Le foot et la foi : l’évangélisme a-t-il réellement privé le Brésil de la Coupe du monde ?

Source: The Conversation – in French – By André Gagné, Full Professor, Department of Theological Studies, Concordia University

Après l’élimination du Brésil de la Coupe du monde de la FIFA 2026, de nombreux partisans n’ont pas tardé à attribuer la piètre performance de l’équipe aux convictions évangéliques de plusieurs de ses joueurs. Sur les réseaux sociaux, certains ont affirmé que la Seleção était bien meilleure lorsque ses joueurs « se comportaient comme des catholiques » et que « la stérilisation protestante évangélique a aplati leur ballon, détruit leur samba et anéanti leur style ».

Si ce genre de commentaire relève en partie de la plaisanterie footballistique, il témoigne néanmoins des profondes transformations religieuses qui traversent l’Amérique latine. Les protestants, souvent appelés evangélicos, représentent aujourd’hui environ 11 % de la population de la région, une évolution marquante dans un espace où la majorité des chrétiens s’identifiaient traditionnellement au catholicisme romain.

Mais l’expression la plus importante du religieux en Amérique latine est constituée des fidèles des Églises pentecôtistes et charismatiques. Ensemble, ces courants rassemblent environ 30 % de la population latino-américaine, soit près de 195 millions d’adhérents. Cette mouvance compte des protestants, des catholiques, des anglicans et des orthodoxes.

Le terme « pentecôtiste » désigne généralement des mouvements chrétiens qui mettent l’accent sur le « parler en langues » (glossolalie) comme signe initial du « baptême de l’Esprit », ainsi que sur une expérience personnelle et directe avec Dieu. Le terme « charismatique » (ou « néo-pentecôtiste ») renvoie aux expressions de cette spiritualité tant au sein de nouveaux mouvements religieux que des Églises historiques, y compris le catholicisme, l’anglicanisme et les Églises orthodoxes.

Le christianisme pentecôtiste et charismatique est particulièrement présent dans les pays du Sud. Sa croissance est d’ailleurs spectaculaire : il compte 676 millions d’adhérents en 2026, soit un chrétien sur quatre dans le monde, et les projections estiment qu’il pourrait atteindre 1,1 milliard de fidèles d’ici 2075, soit un chrétien sur trois à l’échelle mondiale.

Mes travaux de recherche et mon enseignement portent sur l’étude du christianisme pentecôtiste et charismatique mondial, ainsi que sur ses interactions avec la société, la culture et la politique. Mon ouvrage paru en 2026, Chrétiens en quête de puissance. Présence globale et politique des pentecôtismes, propose une histoire des pentecôtismes, examine leur rayonnement mondial à partir des données statistiques, analyse leur conception des « dons spirituels » et étudie leur engagement politique, aux États-Unis et ailleurs dans le monde.

Les évangéliques en Amérique latine

En Amérique latine, le mouvement pentecôtiste et charismatique trouve son origine dans un réveil religieux en 1909, dirigé par Willis Hoover, un missionnaire méthodiste américain qui exerce son ministère à Valparaiso et établit l’Église méthodiste pentecôtiste du Chili.

Les Églises pentecôtistes et charismatiques attirent souvent des fidèles parce qu’elles favorisent une expérience profondément personnelle et corporelle avec Dieu. Cette approche trouve un écho auprès de ceux qui jugent les Églises traditionnelles trop rigides, trop formalistes ou davantage préoccupées par des idées abstraites que par une foi vécue.

Pour les pentecôtistes, quelle que soit leur appartenance, le Saint-Esprit rend la présence de Dieu réelle et perceptible dans la vie du croyant. Les pentecôtistes et les charismatiques mettent l’accent sur la diversité des expériences corporelles de la foi et accordent une grande importance aux charismata, c’est-à-dire aux « dons » de l’Esprit, tels que la guérison, le parler en langues (glossolalie) ou encore la prophétie, pour n’en citer que quelques-uns.

Comme mes recherches l’ont démontré, chez les charismatiques et les néo-pentecôtistes, le « parler en langues » n’est qu’un don parmi d’autres et n’est pas nécessairement considéré comme le signe initial du « baptême de l’Esprit ».

Les croyants considèrent les dons spirituels comme des capacités surnaturelles accordées par Dieu. Ces dons sont destinés à servir les autres membres de la communauté et à témoigner de la foi en manifestant concrètement la puissance divine par des « signes et des prodiges ».

Le Brésil au cœur du mouvement pentecôtiste

Le Brésil compte aujourd’hui environ 105 millions de pentecôtistes et de charismatiques. C’est aussi le pays d’origine des Assemblées de Dieu (Assembleias de Deus) et de l’Église universelle du Royaume de Dieu, qui figurent respectivement parmi les plus importantes dénominations protestantes et indépendantes d’Amérique latine.

Issu du réveil d’Azusa Street de 1906 à Los Angeles, le mouvement pentecôtiste brésilien s’est développé grâce à deux premières initiatives missionnaires.

La première est celle du missionnaire italien Luigi Francescon, qui fonde en 1910, à São Paulo, la Congregação Cristã do Brasil afin de desservir les immigrants italiens. La seconde débute en 1911, lorsque des missionnaires suédois fondent à Belém la Mission de la foi apostolique (Missão da Fé Apostólica), une communauté qui va devenir les Assemblées de Dieu et se répandre dans tout le pays.

Fondée en 1977 par Edir Macedo, l’Église universelle du Royaume de Dieu devient l’une des principales dénominations néo-pentecôtistes du Brésil. Présente dans plus de cent pays, elle fonctionne comme une organisation transnationale dotée d’importantes ressources médiatiques, notamment un réseau national de télévision. Son Temple de Salomon, situé à São Paulo, s’élève à 55 mètres de hauteur et peut recevoir jusqu’à 10 000 fidèles.

Le foot et l’église

Au Brésil, le football professionnel et les Églises pentecôtistes fonctionnent selon des logiques étonnamment semblables. Tous deux se disputent le même public en recourant à des stratégies commerciales éprouvées : les médias de masse, les produits dérivés, les grands rassemblements dans des enceintes imposantes et des figures charismatiques capables de capter l’attention de leurs publics.

En raison de leur forte visibilité publique, les footballeurs professionnels constituent d’importants relais entre l’univers du football et celui des Églises pentecôtistes. Lorsqu’ils témoignent publiquement de leur foi pentecôtiste, ils deviennent l’incarnation même de « l’évangile de la prospérité ». Ils donnent à voir que la foi, conjuguée au travail et à la persévérance, attire la faveur divine et se traduit par des bénédictions, tant sous la forme de la réussite matérielle que de la gloire sportive.

Sur le plan de l’expérience vécue, un culte dominical et un match de football dans un stade peuvent être considérés comme deux produits culturels fondés sur l’expérience. Tous deux rassemblent des foules autour d’une activité collective qui favorise l’expression corporelle, provoque de fortes émotions et nourrit un profond sentiment d’appartenance à un groupe.

Au Brésil, le pentecôtisme exerce un attrait particulier auprès des populations pauvres et marginalisées. À l’instar des traditions religieuses afro-brésiliennes, il s’agit d’une religion de l’esprit qui accorde une place centrale aux expériences corporelles. Toutefois, comme il est en concurrence avec d’autres traditions religieuses pour attirer les fidèles et qu’il affirme offrir une voie spirituelle plus satisfaisante, le pentecôtisme entre fréquemment en conflit avec elles.

Le zèle missionnaire de nombreux pentecôtistes brésiliens se traduit fréquemment par des tensions et une hostilité déclarée à l’égard des traditions religieuses afro-brésiliennes.

Il appartient aux amateurs de foot de juger si les convictions religieuses des joueurs ont réellement contribué à la contre-performance du Brésil. L’équipe traverse une période difficile depuis plusieurs années, et son élimination lors de cette Coupe du monde n’était peut-être pas si surprenante. Il convient d’ailleurs de rappeler que le Brésil a remporté la Coupe du monde de 2002, en Corée du Sud, avec plusieurs evangélicos dans ses rangs, notamment Kaká, Lúcio et Edmílson.

Il est possible, au fond, que le pentecôtisme ait simplement connu davantage de succès que le foot brésilien. Peut-être aussi que les Églises pentecôtistes et charismatiques offrent aujourd’hui à certains joueurs et à leurs partisans ce que la culture du football peine désormais à fournir : un soutien personnel durable, un fort sentiment d’appartenance et une expérience porteuse de sens.

La Conversation Canada

André Gagné ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Le foot et la foi : l’évangélisme a-t-il réellement privé le Brésil de la Coupe du monde ? – https://theconversation.com/le-foot-et-la-foi-levangelisme-a-t-il-reellement-prive-le-bresil-de-la-coupe-du-monde-288032

Soledad, IA y mayores: lo que la ciencia dice y lo que aún no sabe

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Sacramento Pinazo-Hernandis, Profesora titular de Psicología Social en Universidad de Valencia, Universitat de València

Lucigerma/shutterstock

La soledad lleva con nosotros toda la vida, pero durante décadas pocos se molestaron en medirla. Afortunadamente eso está cambiando y, en un contexto de investigación emergente, la inteligencia artificial (IA) aparece como una herramienta prometedora, aunque limitada, para acompañar a quienes más solos están.

Hablar de epidemia de soledad induce a error porque sugiere que el problema es reciente, creciente y urgente en un sentido de emergencia. Ninguna de las tres cosas es cierta. Las tasas de soledad han sido estables en las últimas décadas. Lo que sí es nuevo es que ahora la investigamos con rigor.

