dès 2017 en étant de facto exclus du parti – le plus notable étant l’ancien premier ministre et maire du Havre Édouard Philippe –, tandis que d’autres ont attendu quelques années. À travers La France audacieuse, Christian Estrosi a ainsi fédéré dès 2017 des maires qui ont tour à tour rejoint le parti Horizons en 2021, comme le maire de Reims (Marne) Arnaud Robinet ou celui de Toulon (Var) Hubert Falco. Ce parti, dirigé par Édouard Philippe, regroupe avant tout des élus locaux auparavant affiliés à LR, comme les maires de Rillieux-la-Pape (Rhône), Fontainebleau (Seine-et-Marne) ou Angers (Maine-et-Loire), et même une présidente de région, Christelle Morançais (Pays de la Loire), ayant fait défection des Républicains en 2024.

Si les velléités de carrière nationale ont poussé certains à franchir le pas – récompensé parfois par une plus ou moins longue carrière ministérielle – la défiance à l’égard de la ligne idéologique et stratégique de LR en a également été un facteur majeur. Certains avaient auparavant appelé à conclure un pacte de gouvernement avec les macronistes qui aurait permis à LR de revenir au pouvoir avant 2024, tout comme d’autres ont déploré le tournant de droite radicale impulsé par Laurent Wauquiez ou par Éric Ciotti, amenant à un rétrécissement idéologique du parti sur les thèmes sécuritaires, identitaires et migratoires, et à une convergence vers les positions du RN susceptibles d’aliéner les électeurs les plus modérés des élus LR – à l’instar du maire de Toulouse (Haute-Garonne) Jean-Luc Moudenc, qui a quitté le parti fin 2022 et resté depuis sans étiquette.

Vers l’union des droites ?

La tentation de l’extrême droite a jusqu’ici été bien moindre, et avec des profils différents. Les élus LR ayant rejoint le RN directement ou par l’intermédiaire d’un de ses partis satellites – dont l’Union des droites pour la République (UDR) d’Éric Ciotti – étaient avant tout dans une phase descendante de leur carrière politique, ou bloqués dans leur ascension. Ainsi de Thierry Mariani, aujourd’hui candidat RN à la mairie de Paris, qui a pu retrouver un poste d’eurodéputé et a été tête de liste RN en PACA en 2021 après avoir perdu tout mandat électif en 2017.

Parmi les ralliés de l’UDR ayant tenté leur chance aux élections législatives, on trouve des maires de bourgs, comme Antoine Valentin (Saint-Jeoire, Haute-Savoie) ou Sophie Vaginay (Barcelonnette, Alpes-de-Haute-Provence), ou des maires de villes moyennes ayant perdu leur mandat de député en 2012 ou 2017, comme Brigitte Barèges (Montauban, Tarn-et-Garonne), Gilles Bourdouleix (Cholet, Maine-et-Loire) ou Jacques Myard (Maisons-Laffitte, Yvelines). Même Éric Ciotti, sans doute la plus grosse prise de l’histoire du RN en termes de capital politique (président d’un parti concurrent), n’aurait pu espérer être tête de liste à Nice en 2026 s’il était resté sous pavillon LR.

Le niveau local n’en reste pas moins une source d’inquiétude majeure pour les contempteurs de « l’union des droites », terme médiatiquement consacré pour désigner l’union de la droite et de l’extrême droite. C’est avec ce slogan que fait, par exemple, campagne Benoît de Boysson, candidat à la mairie de Bourg-en-Bresse (Ain) fortement lié à Reconquête, qui intègre des élus LR sur sa liste sans toutefois de soutien officiel de leur parti, lequel n’a en l’état pas les moyens de présenter une liste concurrente.

Le flou des étiquettes incite à une porosité des milieux politiques de droite et d’extrême droite face à laquelle le siège des Républicains est souvent démuni, se retrouvant à acter des décisions locales, hésitant à prendre des sanctions quitte à se priver de relais locaux déjà fragiles. Le cordon sanitaire local ne sera pas moins menacé après les élections municipales, alors que devront se régler les relations entre élus LR et potentiels nouveaux élus RN – ne serait-ce qu’au niveau des intercommunalités.

Après avoir relégué en 2020 Louis Aliot à la place de 5e vice-président de Perpignan Méditerranée Métropole – preuve d’un cordon sanitaire relatif – le maire LR de Saint-Estève (Pyrénées-Orientales) et président de la communauté urbaine de Perpignan Robert Vila a annoncé lors des législatives de 2022 voter pour la candidate RN contre la candidate LFI-Nupes dans la 3e circonscription des Pyrénées-Orientales.

