Une Coupe du monde verte est-elle possible ?

Source: The Conversation – in French – By Lionel Pabion, Maître de conférences en histoire, Université Rennes 2

Compétition après compétition, la Coupe du monde de football semble toujours plus polluante et toujours plus émettrice de gaz à effet de serre. Mais est-ce une fatalité ? L’histoire nous montre que la planète peut vibrer pour le ballon rond sans que cela pollue outre mesure.


La Coupe du monde de football est un événement sportif mondial qui n’a guère d’équivalents. La compétition est progressivement devenue un enjeu économique et médiatique gigantesque. En 2022, la finale a été suivie par près d’un milliard et demi de spectateurs.

Le sport est ainsi un outil de soft power très convoité. La remise par le président de la FIFA d’un « prix de la paix » à Donald Trump en décembre 2025 en est un exemple éloquent. Ces instrumentalisations politiques sont souvent dénoncées, et la question d’un éventuel boycott de la compétition revient régulièrement.

En revanche, la question écologique est souvent moins mise en avant que les enjeux politiques et sociaux. Pourtant, l’empreinte environnementale d’un tel événement est loin d’être négligeable.

Une empreinte carbone colossale

La FIFA elle-même estime que la compétition de 2022 au Qatar a généré plus de 3,8 millions de tonnes équivalent CO₂ (tCO₂e), dont 50 % à cause du transport aérien, soit davantage que l’empreinte carbone annuelle d’une agglomération française de 400 000 habitants comme Rennes.

Ce chiffre pourrait exploser pour l’édition nord-américaine à cause des nombreux trajets en avion entre les stades des trois pays organisateurs (États-Unis, Canada, Mexique). Le think tank New Weather Institute prévoit une empreinte de plus de 9 millions de tCO₂e, ce qui serait un record.

Peu de stades neufs ont été construits pour l’occasion. En revanche, le transport aérien, peu optimisé, va constituer plus des trois quarts des émissions prévues, avec un bilan carbone proche des émissions totales des coupes du monde organisées dans les années 2000.

Un enjeu environnemental peu pris au sérieux

De fait, les acteurs du sport international sont aussi devenus des acteurs environnementaux. Les grandes fédérations, confrontées à des contestations écologiques, ont apporté des réponses diverses, avec un engagement plus ou moins sincère. Le Comité international olympique, bien conscient du problème, a lancé dès les années 1990 un « agenda 21 », c’est-à-dire un plan visant à réduire les impacts sur la planète pour le siècle à venir. L’enjeu environnemental a été érigé comme l’un des piliers de la charte olympique, même si les évolutions concrètes du modèle des Jeux restent limitées.

En comparaison, la FIFA semble remarquablement peu impliquée dans la prise en charge des questions écologiques. Ses choix politiques paraissent même à contre-courant. Les dernières éditions ont été attribuées à des pays qui ne se distinguent ni par leur ambition environnementale ni par leur défense de la démocratie, en l’occurrence la Russie, le Qatar puis les États-Unis de Donald Trump (où se tiendront les trois quarts des matchs de cette édition).

Pis, le format de la compétition a été élargi. Quarante-huit sélections y participeront, contre 32 nations auparavant, ce qui génère une empreinte supplémentaire du fait de la multiplication des matchs et donc des trajets, dans des villes aussi éloignées que Vancouver, Boston ou Mexico. L’équipe tchèque va, par exemple, devoir parcourir plus de 4 500 kilomètres en avion pour disputer ses trois matchs de qualification.

Un discours empreint de « greenwashing »

Le discours de la FIFA sur la durabilité apparaît dès lors comme une opération de greenwashing. L’essentiel de l’empreinte carbone découle du transport aérien, qu’il faudrait tenter de réduire pour traiter sérieusement le problème. Au contraire, la Fédération cherche à faire croître toujours plus sa compétition et les revenus afférents. Des mesures essentiellement cosmétiques servent de paravent, comme une attention portée à la réduction et au recyclage des déchets ou la mise en place de campagnes de sensibilisation.

La FIFA annonce vouloir atteindre la neutralité carbone en 2040. Pourtant, depuis les années 2000, l’empreinte carbone des championnats du monde ne fait qu’augmenter. L’attribution des prochaines compétitions ne semble pas non plus compatible avec cet objectif. En 2030, le tournoi, organisé dans trois pays (Espagne, Portugal et Maroc), va générer d’importants flux aériens. En Arabie saoudite, pour 2034, la construction nécessaire de nouveaux stades va alourdir le bilan carbone.

Des mécanismes de compensation à l’effet discutable, comme la plantation de forêts artificielles ou l’achat de crédits carbone, serviront d’outils de communication autour d’un « zéro émission nette » sans réduire réellement l’impact environnemental.

Un gigantisme récent

Le recours à l’histoire permet pourtant de se rappeler que, pendant longtemps, le football international était sobre du point de vue énergétique, ce qui n’empêchait pas le spectacle. Avant la Seconde Guerre mondiale, les stades étaient peu nombreux et rudimentaires.

Les deux éditions de la Coupe du monde organisées en France, en 1938 et en 1998, montrent toute la distance qui sépare à cinquante ans de distance le football moderne de celui des origines. Le stade rudimentaire de Colombes, avec seulement 20 000 places assises et couvertes sur 60 000, contraste avec le Stade de France construit pour l’occasion, ses 80 000 places, ses 180 000 mètres cubes de béton et ses 32 000 tonnes d’acier.

Les stades de Dallas, avec ses 90 000 places ou celui de Los Angeles, inauguré en 2020 avec un parking énorme, tous deux utilisés pour l’édition 2026, semblent emblématiques de cette croissance sans fin.

Ce gigantisme des stades et le nombre important de spectateurs n’est pourtant pas synonyme d’accès populaire à la compétition. Au contraire, la polémique fait rage concernant les prix des billets, qui atteignent des records, interdisant le spectacle à une large partie de la population, y compris locale, rendant l’accès à la compétition de plus en plus inégalitaire. Cette logique commerciale se retrouve dans l’organisation de spectacles autour des matchs.

Des liesses sans démesure

Le concert réunissant Shakira, Madonna et le groupe BTS, annoncé pour la finale 2026, a fait naître des critiques sur l’allongement de la mi-temps pour des raisons médiatiques au détriment des logiques sportives.

Mais cette logique de divertissement commercial a pris différentes formes. La retransmission télévisuelle elle-même n’est pas consubstantielle à la Coupe du monde. La diffusion en direct n’est introduite que dans les années 1960. En 1966, les matchs sont filmés par moins de dix caméras. Les images en couleur ne sont arrivées que pour l’édition 1970, amorçant un essor des moyens technologiques qui n’a pas cessé depuis.

Les images simples n’empêchaient pourtant pas les amateurs et les amatrices de football de profiter du spectacle, devant leur télévision, à la radio ou dans la presse, tandis que les stades étaient des lieux beaucoup plus accessibles et populaires. Le « miracle de Berne » en 1954, quand la République fédérale d’Allemagne (RFA) remporte la coupe contre toute attente, donne lieu à d’énormes manifestations de joie et joue un rôle culturel important dans une Allemagne prise dans la guerre froide. En 1974, Franz Beckenbauer et Johann Cruyff s’affrontèrent dans une finale remportée à domicile par la RFA, ce qui donna lieu là encore à d’énormes manifestations de liesse.

Quand l’équipe de France voyageait en bateau

Surtout, la croissance des flux de transport, responsable de la majorité de l’empreinte environnementale, est longtemps restée réduite. Pour aller jouer à Montevideo (Uruguay) en 1930, l’équipe de France passe deux semaines sur un paquebot avec les équipes belge et roumaine. L’essentiel du public présent dans les stades habitait sur place.

L’essor du transport aérien ne date que des années 1960, ce qui conduit à une mondialisation toujours plus poussée du tourisme sportif, jusqu’à atteindre des niveaux très élevés : trois millions de spectateurs pour trente jours de compétition, en 2022.

Il ne s’agit pas de fantasmer un retour en arrière. L’histoire récente permet pourtant de se rappeler que la sobriété n’est pas contradictoire avec le spectacle sportif.

Des pistes réelles de changement auraient un impact direct : retour à un calendrier plus serré et diminution du nombre de matchs, concentration de la compétition sur quelques stades déjà existants et proches les uns des autres, ouverture des stades à un public local et plus populaire, organisation de fanzones dans chaque pays pour concilier rituel collectif et diminution des déplacements.

Alors que plusieurs matchs de la Coupe du monde 2026 se tiendront par des chaleurs importantes, il est urgent de réinventer un modèle sportif qui prenne vraiment au sérieux l’immense défi environnemental.

The Conversation

Lionel Pabion ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Une Coupe du monde verte est-elle possible ? – https://theconversation.com/une-coupe-du-monde-verte-est-elle-possible-284991

Coupe du monde 2026 : chaleur, altitude, pollution, décalage horaire… la victoire ne dépendra pas seulement du niveau de jeu

Source: The Conversation – France in French (3) – By Valérie Bougault, Maître de Conférences, Université Côte d’Azur

La Coupe du monde masculine de football 2026 ne se jouera pas uniquement sur le terrain, mais dépendra aussi de la capacité des équipes à anticiper et à gérer les défis environnementaux. Les stratégies fondées sur des preuves scientifiques seront essentielles pour protéger la santé des joueurs et maximiser leurs performances.


La Coupe du monde masculine de football 2026, organisée conjointement par les États-Unis, le Mexique et le Canada, est une édition historique à plus d’un titre.

Jamais une Coupe du monde n’avait combiné autant de facteurs de stress environnementaux. Ainsi, 16 villes hôtes s’étendent sur environ 4 300 km d’est en ouest et 4 000 kilomètres du nord au sud. Parmi elles, 14 devraient connaître des températures moyennes comprises entre 19,1 °C et 32,7 °C, tandis que les matchs se dérouleront en altitude à Guadalajara (1 566 mètres) et à Mexico (2 240 mètres).

Les déplacements fréquents et l’afflux massif de spectateurs lors de mégaévénements augmentent aussi les risques de transmission de maladies infectieuses, sans compter l’impact des différents polluants et allergènes entre les lieux d’origine des joueurs et les villes hôtes.

Face à ces enjeux, un groupe de chercheurs a récemment publié dans Sports Medicine une analyse des défis environnementaux attendus ainsi que des recommandations à destination des équipes.

Voici ce qu’il faut en retenir.

La chaleur extrême : le principal ennemi

La situation. L’analyse des relevés des années passées nous enseigne qu’aux dates de la future coupe du monde, 14 des 16 villes hôtes dépassent la température au thermomètre-globe mouillé (ou température WBGT) de 28 °C lors des mois de juin et juillet. Parmi elles, 6 atteignent un WBGT entre 30 et 35 °C. Un quart des villes dépassent le seuil de la FIFA de 32 °C (WBGT) et 25 % excèdent la limite d’annulation des efforts en extérieur proposée par l’ACSM, pour les personnes acclimatées (ce taux monte à 44 % pour les personnes non acclimatées).