En España, no fue hasta 2001 cuando se publicó uno de los primeros trabajos científicos serios sobre la soledad en personas mayores, un tema prácticamente invisible en la academia. En 2017 dirigí una tesis doctoral que puso el foco en las mujeres mayores que viven solas, un colectivo con décadas de invisibilidad estadística. También publicamos La soledad de las personas mayores, un volumen que diferencia con claridad los conceptos de vivir solo, estar aislado y sentirse en soledad, tres realidades distintas que en el debate público se confunden con demasiada frecuencia.

Poco a poco, el campo fue construyendo un cuerpo de conocimiento propio. Es desde ahí, y no desde el pánico, desde donde tiene sentido preguntarse qué puede aportar la IA.

Cuatro tecnologías y resultados diferentes.

Nuestra revisión sistemática, publicada este año, analizó cuatro tipos de tecnologías basadas en IA aplicadas a la soledad en personas mayores:

  1. Robots sociales: dispositivos físicos capaces de reconocer emociones, mantener conversaciones y simular una presencia humana.
  2. Asistentes de voz inteligentes: permiten interacciones a través de lenguaje natural desde casa.
  3. Sistemas de telepresencia: conectan en tiempo real a personas distantes mediante pantallas y cámaras con control remoto.
  4. Agentes conversacionales como chatbots: ofrecen interacción textual o vocal continua, disponible a cualquier hora.

Todas ellas son tecnologías distintas y también lo son sus resultados. Y son los robots sociales los que muestran resultados más consistentes.

Los estudios que reportaron reducciones significativas de la soledad coincidían en un factor clave: la necesidad de interacciones frecuentes, sostenidas y personalizadas. Los que no encontraron efectos eran, en su mayoría, intervenciones cortas, con bajo contacto o protocolos estandarizados aplicados por igual a personas con historias de vida y necesidades muy distintas.

La conclusión es clara: cuanto más se centra la intervención en la persona, más funciona. Cuanto más se estandariza, menos sirve.

Hay un patrón que se repite: las mejoras aparecen mientras dura el estudio y se desvanecen cuando termina. La baja frecuencia de uso diluye el efecto hasta hacerlo insignificante. La ausencia de personalización es uno de los factores que más debilita los resultados.

La falta de acceso amplía la soledad

Uno de los hallazgos más incómodos del estudio es que la tecnología llega menos a quienes más la necesitan. Quienes viven más aislados, en zonas rurales, con menor nivel educativo y sin red de apoyo cercana, son quienes encuentran más barreras para usar estas tecnologías. Estas no son solo individuales, sino psicosociales: incluyen la confianza en uno mismo, la autoeficacia percibida, la alfabetización digital y, sobre todo, la disponibilidad de alguien que acompañe el aprendizaje.

En zonas como Campoo-Los Valles, en Cantabria, donde hemos trabajado directamente con personas mayores en situación de soledad, la barrera a veces es más básica: ni llega el wifi. La conclusión es que diseñar soluciones tecnológicas sin resolver primero el problema del acceso no reduce la soledad, la amplía.

La pregunta es ética y no retórica

¿Queremos que una máquina nos acompañe o preferimos invertir en comunidad humana? La pregunta tiene implicaciones directas de política pública y gasto sanitario. La evidencia muestra beneficios reales, pero también límites que obligan a ser prudentes.

El riesgo no es la IA en sí sino utilizarla como excusa para no invertir en los vínculos que de verdad protegen: la presencia de otro ser humano que te ve, te escucha y al que le importas y te importa.

La IA puede ser un puente, pero no debería convertirse en el destino.

Lo que aún no sabemos.

La ciencia avanza, pero quedan lagunas importantes: escasos estudios europeos, poca investigación de calidad en España, ausencia de estudios a largo plazo y una brecha digital que convierte en invisibles a quienes más solos están.

La tecnología avanza más rápido que la evidencia, y por eso conviene ser precisos. La IA no cura la soledad. Puede, en el mejor de los casos, reducirla un poco para quienes no tienen otra alternativa. Eso no es poco, pero el objetivo debe ser que no sea la única opcion.

La soledad no ha llegado de repente. Lleva con nosotros toda la vida, aunque durante décadas nadie en España se molestara en medirla ni en estudiarla en serio. El problema es que no es una epidemia, sino un desafío antiguo y persistente que, por fin, estamos aprendiendo a investigar con rigor.

La urgencia es real, pero no exige respuestas de emergencia: exige respuestas sostenidas, centradas en las personas y construidas sobre evidencia.

The Conversation

Sacramento Pinazo-Hernandis no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

ref. Soledad, IA y mayores: lo que la ciencia dice y lo que aún no sabe – https://theconversation.com/soledad-ia-y-mayores-lo-que-la-ciencia-dice-y-lo-que-aun-no-sabe-282301

La crispación política también enferma: así afecta al bienestar emocional de los jóvenes

Source: The Conversation – (in Spanish) – By José Miguel Rojo Martínez, Profesor del Departamento de Ciencia Política, Universidad de Murcia

Pixel-Shot/Shutterstock

Con frecuencia escuchamos en nuestras conversaciones que “oír hablar de política me pone enfermo”. Más allá de esta frase hecha, ya hay investigaciones que apuntan a que el ambiente de crispación política pasa factura a la salud de las personas y a sus relaciones sociales.

Por ejemplo, una encuesta asoció la percepción de mayor polarización partidista con hasta un 57 % más de probabilidades de depresión y ansiedad, y un trabajo posterior del mismo grupo encontró que quienes perciben más polarización acumulan hasta dos días más de mala salud física y mental al mes.

Otro interesante hallazgo viene de la mano del equipo de la profesora de Psicología Brett Ford, de la Universidad de Toronto. Estos investigadores solicitaron a unos voluntarios que anotaran cada noche cómo les hacía sentir la política. En el 81 % de los días, solo pensar en un acontecimiento político bastaba para desencadenar fatiga, insatisfacción vital o síntomas depresivos.

Sobre la consolidación de la política como potencial estresor ya advirtió la American Psychological Association. Su informe de 2017 Stress in America: Coping with Change detectó un aumento de las conversaciones sobre política en las sesiones clínicas tras la primera victoria de Donald Trump. Algo más de la mitad de sus asociados indicaron que el clima político se había convertido en un disparador de ansiedad y malestar. Pero este malestar no se queda solo en la mente: algunos trabajos han documentado incluso consecuencias fisiológicas.

La mayor parte de estos hallazgos provienen de Estados Unidos; en España apenas hay pruebas que confirmen esta relación.

Para comenzar a explorarla pusimos en marcha el proyecto europeo POLEMO (Managing Political Emotions), financiado por la alianza de universidades EUniWell (Universidad Europea del Bienestar), en el que participaron 2 446 estudiantes de las universidades de Murcia y Santiago de Compostela.

Hostilidad y ansiedad para los universitarios

Les preguntamos a los participantes qué emociones sienten cuando leen noticias o escuchan hablar de política y con qué intensidad las experimentan, en una escala de 1 a 5. El resultado está claramente inclinado hacia lo negativo: más de tres de cada cuatro (77 %) dice sentir bastante o mucha (4-5) preocupación; dos de cada tres (67 %), vergüenza, y un 63 %, enfado. Más de la mitad (53 %) reconoce experimentar desprecio con esa misma intensidad y casi uno de cada dos (47 %), miedo. Las emociones positivas, en cambio, casi no aparecen: solo un 8 % dice sentir esperanza u orgullo con intensidad; un 7 %, entusiasmo, y un 5 %, tranquilidad.

El odio merece una mención aparte: un tercio de los estudiantes (34 %) afirma sentirlo con intensidad al pensar en política. Y este dato es especialmente relevante porque es la antesala de comportamientos intolerantes o de exclusión más preocupantes que los creados por el simple desacuerdo.

Estas siete emociones pueden agruparse en tres bloques diferenciados: uno de hostilidad (odio, enfado, desprecio, vergüenza), otro de ansiedad (miedo, preocupación, ansiedad) y uno positivo (orgullo, entusiasmo, esperanza, tranquilidad).

Con esta muestra exploratoria queda claro que para los estudiantes entrevistados la política es, sobre todo, una actividad que genera hostilidad y ansiedad. Este cóctel emocional puede resolverse de dos maneras, y ninguna es especialmente buena para la convivencia democrática. Por un lado está la desafección, dejar de participar y desengancharse de la política al ser fuente de vivencias negativas. Y por otro, la radicalización, culpar al rival del malestar que provoca la actualidad política e incrementar la hostilidad para tratar de derrotarlo y superar el estado emocional desagradable.

El impacto emocional de la derrota electoral

Una forma de calibrar cuánto puede llegar a pesar la política en el bienestar emocional de alguien pasa por plantearle un escenario concreto de máxima tensión: ¿qué pasaría si mañana mismo tu partido perdiera las elecciones con claridad y gobernara uno con ideas muy distintas a las tuyas? Formulamos esta pregunta a los estudiantes y los resultados nos sorprendieron. Más de la mitad (51 %) anticipa que esa derrota tendría un impacto alto en su bienestar emocional (7 o más sobre 10).

Esto sugiere que las elecciones, el momento político por excelencia, se viven cada vez más como escenarios de alta activación emocional. Eventos que la gente vive de forma visceral y personal, donde no solo están en juego unos escaños, también la felicidad de los simpatizantes de cada grupo.

Cuando la victoria de los nuestros se siente así de importante para el propio bienestar, cuando existe una fuerte percepción de amenaza para los propios intereses, el riesgo es que crezca la disposición a que nuestro grupo gane, cueste lo que cueste.