Ce genre de rapprochement entre élus LR et RN pourraient se multiplier si le RN poursuit son implantation locale, participant de facto à parachever son entreprise de légitimation. Faute d’impulser une ligne claire, coincés entre la cooptation des idées de l’extrême droite et la coopération locale et nationale avec le centre, Les Républicains s’exposent depuis une dizaine d’années à l’effritement de la cohérence de leur organisation, dont la résilience par-delà les crises ne saurait masquer les grandes difficultés à se réinventer.


Cet article est publié en partenariat avec Conférence Sciences Po.

The Conversation

Émilien Houard-Vial ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Alliances au centre, tentation de l’extrême droite : la cohérence de LR à l’épreuve des municipales – https://theconversation.com/alliances-au-centre-tentation-de-lextreme-droite-la-coherence-de-lr-a-lepreuve-des-municipales-276900

Le plus grand danger de l’IA à l’université n’est pas la triche, c’est l’érosion de l’apprentissage lui-même

Source: The Conversation – in French – By Nir Eisikovits, Professor of Philosophy and Director, Applied Ethics Center, UMass Boston

L’intelligence artificielle promet de « libérer du temps » et d’optimiser l’apprentissage. Mais en déléguant aux machines les tâches qui formaient étudiants et jeunes chercheurs, les universités risquent d’éroder les conditions mêmes de l’expertise.


Dans le débat public sur l’intelligence artificielle (IA) à l’université, une inquiétude revient en boucle : la tricherie. Les étudiants vont-ils confier leurs dissertations à des chatbots ? Les enseignants sauront-ils les démasquer ? Faut-il interdire ces outils sur les campus, ou au contraire les intégrer aux pratiques pédagogiques ?

Ces questions sont légitimes. Mais à force de réduire le sujet à la fraude académique, on passe à côté de l’essentiel : une transformation beaucoup plus profonde est déjà à l’œuvre, qui dépasse largement les seuls comportements des étudiants – et même le cadre de la salle de classe.

Les universités déploient désormais l’IA dans de nombreux aspects de leur fonctionnement. Certaines applications restent largement invisibles : des systèmes qui aident à répartir les ressources, à repérer les étudiants « à risque », à optimiser les emplois du temps ou à automatiser des décisions administratives routinières.

D’autres usages sont, eux, beaucoup plus visibles. Les étudiants s’appuient sur des outils d’IA pour résumer des cours et réviser. Les enseignants les utilisent pour élaborer des sujets d’évaluation, préparer des syllabus. Les chercheurs s’en servent pour écrire du code, passer en revue la littérature scientifique ou condenser en quelques minutes des tâches fastidieuses qui prenaient auparavant des heures.

On peut bien sûr utiliser l’IA pour tricher ou se soustraire à un devoir. Mais la multiplication de ses usages dans l’enseignement supérieur – et les bouleversements qu’ils annoncent – posent une question bien plus fondamentale : à mesure que les machines deviennent capables d’assumer une part croissante du travail de recherche et d’apprentissage, que devient l’université ? À quoi sert-elle encore ?

Depuis huit ans, nous étudions les implications morales d’un recours massif à l’IA dans le cadre d’un projet de recherche conjoint entre le Applied Ethics Center at UMass Boston et l’Institute for Ethics and Emerging Technologies. Dans un livre blanc récent, nous soutenons qu’à mesure que les systèmes d’IA gagnent en autonomie, les enjeux éthiques de leur utilisation dans l’enseignement supérieur s’intensifient – tout comme les conséquences potentielles qui en découlent.

À mesure que ces technologies deviennent plus performantes dans la production de travaux intellectuels – concevoir des cours, rédiger des articles, proposer des protocoles expérimentaux ou résumer des textes complexes – elles ne se contentent pas d’accroître la productivité des universités. Elles risquent aussi de vider de sa substance l’écosystème d’apprentissage et de mentorat sur lequel ces institutions sont fondées – et dont elles dépendent pour exister.

IA non autonomes

On peut distinguer trois types de systèmes d’IA et leurs effets respectifs sur la vie universitaire.

Des logiciels alimentés par l’IA sont déjà utilisés dans l’enseignement supérieur pour l’examen des candidatures, les achats, l’accompagnement pédagogique des étudiants ou encore l’évaluation des risques institutionnels.

On parle ici de systèmes « non autonomes » : ils automatisent certaines tâches, mais un humain reste « dans la boucle » et les utilise comme de simples outils.

