Cinq aliments qui pourraient coûter encore plus cher cet hiver au Royaume-Uni et pourquoi

Source: The Conversation – in French – By Sophie Perry, Research Fellow, Centre for Food Policy, City St George’s, University of London

La récolte du cacao demande un travail manuel, qui en fait une culture difficile à mener à l’échelle industrielle. Milequem Diarassouba/Wikimedia Commons, CC BY

L’ESSENTIEL

  • Au Royaume-Uni, chocolat, pommes de terre et pain pourraient renchérir cet hiver, sur fond de météo erratique et d’énergie chère.

  • Avec un cacao plus cher, les industriels pourraient chercher à remplacer le beurre de cacao par des ingrédients meilleur marché, comme l’huile de palme.

  • La sécheresse a fait chuter les rendements de blé britanniques, mais cette mauvaise récolte n’est qu’un des nombreux facteurs, avec l’énergie, qui pourraient renchérir le pain.


Au cours de l’année écoulée, de multiples pressions se sont exercées en même temps sur la production alimentaire, et leurs effets devraient se faire sentir cet hiver dans nos paniers de courses, au Royaume-Uni. Les agriculteurs ont été confrontés à une météo de plus en plus erratique, sous l’influence du changement climatique et du phénomène El Niño (réchauffement périodique des eaux de surface du Pacifique équatorial, qui modifie le régime des pluies et des températures dans de nombreuses régions du monde, NdT), tandis que les conflits internationaux ont fait grimper le coût du carburant, des engrais et d’autres intrants essentiels.

Ces pressions se renforcent mutuellement : une météo défavorable et imprévisible réduit les rendements des cultures, tandis que la hausse du coût des engrais et de l’énergie renchérit la production et la transformation des aliments.

Cela n’affectera pas seulement les revenus des agriculteurs et le portefeuille des consommateurs, mais aussi, potentiellement, la qualité, le volume et la valeur nutritionnelle des aliments en rayon, les industriels se tournant vers des ingrédients de substitution moins chers pour limiter la hausse globale des prix.

Voici cinq aliments familiers qui illustrent la manière dont cela pourrait se traduire cet hiver :

1. Le chocolat

Le chocolat n’est pas seulement un aliment réconfortant capable de remonter le moral : sa production fait aussi vivre près de six millions de petits exploitants dans le monde, principalement en Afrique de l’Ouest. Cela tient au travail manuel nécessaire à la récolte du cacao, qui en fait une culture difficile à mener à l’échelle industrielle.

Les cacaoyers sont toutefois sensibles à leur environnement. L’effet de la sécheresse sur les rendements du cacao est connu de longue date, mais des recherches récentes montrent que des épisodes intenses de fortes pluies peuvent aussi poser problème. Ils peuvent réduire l’activité des insectes volants nécessaires à la pollinisation des fleurs de cacaoyer, tout en augmentant le risque de maladies fongiques qui déciment les récoltes. L’épisode El Niño en cours, appelé à se prolonger jusqu’en 2027, devrait accentuer le caractère erratique de la météo, avec à la clé, peut-être, à la fois des sécheresses et de fortes pluies dans certaines régions productrices de cacao, ce qui continuera de perturber les chaînes d’approvisionnement.

Les baisses de rendement qui en ont résulté ont provoqué une énorme flambée des prix en 2024, ensuite répercutée sur les consommateurs : le prix d’une tablette de Dairy Milk (le chocolat au lait phare de la marque Cadbury, très populaire au Royaume-Uni, NdT) a par exemple bondi de plus de 60 % par rapport à 2021. Les prix ont un peu baissé depuis, mais restent bien au-dessus de leurs moyennes historiques et devraient bientôt repartir à la hausse en raison d’une récolte particulièrement mauvaise cette année.

Mais le prix n’est pas la seule chose qui peut changer. À mesure que le cacao renchérit, les industriels pourraient chercher à remplacer le beurre de cacao, plus cher, par des ingrédients de substitution meilleur marché comme l’huile de palme. Si l’huile de palme remplit certaines fonctions, comme le maintien d’une texture onctueuse et une bonne conservation, on la trouve moins souvent dans les chocolats haut de gamme, et elle peut donner une sensation différente en bouche.

2. Les pommes de terre

Contrairement au chocolat, la pomme de terre n’est pas seulement un produit de luxe ou de réconfort. C’est un aliment de base de l’alimentation européenne, et une source d’amidon à la fois saine et bon marché.

Mais les plants de pomme de terre ont besoin de beaucoup d’eau pour produire leurs tubercules caractéristiques : l’été extrêmement sec de cette année a donc soumis les cultures à un stress considérable. Des rapports récents avertissent que les récoltes de pommes de terre du Royaume-Uni et d’Europe pourraient être inférieures de 3,5 millions de tonnes aux prévisions, soit environ 5 kg par habitant du continent.

La demande d’un aliment de base comme la pomme de terre étant relativement stable, cette chute brutale de l’offre tendra à faire monter les prix. Ce qui a longtemps été considéré comme une base de repas nourrissante et abordable pourrait peser davantage sur le budget des ménages, et pousser les consommateurs à chercher d’autres options comme l’avoine, l’orge, les haricots ou les lentilles.

3. Les légumes-feuilles

Les épinards, la laitue et les autres légumes-feuilles sont particulièrement sensibles aux chocs thermiques et au stress hydrique, en raison de leurs racines peu profondes et de leur forte teneur en eau. Comme pour les pommes de terre, leurs rendements ont souffert cette année. Les fortes températures font monter les plantes en graine prématurément, tandis que la sécheresse généralisée limite l’eau disponible pour l’irrigation. Dans ces conditions de stress, les ravageurs peuvent poser problème aux cultures particulièrement vulnérables.

Dans ces circonstances, les distributeurs devront probablement accroître leurs importations depuis d’autres pays comme l’Espagne. Si les autres pays européens ne sont pas à l’abri des effets de la chaleur extrême et de la sécheresse, leurs systèmes agricoles sont souvent mieux préparés pour y faire face, ce qui révèle un manque de résilience de la production alimentaire britannique auquel il faut remédier d’urgence.

4. Le pain

Les agriculteurs qui pratiquent les grandes cultures, comme le blé, n’irriguent pas leurs champs mais comptent sur la bonne quantité de pluie au bon moment de l’année. La longue sécheresse estivale de cette année a fait chuter les rendements de blé du Royaume-Uni nettement en dessous des moyennes récentes.

Mais le blé ne représente qu’environ 10 % du coût total d’un pain standard. La hausse des prix est aussi tirée par les prix de l’énergie et d’autres frais généraux répercutés sur les boulangeries, qui doivent alimenter d’énormes moulins pour produire la farine et chauffer des fours pour cuire le pain. Une mauvaise récolte n’est donc qu’un des nombreux facteurs susceptibles de faire grimper le prix du pain dans les mois à venir.

Historiquement, le pain est bon marché à produire. Tout comme la pomme de terre, il est considéré de longue date comme un achat courant et une source d’énergie de base, si bien que même une hausse modeste de son coût pèsera vite sur les consommateurs de tout le Royaume-Uni.

5. L’huile d’olive

Bien que le prix de l’huile d’olive ait baissé après une flambée en 2024, il devrait augmenter dans les mois à venir.

L’olivier est un arbre relativement robuste, mais il dépend tout de même d’un apport suffisant en eau et de températures favorables : 70 % des oliveraies espagnoles ne sont pas irriguées et dépendent de la pluie, par exemple. Or, ces dernières années, on a observé une hausse des sécheresses et des températures extrêmes dans d’importantes régions oléicoles du pourtour méditerranéen, avec, rien que cette année, des incendies qui ont touché des oliveraies en Grèce, en Italie et au Portugal.

Les effets des sécheresses et des incendies sur les rendements des oliviers et sur le prix de l’huile d’olive risquent de placer les consommateurs face à un dilemme nutritionnel. L’huile d’olive est riche en antioxydants (comme les polyphénols) et en graisses bonnes pour la santé (surtout des acides gras mono-insaturés), essentiels pour la santé du cœur et du cerveau. Mais quand les prix augmentent, les consommateurs seront sans doute poussés à choisir une solution de remplacement plus abordable.

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

– ref. Cinq aliments qui pourraient coûter encore plus cher cet hiver au Royaume-Uni et pourquoi – https://theconversation.com/cinq-aliments-qui-pourraient-couter-encore-plus-cher-cet-hiver-au-royaume-uni-et-pourquoi-294523

À l’école maternelle, pourquoi la joie de travailler avec les enfants ne suffit pas à tenir

Source: The Conversation – in French – By Marie-Claire Lemarchand-Chauvin, Maitresse de conférences en linguistique anglaise et didactique des langues, Université de Lorraine


L’ESSENTIEL

  • Les professionnels de la maternelle et de la petite enfance trouvent auprès des enfants une joie réelle.

  • Une recherche montre que celle-ci coexiste avec de la colère, de la culpabilité, de la fatigue et parfois l’envie de démissionner.

  • Cette usure tient surtout aux conditions de travail : la gestion individuelle des émotions ne suffit pas, des réponses collectives sont nécessaires.


Derrière la représentation idyllique des métiers de la maternelle et de la petite enfance, les témoignages révèlent une joie réelle auprès des enfants, mais aussi fatigue, tensions et ajustements quotidiens.

Pour comprendre cette diversité d’émotions et les situations qui les suscitent, nous avons mené trois enquêtes en 2025 et 2026. Nous ont répondu de façon anonyme 89 professeurs des écoles, 33 agents territoriaux spécialisés des écoles maternelles (Atsem) et 59 autres professionnels travaillant auprès des jeunes enfants, notamment dans l’animation, la restauration, l’accompagnement de bus et la petite enfance.

Les participants étaient invités à nommer leurs émotions et à raconter les situations qui les avaient suscitées, chaque soir pendant deux semaines pour les recueils quotidiens, ou à l’échelle d’une semaine pour le questionnaire élargi. Leurs récits permettent de saisir ce qui, dans le quotidien professionnel, procure de la joie ou met à l’épreuve.

Les pourcentages indiqués dans l’article correspondent à la fréquence des émotions dans les réponses recueillies (et non à la proportion d’enseignants concernés : une même personne pouvait répondre plusieurs fois et mentionner plusieurs émotions).