En definitiva, estos resultados nos animan a pensar que una política menos tóxica, es decir, una confrontación partidista más saludable y con menos dinámicas que no aportan nada, no solo será buena para las instituciones, sino también para el bienestar emocional de la ciudadanía.

The Conversation

Los autores de este artículo reciben fondos de la alianza EUniWell para el desarrollo del proyecto de investigación POLEMO.

Alejandro Soler Contreras recibe fondos del Plan Propio de la Universidad de Murcia para el desarrollo de su Contrato Predoctoral FPU.

Los autores de este artículo reciben fondos de la alianza EUniWell para el desarrollo del proyecto de investigación POLEMO.

María Isabel López Palazón recibe fondos del Ministerio de Ciencia, Innovación y Universidades (Gobierno de España) a través de la Universidad de Murcia, en el marco del programa FPU, así como de la alianza EUniWell para el desarrollo del proyecto de investigación POLEMO.

ref. La crispación política también enferma: así afecta al bienestar emocional de los jóvenes – https://theconversation.com/la-crispacion-politica-tambien-enferma-asi-afecta-al-bienestar-emocional-de-los-jovenes-285310

Vacaciones en la ciudad: ¿qué necesitamos para un ocio infantil de calidad?

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Mª Pilar Rodrigo Moriche, Prof. Ayudante Doctor del departamento de Pedagogía – Directora Escuela UAM de Animación, Universidad Autónoma de Madrid

Aaaarianne/Shutterstock

Campamentos, actividades deportivas, escuelas urbanas, semanas con los abuelos, jornadas de teletrabajo o vacaciones repartidas entre distintos momentos del verano forman parte de las estrategias con las que muchas familias intentan acompañar a sus hijos e hijas durante un periodo mucho más largo que las propias vacaciones laborales.

Para quienes permanecen en la ciudad, el verano se convierte en una experiencia peculiar. La actividad escolar desaparece, muchos amigos se marchan temporalmente, algunos servicios reducen sus horarios y las rutinas cambian por completo. Mientras los adultos trabajan (en un frenesí, a menudo, de calendarios, llamadas, cambios de horario y búsqueda de alternativas que permitan organizar la vida cotidiana), niños, niñas y adolescentes viven un tiempo tan fundamental para su desarrollo como los días de clases.

¿Cómo viven los niños el verano?

Cuando hablamos de conciliación pocas veces nos detenemos a pensar cómo viven los niños y adolescentes ese tiempo sin escuela. Porque no necesitan únicamente supervisión: necesitan jugar, descansar, relacionarse con otras personas, desarrollar progresivamente su autonomía, descubrir nuevos intereses y participar en experiencias significativas. El verano constituye un tiempo especialmente valioso para todo ello.

Hasta la ley de protección de la infancia de España, por ejemplo, advierte de que proteger no es únicamente evitar situaciones de riesgo, sino también garantizar entornos seguros y oportunidades adecuadas para su desarrollo personal, social y emocional.

¿Cómo podemos podemos hacerlo en una ciudad en los meses de más calor?

Espacios urbanos de ocio

Aunque la organización del verano suele recaer principalmente sobre las familias, otros actores también influyen en cómo se vive este periodo: las empresas, que pueden contribuir mediante fórmulas de flexibilidad horaria, adaptación de jornadas o modalidades de teletrabajo; y las administraciones y organizaciones responsables de una oferta de ocio adecuada.

Bibliotecas, centros culturales, polideportivos, centros juveniles, ludotecas, asociaciones vecinales y proyectos de ocio educativo pueden desempeñar un papel fundamental. No solo porque ofrecen actividades, sino porque generan oportunidades para encontrarse con otras personas, mantener rutinas positivas, participar en propuestas culturales o deportivas y seguir formando parte de la vida comunitaria durante el verano.




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Algunos ejemplos pueden encontrarse en numerosas ciudades españolas. Barcelona ha impulsado una amplia red de refugios climáticos en bibliotecas, centros cívicos y equipamientos municipales para ofrecer espacios seguros durante los episodios de calor.

Valencia desarrolla cada verano escuelas municipales y actividades deportivas dirigidas a la infancia y la adolescencia, mientras que Zaragoza, Sevilla y Bilbao programan campamentos urbanos y actividades culturales en bibliotecas y centros cívicos, así como propuestas de ocio educativo que mantienen activa la vida comunitaria durante los meses estivales.




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A ello se suman las iniciativas de miles de asociaciones vecinales, entidades juveniles y organizaciones de tiempo libre que organizan talleres, actividades deportivas, espacios de encuentro y proyectos de participación en los barrios. Estas experiencias muestran que el verano puede convertirse en una oportunidad para fortalecer los vínculos comunitarios, favorecer la participación y ampliar las oportunidades educativas más allá del ámbito escolar.

Muchas familias organizan el verano en función de los recursos existentes en su barrio o municipio. Por ello, una oferta suficiente y cercana, en la que se coordinen los servicios de educación, juventud, cultura, deporte y servicios sociales, puede marcar una diferencia importante en la experiencia cotidiana de niños, niñas y adolescentes.

Veranos en ciudades cada vez más cálidas

A los desafíos tradicionales de la conciliación se suma una cuestión cada vez más presente: el impacto de las altas temperaturas. Las olas de calor son más frecuentes e intensas que hace apenas unas décadas. Durante buena parte del verano, muchas ciudades registran temperaturas que dificultan el uso habitual de calles, plazas y espacios abiertos, especialmente en las horas centrales del día.

Esta realidad obliga a pensar el bienestar infantil también desde las condiciones ambientales en las que se desarrolla la vida cotidiana. Disponer de parques con sombra, zonas verdes accesibles, espacios de juego adaptados y equipamientos climatizados se ha convertido en una necesidad creciente.

En este contexto han adquirido especial relevancia los llamados refugios climáticos. Bibliotecas, centros culturales, centros juveniles, polideportivos y otros equipamientos públicos pueden ofrecer espacios seguros y confortables durante los episodios de calor extremo. Al mismo tiempo, estos lugares pueden seguir desempeñando funciones educativas, culturales y de socialización.




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La adaptación de las ciudades al cambio climático exige también repensar los espacios urbanos desde la perspectiva de la infancia: más sombra, más vegetación, más espacios de encuentro y más equipamientos abiertos durante los meses estivales.

Una nueva mirada sobre el verano

Quizá ha llegado el momento de dejar de entender el verano únicamente como un problema de calendario o como un periodo que hay que llenar de actividades mientras los adultos trabajan. Además de preguntarnos cómo conciliar, conviene preguntarnos cómo queremos que vivan el verano quienes pasan buena parte de estos meses en la ciudad.

Las respuestas no pasan necesariamente por crear nuevos recursos, sino por fortalecer y coordinar mejor los que ya existen. Ampliar la programación estival de bibliotecas y centros culturales, abrir instalaciones deportivas durante más horas, consolidar programas municipales de ocio educativo, reforzar los refugios climáticos, facilitar medidas de flexibilidad laboral y mejorar la coordinación entre los distintos servicios públicos son algunas de las iniciativas que pueden contribuir a mejorar la experiencia estival de la infancia.

The Conversation

Mª Pilar Rodrigo Moriche no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

ref. Vacaciones en la ciudad: ¿qué necesitamos para un ocio infantil de calidad? – https://theconversation.com/vacaciones-en-la-ciudad-que-necesitamos-para-un-ocio-infantil-de-calidad-286683

Las brisas marinas del Mediterráneo ya no refrescan como antes

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Shalenys Bedoya Valestt, Investigadora predoctoral, climatología, Consejo Superior de Investigaciones Científicas (CSIC)

Vista del mar Mediterráneo desde la catedral de Palma de Mallorca. Al Carrera/Shutterstock

Quienes viven a orillas del Mediterráneo conocen bien la sensación. Es mediodía en pleno mes de julio, el asfalto quema y el aire parece estancado. De repente, las hojas de los árboles empiezan a moverse. Se ha despertado la brisa. Ese viento fresco que llega del mar ha sido, durante siglos, nuestro aire acondicionado natural, un alivio indispensable para soportar los rigores del verano. Pero algo está cambiando. Cada vez lo sentimos menos.

No es solo una percepción. Los datos lo confirman: la ventilación natural del Mediterráneo se está debilitando.

En nuestro estudio, publicado recientemente en Scientific Reports, aportamos evidencias a escala regional de que, en un clima cada vez más cálido, las brisas marinas se están volviendo más débiles y más frecuentes en la cuenca del Mediterráneo occidental. Para ello, hemos analizado los datos correspondientes a 41 años (1981–2021) procedentes de 39 estaciones meteorológicas en Francia, Italia, España y el norte de África.

Cuatro décadas de cambios

En nuestro trabajo, hemos observado dos patrones claros:

  • Un debilitamiento en la intensidad: desde la década de 1980, la velocidad (intensidad) de la brisa marina ha disminuido casi un 11 % de media, especialmente durante los meses de primavera y verano.

  • Un probable cambio en su estacionalidad: por el contrario, la frecuencia de aparición de las brisas ha aumentado, sobre todo en invierno, con un incremento de aproximadamente un 10 % por década.

El calentamiento regional debilita la brisa del Mediterráneo

En España, la situación es aún más pronunciada. En las Islas Baleares y la costa mediterránea peninsular, este viento ha perdido en torno a un 17 % de su fuerza. Ciudades como Barcelona, Palma de Mallorca y Castellón presentan brisas marinas incluso un 25 % más débiles que en la década de los ochenta.

Podríamos pensar que lo lógico sería que ocurriese lo contrario. Sabemos que la región mediterránea ha experimentado un calentamiento sin precedentes y es considerada un “punto caliente” del cambio climático con cada vez más episodios extremos de calor. Actualmente, el mar y la tierra se calienta entre un 20 % y un 40 % más rápido que el resto del planeta.

