Le compte à rebours de l’âge mûr : ce que « le temps qu’il nous reste » peut nous apprendre

Source: The Conversation – in French – By Gail Low, Associate Professor, Chair International Health, MacEwan University

Dans son article « Adaptation and the Life Cycle » (1976), la psychologue américaine Bernice Neugarten explique que c’est notre horloge sociale, et non le nombre d’années vécues, qui nous fait entrer dans la maturité


Pour beaucoup de gens, comme l’a théorisé Neugarten, cela correspond à des jalons tels que rencontrer un partenaire de vie, acheter une maison ou fonder une famille. Un parcours professionnel soigneusement tracé nous permet d’accéder à des responsabilités toujours plus grandes, ce qui peut même nous faire oublier les changements liés à notre apparence ou à nos fonctions corporelles.

En théorie, ces jalons suivent un « calendrier socialement prescrit régissant l’enchaînement des événements majeurs de la vie ». Ils se déroulent à certains âges, de manière plus ou moins prévisible. Nos « horloges sociales » tournent au même rythme, pour nous faire entrer dans l’âge mûr, où nous avons eu le temps de souffler et de constituer, dans notre esprit, un répertoire de stratégies éprouvées et de résultats concrets.

Nous devenons maîtres de notre propre temps, prenant des décisions sans heurts, acceptant les choses telles qu’elles viennent et accomplissant tout ce qui doit être fait. On aide un enfant adulte à rester sur la bonne voie, sans se laisser déconcerter ni décourager.

Maîtriser le temps

À l’âge mûr, nous sommes des aidants pour nos parents, nos conjoints, voire nos enfants adultes, et sommes probablement très occupés par un emploi rémunéré et du bénévolat. La psychologue Margie Lachman considère que les rôles et responsabilités intergénérationnels, souvent multiples, constituent une source d’épanouissement, voire d’accomplissement.

Les maîtres ne se laissent généralement pas intimider ni influencer par les complexités de la vie. Ils sont bien trop occupés à respirer, à feuilleter leur propre répertoire de stratégies d’adaptation, à trouver des solutions raisonnables.

Les maîtres de leur propre temps ne sont toutefois pas invulnérables. Des imprévus, surtout négatifs (par exemple, le décès d’un enfant avant celui d’un parent), peuvent les faire dérailler. Ce genre d’événements défie toute logique, nous prend au dépourvu, nous laisse dans l’incertitude, voire brise la continuité du parcours de vie. Dans ces circonstances, nos répertoires ne contiennent aucune mesure éprouvée pour décider comment s’adapter sur le moment.

Les changements socioéconomiques rapides et sans précédent, alimentés par la pandémie de Covid-19, ont fait en sorte que les trajectoires de développement ordonnées et le sentiment de sécurité face à l’avenir ressemblent davantage à un fantasme qu’à la réalité.

Les Canadiens dans la mi-cinquantaine au début de la soixantaine ont généralement vécu au moins quatre événements de vie négatifs ou très négatifs, tels que la maladie, des ruptures familiales, la perte d’un aidant naturel et la perte d’heures de travail.

Ces événements ne se sont pas nécessairement produits un à la fois ou de façon progressive. La Covid-19, par exemple, a été une source de difficultés incessantes pour certaines personnes.

Une étude du World Values Survey a révélé que les personnes dans la quarantaine et la cinquantaine étaient les moins satisfaites de leur situation de vie. Cela a été attribué à une liberté de choix perçue comme moindre et à un sentiment de contrôle réduit sur le cours de leur vie, ainsi que sur leur propre santé et les finances du ménage.

Neugarten a, à juste titre, décrit les années intermédiaires comme une période marquée par une prise de conscience accrue du temps qui nous reste, de plus en plus compté, qui s’accompagne à un certain moment d’une santé précaire et/ou du décès d’un proche. Cela peut laisser les gens dans une impasse, étouffés par l’anxiété. Des recherches indiquent que les personnes dans la soixantaine qui banalisent ou remettent en question leurs inquiétudes en ressortent souvent encore plus anxieuses. Identifier les aspects positifs d’expériences négatives peut s’avérer particulièrement difficile pour les personnes dans la quarantaine et au début de la soixantaine.


Cet article fait partie de notre série La Révolution grise. La Conversation vous propose d’analyser sous toutes ses facettes l’impact du vieillissement de l’imposante cohorte des boomers sur notre société. Manières de se loger, de travailler, de consommer la culture, de s’alimenter, de voyager, de se soigner, de vivre… découvrez avec nous les bouleversements en cours, et à venir.


Cinq années perdues

Les experts affirment que les répercussions de la Covid-19 ont fait reculer notre horloge sociale de cinq ans. La durée de vie de certaines personnes au-delà de l’âge mûr est désormais liée à leur sentiment de sécurité financière, et l’on s’inquiète de plus en plus de l’inflation et du coût de la vie. Par ailleurs, l’espérance de vie en bonne santé est tombée à 66,9 ans, alors qu’elle avait atteint un sommet de 70,4 ans entre 2010 et 2012.

L’adaptation au cours de l’âge mûr peut aussi porter ses fruits lorsque les gens font le bilan de leurs réalisations, même partielles, ce qui peut les pousser à prendre des mesures du type « c’est maintenant ou jamais », comme quitter un partenaire après le départ de leurs enfants adultes.

Certains adultes d’âge mûr qui envisagent un avenir plus mouvementé sont plus enclins à s’engager dans des activités risquées aux résultats incertains, comme dire ce qu’ils pensent au travail, défier une figure d’autorité ou avoir des relations sexuelles sans protection. De même, le sentiment d’avoir manqué des occasions de gains financiers, même à court terme, a rendu d’autres plus déterminés à ne pas laisser passer leur chance.




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La sociologue Julia Rozanova a constaté que, pour les personnes dans la cinquantaine qui vieillissent avec le VIH, le temps consacré à leur épanouissement personnel comptait bien plus que celui accordé à un partenaire amoureux, un phénomène qui s’observe à travers les générations.

Au Canada, environ quatre hommes sur dix et une femme sur trois dans la vingtaine et la trentaine s’apprêtent à entrer dans l’âge mûr sans partenaire, quel que soit leur état de santé. Les Canadiennes âgées de 20 à 49 ans qui choisissent de ne pas élever d’enfants optent pour une carrière en nombre record (51,5 %).

Parmi les personnes atteintes d’une maladie chronique dans la cinquantaine, celles qui craignent moins les incertitudes futures liées à leur santé déclarent se sentir moins anxieuses.


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Maîtrise du temps ou capitulation

Aux yeux de Neugarten, le plus grand dilemme de l’âge mûr réside dans la maîtrise du temps par opposition à la capitulation.

Ceux qui maîtrisent l’approche « il ne me reste plus que tant de temps » sont les chefs d’orchestre de leur propre vie : ils délèguent au travail, choisissent leur entourage, recherchent le plaisir dans la vie plutôt que de se contenter de le grappiller. D’autres, ne sachant pas encore comment utiliser au mieux ce temps ni comment le structurer, ressentent plutôt de l’anxiété que la maîtrise qui vient avec ce rôle.

Votre horloge sociale tourne-t-elle au bon rythme ? Vous sentez-vous comme le chef d’orchestre de votre propre vie ? Ferez-vous un acte de foi et sauterez-vous sur une autre voie ? Craignez-vous plutôt de dérailler, après avoir prétendument perdu cinq ans à cause de la pandémie ? Êtes-vous quelque part entre les deux, en train de réfléchir et d’attendre qu’un signal extérieur donne le coup d’envoi ?

Les moments de bouleversement peuvent inciter les gens à repenser leurs priorités et à imaginer différentes façons de vivre et de se soutenir mutuellement. Le sentiment que le temps est peut-être compté peut créer un sentiment d’urgence à agir maintenant, à renouer des liens, à faire preuve de solidarité et à resserrer les rangs.

La façon dont nous percevons le « temps qu’il nous reste » peut nous aider à réfléchir au risque, aux comportements risqués, à la perte, à la résilience, aux liens et à la possibilité de changement. Quatre suicides sur dix surviennent désormais après 50 ans, principalement chez les personnes dans la cinquantaine et la soixantaine. Aujourd’hui plus que jamais, il est temps de parler du « temps qu’il nous reste » à l’âge mûr, en lien avec notre santé, nos finances et notre cercle de proches.

La Conversation Canada

Gail Low est affiliée à Gateway Association, un organisme sans but lucratif de défense des familles. Elle a été bénéficiaire d’un financement destiné à la recherche sur la santé mentale à un âge avancé.

Gloria Gutman est professeure émérite à l’Université Simon Fraser. Elle est ancienne présidente de l’Association internationale de gérontologie et de gériatrie, de l’Association canadienne de gérontologie et du Réseau international pour la prévention des mauvais traitements envers les aînés.

Alexandra A. Deac et Anila Naz AliSher ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur poste universitaire.

ref. Le compte à rebours de l’âge mûr : ce que « le temps qu’il nous reste » peut nous apprendre – https://theconversation.com/le-compte-a-rebours-de-lage-mur-ce-que-le-temps-quil-nous-reste-peut-nous-apprendre-290982

Vaut-il mieux remettre un produit usagé à neuf ou transformer d’anciens produits en nouvelles matières premières ?

Source: The Conversation – in French – By Maud Van den Broeke, Professor in Operations and Supply Chain Management, IÉSEG School of Management

Dans le secteur des batteries de véhicules électriques, le coût du *remanufacturing* est d’environ 50 % d’une batterie neuve contre 20 % pour le recyclage. Karepastock/Shutterstock (no reuse)

La hausse des préoccupations environnementales, des réglementations plus strictes et la pression concurrentielle poussent les entreprises à adopter des stratégies de récupération des produits. Ces dernières incluent le remanufacturing – remettre un produit usagé à neuf – et le recyclage – transformer d’anciens produits en nouvelles matières premières.

