Salon de l’agriculture : les Amap redonnent le pouvoir aux agriculteurs et agricultrices

Source: The Conversation – in French – By Pascale Bueno Merino, Directrice de la Recherche, Enseignant-Chercheur en Management Stratégique, Pôle Léonard de Vinci

Des bénévoles de l’Amap Goutte d’Or-La Chapelle (Paris, XVIII<sup>e</sup>) travaillent au champ, avant de consommer les fruits (et surtout les légumes) de leur labeur. Wikimedia commons

À l’occasion du Salon international de l’agriculture de Paris, une étude met en lumière le double bénéfice des associations pour le maintien d’une agriculture paysanne, dites Amap : renforcer l’autonomie des agriculteurs et permettre aux bénévoles d’être des entrepreneurs… collectivement.


L’importance des échanges citoyens pour mettre en œuvre une agriculture durable est au cœur du programme de conférences du Salon international de l’agriculture. Les interrogations sur le « comment mieux manger ? » ou sur le « comment produire autrement ? » continuent de retenir l’attention.

Une des solutions à ces questionnements : l’entrepreneuriat collectif à travers les associations pour le maintien d’une agriculture paysanne (Amap). La finalité de l’Amap est la distribution hebdomadaire de paniers de produits agricoles frais, sous réserve d’un pré-paiement de la production par les membres adhérents. La coopération amapienne se matérialise par un engagement contractualisé de consommateurs bénévoles dans l’activité de production et de vente directe de produits alimentaires locaux. Elle repose sur le désir des membres d’interagir et de servir leur collectif.

En 2022, 375 Amap sont recensées rien qu’en Île-de-France, soit plus de 21 000 familles de bénévoles en partenariat avec environ 400 fermes.

Nos derniers résultats de recherche, issus d’entretiens, soulignent que cette collaboration augmente la capacité d’action et d’autonomisation de l’entrepreneur agricole. Elle confère au producteur agricole une aptitude à être maître de ses choix telle que définie dans la Charte initiale des Amap instaurée en 2003, puis révisée en 2024. Les Amap font émerger un environnement « capacitant » – qui permet la création ou le développement de capacités –, fondé sur la mise en place d’une communauté et l’apport de ressources et compétences externes.

Quatre principes de l’Amap

  • Les modalités de distribution, ainsi que les prix, sont fixés conjointement entre l’entrepreneur agricole et les adhérents ;

  • Le pré-paiement des paniers par les adhérents permet à l’entrepreneur agricole d’anticiper les quantités à distribuer et de sécuriser son revenu, notamment en cas d’insuffisance de la production ;

  • Les consommateurs amapiens participent à la vie de l’exploitation (distribution des paniers, centralisation de l’information, aide apportée à l’agriculteur sur son exploitation, etc.) ;

  • En contrepartie, l’agriculteur s’engage à produire des aliments selon des méthodes respectueuses de l’agro-écologie et à participer à la gestion de l’Amap.

Ces principes sont rédigés dans la charte des Amap.

Carte des Amap en France.
Réseau Amap

Co-production, co-gestion et réciprocité apprenante

La participation bénévole des consommateurs amapiens aux activités des agriculteurs, entrepreneurs, engendre une relation de travail atypique. Celle-ci repose non pas sur une relation salariée avec lien de subordination, mais sur une relation horizontale basée sur un système de co-production, de co-gestion et de réciprocité apprenante.

Ces principes sont illustrés par des témoignages de membres adhérents d’Amap :

  • Sur le principe de co-production :

« Avec Marianne (la productrice), il y avait le chantier patates en septembre et puis elle avait demandé aussi pour planter des haies », témoigne une présidente d’Amap interviewée.

  • Sur le principe de co-gestion de l’Amap :

« On a une assemblée générale par an de l’Amap […] pour remettre à plat, voir si on change les prix des paniers, voir s’il y a des gens qui ont des choses à dire, qui ont des choses à mettre au point », rappelle un consommateur adhérent interrogé.

  • Sur le principe de réciprocité apprenante :

Ce dernier se matérialise par l’identification pour l’entrepreneur agricole des besoins des consommateurs d’une part, et la sensibilisation des consommateurs aux pratiques et difficultés de l’exploitant agricole d’autre part.

« Il y a Alain, le maraîcher, il est toujours là. Il nous présente son activité, il fait un retour sur ce qui s’est bien passé, ce qui s’est moins bien passé l’année passée, ce qu’il prévoit des fois comme nouvelle culture et répond aux questions. » (Président d’Amap.)




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En résumé, les consommateurs bénévoles deviennent acteurs du fonctionnement de l’Amap en tant que membres volontaires indépendants. Rappelons que les actes de volontariat s’exercent, selon le chercheur Léon Lemercier :

  • en toute liberté (c’est un choix personnel) ;
  • dans une structure ;
  • pour autrui ou la collectivité ;
  • gratuitement ;
  • sans contrainte ;
  • pour exécuter des tâches.

Militantisme et entrepreneuriat

La coopération amapienne permet d’entreprendre ensemble en partageant les risques financiers liés aux aléas de la production agricole. Elle fait émerger des liens de solidarité au sein d’un territoire et co-crée de la valeur sociale, comme l’explicite précisément un président d’Amap :

« Au-delà de la distribution des paniers, c’est aussi un engagement citoyen. C’est-à-dire qu’on veut aussi développer le mouvement des Amap. On est militant. »

Cette approche entrepreneuriale et altruiste de la relation de travail atypique renouvelle la littérature académique dédiée à son analyse, comme celle de la situation de vulnérabilité du travailleur – emploi temporaire, travail à temps partiel, relation de travail déguisée, etc.

Cette relation de travail non salarié s’inscrit dans le cadre d’un projet entrepreneurial collectif, caractérisé par l’union de compétences complémentaires au sein de l’Amap. Dans ce cas précis, l’agrégation de multiples contributions bénévoles, bien que temporaires et à temps partiel, peut concourir au développement d’une exploitation agricole.

Les bénévoles apportent des ressources spécifiques liées à leur propre parcours de vie : compétences professionnelles, disponibilité temporelle, ou encore expérience organisationnelle qui structurent les Amap.

« Je dirais que le problème de la gestion, on l’a résolu avec nos outils, c’est-à-dire qu’on a eu la chance pendant quelques années d’avoir pas mal de développeurs informatiques dans nos adhérents », déclare un président d’Amap interrogé.

La relation de travail amapienne se situe par conséquent entre bénévolat et professionnalisation puisque les consommateurs vont soutenir l’entrepreneur agricole de l’amont à l’aval de la chaîne de valeur de son activité : de fonctions principales (production, marketing, logistique et distribution) à des fonctions support (ressources humaines, système d’information et administration).

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

ref. Salon de l’agriculture : les Amap redonnent le pouvoir aux agriculteurs et agricultrices – https://theconversation.com/salon-de-lagriculture-les-amap-redonnent-le-pouvoir-aux-agriculteurs-et-agricultrices-275756

La Stratégie de sécurité nationale des États-Unis : 2002 contre 2025, continuités et ruptures

Source: The Conversation – France in French (3) – By Olivier Sueur, Enseigne la compétition stratégique mondiale et les enjeux transatlantiques, Sciences Po

Aux États-Unis, chaque président a l’obligation de publier une Stratégie de sécurité nationale (National Security Strategy, NSS). Celle que l’administration Trump a rendue publique en novembre 2025 – un texte ouvertement partisan et centré sur les intérêts de Washington conformément à la doctrine « America First » – a heurté de front de nombreux responsables européens, qui se remémorent avec une certaine nostalgie l’époque de Joe Biden. Or, la comparaison de la NSS « Made in Trump » avec celle de l’administration Biden montre qu’il existe entre les deux documents plus de continuité qu’on le croit, même si une distinction majeure apparaît sur la question de l’idéologie sous-jacente.