Dado que la tierra se calienta más deprisa que el océano, se están produciendo cambios significativos en la dinámica atmosférica y oceánica. Como resultado, la diferencia de temperatura entre la tierra y el mar se está intensificando. Este contraste térmico es el principal desencadenante de las brisas marinas en todo el mundo.

Por tanto, cabría pensar que un mayor contraste térmico resultase en vientos más fuertes. Sin embargo, en el caso de la brisa, la respuesta no está en la superficie, sino en las capas altas de la atmósfera.

El efecto tapadera durante las olas de calor

El calentamiento global está alterando la distribución de las masas de aire a gran escala, como por ejemplo en la corriente en chorro (vientos que circulan a gran velocidad y altitud). Esto favorece que los sistemas de alta presión (dorsales anticiclónicas) se queden estacionarios sobre el Mediterráneo con mayor asiduidad. Estos sistemas no sólo aportan una gran estabilidad atmosférica, sino que, además, atraen masas de aire tropical continental muy cálido sobre la región, generando olas de calor cada vez más frecuentes e intensas.

Ese aire más cálido se sitúa en las capas medias de la atmósfera, creando una barrera atmosférica que suprime cualquier movimiento vertical del aire cerca del suelo. Como la brisa necesita que el aire caliente de la tierra ascienda libremente para que el aire fresco que viene del mar sea impulsado hacia la costa, al tener esa “tapadera” encima, la circulación se comprime verticalmente (se aplana), reduciendo la velocidad del viento a nivel del suelo.

Esquema ilustrativo del efecto tapadera durante las olas de calor
Esquema del efecto tapadera durante las olas de calor. La subsidencia (hundimiento) de masas de aire cálido sobre la capa límite planetaria (la zona inferior de la atmósfera más cercana al suelo) actúa como una barrera estable (tapadera) que achata y debilita la circulación de la brisa.
Shalenys Bedoya Valestt, CC BY-NC-SA

Los datos muestran que, durante las olas de calor atmosféricas, la brisa es un 8 % más débil en Baleares y cerca de un 5 % en la Península, en comparación al resto de días estivales. Estos hallazgos nos deben preocupar ahora más que nunca, ya que el debilitamiento de la brisa marina está impulsado precisamente por los mismos eventos extremos que debería aliviar: olas de calor cada vez más intensas, prolongadas y frecuentes.




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Gráfico de barras de la velocidad de la brisa marina en verano en situación de ola de calor y sin ola de calor en diferentes regiones
Velocidad de la brisa marina en verano y el debilitamiento que ejercen las olas de calor sobre su intensidad.
Shalenys Bedoya-Valestt, CC BY-SA

Cambio en la estacionalidad

Las brisas marinas son vientos locales generalmente asociados a los meses del verano. Sin embargo, en la región mediterránea también pueden ocurrir en invierno, aunque en menor frecuencia.

Nuestros resultados sugieren que la mayor ocurrencia invernal de brisa que estamos teniendo puede ser una respuesta en cascada a la dinámica atmosférica. Concretamente a la expansión del anticiclón de las Azores (un gran y persistente sistema de alta presión sobre el océano Atlántico) y a una tendencia hacia fases positivas de la Oscilación del Atlántico Norte o NAO+ (un patrón de presión atmosférica que favorece un tiempo seco y estable en el Mediterráneo). Esto se traduce en una mayor frecuencia de anticiclones invernales sobre el Mediterráneo occidental.

Los cielos despejados y los vientos de fondo débiles resultantes crean las condiciones adecuadas para desencadenar brisas marinas durante los meses más fríos. Por otro lado, algunas estaciones meteorológicas detectaron menos días de brisa en verano. Podríamos estar observando un posible desplazamiento en la estacionalidad de las brisas desde el pico del verano hacia el invierno.

Impactos en la sociedad

Los cambios en las brisas marinas conllevan riesgos significativos para los entornos costeros y de interior, así como para las sociedades que los habitan:

  • Mayores extremos térmicos: a medida que las brisas de verano se debilitan y se desplazan al invierno, su efecto de enfriamiento natural disminuye justo cuando más se necesita: durante las olas de calor severas. Estos vientos locales son ahora demasiado débiles para penetrar y enfriar las zonas de interior. Esto amenaza con exacerbar el estrés térmico urbano y aumentar los riesgos para la salud pública.

  • Peor calidad del aire: mientras que los vientos fuertes dispersan la contaminación atmosférica, unas brisas más débiles y frecuentes pueden atrapar y recircular los contaminantes a lo largo de la costa y el interior durante días, empeorando la exposición de ciudades densamente pobladas.

  • Efectos en las precipitaciones: los cambios en estos vientos pueden afectar el transporte de humedad, influyendo en la convección profunda de verano (la responsable de las tormentas severas). Además, otros estudios sugieren que los cambios antropogénicos en el uso del suelo han dejado a las brisas con menos agua disponible para transportar hacia el interior. Por lo tanto, unas brisas más débiles que transportan menos vapor de agua podrían fracasar a la hora de desencadenar las tormentas estivales, necesarias para mantener el ciclo hidrológico en regiones que ya de por sí son secas y áridas.

Nuestros hallazgos señalan las brisas marinas como un elemento crítico, pero históricamente poco explorado, del cambio climático regional. A medida que el Mediterráneo se sigue calentando, depender únicamente de modelos climáticos globales a gran escala (que a menudo tienen dificultades para capturar vientos costeros tan localizados) no es suficiente.

Al analizar las observaciones regionales a largo plazo, obtenemos una imagen mucho más clara de cómo están cambiando las brisas marinas. Esta comprensión es necesaria para evaluar correctamente los riesgos asociados al cambio climático y proporcionar una base realista para las estrategias de mitigación y adaptación en la costa mediterránea.

The Conversation

Shalenys Bedoya Valestt recibe fondos del programa Santiago Grisolía financiado por la Generalitat Valenciana para la realización de tesis doctorales (GVA-CIGRIS/2021/131).

César Azorín Molina dirige esta investigación financiada por la Generalitat Valenciana mediante el programa PROMETEO para Grupos de Investigación de Excelencia (GVA-CIPROM/2023/38). El trabajo también recibe fondos del programa ThinkInAzul apoyado por el Ministerio de Ciencia, Innovación y Universidades (MICIU) con financiación europea NextGenerationEU (PRTR-C17.I1) y de la Generalitat Valenciana (THINKINAZUL/2021/018); del Ministerio para la Transición Ecológica y el Reto Demográfico (MITECO) y la Comisión Europea (NextGenerationEU) a través de la Plataforma Temática Interdisciplinar Clima del CSIC (PTI-Clima); así como del proyecto RED-CLIMA 2 (LINCGLOBAL – CSIC, LINCG24042). Además, este estudio cuenta con el respaldo de la Unidad Asociada CSIC-Universidad de Vigo: Grupo de Física de la Atmósfera y del Océano.

ref. Las brisas marinas del Mediterráneo ya no refrescan como antes – https://theconversation.com/las-brisas-marinas-del-mediterraneo-ya-no-refrescan-como-antes-287795

El norte de África como frontera del mundo: los secretos de ‘lo maravilloso’ en el Magreb medieval

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Cristina Franco Vázquez, Doctora en Estudios Árabes e Islámicos, Universidad de Salamanca

Mapa del mundo cartografiado por Al-Idrisi en 1154. Wikimedia Commons

Entre los siglos IX y XIII, los geógrafos del imperio arabo-islámico describieron el norte de África como un territorio donde lo cotidiano convivía con lo extraordinario. Sus obras no solo hablaban de ciudades, montañas o rutas comerciales. También recogían historias sobre aguas milagrosas, animales imposibles, cuevas misteriosas y paisajes cargados de simbolismo.

Lejos de ser simples supersticiones, estos relatos cumplían una función muy concreta.

El Magreb, un territorio situado en los confines

Durante buena parte de la Edad Media, el Magreb –el territorio que se extendía aproximadamente desde el actual Marruecos hasta Libia– ocupó una posición periférica dentro del Dār al-Islām, el mundo islámico. Desde la perspectiva de los geógrafos que escribían en Bagdad, Damasco o El Cairo, se trataba del extremo occidental del Imperio, una región alejada de los principales centros políticos e intelectuales.

Mapa medieval de la península ibérica, representada como un círculo, y de la costa norte africana.
Mapa del Magreb según al-Istakhrī, alrededor del 934.
Bibliotheeck der Rijksuniversiteit/Wikimedia Commons

Esa condición de frontera marcó profundamente su imagen. Uno de los mejores ejemplos de la imagen marginal del Magreb se encuentra en el texto de Ibn ʿAbd al-Ḥakam del siglo IX Futūḥ Ifrīqīya wa-l-Andalus (“Conquista de Ifrīqīya y al-Andalus”). En él se compara el Imperio arabo-islámico con un pájaro: la cabeza sería La Meca, Medina y Yemen; el pecho, el Šām –actuales Siria, Líbano, Jordania, Palestina– y Miṣr –Egipto–; el ala derecha, Irak y las naciones que están detrás de él; el ala izquierda, Sind –aproximadamente, la actual Pakistán– y, detrás de él, el Hind –India, Pakistán y Bangladés–. La cola sería el Magreb.

El texto termina especificando que la cola es la peor parte del ave, lo que da a entender la poca importancia que se le daba a este territorio dentro del Imperio.