Chez les professeurs des écoles, la joie coexiste avec les émotions négatives

Chez les professeurs des écoles, la joie arrive en tête : elle est mentionnée dans 72 % des réponses. Elle est liée au plaisir de retrouver les élèves, de les voir s’engager, progresser ou réussir. La colère apparaît dans 32 % des réponses. Surprise négative, tristesse, culpabilité, peur, fatigue, lassitude, stress, honte ou découragement composent aussi leur quotidien. Ainsi, si la joie est l’émotion la plus fréquemment citée, les émotions à valence négative restent, prises dans leur ensemble, prédominantes.

Les émotions opposées ne séparent pas des professeurs des écoles heureux de collègues en souffrance : elles peuvent se succéder, voire coexister le même jour. Une enseignante associe ainsi la joie au « sourire et câlin d’un élève ou une réussite après un échec », la colère au moment où « les élèves n’écoutent rien », la honte au fait de « hausser la voix et faire pleurer un élève », et la culpabilité au fait de « ne pas se sentir à la hauteur ou se comparer avec les collègues ».

Cette alternance entre émotions à valence positive et négative, tout en continuant à accompagner les élèves, peut être éprouvante, car ce n’est pas seulement chaque émotion qui pèse, mais aussi les efforts nécessaires pour traverser ces changements au fil de la journée.

Les progrès des élèves restent un point d’appui : une autre enseignante note sa « joie de voir les élèves bien progresser en phonologie ». La satisfaction de les voir apprendre garde toute sa place dans ces journées contrastées.

Une enseignante raconte ainsi la joie de « voir les enfants être heureux de jouer dans la neige », puis la surprise négative de devoir « gérer 34 élèves car collègue absente et non remplacée ».

Les récits évoquent le bruit, la surcharge, les tâches administratives, les imprévus, les absences non remplacées, les tensions, le manque de reconnaissance, la détresse d’enfants et la peur de ne plus bien faire. Comme l’explique une autre enseignante :

« Je suis partagée quotidiennement entre l’envie de continuer à exercer mon métier et l’envie de démissionner, car je ne me retrouve plus dans les conditions de travail qui nous sont imposées. »

Cette ambivalence est corroborée par les résultats du baromètre de la DEPP et des recherches sur la santé des enseignants du premier degré : le sens du métier peut coexister avec un bien-être dégradé.

Les Atsem parcourent les mêmes montagnes russes

Chez les Atsem, tous recueils réunis, la joie arrive en tête, dans 63,5 % des réponses, liée aux enfants, à leurs progrès, aux projets et au sentiment d’être utile. La colère apparaît dans 29 % des réponses. Tristesse, peur, fatigue et culpabilité sont également citées. Cependant les émotions à valence négative sont un peu plus nombreuses que les positives au quotidien.

Une Atsem raconte la réussite d’un garçon de petite section, jusque-là très réservé, lors d’un atelier de tri de formes géométriques : « son visage s’est illuminé et la fierté m’a envahie ». Une autre évoque un spectacle préparé avec l’enseignante : « c’était super beau ». Ces moments donnent un visage concret à la joie de travailler auprès des enfants.

Mais préparer ces moments heureux demande aussi un travail peu visible. L’Atsem qui évoque le spectacle cite dans sa réponse « les cadeaux de la fête des pères et des mères à emballer, les travaux des enfants à classer ». Elle parle d’épuisement en cette fin d’année scolaire : derrière le résultat offert aux enfants et aux familles, il y a les préparatifs qui s’ajoutent au quotidien.

Une journée en école maternelle est faite de montagnes russes émotionnelles.

Les récits montrent aussi ce qui éprouve les professionnelles. Une Atsem résume un épisode par ces quelques mots : « Fatigue, par le bruit. » Une autre cite le « manque de communication avec les enseignants ». Une troisième raconte une colère récurrente devant le « manque de personnel à l’accueil du matin » : les élèves lui apportent des moments de joie, mais ceux-ci ne suffisent pas, explique-t-elle, à compenser sa colère.

Une enquête publiée en 2023 va dans le même sens : 62 % des Atsem interrogées déclarent un effet négatif du travail sur leur santé physique ou psychologique ; près d’une sur deux commence sa journée épuisée. Ces résultats rejoignent aussi les analyses de la pénibilité de leurs activités.

Face à l’idéal d’une professionnelle patiente, rassurante et efficace, les obstacles collectifs peuvent devenir des reproches à soi-même. La culpabilité révèle la violence silencieuse de cet écart. Se sentir coupable ne signifie pas avoir mal fait : on peut tenir à son métier sans avoir les conditions pour l’exercer selon ses valeurs.

Ces tensions ne se limitent pas à la classe. Autour des enseignants et des Atsem, d’autres professionnels participent chaque jour à l’accueil des enfants, avec moins de visibilité.

Animation, cantine, crèche bus : une même ambivalence

Les autres métiers recensés dans l’enquête rassemblent 59 participants. Parmi eux, 27 professionnels de l’animation, 9 de l’accompagnement de bus, 11 de crèche ou petite enfance, 9 de la restauration et 5 de la direction péri ou extrascolaire. Le groupe comprend aussi des fonctions de direction de structure petite enfance, de coordination, d’entretien et d’administration. Certaines fonctions peuvent se cumuler.

Dans ce groupe, la joie apparaît dans 55 % des réponses et la colère dans 40 %. Près de trois réponses sur dix associent joie et émotions négatives.

Un professionnel de l’animation rapporte : « joie en passant un repas avec les enfants. » Dans la même réponse, il raconte : « Lors d’une journée, nous étions en sous-effectif », puis précise que cela ajoute « plus de pression et de travail sur les animateurs présents ». Le plaisir du repas partagé coexiste avec la tension liée à l’organisation. Une accompagnatrice de bus évoque, elle, une « bonne entente avec les enfants, entre rires et plaisanteries. »

Une professionnelle de crèche associe, de son côté, « de la joie et de la reconnaissance suite aux remerciements d’un parent ». Dans cette même réponse, elle évoque du désarroi et de la colère après avoir appris par une tierce personne des décisions à venir concernant le planning.

Une femme tient un bébé dans les bras
En crèche, la tendresse n’efface ni la fatigue ni les tensions du quotidien.
Brian Wangenheim/Unsplash, CC BY

Les épisodes racontés éclairent ce qui éprouve ces professionnels.

Parmi les déclencheurs négatifs analysés, le travail et l’institution sont cités plus souvent que les enfants : relations d’équipe, conditions matérielles, hiérarchie, administration, organisation ou incertitude professionnelle. L’attachement aux enfants coexiste ainsi avec des difficultés liées aux conditions dans lesquelles les adultes les accueillent et les accompagnent.

Un agent de restauration évoque « très peu d’écoute » et un épuisement physique et moral. Une professionnelle de crèche exprime sa colère devant le « manque de matériel nécessaire à notre structure ». Elle raconte également avoir attendu, pendant la canicule, la visite de responsables pour voir comment les équipes faisaient face ; selon son témoignage, personne ne s’est déplacé.

Le collectif soutient, mais il ne peut pas tout absorber

Dans le recueil quotidien initial auprès des professeurs des écoles et des ATSEM, les participants partagent surtout leurs émotions avec leurs collègues. Les épisodes négatifs le sont davantage que les positifs (68 % contre 54 %). Parler peut réconforter, rompre l’isolement et ainsi atténuer le poids émotionnel de certaines situations, sans que cela ait de valeur thérapeutique.

Une Atsem décrit ce que l’appui des collègues et des enseignantes change au quotidien : « Quand j’ai des soucis avec des enfants, elles m’aident à gérer la situation », puis « je ne suis pas toute seule ». Le collectif offre ici une aide concrète, au-delà du seul fait de parler de ses émotions.

Une agente de restauration emploie une formule simple pour dire cette solidarité : « On se sert les coudes. » L’entraide aide à tenir, sans faire disparaître l’épuisement qu’elle décrit par ailleurs.

Mais partager ne supprime pas la cause. Un collectif ne peut compenser indéfiniment manque de personnel, locaux inadaptés, incertitude, consignes contradictoires ou organisation défaillante. Répondre par une formation à la « gestion des émotions » serait insuffisant – voire injuste – si les situations ne changent pas.

Reconnaître le travail invisible pour agir sur ses conditions

Écouter ces personnels ne revient pas à sonder leur fragilité, mais à comprendre ce que l’environnement leur permet – ou les empêche – de faire. Les enfants donnent du sens à leur métier ; ce sont les conditions d’exercice qui produisent une large part de la souffrance. Ces professionnels ne sont pas trop fragiles : ils absorbent les tensions pour que les enfants continuent à être accueillis, accompagnés, instruits et protégés.

Reconnaître ce travail émotionnel invisible suppose donc d’agir sur ces conditions : des personnels en nombre suffisant, des remplacements assurés, du temps pour travailler ensemble, une hiérarchie présente et une véritable reconnaissance professionnelle. La réponse ne peut se limiter à apprendre à chacun de mieux gérer ses émotions. La qualité de l’accueil et des apprentissages est indissociable des conditions de travail des adultes. C’est aussi ce lien entre le bien-être des enfants et celui des enseignants que défend l’Association générale des enseignants des écoles et classes maternelles publiques (Ageem).

Moins éprouvés et davantage soutenus, ces personnels sont aussi plus disponibles pour les enfants. Améliorer leurs conditions de travail, c’est donc contribuer au bien-être des enfants : nous avons tous à y gagner.

The Conversation

Marie-Claire Lemarchand-Chauvin ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

– ref. À l’école maternelle, pourquoi la joie de travailler avec les enfants ne suffit pas à tenir – https://theconversation.com/a-lecole-maternelle-pourquoi-la-joie-de-travailler-avec-les-enfants-ne-suffit-pas-a-tenir-293060

De Rome à nos jours, les guerres de la bière ont créé et défait les empires

Source: The Conversation – in French – By Jean-Guillaume Ditter, Professeur associé, Burgundy School of Business

La bière consommée dans cette *Scène de taverne* (David Teniers, 1658) des Pays-Bas n’est pas une boisson comme une autre. C’est un breuvage géopolitique qui opposa notamment protestants et catholiques. Wikimédia

L’ESSENTIEL

  • La boisson la plus consommée au monde après l’eau et le thé suscite les appétits des grandes puissances mondiales.