La Stratégie de sécurité nationale des États-Unis publiée en novembre 2025 par l’administration Trump a déjà fait couler beaucoup d’encre, allant jusqu’à parler à propos de la relation à l’Europe d’un « divorce consommé, en attendant la séparation des biens ». Or, sa version précédente, publiée en octobre 2022 par l’administration Biden, constituait déjà une rupture sur bien des points : l’article que j’y avais consacré en janvier 2023 s’intitulait « Prendre acte de la fin d’un monde ».

Naturellement, le ton joue beaucoup : le document de l’administration de Joe Biden – « le bon » – était bien plus lissé et, soyons francs, plus aimable que celui de l’administration de Donald Trump – « la brute ». Néanmoins, si l’on cherche à dépasser la forme et à analyser le fond, ruptures et continuités s’affichent sous des couleurs nettement plus nuancées.

Des visions géopolitiques en réalité très proches

Les deux présidents démocrate et républicain, avec leurs administrations, font preuve d’une très grande continuité quant à, d’une part, la fin de la mondialisation économique et du libre-échange et, d’autre part, la priorisation des intérêts états-uniens à l’échelle mondiale.

La NSS 2022 était porteuse d’une virulente charge à l’encontre du bilan de la mondialisation des échanges économiques des trente dernières années et en tirait les conséquences : selon Jake Sullivan, conseiller à la Sécurité nationale de Joe Biden tout au long du mandat de celui-ci, « l’accès au marché a été pendant trente ans l’orthodoxie de toute politique commerciale : cela ne correspond plus aux enjeux actuels ».

L’enjeu clé est à présent la sécurité des chaînes d’approvisionnement, qui implique pour un certain nombre de produits stratégiques un découplage entre la Chine et les États-Unis : la sécurité économique redevient partie intégrante de la sécurité nationale.

Sur le plan domestique, le message était le grand retour de l’État dans l’économie avec la promotion d’« une stratégie industrielle et d’innovation moderne », la valorisation des investissements publics stratégiques et l’utilisation de la commande publique sur les marchés critiques afin de préserver la primauté technologique. La NSS 2025 ne dit pas autre chose en soulignant que « la sécurité économique est fondamentale pour la sécurité nationale » et reprend chaque sous-thème. La continuité est ici parfaite.

La priorisation géographique entre les deux NSS est également remarquable de continuité : 1) affirmation de la primauté de l’Indopacifique sur l’Europe ; 2) importance accordée aux Amériques, passées de la dernière place d’intérêt en 2015, derrière l’Afrique, à la troisième en 2022 et à la première en 2025.

Le premier point implique une concentration des efforts de Washington sur la Chine, et donc que le continent européen fasse enfin l’effort de prendre en charge sa propre sécurité afin de rétablir un équilibre stratégique vis-à-vis de la Russie. Le deuxième point se manifeste dans la NSS 2022 par la remontée des Amériques à la troisième place, devant le Moyen-Orient, et dans la NSS 2025 l’affirmation d’un « corollaire Trump à la doctrine Monroe », consistant à dénier à des compétiteurs extérieurs aux Amériques la possibilité d’y positionner des forces ou des capacités ou bien d’y contrôler des actifs critiques (tels que des ports sur le canal de Panama).

Dissensions idéologiques

Les deux présidents divergent sur deux points de clivage idéologique, à savoir la conception de la démocratie et le système international, y compris les questions climatiques.

La NSS 2022 avait réaffirmé le soutien sans ambiguïté des États-Unis à la démocratie et aux droits humains de par le monde, en introduisant néanmoins une nuance dans leurs relations internationales : sur le fondement du vote par 141 États de la résolution de l’ONU condamnant l’agression russe de l’Ukraine en mars 2022, l’administration Biden se montrait ouverte au partenariat avec tout État soutenant un ordre international fondé sur des règles telles que définies dans la Charte des Nations unies, sans préjuger de son régime politique.

La NSS 2025, au contraire, ne revendique rien de semblable : elle affirme avec force qu’elle se concentre sur les seuls intérêts nationaux essentiels des États-Unis (« America First »), proclame une « prédisposition au non-interventionnisme » et revendique un « réalisme adaptatif » (« Flexible Realism ») fondé sur l’absence de changement de régime politique, preuve en étant donnée avec le Venezuela, où le système chaviste n’a pas été renversé après l’enlèvement par les États-Unis de Nicolas Maduro.

De plus, la NSS 2025 redéfinit la compréhension même de la notion de démocratie autour d’une conception civilisationnelle aux contours très américains (liberté d’expression à la « sauce US », liberté religieuse et de conscience).

Second point de divergence : la NSS 2022 avait réaffirmé l’attachement de Washington au système des Nations unies, citées à huit reprises, et faisait de l’Union européenne (UE) un partenaire de choix dans un cadre bilatéral UE-États-Unis. C’est l’exact inverse dans la NSS 2025 : non seulement les Nations unies ne sont pas mentionnées une seule fois, mais les organisations internationales sont dénoncées comme érodant la souveraineté américaine.

En revanche, la primauté des nations est mise en exergue, et présentée comme antagoniste aux organisations transnationales. De plus, la notion d’allié est redéfinie à l’aune de l’adhésion aux principes démocratiques tels qu’exposés plsu haut. Cette évolution s’exprime plus particulièrement à l’égard de l’Europe.

La NSS 2025 et l’Europe

La partie de la NSS 2025 consacrée à l’Europe a été vivement critiquée dans les médias du Vieux Continent pour sa tonalité méprisante ; or le sujet n’est pas là. En effet, l’administration Trump opère une distinction fondamentale entre, d’une part, des nations qu’il convient de discriminer selon leur alignement avec la vision américaine de la démocratie et, d’autre part, l’UE, qu’il convient de détruire car elle constitue un contre-pouvoir nuisible. En d’autres termes, elle ne s’en prend pas à l’Europe en tant qu’entité géographique, mais à l’Union européenne en tant qu’organisation supranationale, les États-Unis se réservant ensuite le droit de juger de la qualité de la relation à établir avec chaque gouvernement européen en fonction de sa trajectoire idéologique propre.

La NSS 2025 exprime donc un solide consensus bipartisan sur les enjeux stratégiques auxquels sont confrontés les États-Unis et les réponses opérationnelles à y apporter, s’inscrivant ainsi dans la continuité du texte publié par l’administration Biden en 2022. Mais elle souligne aussi une divergence fondamentale sur les valeurs à mobiliser pour y faire face. C’est précisément ce que le secrétaire d’État Marco Rubio a rappelé dans son intervention lors de la conférence de Munich du 14 février 2026.

The Conversation

Olivier Sueur est chercheur associé au sein de l’Institut d’études de géopolitique appliquée (IEGA).

ref. La Stratégie de sécurité nationale des États-Unis : 2002 contre 2025, continuités et ruptures – https://theconversation.com/la-strategie-de-securite-nationale-des-etats-unis-2002-contre-2025-continuites-et-ruptures-276223

As war in Ukraine enters a 5th year, will the ‘Putin consensus’ among Russians hold?