Les entreprises font régulièrement évoluer la part accordée au recyclage et au remanufacturing dans leurs stratégies de récupération. Par exemple, le spécialiste de l’impression Xerox privilégie le recyclage des déchets solides, mais a augmenté la part du remanufacturing de 11 % à 15 % de 2020 à 2021, tandis que le recyclage reculait de 74 % à 69 %, avant de revenir à 6 % de remanufacturing et 81 % de recyclage en 2024.

Le groupe automobile Stellantis, qui privilégiait la remise d’un produit usagé à neuf, a réorienté sa stratégie en faveur du recyclage : la part du recyclage de ses batteries en fin de vie est passée de 28,9 % à 43,4 % entre 2022 et 2023, tandis que celle du remanufacturing reculait de 45,6 % à 38,1 %.

L’ambition de notre recherche est d’aider les entreprises à bâtir une stratégie de récupération des produits cohérente et résiliente dans le temps, afin d’éviter une alternance entre remanufacturing et recyclage dictée par les contraintes du moment.

Comment avons-nous mis en évidence cette stratégie optimale ?

Notre étude propose un modèle d’optimisation pour trouver les stratégies de récupération les plus rentables pour les fabricants d’équipements d’origine, ces derniers étant en concurrence avec des remanufacturiers indépendants. Cette économie est encore peu étudiée malgré son importance industrielle. Pour ce faire, nous avons identifié dix stratégies possibles, allant de l’absence totale de récupération à la récupération complète.

La figure illustre les dix stratégies de récupération des produits (recyclage et remanufacturing) pour un ensemble donné de valeurs des paramètres.

Une telle concurrence existe déjà dans le secteur automobile, où plusieurs acteurs remanufacturiers indépendants sont présents sur le marché, tels que Terrepower et Borg Automotive, face à des équipementiers comme Valeo.

Les équipementiers et les remanufacturiers indépendants décident chacun de la quantité de produits usagés à récupérer. Les remanufacturiers indépendants consacrent les produits récupérés pour les remettre à neuf (remanufacturing), tandis que les fabricants d’origine peuvent opter soit pour le remanufacturing, soit pour le recyclage ou encore pour une combinaison des deux. Le choix optimal dépend de la concurrence, des coûts et de la demande.

Par exemple, les remanufacturiers indépendants n’entrent sur le marché que si le coût de la remise à neuf d’un produit usagé est inférieur à un seuil critique. Les entreprises peuvent identifier la stratégie la plus adaptée en faisant varier :

  • les coûts de production, de collecte, de recyclage et de remise à neuf d’un produit usagé ;

  • l’efficacité des matériaux recyclés ;

  • la disposition des consommateurs à payer et leur acceptation des produits remanufacturés.

Dans le secteur des batteries de véhicules électriques, le coût du remanufacturing est d’environ 50 % d’une batterie neuve, contre 20 % pour le recyclage.

Dans ces conditions, notre modèle montre qu’une stratégie hybride est la plus rentable, ce qui correspond aux pratiques observées chez Stellantis. Quand les coûts de collecte sont élevés (produits lourds et dispersés), la remise d’un produit usagé à neuf reste élevé chez les fabricants d’équipements d’origine et les remanufacturiers indépendants, comme chez Caterpillar.

Pourquoi est-ce important ?

Alors que l’Union européenne veut doubler la circularité à 24 % d’ici 2030, les marchés du recyclage et du remanufacturing devraient croître. Tandis que le recyclage est déjà courant dans l’industrie, le remanufacturing reste faible (environ 2 % du marché manufacturier), malgré son fort potentiel pour la durabilité.

Notre recherche montre que les politiques favorisant la concurrence comme la responsabilité élargie du producteur, ou les objectifs de collecte de 65 % du Parlement européen, n’augmentent pas toujours la circularité ou modifient les stratégies de récupération.

Nous constatons que la concurrence des remanufacturiers indépendants peut accroître le recyclage des fabricants d’équipements d’origine et réduire leurs activités de remise à neuf de produits usagés. Cela peut expliquer la baisse du remanufacturing et la hausse du recyclage observé chez Stellantis, comme mentionné précédemment.

Pour atténuer les effets de la concurrence, les fabricants d’équipements d’origine peuvent agir via la conception des produits, ce qui limite le remanufacturing par les remanufacturiers indépendants. Ils peuvent aussi renforcer leur image de marque, comme Volvo, ou choisir la collaboration ou l’acquisition de remanufacturiers indépendants, comme Caterpillar.

Cette intégration augmente la rentabilité de la chaîne d’approvisionnement (+ 7,1 % en moyenne), mais n’est pas toujours meilleure pour l’environnement (25 % des cas).

Quelle suite donner à cette recherche ?

Ce travail fait partie d’un programme sur la durabilité. Afin de mieux éclairer les choix de stratégies de récupération, nous avons déjà mené un projet complémentaire sur le rôle de l’écoconception, l’incertitude de l’offre, de la greeness des consommateurs et les réglementations dans ces décisions.

Nous préparons des propositions de financement national pour un projet sur la collaboration dans les chaînes d’approvisionnement circulaires, en étudiant les réseaux multiacteurs et la résilience face à l’incertitude.

Les recherches futures combineront études cas multiacteurs, workshops, entreprises-chercheurs et outils d’analytique, avec une ouverture aux entreprises intéressées.


Tout savoir en trois minutes sur des résultats récents de recherches, commentés et contextualisés par les chercheuses et les chercheurs qui ont menées ces dernières, c’est le principe de nos « Research Briefs ». Un format à retrouver ici.

The Conversation

Maud Van den Broeke a reçu des financements de ANR (ANR-22-CE10-0006).

Song Liu, Stefan Creemers et Tanja Mlinar ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur poste universitaire.

ref. Vaut-il mieux remettre un produit usagé à neuf ou transformer d’anciens produits en nouvelles matières premières ? – https://theconversation.com/vaut-il-mieux-remettre-un-produit-usage-a-neuf-ou-transformer-danciens-produits-en-nouvelles-matieres-premieres-279825

Avant d’être ennemis, ils étaient amis… La bromance méconnue de Guillaume le Conquérant et Harold

Source: The Conversation – in French – By Catherine Clarke, Professor in the History of People, Place and Community, School of Advanced Study, University of London

Dans les premières scènes de la tapisserie de Bayeux, avant le serment visible ici, Guillaume de Normandie et Harold Godwinson s’entraident. Wikimedia

L’ESSENTIEL

  • La tapisserie de Bayeux, présentée au British Museum à Londres à partir du 10 septembre, raconte aussi les événements qui ont précédé la conquête normande.

  • Avant de devenir ennemis, Guillaume de Normandie et Harold Godwinson furent alliés et combattirent côte à côte.

  • Un épisode spectaculaire dans la baie du Mont-Saint-Michel montre Harold sauvant des soldats normands des sables mouvants.


Ils n’ont pas toujours été ennemis. Avant que Guillaume le Conquérant et Harold Godwinson ne se déchirent sur le champ de bataille d’Hastings en 1066 pour la couronne d’Angleterre, ils furent compagnons et frères d’armes.

C’est l’histoire tragique de deux alliés improbables devenus ennemis mortels. Et c’est l’un des récits les moins connus de la tapisserie de Bayeux, qui est présentée au public au British Museum de Londres.

En tant qu’historien du Moyen Âge, j’ai vu la tapisserie plusieurs fois à Bayeux, et c’est cette histoire, souvent laissée de côté, qui me tire des larmes. Au cœur du récit se trouve un épisode extraordinaire qui se déroule près du Mont-Saint-Michel, en Normandie, où Harold et Guillaume se sont un jour retrouvés côte à côte.

Nous sommes en 1064. Harold Godwinson, l’un des plus puissants nobles de l’Angleterre du haut Moyen Âge, fait naufrage sur les côtes du Ponthieu, dans la Somme. Guillaume, duc de Normandie, exige alors immédiatement qu’Harold lui soit livré.

Une querelle est déjà engagée autour de la succession au trône d’Angleterre : le roi Édouard, qui n’a pas d’enfant, va bientôt mourir, et plusieurs prétendants se disputent la couronne. Les motivations de Guillaume sont, sans aucun doute, liées à ses ambitions pour le trône. Mais l’histoire prend alors une tournure pour le moins surprenante.

Guillaume et ses guerriers partent en campagne militaire contre Conan, duc de Bretagne, emmenant Harold avec eux. Pour Harold, la situation est pour le moins inconfortable : il se retrouve dans une position ambiguë, à la fois otage, hôte et compagnon d’armes.

Près du Mont-Saint-Michel, Guillaume et Harold atteignent la frontière entre la Normandie et la Bretagne. La tapisserie de Bayeux représente le Mont-Saint-Michel sous la forme d’une abbaye stylisée, perchée au sommet d’un rocher escarpé. Le Couesnon marque alors la frontière – un cours d’eau réputé pour ses sables mouvants particulièrement traîtres.

Puis, c’est la catastrophe. La tapisserie montre l’armée normande en train de s’enliser dans les vasières. Des hommes traversent le cours d’eau, leurs boucliers levés au-dessus de leurs têtes, avant de trébucher et de tomber dans l’eau et la boue. Un cheval s’enfonce à son tour, désarçonnant son cavalier. C’est la panique, le chaos.

Et, fait extraordinaire, c’est Harold qui vient à leur secours. « Ici, le duc Harold les tira du sable » (« hic Harold dux trahebat eos de arena »), nous raconte la tapisserie. Harold – que sa luxuriante moustache permet de distinguer des hommes de Guillaume (les Normands préféraient être rasés de près) – tient son bouclier d’une main et, de l’autre, tire un malheureux soldat hors des sables mouvants. Un autre fantassin normand s’accroche à son dos tandis qu’Harold le met à l’abri. Harold est le héros du jour.