  • Au cours des siècles, la bière opposa Romains et Germains, protestants et catholiques, Anglais et Français ou Américains et Tchèques.

  • Même pour la bière, la loi reste du côté des plus forts… et des vainqueurs.


Comme nous l’avons montré dans un article précédent, la filière brassicole subit de plein fouet les tensions géoéconomiques. Résultat : les principaux acteurs s’y adaptent en développant de nouvelles stratégies.

Avec plus de 190 milliards de litres par an, la bière est la boisson alcoolisée la plus produite et consommée au monde en 2024. La Chine est le premier pays producteur et consommateur ; les Tchèques les plus grands consommateurs par habitant. Blonde, brune ou ambrée, pils, stout ou IPA, cette boisson du quotidien ne nécessite ni minerais rares ni technologies sophistiquées. Quoi de plus banal et de moins stratégique ?

C’est bien cette banalité qui en fait un enjeu de pouvoir : la bière est un produit de consommation de masse profondément ancré dans la vie sociale et le quotidien des populations du monde entier. Le fameux logo à la harpe de Guinness n’est-il pas inspiré de l’un des symboles nationaux de l’Irlande ? La culture de la bière en Belgique n’est-elle pas inscrite au patrimoine immatériel de l’Unesco depuis 2016 ?

Cette situation n’est pas nouvelle. Depuis l’Antiquité, les conflits autour de la bière sont légion. Faisons un retour historique sur les « guerres de la bière ».

De l’Empire romain à l’Empire carolingien

La bière est connue, mais peu appréciée des Romains, comme des Grecs avant eux. Elle souffre d’une comparaison constante avec le vin, considéré comme la boisson par excellence des civilisations méditerranéennes. L’historien Tacite la présente comme un « breuvage qui ne fait qu’imparfaitement imiter le vin » (en latin, Potui humor ex hordeo aut frumento, in quandam similitudinem vini corruptus). L’empereur Julien l’Apostat oppose la bière qui « sent le bouc » au vin qui « sent le nectar » (la boisson des dieux de l’Olympe, selon les Grecs anciens, ndlr).

Charlemagne, entouré de ses principaux officiers, reçoit le théologien Alcuin qui lui présente des manuscrits réalisés par ses moines.
Wikimédia

C’est donc au sein des tribus germaniques installées aux marges de l’Empire romain qu’elle se développe jusqu’au Vᵉ siècle. La désintégration de l’empire ainsi que de ses routes commerciales privent de vin les populations du nord de l’Europe.

Sous l’impulsion de l’empereur Charlemagne, les monastères jouent à partir du IXᵉ siècle un rôle crucial dans l’amélioration des techniques de brassage. Le lien entre la bière et l’autorité spirituelle se renforce, comme en témoigne la tenue d’un concile à Aix-la-Chapelle en 817, qui réglemente la production et la consommation de bière par l’Église. En 802, Charlemagne ordonne même la présence d’une brasserie dans chaque abbaye de son empire.

La composition de la bière est variable. L’orge et le blé sont utilisés indifféremment, entrant parfois en concurrence avec la production de pain en période de pénurie alimentaire. Elle est aromatisée par des additifs variés et souvent douteux – cendre, suie, résines –, ainsi qu’un mélange d’herbes et épices aux origines païennes appelé gruit. Cette dernière est progressivement remplacée par le houblon, ce dernier assurant une meilleure conservation du produit.

Catholiques contre protestants

En 768, une mention de la culture du houblon est évoquée via une donation par Pépin le Bref, père de Charlemagne, d’une houblonnière à l’abbaye de Saint-Denis. Cependant, cette culture va mettre plusieurs centaines d’années pour s’imposer face au gruit. La ville hanséatique de Hambourg exporte ses bières houblonnées dans toute l’Europe du Nord dès le XIIIᵉ siècle, mais il faut attendre le XVIᵉ siècle pour que l’Angleterre l’adopte définitivement.




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L’une des raisons tient à la rentabilité du gruit. Dans de nombreuses régions, son commerce relève d’un monopole concédé par les autorités politiques ou religieuses. Princes, évêques, monastères et villes en tirent des revenus substantiels, que l’usage du houblon, non taxé, menace directement. Cette rivalité économique se double progressivement d’un conflit religieux. Aux côtés de brasseurs, de marchands et de princes désireux de briser le monopole ecclésiastique, les réformateurs protestants cherchent à affaiblir les privilèges matériels de l’Église en contestant cette coutume.

Loi bavaroise sur la pureté de la bière

Un décret, signé le 23 avril 1516 par le duc Guillaume IV, seigneur catholique opposé à la Réforme, contribue à stabiliser la composition de la bière et à imposer le houblon. Cette loi bavaroise sur la pureté de la bière, ou Reinheitsgebot, en restreint les ingrédients à l’orge, au houblon, et à l’eau – l’action des levures étant alors inconnue. Le blé est réservé à la boulangerie ; les additifs sont interdits afin de protéger la santé des consommateurs.

Représentation d’un brasseur du début du XVIᵉ siècle à Nuremberg, en Allemagne.
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Ce décret, adopté en Bavière avec de nombreuses exceptions, va être par la suite étendu au reste de l’Allemagne en 1906, un quart de siècle après son unification.

Les brasseurs bavarois réactivent dans les années 1950 la loi sur la pureté de la bière par le biais de la « Loi sur la fiscalité de la bière » (Biersteuergesetz), officiellement au nom de la protection des consommateurs. Une nouvelle « guerre de la bière » s’ensuit dans les années 1970, qui oppose l’Allemagne aux autres pays de la Communauté économique européenne (CEE). Elle prend fin à la fin des années 1980 lorsque la Cour de justice européenne juge que cette loi constitue une barrière commerciale protégeant les brasseurs allemands de la concurrence européenne.

L’Allemagne doit dès lors autoriser la vente sur son territoire de bières étrangères contenant des additifs, tout en continuant, en théorie, à appliquer la loi à sa propre production. Le Reinheisgebot devient dès lors un label de qualité promouvant la tradition brassicole bavaroise et, par extension, allemande, au service du soft power du pays.

Au service de l’Empire britannique

Traversons la Manche. L’économiste et historien John Nye a démontré le rôle central joué par la bière dans la puissance britannique. Les conflits franco-britanniques du XVIIᵉ siècle au XIXᵉ siècle conduisent Londres à imposer des droits de douane élevés sur les vins français. Le but ? Soutenir la consommation d’alcools de substitution et priver la France de ses recettes d’exportation. Le traité de Methuen de 1703, qui aurait inspiré sa théorie des avantages comparatifs à David Ricardo, accorde ainsi aux vins portugais un avantage tarifaire durable sur les vins français.

Beer Street, estampe, William Hogarth, 1751.

Les consommateurs britanniques se tournent dès lors vers les vins portugais et les alcools locaux, dont la bière. Les autorités britanniques, parmi lesquelles figurent les Beer Barons, des représentants du secteur ayant accédé au pouvoir, vont encourager implicitement un oligopole autour de brasseries londoniennes comme Bass, Barclays, Allsopp, ou Whitbread. La raison : les recettes fiscales sont plus faciles à collecter auprès de quelques grands industriels que de milliers de petits brasseurs artisanaux.

Les calculs de John Nye montrent que les droits d’accise – impôts indirects – sur la bière et le malt, représentent respectivement 12,3 % et 11,5 % des recettes de l’État à la fin du XVIIIᵉ siècle, loin devant les droits de douane sur le sel (6,3 %) ou le vin (4,6 %). Supportées par les classes populaires, ces taxes vont financer l’expansion de la Royal Navy et par voie de conséquence de l’Empire britannique à partir du XIXᵉ siècle.

L’Empire et la bière avancent alors main dans la main. Brassée avec davantage de houblon et un degré d’alcool élevé pour résister au long voyage vers l’Inde, l’India pale ale (IPA) est la première « bière globale » et un symbole de la puissance coloniale britannique, tandis que l’irlandais Guinness connaît un succès durable en Afrique.

Budweiser Bier contre Budweiser Budvar

Plus récemment, le litige sur la propriété de la marque Budweiser reflète les tensions entre nationalisme économique et mondialisation de l’industrie brassicole.

Dès 1860, deux brasseurs d’origine allemande, Eberhard Anheuser et Adolphus Busch produisent à Minneapolis une bière inspirée de la tradition de Budweis – une ville située actuellement en République tchèque. En 1876, dans cette même ville de Budweis, alors austro-hongroise, la Burgerlische Brauhaus Budweis (BBB), détenue par un collectif de propriétaires germanophones, dépose la marque Budweiser Bier. Elle est concurrencée à partir de 1895 par la brasserie Budějovický Budvar, dont les propriétaires, de langue tchèque, commercialisent la Budweiser Budvar.

Camion d’Anheuser-Busch aux États-Unis, en 1911.
Wikimédia

Après la Seconde Guerre mondiale, Burgerlische Brauhaus Budweis et Budějovický Budvar deviennent propriété d’État. Lorsque la Tchécoslovaquie s’ouvre à l’économie de marché en 1990, Budějovický Budvar reste aux mains de l’État afin d’empêcher Anheuser-Busch de l’acquérir et s’approprier la marque. La Burgerlische Brauhaus Budweis est quant à elle acquise en 2011 par le belgo-brésilien AB-Inbev, propriétaire d’Anheuser-Busch depuis 2008. Sans surprise, la marque Budweiser Bier disparaît pour être remplacée par Samson.

Les deux concurrents vont dès lors chercher à faire établir leurs droits respectifs à travers le monde dans une centaine de procès, allant jusqu’à un jugement de l’Organe de règlement des différends (ORD) de l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Ce dernier oppose les États-Unis à l’Union européenne sur la protection des indications géographiques. Anheuser‑Busch obtient finalement l’usage exclusif du nom Budweiser en Amérique du Nord, où son concurrent doit se faire appeler Czechvar ; Budweiser Budvar conserve sa marque dans la plus grande partie de l’Europe, forçant l’Américain à utiliser le nom de Bud.

Ces exemples nous montrent comment la bière peut être au cœur de tensions économiques, politiques, culturelles, sociales et religieuses. Dans un monde de plus en plus conflictuel, où les ressources se raréfient, l’industrie mondiale de la bière devra encore longtemps tenir compte des intérêts étatiques et nationaux… quand elle ne les instrumentalise pas à son profit !