No obstante, casi 300 años después, a principios del siglo XIV, el Kitāb mafāḫr al-barbar (“Libro de las gestas de los bereberes”) recoge un texto muy similar en el que el Mašriq –actuales Irak, Siria, Líbano, Jordania, Palestina– sería la cabeza del ave; Yemen, un ala; Šām, la otra ala; Irak, el pecho; y el Magreb, la cola. Pero, aclara, se trata de la cola de un pavo real; es decir, lo mejor de este animal.

Nos encontramos, por tanto, ante un Magreb que ha dejado de ser un espacio que las obras mencionan de pasada para empezar a tener su propia historiografía y autores, enmarcados en un contexto arabo-islámico, que resitúan este territorio y su población.

Este cambio coincide con el desarrollo de textos geográficos escritos por autores del propio Occidente islámico. Gracias a ellos, el Magreb empieza a describirse con mucho más detalle y comienzan a incorporarse tradiciones locales que hasta entonces apenas habían aparecido en las obras geográficas.

Cuando la geografía también contaba maravillas

A diferencia de lo que entendemos hoy por textos o mapas geográficos, sus documentos no pretendían separar estrictamente los hechos comprobables de las creencias populares. El objetivo era reunir todo el conocimiento disponible sobre un territorio.

Por eso, junto a las descripciones de ciudades, montañas o ríos encontramos historias transmitidas por comerciantes, viajeros y habitantes locales. Estas narraciones recibían el nombre de ʿaǧāʾib, “maravillas”, y no se consideraban necesariamente falsas. Eran fenómenos que escapaban a la experiencia habitual y despertaban asombro.

El cosmógrafo persa al-Qazwīnī, uno de los grandes estudiosos de este tipo de relatos en el siglo XIII, explicaba que algo resultaba maravilloso cuando quien lo observaba no era capaz de comprender su causa. Lo extraordinario, por tanto, no dependía solo del fenómeno, sino también del conocimiento de quien lo contemplaba. Lo que hoy explicaríamos mediante la ciencia podía interpretarse entonces como una manifestación del orden creado por Dios.

Un mapa del mundo habitado, extraído de la obra de cosmografía Ajā’ib al-makhlūqāt wa-gharā’ib al-mawjūdāt (‘Maravillas de las cosas creadas y aspectos milagrosos de las cosas existentes’), de Zakariya al-Qazwīnī, en una copia del siglo XVI.
U.S. National Library of Medicine

Cuevas, montañas y mares donde todo parecía posible

No todos los lugares eran igualmente propicios para albergar estas historias. Las maravillas se concentraban sobre todo en espacios de frontera: montañas, cuevas, islas, desiertos y costas.

La cordillera del Atlas aparecía como un escenario donde podían esconderse serpientes gigantes o grutas con cadáveres incorruptos convertidos en talismanes protectores. Algunas fuentes poseían propiedades curativas y determinadas piedras se utilizaban para aliviar enfermedades.

El mar era otro gran escenario de lo oculto. El Mediterráneo se describía como un lugar peligroso, habitado por criaturas monstruosas que amenazaban a los navegantes. El Atlántico representaba prácticamente el final del mundo conocido en la época. Según algunos autores, solo era posible navegar con seguridad cerca de la costa; más allá se extendía un océano repleto de islas inexploradas cuyo número únicamente Dios sabía.

Resulta llamativo que muchos de estos relatos aparezcan precisamente en torno a ciudades, puertos y rutas comerciales. Lejos de surgir en lugares completamente aislados, las maravillas circulaban allí donde coincidían viajeros, mercaderes y peregrinos. Eran espacios privilegiados para el intercambio de noticias… y también de leyendas.

Mucho más que historias fantásticas

Podría pensarse que estos relatos solo buscaban entretener. Sin embargo, cumplían funciones mucho más complejas.

Algunos actuaban como advertencias. Las fuentes envenenadas, las islas malditas o las montañas infestadas de criaturas peligrosas servían para señalar los riesgos de determinados lugares. Otros transmitían conocimientos considerados útiles, como la existencia de aguas medicinales o minerales con propiedades curativas.

Mapa medieval del norte del continente africano.
Mapa de al-Maghrib al-Aqsa y al-Maghrib al-Awsat (Magreb lejano y Magreb central) en la copia manuscrita más antigua que se conserva de la Tabula Rogeriana del cartógrafo y geógrafo Al-Idrisi.
Gallica

Además, estas historias ayudaban a conservar un patrimonio oral que difícilmente habría llegado hasta nosotros por otros medios. Los geógrafos no solo cartografiaban el territorio; también recogían la memoria colectiva de quienes lo habitaban.

Lo que estos relatos nos cuentan hoy

Aunque hoy sepamos que aquellos dragones y monstruos marinos nunca existieron, las historias que los describen siguen siendo extraordinariamente valiosas. No porque nos informen sobre la fauna del Mediterráneo medieval, sino porque nos permiten comprender cómo las sociedades del pasado interpretaban el mundo que las rodeaba.

Para los geógrafos medievales, un mapa no era únicamente una representación física del territorio. También era una forma de ordenar lo desconocido. En ese sentido, las maravillas funcionaban como una herramienta para delimitar los márgenes del mundo y explicar aquello para lo que todavía no existía una respuesta.

Quizá esa sea la mayor enseñanza de estos relatos. Nos recuerdan que la necesidad de dar sentido a lo ignorado no ha desaparecido. Simplemente han cambiado las herramientas con las que intentamos hacerlo.


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Cristina Franco Vázquez no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

ref. El norte de África como frontera del mundo: los secretos de ‘lo maravilloso’ en el Magreb medieval – https://theconversation.com/el-norte-de-africa-como-frontera-del-mundo-los-secretos-de-lo-maravilloso-en-el-magreb-medieval-285013

¿Cuál es el mayor reto científico que aún no hemos podido resolver?

Source: The Conversation – (in Spanish) – By M Rut Jiménez Liso, Catedrática de Universidad del área de Didáctica de las Ciencias Experimentales, Universidad de Almería

Saber de dónde surge la consciencia es uno de los grandes interrogantes por resolver. SvetaZi/Shutterstock

Este artículo forma parte de la sección The Conversation Júnior, en la que especialistas de las principales universidades y centros de investigación contestan a las dudas de jóvenes curios@s de entre 12 y 16 años. Podéis enviar vuestras preguntas a tcesjunior@theconversation.com


Pregunta formulada por Rodrigo Alonso Martín, de 16 años, desde el IES José Martín Recuerda, Motril (Granada).


Podríamos irnos a las grandes preguntas de la ciencia, cuya respuesta todavía no tenemos del todo, como de dónde surge el universo, si hay o ha habido vida en otros planetas, qué es y qué caracteriza a la materia oscura, cómo surgió la vida a partir de materia inerte o cómo conseguir revertir el calentamiento global.

Sin embargo, si nos quedamos en estos grandes interrogantes, podríamos tener sensación de estar ante algo inalcanzable y utópico, mientras que la pregunta inicial y la actividad científica va de retos y de su equilibrio con la habilidad de quienes los resuelven.

El truco está en cómo plantear el problema

Como si se tratara de un videojuego, si el reto supera mucho a la habilidad de quien juega, sentirá ansiedad o frustración. Por el contrario, si la habilidad supera al reto aparece el aburrimiento. En ambos casos, existe el riesgo de abandonar el juego, que solo “engancha” cuando están equilibrados reto y habilidad. Es lo que se conoce como teoría del flujo, propuesta por el psicólogo Mihaly Csikszentmihalyi.

Pues bien, con la actividad científica pasa igual: necesitamos simplificar los problemas que tratamos de resolver para equilibrar el reto con nuestras habilidades. Por tanto, el mayor reto no son las grandes preguntas sino cómo las abordamos y cómo nos vamos aproximando a la complejidad.

A veces, conocemos información sobre un agujero negro lejano, pero nos cuesta mucho trabajo entender qué le pasa a una molécula dentro de un cazo de agua hirviendo, porque nos falta comprender el proceso complejo y verlo en su conjunto con todas las variables que influyen.

Grandes revoluciones científicas

A finales del siglo XVIII y principios del XIX, se produjo la gran revolución química con la superación de la teoría del flogisto –teoría científica obsoleta basada en una sustancia hipotética que representa la inflamabilidad– a favor de la conservación de la masa y el concepto de elemento químico.

De igual manera, podemos identificar el comienzo del siglo XX como la última gran revolución física, con la teoría de la relatividad y la mecánica cuántica, o sus finales como la revolución del ADN y la biotecnología.

¿Y ahora? Todo apunta a que este siglo XXI ha inaugurado la era de la neurociencia y de la inteligencia artificial, con nuevos interrogantes: ¿cómo surge la conciencia? ¿Es posible lograr una inteligencia artificial general, como la humana?

Terreno abonado para los bulos

Esas revoluciones pueden producir mucha incertidumbre entre la ciudadanía. No es fácil vivir inmersos en la complejidad y, en vez de dividir el problema y convertirlo en algo alcanzable (equilibrio reto-habilidad), hay quienes se apartan y toman atajos rápidos y fáciles. Así ganan fuerza los bulos que inundan nuestras redes sociales y las conversaciones familiares.

Por ejemplo, ante la observación de que el suelo que se extiende a mi alrededor es plano, puedo sacar la conclusión de que la Tierra es plana. La actividad científica consiste, precisamente, en plantearse un reto: ¿cómo puedo demostrarlo –o desmentirlo–?

En este caso, quizá, podría abordarse respondiendo a un problema concreto, por ejemplo, un barco que sale del puerto de Almería ¿se hace cada vez más pequeño hasta que ningún teleobjetivo puede verlo? Ahora viene el juego de lo sencillo: ¿qué razonamiento puede explicar eso y otros fenómenos relacionados?