Cet été, j’ai suivi les traces de Guillaume et Harold, en refaisant leur parcours à travers la baie du Mont-Saint-Michel, à l’embouchure du Couesnon, des vasières jusqu’aux sables mouvants. Aujourd’hui encore, il est trop dangereux de s’y aventurer sans un guide expérimenté : les marées et les sables sont imprévisibles et peuvent être mortels.

Notre guide nous a demandé de « danser », ou de faire onduler nos pieds, pour réveiller les sables mouvants. Lorsqu’ils ont commencé à bouger et à s’ouvrir, engloutissant mes jambes et m’attirant vers le fond, j’ai compris que les pas martelés des soldats normands avaient parfaitement pu suffire à mettre en mouvement le sol. Il ne faut pas longtemps pour que les sables vous emprisonnent et qu’il devienne impossible de s’en extraire.

Harold tire des soldats normands des sables mouvants
Harold tire des soldats normands des sables mouvants.
The British Museum

Le chroniqueur anglo-normand Orderic Vital écrivit plus tard qu’Harold était « très grand et beau, remarquable par sa force physique, son courage et son éloquence, son esprit vif et ses actes de bravoure ». Pourtant tout n’est pas éloge. Orderic ajoute : « Mais que valaient tous ces dons sans l’honneur, qui est à la racine de tout bien ? »

Si vous voulez comprendre ce qui se joue réellement dans la tapisserie de Bayeux, regardez toujours les bordures. Ces bandes décoratives, en haut et en bas, mêlent des motifs d’oiseaux et d’animaux, des scènes tirées de fables morales, des récits secondaires et des symboles qui offrent un commentaire à la fois ironique et incisif sur l’action représentée dans le panneau brodé central.

Dans les bordures de la scène des sables mouvants apparaissent des oiseaux et des poissons – à l’image de la riche vie naturelle de la baie du Mont-Saint-Michel que j’ai pu observer cet été. Mais il y a autre chose. Les bordures grouillent d’anguilles qui se contorsionnent et se tortillent. Un homme tend la main pour tenter de les saisir, mais elles lui glissent entre les doigts. Est-ce une allusion à Harold Godwinson ? Charismatique et charmeur, mais aussi insaisissable qu’une anguille ? À côté des anguilles, des aigles et un loup évoquent la violence et la prédation. Au cœur même de l’héroïsme d’Harold se dessine une sinistre prémonition.

La tapisserie de Bayeux raconte l’épisode des sables mouvants avec le recul de l’histoire. Tout le conflit reste encore à venir. Au cours de la campagne de Bretagne, Harold aide Guillaume à vaincre le duc Conan, le pourchassant de la ville fortifiée de Dol jusqu’à la citadelle de Dinan, perchée au sommet des falaises. Là, Conan se rend et remet les clés de la ville, tendues au bout d’une lance – un autre détail remarquable de la tapisserie.

Harold est largement récompensé pour sa bravoure et ses services : la tapisserie montre les deux hommes presque enlacés, tandis que Guillaume lui remet des armes. Mais ce n’est pas tout. Guillaume ramène Harold en Normandie, à Bayeux, pour célébrer leur victoire – et surtout pour lui arracher ce serment d’allégeance décisif. La tapisserie montre Harold prêtant serment sur des reliques sacrées, même si la question de savoir s’il savait exactement ce qu’il promettait, et sur quoi il prêtait serment, fait encore débat. C’est le moment qui scelle le futur conflit entre les deux hommes et sème les germes de la bataille de Hastings.

C’est à l’issue brutale de la bataille de Hastings que je me suis intéressée dans mon livre A History of England in 25 Poems. Mais il ne faut pas oublier cette histoire d’amitié inattendue, de courage et d’efforts menés de concert. Lorsque vous arrivez au bout de la tapisserie de Bayeux – la flèche dans l’œil, les cadavres dépouillés et mutilés, les Anglais fuyant dans la défaite – souvenez-vous de cette histoire qui la précède, et de cette camaraderie aujourd’hui disparue entre Guillaume et Harold : autrefois, ils étaient deux frères d’armes.

The Conversation

Catherine Clarke ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Avant d’être ennemis, ils étaient amis… La bromance méconnue de Guillaume le Conquérant et Harold – https://theconversation.com/avant-detre-ennemis-ils-etaient-amis-la-bromance-meconnue-de-guillaume-le-conquerant-et-harold-291174

Une étude chez la souris éclaire les changements cérébraux qui pourraient favoriser la rechute après l’arrêt de l’alcool

Source: The Conversation – in French – By Danny G. Winder, Professor and Chair of Neurobiology, UMass Chan Medical School

Mieux comprendre les mécanismes cérébraux liés à la rechute est un enjeu majeur pour le traitement de l’alcoolisme. Mart productio/Pexels

Pourquoi certaines personnes rechutent-elles après avoir arrêté de boire ? Des travaux menés chez la souris suggèrent que l’abstinence peut modifier l’activité d’une région cérébrale, le BNST, et ainsi contribuer à une consommation d’alcool
excessive malgré ses conséquences néfastes.


Chez certains individus, s’abstenir de boire de l’alcool peut ensuite accentuer une consommation compulsive. Notre équipe de recherche a constaté que, chez des souris privées d’alcool, cette envie irrépressible de boire est précédée de modifications de l’activité d’une région cérébrale particulière, ce qui ouvre de nouvelles pistes de dépistage pour identifier et aider les personnes les plus vulnérables à une rechute.

Bien que l’abstinence alcoolique soit associée à une amélioration de l’état de santé, les chercheurs spécialisés dans les addictions émettent l’hypothèse que les modifications cérébrales qui surviennent pendant une période d’abstinence pourraient accroître le risque de rechute.

Pour explorer cette hypothèse, nous avons étudié le comportement de souris après leur avoir donné un accès volontaire à l’alcool pendant une longue période, suivi d’une période d’abstinence forcée. Nous avons constaté qu’une partie des souris développait une consommation d’alcool résistante à l’aversion : elles se mettaient alors à boire de l’alcool malgré la quinine que nous ajoutions pour le rendre de plus en plus amer. De plus, comparées aux souris qui n’avaient pas subi d’abstinence forcée, ces souris consommaient des quantités encore plus importantes de cet alcool très amer. Ces résultats suggèrent que l’abstinence pourrait entraîner des difficultés physiologiques susceptibles de contribuer aux rechutes chez les personnes souffrant de troubles liés à l’usage d’alcool.

Nous avons ensuite suivi l’activité d’un groupe particulier de cellules dans une région du cerveau appelée noyau du lit de la strie terminale, ou BNST. Des recherches antérieures ont montré que cette petite structure cérébrale joue un rôle important dans certains symptômes des troubles liés à l’usage d’alcool, notamment l’anxiété et la dépression.

Le BNST est situé en profondeur, près du centre du cerveau.
Le BNST est situé en profondeur, près du centre du cerveau.
Rob Hurt/Wikimedia Commons, CC BY-SA

Nous avons constaté que lorsque des souris en abstinence étaient replacées dans l’environnement où elles avaient auparavant eu accès à l’alcool, elles tentaient d’en boire, alors même que le dispositif ne contenait que de l’eau. Ces tentatives étaient associées à une activité du BNST. Chez les souris abstinentes qui avaient développé une préférence pour l’alcool très amer, l’activité dans cette région du cerveau était plus de deux fois supérieure à celle observée chez les souris qui n’avaient pas subi de période d’abstinence forcée.

Fait important, nous avons observé une activité du BNST avant même de donner aux souris abstinentes accès à l’alcool amer. Ce résultat laisse penser qu’il pourrait être possible d’identifier les personnes présentant un risque de rechute en mesurant l’activité du BNST lorsqu’on leur donne accès à de l’alcool.

Pourquoi c’est important

La consommation excessive d’alcool constitue l’un des principaux enjeux de santé publique. Bien qu’elle soit associée à de nombreux effets néfastes sur la santé, le public sous-estime chroniquement sa gravité.

En 2024, le nombre de décès associés à la consommation d’alcool aux États-Unis était 4,5 fois supérieur à celui des décès attribués aux opioïdes. Alors que la réduction des risques – qui constitue un élément majeur de la prise en charge des troubles liés à l’usage d’opioïdes – est également étudiée dans le traitement des troubles liés à l’usage d’alcool, l’abstinence reste au cœur de la plupart des approches de cette addiction.

Plus de 80 % des Américains âgés de 12 ans et plus consomment de l’alcool au cours de leur vie, et environ 10 % développent ensuite un trouble lié à l’usage d’alcool. Ces 10 % représentent près de 30 millions de personnes qui auraient besoin d’un traitement (En Europe, l’alcool est responsable de plus de 7 % des maladies et décès prématurés).

Malheureusement, les cliniciens disposent de peu d’outils pour prédire quelles personnes auront besoin d’aide. Bien que des traitements contre les troubles liés à l’usage d’alcool soient approuvés par la Food and Drug Administration (FDA), le nombre de personnes diagnostiquées reste très élevé. De fait, ce nombre a pratiquement doublé aux États-Unis depuis 1999.

Mettre au point de meilleures stratégies pour identifier les personnes présentant un risque de développer un trouble lié à l’usage d’alcool et les aider à s’orienter parmi les différentes options thérapeutiques pourrait améliorer leur prise en charge.

Ce que l’on ignore encore

Le rôle exact que joue le BNST dans les comportements liés aux troubles liés à l’usage d’alcool n’est pas encore clairement établi. On ignore également ce qui provoque l’augmentation de son activité, ainsi que les populations spécifiques de cellules cérébrales au sein du BNST qui sont à l’origine de cette activité. Répondre à ces questions pourrait permettre d’identifier de nouvelles cibles thérapeutiques.