Les conséquences. Les températures WBGT élevées augmentent la température corporelle centrale des joueurs. Des études ont révélé que, dans de telles conditions, elle peut dépasser les 40 °C en jeu ! Cette augmentation réduit les performances physiques et cognitives des joueurs et accroît le risque de coups de chaleur.

Lors de la Coupe du monde 2014 au Brésil, les matchs joués à plus de 28 °C de température humide (WBGT) ont montré une baisse de l’intensité de jeu avec une diminution de la distance parcourue à haute intensité et du nombre de sprints et une modification des tactiques : consciemment ou non, les joueurs privilégient les passes plus sûres et un rythme plus lent. Résultat : moins de duels et de pressing et une augmentation de 25 % de temps de possession de ballon en plus.

L’exercice en forte chaleur augmente le stress physiologique, les pertes hydriques et électrolytiques ainsi que l’utilisation des glucides, ce qui expose les joueurs – acclimatés ou non – à une sudation excessive. La déshydratation devient alors un facteur majeur de risque, altérant fonctions cardiovasculaires, thermorégulation, capacités physiques et cognition.

Les mesures prévues. La FIFA prévoit des pauses de trois minutes pour s’hydrater et se refroidir aux alentours des 22ᵉ et 67ᵉ minutes de jeu, si la température WBGT est supérieure à 32 °C. Le report ou l’annulation du match de football sont laissés à la discrétion de l’organisateur local. Quelques soient les conditions environnementales, cette pause refroidissement sera adoptée pour tous les matchs de cette Coupe du monde 2026.

Par ailleurs, afin de mieux tolérer la chaleur et diminuer son impact sur la performance, des stratégies d’acclimatation fondées sur la littérature scientifique sont recommandées pour les joueurs. La stratégie optimale d’acclimatation à la chaleur repose idéalement sur un protocole long consistant en 10 à 15 jours d’exposition quotidienne à la chaleur avec exercice, visant une température centrale supérieure ou égale à 38,5 °C, une température cutanée supérieure ou égale à 35 °C et une sudation importante (conditions nécessaires aux adaptations sudorales et cardiovasculaires).

Toutefois, le calendrier de la Coupe du monde 2026, très proche de la fin des saisons européennes, rend ce protocole difficile à appliquer. Des stratégies à court terme (environ cinq jours) peuvent néanmoins réduire la température corporelle et la fréquence cardiaque, et préserver la performance dans la chaleur, comme observé chez des joueurs semi-professionnels.

Arriver plus tôt sur le lieu du tournoi peut favoriser une acclimatation naturelle. Une alternative est l’acclimatation passive (sauna, immersion chaude, chambre thermique), efficace lorsqu’elle est réalisée au moins trente minutes après l’entraînement, pendant six jours consécutifs

Enfin, les stratégies d’hydratation doivent être instaurées dès l’arrivée au camp de base et maintenues tout au long du tournoi, avec un début d’hydratation plusieurs heures avant le match et des apports enrichis en glucides et électrolytes pour compenser pertes et utilisation accrue des substrats.

L’altitude : un avantage ou un handicap ?

La situation. La Coupe du monde de football 2026 comprendra neuf matchs disputés à altitude modérée au Mexique, à Guadalajara (1 566 mètres ; pression partielle en oxygène atmosphérique ≈ 133 mmHg) et à Mexico (2 240 mètres ; ≈ 121 mmHg) : 4 matchs dans le groupe A, 2 dans le groupe K, 1 dans le groupe H, 1 lors des seizièmes de finale et 1 lors des huitièmes de finale.

Les conséquences. Les échanges d’oxygène au niveau pulmonaire sont essentiellement régis par la pression partielle en oxygène. Or, celle-ci est réduite par l’altitude, ce qui diminue la capacité aérobie et retarde la récupération. Conséquence : les schémas locomoteurs sont modifiés.

Ainsi, lors de la Coupe du monde 2010, qui s’était déroulée en Afrique du Sud, les matchs disputés au-dessus de 1 200 mètres ont entraîné une réduction de 3 à 9 % de la distance totale parcourue et jusqu’à 21 % des courses à haute vitesse, particulièrement chez les milieux de terrain, en raison d’une fatigue neuromusculaire accrue, d’un ajustement d’allure et de stratégies tactiques moins efficaces.

À l’inverse, la moindre densité de l’air peut favoriser les sprints et modifier l’aérodynamique du ballon : des analyses historiques de la FIFA montrent qu’une différence de 1 000 mètres d’altitude confère à l’équipe locale un avantage d’environ un demi-but, et que les équipes basées entre 950 et 1 700 mètres lors de la Coupe du monde 2010 ont doublé leurs chances de victoire face à des équipes venant du niveau de la mer lors de matchs disputés entre 1 170 et 1 390 mètres.

Les équipes acclimatées à l’altitude ont également marqué davantage en seconde mi-temps dans les stades les plus élevés.

Dans ce contexte, la mise en place de plans d’entraînement individualisés et de stratégies adaptées aux postes est indispensable pour atténuer les contraintes physiologiques et tactiques liées à l’altitude et maintenir la performance lors des matchs concernés.

Les mesures prévues. L’entraînement en altitude améliore la capacité de l’organisme à répondre à l’entraînement. Dans ces conditions, le corps fabrique plus d’hémoglobine. L’augmentation de la masse d’hémoglobine et de la consommation maximale d’oxygène (VO₂ max) améliore le transport de l’oxygène et la capacité aérobie.

Des microcycles courts et intensifs d’entraînement de sprints répétés en chambre hypoxique (dans ces pièces, aussi appelées chambres d’altitude, le taux d’oxygène dans l’air est artificiellement maintenu à un niveau aussi bas qu’en haute altitude) peuvent également induire des adaptations physiologiques et neuromusculaires positives, améliorant la condition physique et la performance au niveau de la mer.

Les méthodes traditionnelles d’entraînement en altitude comprennent les approches dites « vivre en altitude, s’entraîner en altitude » (Live High–Train High, LHTH) et « vivre en altitude, s’entraîner en basse altitude » (Live High–Train Low, LHTL). La méthode LHTH consiste à vivre et à s’entraîner en altitude, généralement entre 1 600 et 2 500 mètres, pendant deux à quatre semaines. Cependant, pour les équipes participant à la Coupe du monde, sa faisabilité est limitée par les contraintes temporelles évoquées précédemment.

À l’inverse, la méthode LHTL est plus flexible et est largement considérée comme la stratégie de référence en matière de préparation à l’altitude. Les travaux scientifiques montrent 10 à 14 jours de LHTL permettent des gains de 3 à 4 % de masse d’hémoglobine, y compris chez des joueurs présentant déjà des valeurs de base élevées, avec des améliorations significatives des performances spécifiques au football.

Une troisième méthode, dite « vivre en basse altitude – s’entraîner en altitude » (Live Low–Train High, LLTH) constitue une stratégie d’entraînement en altitude pragmatique, rentable et particulièrement compatible avec les contraintes de préparation des joueurs en vue de la Coupe du monde 2026, comparativement aux approches LHTH ou LHTL.

Enfin, la méthode « vivre en altitude et s’entraîner en basse altitude et en altitude » (Live High–Train Low and High, LHTL + H) combine les bénéfices aérobies de la LHTL avec les adaptations anaérobies et neuromusculaires induites par la LLTH. Cette approche, qui a gagné en popularité, constitue une stratégie efficace de préparation prétournoi, mais les contraintes temporelles propres à la Coupe du monde 2026 rendent probablement son application difficile.

Soulignons que tous ces bénéfices peuvent être renforcés par le développement d’une plus grande résilience psychologique acquise dans des environnements exigeants, préparant mieux les joueurs aux contraintes des compétitions internationales disputées à basse altitude ou proches du niveau de la mer.

Pollution et allergènes : des ennemis invisibles

La situation. Les 16 villes hôtes de la Coupe du monde 2026 exposeront les équipes à une grande diversité de polluants atmosphériques et d’allergènes saisonniers (pollens). En outre, on sait que les mégaévénements comme la Coupe du monde accentuent les impacts environnementaux, y compris sur la qualité de l’air mesurée et perçue.

Étant donné que la Coupe du monde 2026 se déroulera en été, des concentrations élevées d’ozone (O₃) sont attendues, en raison des réactions photochimiques entre les oxydes d’azote, les composés organiques volatils, provenant essentiellement du trafic automobile et des activités industrielles, ainsi que des effets de l’ensoleillement.

Les particules fines, en particulier celles de diamètre inférieur à 2,5 μm (PM2,5), pourraient également rester le polluant dominant dans certaines villes. L’ouest des États-Unis et du Canada, notamment Los Angeles, San Francisco, Seattle et Vancouver, ont en effet connu ces dernières années des incendies de forêt sans précédent, entraînant une forte dégradation de la qualité de l’air observée et prévue. Le niveau de risque y est particulièrement élevé.

En cas d’incendies de grande ampleur, l’ensemble des villes hôtes de la Coupe du monde 2026 pourrait être affecté, environ 54 % de la fumée présente aux États-Unis provenant des régions occidentales du pays.

Les conséquences. Des revues systématiques de la littérature scientifique et des méta-analyses récentes confirment un effet significatif de l’ozone sur les symptômes respiratoires (essentiellement la toux ou la difficulté à prendre une grande inspiration), la fonction pulmonaire et la performance physique, y compris spécifique au football.

Bien que la qualité des études dans ce domaine soit variable, certaines données issues du football de haut niveau suggèrent clairement que la dégradation de la qualité de l’air peut altérer la performance, et que ces effets ne peuvent être totalement compensés par le haut niveau de compétence des joueurs d’élite. En outre, ces effets surviennent même à des niveaux modérés de dégradation de la qualité de l’air (indice AQI compris entre 51 et 100).




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Une augmentation des concentrations de particules PM10 et d’ozone a été associée à une baisse des performances lors de tests physiques (temps sur sprint de 30 mètres, capacité de changement de direction) et techniques (via des outils d’évaluation spécifiques au football), tandis qu’une élévation du dioxyde d’azote (NO₂) est liée à une altération des performances cognitives, notamment des fonctions exécutives des joueurs (autrement dit, les fonctions influant sur leur vitesse, leur temps de réaction, ou le nombre d’erreurs qu’ils commettent).

D’autres études menées en situation de match, dans des environnements fortement pollués, ont révélé une réduction de la distance totale parcourue, une diminution du nombre de courses à haute intensité, des sprints plus lents, une baisse de la vitesse et de la précision lors des tâches techniques, incluant un nombre de passes par match plus faible, quel que soit le polluant impliqué.

Les joueurs venant de régions peu polluées sont souvent plus sensibles que ceux habitués à ces environnements, ce qui peut désavantager les équipes visiteuses lors d’un tournoi international comme la Coupe du monde 2026.