Ces technologies peuvent faire peser un risque sur la vie privée et la sécurité des données des étudiants. Elles peuvent aussi être biaisées. Et elles manquent souvent de transparence, ce qui rend difficile l’identification de l’origine de ces problèmes. Qui a accès aux données ? Comment sont calculés les « indices prédictifs de décrochage ou d’échec » ? Comment éviter que ces systèmes ne reproduisent des inégalités ou ne traitent certains étudiants comme de simples cas problématiques à gérer ?

Ces questions sont sérieuses. Mais, au moins dans le champ de l’informatique, elles ne sont pas fondamentalement nouvelles. Les universités disposent en général de services de conformité, de comités d’éthique de la recherche et de mécanismes de gouvernance pensés pour anticiper ou limiter ces risques – même si, dans les faits, ils n’atteignent pas toujours pleinement ces objectifs.

IA hybrides

Les systèmes hybrides regroupent toute une gamme d’outils, parmi lesquels des bots conversationnels assistés par l’IA, des dispositifs de feedback personnalisé ou encore des aides automatisées à l’écriture. Ils reposent souvent sur des technologies d’IA générative, notamment sur de grands modèles de langage, les LLM. Si les utilisateurs humains fixent les objectifs généraux, les étapes intermédiaires que le système mobilise pour les atteindre ne sont, elles, généralement pas spécifiées.

Ces systèmes hybrides façonnent de plus en plus le travail académique au quotidien. Les étudiants les utilisent comme compagnons d’écriture, tuteurs, partenaires de réflexion ou outils d’explication à la demande. Les enseignants s’en servent pour élaborer des grilles d’évaluation, préparer des cours ou concevoir des plans de syllabus. Les chercheurs les mobilisent pour résumer des articles, commenter des versions préliminaires, imaginer des protocoles expérimentaux ou générer du code.

C’est ici que le débat sur la « tricherie » trouve véritablement sa place. Alors qu’étudiants et enseignants s’appuient de plus en plus sur ces outils pour se faire aider, il est légitime de s’interroger sur les formes d’apprentissage qui risquent de se perdre en chemin. Mais les systèmes hybrides soulèvent aussi des questions éthiques plus complexes.

L’une d’elles concerne la transparence. Les chatbots d’IA proposent des interfaces en langage naturel qui rendent difficile de savoir si l’on échange avec un humain ou avec un agent automatisé. Cette ambiguïté peut être déstabilisante et source de distraction. Un étudiant qui révise pour un examen doit pouvoir savoir s’il s’adresse à son chargé de travaux dirigés ou à un robot. De même, un étudiant qui lit les commentaires sur son mémoire doit pouvoir identifier clairement s’ils proviennent de son enseignant.

Tout manque de transparence dans ces situations risque d’aliéner les personnes concernées et de déplacer l’attention des interactions académiques : au lieu de se concentrer sur l’apprentissage, on se focalise sur les outils ou la technologie qui le médiatisent. Des chercheurs de l’Université de Pittsburgh ont montré que ces dynamiques suscitent chez les étudiants des sentiments d’incertitude, d’anxiété et de méfiance. Des effets loin d’être anodins.

Une deuxième question éthique touche à la responsabilité et au crédit intellectuel. Si un enseignant utilise l’IA pour rédiger un sujet et qu’un étudiant s’appuie lui aussi sur l’IA pour produire sa réponse, qui évalue qui – et qu’est-ce qui est réellement évalué ? Si les retours sont en partie générés par une machine, qui est responsable lorsqu’ils induisent en erreur, découragent ou intègrent des présupposés invisibles ? Et lorsque l’IA contribue de manière substantielle à une synthèse de recherche ou à la rédaction d’un article, les universités devront établir des normes plus claires en matière d’autorat et de responsabilité – pas seulement pour les étudiants, mais aussi pour les enseignants-chercheurs.

Enfin se pose la question cruciale de la « décharge cognitive ». L’IA peut réduire les tâches fastidieuses, et cela n’a rien de problématique en soi. Mais elle peut aussi détourner les utilisateurs des étapes de l’apprentissage qui construisent réellement les compétences : formuler des idées, traverser des moments de confusion, retravailler un brouillon maladroit, apprendre à repérer ses propres erreurs.

Agents autonomes

Les transformations les plus profondes pourraient venir de systèmes qui ressemblent moins à des assistants qu’à de véritables agents. Si les technologies pleinement autonomes relèvent encore en partie de l’aspiration, l’idée d’un « chercheur en boîte » – un système d’IA agentique capable de mener des études de manière indépendante – devient de plus en plus crédible.