La suite

De nouveaux outils en neurosciences permettent désormais aux chercheurs de manipuler l’activité de neurones spécifiques dans le cerveau des souris. Grâce à ces techniques, notre équipe cherche à comprendre le rôle du BNST dans la consommation d’alcool malgré les conséquences néfastes qui en découlent.

Notre collègue Jennifer Blackford étudie également l’activité du BNST dans le cerveau de personnes souffrant d’un trouble lié à l’usage d’alcool et se trouvant aux premiers stades de l’abstinence. Si son équipe observe des résultats similaires chez l’humain, l’étape suivante consisterait à étudier plus précisément, dans le cadre d’essais cliniques, la possibilité d’utiliser l’activité du BNST comme outil de dépistage.

The Conversation

Danny G. Winder a reçu des financements des National Institutes of Health.

Marie Doyle a reçu des financements du National Institute of Alcohol Abuse and Alcoholism.

ref. Une étude chez la souris éclaire les changements cérébraux qui pourraient favoriser la rechute après l’arrêt de l’alcool – https://theconversation.com/une-etude-chez-la-souris-eclaire-les-changements-cerebraux-qui-pourraient-favoriser-la-rechute-apres-larret-de-lalcool-291181

Pourquoi mesurer les sentiments ne suffit pas à comprendre la réputation numérique d’un État

Source: The Conversation – in French – By Fabrice Lollia, Docteur en sciences de l’information et de la communication, chercheur associé laboratoire DICEN Ile de France, Université Gustave Eiffel

À l’ère du numérique, les organisations sont particulièrement attentives à leur image. Pourtant, les analyses issues des réseaux sociaux se résument encore souvent à des indicateurs « positifs » ou « négatifs ». Utiles pour dégager des tendances, ils ne suffisent pas, en revanche, à comprendre comment une réputation se construit, circule et se transforme.

Une étude pilote menée en 2026 par l’Observatoire des dynamiques stratégiques Afrique–Océan Indien (ODS-AOI) sur l’image numérique de la France à Madagascar apporte un éclairage inédit sur ces mécanismes. Elle analyse 3 097 contributions publiques associées à 23 publications Facebook issues de trois médias malgaches : 2424.mg, Orange Actu Madagascar et L’Express de Madagascar.

Il ne s’agit pas d’un sondage représentatif de l’opinion malgache, mais de l’observation de récits, de perceptions et de dynamiques conversationnelles.

Chercheur en sciences de l’information et de la communication, je m’intéresse à l’impact des réseaux sociaux et des dynamiques informationnelles sur les organisations. À partir de ce terrain, je montre ici pourquoi le projet visant à comprendre une image numérique suppose d’aller au-delà de la seule mesure de sentiment, afin d’identifier les mécanismes qui la façonnent et les effets qu’ils peuvent produire sur la communication d’une organisation.

Des objets concrets deviennent des signes de la relation

Le premier enseignement de cette étude montre que la France n’apparaît ni uniformément rejetée ni uniformément valorisée. Son image varie selon les sujets, les situations et les objets à travers lesquels elle devient visible.

Dans le corpus, « la France » peut renvoyer à une ancienne puissance coloniale, un partenaire diplomatique, un acteur économique, un bailleur, une destination d’études, un espace de mobilité, un partenaire sécuritaire, une langue ou encore une puissance de l’océan Indien. Huit dimensions principales apparaissent ainsi : historique, politique et diplomatique, économique, développement et aide, sécuritaire, mobilité, culturelle et éducative, régionale.

Cette pluralité explique pourquoi des jugements apparemment contradictoires peuvent coexister. Une intervention humanitaire peut être valorisée, tandis que certaines formes d’influence politique sont contestées. L’attractivité des études en France peut rester forte, alors que les procédures de visa suscitent des frustrations.

Du point de vue des représentations sociales, ces contradictions ne constituent pas nécessairement des incohérences. Elles montrent plutôt que la relation franco-malgache est évaluée à travers plusieurs registres simultanés.

Théorie des représentations sociales

Deux mécanismes issus de la théorie des représentations sociales permettent de comprendre ce processus : l’ancrage et l’objectivation.

L’ancrage consiste à interpréter un phénomène complexe à partir de catégories déjà connues. La France peut ainsi être lue comme une ancienne puissance coloniale, une partenaire éducative ou une puissance régionale.

L’objectivation transforme ensuite une relation abstraite en objets concrets : un visa, une aide humanitaire, une infrastructure, les Îles Éparses(administrées par la France mais revendiquées par Madagascar) ou une possibilité d’études.

Une lecture sémiotique (analyse des signes, symboles et codes) permet de prolonger cette analyse. Dans les médias, les réseaux sociaux et les conversations ordinaires, ces objets deviennent des signes à travers lesquels la relation France–Madagascar est discutée, évaluée et parfois contestée. Ils condensent des significations plus larges, liées notamment à la réciprocité, à l’utilité, à la souveraineté, à l’asymétrie ou à la mémoire historique.

Le visa, par exemple, n’est plus seulement une procédure administrative. Il peut devenir le signe d’une relation jugée plus ou moins réciproque. L’aide humanitaire peut devenir le signe d’une utilité immédiatement perceptible. Les Îles Éparses peuvent, quant à elles, concentrer des enjeux de mémoire, de souveraineté et d’autonomie qui dépassent largement la seule question territoriale.

L’image numérique de la France se construit ainsi à partir d’objets concrets qui, dans les conversations, acquièrent une portée symbolique bien plus large que leur fonction première.

Ce que les commentaires évaluent réellement

La réputation numérique dépend aussi du cadrage initial des publications. Une actualité sur l’aide, les visas, la défense ou l’économie ne met pas en évidence les mêmes dimensions de la relation France–Madagascar. Le média sélectionne ainsi ce qui devient saillant.

Mais ce cadrage ne détermine pas entièrement l’interprétation. Les publics peuvent l’accepter, le négocier ou le contester. Une annonce de coopération peut être perçue comme une preuve d’utilité, mais aussi comme le signe d’une relation asymétrique. Les commentaires deviennent alors des espaces de réappropriation où se mêlent expériences personnelles, mémoire historique et comparaisons géopolitiques.

Facebook intervient également dans ce processus. Les algorithmes, l’engagement, la modération et les effets de communauté influencent, dans un cadre technodiscursif, ce qui devient visible. L’analyse doit donc porter sur une configuration plus large allant de la publication en passant par la communauté et en terminant par la plateforme. Le média cadre, le public réinterprète et la plateforme hiérarchise.

Dans ces conversations, cinq dimensions structurent particulièrement l’évaluation de la relation à savoir l’utilité, l’asymétrie, la souveraineté, la responsabilité et la réciprocité. Une même action peut ainsi être jugée utile tout en étant perçue comme asymétrique, ou efficace tout en suscitant des interrogations sur la souveraineté.

La réputation apparaît donc moins comme un score que comme une configuration dynamique de jugements relationnels, produite par l’interaction entre le cadrage, la réception et la visibilité.

De la preuve à l’intelligence réputationnelle

L’étude met en évidence l’importance de la preuve par les résultats. La France dispose à Madagascar de nombreux actifs réputationnels ( éducation, culture, réseaux économiques, présence institutionnelle, capacité opérationnelle ou proximité régionale ), mais leur existence ne garantit pas leur reconnaissance.

Ils se transforment plus facilement en capital réputationnel lorsque les résultats sont visibles, attribuables et perçus comme relativement équilibrés. L’aide humanitaire l’illustre bien : l’action, le résultat et les bénéficiaires sont immédiatement identifiables. À l’inverse, les discours généraux sur le partenariat peuvent être fragilisés lorsque leurs effets concrets demeurent difficiles à percevoir.

Ce constat interroge les pratiques de social listening, c’est-à-dire les méthodes de collecte et d’analyse des conversations, réactions et perceptions exprimées sur les plateformes numériques afin d’identifier les sujets discutés, leur tonalité et leur évolution. Une critique d’un visa, d’un dispositif économique ou de l’influence politique française peut être classée de la même manière comme « négative », alors qu’elle ne renvoie ni au même objet ni aux mêmes attentes.

L’analyse de sentiment reste donc utile, mais elle ne suffit pas. Comprendre une réputation suppose aussi d’identifier ce qui est évalué, dans quel contexte, par quelle communauté et selon quels critères.

C’est ce passage de la tonalité à la compréhension qui conduit à une forme d’intelligence réputationnelle. Il faut non seulement savoir si une réaction est favorable ou défavorable, mais comprendre pourquoi elle l’est et ce qu’elle révèle de la relation.

Le cas France–Madagascar invite ainsi à remplacer la question « Quelle est l’image de la France ? » par une autre : « Quelle dimension de la France est évaluée, par quelle communauté, dans quel contexte et selon quels critères ? »

Et finalement invite à comprendre que dans les espaces numériques, une réputation n’est jamais définitivement acquise : elle se construit, se négocie et se reconfigure en permanence.

The Conversation

Fabrice Lollia does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Pourquoi mesurer les sentiments ne suffit pas à comprendre la réputation numérique d’un État – https://theconversation.com/pourquoi-mesurer-les-sentiments-ne-suffit-pas-a-comprendre-la-reputation-numerique-dun-etat-290565

Pourquoi les politiciens échouent à gérer les problèmes complexes… et comment y remédier

Source: The Conversation – in French – By Benoît Béchard, Chercheur | Docteur en psychologie de la décision Ph. D., Université Laval

Pourquoi peinons-nous, comme société, à faire face aux grands défis de notre époque, comme les changements climatiques, les pandémies, les inégalités sociales ou les crises économiques ? Parce que ce sont des enjeux d’une grande complexité.