El juego de hacer ciencia

Este juego de investigar y hacer ciencia “engancha” a multitud de personas (investigadoras, docentes, estudiantes), no tanto por los grandes descubrimientos que vayamos a producir sino porque “el asombro está en el proceso” –como dice la investigadora Megan Powell Cuzzolino–.

Para ello, cuando enseñamos ciencia, quizá sea mejor no hacer espóiler ni empezar por el final de la película, sino vivir todo el proceso, con preguntas que encierran realidades cercanas para despertar el interés científico. Por ejemplo, si queremos estudiar las cualidades de la vida, podemos plantearnos preguntas como: ¿un garbanzo es un ser vivo?, ¿y una rama recién cortada?, ¿cómo podemos comprobarlo? Para enfrentarnos también nosotros al reto de querer investigarlo y explicarlo.

De esta manera, conocemos las reglas del juego para construir (y evaluar) el conocimiento científico. Y también es el antídoto para impedir que cada vez más personas generen y difundan bulos que ponen en peligro la salud de las personas, los ecosistemas y el planeta, así como los sistemas democráticos.


El museo interactivo Parque de las Ciencias de Andalucía y su Unidad de Cultura Científica e Innovación colaboran en la sección The Conversation Júnior.


The Conversation

M Rut Jiménez Liso no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

ref. ¿Cuál es el mayor reto científico que aún no hemos podido resolver? – https://theconversation.com/cual-es-el-mayor-reto-cientifico-que-aun-no-hemos-podido-resolver-285831

Après les Jeux olympiques de Paris 2024, quel héritage pour la sécurité des évènements sportifs ?

Source: The Conversation – in French – By Christophe Durand, Professeur des Universités, Université de Caen Normandie

*Deux ans après la tenue des Jeux olympiques de Paris 2024, il est temps de dresser le bilan sécuritaire de l’évènement : quels ont été les coûts ? Est-ce que les nouvelles technologies vont prendre de plus en plus de place ? *


En France, l’année 2024 a été marquée par l’organisation d’un évènement planétaire, les Jeux olympiques et Paralympiques de Paris. Le Comité d’Organisation (COJO) annonçait pour les 30 jours de compétitions (17 pour les JO et 12 pour les JOP) 15 000 athlètes venus de plus de 200 nations, plus de 40 000 volontaires, 26 000 journalistes accrédités. L’organisateur revendique également 15 millions de visiteurs (11,3 JO et 3,8 JOP) et 4 milliards de téléspectateurs.

La présence de telles foules et l’exposition médiatique de l’évènement ont soulevé une importante réflexion en termes de logistique d’organisation, mais surtout de sécurité. Le déploiement de structures temporaires – tribunes ou barnum, l’adaptation de sites existants – Grand Palais, Versailles ou Trocadéro aux épreuves sportives a posé un grand nombre de défis aux organisateurs et aux opérateurs-prestataires du secteur de l’évènementiel.

Une sécurité exemplaire pour un évènement médiatique international

La sécurité de la manifestation a été très précocement mise en avant dans un contexte de tensions terroristes et géopolitiques. L’État français, payeur de dernier ressort et garant de l’organisation devant le CIO, a ainsi mis en place une législation spécifique aux JO dite « Lois olympiques », dont certains aspects concernaient des adaptations qui « serviront, en héritage, à l’ensemble des grands événements accueillis sur le territoire national ». Sur les aspects sécurité, le législateur renforçait « les outils à la disposition des pouvoirs publics, d’abord en matière de vidéoprotection, en facilitant l’identification de situations dangereuses pour la sécurité des personnes par les forces de sécurité au moyen de traitements par algorithme assortis de nombreuses garanties pour les droits des personnes concernées ». La coordination se voyait améliorée « en faisant du préfet de police le responsable unique de l’ordre public en Île-de-France pendant la période des Jeux ».

Enfin, la validation des accréditations faisait l’objet d’un criblage massif : plus d’un million de demandes traitées via « plusieurs dispositifs de contrôle […] renforcés, qu’il s’agisse des enquêtes de sécurité portant sur les délégations et prestataires accédant aux sites de compétition et de célébration ou des palpations réalisées à l’entrée des enceintes sportives, qui seront facilitées grâce au recours possible à des scanners corporels, à l’instar des contrôles réalisés dans les aéroports ». Parallèlement, les pouvoirs publics ont validé et financé la formation d’agent de sécurité privée sous forme réduite (105h au lieu de 175h) pour pallier le manque de main-d’œuvre attendu. Ce dispositif et la forte mobilisation des acteurs du secteur de la sécurité privée ont permis le déploiement de 17 000 agents professionnels pendant les Jeux, chiffre porté à 22 000 sur les trois journées les plus importantes.

Deux ans après, l’heure du bilan et des choix

Comme l’avait noté le Conseil d’État, ces mesures se voulaient pour la plupart temporaires et expérimentales. Presque deux ans après les Jeux, le temps des enseignements est arrivé. Et celui des décisions aussi. Diffusé dans le monde entier, l’évènement ne pouvait être entaché du moindre incident sécuritaire. Et cela a été le cas. Outre les commentaires multiples effectués à chaud, les pouvoirs publics ont sollicité des retours d’expérience détaillés à travers trois rapports : le Sénat, le ministère de l’Intérieur et la Commission Nationale Consultative des Droits de l’Homme ont ainsi livré leurs conclusions. Par la suite, la Cour des comptes a elle aussi publié un rapport sur les JO et JOP 2024. L’analyse de ces rapports se scinde en deux versants.

  • Le premier concerne le coût public de la sécurisation de l’évènement qui sur la période 2022-2025 s’établit à 1 163 M€ (517 M€ de surcoût de masse salariale lié aux primes des forces de l’ordre + 646 M€ pour les dépenses de fonctionnement des personnels). Pour sa part la Cour des comptes indique un montant supérieur -1700 M€- en imputant les dépenses de sécurité privée payées sur le budget des Jeux (220 M€) et certaines dépenses indirectes pouvant être imputées à l’évènement selon la rue Cambon comme le coût des formations d’agent de sécurité « évènementiel ».

Ces dépenses n’ont pas été facturées au Comité d’Organisation selon la convention État-Cojop-CIO – alors qu’il est possible depuis 2012 pour les pouvoirs publics français de facturer à l’Organisateur privé à logique commerciale les dépenses liées à la sécurité renforcée sur l’espace public du fait d’un évènement.

Ce surcoût élevé est toutefois un bon indicateur de dispositifs pensés selon une approche « zéro risque » que l’État souhaitait compte tenu des enjeux d’image pour le pays. Cette doctrine a généré un déploiement de forces de l’ordre – épaulés marginalement par l’armée – rarement vu sur le territoire français sur une période aussi longue et hors crise, le Gouvernement appelant les organisateurs d’autres évènements nécessitant le recours aux forces de l’ordre à annuler ou reporter leurs manifestations de l’été 2024.

  • Le second versant des rapports fait le bilan des mesures temporaires mises en place et envisage leur avenir. Quatre éléments de doctrine pour l’avenir nous semblent pouvoir émerger :

Vers un élargissement du rôle de la sécurité privée

Outre la création d’un carte professionnelle allégée pour les agents de sécurité privée, la facilitation des criblages pour les personnels et les volontaires travaillant sur les sites a été considérée comme validée. Les mesures immédiates d’éloignement ou de non-accréditation des personnes identifiées comme « à risques » (fiché S, étranger en situation irrégulière, poursuivies ou condamnées pour troubles à l’ordre public) ne seront pas maintenues hors JO confirmant une doctrine française constante. Elles sont toutefois un précédent dont une remise en place éventuelle peut-être à nouveau envisagée, avec l’accord du Parlement. L’usage massif des portiques de détection – déployés uniquement à Paris et sur quelques sites – qui visaient à fluidifier les contrôles d’accès sans palpation a largement fonctionné mais dans un mode de réglage peu sensible en termes de détection du fait d’une injonction du législateur et pour éviter des déclenchements trop fréquents.

La vidéosurveillance algorithmique va continuer

Le point majeur de l’usage des outils d’aide à la décision – dits algorithmiques – à partir des images vidéos captées en temps réel était expérimental sur 485 caméras dont a priori aucune aéroportés ou mobiles. Techniquement, leur apport a été considéré comme minime compte tenu de problèmes techniques multipliant les pannes ou les faux positifs. Sur ce point le Sénat note que « l’expérimentation ne permet pas de porter un jugement définitif sur l’opportunité du recours à la vidéoprotection algorithmique ». D’où une recommandation pour un maintien de l’expérimentation, le Comité d’Évaluation indiquant que rien « ne heurtait les libertés publiques ni dans sa conception ni dans sa mise en œuvre » dans cette VSA. On notera toutefois que La Commission nationale consultative des droits de l’Homme (CNCDH) est dans son rapport beaucoup plus critique sur ces technologies par rapport aux libertés fondamentales.

Pas d’utilsation des données biométriques et reconnaissance faciale

Un temps envisagé, l’utilisation exceptionnelle de données biométriques a été écartée illustrant en France une grande réticence du législateur quant aux conditions d’application du règlement général sur la protection des données (RGPD). La reconnaissance faciale notamment n’a pas été autorisée, contrairement aux JO de Tokyo 2020 et Pékin 2022. Si en Europe, seul le Royaume-Uni utilise la reconnaissance faciale massivement. Dans le reste du monde, de nombreux pays d’Asie ou du Moyen-Orient organisant des grands évènements sportifs, festifs, culturels ou politiques y ont aujourd’hui recours comme pour la Coupe du Monde au Qatar en 2022. Le législateur français et le juge restent très réticents à des usages de ce type, sauf dans le cadre d’enquête judiciaire s’appuyant sur des captations vidéos.