Source: The Conversation – Global Perspectives – By Peter Rutland, Professor of Government, Wesleyan University

Does the nation stand behind him? Vyacheslav Prokofyev/AFP via Getty Images

Perceived wisdom has it that the longer a war goes on, the less enthusiastic a public becomes for continuing the conflict. After all, it is ordinary citizens who tend to bear the economic and human costs.

And yet, as the war following Russia’s full-scale invasion of Ukraine in February 2022 enters its fifth year, the attitude of the Russian public remains difficult to gauge: Just over half of Russians, according to one recent poll, expect the war to end in 2026; yet a majority say that should negotiations fail, Moscow needs to “escalate” with greater use of force.

As observers of Russian society, we believe this ambiguity in Russian public opinion gives President Vladimir Putin the cover to continue pushing hard for his goals in Ukraine. Yet at the same time, a deeper dive into the Russian public’s apparent support for the war suggests that it is more fragile than the Russian president would like to believe.

Putin’s social contract

From Day 1 of the conflict, Western strategy has been predicated on the belief that economic sanctions would eventually cause either the Russian elite or its society to persuade Putin to abandon the war.

This, in turn, is based on the assumption that the legitimacy of Putinism rests on a social contract of sorts: The Russian people will be loyal to the Kremlin if they enjoy a stable standard of living and are allowed to pursue their private lives without interference from the state.

The Russian economy has been struggling since 2014, so many analysts believed that this social contract was coming under strain even before the full-scale invasion of Ukraine. However, after four years of war, the combination of exclusion from European markets and a tripling of military spending has led to economic stagnation and mounting pressure on living standards.

One problem with the social contract approach is that it tends to downplay the role of ideology.

It is possible that Putin’s “Make Russia Great Again” propaganda resonates with a significant part of the Russian public. Polling has consistently placed Putin’s approval rating above 80% since the beginning of the Ukraine conflict.

Of course, the validity of the results of polls in an authoritarian society at war cannot be taken at face value. Yet, one shouldn’t rule out that some of that support is genuine and rests not just on a stable economy but also on popular endorsement of Putin’s pledge to restore Russia’s power and influence on the world stage.

A group of people walk down some steps
Is Putin leading Muscovites down a dark alley?
Hector Teramal/AFP via Getty Images

Rallying Russians

Some scholars point to a “rally around the flag” effect. There was an apparent surge in Putin’s approval rating after the use of military force against Ukraine in 2014 and 2022.

It is hard to tell whether the surge in support for Putin reflects a genuine shift in opinion or just a response to media coverage and what people perceive as the acceptable response.

The Kremlin has tried to hide the costs of the war from the public: concealing the true death toll and avoiding full-scale mobilization of conscripts by recruiting highly paid volunteers. It is also trying to keep the economy stable by drawing down the country’s reserve funds.

That leaves open the question of whether the “Putin consensus” will break down at some point in the future if the costs of the war start to hit home for a majority of Russians.

The problem with polls

The consensus view among observers is that a small minority of Russians oppose the war, a slightly larger minority enthusiastically support the war, and the majority passively go along with what the state is doing.

There are still some independent pollsters conducting surveys in Russia that report a high level of support among respondents for the “special military operation” against Ukraine, with figures ranging between 60% and 70%.

A number of researchers have pointed out the difficulty in getting an accurate snapshot of Russian public opinion, given that the polling questions might make the respondent fearful of being accused of breaking laws that penalize “spreading fake news” and “discrediting the army” with a lengthy prison sentence.

The Levada Center, which is still regarded as an independent and relatively reliable pollster, conducts its interviews face to face in people’s homes but has a very low response rate. Polls conducted online, in return for monetary rewards, can try to find demographically balanced respondents, but the problem of wariness about giving answers that are critical of the regime remains. In Russia’s current political environment, refusing to answer or giving a socially acceptable response is a rational strategy.

Some scholars, such as those associated with the Public Sociology Laboratory, which looks at public sentiment in post-Soviet states, still conduct fieldwork inside Russia, sending researchers to live incognito in provincial towns and observe social practices involving support for the war.

Their ethnographic research finds little evidence for a “rally around the flag” effect in provincial Russian society. Other analysts have turned to digital ethnography of social media as an alternative source of insight. But analysts unfamiliar with the local and digital context risk mistaking performative loyalty for genuine belief.

‘Internal emigration’

Most Russian citizens try to avoid political discussion altogether and retreat into what is often described as “internal emigration” – living their own lives while keeping interactions with the authorities to a minimum.

This practice dates back to the Soviet period but resurfaced as political repression increased after Putin’s return to the presidency in 2012.

There is no doubt that there are many fervent war supporters in Russia. They are quite vocal and visible because the state allows them to be – such as the military bloggers reporting from the front lines.

Apart from looking at opinion polls and social media, one can also probe the level of genuine support for the war by looking at everyday practices. If popular support for the war were enthusiastic, recruitment offices would be overwhelmed. They are not.

Instead, Russia has relied heavily on financial incentives, aggressive advertising, prison recruitment and coercive mobilization. At the same time, hundreds of thousands of men have sought to avoid conscription by leaving the country, hiding from authorities or exploiting legal exemptions.

Symbolic participation follows a similar pattern. State-sponsored Z symbols continue to dominate public space – the letter Z is used as a symbol of support for the war, in slogans such as “Za pobedu,” which translates to “for victory.” But privately displayed signs of support have largely disappeared.

A giant star with a letter Z on it is in front of a building.
A Kremlin star, bearing a Z letter, on display in front of the U.S. Embassy in Moscow on Dec. 15, 2025.
Alexander Nemenov/AFP via Getty Images

Humanitarian aid to be sent to soldiers on the front lines or occupied Ukraine is often collected through schools and churches, where participation is shaped by social or administrative pressure. But many participants frame their involvement as helping individuals rather than supporting the war itself.

Reality vs. lived experience

High-profile propaganda products frequently fail to resonate. Music charts and streaming platforms in Russia are dominated not by patriotic anthems but by an eclectic mix of songs about personal relationships, such as Jakone’s moody ballad “Eyes As Wet As Asphalt,” songs in praise of “Hoodies” and even a catchy Bashkir folk song.

Book sales show strong demand for works such as George Orwell’s “1984” and Viktor Frankl’s Holocaust memoir “Man’s Search for Meaning,” suggesting that readers are searching for ways to understand authoritarianism, trauma and moral responsibility rather than celebrating militarism.

And instead of watching the state-backed film “Tolerance,” a dystopian tale of moral decay in the West, Russians are streaming the “Heated Rivalry” gay hockey romance.

Putin’s campaign to promote what he sees as traditional values appears not to be cutting through. Divorce rates are among the highest in the world – and birth rates continue to fall.

Heading into the Ukraine war’s fifth year, the gulf between the Kremlin version of reality and the lived experience of ordinary Russians remains. It echoes a pattern we have seen before: In the final decade of the Soviet Union the Kremlin became increasingly out of touch with the views of its people.

History will not necessarily repeat itself – but the masters of the Kremlin should be conscious of the parallels.

The Conversation

Elizaveta Gaufman receives funding from European Union’s Horizon Research and Innovative Programme under Grant Agreement No. 101132671.

Peter Rutland does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organization that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. As war in Ukraine enters a 5th year, will the ‘Putin consensus’ among Russians hold? – https://theconversation.com/as-war-in-ukraine-enters-a-5th-year-will-the-putin-consensus-among-russians-hold-275666

Élevage d’insectes : s’inspirer des autres filières animales pour produire à grande échelle de façon durable

Source: The Conversation – in French – By Caroline Wybraniec, Chercheuse post-doctorale, Université de Tours

L’entomoculture est souvent présentée comme une alternative prometteuse face aux défis et aux limites des modes de production agricoles et alimentaires traditionnels. Quels enjeux cette filière émergente va-t-elle devoir relever pour continuer à se développer ? Il paraît crucial de s’inspirer de l’élevage traditionnel – qui s’appuie notamment sur des normes précises.