Les mesures prévues. Il n’existe pas vraiment de stratégie d’adaptation pour lutter contre les effets de la pollution. S’entraîner ou jouer lorsque la qualité de l’air se dégrade n’est jamais anodin, même pour des sportifs de haut niveau.

Dans ce contexte, les recommandations de santé publique déjà discutées restent pleinement pertinentes : surveiller la qualité de l’air en temps réel, tenir compte des niveaux de pollens et éviter, lorsque cela est possible, les périodes et lieux les plus pollués pour l’entraînement. Ces stratégies ne sont pas toujours applicables dans une compétition majeure, mais elles peuvent guider certaines décisions logistiques, comme ajuster les horaires d’entraînement ou anticiper l’arrivée sur site.

Chez les joueurs allergiques, une prise en charge individualisée est essentielle. Identifier les allergènes responsables et mettre en place des stratégies adaptées permet de limiter les symptômes et d’éviter que pollution, chaleur et allergies ne se cumulent. Dans un environnement où ces contraintes peuvent s’additionner, l’anticipation et l’adaptation restent les meilleurs moyens de protéger la santé des joueurs et de préserver leur performance.

En définitive, les vainqueurs de la Coupe du monde masculine de football 2026 pourraient bien être ceux qui auront le mieux préparé ces à-côtés, transformant des contraintes en opportunités. Une préparation rigoureuse et individualisée, combinée à une gestion proactive des risques, fera peut-être la différence entre une équipe qui survit et une équipe qui triomphe !

The Conversation

Valérie Bougault ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Coupe du monde 2026 : chaleur, altitude, pollution, décalage horaire… la victoire ne dépendra pas seulement du niveau de jeu – https://theconversation.com/coupe-du-monde-2026-chaleur-altitude-pollution-decalage-horaire-la-victoire-ne-dependra-pas-seulement-du-niveau-de-jeu-280937

En Bolivie, les « cholitas futbolistas » jouent aussi le match de la représentation

Source: The Conversation – France in French (3) – By Nayra Vacaflor, Maîtresse de conférences en sciences de l’information et de la communication, travaillant sur les représentations médiatiques et les pratiques numériques en contexte interculturel, à partir d’approches créatives de recherche, Université Bordeaux Montaigne

En Bolivie, les cholitas futbolistas gagnent en visibilité médiatique. Mais derrière ces images fascinantes, se jouent des enjeux de genre, d’indigénéité et de représentation.


À plus de 4 000 mètres d’altitude, sur les terrains poussiéreux d’El Alto à La Paz (Bolivie), une scène insolite se répète : des femmes en pollera, tenue traditionnelle andine, jouent au football. Surnommées cholitas futbolistas, leurs images circulent aujourd’hui largement dans les médias internationaux. Mais que dit réellement cette visibilité médiatique ?

Entre reconnaissance et folklorisation, ces figures révèlent les tensions qui traversent la représentation des identités autochtones.

Des terrains d’El Alto aux écrans du monde

La médiatisation à laquelle sont sujettes les cholitas futbolistas ne doit rien au hasard. Elle s’inscrit dans la logique de captation de l’attention propre aux médias contemporains. Le contraste visuel retient l’attention et devient un puissant levier narratif : des femmes en tenue traditionnelle jouent au football dans les paysages andins.

À titre d’exemple, en 2021, une vidéo publiée par The Guardian Football sur YouTube montre des cholitas escaladoras (alpinistes) jouant au football, sous un titre particulièrement accrocheur : « Bolivia’s Cholitas Climbers play football at 5,890m in the Andes. » Un reportage de CNN en Espagnol relaie ces images en insistant sur la dimension spectaculaire du lieu et de la pratique.

Ce regard médiatique ne s’est pas construit avec le football. Il s’inscrit dans une trajectoire plus longue : celle des cholitas luchadoras (catcheuses boliviennes) des années 2000, puis des cholitas escaladoras (grimpeuses), mises en lumière par le documentaire primé à plusieurs reprises Cholitas (2019), et dernièrement des cholitas skaters.

Ce succès a contribué à créer une forme de « matrice médiatique » : celle de la femme indigène en tenue traditionnelle accomplissant des performances physiques inattendues. Aujourd’hui, ce sont les cholitas futbolistas qui héritent de cette dynamique.

Les médias ne se contentent pas de montrer : ils sélectionnent, cadrent et construisent le sens. Comme l’ont montré les cultural studies des années 1960, la représentation médiatique est toujours une mise en forme du réel.

Ici, la circulation des images repose sur leur lisibilité immédiate : elles combinent genre, indigénéité et pratique sportive, ce qui rend la scène surprenante et incite à la partager.

Cette mise en visibilité repose sur un double standard : d’un côté, elle participe à rendre visibles des pratiques longtemps marginalisées ; de l’autre, elle accentue une esthétique de la différence, en insistant sur les marqueurs culturels (polleras, tresses, chapeaux) – au risque de simplifier les trajectoires sociales. On peut y voir l’expression d’un « regard colonial », qui fige la femme autochtone dans une altérité visuelle immédiatement identifiable. En se focalisant sur l’esthétique de la différence, les caméras risquent de figer ces actrices sociales dans un processus de folklorisation qui, comme le souligne la sociologue bolivienne Silvia Rivera Cusicanqui dans son ouvrage Colonialism and Ethnic Resistance in Bolivia (2008), rend les populations indigènes visibles tout en occultant les rapports de domination et les luttes qu’elles portent.

Un espace d’émancipation bien réel

Longtemps marginalisées et cantonnées aux sphères domestiques ou au commerce informel (gremialistas), les cholitas ont progressivement investi l’espace public urbain, notamment à La Paz et El Alto, dans un contexte de transformations sociales et politiques. Cette évolution fait écho à l’émergence de figures indigènes féminines dans les domaines publics et médiatiques, à l’image de Remedios Loza, la première femme aymara élue au Parlement bolivien. C’est dans ce mouvement plus large d’appropriation de l’espace public que s’inscrit aussi leur présence dans le champ sportif.

Contrairement à ce que pourraient laisser penser certaines représentations, ces pratiques ne surgissent pas dans un vide sportif. Le football féminin existe depuis plusieurs décennies en Bolivie, notamment à travers les ligas de barrio ou ligas zonales, ces ligues de quartier qui structurent les pratiques populaires. Les travaux de Juliane Müller montrent que le football, pour ces femmes, ne se réduit pas à un loisir. Il constitue un espace de sociabilité, de solidarité et d’organisation collective. Former une équipe permet de consolider des réseaux, parfois liés à des systèmes d’entraide économique et sociale comme le pasanaku – un système d’épargne collective traditionnel, largement pratiqué en Bolivie, notamment par des groupes de femmes, où chaque participante contribue régulièrement à une cagnotte commune, redistribuée à tour de rôle – et de renforcer des formes de reconnaissance collective.

Dans ce cadre, le football devient un outil de space-making (création d’espace). En investissant les terrains souvent monopolisés par les hommes, ces femmes produisent de nouveaux usages de l’espace urbain et redéfinissent les frontières du possible. Le terrain devient un espace de négociation identitaire et de légitimation sociale. Ainsi, les cholitas futbolistas ne sont pas seulement des figures médiatiques : elles sont des actrices sociales qui transforment les normes.

Une reconnaissance sous condition médiatique

La visibilité dont font l’objet les cholitas ne doit pas être interprétée comme une reconnaissance évidente. Les recherches sur le football féminin montrent que les femmes restent historiquement sous-représentées dans les médias sportifs, et que leur visibilité dépend souvent de leur capacité à incarner des figures singulières. Les cholitas futbolistas apparaissent comme un cas particulièrement révélateur : leur visibilité ne tient pas seulement à leur pratique sportive, mais à la manière dont celle-ci est mise en récit.

Elles deviennent visibles parce qu’elles se situent à l’intersection de plusieurs rapports de domination : genre, ethnicité et classe sociale, comme l’analyse le concept d’intersectionnalité développé par Kimberlé Crenshaw en 1989.

Cette hypervisibilité produit une forme de reconnaissance spécifique. Elle permet une circulation internationale, une valorisation symbolique et l’ouverture de nouveaux espaces d’expression, mais ne correspond pas nécessairement à une « reconnaissance sportive » au sens strict. Les cholitas ne sont pas seulement perçues comme des footballeuses, mais comme des figures exceptionnelles voire « exotiques ».

La sociologue mexicaine Rossana Reguillo souligne que la visibilité médiatique produit des subjectivités, fabriquant des figures socialement reconnaissables en sélectionnant certaines formes d’apparition plutôt que d’autres. Les cholitas futbolistas accèdent à la visibilité à travers des cadres qui rendent leur présence immédiatement lisible. Ainsi, la question n’est pas seulement de savoir si ces femmes sont reconnues, mais comment elles le sont, et à quelles conditions. Ce qui se joue ici dépasse le football : il s’agit de comprendre pourquoi certaines figures deviennent visibles, quand d’autres restent dans l’ombre.

Cette circulation numérique des images fait que les cholitas futbolistas incarnent un paradoxe : elles gagnent en visibilité tout en restant prises dans des cadres de représentation qui orientent la manière dont elles sont perçues.

Gooool (but) pour les cholitas, qui accèdent à de nouveaux espaces de reconnaissance. Pénalty pour les médias, qui en fixent les règles du jeu. Et si au fond, les deux se jouaient sur le même terrain ?

The Conversation

Nayra Vacaflor ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. En Bolivie, les « cholitas futbolistas » jouent aussi le match de la représentation – https://theconversation.com/en-bolivie-les-cholitas-futbolistas-jouent-aussi-le-match-de-la-representation-279927

La communauté hispanique, moteur économique oublié du « soccer » aux États-Unis

Source: The Conversation – France in French (3) – By Jonathan Leblanc, Doctorant au centre d’histoire culturelle des sociétés contemporaines (CHCSC), Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines (UVSQ) – Université Paris-Saclay

Qui fait réellement vivre le « soccer » aux États-Unis, pays où ce sport est moins populaire que plusieurs autres ? La réponse à cette question pointe systématiquement vers la communauté hispanique. Or, celle-ci n’a jamais vraiment été intégrée dans les structures de ce sport qu’elle pratique et regarde plus que n’importe qui d’autre.


Les Hispaniques (les personnes d’origine latino-américaine hispanophones résidant aux États-Unis) constituent aujourd’hui le deuxième groupe ethno-racial aux États-Unis : leur nombre est estimé à environ 67 millions de personnes, soit 20 % de la population du pays. Selon le Bureau du recensement, leur poids devrait passer à 28 % en 2060. Dans un marché sportif ultraconcurrentiel comme celui des États-Unis, où NBA (basket-ball), NFL (football américain), MLB (baseball), NHL (hockey sur glace) et MLS (soccer, terme employé pour désigner ce qui est appelé football partout ailleurs) se disputent l’attention des spectateurs, cette réalité a des conséquences économiques colossales.