Et ainsi en est-il de l’actuelle guerre commerciale.

Depuis le 22 août, les États-Unis imposent des droits de douane de 50 % sur de nombreux produits canadiens d’une valeur de 27,6 milliards de dollars. En raison de son économie exportatrice fortement intégrée au marché américain, le Québec serait la province du Canada la plus durement touchée par ce barrage tarifaire. Les dernières données fournies par la Banque Nationale indiquent que le taux moyen appliqué aux exportations québécoises atteindra près de 11 %.

Cette pression tarifaire s’est intensifiée au cours de 2025. Les décideuses et décideurs politiques ont d’abord adopté une posture d’attentisme alimentée par la stupeur et l’incertitude, avant de devoir prendre des décisions dans l’urgence. Nous nous trouvons désormais face au genre de situation complexe dans laquelle les capacités de la cognition humaine peuvent rapidement montrer leurs limites.

À l’aune du rendez-vous électoral québécois du 5 octobre, l’enjeu de la présente campagne n’est ni la santé, ni l’éducation, ni l’environnement, ni même l’économie : tous ces domaines contribuent à organiser un environnement de décision dans lequel aucun ne peut être géré indépendamment des autres.

L’imposition de nouveaux tarifs douaniers peut non seulement fragiliser les entreprises québécoises, entraîner des mises à pied et diminuer le pouvoir d’achat des ménages, mais aussi provoquer des effets en cascade dans l’ensemble de la société : la précarité financière peut accroître les besoins en santé mentale et en services sociaux ; les perturbations des chaînes d’approvisionnement, compromettre l’accès à des biens essentiels et accentuer les enjeux de sécurité alimentaire et énergétique ; et l’accumulation de ces pressions, exacerber les tensions sociales et amplifier les inégalités entre les populations et les territoires.

Pour les politiciennes et les politiciens, il ne s’agit pas simplement de s’engager à limiter la hausse des loyers à l’inflation, de décréter un gel d’embauche dans la fonction publique ou de réviser le taux d’imposition aux entreprises. Le véritable défi sera d’apprendre à composer avec l’incertitude. Compte tenu de la complexité de la situation, ils devront accorder une attention accrue aux effets indirects de leurs politiques, à l’évolution dynamique des enjeux dans le temps et aux interdépendances entre les différents secteurs de la société.

« Bons » et « mauvais » décideurs

La littérature scientifique documente largement les limites de la cognition humaine face à la complexité.

Parce que l’humain peine à saisir les interactions non-linéaires entre aussi peu que quatre facteurs (p. ex., PIB, taux de chômage, taux d’intérêt, inflation), il tend à simplifier l’information. Dans la mesure où les politiciennes et politiciens ont un travail qui peut nécessiter des prises de décisions rapides dans un contexte où les données sont souvent parcellaires, ils sont susceptibles d’aggraver les problèmes qu’ils cherchent à résoudre, voire d’en créer de nouveaux.

Face à la complexité, les « bons » et les « mauvais » décideurs ne se distingueraient pas seulement par leurs décisions, mais aussi par leur manière d’aborder la complexité.

Les « mauvais » décideurs limiteraient le nombre d’options envisagées en surfocalisant l’attention sur des fragments d’information. Ils prendraient moins de décisions en se convainquant que le temps va faire son œuvre, négligeraient les causes structurelles des problèmes pour plutôt « papillonner » sur des questions cosmétiques et des considérations de surface. Ils réagiraient aux enjeux saillants dans l’espace public en se contentant de préserver ce qui fonctionne ; ou encore sélectionneraient les informations qui confortent leurs croyances personnelles.

Face à l’incertitude, ce type de comportement vise essentiellement à réduire la complexité à un niveau intelligible.

Les tarifs : un archétype de complexité politique

En tant que docteur en psychologie de la décision, mon travail n’est pas de fournir des réponses toutes faites à une incertitude qui, par définition, ne peut être résolue. Je cherche plutôt à comprendre pourquoi les politiciennes et les politiciens échouent si souvent à gérer les problèmes complexes.

La récente publication de mon livre Biais et politique aux Presses de l’Université du Québec s’inscrit dans cette démarche. J’y montre comment les personnes élues tendent à réduire, parfois excessivement, la complexité des problèmes sociopolitiques.

La présente campagne électorale vient rappeler aux partis politiques et à leurs candidates et candidats qu’ils doivent résister à la tentation de se livrer à l’exercice usuel : promettre des baisses de taxes et d’impôts, laisser espérer une marée d’investissements une fois au pouvoir, éviter de reconnaître leurs erreurs passées, ou s’approprier seulement les réussites des anciens gouvernements. Bref, promettre tout, à tout le monde.

Les tarifs auront des conséquences qui n’affecteront pas seulement les entreprises exportatrices. Avec le dynamisme qui articule les échanges commerciaux, la situation change et évolue, avec ou sans l’intervention des politiciennes et des politiciens. Au fil du temps, les entreprises qui composent la chaîne d’approvisionnement pourraient, elles aussi, voir la demande pour leurs produits et services diminuer.




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Tarifs douaniers : les effets cascade d’une décision politique sur l’économie, les entreprises et les citoyens


La deuxième ligne dépend de ses fournisseurs. La troisième ligne aussi. Et ainsi de suite. Ces effets en cascade menacent directement plus de 18 000 emplois dans une province qui en a perdu près de 60 000 depuis le début de l’année. La riposte du gouvernement canadien, prévue pour le 8 septembre, pourrait alimenter l’inflation et accroître la pression sur les finances publiques. Lorsque cette pression augmente, les gouvernements peuvent être tentés de privilégier des solutions superficielles et de se tourner vers celles et ceux qui peuvent contribuer à rééquilibrer rapidement les finances publiques. Vous avez deviné : les contribuables.

Il n’existe pas de solution simple aux problèmes complexes. Méfiez-vous de la candidate ou du candidat qui promettra de régler définitivement un enjeu social complexe. Il sous-estime la nature du défi qui occupe les gouvernements et sa « solution » pourrait nuire davantage qu’elle n’aidera.

Développer la pensée complexe comme une compétence cognitive durable

Chaque jour, l’actualité nous rappelle que des décisions de fortune prises pour résoudre des problèmes complexes peuvent en créer de nouveaux. Santé Québec vient encore une fois de nous en donner un exemple : la modernisation de ses systèmes de ressources humaines ayant été mise sur la glace, quelque 465 millions de dollars ont depuis été consacrés au maintien de logiciels dépassés, alors que leur remplacement avait été initialement évalué à 106 millions.

Les décideuses et les décideurs politiques doivent faire preuve d’humilité face à l’ampleur des défis auxquels ils sont confrontés. Il ne s’agit pas de prétendre qu’ils ignorent nécessairement les effets indirects ou différés de leurs décisions, mais de reconnaître la difficulté à les anticiper lorsque de nombreux facteurs interagissent et que la situation évolue dans le temps.

Cela exige de pousser le raisonnement au-delà des effets immédiats d’une intervention et de s’interroger sur les « conséquences des conséquences ». Dans certains cas, l’absence de problème ne signifie pas qu’il n’y a rien à faire. La prévention comporte elle-même des coûts et des arbitrages à prendre en compte. Les enjeux sont trop importants pour que les décisions reposent uniquement sur ce qui est visible aujourd’hui.

La recherche scientifique explore aujourd’hui une piste prometteuse : développer la pensée complexe comme une compétence cognitive durable. Certains chercheurs, dont je fais partie, réfléchissent actuellement à la possibilité d’un entraînement systématique par simulation, un peu comme on développe la capacité à communiquer devant un groupe : en s’exposant à différentes situations, en s’exerçant et en recommençant.

Cet entraînement à la pensée complexe pourrait peut-être aider nos personnes élues à mieux gérer les sautes d’humeur de Donald Trump.

La Conversation Canada

Benoît Béchard ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Pourquoi les politiciens échouent à gérer les problèmes complexes… et comment y remédier – https://theconversation.com/pourquoi-les-politiciens-echouent-a-gerer-les-problemes-complexes-et-comment-y-remedier-290765

De Ceuta a Washington: cómo la ultraderecha convierte la inmigración en una guerra cultural global

Source: The Conversation – (in Spanish) – By David Alvarado, Associate professor, Universidade de Vigo

OSCAR GONZALEZ FUENTES/Shutterstock

Cuando decenas de miles de personas cruzaban irregularmente hacia Ceuta el pasado 30 de julio, Santiago Abascal, líder del partido ultraderechista Vox, no dudaba en hablar ya de “invasión”.

Apenas unas horas después, Donald Trump utilizó el mismo término y presentó lo ocurrido en la ciudad autónoma española como advertencia de lo que podría suceder en Estados Unidos si los demócratas recuperaban el poder.

En Francia, el europarlamentario del partido ultraderechista francés Rassemblement National (RN) Thierry Mariani afirmó que la polémica novela distópica y apocalíptica Le Camp des saints había dejado de ser ficción. Franck Allisio, diputado del mismo partido, preguntó si después de Ceuta sería el turno de Marsella, Niza o Toulon y añadió: “¿Cómo no pensar en Raspail?”.

La catástrofe asociada al declive de Occidente

Reconocido literato próximo a círculos de la ultraderecha de la época, Jean Raspail imaginó en Le Camp des saints, novela publicada en 1972, la llegada a la costa francesa de un millón de personas procedentes del subcontinente indio. No aparecen como individuos con trayectorias diferenciadas, sino como un cuerpo colectivo que avanza sobre Europa.

Frente a ellos, el autor presenta a políticos, medios de comunicación, Iglesia y organizaciones humanitarias como actores incapaces de reaccionar, mientras una parte de la sociedad occidental ha perdido la voluntad de defenderse. La obra presenta la inmigración como catástrofe asociada al declive de Occidente.