La start-up Ÿnsect a fait les gros titres de la presse ces dernières semaines suite à sa faillite. Certains dénoncent un « fiasco » ou interrogent sur la durabilité de l’élevage d’insectes à large échelle.

La critique est aisée, l’art est difficile. L’échec d’une initiative ne doit pas conduire à abandonner cette nouvelle façon de produire, en France, des ressources de grande qualité. Innovafeed, par exemple, redonne espoir à toute la filière grâce à ses récents succès commerciaux. Des entreprises comme Koppert et Biobest commercialisent également depuis des années des insectes auxiliaires pour la protection des cultures et la pollinisation.

Pour rappel, l’entomoculture consiste à élever des insectes en milieu contrôlé pour produire des protéines (alimentation animale ou humaine), des sous-produits (soie, colorants naturels, engrais) ou des insectes vivants (pour le biocontrôle en agriculture). Sur le plan environnemental, certains insectes peuvent également participer à l’économie circulaire. En effet, ils permettent de valoriser des coproduits de l’industrie agroalimentaire ou des déchets organiques. En agriculture, la protection des cultures par les insectes auxiliaires permet dans certains cas de remplacer les pesticides chimiques. En cela, elle s’inscrit dans les stratégies de lutte biologique encouragées par les politiques publiques.

Soutenue par la FAO depuis 2013 pour répondre aux enjeux de sécurité alimentaire et de résilience climatique, la filière est présentée comme une alternative à des modes de production alimentaires qui atteignent leurs limites face aux changements climatiques et à l’épuisement des ressources. Dans les faits toutefois, son développement fait encore face à des défis majeurs.

Des protéines pour l’alimentation animale

La consommation directe d’insectes par les Occidentaux reste limitée en raison de préjugés. En revanche, selon l’ADEME, plus de 70 % des Français accepteraient les protéines d’insectes dans l’alimentation animale, en remplacement des farines de poisson ou des tourteaux de soja massivement importés.

Bien que 2 000 espèces d’insectes soient comestibles dans le monde, l’UE n’en autorise qu’un nombre restreint : huit pour l’alimentation animale (ténébrion meunier, mouche soldat noire, grillons) et quatre pour l’alimentation humaine (criquet migrateur, ténébrion meunier, ténébrion de la litière, grillon domestique).

La France, qui figure parmi les leaders européens de ce secteur, mise sur les débouchés de production de protéines et de lutte biologique. Malgré des difficultés financières récentes, la filière conserve un fort potentiel.

gros plan sur une larve d’insecte
La larve de la mouche soldat noire, insecte utilisé pour l’alimentation animale.
Matthis Gouin, Fourni par l’auteur

Dans le cadre d’un atelier sur le sujet mené à Orléans en septembre 2025, nous avons identifié trois défis techniques majeurs. Structurer cette filière émergente nécessite :

  • la maîtrise des cycles biologiques,

  • la garantie de la sécurité sanitaire

  • et le contrôle de la qualité nutritionnelle.

Maîtriser les cycles biologiques

Un élevage à large échelle exige une connaissance fine de la biologie des insectes (physiologie, comportements, pathologies) et un contrôle strict des paramètres environnementaux (humidité, température, etc.). Par exemple, l’humidité influence la masse des larves de vers de farine. Les professionnels doivent donc instaurer des seuils d’alerte pour détecter les dysfonctionnements, tout en adaptant l’automatisation des procédés d’élevage aux spécificités de chaque espèce.

Comme pour tous les animaux de rente, la maîtrise du cycle biologique des insectes est essentielle pour la durabilité des élevages. Or, dans le cas de l’entomoculture, les professionnels ne maîtrisent pas encore bien leur production : la diversité des espèces, la sélection génétique débutante et la variabilité des substrats d’élevage compliquent à ce stade l’optimisation des paramètres d’élevage.

Pour l’instant, l’objectif n’est pas d’accélérer la croissance (comme cela peut l’être pour d’autres types d’élevage), mais au contraire de pouvoir la freiner en agissant sur des facteurs biologiques et environnementaux. L’enjeu est de mieux piloter les étapes suivantes de la production, comme la transformation, le stockage et le transport. C’est d’autant plus important pour ceux qui vendent des insectes vivants, comme les auxiliaires de lutte biologique contre les parasites et prédateurs.

gros plan sur un insecte vert posé sur des fleurs blanches
La chrysope, un insecte utilisé comme auxiliaire de culture.
Matthis Gouin, Fourni par l’auteur

Le contexte local (température, humidité, ressources) ajoute une couche de complexité, qui rend l’expertise humaine indispensable. Il faut combiner observation directe, expérience de terrain et adaptabilité. Afin de comparer les pratiques et identifier les facteurs de réussite, le recours à des indicateurs standardisés est nécessaire. Pour les mettre en place, la filière peut s’inspirer des référentiels techniques des élevages traditionnels, comme ceux de la filière porcine (GTTT, GTE), ou des bases de données collaboratives, comme le SYSAAF pour les filières avicoles et aquacoles.

Biosécurité : des enjeux sanitaires spécifiques

Comme pour les élevages traditionnels, l’entomoculture exige par ailleurs un haut niveau de sécurité sanitaire, adapté à la destination des produits : alimentation animale et humaine, ou auxiliaires de culture.

Pour garantir ces exigences, les entreprises doivent compartimenter leurs unités, prévoir des vides sanitaires et des protocoles stricts (gestion des contaminations, éradication des nuisibles, nettoyage). La surveillance des substrats et des supports d’élevage est cruciale, surtout s’ils sont stockés longtemps.

Les producteurs utilisent à cette fin des indicateurs (taux de mortalité, rendement en biomasse, durée des cycles) pour détecter les anomalies. Leurs causes peuvent être multiples : insectes compétiteurs, vecteurs de pathogènes, ou pathogènes cryptiques (c’est-à-dire, dont les signes d’infection ne sont pas immédiatement visibles).

À ce stade toutefois, la connaissance de ces menaces reste limitée : les données sur les virus infectant la mouche soldat noire, par exemple, sont récentes. Pour accompagner l’essor de cette filière, il serait judicieux qu’une nouvelle branche de médecine vétérinaire spécialisée dans les insectes voie le jour. La collaboration avec les laboratoires de recherche en biologie des insectes reste également indispensable pour développer protocoles et procédures de biosécurité sans tomber dans une asepsie totale, qui serait contre-productive : le microbiote des insectes est essentiel à leur croissance et leur fertilité), en d’autres termes à leur santé.

gros plan sur un insecte noir
Mouche soldat noire au stade adulte.
Matthis Gouin, Fourni par l’auteur

La stimulation du système immunitaire des insectes, principalement innée, peut passer par une « vaccination naturelle », à travers l’exposition à de faibles doses de pathogènes. Cette approche, testée chez l’abeille contre la loque américaine, pourrait être étendue. Une autre piste est la récolte précoce en cas d’infection naissante, pour limiter les pertes.

Cette stratégie nécessite toutefois un arbitrage entre rendement optimal et gestion du risque sanitaire. Le cadre réglementaire actuel est inadapté : les élevages d’insectes ne sont pas couverts par la législation européenne sur la santé animale, et aucune obligation ne contraint à déclarer les pathogènes aux autorités sanitaires. Intégrer l’entomoculture au cadre réglementaire européen existant, tout en adaptant les normes à l’échelle et au budget des producteurs, semble donc indispensable.