En 2025, une étude conjointe de l’institut McKinsey et de la chaîne de télévision hispanophone Telemundo a chiffré l’impact des fans hispaniques dans l’économie sportive du pays : ils dépensent en moyenne 15 % de plus que les non-Hispaniques en billets, abonnements à des services de diffusion, produits dérivés et paris sportifs. Un chiffre d’autant plus frappant que les revenus médians de cette communauté restent largement inférieurs à ceux des Blancs américains. L’étude prévoit qu’ils représenteront 25 % de l’économie sportive américaine d’ici à 2035. L’avenir économique du sport professionnel aux États-Unis est donc en bonne partie hispanique.

NBCUniversal, groupe propriétaire de Telemundo, a bien intégré cette réalité en acquérant les droits de diffusion en espagnol de l’intégralité du Mondial 2026, soit 104 matchs (contre 64 en 2022). Mais un autre chiffre en dit long sur l’évolution des mentalités : lors de la Coupe du monde 2022, 38 % des spectateurs de ces chaînes ne parlaient pas espagnol. Comme le soulignait le New York Magazine à l’époque, « il n’y a rien de plus américain que de regarder le soccer en espagnol ».

Pour une partie des États-Uniens, suivre les matchs en espagnol est devenu une sorte de folklore culturel, une façon de consommer le football « à l’authentique », notamment pour entendre le légendaire « GOOOOOOOL » à chaque but. C’est révélateur en soi : on apprécie l’emballage culturel hispanique, on le consomme comme une expérience exotique, mais le fútbol reste, dans l’inconscient collectif, un sport d’immigrés.

Le « Tebbit test »

Cette communauté qui finance et regarde le foot plus que les autres ne s’identifie guère à l’équipe nationale des États-Unis, l’United States Men’s National Team (USMNT), et à la Major League Soccer (MLS, le championnat professionnel du pays, créé en 1993). Elle préfère largement la Liga MX (le championnat mexicain) et les sélections nationales de ses pays d’origine (Mexique, Salvador, Guatemala, Colombie).

Dans le débat politique états-unien, cette préférence est parfois perçue comme un signal problématique : les Hispaniques ne s’assimileraient pas, et ne seraient pas pleinement loyaux envers la bannière étoilée. Ces questionnements ne sont d’ailleurs pas propres aux seuls États-Unis. En Angleterre, le « Tebbit test » – du nom de Norman Tebbit, ministre conservateur sous Margaret Thatcher – posait dès 1990 la question suivante aux communautés sud-asiatiques : « Quelle est votre équipe de cricket favorite ? » Répondre l’Inde ou le Pakistan était censé révéler un manque d’attachement à l’Angleterre, et donc un défaut d’intégration.

Ce raisonnement mélange deux réalités : l’attachement culturel et l’appartenance nationale. L’attachement d’un Hispanique à une autre équipe reflète une histoire personnelle construite bien avant son arrivée aux États-Unis. On supporte l’équipe que l’on a appris à aimer enfant, dans son pays d’origine. Celle que son père immigrant a transmise comme un héritage – affectif autant que culturel.

Le fútbol joue d’ailleurs un rôle social considérable au sein des communautés hispaniques : les ligues organisées par les associations communautaires, les Églises communautaires ou les regroupements de quartier constituent de véritables espaces de sociabilité et d’intégration donnant des occasions de maintenir des liens culturels et identitaires forts, ce qui est largement invisible aux yeux des institutions sportives officielles.

Une exclusion structurelle documentée

La vraie question n’est donc pas de savoir pourquoi les Hispaniques ne soutiennent pas l’USMNT, mais pourquoi les institutions sportives américaines n’ont jamais vraiment cherché à les y inviter.

Le soccer américain s’est historiquement développé selon un modèle sociologique très particulier. Dès les années 1990, il s’est massivement implanté dans les banlieues pavillonnaires blanches et aisées, porté par la figure de la soccer mom – cette mère de famille de classe moyenne (souvent blanche, débordée) qui conduit ses enfants aux entraînements en minivan. Ce modèle, fondé sur des clubs privés aux frais souvent prohibitifs, a structurellement exclu les familles hispaniques aux revenus plus modestes.

L’équipe nationale féminine, malgré ses succès retentissants, incarne parfaitement ce modèle : ethniquement très blanche, issue des filières universitaires et des clubs de banlieue, elle reste culturellement très éloignée des réalités de la communauté hispanique.

Une étude menée conjointement par McKinsey et la fédération américaine de soccer révèle que les enfants latinos (le terme « latino », plus large qu’« hispanique », inclut également les personnes originaires de pays non hispanophones d’Amérique latine, comme le Brésil) sont trois fois plus susceptibles que les enfants blancs d’abandonner la pratique du soccer parce qu’ils se sentent mal accueillis dans les équipes existantes. L’ancien international états-unien Clint Dempsey résumait lucidement cette réalité :

« C’est difficile pour certains Hispaniques, comme pour les Afro-Américains et les joueurs de toutes origines. L’argent devient un problème pour ceux qui n’ont pas ce privilège. »

Cette exclusion se retrouve au niveau professionnel. Cette année, seuls quatre joueurs d’origine hispanique figurent parmi les 26 sélectionnés de l’USMNT pour le Mondial 2026. La MLS aime à se vanter d’être le championnat le plus diversifié des États-Unis, avec plus de 30 % de joueurs latinos dans ses effectifs. Mais il s’agit pour l’essentiel de joueurs étrangers, souvent argentins ou brésiliens, représentant des nations traditionnelles du football mondial davantage que les communautés hispaniques nées aux États-Unis.

Post Instagram du bouquet TNT Sports annonçant la signature pour le club de l’Inter Miami (MLS) du Brésilien Micael dos Santos Silva, qui rejoint ainsi les deux plus grandes superstars du championnat : l’Uruguayen Luis Suarez et, surtout, l’Argentin Lionel Messi, indéniable tête d’affiche de la MLS.
Compte Instagram de TNT Sports

De plus, les Latinos états-uniens restent largement absents des instances dirigeantes : ils n’occupent que 5 % des postes de direction dans les grandes ligues professionnelles sportives. Enfin, côté sportif, les résultats de l’USMNT n’ont rien arrangé : peu performante ces dernières années, elle n’a pas pu créer un véritable lien d’attachement avec des fans locaux.

Un paradoxe qui interroge

Alors que le Mondial 2026 vient de commencer à Mexico (le Mexique et le Canada accueilleront au total 14 matchs chacun, contre 78 aux États-Unis, dont la finale qui aura lieu à New York, le 19 juillet), le paradoxe est saisissant.

Tout le monde veut l’argent, l’attention et l’enthousiasme de la communauté hispanique : les politiciens le savent bien ; ainsi, des spots publicitaires en espagnol ont spécialement visé l’électorat hispanique lors de la dernière Copa América, en 2024, en pleine campagne présidentielle.

C’est également le cas des diffuseurs, des sponsors et des organisateurs, qui ont délibérément choisi des villes à forte concentration hispanique comme Los Angeles, San Francisco, Houston, Dallas ou Miami. Mais les structures qui organisent cette fête sont les mêmes qui ont ignoré pendant des décennies les pratiques sportives de cette communauté, rendu leurs filières de formation largement inaccessibles à ses enfants et relégué ses représentants aux marges des instances décisionnelles.

La préférence des Hispaniques pour la Liga MX ou le maillot de telle ou telle sélection d’Amérique latine n’a jamais été une forme de déloyauté. C’est la conséquence prévisible d’une exclusion structurelle de longue durée. Et regarder les matchs en espagnol par folklore ne suffira pas à changer cela.

The Conversation

Jonathan Leblanc ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. La communauté hispanique, moteur économique oublié du « soccer » aux États-Unis – https://theconversation.com/la-communaute-hispanique-moteur-economique-oublie-du-soccer-aux-etats-unis-284772

Albinismo: el color blanco no es lo más relevante

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Lluís Montoliu, Investigador científico del CSIC, Centro Nacional de Biotecnología (CNB – CSIC)

La piel pálida y el pelo blanco no son las principales consecuencias de ser una persona albina. oneinchpunch/Shutterstock

Hay muchas personas que conviven con una enfermedad rara y su patología pasa desapercibida al resto de la sociedad. Por ejemplo, si una persona tiene alguna alteración en su sistema inmunitario o alguna enfermedad metabólica, difícilmente alguien podrá identificarla como paciente, a no ser que pueda revisar sus análisis de sangre. Por el contrario, hay condiciones genéticas minoritarias que no pueden ocultar sus síntomas más evidentes. Es el caso del albinismo.

Aunque no todos los tipos de albinismo cursan con una pérdida total o parcial de la pigmentación, lo cierto es que los tipos más comunes sí la presentan, y esto hace que estas personas destaquen inevitablemente del resto.

Así, cuando vemos una persona de piel pálida, cabellos blancos y ojos claros o rojizos, inmediatamente pensamos que se trata de una persona con albinismo. Y deducimos que su principal preocupación será protegerse del sol, con cremas solares y con ropa adecuada, para no quemarse.

Pero que estas personas deban embadurnarse de crema todas las partes expuestas de su cuerpo antes de salir de casa cada día, haga sol o no –la radiación ultravioleta sigue llegando en los días nublados–, no es lo que más les preocupa, ni el síntoma de discapacidad que más altera su calidad de vida. Lo que tienen en común las personas con albinismo es una grave disfunción visual, un déficit importante de visión que las convierte en ciegas legales –entendiendo por ceguera legal la que sufren personas cuya agudeza visual es inferior al 10 % de la que tiene una persona vidente normalmente–.

Más albinismo en África que en Europa

El albinismo afecta en Europa a una de cada 10 000 a 20 000 personas nacidas. En España, con los 50 millones de habitantes que somos actualmente, debería haber entre 2 500 y 5 000 personas con algún tipo de albinismo. En África es más frecuente (1 de cada 3 000 a 6 000 personas nacidas) debido, principalmente, a la injustificable persecución que sufren, lo cual los lleva a crear comunidades cerradas (guetos) en los que aumenta la consanguinidad y, con ello, el porcentaje de nacimientos de personas con albinismo. Debido a ello, Naciones Unidas estableció desde 2015 que cada 13 de junio recordemos y condenemos estos execrables actos en el Día Internacional de Sensibilización sobre el Albinismo.

Hoy en día conocemos hasta 22 tipos de albinismo, asociados a mutaciones en otros tantos genes, de los cuales ya hemos identificado 21. Los nuevos tipos que se identifican son cada vez más minoritarios. Y es posible que se queden por describir aún algunos por mutaciones en genes cuya implicación en el albinismo es desconocida en la actualidad.

