Source: The Conversation – France (in French) – By Olly Owen, Research Affiliate, Anthropology, University of Oxford

Dans l’État d’Ekiti, au Nigeria, de nombreux producteurs de cacao continuent de cultiver leurs parcelles sous couvert forestier. Une pratique qui protège la biodiversité, régule la température des cultures et constitue un filet de sécurité économique.
Le prix de la plupart des tablettes de chocolat a augmenté dans le monde au cours de l’année écoulée, après la flambée des prix des fèves de cacao en 2024. Et, alors que les tarifs s’envolaient, de nombreux agriculteurs des pays tropicaux producteurs de cacao, dont le Nigeria, ont vu leurs profits augmenter.
Avec l’ouverture de nouvelles plantations de cacao à la lisière des zones forestières, des arbres sont souvent abattus pour planter davantage de cacaoyers. Cela accentue la déforestation dans les régions de forêts tropicales, riches en biodiversité, où est cultivée la majeure partie du cacao.
Or des études montrent que couper les arbres peut en réalité conduire, à long terme, à une production moindre de fèves, car les arbres protègent les cultures contre les ravageurs et apportent l’ombre indispensable aux cacaoyers.
Nos recherches menées dans l’État d’Ekiti, dans le sud-ouest du Nigeria, ont exploré comment, quand et pourquoi des arbres sont conservés dans les plantations de cacao, ainsi que les bénéfices potentiels qu’ils représentent à la fois pour les agriculteurs et pour l’environnement.
Le cacao au Nigeria
En tant que quatrième producteur mondial de cacao, le Nigeria joue un rôle important dans l’approvisionnement mondial.
Bien que le pays ait vu se développer davantage de plantations de type industriel composées uniquement de cacaoyers et dépourvues d’arbres, son secteur cacaoyer a, dans une certaine mesure, échappé à la vague de déforestation observée dans d’autres pays producteurs. Cela s’explique en partie par le fait que, pendant de nombreuses années, la politique économique nigériane s’est concentrée sur le secteur pétrolier, tandis que peu d’investissements ont été consacrés à des politiques de « modernisation » du cacao — ces mêmes politiques qui ont provoqué d’importants dégâts et une forte déforestation dans d’autres pays producteurs, comme le Ghana.
Dans l’État d’Ekiti, dans le sud-ouest du Nigeria, on estime que 57 % du cacao est encore cultivé dans de petites exploitations où la couverture arborée reste importante. Et pourtant, Ekiti a malgré tout perdu une part significative de sa couverture forestière au cours des deux dernières décennies, un tiers de cette déforestation étant lié à l’agriculture. Dans le cadre de nos recherches, nous avons voulu comprendre pourquoi certains agriculteurs choisissent de conserver des arbres et comment les systèmes de production existants pourraient être soutenus, alors même que les producteurs du monde entier tentent de répondre à une demande croissante.
L’importance de la biodiversité
Nous avons visité 15 exploitations et y avons constaté un niveau élevé de biodiversité. Nous avons ainsi recensé 42 espèces d’arbres différentes, dont beaucoup récemment plantées par les agriculteurs. Les arbres qui procurent le plus d’ombre dans ces plantations sont tous des espèces indigènes de forêt tropicale, notamment des bois tropicaux par ailleurs de plus en plus rares comme l’iroko (Milicia excelsa), l’oganwo (Khaya senegalensis), l’eku (Brachystegia eurycoma) et l’obeche (Triplochiton scleroxylon). Certaines de ces espèces sont devenues si rares au Nigeria que les plantations de cacao servent désormais de lieux de collecte de graines. Jusqu’à 26 espèces d’oiseaux ont également été observées sur un seul site.
La couverture arborée joue aussi un rôle économique dans la production. Parmi les 15 agriculteurs que nous avons interrogés, beaucoup valorisent les arbres d’ombrage pour leur capacité à maintenir les plants au frais. Le cacaoyer produit mal lorsqu’il fait trop chaud et, alors que le changement climatique menace l’avenir de nombreuses régions de culture, la régulation de la température va devenir de plus en plus importante. Les arbres constituent aussi une ressource récoltable : 11 des 15 agriculteurs considéraient les arbres comme une forme de sécurité financière directe, car la récolte de fruits et d’épices arboricoles représentait entre 2 % et 43 % de leur revenu annuel, tandis que le bois pouvait compter pour une part allant de 0 à 57 %.
Les revenus tirés des arbres représentaient au moins 20 % du revenu total des ménages pour la majorité des agriculteurs, et atteignaient dans certains cas près de 60 % des revenus. Les arbres servent donc de filet de sécurité lorsque les revenus du cacao deviennent insuffisants.
Le rôle des certificats de durabilité
La culture d’arbres n’est certes pas sans difficultés pour ces agriculteurs mais les espèces indigènes de forêt tropicale abritent généralement moins de ravageurs, notamment les mirides. Elles forment aussi des canopées plus hautes que les arbres fruitiers cultivés, ce qui limite les maladies fongiques.
La majorité des agriculteurs d’Ekiti conservent des arbres autres que les cacaoyers en raison de leur valeur. Ces choix reflètent un véritable équilibre : les avantages liés à l’ombre, au contrôle des ravageurs, aux revenus tirés des fruits et du bois, ainsi qu’à la régulation du climat peuvent compenser d’éventuelles pertes à court terme de production de cacao.
Les efforts visant à limiter la déforestation et à soutenir une production de cacao durable doivent tenir compte des arbitrages auxquels les agriculteurs sont confrontés. C’est d’autant plus important que les forêts du Nigeria sont très riches en biodiversité et que le pays est particulièrement vulnérable au changement climatique.
Les dispositifs de certification de durabilité, comme celui mis en place par la Rainforest Alliance, pourraient être étendus afin de mettre davantage en valeur les fèves de cacao issues d’exploitations qui utilisent des méthodes durables protégeant le climat, notamment en conservant des arbres dans leurs plantations. Cela pourrait contribuer à préserver les forêts tropicales riches en biodiversité tout en aidant les producteurs de cacao à vivre de leur activité.
Compte tenu de la demande mondiale de cacao, cet enjeu est crucial pour construire un avenir durable.
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Olly Owen a reçu un financement du John Fell Fund de l’université d’Oxford et fournit bénévolement des conseils techniques à la Commission forestière de l’État d’Ekiti.
Zoe Brown a reçu des financements du Tropical Agriculture Asssociation Fund.
– ref. Couper des arbres pour planter du cacao ? Une étude au Nigeria révèle les risques cachés de la déforestation pour les producteurs eux-mêmes – https://theconversation.com/couper-des-arbres-pour-planter-du-cacao-une-etude-au-nigeria-revele-les-risques-caches-de-la-deforestation-pour-les-producteurs-eux-memes-279590