Des normes de contrôle qualité à adapter

Se pose enfin la question de la composition nutritionnelle des produits, qui dépend directement de l’alimentation des insectes.

Un substrat riche en acides gras insaturés, par exemple, enrichira les produits finaux en ces mêmes nutriments. Toutefois, cette donnée reste à nuancer selon les espèces et les autres paramètres de production. Les substrats sélectionnés doivent donc correspondre aux critères et aux marchés visés mais également aux comportements alimentaires des espèces élevées et être optimisés pour fournir un rendement optimal. Pour les auxiliaires, un insecte de bonne qualité montre des signes visibles de vitalité et d’adaptabilité aux conditions d’application (culture, serre, verger…).

D’autres paramètres influencent la qualité : le stade et l’âge des insectes, la méthode de mise à mort, le processus de transformation (risque de dégradation nutritionnelle) et le choix de l’espèce. Les professionnels doivent maîtriser les besoins nutritionnels de leurs insectes, la variabilité, la digestibilité des substrats d’élevage et les rendements des processus de transformation. La qualité des produits issus de l’entomoculture doit, enfin, être contrôlée tout au long de la chaîne de production, avec des exigences renforcées pour les marchés de l’alimentation.

Face à ces enjeux, la filière se trouve confrontée à un dilemme réglementaire. Faut-il appliquer directement les normes d’autres productions animales (filières aquacoles ou avicoles par exemple), au risque d’imposer des contraintes inadaptées et potentiellement contre-productives pour une filière aux spécificités biologiques et techniques très différentes ?

Ou bien attendre l’élaboration de réglementations spécifiques aux insectes, au risque de ralentir le développement du secteur et de créer une incertitude juridique ? Une approche pragmatique serait d’adapter progressivement les normes existantes aux réalités de l’entomoculture.

Structurer une filière d’avenir

L’entomoculture représente une piste sérieuse pour relever les défis alimentaires et climatiques du XXIe siècle. Mais son succès dépendra de notre capacité collective à structurer cette filière naissante tout en préservant son potentiel innovant.

Pour qu’elle puisse répondre aux attentes futures, plusieurs défis doivent être relevés. D’abord, créer des référentiels et standardiser les pratiques : guides de bonnes pratiques partagés, protocoles cadrés par espèce, formations pour les opérateurs et décideurs. L’équilibre entre automatisation et expertise humaine reste crucial, notamment pour évaluer des paramètres non mesurables par des capteurs.

Ensuite, améliorer la gestion des risques en instaurant des seuils d’alerte et en hiérarchisant les causes possibles de dysfonctionnement pour les anticiper. Les élevages devront aussi s’adapter aux contextes locaux, particulièrement en matière d’énergie et de ressources disponibles.

Enfin, faire évoluer la législation pour inclure pleinement l’entomoculture, y compris dans les certifications, comme le bio, et les lois sur l’éthique animale dont les insectes restent aujourd’hui exclus. Cet angle mort réglementaire peut convenir provisoirement à certains opérateurs, mais constitue un frein à la crédibilité et à l’acceptabilité sociale de la filière dans son ensemble.

The Conversation

Caroline Wybraniec a reçu des financements de l’ANR FLYPATH (ANR-24-CE20-6083).

Bertrand Méda a reçu des financements de l’Institut Carnot France Futur Elevage (projet PINHS, 2020-2023).

Christophe Bressac a reçu des financements de la région centre val de Loire (projet BioSexFly) et de la BPI (i-Démo FrenchFly)

Elisabeth Herniou a reçu des financements de l’ANR FLYPATH (ANR-24-CE20-6083) et EU Marie Sklodowska-Curie grant agreement 859850 INSECT DOCTORS).

Matthis Gouin a reçu des financements de l’ANR FLYPATH (ANR-24-CE20-6083) et Région Centre Val de Loire

ref. Élevage d’insectes : s’inspirer des autres filières animales pour produire à grande échelle de façon durable – https://theconversation.com/elevage-dinsectes-sinspirer-des-autres-filieres-animales-pour-produire-a-grande-echelle-de-facon-durable-275053

Dermatose nodulaire : comment faire évoluer les dispositifs de gestion sanitaire ?

Source: The Conversation – in French – By François Charrier, Ingénieur de recherche en sciences de gestion, Inrae

La crise de la dermatose nodulaire bovine qui a frappé la France a mis en tension la gouvernance sanitaire française. Au-delà des mesures d’abattage contestées, elle révèle l’enjeu d’adapter les dispositifs de gestion aux réalités du terrain et souligne l’urgence à intégrer davantage les éleveurs en amont de la gestion de crise.


L’émergence du virus de la dermatose nodulaire contagieuse bovine (DNCB) (DNCB) en France a mis en tension l’organisation sanitaire française. Ceci tient à plusieurs raisons. D’abord sa longue durée d’incubation, qui retarde le diagnostic et implique un contrôle difficile des échanges d’animaux. Puis l’urgence de la situation, entraînant une fatigue opérationnelle de l’ensemble des professionnels. Aussi, les impacts sociaux et économiques (et moraux) des mesures de restriction et d’abattage ont conduit à des contestations de ces mesures. Le ministère de l’intérieur y a répondu par un recours à la force.

La crise de la DNCB a provoqué une véritable crise de gouvernance qui s’est cristallisée sur la contestation des mesures de gestion prises en aval de la crise (politiques d’abattage, régimes d’indemnisation…) Elle révèle pourtant l’importance des processus gestionnaires en amont de ces situations (préparation, investissements dans les ressources et l’intelligence collective) pour faire face aux potentielles futures épizooties.




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Les stratégies sanitaires : une diversité de dispositifs

La DNCB est qualifiée dans les réglementations européenne et française comme une « maladie à éradication immédiate ». Les autorités sanitaires ont ainsi dû agir en urgence pour mettre en œuvre les dispositifs de gestion prévus pour « gérer » ce type de maladie : dispositifs de surveillance, de vaccination, de confinement, de biosécurité, de dépeuplement ou d’abattage, d’indemnisation des éleveurs…

Ces dispositifs assemblent des éléments hétérogènes pour accomplir une finalité de stratégie sanitaire : des réglementations (par exemple le règlement européen UE 2016/429), des connaissances (modèles et savoirs épidémiologiques, savoirs règlementaires…), des individus (vétérinaires, préfets…), diverses organisations (services de l’État déconcentrés, laboratoires…), des protocoles (tels que le plan d’intervention d’urgence sanitaire ou les modes d’emploi des vaccins), des outils (vaccin, cartographies…), etc. Or, le déploiement de ces dispositifs a des effets, attendus ou inattendus, qui peuvent en affecter l’efficacité s’ils ne sont pas révisés et discutés en fonction de la situation dans laquelle on les met en œuvre.

L’émergence d’une « situation de gestion »

Les gestionnaires de l’action publique sanitaire sont constamment pris dans un équilibre instable, intrinsèquement lié à l’activité de management. De ce point de vue, la détection et la propagation d’un virus dans un territoire provoquent ce qu’on appelle une « situation de gestion »

Il s’agit d’une situation où des participants sont mis à contribution, volontairement ou par obligation, pour trouver une solution à un problème et le résoudre, dans une temporalité et un espace donnés. Les solutions sont rarement immédiates, d’autant plus lorsque les problèmes sont peu structurés, où que de nouveaux problèmes surgissent (actions d’opposants aux mesures de dépeuplement par exemple). C’est un cadre théorique qui permet de comprendre comment s’engagent des processus collectifs de problématisation, de production de sens et de réorganisation pour résoudre progressivement la situation.