Agudeza visual limitada y fotofobia

A grandes rasgos, distinguimos entre albinismos sindrómicos y no sindrómicos, según afecten solo a las células pigmentarias o melanocitos o a más células. Lo que comparten todos los tipos de albinismo es el déficit visual. Adicionalmente, muchos tipos (pero no todos) presentan alteraciones pigmentarias. Y en los sindrómicos, además, pueden sumarse otras manifestaciones clínicas, algunas mortales, como trastornos en la coagulación sanguínea, problemas inmunitarios, fibrosis pulmonar, colón irritable y hasta alteraciones neurológicas. Conocemos dos modalidades de albinismo sindrómico: el síndrome de Hermansky-Pudlak (HPS, con once subtipos, HPS1-HPS11) y el síndrome de Chediak-Higashi (CHS, con un solo tipo).

Los problemas de visión de las personas afectadas incluyen ausencia de fóvea (retina central), transiluminación del iris y conexiones anómalas entre la retina y los núcleos visuales del cerebro. Estas alteraciones conllevan una agudeza visual muy limitada (inferior al 10 %), nistagmo (movimiento permanente de los ojos), fotofobia y una percepción tridimensional alterada. Por ello, en España, muchas personas con albinismo reciben o han recibido el apoyo de organizaciones como la ONCE.

Cómo han ayudado los ratones avatar a estudiar el albinismo

Las asociaciones de pacientes, como ALBA, y sus federaciones –entre ellas, FEDER– son esenciales para apoyar la investigación y para prestar apoyo a las personas con albinismo. Desde el CIBER de enfermedades raras (CIBERER-ISCIII), nuestro laboratorio sigue investigando las causas genéticas del albinismo, así como posibles tratamientos de terapia génica, usando modelos animales.

La investigación ha progresado de forma importante gracias a los ratones avatar, que reproducen prácticamente los mismos síntomas de los diferentes tipos de albinismo. Estos roedores se han generado gracias a las técnicas de modificación y edición genética como las CRISPR.

Hoy sabemos que la falta de pigmentación no es causa sino consecuencia del albinismo. Y que los déficits visuales no están causados por un déficit de melanina, sino de un precursor del pigmento: la L-DOPA.

Estudios recientes en ratones sugieren que la administración de esta molécula a niños con albinismo durante los primeros meses de vida podría ser beneficiosa para restaurar, al menos en parte, la visión. Pero de momento se han realizado ensayos clínicos piloto administrando L-DOPA a personas con el trastorno, con resultados no concluyentes.

Se ha propuesto también el uso de fármacos reposicionados, como la nitisinona, inicialmente aprobada para tratar la tirosinemia hereditaria de tipo I (otra enfermedad rara), en algunos casos, aunque aún no hay resultados concluyentes.

Puede que la solución acabe viniendo de mano de las propuestas de terapia génica intraocular. Es decir, de administrar copias de genes funcionales o herramientas de edición que corrijan las mutaciones, como ya ha sucedido en otras enfermedades de la visión como la acromatopsia. Pero para confirmarlo necesitamos seguir investigando.

The Conversation

Los contenidos de esta publicación y las opiniones expresadas son exclusivamente las del autor y este documento no debe considerar que representa una posición oficial del CSIC ni compromete al CSIC en ninguna responsabilidad de cualquier tipo. Lluís Montoliu lleva más de 30 años investigando sobre enfermedades raras, como el albinismo. Es miembro y asesor científico de ALBA, la asociación de ayuda a personas con albinismo. Ha colaborado con FEDER, la federación española de enfermedades raras, en diversas ocasiones. Lluís Montoliu es miembro y recibe fondos del CIBER de enfermedades raras (CIBERER-ISCIII) que ayudan a financiar sus investigaciones sobre este tema.

Almudena Fernández López es investigadora del CIBER de enfermedades raras (CIBERER-ISCIII), recibe fondos del CIBERER-ISCIII y de la Comunidad de Madrid.

Gema Garrido Martínez es personal CIBER de Enfermedades Raras (CIBERER-ISCIII)

ref. Albinismo: el color blanco no es lo más relevante – https://theconversation.com/albinismo-el-color-blanco-no-es-lo-mas-relevante-277166

Nous avons lancé 100 000 simulations de la Coupe du monde. Et le vainqueur est…

Source: The Conversation – in French – By Achim Zeileis, Professor of Statistics, University of Innsbruck

L’Espagne, la France ou l’Angleterre soulèveront-elles le trophée ? En s’appuyant sur les données de milliers de matchs, des statisticiens ont simulé 100 000 fois la Coupe du monde 2026 de foot pour identifier les scénarios les plus probables.


Autrefois, pour savoir quelle équipe allait remporter la Coupe du monde, il fallait consulter des voyants à la boule de cristal, lire l’avenir dans les feuilles de thé ou espérer que Paul le Poulpe nous révèle ce qui allait se passer.

Aujourd’hui, la science des données offre une alternative plus fiable. Au sein d’une équipe de statisticiens, j’ai contribué à entraîner un algorithme d’apprentissage automatique afin de prédire le scénario le plus probable du tournoi.

Prévisions probabilistes et dés pipés

L’algorithme que nous avons conçu fonctionne en deux étapes. Dans un premier temps, des modèles statistiques sophistiqués sont combinés aux analyses des bookmakers et aux données du marché des transferts afin d’évaluer la force de toutes les équipes et de leurs joueurs. Dans un second temps, un algorithme d’apprentissage automatique détermine la meilleure façon de combiner ces estimations avec d’autres informations concernant les équipes.

Cette approche permet de produire une prévision probabiliste pour chaque match possible du tournoi. On peut l’imaginer comme une paire de dés pipés : au lieu de présenter les chiffres de 1 à 6 avec une probabilité identique, ces dés attribuent des probabilités différentes au nombre de buts que chaque équipe est susceptible de marquer.

Par exemple, selon nos prévisions, le dé du Mexique produit en moyenne 1,9 but lors du match d’ouverture, tandis que celui de son adversaire, l’Afrique du Sud, n’en produit que 0,7. Cela ne signifie toutefois pas que le Mexique gagnera à coup sûr. Une victoire mexicaine constitue simplement l’issue la plus probable, avec une probabilité de 65 %. Un match nul est moins probable (21 %), tandis qu’une victoire de l’Afrique du Sud représente le scénario le moins probable (14 %).

« ¡Vuelve a casa, el fútbol vuelve a casa! »

En utilisant différentes paires de dés pipés, il est possible de simuler le résultat de chaque match de la Coupe du monde. Nous avons pris en compte le tirage au sort officiel du tournoi ainsi que l’ensemble des règles de la FIFA, y compris les prolongations et les séances de tirs au but. Nous avons ensuite effectué 100 000 simulations afin de déterminer le scénario le plus probable de la compétition.

Les résultats montrent que l’Espagne est la favorite pour le titre, avec une probabilité de victoire de 14,5 %. Elle est suivie de près par l’Angleterre et la France, toutes deux à 12,4 %, puis par l’Allemagne avec 11,2 %.

En raison de l’élargissement du tournoi – cette Coupe du monde réunit 48 équipes et comporte cinq tours à élimination directe –, les écarts entre les favoris restent relativement faibles. Le Portugal et l’Argentine disposent eux aussi de solides chances de remporter le trophée, avec respectivement 8,9 % et 8,2 % de probabilité de victoire finale.

De son côté, les États-Unis ont de bonnes chances d’atteindre les seizièmes de finale : 78 %. Il s’agit de la probabilité la plus élevée de leur groupe, qui compte trois autres équipes. En revanche, lors de la phase à élimination directe, où chaque match est décisif, les chances de l’équipe américaine de poursuivre son parcours diminuent assez rapidement. La probabilité de voir le pays hôte soulever le trophée lors de la finale disputée au MetLife Stadium le 19 juillet n’est que de 1 %.

Les coulisses du modèle

Notre algorithme d’apprentissage automatique et les simulations qui en découlent reposent sur un mélange de données, d’expertise et de modèles statistiques.

Tout d’abord, l’ensemble des matchs internationaux disputés au cours des huit dernières années sert de base à une estimation rétrospective du niveau des équipes. Ensuite, une estimation prospective est établie à partir des cotes proposées par différents bookmakers internationaux, lesquelles reflètent leur appréciation experte du tournoi à venir.

Troisièmement, des évaluations individuelles des joueurs sont établies à partir de leur contribution aux buts marqués en club comme en sélection nationale. Enfin, la qualité actuelle des joueurs et leur potentiel futur sont appréhendés à travers leur valeur marchande estimée. Ces données sont disponibles sur le site Transfermarkt, qui s’appuie sur une approche fondée sur l’intelligence collective pour estimer des valeurs de marché qui, par nature, restent inconnues.

Ces quatre variables sont ensuite combinées à un large éventail d’autres indicateurs pertinents décrivant l’état actuel des différentes équipes et des pays qu’elles représentent. Cela comprend des éléments propres aux sélections, comme leur classement FIFA ou le nombre de joueurs ayant atteint les demi-finales de la Ligue des champions cette année. Nous avons également intégré des facteurs socio-économiques propres à chaque pays, tels que le PIB par habitant.

Pour déterminer si ces variables influencent réellement les résultats d’une Coupe du monde, et dans quelle mesure, nous avons eu recours à un algorithme d’apprentissage automatique.

Plus précisément, nous avons utilisé ce que l’on appelle une forêt aléatoire (random forest), un modèle composé d’un grand nombre d’arbres de décision, chacun étant entraîné sur des sous-ensembles légèrement différents des données. L’algorithme a été entraîné à partir de tous les matchs disputés lors des grandes compétitions internationales depuis la Coupe du monde 2006.

Il apprend ainsi à relier le niveau des équipes, la valeur marchande de leurs joueurs et d’autres facteurs au nombre de buts marqués lors des matchs de Coupe du monde. C’est cette information qui permet de « piper les dés » utilisés dans nos simulations.

Quelle fiabilité ?

Ce n’est pas la première fois que notre équipe, composée d’Andreas Groll, de Rouven Michels et de leurs collègues de l’université technique de Dortmund en Allemagne, ainsi que de Lars Magnus Hvattum du Molde University College en Norvège, de Gunther Schauberger de l’université technique de Munich et de moi-même, collabore pour prédire l’issue d’une Coupe du monde.

Lors de la Coupe du monde féminine 2019, nous avions correctement désigné les États-Unis comme futurs vainqueurs. Lors de la Coupe du monde féminine 2023 et de la Coupe du monde masculine 2022, les équipes sacrées — l’Espagne et l’Argentine — n’étaient pas nos favorites, même si notre modèle les identifiait comme de sérieuses prétendantes au titre.

La principale leçon est qu’une prévision repose sur des probabilités. Notre programme ne prétend pas prédire le vainqueur avec une certitude absolue. Mais il a peut-être davantage de chances de succès qu’un mollusque à huit bras.