The Conversation

Jean-Guillaume Ditter ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

– ref. De Rome à nos jours, les guerres de la bière ont créé et défait les empires – https://theconversation.com/de-rome-a-nos-jours-les-guerres-de-la-biere-ont-cree-et-defait-les-empires-277761

« Clayface » : comment le cinéma transforme ses méchants en antihéros

Source: The Conversation – in French – By Frédéric Aubrun, Enseignant-chercheur en Marketing digital & Communication au BBA INSEEC – École de Commerce Européenne, INSEEC Grande École


L’ESSENTIEL

  • Le film d’horreur Clayface est centré sur le personnage de Gueule d’argile (Clayface en version originale), un des superméchants de Batman, créé par Bob Kane en 1940 pour les éditions DC Comics.

  • Avec le Joker, Le Penguin ou Clayface, les villains ne sont plus considérés comme de simples opposants à Batman, mais des antihéros d’un nouveau genre à part entière.

  • Ces figures portent la voix de ceux que le récit héroïque laisse à la marge.


Il n’a ni cape ni masque, et Batman ne viendra pas le sauver. Matt Hagen est un gamin des rues de Gotham devenu star d’Hollywood jusqu’au jour où un caïd local le laisse horriblement défiguré. Pour retrouver son visage, il accepte un traitement expérimental. Son corps se change en argile, et il devient Clayface (Gueule d’argile, en français).

Clayface, bande-annonce officielle (VF), avec Tom Rhys Harries, Naomi Ackie, Max Minghella.

Sorti le 21 octobre en France, le film de James Watkins a pris la tête du box-office mondial pour sa première semaine. Les spectateurs états-uniens lui ont décerné un A au CinemaScore, le sondage réalisé à la sortie des salles le soir de la première, une note rarissime pour un film d’horreur.

Le pari n’avait pourtant rien d’évident. Sur Threads, un internaute demandait même qui avait bien pu réclamer un film sur Clayface ; James Gunn, coprésident de DC Studios, lui a répondu que personne n’avait non plus réclamé Matrix avant sa sortie.

Ce succès confirme une tendance de fond. Après l’adaptation cinématographique du Joker par Todd Phillips (2019 et sa suite en 2024) et la série The Penguin (HBO, 2024), les méchants ne sont plus considérés comme de simples opposants à Batman, mais sont devenus des antihéros à part entière. Une série consacrée à Poison Ivy et un film réunissant Bane et Deathstroke sont également en cours de production.

Pourquoi ce basculement ? Notre hypothèse est simple : le méchant devient antihéros lorsqu’il porte la voix de ceux que le récit héroïque laisse à la marge. Marge sociale d’abord, avec les déclassés que sont le Joker ou le Pingouin dans la ville fictive de Gotham. Marge corporelle ensuite, avec ceux que leur apparence exclut. Clayface, gamin des rues de Gotham au visage détruit, cumule les deux.

Gotham, ou la revanche des seconds rôles

Le mouvement ne date pas d’hier. En 2015, la série Gotham sous-titrait déjà sa deuxième saison « Rise of the Villains » (en français, l’ascension ou la révolte des méchants) et consacrait ses épisodes à l’ascension des ennemis de Batman. Le superhéros n’était plus le sujet du récit ; ses ennemis prenaient sa place. Nous avions analysé ce glissement dans nos travaux sur le récit super-héroïque.

Gotham, saison 2, bande-annonce officielle, « The Rise of the Villains », 2015.

La logique est aussi industrielle. Les univers partagés des studios ont besoin d’histoires, toujours plus d’histoires. Or, la vie d’un méchant secondaire est une page presque blanche : son passé, ses blessures, ses désirs n’ont jamais été racontés. C’est ce terrain que Netlfix exploite notamment avec la série Monsters, et que Clayface investit à son tour.




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« Why so serious ? » Le méchant, porte-voix des marginaux

Mais l’industrie n’explique pas tout. Si ces méchants nous touchent, c’est qu’ils viennent de loin. Cette idée n’est pas nouvelle, elle a pétri le cinéma américain des années 1970 avec des personnages à la marge qui tentent de trouver une place dans un monde qui refuse de leur céder un espace pour exister.

Ce sont Bonnie and Clyde (1967) ou les motards d’Easy Rider (1969), voire la famille de Leatherface dans Massacre à la tronçonneuse (1974). Ainsi Clayface prolonge le Nouvel Hollywood des années 1970, qui faisait des marginaux et des hors-la-loi les héros d’une Amérique en crise.

Joker, de Todd Phillips (2019), assume ouvertement cet héritage. Le réalisateur a reconnu s’être inspiré de Taxi Driver (1976) et de la Valse des pantins (1982) de Martin Scorsese, jusqu’à offrir à Robert De Niro, leur interprète, le rôle de l’animateur qu’Arthur Fleck finit par abattre dans Joker. Cet antihéros peut alors être analysé comme le produit d’une crise économique et identitaire.




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Joker, bande-annonce avec Joaquin Phoenix.

Ces méchants sont aussi les héritiers de la révolution HBO des années 2000. Avec les Soprano (1999-2007), The Wire (2002-2008) ou Deadwood (2004-2006), la chaîne a imposé des protagonistes moralement compromis, que le journaliste Brett Martin appelle les « hommes difficiles ».

Derrière cette figure de style se dessine une étude minutieuse de l’antihéros à travers la forme sérielle, délaissée par le cinéma des années 1990. Tony Soprano, Al Swearengen et Stringer Bell pénètrent les foyers états-uniens comme autant de miroirs d’un rêve américain déformé, dans lequel l’antagoniste traverse une crise existentielle.

Mutation morale

Il faut rappeler que le succès de ces personnages est concomitant d’un contexte sociétal particulier. Le 11 septembre 2001 constitue, de ce point de vue, un point de rupture qui contribue à politiser les représentations cinématographiques des années 2000.

Le personnage de Walter White dans Breaking Bad (2008-2013) incarne le paroxysme de cette période : la série choisit un « Monsieur Tout-le-Monde » pour mettre en scène une mutation morale et psychologique qui le transforme progressivement en Heisenberg.

D’une certaine manière, le mal est réintroduit dans l’ordinaire, dans le commun. Confronté à des circonstances particulières, sur fond de crise de confiance envers la société, l’individu qui incarnait jusque-là les valeurs et les garanties de l’ordre social peut alors basculer dans la transgression. La figure du professeur dans Breaking Bad en constitue une illustration particulièrement éloquente.

Le contexte actuel, marqué par un climat anxiogène entre conflits armés, montée des figures autoritaires, luttes sociales et réchauffement climatique, ouvre à nouveau la voie à ce jeu de miroirs, dont les antagonistes de Batman constituent un terrain d’analyse particulièrement pertinent. C’est la raison pour laquelle les auteurs eux-mêmes revendiquent cette affiliation.

La série The Penguin (HBO, 2024), récompensée par neuf Emmy Awards, en est l’héritière directe : Oz Cobb gravit les marches de la pègre de Gotham comme Tony Sporano dirigeait son clan.

The Penguin | Teaser officiel (VOST).

Ce que ces récits ont en commun, c’est une perte de foi dans le grand récit héroïque, celui d’un ordre juste défendu par un justicier exemplaire. Le philosophe Jean-François Lyotard voyait dans « l’incrédulité à l’égard des métarécits » la marque de la postmodernité.

Quand le héros ne fait plus rêver, le regard se tourne alors vers ceux qu’il combattait : un malade abandonné par les services sociaux (Arthur Fleck), un enfant pauvre des bas quartiers (Oz Cobb) ou encore les détenus de la Suicide Squad (2021), envoyés en mission comme chair à canon. Des méchants de comics transposés sur nos écrans en véritables figures de la marge.




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De Frankenstein à Clayface : le corps du rejet

Clayface pousse cette logique encore plus loin : chez lui, la marge est inscrite dans la chair. Le personnage descend directement des monstres de cinéma.

Le premier Clayface, Basil Karlo, apparu dans Detective Comics en 1940, était un acteur de films d’horreur. Son créateur, Bob Kane, a expliqué s’être inspiré du Fantôme de l’Opéra (1925), de Lon Chaney, et avoir formé son nom à partir de ceux de Boris Karloff, la créature de Frankenstein de 1931, et de Basil Rathbone.

Mais c’est à la télévision que Clayface est devenue une figure tragique. En 1992, Batman, la série animée, qui a marqué toute une génération (la nôtre comprise), lui consacre un double épisode intitulé « Feat of Clay ». Dans les comics, Matt Hagen n’était qu’un chasseur de trésors transformé par une mare de protoplasme radioactif. La série animée en fait un acteur défiguré, dépendant d’une crème miracle qui lui rend son visage, et dont la déchéance ressemble à celle d’un toxicomane. Le monstre devient une victime, et le public peut ressentir de l’empathie pour lui.

C’est ce Clayface qui a inspiré le film. Mike Flanagan, auteur du scénario, a confié que ce double épisode l’avait « mis KO ». Tom Rhys Harries, qui interprète Clayface, dit avoir découvert le personnage enfant, dans le dessin animé. Le film ne copie pas pour autant son modèle : pour l’apparence finale du monstre, James Watkins explique avoir passé en revue les comics « Feat of Clay » et « Creature Commandos », avant de trancher en toute liberté.

« Body-horror », le monstre en nous

Le genre du body-horror apporte une dimension dramatique à la trajectoire du personnage, tout en faisant de la mutation physique le prolongement de sa dégradation morale et mentale. De The Thing (Carpenter, 1982) à The Substance (Fargeat, 2024), en passant par la Mouche (Cronenberg, 1986), Clayface s’inscrit dans la tradition du corps politique, telle que la défend David Cronenberg :

« Je montre l’inimaginable, je rends visible l’invisible. Le corps est le premier texte du film. »

James Watkins fait de Matt Hagen un palimpseste de Frankestein : une créature prométhéenne qui échappe à son créateur et interroge l’éternelle question de la monstruosité.

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

– ref. « Clayface » : comment le cinéma transforme ses méchants en antihéros – https://theconversation.com/clayface-comment-le-cinema-transforme-ses-mechants-en-antiheros-294745

¿Qué significan las elecciones de medio mandato para América Latina?

