Nouvelle tentative d’assassinat présumée contre Trump : il est peu probable que cela freine sa baisse de popularité

Source: The Conversation – in French – By James K. Rowe, Associate Professor of Political Ecology, University of Victoria

Le président américain semble avoir échappé de justesse à une nouvelle tentative d’assassinat.

La dernière tentative d’assassinat présumée lors du gala des correspondants de la Maison-Blanche n’aurait pas pu survenir à un meilleur moment, compte tenu de la popularité en baisse du président. Cependant, en raison du scepticisme largement répandu et des efforts déployés par l’équipe de Trump pour promouvoir la construction d’une salle de bal à la Maison-Blanche dès le lendemain de la fusillade, il est loin d’être certain que cet incident lui profitera.

Les tentatives d’assassinat contribuent souvent à rehausser la popularité des élus. En 1981, un homme a tiré sur Ronald Reagan devant l’hôtel Hilton de Washington, le même où s’est produite la récente tentative visant Trump. La cote de popularité de Reagan a grimpé en flèche après l’attaque.

Pourquoi la violence politique a-t-elle un effet positif sur la popularité ?

La réponse évidente est que le fait d’être victime de violence peut humaniser une personne, atténuant ainsi les critiques, tant de la part de ses partisans que de ses détracteurs.

Mais ce n’est pas la seule raison. Quand on voit un politicien éviter des balles ou y survivre, on peut le percevoir comme un être surhumain, avoir l’impression qu’il a été « touché » par Dieu ou qu’il détient un pouvoir de vie et de mort.




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Trump, ce superhéros

Trump a créé une image emblématique lorsqu’il a levé le poing en signe de défi, le visage ensanglanté, à Butler, en Pennsylvanie, quelques mois avant l’élection présidentielle de 2024. Cela a renforcé sa campagne et forgé un mythe d’invincibilité.

C’est le même homme qui affirmait en 2016 qu’il pourrait « tirer sur quelqu’un en pleine 5e Avenue et ne perdre aucun électeur ». Malgré deux procédures de destitution, des verdicts de culpabilité pour 34 chefs d’accusation au criminel, des aveux d’agression sexuelle captés par un micro ouvert et de multiples accusations d’agression, Trump a été réélu en 2024. Là où d’autres auraient pu s’effondrer, Trump a poursuivi son ascension.

Si Trump a affirmé qu’il pourrait tirer sur des gens en plein centre de Manhattan et s’en sortir politiquement, la fusillade de Butler a donné l’impression qu’il pourrait recevoir des balles sans y laisser sa vie, qu’il n’a pas les mêmes vulnérabilités que le commun des mortels et qu’il est en quelque sorte surhumain. Trump a lui-même invoqué l’intervention divine pour expliquer comment il avait pu survivre à de multiples tentatives d’assassinat.

La gestion de la peur

La théorie de la gestion de la peur (TMT, pour terror management theory) est un courant de la psychologie qui étudie l’influence de notre rapport à la vie et à la mort sur les résultats politiques.

Selon cette théorie, nous gérons nos angoisses face à la mort par la quête d’un « héroïsme terrestre », c’est-à-dire en cherchant de l’estime d’une manière qui soit conforme à la vision du monde que nous avons choisie. De plus en plus de données expérimentales viennent étayer cette hypothèse.

Donald Trump est la preuve vivante de cette théorie.

Il est connu pour sa germophobie et son obsession pour les apparences de vitalité. Il est obsédé par ses cheveux, car il considère la calvitie comme un signe de faiblesse et d’échec. Avec sa quête effrénée d’argent — la mesure de la valeur dans les économies capitalistes — et sa manie d’apposer son nom sur tout, des immeubles à la vodka en passant par des bibles, il a cherché à se forger une image héroïque. Avant même qu’il ne se présente à la présidence, on pouvait déjà acheter une figurine à son effigie.

Selon l’anthropologue américain Ernest Becker, dont le livre The Denial of Death (Le déni de la mort), lauréat du prix Pulitzer, a posé les bases intellectuelles de la TMT :

Le monde réel… dit à l’être humain qu’il n’est qu’un petit animal tremblant, voué à la décomposition et à la mort. L’illusion transforme tout cela : elle lui donne l’impression d’être important, indispensable à l’univers, et en quelque sorte immortel.

Avec son obsession pour l’or, sa grandiloquence et ses cheveux dorés malgré son âge, Trump est un maître de l’illusion qui sait créer une image de superhéros pour sa base MAGA.

L’héroïsme peut aussi se vivre par procuration. C’est ce que beaucoup d’entre nous font avec des équipes sportives, des célébrités et des hommes politiques, en vivant leurs victoires et leurs défaites comme si c’étaient les nôtres.

Le bon moment ?

Le triomphe de Trump sur la mort à Butler, il y a deux ans — un incident que même certains partisans du mouvement MAGA remettent en doute aujourd’hui —, l’a aidé à franchir la ligne d’arrivée. Selon sa cheffe de cabinet, Susie Wiles, Butler aurait joué un « rôle important » dans la victoire républicaine de 2024.

Que penser alors de la tentative d’assassinat présumée dont il vient d’être victime ? Cela rehaussera-t-il sa cote de popularité, plus basse que jamais ?

D’un point de vue bassement politique, les précédents historiques montrent que cette tentative d’assassinat n’aurait pas pu survenir à un meilleur moment. Discrédité par ses liens avec le pédophile Jeffrey Epstein et engagé dans une guerre impopulaire contre l’Iran qui coûte des milliards de dollars et fait grimper le prix de l’essence, Trump avait besoin d’une bouée de sauvetage.

Le moment est si opportun que des théories du complot ont immédiatement commencé à circuler, selon lesquelles l’attaque aurait été orchestrée de l’intérieur dans le but de remonter la cote de popularité en chute libre du président.

Mort politique évitée ?

Il est toutefois peu probable que cet incident récent lui permette d’échapper à une mort politique. Après les échecs politiques du département de l’Efficacité gouvernementale (DOGE), l’affaire Epstein et une guerre risquée à l’issue incertaine, Trump est politiquement affaibli.

Même des membres influents de sa propre base, comme Tucker Carlson, ancien commentateur de Fox News, ne le glorifient plus et se demandent s’il ne serait pas l’antéchrist.


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Les images de la récente fusillade témoignent davantage de faiblesse que de vitalité. Les agents des services secrets ont eu du mal à sortir Trump de son siège, probablement en raison de ses problèmes de mobilité (même si le président affirme que sa lenteur était due au fait qu’il supervisait courageusement les opérations).

En outre, au lieu de lever le poing en signe de triomphe, comme à Butler, Trump est tombé alors qu’on l’emmenait précipitamment hors de scène (il prétend qu’on lui a dit de se baisser, mais sa sortie semble ardue).

Un reportage sur la tentative d’assassinat présumée à Washington, D.C. (CNN).

Alors que son équipe présente cette dernière fusillade comme une preuve supplémentaire de sa super-humanité, Trump semble chaque jour plus mortel, tant sur le plan politique que physique.

Trump a connu son heure de gloire, mais, tel Icare, son orgueil et son excès de zèle finissent par faire fondre ses ailes. Si l’illusion peut masquer l’inévitable pendant un certain temps, ce qui monte finit toujours par redescendre.

La Conversation Canada

James K. Rowe ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

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