The Conversation

Achim Zeileis ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Nous avons lancé 100 000 simulations de la Coupe du monde. Et le vainqueur est… – https://theconversation.com/nous-avons-lance-100-000-simulations-de-la-coupe-du-monde-et-le-vainqueur-est-285191

Transplanter au Québec les rituels et la philosophie du thé chinois

Source: The Conversation – in French – By Jie Yu, Doctorat en art numérique, danse et patrimoine immatériel, Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue (UQAT)

Peut-on transplanter une cérémonie du thé chinoise millénaire dans le sol québécois sans, d’une part, la dénaturer, et d’autre part imposer strictement ses codes ? Derrière cette question, c’est la notion de dialogue interculturel qui me retient. Au Musée d’art de Rouyn-Noranda, j’ai mené une recherche-action qui explore ce rituel spirituel en assouplissant son exercice pour créer des ponts interculturels.


Dans le cadre de mon doctorat en art numérique, danse et patrimoine immatériel à l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue, j’ai eu la chance d’animer des cérémonies dans cet espace culturel. L’objectif est d’étudier comment la cérémonie du thé, en tant que pratique méditative et esthétique, peut être réinterprétée pour favoriser le bien-vivre individuel et créer des ponts interculturels dans un contexte inclusif, participatif et pluraliste comme celui du Québec.

Cette recherche soulève également pour moi des enjeux relatifs à l’héritage et à sa transmission, puisque j’ai grandi dans une famille marquée par la tradition du thé. Mon expérience de migration au Québec a suscité une réflexion sur les modalités de transposition d’un héritage culturel spécifique dans un nouvel écosystème socioculturel.

La cérémonie du thé

Bien plus qu’un simple art de la dégustation, la cérémonie du thé s’ancre dans la sagesse chinoise, qui célèbre les cycles naturels, notamment les 24 segments climatiques du calendrier agricole traditionnel. Elle incarne à cet égard un profond respect pour la nature et une philosophie de vie fondée sur l’harmonie entre l’être humain et l’univers.

La voie du thé s’est historiquement déployée comme un art vivant, capable d’épouser les contextes tout en préservant une cohérence profonde. Elle ne se réduit ni à une technique figée ni à un protocole immuable, mais se manifeste comme une pratique évolutive, façonnée par les dynamiques sociales, esthétiques et spirituelles propres à chaque époque.

Dès ses origines, la pratique du thé en Chine a connu des transformations significatives. Des préparations relativement simples sous la dynastie Tang (618 – 907) aux formes plus élaborées et raffinées sous la dynastie Song (960 – 1279), la culture du thé s’est continuellement reconfigurée selon les périodes, les lieux et les sensibilités. Chaque dynastie a réinventé les manières de préparer, d’offrir et de célébrer le thé, sans jamais rompre le fil conducteur qui relie ces variations successives. Selon l’historien du thé chinois Juenong Wu, ce fil rouge concerne la quête d’harmonie entre l’humain, la nature et le cosmos.

Dans la tradition chinoise, la cérémonie du thé agit comme une interface temporelle où se rencontrent la résonance des origines, comprise comme l’ensemble des savoirs, gestes et cosmologies hérités, et la densité du maintenant, c’est-à-dire l’expérience sensible et relationnelle vécue dans l’instant partagé.

À cette dynamique s’ajoute la promesse du possible, entendue comme l’ouverture vers des significations encore en devenir. Elle mobilise une mémoire culturelle inscrite dans des techniques codifiées, des rythmes saisonniers et des symboliques écologiques, tout en se reconfigurant dans l’instant du moment partagé, au contact des corps présents, des contextes culturels spécifiques et des subjectivités qui la réinterprètent. Ainsi, le rituel n’est pas la répétition d’un passé intact, mais l’actualisation d’un héritage à travers l’espace-temps.




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D’une part, cette culture se distingue par la simplicité de son accès, fondée sur des gestes élémentaires tels que s’asseoir, verser et offrir. D’autre part, elle déploie une complexité remarquable dans ses ramifications symboliques, en raison des strates historiques, esthétiques et philosophiques qu’elle convoque. Elle exige une transmission progressive fondée sur le vécu plutôt que sur un apprentissage strictement normatif.

La compréhension ne procède pas principalement par l’accumulation de règles, mais par une immersion corporelle et relationnelle qui permet au sens d’émerger à travers la pratique. La cérémonie devient alors un espace d’apprentissage sensible où l’attention, la lenteur et la réciprocité constituent les véritables vecteurs de connaissance.


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Assouplir les codes

J’ai choisi d’assouplir ces règles au Québec afin d’accorder la priorité à l’accueil et à la découverte sensible plutôt qu’à la régularité formelle. Mon intention était de recréer une atmosphère authentique sans imposer un cadre susceptible de générer du stress ou un sentiment d’inadéquation chez les participants. Cette approche a permis de déplacer l’accent de la conformité rituelle vers la qualité relationnelle et sensorielle du moment partagé dans un contexte interculturel.

Chaque séance, conçue comme une exploration collective et contemplative, durait environ une heure et demie. Ce temps se divisait en deux séquences complémentaires : une heure dédiée à l’immersion dans l’expérience de la cérémonie du thé, suivie d’une demi-heure d’échange et de partage des ressentis en groupe. Pour préserver l’expérience de chaque participant, le nombre de personnes par session était limité à huit. Les rencontres étaient programmées selon le calendrier des 24 segments climatiques, afin d’ancrer la traversée dans une perception chinoise du temps et du vivant, et d’offrir aux participants une porte d’entrée éprouvée vers une autre relation à la nature.

Je rappelais souvent aux invités que leur présence relevait avant tout de la curiosité et de l’ouverture d’esprit, et non d’une obligation de performance culturelle. L’expérience devait être reçue comme un cadeau que l’on s’offre à soi-même, un moment pour déposer la fatigue du quotidien, détendre le corps et affiner le lien corps-esprit. Je les invitais à faire confiance à l’instant présent et à voyager ensemble dans l’univers philosophique du thé tout en vivant une forme de méditation partagée.

Le thé, un pont interculturel

Les retours des participants ont confirmé que la cérémonie du thé dépasse largement les frontières culturelles. Ils sont nombreux à avoir découvert une nouvelle manière d’habiter le monde à travers les détails du rituel : la manipulation des ustensiles, l’appréciation des articles d’art artisanal, l’attention portée aux autres et la gratitude envers la nature qui nous offre ces thés précieux.

Plusieurs participants ont décrit une amélioration de leur bien-être immédiat, ainsi qu’un sentiment accru d’appartenance au groupe éphémère constitué autour du thé.

L’une d’elles confiait : « Je ne m’attendais pas à ressentir autant de calme. C’était comme si le temps suspendait son vol et que nous étions tous reliés par quelque chose d’invisible ».

Une autre participante décrivait ainsi son expérience : « Chaque geste avait du sens. J’ai eu l’impression de redécouvrir la lenteur, de retrouver une connexion avec moi-même à travers la cérémonie ».




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D’autres retours abondent aussi dans ce sens. Les participants ont évoqué, tout au long des gestes, une profonde impression de respect et d’attention et un sentiment d’être accueillis et aimés. Certains ont parlé d’une « énergie du thé nourrissant l’esprit », d’autres d’un « voyage poétique et doux », et finalement plusieurs mentionnent avoir vécu un processus « presque thérapeutique » leur permettant d’amorcer autrement leur fin de semaine.

Ces témoignages suggèrent que la pratique agit simultanément sur le plan individuel en contribuant à la régulation du stress et au développement de la conscience corporelle, ainsi que sur le plan social en favorisant la reconnaissance mutuelle et la circulation des significations.

Une tradition vivante

Les résultats de ma recherche-action tendent à montrer que la transplantation de cette pratique peut contribuer à l’enrichissement du paysage culturel québécois à condition d’en reconfigurer les modalités pédagogiques.

Ils montrent également que la cérémonie du thé ne constitue pas un système clos régi par une orthodoxie intangible, mais un processus ouvert de co-création de sens dans lequel chaque rencontre actualise la tradition sans l’appauvrir, et où l’héritage se maintient précisément parce qu’il accepte de dialoguer avec les conditions contemporaines de son déploiement.

La cérémonie du thé devient alors un laboratoire où s’élaborent de nouvelles formes d’hospitalité interculturelle capables de conjuguer respect des traditions et créativité contextuelle.

La Conversation Canada

Jie Yu ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Transplanter au Québec les rituels et la philosophie du thé chinois – https://theconversation.com/transplanter-au-quebec-les-rituels-et-la-philosophie-du-the-chinois-274463

Comment éviter que votre chat ne devienne un vecteur de maladies

Source: The Conversation – in French – By Amy Wilson, Adjunct Professor, Forest and Conservation Sciences, University of British Columbia

Les chats qui vagabondent chassent, interagissent avec la faune sauvage ou d’autres animaux domestiques, et évoluent dans des environnements contaminés par des agents pathogènes et des toxines. (Unsplash/Oscar Fickel)

Les animaux de compagnie occupent une place importante dans la vie de nombreuses personnes, leur apportant une compagnie précieuse. Pourtant, ils peuvent parfois être à l’origine de pathogènes et de maladies indésirables, surtout lorsqu’ils sortent régulièrement à l’extérieur.


Nous sommes des écologistes et un vétérinaire qui étudions la santé de la faune sauvage, ainsi que la circulation des pathogènes entre la faune sauvage, les animaux domestiques et les humains. Si votre chat sort librement ou si des chats errants fréquentent votre jardin, nos récentes découvertes vous concernent peut-être directement.

Les agents pathogènes zoonotiques sont des organismes capables d’infecter aussi bien les animaux que les humains. Du point de vue d’un agent pathogène, nous ne sommes qu’un hôte parmi d’autres. La faune sauvage est souvent pointée comme source principale de maladies émergentes, ce qui se comprend, étant donné qu’il existe bien plus d’espèces sauvages que d’espèces domestiques.

Cela dit, même si un agent pathogène peut infecter les humains, encore faut-il qu’il trouve un moyen de nous atteindre. Or, nous partageons davantage d’agents pathogènes zoonotiques avec nos animaux domestiques qu’avec la faune sauvage, tout simplement parce qu’ils vivent à notre contact. L’avantage est encore plus grand pour les pathogènes capables d’infecter un animal de compagnie.

Dans notre étude récemment publiée, nous avons compilé les données de plus de 400 études afin d’examiner dans quelle mesure le mode de vie d’un chat – intérieur, extérieur ou errant – influe sur sa probabilité de porter des agents pathogènes susceptibles d’infecter les humains.

Au total, cette compilation recense près de 100 agents pathogènes détectés chez les chats, considérés comme zoonotiques. Parmi les plus courants : la rage, Toxoplasma gondii, les vers ronds et la salmonelle.

Nos recherches

un chat blanc et orange dans un jardin
Les chats chassent des animaux susceptibles de porter des agents pathogènes zoonotiques, notamment des rongeurs, des oiseaux et des chauves-souris, dont beaucoup n’auraient autrement que peu de contacts directs avec les humains.
(Unsplash/Hadley Woodall)

Nous avons constaté que les chats ayant accès à l’extérieur avaient trois à cinq fois plus de chances de porter un agent pathogène zoonotique que les chats vivant exclusivement à l’intérieur. Fait plus surprenant : les chats autorisés à sortir présentaient un risque comparable à celui des chats errants. Ils portaient certes moins de types d’agents pathogènes différents, mais les mêmes pathogènes qui infectent les chats errants peuvent tout autant affecter les chats de compagnie.