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Bruno Macciotta Pulisci, Profesor Ayudante Doctor, Grado en Relaciones Internacionales, Universidad Pontificia de Salamanca

El pasado 25 de octubre, los brasileños decidieron renovar su confianza en Lula da Silva, que remontó en la segunda vuelta y frenó la ola conservadora que Washington había alentado en la región. Fue un resultado seguido con atención en la Casa Blanca.

El próximo martes, la mirada se invertirá y serán los estadounidenses quienes decidan si renuevan o retiran la suya a quienes hoy gobiernan, en unos comicios cuyo desenlace también se observará con interés desde América Latina.

En una democracia, las elecciones son un mecanismo de rendición de cuentas mediante el cual la ciudadanía premia o castiga a quienes están en el poder, renovándoles la confianza con su voto o retirándosela con el voto en contra o a favor del contrario.

Esto es particularmente visible en las elecciones legislativas de mitad de mandato (midterms) en Estados Unidos, en las que los actos del presidente tienen una fuerte influencia sobre los resultados que obtenga su partido. En estas elecciones, los republicanos se enfrentan a las consecuencias de las acciones del presidente Trump durante los dos primeros años de mandato y, por supuesto, la política exterior es parte del conjunto de esas acciones sometidas a escrutinio.

Cabe preguntarse, entonces, qué se puede esperar de estas midterms en política exterior y, particularmente, qué significan para Latinoamérica. Aunque la política exterior no cambie necesariamente con la reconfiguración de las fuerzas en el Congreso, lo que sí cambia es el coste de esta política en términos políticos.

Lo primero y muy importante es echar un ojo a las proyecciones. Todo parece indicar que la composición de las cámaras cambiará y los demócratas ganarán el control, al menos, de la Cámara de Representantes –si no también del Senado–. En esto hay que resaltar el giro en la intención de voto de la población latina.

Las encuestas y el voto hispano

Mientras en 2024, Trump obtuvo el 48 % del voto hispano, las encuestas de estos momentos muestran un apoyo que apenas llega al 35 % contra un 59 % decidido a votar por el Partido Demócrata. Esto está vinculado, sobre todo, a la situación económica, a las políticas migratorias y, en algunas comunidades, al manejo de la situación en Venezuela.

Ahora bien, este cambio en la composición del poder en Estados Unidos no implica un giro en la política exterior. Por más que pueda haber una ilusión de cambio, esto es muy difícil por dos cuestiones. En primer lugar, la política exterior estadounidense es sumamente estable y, si bien tendemos a concentrarnos en lo que cambia de gobierno a gobierno, esto no son más que cambios pequeños, mientras lo esencial de la política exterior se mantiene.

En segundo lugar, el control legislativo, en la práctica, es muy limitado y la mayoría de las decisiones en materia de política exterior no requieren pasar por el Congreso. De hecho, la mayoría de los presidentes ha eludido el control legislativo cuando de acción exterior se trata. Por lo tanto, lo que traerá el cambio en la composición del poder no será un nuevo rumbo, sino mayor desacuerdo entre el legislativo y el ejecutivo y, con ello, mayor confrontación.

Que la dirección no cambie, sin embargo, no significa que todo siga igual. La política exterior de Trump hacia la región llega a los votantes hispanos en forma de deportaciones, fin de protecciones migratorias y aranceles, y ese malestar se concentra en distritos competidos de Florida o Texas.

Un Congreso demócrata podría convertirlo en presión sobre el Ejecutivo mediante la fiscalización, el control del presupuesto migratorio y el comercio, ya que tras el fallo del Supremo sobre los aranceles el presidente depende más del aval del Congreso. Así, sin poder dictar el rumbo, el Congreso sí puede encarecer cada paso del camino.

Este cambio, en definitiva, significará una dificultad en la realización de la política interna del ejecutivo. Por ello, pese a lo que se podría creer, lo usual es que, ante estas dificultades en el plano interno, el ejecutivo se concentre más en la política exterior, que puede manejar sin demasiados obstáculos.

Esto último significa mucho para América Latina, en la que Trump ha puesto la vista desde el inicio de su mandato con su “Corolario Trump”, también conocido como “doctrina Donroe”.

Más “énfasis” en América Latina

La región ocupa un lugar prioritario en la estrategia de seguridad nacional de la Administración. Además, frente a una guerra en Irán cada vez más impopular, el hemisferio ofrece un terreno donde actuar con menor coste aparente.

No sería extraño, por tanto, un mayor activismo hemisférico justificado por la lucha contra el narcotráfico y el control migratorio, con Venezuela como precedente.

Paradójicamente, una derrota en las urnas podría traducirse en más presión sobre la región, no en menos.

Para los gobiernos latinoamericanos, esto supone un escenario incómodo, el de un presidente con menos margen en casa, pero más incentivos para actuar en la región. Ante esta situación, lo más probable es que pocos apuesten por un alineamiento pleno con Washington o por una ruptura abierta.

Lo racional será la cobertura, es decir, acercarse lo justo a Estados Unidos sin cerrar la puerta a China. De hecho, la propia presión estadounidense puede estar dando a la región más motivos para mantener cerca a Pekín.

Por eso, si el domingo Washington miraba hacia Brasil, el martes será América Latina la que mire hacia Washington. No tanto para saber qué rumbo tomará, sino cuánto le costará mantenerlo hasta 2028.

The Conversation

Bruno Macciotta Pulisci no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

– ref. ¿Qué significan las elecciones de medio mandato para América Latina? – https://theconversation.com/que-significan-las-elecciones-de-medio-mandato-para-america-latina-295284

Elecciones de medio mandato: cómo intenta Trump conservar el Congreso y qué pasará si lo pierde

Source: The Conversation – (in Spanish) – By David Alvarado, Associate professor, Universidade de Vigo

Cámara de Representantes de Estados Unidos. Rawpixel.com/Shutterstock

En una convención republicana celebrada en Dallas el pasado 9 de septiembre, Donald Trump prometió 5 000 dólares a cada ciudadano adulto si su partido mantenía el control del Congreso en las elecciones de medio mandato. La Casa Blanca difundió la oferta al día siguiente por sus canales oficiales. Para efectuar el pago, el Congreso tendría que aprobar por ley los fondos necesarios. La promesa del jefe de Estado condiciona una ayuda pública a la victoria republicana, aunque por sí sola no acredite un delito de compra de votos.

El 3 de noviembre se renueva toda la Cámara de Representantes y parte del Senado. Trump intenta conservar la mayoría republicana en ambas cámaras para seguir validando sus iniciativas. Si los demócratas ganan una de ellas, podrán bloquear leyes e investigar al Gobierno, aunque no revocar por sí solos las políticas ya vigentes. Pero la disputa por ese control explica el interés presidencial en modificar ciertas disposiciones electorales.

La mayoría republicana de Texas aprobó en 2025 un nuevo mapa para la Cámara baja después de que Trump pidiese distritos más favorables a su partido. Quien diseña las circunscripciones puede dispersar a los votantes opositores o concentrarlos en pocos distritos para reducir sus escaños. Este tipo de manipulación se denomina gerrymandering, por Elbridge Gerry, gobernador de Massachusetts que aprobó en 1812 un mapa que incluía un distrito con forma de salamandra. El Senado queda fuera, porque sus miembros representan al Estado entero.

Los tribunales y las reglas electorales

Un tribunal federal de tres magistrados bloqueó el rediseño texano el 18 de noviembre de 2025, al considerar que la raza había pesado de forma predominante en su configuración. El Supremo suspendió esa resolución el 4 de diciembre mediante una decisión provisional que cuestionó el razonamiento del tribunal inferior. Esa suspensión permite utilizar el mapa en estas elecciones, pero no resuelve definitivamente su legalidad.

En abril de 2026, en la sentencia Louisiana contra Callais, el Alto Tribunal reinterpretó además la sección 2 de la Voting Rights Act, la ley de 1965 que protege a las minorías contra la dilución de su voto. Esta protección permite impugnar distritos que reducen sus posibilidades de elegir representantes. Con la nueva interpretación, resulta más difícil demostrar ante un juez que el dibujo de los distritos perjudica a una comunidad por su origen racial y no por el partido al que vota. Esto estrecha una vía para impugnar mapas discriminatorios.

Trump también intentó endurecer las condiciones de acceso al voto. El formulario federal permite solicitar la inscripción electoral en casi todo el país. Una orden ejecutiva de marzo de 2025 exigía presentar pasaporte u otro documento de ciudadanía para utilizarlo, pero los tribunales bloquearon esa exigencia.

En enero de 2026, el tribunal federal de la capital recordó los límites del poder presidencial. Las reglas de las elecciones federales corresponden a los estados y al Congreso, por lo que el presidente no puede modificar unilateralmente esos requisitos de inscripción mediante una orden ejecutiva.

En marzo de 2026, otra orden de Trump dispuso que el servicio postal aprobase normas para impedir el envío de papeletas de quienes no figurasen en nuevas listas de votantes elaboradas por la agencia. Esta publicó las normas para aplicarla, pero en septiembre un juzgado de Massachusetts las bloqueó.

Esta vez el Supremo mantuvo el bloqueo. El Departamento de Justicia también reclamó listados estatales de electores con datos personales. El balance judicial publicado el 20 de octubre recoge asimismo el rechazo judicial a esas demandas de información, aunque algunas resoluciones siguen recurridas.

Qué cambia una mayoría demócrata

El cambio más inmediato se encontraría en las comisiones, que son los órganos que supervisan cada área del Gobierno. Quien tiene la mayoría decide qué se investiga y en qué orden, reclama documentos y cita a declarar a altos cargos. Una investigación parlamentaria no es un proceso penal ni puede imponer condenas, pero permite exigir explicaciones públicas a los responsables y deja constancia documental de sus decisiones. Estos instrumentos de control parlamentario permitirían a los demócratas examinar actuaciones que la mayoría republicana no hubiese querido investigar.

Un estudio sobre las investigaciones del Congreso entre 1947 y 2004 concluyó que estas eran más numerosas e intensas cuando la presidencia y la mayoría parlamentaria pertenecían a partidos distintos, aunque el efecto variaba según el contexto político. Indagar más no garantiza, sin embargo, obtener toda la información solicitada. El Ejecutivo puede negarse a entregar documentos o a facilitar testimonios. La Cámara puede acudir a los tribunales para exigir el cumplimiento de sus citaciones, pero esos litigios pueden retrasar las pesquisas y limitar sus resultados durante la legislatura.