El libro adquirió pronto una dimensión política. Jean-Marie Le Pen contribuyó a incorporarla al repertorio de la extrema derecha francesa, y su hija, Marine, volvió a recurrir a ella durante la crisis de refugiados de 2015, invitando a los franceses a “leer o releer” el libro, al tiempo que hablaba de “sumersión migratoria”.

La referencia cruzó el Atlántico ese mismo año. Stephen Miller, quien se convertiría en uno de los arquitectos de la política migratoria de Donald Trump, recomendó The Camp of the Saints a Breitbart News. El entonces director del influyente medio digital de la derecha radical, Steve Bannon, recurrió también a Raspail para interpretar la llegada de migrantes a Europa.

Raspail dio forma literaria a la vieja idea de una Europa amenazada por poblaciones foráneas, que reaparecería con formulaciones diferentes. El escritor y novelista francés Renaud Camus popularizó a partir de 2011 la “teoría del gran reemplazo”, según la cual los europeos estarían siendo progresivamente sustituidos por inmigrantes.

La presentación es distinta, pero persisten elementos reconocibles como una comunidad nacional amenazada, el cambio demográfico convertido en peligro existencial y unas élites acusadas de permitirlo.

Este tipo de marcos circula entre derechas radicales de distintos países y se adapta a las historias, conflictos y lenguajes propios de cada país. Es lo que se conoce como glocalización, un proceso por el que ideas de alcance internacional adquieren una expresión nacional.

Cuando la frontera protege una identidad

En España, esa adaptación vincula inmigración, fronteras y soberanía con una determinada concepción de la identidad nacional. La Agenda España de Vox presenta el “globalismo” como una amenaza simultánea para la soberanía y la identidad cultural de las naciones occidentales.

Otro documento programático del partido de ultraderecha relaciona expresamente inmigración, fronteras, soberanía e integridad territorial. Fratelli d’Italia incorpora a ese repertorio la defensa de la natalidad, la familia y las raíces culturales nacionales. Un mismo marco compartido adquiere así acentos diferentes según el país.

El partido francés Rassemblement National establece una relación similar. Su programa sobre inmigración vincula el control de las fronteras con la nacionalidad y la identidad francesas, la primacía del derecho nacional y una pretendida recuperación de la soberanía popular.

En Estados Unidos, el programa electoral de Trump en 2024 relaciona la “invasión” de la frontera sur con la protección de la soberanía estadounidense y presenta la identidad y el modo de vida del país como “amenazados”. Estas variantes confluyen en lo que se define como “soberanismo identitario”. La frontera delimita el territorio sobre el que el Estado ejerce su autoridad y, al mismo tiempo, quién pertenece a una comunidad definida en términos culturales.

La paradoja es que esta supuesta defensa a ultranza de la soberanía nacional se construye mediante intercambios transnacionales. Los partidos mantienen contactos, participan en encuentros internacionales, forman alianzas parlamentarias y se relacionan con fundaciones, think tanks (laboratorios de ideas) y medios que multiplican las interacciones. Vox multiplica contactos con fuerzas de la derecha radical europea o el entorno republicano estadounidense con las que comparte diagnósticos y propuestas. No se trata de reproducir un programa común. Las alianzas facilitan la circulación de ideas que cada organización incorpora a su propio lenguaje político.

Una “guerra cultural” mucho más amplia

La inmigración es solo uno de los terrenos en los que operan estas dinámicas. James Davison Hunter popularizó en 1991 el concepto de “guerra cultural” para explicar conflictos que enfrentaban visiones morales contrapuestas sobre cuestiones como el aborto o la religión en la escuela. Desde entonces, su significado se ha ampliado. Género, familia, educación, diversidad sexual o identidad se presentan como partes de una disputa sobre los valores y formas de vida que deberían definir una sociedad.

En Europa, este repertorio incorpora además cuestiones propias, que van desde el islam y la secularización hasta la integración europea o la llegada de población extranjera.

La adaptación de estas “guerras culturales” vuelve a producir variantes nacionales. Vox incorpora a este repertorio la defensa de la familia tradicional, la crítica de las políticas de género y la denuncia del “globalismo”. Fratelli d’Italia pone el acento en la natalidad y las raíces culturales nacionales. El Fidesz de Viktor Orbán ha convertido la defensa de los valores tradicionales frente al liberalismo occidental en fundamento de su proyecto iliberal. Alternativa para Alemania (AfD) combina posiciones contrarias a la inmigración con el rechazo de políticas de igualdad y la reivindicación de la familia tradicional. En República Checa, estas disputas entrelazan identidad, género, sexualidad, inmigración y rechazo de la integración europea.

Estas cuestiones no permanecen aisladas entre sí. Existen estructuras argumentativas semejantes ante inmigración, igualdad de género y diversidad sexual. Además, es cada vez más notable la creciente convergencia temática entre los públicos digitales de Vox, Fratelli d’Italia y el Partido Republicano estadounidense, entre otros, precisamente alrededor de la inmigración y las guerras culturales.

La ultraderecha española participa así de un repertorio más amplio en el que fronteras, soberanía, familia, género o identidad pueden presentarse como dimensiones de una misma disputa sobre el cambio social.

Ceuta y el poder de una palabra

Lo ocurrido en Ceuta permite observar qué ocurre cuando esta particular gramática política se aplica a una crisis real. El 30 de julio se produjo una avalancha migratoria de una magnitud excepcional, con graves consecuencias humanitarias y de seguridad, además de repercusiones en las relaciones entre España y Marruecos.

Tildarla de “invasión” no aspira a captar su dimensión, sino a otorgarle un significado. Convierte a decenas de miles de personas con situaciones y motivaciones diferentes en un sujeto colectivo que amenaza a la comunidad nacional.

La frontera deja de aparecer únicamente como un espacio de control territorial y pasa a representar la línea que separa a esa comunidad de quienes supuestamente la amenazan.

La selección léxica para definir el acontecimiento condiciona la manera de entender sus causas y las respuestas consideradas adecuadas. Al comienzo de la crisis, Abascal reclamaba la militarización permanente de la frontera y calificaba lo ocurrido como un “acto de guerra”. Un mes después, trasladaba ese mismo marco a las movilizaciones por Ceuta y acusaba a Sánchez de “traicionar a los españoles” y actuar como “lacayo” de Marruecos.

La reacción trascendió las fronteras españolas. Meloni restableció controles para nacionales de terceros países procedentes de España, alegando razones de seguridad nacional. La decisión italiana resulta significativa porque Ceuta no forma parte del espacio Schengen y porque, durante la crisis de Lampedusa de 2023, Roma recibió apoyo de las instituciones europeas, incluido un mecanismo de solidaridad para trasladar migrantes a otros Estados miembros.

Ese contraste muestra las consecuencias de convertir la inmigración en un campo de disputa identitaria transnacional. El drama que sobrevino en El Tarajal devino argumento político en otros países y fue adaptado a sus respectivos debates nacionales.

Para Abascal, Ceuta fue una “invasión”; para Trump, una advertencia sobre lo que podía suceder en Estados Unidos; para dirigentes del RN, la confirmación de una ficción escrita medio siglo antes.

La coordinación de las derechas radicales multiplica así la capacidad de una misma gramática política para atravesar fronteras, interpretar realidades diferentes y convertirlas en argumentos de política interior.

The Conversation

David Alvarado no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

ref. De Ceuta a Washington: cómo la ultraderecha convierte la inmigración en una guerra cultural global – https://theconversation.com/de-ceuta-a-washington-como-la-ultraderecha-convierte-la-inmigracion-en-una-guerra-cultural-global-290990

El mundo rural, de vestigio del pasado a laboratorio de futuro

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Joaquín Martín Cubas, Profesor Titular de Ciencia Política y Administración. Instituto interuniversitario de Desarrollo Local, Universitat de València

El municipio de Aras de los Olmos, en Valencia, es un ejemplo de cómo el mundo rural puede ser fuente de innovación. Ecomuseo Aras/Wikimedia Commons, CC BY-SA

El 80 % de la superficie habitable del planeta es territorio rural. En él se produce la mayor parte de los alimentos que nos sustentan, se custodian los ecosistemas que regulan el clima y se preserva una diversidad cultural que no podemos permitirnos perder.

Sin embargo, durante demasiado tiempo, especialmente en España, los territorios rurales han sido vistos como espacios atrasados, cuando no estancados, en regresión u olvidados. Pero en la actualidad podemos decir que no siempre es así.

En muchos casos, los municipios rurales se están poniendo a la vanguardia de los procesos de desarrollo sostenible. Es más, lo rural ha pasado a ser un laboratorio vivo de innovación social y democrática.

Gobierno abierto y en red

Los modelos burocráticos y gerenciales del siglo XX han dejado paso, en el presente, a nuevas formas de gobernanza democrática basadas en el gobierno abierto, participado, en red, multinivel.

El objetivo de las políticas que se emprenden ya no es el mero crecimiento económico, sino el desarrollo sostenible. Y ese objetivo no puede alcanzarse con recetas universales, sino desde cada territorio particular, a través de políticas bottom-up (de abajo a arriba) que movilicen los recursos locales y que siempre requieren participación y diálogo social.

La Agenda 2030 de Naciones Unidas lo consagra expresamente: el Objetivo de Desarrollo Sostenible 16 exige instituciones eficaces y transparentes, y el 17 reclama alianzas entre gobiernos, sociedad civil y sector privado. La gobernanza democrática, en la actualidad, no es un adorno, sino una condición estructural del desarrollo.

Los desafíos del mundo rural

La participación ciudadana va mucho más allá del voto cada cuatro años: abarca el acceso a la información, la valoración crítica de las políticas, el control de los decisores y sus decisiones, la propuesta normativa, la consulta vinculante y, en última instancia, el empoderamiento real de la comunidad sobre sus propios asuntos.