Ce risque prend une dimension considérable à grande échelle, car les chats qui déambulent librement sont en contact étroit avec les humains, la faune sauvage et d’autres animaux domestiques. Dans l’ensemble des études analysées, environ 60 % des chats domestiques avaient un accès non surveillé à l’extérieur, un taux qui dépasse 90 % dans certaines régions.

Les chats errants chassent, interagissent avec la faune sauvage ou d’autres animaux domestiques, et évoluent dans des environnements contaminés. Des recherches suggèrent que les propriétaires de chats sous-estimeraient les captures de leurs chats d’environ 80 %, ce qui signifie que la majorité des contacts avec des animaux sauvages passent inaperçus.

Ces interactions ne sont ni rares ni limitées aux espèces dites nuisibles. À l’échelle mondiale, les estimations du nombre d’animaux sauvages tués par des chats se chiffrent en milliards, avec plus de 2000 espèces répertoriées comme proies des chats domestiques.

un chat gris se prélassant dans un pot rouge
Traiter les infections parasitaires existantes et vacciner contre des maladies comme la rage sont des précautions essentielles, même pour les chats d’intérieur.
(Unsplash/Anna K)

Les chats chassent des animaux susceptibles de véhiculer des agents pathogènes zoonotiques – rongeurs, oiseaux, chauves-souris – qui n’auraient autrement que peu de contacts avec les humains. Ils peuvent ramener chez eux des rongeurs porteurs de virus, et des cas documentés montrent des chats introduisant dans des habitations des chauves-souris séropositives pour la rage. Un chat rentrant avec une proie peut ainsi ouvrir une voie directe entre les agents pathogènes circulant dans les populations sauvages et les humains.


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Les propriétaires ne sont pas les seuls exposés. Les chats d’extérieur défèquent dans les jardins, les parcs, les aires de jeux et autres espaces communs, ce qui peut engendrer des taux de contamination élevés. Une étude a estimé que les chats d’extérieur déposaient plus de 60 tonnes de matières fécales pour 10 000 foyers chaque année.

Selon le parasite, les excréments peuvent contenir des centaines, voire des centaines de milliers d’œufs qui persistent dans le sol ou l’eau pendant des mois, voire des années, et infecter toute personne ou tout animal entrant en contact avec eux.

Ce que les propriétaires de chats peuvent faire

La mesure la plus simple est aussi la moins coûteuse et la plus humaine : éviter que les chats ne vagabondent sans surveillance. Cela ne signifie pas leur interdire l’extérieur. Il existe des alternatives : construire des enclos ou des « catios », les promener en laisse, organiser des sorties surveillées ou tout autre dispositif permettant un accès contrôlé.

Les soins vétérinaires restent indispensables. Traiter les infections parasitaires et vacciner contre la rage sont des précautions essentielles, y compris pour les chats d’intérieur. Mais ni les vaccins ni les antiparasitaires ne couvrent l’ensemble des agents pathogènes associés à la faune sauvage : limiter l’exposition demeure donc l’approche la plus complète.

un chat blanc et gris aux yeux verts
Un chat rentrant à la maison avec une proie peut mettre les agents pathogènes circulant chez la faune sauvage en contact avec les humains.
(Unsplash/Sanela Arsenic)

Le débat sur la liberté de mouvement est souvent présenté comme un faux dilemme : soit le chat se promène librement, soit il est privé d’une vie naturelle. Ce cadre est trompeur, et ne correspond pas à la façon dont nous gérons les autres animaux de compagnie. Nous ne considérons pas qu’un chien a besoin d’un accès illimité aux routes, aux jardins des voisins ou à la chasse pour s’épanouir. De la même façon, les chats d’intérieur ou ceux bénéficiant d’un accès surveillé peuvent mener une vie saine, enrichie et plus longue.

Des politiques encadrant les déplacements des chats à l’extérieur peuvent contribuer à préserver la biodiversité, le bien-être des félins et de la faune sauvage, ainsi que la santé publique. C’est là l’essence même du concept One Health : les choix qui protègent les écosystèmes sont souvent les mêmes que ceux qui protègent les animaux et les humains qui les partagent.


Cet article a été coécrit par David Lapen, chercheur à Agriculture et Agroalimentaire Canada, qui finance également ses travaux.

La Conversation Canada

Amy Wilson a effectué des travaux de recherche contractuels pour Agriculture et Agroalimentaire Canada ainsi que pour Environnement et Changement climatique Canada.

Scott Wilson travaille pour Environnement et Changement climatique Canada, qui finance également ses recherches.

Peter Marra ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Comment éviter que votre chat ne devienne un vecteur de maladies – https://theconversation.com/comment-eviter-que-votre-chat-ne-devienne-un-vecteur-de-maladies-284919

Îles Salomon : délicat jeu d’équilibre géopolitique entre la Chine et l’Australie

Source: The Conversation – in French – By Pierre-Christophe Pantz, Enseignant vacataire et chercheur associé à l’Université de la Nouvelle-Calédonie (UNC), Université de la Nouvelle-Calédonie

Derrière la visite officielle du nouveau premier ministre salomonais Matthew Wale à Canberra, certains ont voulu voir un signe de rééquilibrage diplomatique après des années de rapprochement avec la Chine. Mais plus qu’un choix de camp, l’arrivée au pouvoir de Wale répond d’abord à une crise politique interne. Entre dépendance aux financements extérieurs, endettement et rivalités accrues entre grandes puissances, les îles Salomon tentent de préserver leur marge de manœuvre.


La première visite officielle du nouveau premier ministre salomonais Matthew Wale en Australie, début juin 2026, a été perçue comme un signal de rapprochement avec Canberra après plusieurs années de coopération renforcée avec la Chine. Pourtant, derrière ce geste symbolique, la réalité apparaît plus nuancée. Si cette prise de contact pourrait traduire un rééquilibrage diplomatique, les îles Salomon demeurent surtout confrontées à une contrainte structurelle : préserver leur autonomie en capitalisant sur la rivalité accrue entre la Chine, l’Australie et les puissances occidentales.

Le choix de la première destination d’un chef de gouvernement est rarement neutre. À ce titre, la visite à Canberra de Matthew Wale, quelques jours à peine après son arrivée au pouvoir en mai 2026, a retenu l’attention. Le geste est d’autant plus notable que les îles Salomon sont devenues, depuis leur reconnaissance diplomatique de Pékin au détriment de Taipei en 2019 puis l’accord de sécurité sino-salomonais de 2022, un terrain central de la compétition stratégique dans le Pacifique insulaire.

À première vue, ce déplacement aurait pu être lu comme un revirement par rapport aux gouvernements de Manasseh Sogavare (2019-2024) puis de Jeremiah Manele (2024-2026), souvent associés à un rapprochement avec la Chine. Cette lecture mérite toutefois d’être nuancée : dès 2024, Manele avait lui-même choisi l’Australie pour sa première visite officielle – ce qui illustre la continuité des liens entre Honiara et Canberra malgré l’approfondissement du partenariat avec Pékin.

Dès lors, la question n’est peut-être pas celle d’un basculement entre Chine et Australie, mais celle de la manière dont les îles Salomon cherchent à ménager leurs deux principaux partenaires dans un espace régional de plus en plus polarisé.

2024-2026 : une crise politique d’abord interne

Les élections législatives de 2024 ont souvent été interprétées à l’étranger comme un référendum implicite pour ou contre l’influence de la Chine. Cette grille de lecture, centrée sur la rivalité sino-occidentale, tend toutefois à minimiser les dynamiques internes.

En effet, le gouvernement de Jeremiah Manele, ancien ministre des Affaires étrangères de Manasseh Sogavare et acteur clé du basculement diplomatique vers Pékin en 2019, s’est rapidement fragilisé. Dans un archipel de plus en plus marqué par la fragmentation des alliances parlementaires, la recrudescence des accusations de corruption, les tensions entre élites politiques et une insatisfaction sociale persistante ont progressivement érodé sa majorité.

Manele est finalement renversé en mai 2026 par une motion de défiance (26 voix contre 22). Si les débats sur la relation avec la Chine ont nourri les critiques, ils ne suffisent pas à expliquer cette chute, qui s’inscrit d’abord dans une instabilité politique structurelle. Cette lecture est renforcée par un constat central : malgré les investissements chinois dans les infrastructures (stade national, hôpitaux, équipements publics), les inégalités sociales et territoriales demeurent particulièrement fortes. Les îles Salomon restent un État classé par l’ONU parmi les pays les moins avancés (PMA), où l’accès aux services essentiels demeure très inégal.

Dans ce contexte, Matthew Wale a bâti son accession au pouvoir sur un discours de réforme centré sur la transparence et la lutte contre la « capture de l’État par les élites ». Son élection relève donc autant d’une crise interne que des recompositions géopolitiques régionales, qui reconfigurent les équilibres de la scène politique salomonaise.

Le « paradoxe Wale » : entre critique de la Chine et Realpolitik

Critique de longue date de l’accord de sécurité signé avec la Chine en 2022, Wale a adopté une posture plus pragmatique dès 2025, alors qu’il siégeait encore dans l’opposition, notamment lors d’une visite à Pékin où il réaffirme son soutien au principe d’une seule Chine.

Une fois au pouvoir, il n’a pas remis en cause le principe même de la coopération sécuritaire avec la Chine. Il a néanmoins marqué une inflexion en annonçant un réexamen du pacte signé en 2022, dont il continue de dénoncer le manque de transparence et les clauses de confidentialité. Cette position traduit moins une rupture avec Pékin qu’une volonté de reprendre le contrôle politique d’un accord longtemps critiqué pour son opacité.

Ce pragmatisme s’explique par des contraintes fortes. D’une part, le pays dépend largement des financements extérieurs pour ses infrastructures et services publics. D’autre part, l’endettement contracté notamment auprès de la Chine populaire limite les marges budgétaires, sans constituer pour autant un « piège » au sens strict.

Dans le même temps, les équilibres extérieurs sont structurants : l’Australie reste le principal partenaire sécuritaire et un bailleur majeur, tandis que la Chine occupe une place croissante dans le financement du développement.

Dans ce cadre, Wale cherche à maintenir des relations avec plusieurs partenaires afin de préserver ses marges de manœuvre diplomatiques. La souveraineté est surtout utilisée comme un levier politique, plutôt que comme une recherche d’autonomie totale.

D’ailleurs, l’élection de Wale n’a pas provoqué de réaction hostile de Pékin. Les autorités chinoises ont rapidement affiché leur volonté de poursuivre et d’approfondir leur coopération avec le nouveau gouvernement, tandis que Wale a lui-même réaffirmé son attachement au principe d’une seule Chine. Cette retenue mutuelle suggère que, à ce stade, ni Honiara ni Pékin ne souhaitent transformer la transition politique de 2026 en rupture diplomatique.