Además, el Senado interviene en los nombramientos de miembros del Gabinete, embajadores y jueces federales propuestos por el presidente, que necesitan su confirmación. Con mayoría demócrata, podría frenar esas designaciones, aunque no retirar las ya confirmadas. Ganar únicamente la Cámara de Representantes permitiría a los demócratas investigar y bloquear proyectos legislativos, pero no rechazar esos nombramientos. Si también conquistasen el Senado, podrían impedir la confirmación de nuevos candidatos de Trump. Ese poder afectaría a las vacantes que surgiesen, sin capacidad para anular las designaciones precedentes.

Los límites del veto y del presupuesto

Hakeem Jeffries, líder demócrata en la Cámara de Representantes, ya tiene preparada la agenda de su grupo si recupera la mayoría. Sus prioridades sanitarias incluyen recuperar las ayudas reforzadas para contratar seguros médicos de la reforma de Obama y revertir los recortes en Medicaid, el programa público de salud para personas con menos ingresos. Para convertirlas en ley necesitaría también la aprobación del Senado y la firma presidencial. Si Trump las vetase, harían falta dos tercios de los votos en cada cámara para superar su rechazo.

Incluso con mayoría en ambas cámaras, los demócratas encontrarían otro obstáculo en el Senado. La minoría puede prolongar el debate para impedir que un proyecto llegue a votarse. Para cerrar el debate suelen necesitarse 60 votos, aunque después baste una mayoría simple para aprobarlo. Los nombramientos no están sujetos a ese umbral, ni tampoco la reconciliación presupuestaria.

Los fondos ya aprobados imponen otro límite. El gran paquete fiscal de Trump, tramitado mediante reconciliación y firmado el 4 de julio de 2025, concedió al ICE, la policía migratoria federal, 29 850 millones de dólares adicionales, disponibles hasta septiembre de 2029 para contratar personal y otras actividades. Es solo una parte de la financiación de la agencia. La Cámara podría bloquear nuevos fondos, pero no retirar por sí sola los ya concedidos.

La izquierda socialista y los acuerdos demócratas

En Texas, el diputado estatal James Talarico disputa al fiscal general republicano Ken Paxton un escaño en el Senado. Una encuesta de la Universidad de Houston los situaba en empate técnico, con un 48 % y un 46 % de intención de voto, respectivamente. Talarico combina la crítica al poder económico con su fe cristiana y no pertenece a la izquierda socialista. En Kansas, otra contienda enfrenta al demócrata Adam Hamilton, pastor metodista, con el senador republicano Roger Marshall. Tradicionalmente conservadores, ambos estados ofrecen oportunidades para arrebatar escaños a los republicanos.

Dentro del Partido Demócrata, la izquierda socialista ha crecido alrededor del senador independiente Bernie Sanders y de la congresista Alexandria Ocasio-Cortez. La elección de Zohran Mamdani como alcalde de Nueva York en 2025 dio proyección a un programa de alquileres regulados congelados, autobuses gratuitos y escuelas infantiles de acceso universal. En Denver, Melat Kiros derrotó en las primarias a Diana DeGette, congresista desde 1997. Apoyada por los Socialistas Democráticos de América, Kiros aspira a representar un distrito de fuerte mayoría demócrata.

En Míchigan, el médico musulmán Abdul El-Sayed ganó la candidatura demócrata al Senado con el apoyo de Sanders, aunque rechaza definirse como socialista. Los estudios sobre las primarias demócratas de 2026 sitúan la sanidad y la ayuda militar a Israel entre los asuntos que podrían dividir al futuro grupo parlamentario.

La cita del 3 de noviembre determinará la composición del Congreso que tomará posesión en enero. Hasta entonces seguirá decidiendo el saliente, incluido el siguiente acuerdo presupuestario, ya que el Gobierno tiene financiación hasta el 11 de diciembre de 2026. Si los demócratas ganan solo la Cámara de Representantes, podrán investigar al Gobierno y bloquear proyectos de ley. Si también ganan el Senado, podrán además rechazar nombramientos de Trump. Para cambiar las leyes necesitarán la firma del presidente o reunir dos tercios de los votos en ambas cámaras. Trump conservaría la presidencia y el veto, pero para aprobar nuevas leyes necesitaría negociar con la mayoría demócrata.

The Conversation

David Alvarado no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

– ref. Elecciones de medio mandato: cómo intenta Trump conservar el Congreso y qué pasará si lo pierde – https://theconversation.com/elecciones-de-medio-mandato-como-intenta-trump-conservar-el-congreso-y-que-pasara-si-lo-pierde-295044

BD : « Le corps après la mort »

Source: The Conversation – France in French (3) – By Damien Charabidzé, Professeur en Biologie, Université de Lille

Les rites funéraires se transforment au fil du temps. Qui sait à quoi ils ressembleront demain ? Victor Locuratolo (Vito), Fourni par l’auteur

Que deviennent nos corps après notre décès ? Dans des sociétés où la mort est de plus en plus invisibilisée, comment ont évolué nos rites ? Demain, à quoi ressembleront les cimetières ? L’enterrement ou la crémation seront-ils remplacés par d’autres méthodes ? Comment le numérique transformera-t-il nos pratiques funéraires ?

Pour répondre à ces questions et à bien d’autres, nous vous proposons une série de six articles sur le thème « Le corps après la mort », rédigés par des experts et illustrés par le dessinateur Vito.


Illustrations : Victor Locuratolo (Vito) ;
Scénario : Victor Locuratolo et Damien Charabidzé ;
Instructions : cliquez une planche pour la lire en grand ; pour passer à la suivante, utilisez les flèches affichées à l’écran (ou celles du clavier), ou un glissement de doigt (sur mobile) ; cliquez sur le titre d’un chapitre pour accéder à l’article correspondant.

Les protagonistes :

Les personnages de la bande dessinée : la responsable de cimetière, le maire, l’archéothanatologue, la brebis pionnière de la terramation, le croque-mort, le dessinateur de la mort, le professeur DC, le médecin légiste, la chercheuse en économie funéraire, la responsable de la sécu de la mort, l’ingénieur de start-up, le chercheur en informatique et la chercheuse en biologie.

1. Cimetières, le grand déménagement
(Marie Fruiquière)

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2. Nos pratiques funéraires sont-elles gravées dans le marbre ?
(Sacha Kacki & Damien Charabidzé)

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3. Pourquoi et comment célèbre‑t‑on les morts aujourd’hui ?
(Martin Julier-Costes)

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4. Comment se décomposent nos cadavres ?
(Damien Charabidzé)

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5. Qui doit payer les morts ? Une histoire politique du prix des obsèques
(Alèxe Duvaut & Pierre Mirambet)

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6. Après notre mort, nos données reposent‑elles en paix ?
(Jordy Bony & Alexandre Veremme)

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Damien Charabidzé a reçu des financements de l’Agence Nationale de la Recherche, du CNRS, de l’Union du Pôle Funéraire Public et de l’Université de Lille. Aucun de ces acteurs n’a participé à la rédaction ou à la relecture de ces articles et ne tire profit de cet article.

Jordy Bony est membre du comité de recherche de l’association HUMO SAPIENS, pour une mort régénérative.

Marie Fruiquière est membre de la Ville et Eurométropole de Strasbourg et participe à ce titre à l’Union du Pôle Funéraire Public. Ses recherches ont précédemment bénéficié de financements de l’Association Nationale de la Recherche et de la Technologie, de la Ville et Eurométropole et de la Fondation Palladio. Aucun de ces acteurs n’a participé à la rédaction ou à la relecture de cet article ni ne tire profit de cet article.

Julier-Costes Martin a reçu des financements des financements de l’Agence Nationale de la Recherche, du CNRS et du CNAM. Aucun de ces acteurs n’a participé à la rédaction ou à la relecture de cet article et ne tire profit de cet article.

Sacha Kacki a reçu des financements de l’Agence Nationale de la Recherche, du CNRS et de l’Université de Bordeaux. Aucun de ces acteurs n’a participé à la rédaction ou à la relecture de cet article et ne tire profit de cet article.

Alexandre Veremme, Alèxe Duvaut et Pierre Mirambet ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur poste universitaire.

– ref. BD : « Le corps après la mort » – https://theconversation.com/bd-le-corps-apres-la-mort-290584

Las lecciones que deja el robo de más de 6 000 millones de dólares en criptomonedas

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Carlos Esparcia Sanchís, Profesor Titular de Universidad, Área de Economía Financiera, Departamento de Análisis Económico y Finanzas, Universidad de Castilla-La Mancha

treety/Shutterstock

El jueves 29 de octubre, a las 20:05 hora UTC, empezaron a vaciarse los monederos de Binance, la mayor plataforma de intercambio de criptomonedas del mundo. Un único hacker movió unos 6 360 millones de dólares en diez cadenas de bloques, la mayor parte en unos veinte minutos. Tras el ataque, Binance suspendió depósitos y retiradas.

Este robo es cuatro veces mayor al de Bybit, en febrero de 2025, el récord hasta ahora con 1 500 millones de dólares, y casi el doble de todo lo robado en el sector en 2025 (3 400 millones, según la consultora Chainalysis). Tampoco es el primer golpe a Binance: ya perdió 7 000 bitcoines en 2019, unos 40 millones de dólares, y 570 millones en 2022. Del botín del 29 de octubre, las monedas Ethereum concentraron unos 3 790 millones, seguido de 18 270 bitcoines (1 470 millones), Tron (628 millones) y XRP (296 millones).

Cómo se hizo: un portátil y una firma digital

Según la investigación preliminar de Binance, los ciberdelincuentes comprometieron el portátil de un ingeniero de operaciones y accedieron desde él a un sistema interno para ordenar retiradas. El objetivo fueron las “carteras calientes” (hot wallets), monederos conectados a internet para atender las retiradas diarias.

En Ethereum, el hacker usó 50 autorizaciones firmadas de antemano para convertir una cartera de Binance en una aspiradora bajo su control. En las otras nueve cadenas, los fondos salieron con transferencias firmadas con normalidad. Todo apunta a que dominó el propio sistema de firma de Binance, tras al menos 36 horas de preparación.