Toute la question est de savoir comment les gestionnaires de l’action publique peuvent favoriser (ou non) ces processus. Dans le cas de la DNCB, les processus gestionnaires « visibles » (ceux qui ont abouti aux mesures de dépeuplement ou d’indemnisation) ont avant tout reposé sur une rationalité régalienne implacable, justifiée par la réglementation et l’urgence de la situation. Pour faire accepter ces mesures de gestion, elle s’est appuyée sur deux instruments. D’un côté, une « pédagogie » basée sur des savoirs scientifiques élevés au rang d’argument d’autorité. De l’autre, sur des indemnisations pour réparer les dégâts et le recours à la force pour faire obtempérer les indociles.

Pour autant, l’étude d’autres situations sanitaires peut permettre de dégager des pistes pour piloter et favoriser des processus gestionnaires en amont des crises.




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Renégocier les dispositifs sanitaires sur le terrain : l’exemple de la fièvre catarrhale ovine en Corse en 2013

En Corse, nous avons étudié plusieurs situations sanitaires : la crise de la fièvre catarrhale ovine (FCO) de 2013, l’échec de la vaccination contre la maladie d’Aujeszky sur les porcs (2011-2013), la réémergence de la tuberculose bovine, le processus de « biosécurisation » des élevages porcins lors de l’introduction de la peste porcine africaine (PPA) en Belgique (2018-2020).

Nos résultats montrent que l’articulation de nombreux dispositifs de gestion peut être améliorée en renforçant la coopération entre les acteurs qui les adaptent et les appliquent sur le terrain. Nous avons modélisé une « écologie de dispositifs dynamique » en analysant les adaptations locales de l’activité gestionnaire régalienne.

Brebis atteinte par la FCO.
Fourrure/Wikicommons, CC BY-SA

Reprenons ici le cas de la gestion de la crise liée à l’introduction de la FCO en Corse en 2013, qui est assez similaire à celle posée par la DNCB. Suite à la détection du virus en septembre 2013, l’État a déployé une stratégie basée sur une vaccination massive (ovins, caprins, bovins) et blocage des échanges commerciaux. Mais sur le terrain, plusieurs obstacles majeurs ont obligé l’administration et les éleveurs à réinventer ensemble la situation et la stratégie.

Par exemple, les exportations d’animaux, interdites depuis l’ensemble du territoire insulaire, engendraient un surcoût pour les éleveurs corses qui ne pouvaient plus exporter leurs agneaux vers la Sardaigne, leur principal client. À la demande des éleveurs, un accord inédit a alors été négocié avec l’Italie pour maintenir ces exportations. L’État s’est ainsi assuré de favoriser l’implication des éleveurs dans la stratégie sanitaire.

Aussi, alors que l’administration sanitaire s’est étonnée de la lenteur de la vaccination en octobre 2013, les éleveurs ont expliqué que c’était la pleine période des naissances (agnelages), un moment critique où l’acte vaccinal (manipulation de l’animal, stress), peut avoir des conséquences désastreuses (avortements, affaiblissement). Le calendrier fut décalé en conséquence, et il a été accepté de perdre du temps administratif (et « épidémiologique ») pour respecter le cycle biologique des animaux et le fonctionnement zootechnique des fermes.

Enfin, le dispositif de vaccination des chèvres a été abandonné en cours de route. Le vaccin utilisé n’étant pas officiellement homologué pour les chèvres, des éleveurs craignaient des effets secondaires et des vétérinaires refusèrent d’en prendre la responsabilité. Ce renoncement était pragmatique : contrairement aux ovins, les chèvres ne développaient pas de forme grave de cette maladie. Le risque de créer un réservoir du virus dans le compartiment caprin a été collectivement accepté.

Toutes ces problématiques et modifications, créations ou abandons de dispositifs ont pu être discutées et validées collectivement (parfois de manière conflictuelle, cela arrive et c’est normal) dans le cadre d’un comité de pilotage bimensuel. Il a impliqué une grande diversité d’acteurs : services de l’État, vétérinaires, associations d’éleveurs, chasseurs, chercheurs, etc.

Cet exemple illustre une forme de dialectique entre la situation de crise et les dispositifs de gestion sanitaire déployés. Quelle que soit la rigidité des règles, la problématisation collective est une mécanique majeure permettant la recombinaison et l’adaptation des dispositifs qui vont impacter la vie des éleveurs et des animaux. Cette dialectique ne sera jamais la même d’un territoire et d’une temporalité à l’autre, et la participation des éleveurs (et autres acteurs), en est le moteur principal.

Enfin, cette dialectique ne s’exprime pas seulement en temps de crise, elle peut également s’exprimer en routine… à la condition que les modalités de gouvernance sanitaire le permettent. Penser les émergences et crises à venir c’est précisément penser cette « écologie des dispositifs » et sa dynamique.

La gouvernance sanitaire au cœur d’un problème à trois corps

La gouvernance de la santé animale est l’expression, autant qu’elle en est captive, de ce que Foucault appellerait un « biopouvoir » qui structure le secteur de l’élevage. Il se manifeste par trois dispositifs en tension permanente et en équilibre instable, particulièrement lors de l’émergence de maladie :

  • Un dispositif « productif-marchand » dans lequel l’animal est vu comme un facteur de production ou une marchandise ;

  • Un dispositif « biosécuritaire » dans lequel l’animal est vu comme porteur d’un risque épidémiologique (pour lui, le troupeau, le cheptel national, l’humain dans le cas de zoonoses) ;

  • Un dispositif « écologie-éthique » qui replace l’animal dans son environnement, et le reconnaît comme être vivant sensible, associé au bien-être et à la reconnaissance du travail des éleveurs.

La crise de la DNCB montre comment le premier dispositif a été au cœur de l’expression de ce biopouvoir. Les savoirs épidémiologiques (dispositif « biosécuritaire ») ont été mobilisés dans une politique et une gestion sanitaires contraintes par les structures marchandes. Dans ce contexte, les autres connaissances, par exemple, les apports de la sociologie du travail sur la relation animal-humain ne « pesaient » plus guère, ou si peu.

Ainsi, alors que les réformes de la gouvernance sanitaire cherchent depuis longtemps à « responsabiliser les éleveurs », il parait paradoxal que ces derniers ne soient pas associés à la conception des stratégies sanitaires, à leur suivi et à la réévaluation de ces « écologies » de dispositifs.

Construire une gouvernance du sanitaire c’est établir des liens de confiance et d’inclusion. Alors que ces liens semblent aujourd’hui extrêmement ténus, une future situation pourrait devenir totalement incontrôlable si les éleveurs ne signalaient plus les suspicions à leur vétérinaire de peur de perdre tout leur troupeau. C’est aussi un phénomène connu, analysé et documenté.

Alors que la question, au regard du changement climatique et de l’ultra-connectivité de nos économies agricoles, n’est plus tant de savoir si le cheptel va être touché par tel ou tel pathogène, mais quand et avec quelle intensité, la reconstruction de ces liens de confiance est d’une brûlante nécessité.