Australie–Salomon : une relation jamais rompue

En parallèle, la visite officielle de Wale en Australie s’inscrit également dans un réengagement australien plus large dans le Pacifique. Canberra a multiplié les accords bilatéraux ces dernières années : Tuvalu (Union Falepili, 2023), îles Salomon (un premier traité de sécurité en 2024), Papouasie–Nouvelle-Guinée (traité Pukpuk, 2025), Indonésie (2026), Vanuatu (projet d’accord Nakamal, 2026).

Dans cette architecture, les Îles Salomon occupent une position particulière. L’Australie conserve une influence historique, héritée notamment de la Mission régionale d’assistance aux îles Salomon (2003-2017), même si la montée en puissance de la Chine depuis 2019 a introduit une nouvelle incertitude stratégique.

La relance de la coopération policière et sécuritaire engagée dans le cadre de l’accord bilatéral conclu en 2024, dont la mise en œuvre avait été partiellement retardée sous le gouvernement Manele, illustre davantage une continuité qu’un basculement. Les liens institutionnels entre Canberra et Honiara n’ont jamais été rompus, y compris durant la période de rapprochement avec Pékin.

Pour l’Australie, l’objectif consiste désormais moins à évincer la Chine qu’à conserver une position centrale dans les domaines de la sécurité, de la formation et de la gouvernance. Pour les Salomon, l’enjeu est inverse : maintenir ouvertes plusieurs options de coopération afin d’éviter toute dépendance exclusive.

Cette logique rejoint une pratique plus large des petits États insulaires du Pacifique, souvent résumée par la formule « Amis de tous, ennemis de personne », qui vise à préserver les marges de manœuvre diplomatiques, mais également à maximiser les aides au développement dans un environnement marqué par de fortes asymétries de puissance.

Une souveraineté sous contrainte

Pour les pays occidentaux, l’accord de sécurité signé en 2022 entre la Chine et les îles Salomon a agi comme un électrochoc stratégique. Il a remis en cause l’idée d’une chasse gardée australienne dans le Pacifique insulaire et conduit à un renforcement de la présence américaine, marqué notamment par la réouverture de l’ambassade des États-Unis à Honiara en 2023 après trente ans d’absence.

Dans ce contexte, l’Union européenne a été incitée à réaffirmer une approche plus discrète, centrée sur le développement et le multilatéralisme, dans un espace de plus en plus structuré par la rivalité entre la Chine et le couple Washington–Canberra. En 2026, l’arrivée au pouvoir de Matthew Wale – principal opposant à cet accord – ne marquera vraisemblablement pas une rupture nette dans la politique étrangère des îles Salomon. Elle correspond plutôt à une configuration de pragmatisme et de dépendance, avec des contraintes internes (fragilités socio-économiques, coalitions instables) qui s’articulent avec d’intenses rivalités extérieures.

Dans un contexte de forte dépendance aux financements extérieurs et d’endettement croissant, la politique étrangère salomonaise s’apparente à un exercice d’ajustement permanent plutôt qu’à un choix stratégique souverain pleinement autonome.

Plus qu’un basculement géopolitique, l’élection de Wale en mai 2026 illustre ainsi une réalité plus large du Pacifique insulaire : celle d’États qui tentent de transformer leur position de dépendance en espace de négociation entre plusieurs puissances concurrentes. Reste une question centrale : cette concurrence accrue entre partenaires extérieurs peut-elle réellement se traduire en améliorations concrètes pour des populations confrontées quotidiennement à des vulnérabilités structurelles persistantes ?

The Conversation

Pierre-Christophe Pantz ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Îles Salomon : délicat jeu d’équilibre géopolitique entre la Chine et l’Australie – https://theconversation.com/iles-salomon-delicat-jeu-dequilibre-geopolitique-entre-la-chine-et-laustralie-284681

Spielberg: ¿servirá una película de extraterrestres para volver a confiar en la humanidad?

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Violeta Kovacsics, Profesora Lectora Serra Húnter, Universitat Rovira i Virgili

Una escena de la última película de Steven Spielberg, _El día de la revelación_. Universal Pictures

Toda película está ligada a su tiempo. Estrenada apenas un año después de los ataques a las Torres Gemelas en septiembre de 2001, Señales, de M. Night Shyamalan, sirve de paradigma de un cine que respondía al 11-S.

Se trataba, por un lado, de un cine que volvía al tema de la invasión alienígena y que, por el otro, exploraba cuestiones como el miedo al otro y la paranoia. En ella, el personaje interpretado por Mel Gibson era un reverendo que había perdido la fe tras la muerte de su esposa en un accidente de tráfico. La crisis de fe se presentaba aquí de dos maneras: el protagonista había dejado de confiar en los poderes divinos y, a la vez, no creía que los responsables de los hechos extraños que tenían lugar en su granja fuesen los alienígenas.

Un niño coge a un adulto por la barbilla y le tuerce la cara para enseñarle algo.
Mel Gibson y Rory Culkin en un fotograma de Señales.
Touchstone Pictures

El cine de extraterrestres como metáfora sobre el tiempo presente recuerda a la década de los cincuenta, cuando las películas se volcaron a las invasiones alienígenas como parábola de la amenaza comunista y de la idea de un enemigo exterior, como es el caso de la versión de 1956 de La invasión de los ladrones de cuerpos.

La caída de las Torres Gemelas provocó de nuevo el auge de géneros que permitían ahondar en la idea de invasión para poder explicar el miedo a aquello que venía de fuera. Cabe recordar que un mes después de esos atentados desde el Pentágono se organizó una comisión de profesionales del cine para que pensaran en posibles ataques.

Es decir, se les pedía que plantearan guiones de ficción, con la idea que estos pudieran tornarse reales el algún momento.

El 11-S como fricción

J. Hoberman, una de las plumas más brillantes de la crítica estadounidense, escribió que, ante el espectáculo real de la caída de las Torres Gemelas, el cine norteamericano se volcó hacia la hiperrealidad: la realidad no era suficiente, y la concepción de las películas como una experiencia sustituyó a la idea de espectáculo. Por ejemplo, La pasión de Cristo no se dedicaba únicamente a narrar el calvario de su protagonista, sino que intentaba, mediante su puesta en escena, que el espectador se viese inmerso en él.

En este sentido, Hoberman vió en filmes como La guerra de los mundos de Steven Spielberg un ejemplo de ese gusto del cine americano del siglo XXI por una puesta en escena que convirtiera la película en una experiencia: la cámara se mostraba frenética, pegada a los personajes, sin aliento.

Aquella historia sobre un padre que huye junto a sus hijos de la amenaza de seres desconocidos que llegan a la Tierra desde el espacio exterior se estrenó en 2005, y exponía que el miedo no era solo al extraño, sino también a los seres humanos. Es decir, en los momentos de crisis, era difícil confiar en la bondad.

Un hombre sujeta a una niña pequeña rodeado de militares.
En La guerra de los mundos la huida de los extraterrestres es caótica igual que las crisis que tenían lugar en aquellos momentos históricos.
Amblin Entertainment

Algo similar sucedía en Calle Cloverfield 10, realizada a la sazón del éxito de Monstruoso en 2008, película de Matt Reeves sobre una invasión alienígena. En Calle Cloverfield 10, un hombre intentaba convencer a la protagonista de que lo mejor era no salir de un búnker que él había construido, pues en el exterior se había desatado un verdadero desastre que podía terminar con la humanidad.

El ser humano es bueno

Señales establece un puente entre la fe de carácter místico o religioso y la creencia en que hay vida extraterrestre, algo que en cierta manera atraviesa también la última película de Steven Spielberg.

El día de la revelación se inscribe descaradamente en el contexto actual. El hecho de que una de las protagonistas (Emily Blunt) sea la presentadora del tiempo de un canal televisivo local de Kansas ayuda a que las noticias estén presentes constantemente: vemos a menudo a sus compañeros hablar, aunque sea de fondo, de los diversos conflictos que azotan nuestra época.

Aunque es una película de extraterrestres, también tiene mucho que ver con el periodismo y la libertad de prensa. Spielberg ya había tocado estos temas en Los archivos del Pentágono, situada a comienzo de los años setenta, cuando el Washington Post se mostró determinado a publicar una serie de documentos clasificados sobre la Guerra de Vietnam.

En El día de la revelación, el contexto es ficticio, pero está muy arraigado en nuestro tiempo presente. En él se desarrolla la trama sobre un experto en ciberseguridad que pretende divulgar al mundo que el gobierno estadounidense es conocedor de la presencia de alienígenas en la Tierra.

Si en La guerra de los mundos algunas escenas apuntalaban la desconfianza en la humanidad, en El día de la revelación se plantea una esperanza casi ingenua, la constatación de que el ser humano puede ser bueno. El protagonista, interpretado por Josh O’Connor, huye con la convicción de que el mundo puede y debe saber de la existencia de extraterrestres. Mientras, el personaje encarnado por Colin Firth sirve de contrapunto: es un hombre del Gobierno que no cree que el ser humano esté preparado para saber que no está solo en el universo.

En 1982, Spielberg estrenó E.T., una película en la que un extraterrestre bueno se hacía amigo de un niño que tenía que ayudarle a volver a casa. Unos años antes el cineasta ya había realizado Encuentros en la tercera fase, filme sobre los misterios de la vida alienígena, con el que entraba por la puerta grande en el imaginario de la ciencia ficción. Se retrataba ahí la necesidad de comprender al otro, algo que atraviesa las dos películas. En E.T. el niño confía en las bondades de lo desconocido; en Encuentros en la tercera fase los personajes no se mueven por el miedo, sino por la curiosidad y la necesidad de comprender.

Un niño y un extraterrestre en medio del bosque miran hacia el cielo.
Un fotograma de E.T., con el niño y el extraterrestre juntos.
Amblin

El día de la revelación hace suyo este objetivo también, mediante dos personajes que sirven de nexo entre las personas y los aliens. El experto en ciberseguridad interpretado por O’Connor comprende lo que dicen los extraterrestres, les traduce, les hace inteligibles; y la periodista que encarna Blunt puede sentir con los humanos. Este alegato en favor de la empatía da pie a algunas de las escenas más edulcoradas de la película. A la vez, la interpretación de Blunt es extraordinaria: modula de forma excelsa su registro desde la comicidad hasta la emoción.

A partir del sentimiento y de la necesidad de comprender al otro, Spielberg traza la posibilidad de diálogo en un momento en el que todos los puentes parecen rotos. En un contexto de guerras y de incertidumbre como el que vivimos, el cine fantástico vuelve a desplegar respuestas.

The Conversation

Violeta Kovacsics no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

ref. Spielberg: ¿servirá una película de extraterrestres para volver a confiar en la humanidad? – https://theconversation.com/spielberg-servira-una-pelicula-de-extraterrestres-para-volver-a-confiar-en-la-humanidad-285104