El eslabón débil no fue la criptografía, sino las personas y los procesos. Ya ocurrió con Bybit y, hace un mes, con Bitget, cuyo robo de 388 millones de dólares partió de un proveedor de seguridad externo.

Corea del Norte, otra vez

Los expertos atribuyen el ataque a TraderTraitor, la unidad norcoreana a la que el FBI culpó del caso Bybit. Según Chainalysis, en 2025 Pyongyang robó 2 020 millones de dólares, el 59 % del total mundial de robos de criptomonedas, y acumulaba 6 750 millones. Ahora, este único golpe casi iguala todo su historial. Se estima que esos fondos financian los programas armamentísticos del país.

Congelar lo congelable

Lo que más ha frenado el daño ha sido la actuación de los emisores centralizados de criptomonedas estables. Tether congeló unos 1 770 millones de su criptomoneda (USDT) y Circle unos 825 millones de la suya (USDC). Con Ripple, World Liberty Financial y la red Arbitrum, lo inmovilizado ronda los 2 700 millones según TRM Labs (expertos en ciberseguridad financiera), mientras que Binance habla de 3 000 millones.

Tras hacerse con el botín, el ciberdelincuente ha vendido USDT más de un 10 % por encima del precio de mercado, y está intentando desprenderse de las stablecoins, que son criptoactivos congelables, para hacerse con otros imbloqueables y difíciles de rastrear (criptomonedas que se pueden guardar en monederos no conectados a internet, como el bitcóin, o monedas de privacidad que, además de ser imbloqueables, garantizan el anonimato). Aún controla más de 420 000 ether y los 18 270 bitcoines robados, por lo que hay unos 2 400 millones de dólares fuera del alcance de cualquier emisor. Tras Bybit, el blanqueo duró unos 45 días.

El bitcóin, que tras el ataque cayó a unos 76 320 dólares, su mínimo en seis semanas, recuperó en horas la zona de los 78 000 dólares. Nada que ver con el desplome cercano al 20 % en una semana, tras la quiebra de FTX, en 2022.

¿Puede Binance absorber la pérdida?

La diferencia con el caso de FTX es esencial: allí hubo un agujero por el uso indebido del dinero de los clientes. Aquí, un robo externo a una empresa solvente. Binance custodiaba 144 000 millones de dólares antes del ataque: la pérdida bruta supone un 4,4 % que, si se descuentan los activos congelados, se queda en torno a un 2,5 %.

La compañía promete cubrir estás pérdidas con su fondo de emergencia SAFU y recursos propios. Pero el SAFU, convertido a bitcóin este año, ronda hoy los 800 millones. Una octava parte del robo.

Fundstrat, una firma independiente de investigación y análisis de mercados, no ve un riesgo de solvencia relevante, y Binance prevé reabrir las retiradas en 48 horas. Así, quien conserve saldo podrá retirarlo cuando se reabran las retiradas.

El riesgo de fondo es la concentración. En el segundo trimestre de este año, Binance acaparó el 38,7 % de los activos movilizados en las diez mayores plataformas digitales. Si un nodo así se tambalea, arrastra la confianza del mercado.

¿Y en España?

El impacto directo debería ser limitado. Desde el 1 de julio, Binance dejó de prestar la mayoría de sus servicios en la Unión Europea al no obtener la licencia pertinente, y en España, la Comisión Nacional del Mercado de Valores (CNMV) advirtió de que no habría ni excepciones ni prórrogas.

El caso da argumentos a la vía europea: el reglamento MiCA obliga a las plataformas a separar sus recursos propios de los activos de los clientes, y responsabiliza a los proveedores de las pérdidas por incidentes que les sean atribuibles, incluidos los ciberataques. Además, los criptoactivos no están cubiertos por el Fondo de Garantía de Depósitos de la UE.

Tres lecciones

El ataque cierra un mes de ciberincidentes que algunos medios ya llaman el octubre negro, y que deja tres lecciones:

  1. La seguridad de los criptoactivos es, sobre todo, operativa. Bastó un portátil comprometido para abrir la puerta a los ladrones.

  2. Concentrar los activos en un gran intermediario reintroduce el riesgo de incumplimiento que las criptomonedas prometían eliminar. Aunque la autocustodia exige conocimientos que pocos pequeños inversores tienen, “si no son tus claves, no son tus monedas”.

  3. La cooperación entre emisores, firmas de análisis y autoridades funciona y, en este caso, inmovilizó en horas casi la mitad del botín. Y la regulación empieza a perfilarse como la mejor garantía para los inversores minoristas.

The Conversation

Las personas firmantes no son asalariadas, ni consultoras, ni poseen acciones, ni reciben financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y han declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado anteriormente.

– ref. Las lecciones que deja el robo de más de 6 000 millones de dólares en criptomonedas – https://theconversation.com/las-lecciones-que-deja-el-robo-de-mas-de-6-000-millones-de-dolares-en-criptomonedas-295585

Comment les Victoriens ont transformé la communication avec les morts en commerce lucratif

Source: The Conversation – in French – By James Cronin, Professor in Marketing and Consumer Culture Studies, Lancaster University

Lévitation d’une table lors d’une séance spirite. Enrico Morselli/Wikimedia Commons

L’ESSENTIEL

  • Dès la fin des années 1840, le spiritisme venu des États-Unis a fait du contact avec les morts un marché britannique : séances, photographies, produits.

  • Des médiums comme Daniel Dunglas Home refusaient tout paiement direct mais acceptaient cadeaux et soutiens, et les revues spirites dénonçaient le matérialisme tout en vendant des élixirs.

  • Aujourd’hui, les « thanabots » et autres technologies du deuil rejouent cette tension entre besoin affectif, crédibilité technologique et profit.


La mort n’a jamais tout à fait empêché les vivants de chercher à poursuivre la conversation avec leurs proches disparus.

Aujourd’hui, les thanabots (des agents conversationnels qui imitent les défunts, NdT) dopés à l’intelligence artificielle (IA) et une gamme croissante de technologies du deuil, la « grief tech », mettent sur le marché plusieurs façons de recréer la voix des disparus. Ces outils ouvrent de nouvelles perspectives commerciales et de nouvelles expériences, mais soulèvent aussi des questions dérangeantes : le deuil doit-il être une source de profit ?

Pourtant, bien avant que l’IA permette de simuler une voix familière (et de la facturer au prix fort), le mouvement spirite qui a déferlé sur la Grande-Bretagne victorienne s’est déjà confronté aux questions de crédibilité, d’authenticité et d’exploitation commerciale, tout en transformant l’un des désirs les plus tenaces de l’humanité en produit commercialisable.

À lire aussi : Quand l’intelligence artificielle « ressuscite » nos proches disparus

Nos recherches sur l’histoire économique du spiritisme dans la Grande-Bretagne du XIXᵉ siècle suggèrent que les ressemblances vont plus loin qu’une fascination commune pour la communication avec les morts.

On se souvient souvent de la Grande-Bretagne victorienne (celle du règne de la reine Victoria, de 1837 à 1901, NdT) comme d’une époque de progrès industriel, de découvertes scientifiques et de prouesses d’ingénierie stupéfiantes. Grands magasins, passages couverts et marques de luxe nourrissaient un appétit croissant pour le shopping. Pourtant, les Victoriens étaient aussi fascinés par les fantômes, le surnaturel et le macabre.

On pourrait d’abord balayer ces tendances comme une contradiction – la persistance d’un surnaturel prémoderne au sein d’une société de plus en plus moderne. Mais, à y regarder de plus près, les technologies qui ont transformé le commerce et les divertissements victoriens ont aussi contribué à rendre les fantômes visibles, reproductibles et rentables.

La production industrielle de grandes plaques de verre, les progrès de l’éclairage et l’optique physique (l’étude scientifique du comportement de la lumière et de ses interactions avec la matière qui nous entoure) ont permis de mettre en scène des illusions fantasmagoriques comme le « fantôme de Pepper » (un procédé de théâtre qui fait apparaître sur scène, par un jeu de reflets sur une vitre, une silhouette spectrale, NdT), tandis que la photographie semblait pouvoir saisir les morts. La littérature gothique prospérait et des fascicules bon marché, les penny dreadfuls, faisaient largement commerce d’histoires étranges, sordides et surnaturelles.

Le surnaturel ne se contentait pas de survivre en marge de la modernité industrielle : il y trouvait de nouvelles occasions de prospérer. Le philosophe slovène Slavoj Žižek en propose une explication utile, en soutenant que les sociétés reposent en partie sur un « envers » (underside) fait de pratiques et de désirs qui semble contredire leurs valeurs officielles.

Cet envers peut offrir des exutoires à ce que les valeurs officielles excluent, et aider ainsi chacun à s’accommoder de l’ordre social dans son ensemble. Žižek l’appelle le « supplément obscène » : la face provocante et dérangeante qu’une société peine à reconnaître, alors même qu’elle s’appuie sur elle.

Le spiritisme victorien aide à comprendre comment ce supplément obscène a pu devenir commercialement productif.

L’essor du spiritisme moderne

Le spiritisme est la croyance selon laquelle on peut entrer en contact avec les morts par l’intermédiaire de personnes appelées médiums. Il est apparu aux États-Unis à la fin des années 1840, après que les sœurs Fox, qui se présentaient comme médiums, ont affirmé que des esprits communiquaient avec elles par de mystérieux coups frappés.

Le spiritisme est arrivé en Grande-Bretagne avec des médiums américains en tournée. Séances, démonstrations publiques, publications spécialisées et objets comme les « cabinets spirites » (un espace clos, armoire ou recoin fermé par un rideau, où le médium s’isolait pendant la séance, NdT) ont contribué à créer un mouvement doté de ses propres célébrités et de ses propres réseaux commerciaux.

En 1872, un article du Times s’étonnait qu’au sein d’« une génération qui se targue d’être celle de la science exacte », le spiritisme ait suscité un tel intérêt. Selon notre interprétation, le spiritisme donnait accès à quelque chose qui semblait manquer à une société de plus en plus tournée vers la production, l’acquisition et l’exhibition de « choses » : la preuve que la vie ne se limitait pas au monde matériel. Pourtant, le spiritisme semblait faire cette offre au moyen d’autres choses encore : des rencontres payantes, des photographies à acheter et des produits vantés par la publicité.