La innovación pública, por su parte, no se reduce a introducir tecnología en los procesos habituales: consiste en encontrar soluciones nuevas a los problemas colectivos. Soluciones que nacen de la propia comunidad, generan valor social y fortalecen vínculos.

Ambos conceptos, participación e innovación, se revelan especialmente críticos en los territorios rurales despoblados, donde las administraciones locales son muy cercanas a la ciudadanía, pero deben hacer frente a enormes desafíos con recursos muy escasos.

¿Cuáles son esos desafíos en España? Jorge Hermosilla, profesor de la Universidad de Valencia, ha caracterizado a estos territorios rurales como simultáneamente problemáticos (despoblados, con dificultades de accesibilidad y déficit de servicios), contradictorios (ofrecen alta calidad ambiental y fuerte sentido de pertenencia, pero grave precariedad en sanidad, educación o conectividad), dependientes (subsidiarios del sistema urbano, con escaso emprendimiento y liderazgo) y vulnerables (la marcha de una sola familia, o el cierre de un bar o una escuela pueden cambiar el equilibrio de todo el pueblo).

En muchos municipios de menos de quinientos habitantes no existe sociedad civil organizada ni iniciativa privada: el Ayuntamiento es el único prestador de servicios con capacidad de generar economía. Esa es la magnitud del reto, pero también, como subraya el autor, la magnitud de la oportunidad.

Ejemplos de innovación social en pequeños municipios

Por suerte, la innovación social funciona y lo hace con contrastados rendimientos. Contamos en España con numerosos ejemplos inspiradores.

La comarca de Pinares (Burgos-Soria), mediante un laboratorio rural vecinal, ha generado soluciones sencillas y eficaces a problemas de la vida ordinaria de sus vecinas y vecinos. En Álava, el espacio Garaion transformó un caserío en ruinas en un centro cultural participativo generador de dinamismo económico y social. En Asturias, el Ecomuseo La Ponte es gestionado directamente por la comunidad local, convirtiendo el patrimonio en motor económico.

En Burgos, la plataforma Burgos Rural Market conecta pequeñas tiendas con consumidores de todo el territorio. Y, por poner otro ejemplo, los biodistritos agroecológicos de Andalucía y la Comunitat Valenciana muestran cómo agricultores, consumidores y ayuntamientos pueden diseñar juntos sistemas de producción sostenible.

Un caso especialmente revelador por su coherencia y por sus resultados medibles es el de Aras de los Olmos, municipio de menos de cuatrocientos habitantes de la provincia de Valencia, enclavado en la Serranía del Turia. Hace tres lustros, sus vecinos constituyeron una entidad de naturaleza mixta, público-privada, la Fundación El Olmo, como instrumento institucional de desarrollo compartido para su territorio.

Hoy, ese municipio, hasta aquel momento condenado según muchos al declive o la desaparición, es proveedor de servicios energéticos (en unos días, primer municipio de España totalmente autoabastecido por energías renovables), de servicios digitales (Centro de Innovación Territorial RuralTec), de servicios sociales (Centro de Mayores), formativos y de investigación científica (Centro Big History de divulgación científica y medioambiental) y de servicios editoriales (libros y revistas de carácter científico divulgativo).

Un edificio de tres plantas con balcones en el que pone 'BIG HISTORY' rodeador por árboles y setos
Centro Big History, en Aras de Olmos (Valencia).
Centro Big History

La pirámide demográfica se ha invertido, saneándose desde la base, las inversiones se han quintuplicado en quince años y el emprendimiento privado se ha recuperado. Lo que hace posible este milagro no es la ayuda externa, sino la planificación estratégica participada, la institucionalización de la cooperación y la movilización emocional de todos los recursos humanos disponibles, incluyendo a migrantes que mantienen su vínculo afectivo con el pueblo.

Condiciones para transformar un territorio rural

A partir de estos casos y otros muchos, podemos individualizar cuatro condiciones imprescindibles para que la participación y la innovación transformen un territorio rural:

  • Institucionalizar la cooperación más allá de los cauces tradicionales con los que los ayuntamientos la han venido impulsando en sus políticas sectoriales.

  • Romper estereotipos anclados en visiones administrativas del pasado e incrementar los recursos humanos al servicio del desarrollo, movilizando especialmente a las personas migrantes que mantienen el vínculo emocional con su pueblo de origen.

  • Tejer redes y alianzas con universidades, diputaciones, entidades civiles y municipios vecinos.

  • Crear una planificación estratégica participada con horizonte de largo plazo que dé sentido a la acción colectiva más allá de los tiempos que marca cada ciclo electoral, focalizando esfuerzos en objetivos, no de interés particular, sino de interés común.

No podemos dejar que lo rural siga siendo un receptor pasivo de políticas diseñadas desde fuera. Al contrario, lo rural debe ser productor de innovación democrática. El futuro de los territorios no se decide solo en los parlamentos central o autonómicos, tampoco en los plenos municipales: se decide –sobre todo– en las plazas y ágoras de los pueblos, en la capacidad de sus habitantes para imaginar juntos su futuro, para planificar de la mano las estrategias a emprender y, de esta forma, protagonizar de forma colaborativa su propio porvenir.

The Conversation

Joaquín Martín Cubas es miembro de Partido Socialista Obrero Español y vicepresidente de la Fundación El Olmo.

ref. El mundo rural, de vestigio del pasado a laboratorio de futuro – https://theconversation.com/el-mundo-rural-de-vestigio-del-pasado-a-laboratorio-de-futuro-286867

Calistenia: qué dice la ciencia sobre entrenar usando el peso de nuestro propio cuerpo como resistencia

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Alejandro J. Almenar Arasanz, Profesor área de Fisioterapia, Universidad San Jorge

evrymmnt/Shutterstock

Dominadas, flexiones, fondos, sentadillas y, para los más avanzados, movimientos tan llamativos como el muscle-up, que nos permite pasar de estar colgados a situarnos por encima de una barra; la planche, donde nuestro cuerpo permanece horizontal apoyado únicamente sobre las manos, con los pies en el aire; o el front lever, que también consiste en mantener la posición horizontal, pero suspendiéndonos bocarriba de una barra. La calistenia ha ganado una enorme popularidad durante los últimos años, especialmente gracias a las redes sociales y al crecimiento de los parques de entrenamiento.

Pero ¿es realmente eficaz o estamos simplemente ante otra moda deportiva? Para responder a esta pregunta conviene empezar por aclarar qué entendemos por calistenia.

Nuestro cuerpo también puede ser una pesa

La calistenia es una forma de entrenamiento en la que utilizamos principalmente nuestro propio peso corporal como resistencia. Su nombre procede de los términos griegos kalos (“bello”) y sthenos (“fuerza”), aunque el uso moderno de la palabra comenzó a extenderse durante el siglo XIX para referirse a diferentes formas de ejercicio físico. El propio origen del vocablo ya relaciona, por tanto, movimiento y fuerza.

Hoy incluye ejercicios tan conocidos como sentadillas, zancadas, flexiones, dominadas o fondos. No hace falta realizar movimientos acrobáticos para practicarla. Una persona que comienza haciendo una flexión contra una pared utiliza el mismo principio que otra capaz de realizar una flexión con una sola una mano: mover su cuerpo frente a la gravedad.

Y ese cuerpo constituye una carga real. Durante una flexión convencional, por ejemplo, los brazos pueden soportar alrededor de dos tercios del peso corporal. Apoyar las rodillas o elevar las manos o los pies permite disminuir o aumentar esa resistencia.

Dicho de otra manera: una flexión no es un ejercicio “sin peso”, porque la pesa somos nosotros.

Un gimnasio que llevamos siempre encima

Esta característica convierte a la calistenia en una opción especialmente interesante para empezar a hacer ejercicio. No requiere necesariamente ir al gimnasio, usar máquinas ni incurrir en grandes inversiones y puede practicarse en casa, en un parque o prácticamente en cualquier lugar.

Las recomendaciones publicadas en 2026 por el American College of Sports Medicine (ACSM), tras revisar 137 revisiones sistemáticas con más de 30 000 participantes, respaldan precisamente esta idea: el entrenamiento con el peso corporal y los programas realizados en casa también pueden mejorar la fuerza y la función física.

Así, un estudio que comparó un programa progresivo de flexiones con otro de press de banca (el conocido ejercicio en el que empujamos una barra desde el pecho tumbados sobre un banco) encontró mejoras de fuerza en ambos grupos. Otro ensayo ajustó la dificultad de las flexiones para hacerla comparable a la resistencia utilizada en el press de banca y observó mejoras similares tanto en fuerza como en el grosor muscular de pectoral y tríceps tras ocho semanas.

La explicación es relativamente sencilla: nuestros músculos no necesitan saber si la resistencia procede de una mancuerna, una máquina o de nuestro cuerpo. Lo que necesitan es enfrentarse a un estímulo suficiente que, con el tiempo, vaya aumentando.

Y ahí aparece una palabra fundamental: progresión.

Progresar no significa hacer cada vez más repeticiones

Entrenar con nuestro peso no significa limitarnos a hacer cada vez más repeticiones. Podemos modificar las palancas, los puntos de apoyo, el rango de movimiento o la distribución del peso. Por ejemplo, una flexión puede comenzar contra una pared, continuar con las manos sobre una superficie elevada, pasar después al suelo y evolucionar hacia variantes progresivamente más exigentes.

Esta forma de progresar presenta además una característica interesante: nos obliga a aprender a mover nuestro propio cuerpo. Al modificar posiciones y apoyos debemos prestar atención al control del tronco, al equilibrio, al recorrido y a nuestra capacidad para mantener una ejecución adecuada.