Ainsi alors même que les systèmes implantés aussi bien en vidéosurveillance (espace public) que vidéoprotection (espace privé) disposent de la possibilité technique d’activer des outils croisant des fichiers de référence et des images en direct, cette couche logicielle n’est pas autorisée en France. Depuis 2016, les gouvernements et Parlements successifs ont donc toujours refusé de franchir le Rubicon de la question sensible de la reconnaissance faciale, même à titre expérimental, même pour les JO.

Dans le difficile équilibre de la balance libertés vs sécurité, les JOP ont toutefois ouvert la porte vers l’usage de certains outils technologiques et le transfert de prérogatives d’ordre public vers la sécurité privée, tendance déjà observée avant les Jeux : usage de drones, criblage massif et systématique, vidéo algorithmique, portiques express en contrôle d’accès (à seuil de détection réglé au minima). On notera aussi un recours massif à la modélisation des sites via le concept de jumeaux numériques dans le cadre des postes de commandement sur la plupart des sites.

La question très sensible des données biométriques en temps réel est restée en attente. Qu’il s’agisse de périmétrie (contrôle d’accès) ou de périphérie des manifestations (présence à proximité), la France maintient, jusqu’ici, un véto formel à un usage automatique des outils de reconnaissance faciale, dans la ligne actuelle de la doctrine européenne actuelle.

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

ref. Après les Jeux olympiques de Paris 2024, quel héritage pour la sécurité des évènements sportifs ? – https://theconversation.com/apres-les-jeux-olympiques-de-paris-2024-quel-heritage-pour-la-securite-des-evenements-sportifs-280863

Le découpage technologique, la tactique vaine d’Apple pour esquiver la régulation

Source: The Conversation – in French – By Charles Cuvelliez, Ecole Polytechnique de Bruxelles, Université Libre de Bruxelles, Université Libre de Bruxelles (ULB)

Pour la justice européenne, Apple est bien un contrôleur d’accès. Bangyu Wang/Unsplash, CC BY

Apple a contesté tomber sous le coup du Digital Market Act (DMA) en faisant valoir que sa boutique d’application n’en était pas une, mais cinq plus petites dédiées à leurs différents produits. Cet argument n’a pas convaincu le Tribunal de l’Union européenne. Quant à son iOS, il ne connaît pas un meilleur sort et est aussi désigné comme tombant sous la régulation du DMA.


Le Digital Market Act (DMA) ou Législation sur les marchés numériques est un règlement européen qui impose des règles aux grandes plates-formes numériques afin de garantir des marchés plus équitables et plus ouverts. Il vise à désigner les « contrôleurs d’accès » : des acteurs qui fournissent un ou plusieurs services de plates-formes essentiels servant d’intermédiaire majeur entre les entreprises et les consommateurs.

C’est dans le cadre du DMA que la Commission a considéré Apple comme un point de passage incontournable entre les utilisateurs et les développeurs d’applications pour l’App Store et pour le système d’exploitation iOS. Ce monopole n’est pas indolore : en effet, les commissions qu’Apple prélève sur les apps payantes sont très importantes (30 % pour les développeurs classiques, la moitié pour les développeurs de mini-applications et les PME).

Le DMA pourra permettre un allègement des conditions imposées aux développeurs (qui ne sont pas que pécuniaires, avec davantage d’options pour les boutiques alternatives et des moyens de paiement diversifiés pour les utilisateurs. Concernant le système iOS, l’objectif est d’avoir accès à plus de fonctionnalités des iPhones et autres produits de la marque. Mais, il ne s’agit ni de démanteler l’App Store ni de transformer iOS en open source comme Linux. C’est là toute la subtilité du DMA, perçue comme une menace par les sociétés américaines.

Et justement, le Tribunal de l’Union européenne (UE) a de nouveau recalé ce mercredi 8 juillet Apple dans sa tentative d’échapper à la régulation DMA de son Apple Store, de son iOS et de Safari.

Une boutique ou cinq ?

Apple avait contesté tomber sous le DMA pour sa boutique d’application Apple Store car, pour elle, on ne parle pas d’une boutique d’application mais de cinq – iOS App Store (iPhone), iPadOS App Store (iPad), watchOS App Store (Apple Watch), macOS App Store (Mac) et tvOS App Store (Apple TV). Il s’agirait donc de cinq services distincts. Dans cette configuration, seule la boutique iOS App Store franchirait les seuils quantitatifs d’utilisateurs selon l’article 3 §2 du DMA (45 millions d’utilisateurs mensuels actifs, 7,5 milliards de CA) et serait soumise, comme service de plate-forme essentiel à des obligations d’ouverture à la concurrence.

Chaque boutique, pour Apple, a sa finalité propre, parce que liée à l’appareil concerné et à son système d’exploitation. En d’autres termes, ne mettez pas dans un même panier iOS, iPadOS, watchOS, macOS et tvOS.

IOS, open-bar ?

Le système iOS, parce qu’il équipe tous les iPhone d’Apple, franchit aussi les seuils pour tomber sous la régulation DMA mais selon Apple, il occupe un rôle tellement important dans son écosystème que lui imposer des obligations serait disproportionné et reviendrait à s’attaquer au droit même de propriété intellectuelle de la marque. C’est l’article 6, §7, du DMA, qui impose à Apple d’ouvrir son système d’exploitation iOS à la concurrence. Une disposition inapplicable selon Apple.

Que recouvriront ces obligations ? On ne le sait pas encore et c’est que le Tribunal de l’UE retient : la décision de reconnaître iOS comme service de plate-forme essentielle n’a rien à voir, pour le moment, avec les obligations à venir. Ce sera pour plus tard et ce sera contestable.

Mais donc,de là à dire qu’iOS deviendra open source ou que des parties de code devront être publiées, il n’y qu’un pas qu’Apple voudrait franchir mais ce n’est pas ainsi que cela fonctionnera. On verra sans doute la publication et la mise au point d’interface (des API) pour permettre aux développeurs d’accéder à des fonctionnalités d’iOS qu’Apple se réservait.

La Commission, pas d’accord avec Apple

Dans sa réponse, que le Tribunal avait à trancher, la Commission met en avant les points suivants :

  • Une boutique d’applications met en contact des utilisateurs et des entreprises/développeurs pour des applications logicielles que les deuxièmes mettent au point. Ces applications sont les mêmes, quels que soient la plate-forme et le système d’exploitation sur lequel les applications fonctionnent.

  • Les développeurs et les utilisateurs sont soumis aux mêmes conditions générales d’accès, peu importe l’appareil concerné (iPhone, AppleWatch, Mac,iPad et la variante d’iOS qui l’équipe : iOS lui-même, watchOS, iPadOS)

  • C’est avec un même compte Apple qu’on accède à ces cinq boutiques soi-disant différenciées.

  • Apple présente et commercialise l’App Store comme un service unique, sous une marque unique.

Les boutiques App Store ont le même objectif : mettre en contact développeurs et utilisateurs pour des applications logicielles. S’il fallait ajouter un critère technologique selon la plate-forme ou le système d’exploitation, Apple aurait beau jeu de modifier à sa guise le périmètre de la régulation par de simples choix d’architecture technique. Pourquoi pas un App Store par modèle d’iPhone ?

Le juge entérine la lecture de la Commission

Le Tribunal suit la Commission : ces boutiques, prises ensemble, poursuivent une même finalité économique et fonctionnelle. Quant à l’argument de propriété d’iOS mise à mal s’il doit être régulé, le Tribunal explique que ce n’est pas l’endroit pour plaider cet argument : on ne parle que de déterminer les critères pour tomber sous la régulation DMA et ces critères sont atteints.

C’est au moment de déterminer les obligations concrètes imposées à Apple qu’on pourra revenir sur ce point et argumenter qu’elles sont disproportionnées.

Ce qui est décidé aujourd’hui n’a pas d’impact sur le futur : c’était un autre argument d’Apple selon lequel la décision de la Commission « couvrirait » automatiquement toutes les futures boutiques d’applications d’Apple. Le Tribunal explique que rien n’empêchera jamais Apple de contester toute décision future de la Commission pour le DMA.

Mais les obligations d’interopérabilité (qui obligent les grandes plates-formes à permettre à des services tiers de se connecter à certaines fonctions de leurs écosystèmes afin que les utilisateurs puissent échanger plus facilement entre services concurrents, pas uniquement ceux d’Apple) et d’ouverture à la concurrence (les plates-formes ne peuvent plus verrouiller les utilisateurs ou favoriser systématiquement leurs propres services ; elles doivent offrir un accès non discriminatoire, documenté et effectif aux fonctionnalités essentielles, pour faciliter l’entrée de nouveaux acteurs) se heurteront toujours aux implications concrètes sur les exigences de sécurité et de confidentialité, qu’Apple met en avant pour justifier le caractère très fermé de son écosystème. Même si c’est devenu un argument tardif fort à propos, Apple n’a pas tout à fait tort. C’est un vrai avantage. En cela l’article 6 §7 du DMA s’avèrera utile.

C’est un arrêt du Tribunal pas de la Cour européenne de Justice. Apple peut toujours faire appel sous les deux mois (avec un délai forfaitaire de 10 jours) à La Cour européenne de Justice. En tout cas, découper technologiquement ses produits pour échapper au DMA a pris un serieux coup sauf coup de théâtre d’un éventuel appel de Apple devant la Cour européenne de Justice.