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

ref. Dermatose nodulaire : comment faire évoluer les dispositifs de gestion sanitaire ? – https://theconversation.com/dermatose-nodulaire-comment-faire-evoluer-les-dispositifs-de-gestion-sanitaire-276227

Supreme Court rules against Trump’s emergency tariffs – but leaves key questions unanswered

Source: The Conversation – USA (2) – By Kent Jones, Professor Emeritus, Economics, Babson College

It has been raining tariffs … until now? Aaron Schwartz/Getty Images

President Donald Trump’s economic agenda took a major hit when the Supreme Court struck down many of his most sweeping tariffs. While Trump has options to restore some of the tariffs, he’s losing his most powerful tool to impose them almost at will as a bargaining chip with other countries.

In a 6-3 decision on Feb. 20, 2026, the court ruled that Trump’s use of the International Emergency Economic Powers Act of 1977 to unilaterally impose tariffs on other countries was unconstitutional. Since January 2025, Trump has used the act to impose tariffs on nearly every other country.

As a trade economist, I wasn’t particularly surprised by the ruling. In the oral arguments, several justices were openly skeptical about the president’s ability to claim virtually unlimited powers to set tariffs without specific congressional language to authorize them. While the ruling answers some questions about the legality of Trump’s tariffs, it leaves many others unanswered.

What are the tariffs the court ruled against?

The tariffs that the court ruled are illegal include the “reciprocal” tariffs Trump imposed to match the value of trade barriers set by other countries. They ranged from 34% on China to a baseline of 10% for the rest of the world.

They also include a 25% tariff on some goods from Canada, China and Mexico over those countries’ supposed failure to curb the flow of fentanyl into the U.S.

By striking down these tariffs, the Supreme Court will presumably force U.S. tariff schedules to revert to the status quo before they were imposed on April 2, 2025, or “liberation day,” as Trump called it.

Why did the Supreme Court rule against the tariffs?

Most of the tariffs Trump has imposed used the International Emergency Economic Powers Act to provide legal justification. While the law allows the president to respond to economic emergencies with measures such as embargoes and asset seizures, it does not specifically authorize the use of tariffs imposed unilaterally.

This was a major point made in the Supreme Court decision. In every other statute available to the president to use tariffs, there is specific language stating the way in which tariffs can be imposed, language that is absent in the International Emergency Economic Powers Act statute.

The majority decision, in which the court’s liberal justices were joined by three of its conservatives, determined that the president overreached his powers to set tariffs, based on Article 1, Section 8, of the U.S Constitution. Any delegation of tariff-making powers in an emergency to the president must be consistent with this provision.

It is also noteworthy that Trump openly declared that one of the benefits of the tariffs was how much revenue they bring in. But the majority decision noted that this represented an unauthorized presidential power to tax, which is also governed by the Article 1, Section 8, provision that assigns this power exclusively to Congress.

a white man in a suit gestures in front of a podium with the presidential seal on it
President Donald Trump, during a meeting with governors, called the ruling a ‘disgrace.’
AP Photo/Evan Vucci

What does this mean for Trump’s trade policy?

Trump used the International Emergency Economic Powers Act tariffs as leverage to negotiate numerous bilateral deals with U.S. trading partners. Now that the tariffs have been declared unconstitutional, many countries may demand that the deals be renegotiated.

The decision does not cover all of the administration’s tariffs, including national security tariffs imposed under Section 232 for specific industries such as autos, steel and aluminum, and Section 301, a statute that allows the president to impose tariffs against individual countries if they have imposed unfair or discriminatory trade actions against the U.S. This covers some of the tariffs on imports from China.

What other options does Trump have to achieve similar results?

Trump has often used or threatened to use International Emergency Economic Powers Act tariffs for political reasons, including against Brazil over its prosecution of a former president, Mexico over immigration and Canada over its plans to sign a trade deal with China, and other reasons.

The Supreme Court decision will make it more difficult for Trump to use tariffs and tariff threats in that way. One outcome is that constitutional limits the justices set on presidential tariff-making powers should constrain the justification of tariffs for political reasons.

The main avenues for new tariffs in response to the Supreme Court decision are sections 232 and 301. The president could potentially try to get Congress to pass new legislation expanding his tariff powers, but that seems unlikely in an election year.

However, it is important to understand that he chose to use the International Emergency Economic Powers Act as the mainspring of his trade policy because he interpreted it as providing him with full discretion in the unlimited power to impose tariffs without further congressional constraints.

In order to impose similar tariffs under Section 232, for example, each tariff order must be focused on a single industry, and the Commerce Department must issue a report documenting the emergency as it applies to that industry. Presumably, Trump will be preparing to use Section 232 for a large numbers of industries in addition to those currently covered by that statute.

For at least some of the countries with which Trump has already negotiated bilateral trade deals, many of their exports would not be covered by Section 232 tariffs, hence the likelihood that those countries will demand a renegotiation.

Will US companies get refunds for the tariffs they’ve already paid?

The Supreme Court decision appears not to address the question of tariff rebates, but many companies have already indicated that they will demand them.

In principle, any U.S. company in possession of tariff receipts documenting their payment of tariffs would be eligible for a refund if the Supreme Court approves this remedy.

What are the political consequences of this decision?

Since public opinion about Trump’s tariffs is already negative, the president will have to deal with a likely backlash against any attempts to replace the rejected tariffs with new ones.

It will be interesting to see how Republicans in Congress react to Trump’s tariff strategy in view of the upcoming midterm elections. For example, Republicans from states that border Canada may push back against further efforts to curb trade with their northern neighbor.

This may impose a further constraint on Trump’s tariff policy.

The Conversation

Kent Jones does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organization that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Supreme Court rules against Trump’s emergency tariffs – but leaves key questions unanswered – https://theconversation.com/supreme-court-rules-against-trumps-emergency-tariffs-but-leaves-key-questions-unanswered-276561

The furore over Grok’s sexualised images has begun an AI reckoning

Source: The Conversation – UK – By Dareen Toro, Research Leader, Defence, Security and Justice team, RAND Europe

Controversy over the chatbot Grok escalated rapidly through the early weeks of 2026. The cause was revelations about its alleged ability to generate sexualised images of women and children in response to requests from users on the social media platform X.

This prompted the UK media regulator Ofcom and, subsequently, the European Commission, to launch formal investigations. These developments come at a pivotal moment for digital regulation in the UK and the EU. Governments are moving from aspirational regulatory frameworks to a new phase of active enforcement, particularly with legislation such as the UK’s Online Safety Act.

The central question here is not whether individual failures by social media companies occur, but whether voluntary safeguards – those devised by the social media companies rather than enforced by a regulator – remain sufficient where the risks are foreseeable. These safeguards can include such measures as blocking certain keywords in the user prompts to AI chatbots, for example.

Grok is a test case because of the integration of the AI produced within the X social media platform. X (formerly Twitter) has had longstanding challenges around content moderation, political polarisation and harassment.

Unlike standalone AI tools, Grok operates inside a high velocity social media environment. Controversial responses to user requests can be instantly amplified, stripped of context and repurposed for mass circulation.

In response to the concerns about Grok, X issued a statement saying the company would “continue to have zero tolerance for any forms of child sexual exploitation, non-consensual nudity, and unwanted sexual content”.

The statement added that image creation and the ability to edit images would now only be available to paid subscribers globally. Furthermore, X said it was “working round the clock” to apply additional safeguards and take down problematic and illegal content.

This last assurance – of building in additional safeguards – echoes earlier platform responses to extremist content, sexual abuse material and misinformation. That framing, however, is increasingly being rejected by regulators.

Under the UK’s Online Safety Act (OSA), the EU’s AI Act and codes of practice and the EU Digital Services Act (DSA), platforms are legally required to identify, assess and mitigate foreseeable risks arising from the design and operation of their services.