Ces outils dits agentiques sont présentés comme susceptibles de « libérer du temps » pour des activités mobilisant davantage des capacités humaines, comme l’empathie ou la résolution de problèmes. Dans l’enseignement, cela pourrait signifier que les enseignants continuent d’assurer les cours au sens formel, mais que la majeure partie du travail pédagogique quotidien soit déléguée à des systèmes optimisés pour l’efficacité et le passage à l’échelle. En recherche, l’avenir semble appartenir aux systèmes capables d’automatiser toujours davantage le cycle scientifique. Dans certains domaines, cela prend déjà la forme de laboratoires robotisés fonctionnant en continu, capables d’automatiser une grande partie des expérimentations et même de sélectionner de nouveaux tests à partir des résultats précédents.

À première vue, cela peut sembler être un gain intéressant de productivité. Mais les universités ne sont pas des usines à produire de l’information : ce sont des communautés de pratique. Elles reposent sur un vivier de doctorants et de jeunes chercheurs qui apprennent à enseigner et à faire de la recherche en participant eux-mêmes à ces activités. Si des agents autonomes absorbent une part croissante des tâches « routinières » qui constituaient historiquement des portes d’entrée dans la carrière académique, l’université pourra continuer à produire des cours et des publications – tout en fragilisant silencieusement les structures d’apprentissage qui permettent, dans la durée, de former l’expertise.

La même dynamique touche les étudiants de premier cycle, sous une forme différente. Lorsque des systèmes d’IA peuvent fournir à la demande des explications, des brouillons, des solutions ou des plans de révision, la tentation est grande de déléguer les aspects les plus exigeants de l’apprentissage. Pour l’industrie qui promeut l’IA dans les universités, ce type d’effort peut apparaître comme « inefficace » – et l’on pourrait penser que les étudiants gagneraient à laisser la machine s’en charger. Mais c’est précisément dans cette confrontation à la difficulté que se construit une compréhension durable. La psychologie cognitive a montré que les étudiants progressent intellectuellement en rédigeant, en révisant, en échouant, en recommençant, en affrontant la confusion et en retravaillant des arguments faibles. C’est cela, apprendre à apprendre.

Pris ensemble, ces évolutions suggèrent que le principal risque lié à l’automatisation dans l’enseignement supérieur ne réside pas seulement dans le remplacement de certaines tâches par des machines, mais dans l’érosion plus profonde de l’écosystème de pratiques qui, depuis longtemps, soutient l’enseignement, la recherche et l’apprentissage.

Un tournant risqué

À quoi servent les universités dans un monde où le travail intellectuel est de plus en plus automatisé ?

Une première réponse consiste à voir l’université avant tout comme une machine à produire des diplômes et des connaissances. Dans cette logique, la question centrale devient celle des résultats : les étudiants obtiennent-ils leurs diplômes ? Des articles sont-ils produits ? Fait-on des découvertes ? Si des systèmes autonomes peuvent générer ces résultats plus efficacement, alors l’institution a toutes les raisons de les adopter.

Mais une autre réponse considère l’université comme bien davantage qu’une simple machine à produire des résultats. Elle reconnaît que la valeur de l’enseignement supérieur réside en partie dans l’écosystème lui-même : le continuum d’opportunités grâce auquel les novices deviennent experts, les structures de mentorat au sein desquelles se forment le jugement et le sens des responsabilités, et une conception pédagogique qui valorise l’effort et la confrontation à la difficulté plutôt que leur élimination au nom de l’efficacité.

Dans cette perspective, l’enjeu n’est pas seulement de savoir si des connaissances et des diplômes sont produits, mais comment ils le sont – et quels types de personnes, de compétences et de communautés se construisent au passage. L’université y apparaît comme un écosystème dont la mission est, ni plus ni moins, de former durablement l’expertise et le discernement humains.

Dans un monde où le travail intellectuel est lui-même de plus en plus automatisé, les universités doivent, selon nous, s’interroger sur ce qu’elles doivent à leurs étudiants, à leurs jeunes chercheurs et à la société qu’elles servent. Les réponses à ces questions détermineront non seulement la manière dont l’IA sera intégrée, mais aussi ce que deviendra l’université contemporaine.

The Conversation

Le Applied Ethics Center de l’UMass Boston reçoit des financements de l’Institute for Ethics and Emerging Technologies.

Nir Eisikovits est conseiller en éthique des données auprès de MindGuard, une start-up spécialisée dans l’intégration de l’intelligence artificielle dans les flux de travail des entreprises.

Jacob Burley a reçu des financements du Applied Ethics Center de l’UMass Boston.

ref. Le plus grand danger de l’IA à l’université n’est pas la triche, c’est l’érosion de l’apprentissage lui-même – https://theconversation.com/le-plus-grand-danger-de-lia-a-luniversite-nest-pas-la-triche-cest-lerosion-de-lapprentissage-lui-meme-276480