De esta manera podemos reconocer progresivamente hasta dónde controlamos un movimiento, cuándo perdemos estabilidad o qué variante todavía resulta demasiado difícil. No significa que la calistenia desarrolle automáticamente una mejor “conciencia corporal” que otros métodos, pero sí convierte la mecánica del propio movimiento en una parte importante de la dosificación de la carga.

Pero aquí aparece también una de sus principales limitaciones. Una flexión puede resultar sencilla para una persona entrenada y tremendamente exigente para otra. Una dominada puede servir de calentamiento para alguien con elevada fuerza relativa y prácticamente imposible para quien comienza. “Sin pesas” no significa necesariamente “fácil”.

Por eso, la calistenia debe individualizarse como cualquier entrenamiento. Para algunas personas el punto de partida será una sentadilla; para otras, levantarse y sentarse de una silla ya supone una resistencia suficiente. La clave consiste en encontrar una variante que represente un reto asumible y progresar desde ella.

Falso dilema

Pero entonces ¿es mejor la calistenia o las pesas? Probablemente sea una pregunta equivocada.

Las pesas permiten aumentar la dificultad de forma muy gradual: basta con añadir unos pocos kilos. En calistenia, en cambio, progresar suele implicar modificar la posición del cuerpo o pasar a una variante más exigente, y ese cambio no siempre puede hacerse de forma tan progresiva.

Por ejemplo, una persona puede comenzar realizando lo que se denomina “remo en TRX” –tirando de su cuerpo hacia unas asas mientras mantiene los pies apoyados en el suelo– y, a medida que gana fuerza, inclinar cada vez más el cuerpo para aumentar la dificultad. Sin embargo, dar después el paso hacia una dominada supone vencer una proporción mucho mayor de nuestro peso corporal y puede representar un incremento importante de la exigencia.

Esta diferencia se hace especialmente evidente en personas entrenadas y en ejercicios de piernas. Cuando nuestro propio peso deja de proporcionar un estímulo suficiente, añadir carga externa mediante pesas o lastre puede ser una forma más sencilla y precisa de seguir progresando.

La evidencia indica que, si queremos mejorar especialmente nuestra capacidad para mover cargas muy pesadas, suele ser útil entrenar también con resistencias altas. En cambio, para aumentar el tamaño del músculo no es imprescindible trabajar siempre con mucho peso: también pueden obtenerse mejoras con cargas más ligeras si el ejercicio llega a ser suficientemente exigente.

Un buen punto de partida

Por eso, calistenia y pesas no deberían entenderse como métodos enfrentados, sino como herramientas que pueden complementarse. Podemos empezar haciendo dominadas únicamente con nuestro peso corporal y, cuando ya resulten demasiado fáciles, añadir lastre –es decir, peso extra sujeto al cuerpo– para seguir aumentando la dificultad.

Al final, el principio sigue siendo el mismo. La calistenia no funciona porque nuestro cuerpo tenga ninguna propiedad mágica como herramienta de entrenamiento, sino porque también es una resistencia. Y aprender a moverlo, controlarlo y hacerlo progresivamente más fuerte puede ser una de las formas más sencillas y accesibles de comenzar a entrenar.

No necesitamos empezar haciendo una dominada o “muscle-up”. Para algunas personas, realizar su primera flexión apoyando las manos contra una pared ya es un excelente punto de partida.

The Conversation

Las personas firmantes no son asalariadas, ni consultoras, ni poseen acciones, ni reciben financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y han declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado anteriormente.

ref. Calistenia: qué dice la ciencia sobre entrenar usando el peso de nuestro propio cuerpo como resistencia – https://theconversation.com/calistenia-que-dice-la-ciencia-sobre-entrenar-usando-el-peso-de-nuestro-propio-cuerpo-como-resistencia-289405

Todavía no sabemos por qué una IA actúa como actúa

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Liset Menéndez de la Prida, Directora del Laboratorio de Circuitos Neuronales, Instituto Cajal – CSIC

Treecha/Shutterstock

En julio de este año, unos modelos de IA de la empresa OpenAI que estaban siendo evaluados en una prueba de ciberseguridad consiguieron salir del entorno simulado y acceder de manera autónoma a la infraestructura de Hugging Face, una popular plataforma y comunidad de código abierto de inteligencia artificial y aprendizaje automático. Los modelos estaban programados para encontrar y aprovechar vulnerabilidades, y aplicaron esa capacidad fuera del entorno de la prueba.

Se trata de un incidente sin precedentes. El caso generó una gran repercusión, sobre todo por la dificultad de entender qué significa este comportamiento en una IA y cómo podemos interpretar sus acciones.

Similitudes con el cerebro animal

Lo descrito revela una conducta de los modelos que deberíamos poder explicar a partir de sus estados internos, es decir, del conjunto de toda la información que el sistema procesa en un momento dado. De lo contrario, será difícil anticipar y controlar comportamientos no deseados del sistema.

En esencia, esta dificultad recuerda mucho a un problema que la neurociencia lleva décadas intentando resolver. Cuando buscamos explicar el comportamiento animal como la toma de decisiones, la agresividad o el miedo, intentamos relacionarlo con la actividad de los circuitos cerebrales subyacentes.

Interpretar una red artificial y entender un circuito cerebral no son problemas equivalentes, aunque sí comparten una frontera epistemológica: cómo pasar de observar la actividad de un sistema a explicar el mecanismo que genera un comportamiento.

Por ejemplo, podemos registrar la actividad de cientos o miles de neuronas mientras un animal explora el entorno. Algunas neuronas estarán relacionadas con la información visual, otras con la posición o la memoria del lugar, otras con el valor o la relevancia de determinados estímulos. Pero ¿cómo explicar la decisión de acercarse a un lugar o evitar otro?

Durante años, los neurocientíficos hemos intentado explicar esas funciones preguntando qué hacían las neuronas individuales de diferentes regiones del cerebro. El registro simultáneo de poblaciones de neuronas cada vez mayores ha cambiado parcialmente la pregunta: la información puede no residir en una concreta, sino en la organización de la actividad conjunta de muchas neuronas y regiones. La interpretabilidad de las redes artificiales está empezando a enfrentarse a una cuestión muy parecida.

Por ejemplo, si una red de IA acaba siguiendo una estrategia dirigida a salir de un entorno de simulación, cabe preguntarse si podemos identificar en sus estados internos patrones relacionados con esa estrategia y seguir cómo cambian a medida que toma decisiones. De manera análoga, si un ratón intenta escapar de una zona iluminada, podemos buscar patrones de actividad neuronal relacionados con el lugar en el que se encuentra, la amenaza que percibe o la decisión de abandonar esa zona.

Para entender estos comportamientos, se registra la actividad neuronal de las regiones cerebrales implicadas: la corteza visual que capta los estímulos, la corteza parietal que integra información relevante para la acción, el hipocampo que contribuye a representar el espacio y la memoria o la amígdala que participa en asignar relevancia emocional a determinados contextos. La conducta emerge de la interacción entre estas representaciones distribuidas. El observable será el escape de la zona iluminada para el ratón, como el de la red IA fue salir del entorno simulado.

Y aquí aparece precisamente una dificultad común para la IA y la conducta animal: podemos describir con bastante detalle qué hizo el sistema, pero no disponemos necesariamente de una explicación equivalente de qué representaciones internas fueron relevantes y cómo se transformaron hasta producir ese comportamiento.

Observar, predecir, comprender

En los modelos de lenguaje, las activaciones internas forman espacios de miles de dimensiones, en los que se han comenzado a identificar patrones geométricos: determinados modelos de IA, por ejemplo, representan variables cíclicas como los días de la semana o los meses mediante estructuras circulares en su espacio de actividad.

Estas estructuras de baja dimensionalidad (manifolds) resultan familiares para la neurociencia de sistemas, donde se utilizan para describir cómo grandes poblaciones neuronales organizan variables como el espacio, el movimiento o la decisión. La coincidencia es sugerente: dos campos muy diferentes están recurriendo a herramientas matemáticas similares para intentar encontrar una estructura inteligible dentro de redes de enorme complejidad.

Ambos campos utilizan métodos matemáticos similares y propios con el objetivo común de ir más allá de la correlación: identificar qué representaciones existen, cómo se transforman y cuáles son causalmente necesarias para producir una determinada conducta.

Quizá por eso la interpretabilidad de la inteligencia artificial esté empezando a encontrarse con una frontera que la neurociencia conoce desde hace tiempo: la diferencia entre observar, predecir y comprender.

¿Por qué se produce una conducta?

En neurociencia podemos registrar miles de neuronas de varias regiones, reconstruir a partir de su actividad dónde se encuentra un animal o qué decisión está a punto de tomar, y aun así seguir sin saber qué parte de esa actividad es realmente necesaria para generar la conducta. La llegada de sistemas artificiales cada vez más autónomos da ahora una dimensión inesperadamente práctica a esas preguntas básicas.

Entender cómo una red representa un contexto, evalúa alternativas o transforma información hasta producir una acción ya no es solo un problema fundamental sobre cómo funcionan los sistemas inteligentes. Puede determinar también nuestra capacidad para anticipar y controlar su comportamiento.

Durante décadas, la neurociencia ha intentado responder a estas preguntas para comprender cómo el cerebro transforma actividad neuronal en percepción, memoria o conducta. La aparición de nuevas formas de inteligencia muestra que aquellas preguntas básicas iban mucho más allá del cerebro: nos obligan a precisar qué significa, en realidad, comprender una red.

The Conversation

Liset Menéndez de la Prida recibe fondos de la Agencia Estatal de Investigación, para el estudio del cerebro

ref. Todavía no sabemos por qué una IA actúa como actúa – https://theconversation.com/todavia-no-sabemos-por-que-una-ia-actua-como-actua-290752