The Conversation

Charles Cuvelliez ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Le découpage technologique, la tactique vaine d’Apple pour esquiver la régulation – https://theconversation.com/le-decoupage-technologique-la-tactique-vaine-dapple-pour-esquiver-la-regulation-287739

Pourquoi masculinisme et antisémitisme sont profondément liés

Source: The Conversation – France in French (3) – By Miriam Eve Mora, Managing Director of the Raoul Wallenberg Institute, University of Michigan

Fitness content is big in the ‘manosphere,’ but extreme ideologies make appearances, too. ljubaphoto/E+ via Getty Images

Les idées antisémites sont aujourd’hui présentes au sein des courants masculinistes. Or l’histoire nous montre que masculinité dominante et antisémitisme sont associés depuis des siècles. Les hommes juifs ont souvent été décrits comme féminins et fragiles, et fondamentalement différents.


Vers la fin de « Into the Manosphere » de Netflix, le documentariste Louis Theroux échange avec l’influenceur britannique Ed Matthews à Marbella, en Espagn.

« Les gens qui dirigent le monde n’ont pas les meilleures intentions », affirme Matthews, reprenant le langage de la manosphère — un univers où certains influenceurs et spectateurs estiment avoir accédé à une vérité plus profonde sur la réalité et le pouvoir. Lorsque Theroux lui demande qui contrôle tout cela, Matthews hausse les épaules et répond très simplement à cette question complexe : « Les Juifs. »

Il s’agit d’une digression de trois minutes dans le film, dont le sujet principal est la masculinité, au cours de laquelle plusieurs influenceurs accusent les juifs de participer à des conspirations mondiales.

La manosphère est un terme fourre-tout désignant des sites web, forums, blogs et influenceurs promouvant une forme particulière d’hypermasculinité, allant de la conviction que les femmes et le féminisme sont la cause des problèmes des hommes jusqu’à des appels à légaliser le viol. Les groupes qui la composent — notamment les «artistes de la drague», les mouvements pour les droits masculins et les communautés de célibataires involontaires (« incels ») — se présentent comme des victimes de la modernité. À leurs yeux, l’économie mondiale est responsable de leurs perspectives professionnelles décevantes, le féminisme est responsable de leurs échecs avec les femmes, et les droits des minorités les contraignent à renoncer à leurs privilèges d’hommes hétérosexuels, et ainsi de suite.

Or ces espaces numériques sont traversés par l’antisémitisme. Certains influenceurs connus nient ouvertement la Shoah, appellent à la violence contre les Juifs et diffusent des théories du complot globales.

Le documentaire de Louis Theroux, diffusé en mars 2026 sur Netflix, suit des personnalités en ligne qui façonnent les idées de jeunes hommes sur la masculinité.

En tant qu’historienne des questions de genre chez les juif et de l’antisémitisme, je sais que les liens entre misogynie et antisémitisme ont des racines profondes. Pendant des siècles, une stratégie fréquente de l’antisémitisme a consisté à attaquer les hommes juifs en dénigrant leur masculinité.

Stéréotypes séculaires

Tout au long du Moyen Âge et jusqu’au XXe siècle, les empires et nations d’Europe ont mis en place des lois et des pratiques qui maintenaient les hommes juifs à l’écart, sans leur accorder un accès complet à la citoyenneté. Dans de nombreuses régions, les Juifs n’avaient pas le droit de voter, de posséder des terres, d’occuper des fonctions publiques, de servir dans l’armée avec un grade ou de se battre en duel avec leurs pairs.

Une photo en noir et blanc montrant quatre hommes vêtus de manteaux, de pantalons et de chapeaux sombres, assis sur le perron devant un immeuble.
History & Art Images via Getty Images

Les discours antisémites dépeignaient souvent les hommes juifs comme féminins ou fragiles, et fondamentalement différents. Ces représentations ont nourri certains des stéréotypes antisémites les plus extrêmes. Par exemple, l’accusation de crime rituel, qui prétend faussement que les Juifs auraient besoin du sang d’enfants non juifs pour fabriquer le pain azyme de Pessa’h, était fréquemment associée à une autre croyance antisémite moins connue : celle selon laquelle les hommes juifs menstrueraient et auraient donc besoin du sang des non-Juifs pour se régénérer. D’autres idées antisémites affirmaient que les Juifs étaient trop faibles et trop lâches pour combattre dans l’armée, qu’ils étaient dominés par les femmes juives, ou encore que la circoncision les rendait plus proches des femmes elles-mêmes.

Le philosophe autrichien Otto Weininger aurait parfaitement trouvé sa place dans un podcast de la manosphère. Il dénonçait violemment la masculinité juive, tout en développant des vues misogynes sur les femmes dans son ouvrage de 1903 « Sexe et caractère ». « Tout comme il n’existe en réalité pas de “dignité des femmes”, il est tout aussi impossible d’imaginer un “gentleman” juif », écrivait-il, allant jusqu’à affirmer que même « la femme la plus supérieure reste infiniment inférieure à l’homme le plus inférieur ».

Sol américain

Les immigrés arrivés aux États-Unis, juifs comme non juifs, ont été façonnés par ces idées et ces expériences.

Les Juifs européens qui se sont installés en Amérique aux XIXe et XXe siècles ont principalement évolué dans le commerce et le négoce, et se sont surtout établis dans les villes. À l’époque, cependant, c’est la frontière — avec ses rudes cow-boys, mineurs et ouvriers du rail — qui définissait la masculinité américaine.

Les nouveaux arrivants juifs, venant de pays européens où la participation des hommes juifs à de nombreux domaines était limitée, avaient développé une masculinité alternative, centrée sur le savoir et sur l’« eydlkayt » — un mot yiddish désignant la douceur et la sensibilité. Après leur arrivée aux États-Unis, certains Juifs sont restés attachés à cette forme de masculinité, tandis que d’autres ont cherché à s’acculturer et à accéder aux formes de masculinité dominante, dont ils avaient été exclus dans leur pays d’origine ou celui de leurs parents.

L’un des premiers « influenceurs » de la masculinité américaine fut le président Theodore Roosevelt, qui mettait en avant sa propre transformation d’un homme timide et jugé efféminé — la presse locale se moquait de lui au début de sa carrière — en un aventurier robuste et amateur de plein air. « La grande majorité de la population juive… a une constitution physique faible », écrivait-il en 1901 dans une lettre. Bien qu’il attribuait cela à des siècles d’oppression, il concevait une différence notable des corps et de l’esprit juifs. Roosevelt défendait un modèle de masculinité rédemptrice fondé sur la vie en plein air et sur la « vie exigeante », et considérait la masculinité comme un moyen de dominer et de contrôler les races qu’il jugeait inférieures.

Les Juifs bénéficiaient sans doute de davantage de droits aux États-Unis que partout ailleurs à l’époque moderne, mais ils étaient encore exclus de certaines institutions de sociabilité masculine. Jusqu’au milieu du XXe siècle, ils furent écartés de nombreux clubs sportifs prestigieux, sociétés fraternelles, hauts grades militaires et country clubs, même si certains ont réagi en créant leurs propres cercles, comme le City Athletic Club de New York. La plupart de ces restrictions ont pris fin avec la disparition des quotas universitaires visant les Juifs dans l’enseignement supérieur américain dans les années 1960 et 1970.

Photo en noir et blanc montrant deux jeunes hommes accroupis de part et d’autre d’un ballon de football surdimensionné, tandis qu’un troisième se tient debout entre eux.
Des membres d’une fraternité juive, dont l’arrière-grand-père de l’autrice, Ezra Sensibar (à droite), posent pour une célébration de rentrée universitaire à Northwestern, à Evanston (Illinois), en 1923.
Sensibar Family Collection/Miriam Mora

Les conspirations d’aujourd’hui

La manosphère actuelle ne se contente pas de prolonger cet héritage : elle propose aussi quelque chose de nouveau. Son adhésion aux théories complotistes antisémites permet à des hommes qui se perçoivent comme des victimes d’expliquer simultanément de multiples frustrations sans avoir à reconnaître leurs propres failles.

Il y a plus de vingt ans, le Southern Poverty Law Center a identifié une théorie du complot émergente au sein de la droite américaine : l’idée que des « marxistes culturels » chercheraient à détruire la culture américaine. En particulier, certains partisans ont accusé les Juifs d’avoir introduit des idées et des mouvements progressistes — notamment le féminisme et les questions de genre — dans le cadre d’un effort visant à affaiblir la domination des hommes blancs.

Cela apparaît clairement dans les discours de la manosphère, lorsque des figures comme Myron Gainesattribuent aux Juifs ce qu’ils perçoivent comme des forces destructrices pour la civilisation occidentale, allant du féminisme et du communisme à la pornographie.

Le chercheur Michael Broschowitz explique le glissement de la manosphère vers l’antisémitisme par trois dynamiques principales. Premièrement, l’antisémitisme fonctionne comme une explication universelle, capable de rendre compte de nombreux problèmes à la fois. Deuxièmement, les algorithmes conçus pour maximiser l’engagement amplifient les contenus les plus extrêmes. Troisièmement, les communautés en ligne peuvent rapidement remixer des idées antisémites pour les adapter à différents contextes culturels.

Ces trois explications sont importantes. Mais j’avancerais un dernier élément crucial : la masculinité et l’antisémitisme ont traversé les siècles main dans la main. La pensée conspirationniste qui se développe dans la manosphère attribue aux hommes juifs la responsabilité de l’affaiblissement de la masculinité. Dans la manosphère, les échecs de la virilité ne sont jamais les vôtres.

The Conversation

Miriam Eve Mora ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Pourquoi masculinisme et antisémitisme sont profondément liés – https://theconversation.com/pourquoi-masculinisme-et-antisemitisme-sont-profondement-lies-280529