C’est là que le supplément obscène de Žižek devient éclairant. Les contraires apparents d’une société peuvent offrir des moyens de s’accommoder de ses exigences sans les changer fondamentalement. Le spiritisme proposait d’échapper à la culture commerciale victorienne tout en entraînant les gens dans de nouvelles formes de consommation. Rendre cette offre convaincante exigeait une gestion soigneuse.

Rendre l’impossible vendable

Les publications spirites avertissaient que la médiumnité ne s’achetait pas. Pourtant, les médiums devaient gagner leur vie, les éditeurs avaient besoin d’abonnés et les organisateurs devaient couvrir leurs frais. La médiumnité était donc présentée comme un devoir épuisant et souvent dangereux, dont les praticiens désintéressés méritaient d’être équitablement rémunérés pour leurs services.

Pour protéger l’image de marque du mouvement, des médiums comme Daniel Dunglas Home refusaient publiquement tout paiement direct pour leurs séances. Home acceptait en revanche des cadeaux, l’hospitalité, des occasions de voyager et un soutien matériel de la part de riches mécènes, tandis que d’autres médiums réclamaient le remboursement de leurs frais et des honoraires modérés, proportionnés aux moyens de leurs clients. Le commerce devenait plus facile à accepter quand il était présenté comme le soutien à une vocation supérieure.

La même tension se retrouvait dans l’édition spirite. Des périodiques comme le Medium and Daybreak pouvaient consacrer leurs premières pages à condamner le matérialisme et à mettre en garde leurs lecteurs contre un attachement excessif aux biens de ce monde, pour remplir ensuite leurs dernières pages de publicités pour des remèdes douteux, des élixirs et des produits d’apparence scientifique destinés à ces mêmes lecteurs. La critique spirite de la culture de consommation contribuait en réalité à créer de nouvelles occasions de consommer.

La crédibilité scientifique exigeait elle aussi un exercice d’équilibre. Les spirites accueillaient volontiers la participation des scientifiques, imitaient le langage de la science et de la philosophie et utilisaient du matériel technique pour que des affirmations extraordinaires paraissent dignes d’être prises au sérieux.

La photographie s’est révélée particulièrement utile. Une technologie réputée objective pouvait produire des images présentées comme des preuves de l’existence des esprits. Sa dépendance à la chambre noire fournissait en outre une analogie commode pour expliquer pourquoi les séances exigeaient l’obscurité. Un compte rendu publié dans le Medium and Daybreak décrivait une séance photographique près de Newcastle en 1880. Son auteur souligne l’importance de l’obscurité, non pour dissimuler une quelconque supercherie, mais pour atténuer « l’effet éprouvant de la lumière du jour » sur la « matérialisation » des fantômes.

À lire aussi : Photographie spirite : un rituel de deuil novateur du XIXᵉ siècle où les femmes ont joué un grand rôle

Les fantômes du capitalisme victorien nous hantent encore

La fascination victorienne pour la communication avec l’au-delà peut sembler bien éloignée de notre présent technologiquement sophistiqué. Pourtant, les formes contemporaines de « nécromancie numérique » révèlent une tension remarquablement familière : le désir de dépasser les limites de l’existence humaine continue de générer de nouvelles sources de revenus.

Comme les médiums victoriens, les entrepreneurs actuels des technologies du deuil évoluent dans un rapport délicat entre besoin affectif, crédibilité technologique et légitimité commerciale. La promesse de lien peut être sincère et profondément significative pour celles et ceux qui la recherchent, alors même que cette même promesse devient une source de profit.

C’est peut-être là l’héritage le plus troublant du spiritisme victorien : des désirs qui semblent défier les valeurs dominantes d’une société peuvent en réalité contribuer à maintenir les structures mêmes auxquelles ils paraissent résister.

Plutôt que de bousculer l’ordre établi, ils peuvent lui offrir de nouvelles occasions de prospérer. Les fantômes du capitalisme victorien, semble-t-il, n’ont jamais tout à fait cessé de faire des affaires.

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

– ref. Comment les Victoriens ont transformé la communication avec les morts en commerce lucratif – https://theconversation.com/comment-les-victoriens-ont-transforme-la-communication-avec-les-morts-en-commerce-lucratif-295517

¿Cómo funcionan los sistemas de seguridad ferroviaria en España?

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Pablo Salvador Zuriaga, Profesor Titular de Universidad. Especialista en Ingeniería Ferroviaria, Universitat Politècnica de València

Un tren visto desde arriba Akhmad Dody Firmansyah/Shutterstock

Las conversaciones sobre seguridad ferroviaria se extienden desde hace días por todo el país. Conocer adecuadamente cuáles son los sistemas que la hacen posible en España y cómo funciona cada uno de ellos es necesario para no caer en los bulos o la desinformación.

Las distancias de frenado

A diferencia del transporte por carretera, el transporte ferroviario en España, en la actualidad, puede alcanzar velocidades de hasta 300 km/h. Esto, unido a la gran masa de los vehículos ferroviarios y el reducido rozamiento en el contacto rueda-carril (en comparación con el existente entre el neumático y el pavimento de la carretera), provoca que las distancias de frenado sean muy superiores a las de carretera.

Para hacernos una idea de la magnitud, un tren a 160 km/h necesitaría una distancia de 1 km para detenerse por completo, uno a 200 km/h la aumentaría a casi 2 km y, si circulase a 300 km/h, recorrería más de 3,5 km. Por este motivo, la protección de los trenes y la distancia de seguridad entre ellos debe garantizarse por completo.

Para ello, las líneas ferroviarias se dividen en varios tramos, que se denominan cantones. Una vez definidos los cantones, en la circulación ferroviaria existe una regla muy básica: en un cantón solo puede haber un tren al mismo tiempo.

Para conseguir esto, cada cantón está precedido de una señal de modo que, si un tren ocupa un determinado cantón, la señal precedente adquiere el aspecto rojo, indicando “vía ocupada”. Consecuentemente, la señal del cantón precedente adoptará el aspecto “amarillo”, indicando “anuncio de parada”, y así sucesivamente, de forma que al maquinista se le informa de la presencia de un cantón ocupado ya desde varios cantones atrás. El número de cantones depende de la velocidad del tren y de la longitud de los mismos.

Sistemas de protección en la alta velocidad

En la red ferroviaria española de alta velocidad, existen tres sistemas que controlan automáticamente la velocidad del tren. Dichos sistemas pueden ejercer un control puntual o continuo.

En el primer caso, la velocidad únicamente se controla al paso por las señales ferroviarias existentes a los lados de las vías. En España se conoce como ASFA (Anuncio de Señales y Frenado Automático). Bajo este sistema, el maquinista debe observar la señalización lateral de la vía y obedecerla.

Cada señal tiene asociadas una serie de balizas instaladas en la vía, de forma que, si el maquinista no actúa correctamente ante el aspecto de la señal, el tren se frena automáticamente. Este sistema es el que adopta la red ferroviaria convencional para la explotación habitual del servicio.

En la alta velocidad existen, además, sistemas de control continuo, es decir, la velocidad del tren se controla durante todo el trayecto. Dependiendo del tipo de sistema, al pasar por determinados puntos de referencia en la vía, el tren recibe información sobre las velocidades máximas a las que puede circular en todo el tramo hasta el siguiente punto de referencia.

Al llegar al siguiente punto de referencia, la información sobre velocidades máximas y distancias límites (distancias objetivo) se actualizan. Este sistema se conoce como ERTMS (European Railway Traffic Management System) nivel 1. Es el que está implantado en toda la red ferroviaria de alta velocidad, salvo en la línea Madrid-Sevilla, que incorpora el sistema LZB.

Otros sistemas, como el ERTMS nivel 2 y el citado LZB (siglas del alemán Linienzugbeeinflussing) permiten que la actualización de la información sobre velocidades y distancias objetivo pueda realizarse en cualquier momento, sin esperar a que el tren pase por los puntos de referencia.

La razón por la que la línea Madrid-Sevilla lleva instalado el sistema LZB se debe a su fecha de inauguración. En 1992, el sistema ERTMS, que es el sistema estándar que debe adoptarse en los principales corredores ferroviarios europeos para facilitar el tránsito de trenes entre países, todavía no estaba completamente definido. Por ello, se decidió adoptar el LZB, desarrollado en Alemania para su red de alta velocidad.

En todos los casos anteriores, la detección y control de los trenes se realiza de forma automática, es decir, sin intervención humana.

¿Qué ocurre en caso de pérdida de comunicación entre sistemas?

En condiciones genéricas de explotación, los trenes de alta velocidad funcionan bajo un sistema de supervisión continua (ERTMS o LZB). Ambos sistemas envían la información sobre las velocidades máximas, distancias objetivo, etc. directamente a la cabina del maquinista, permitiendo alcanzar velocidades de hasta 300-350 km/h.

En caso de pérdida de comunicación entre el tren y las balizas o cableado de comunicaciones de la vía, el tren se detiene. Las pérdidas de comunicación pueden deberse a un error de transmisión de datos entre la vía y el tren, o a una desconexión de estos sistemas, entre otras causas.

En caso de desconexión del sistema ERTMS o LZB, el tren podría circular bajo el llamado Bloqueo de Señalización Lateral (BSL), que se compone del conjunto de señales laterales más el sistema ASFA. Como decíamos, este es el sistema de explotación habitual en la red convencional, la que no es de alta velocidad, y permite velocidades de hasta 200 km/h.

Para pasar de ERTMS o LZB a BSL, dado que el tren, al detenerse, ha perdido la referencia de su posición en la línea, debe contactar con el Centro de Regulación y Control (CRC) para informar de su situación y obtener autorización para reiniciar la marcha bajo la supervisión del BLS. En todo momento, el control de los trenes se realiza de forma automática, evitando que un tren invada un cantón ocupado por otro tren precedente. Únicamente, en caso de fallo de todos los sistemas y necesidad imperiosa de mover los trenes, se establecería un control manual del tráfico ferroviario.

The Conversation

Pablo Salvador Zuriaga no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

– ref. ¿Cómo funcionan los sistemas de seguridad ferroviaria en España? – https://theconversation.com/como-funcionan-los-sistemas-de-seguridad-ferroviaria-en-espana-295588