These obligations extend beyond illegal content. They include harms associated with political polarisation, radicalisation, misinformation and sexualised abuse.

Step by step

Research on online radicalisation and persuasive technologies has long emphasised that harm often emerges cumulatively, through repeated validation, normalisation and adaptive engagement rather than through isolated exposure. It is possible that AI systems like Grok could intensify this dynamic.

In the general sense, there is potential for conversational systems to legitimise false premises, reinforce grievances and adapt responses to users’ ideological or emotional cues.

The risk is not simply that misinformation exists, but that AI systems may materially increase its credibility, durability or reach. Regulators must therefore assess not only individual results from AI, but whether the AI system itself enables escalation, reinforcement or the persistence of harmful interactions over time.

Safeguards used on social media with regard to AI-generated content can include the screening of user prompts, blocking certain keywords and moderating posts. Such measures used alone may be insufficient if the overall social media platform continues to amplify false or polarising narratives indirectly.

Woman working on laptop
Women are disproportionately targeted by sexualised content and the harms are enduring.
Kateryna Ivaskevych

Generative AI alters the enforcement landscape in important ways. Unlike static feeds, conversational AI systems may engage users privately and repeatedly. This makes harm less visible, harder to find evidence for and more difficult to audit using tools designed for posts, shares or recommendations. This poses new challenges for regulators aiming to measure exposure, reinforcement or escalation over time.

These challenges are compounded by practical enforcement constraints, including limited regulator access to interaction logs.

Grok operates in an environment where AI tools can generate sexualised content and deepfakes without consent. In general, women are disproportionately targeted in terms of sexualised content, and the resulting harms are severe and enduring.

These harms frequently intersect with misogyny, extremist narratives and
coordinated misinformation, illustrating the limits of siloed risk assessments that
separate sexual abuse from radicalisation and information integrity.

Ofcom and the European Commission now have the authority not only to impose fines, but to mandate operational changes and restrict services under the OSA, DSA and AI Act.

Grok has become an early test of whether these powers will be used to address
large-scale risks, rather than simply failures to remove content. narrow content takedown failures.

Enforcement, however, cannot stop at national borders. Platforms such as Grok operate globally, while regulatory standards and oversight mechanisms remain fragmented. OECD guidance has already underscored the need for common approaches, particularly for AI systems with significant societal impact.

Some convergence is now beginning to emerge through industry-led safety frameworks such as the one initiated by Open AI, and Anthropic’s articulated risk tiers for advanced models. It is also emerging through the EU AI Act’s classification of high-risk systems and development of voluntary codes of practice.

Grok is not merely a technical glitch, nor just another chatbot controversy. It raises a fundamental question about whether platforms can credibly self-govern where the risks are foreseeable. It also questions whether governments can meaningfully enforce laws designed to protect users, democratic processes and the integrity of information in a fragmented, cross-border digital ecosystem.

The outcome will indicate whether generative AI will be subject to real accountability in practice, or whether it will repeat the cycle of harm, denial and delayed enforcement that we have seen from other social media platforms.

The Conversation

Dareen Toro does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. The furore over Grok’s sexualised images has begun an AI reckoning – https://theconversation.com/the-furore-over-groks-sexualised-images-has-begun-an-ai-reckoning-275448

Can losing weight improve psoriasis? What the evidence shows

Source: The Conversation – UK – By Sarah Morrow, NIHR Doctoral Fellow and Dermatology Specialist Registrar, University of Oxford

wisely/shutterstock

For many people living with psoriasis, the red, scaly skin patches are only part of the story. Another challenge is the uncertainty about whether there is anything they can do themselves to help manage their skin.

Treatments have improved greatly in recent years. Creams, tablets and injectable medicines can all help control symptoms. Even so, many people still ask a straightforward question in clinic: is there anything I can do alongside my medication that might make a difference? Weight often comes up in that discussion. Psoriasis is more common in people who are overweight or living with obesity.

Research now shows that, for people who are overweight, losing weight can improve both the severity of psoriasis and overall quality of life.

Doctors have long suspected that weight loss could help, but earlier research was inconsistent. Many studies were small, short term and did not always measure how people felt in everyday life. As newer weight loss treatments have become more widely available, it has been important to take another look at the evidence.

Body weight and psoriasis severity

To provide a clearer picture, my colleagues and I reviewed the highest quality studies available on weight loss support for people with psoriasis. In these studies, participants were randomly assigned to one of two groups. One group received structured support to help with weight management alongside their usual psoriasis care. The other group continued with usual care alone. Random assignment helps ensure that any differences seen are likely to be due to the support itself, rather than other factors.

The programmes varied. Some focused on reduced calorie diets. Others combined diet with exercise or behavioural support, such as coaching and goal setting to help people stick with changes. A small number included weight loss medicines. In all cases, researchers carefully measured both weight change and changes in the skin.

Man with psoriasis on leg does home exercises
Some weight loss programmes included exercise as well as reduced calorie diets.
NinaKulagina/Shutterstock

Across the studies, people who received weight management support lost about seven kilograms more on average than those who did not. Their psoriasis improved more as well. Doctors’ assessments of skin severity showed greater improvement, and participants were more likely to experience a substantial reduction in their plaques, which are the thick, inflamed patches of skin typical of psoriasis. They also reported better day to day wellbeing, suggesting the changes were noticeable in everyday life, not only in clinical measurements.

Two patterns stood out. Greater weight loss was generally linked with greater improvement in psoriasis. People who started with more severe psoriasis often saw larger benefits.

This does not mean weight is the sole cause of psoriasis. Psoriasis is a complex condition involving the immune system, which is the body’s defence against infection, and it is influenced by both genetics and environmental factors. However, body fat is biologically active. It produces chemicals that promote inflammation, which is the body’s response to injury or illness. These chemicals circulate in the bloodstream and can affect many organs, including the skin. Reducing excess weight may lower this background inflammation and help calm the overactive immune response seen in psoriasis.

No single diet emerged as clearly superior. The studies used different approaches, yet the common factor linked with skin improvement was weight loss itself. This suggests there is no single diet that everyone must follow. Instead, supported and sustainable weight loss appears to be the key factor.

Happy mature man with a weight scale and a measuring tape
The common factor linked with skin improvement was weight loss.
Ljupco Smokovski/Shutterstock

For patients, this is important. People with psoriasis were involved in shaping how we interpreted the findings. Some said they had wondered whether changing their diet or losing weight might help, but were unsure whether there was solid evidence. Others said they would feel more motivated knowing that weight management could benefit both their general health and their skin.




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Five things I wish everyone knew about weight loss – by an expert in nutrition


For clinicians, clearer evidence also helps. Conversations about weight can be sensitive. Without strong data, it can be difficult to raise the topic in a confident and constructive way. Bringing together the available trial evidence provides a stronger basis for these discussions when they are relevant to the person.

Another treatment tool

There are still limits to what we know. Most of the studies lasted only a few months. Psoriasis is a long term condition, and maintaining weight loss over time can be difficult. We cannot yet say with certainty how long the skin improvements last over several years.

Weight management is also shaped by many factors, including access to affordable healthy food, safe places to exercise, mental health and other medical conditions. Support needs to be practical, realistic and free from judgement.




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Even with these limits, a consistent picture emerges when the trials are considered together. Adding structured weight management support to usual psoriasis treatment is likely to improve skin severity and quality of life for many people who are overweight.

This does not replace medical treatment. It also does not mean that everyone with psoriasis needs to focus on weight. But for those who are interested, there is now clearer evidence that weight loss can form part of overall care.

For someone living with psoriasis, that knowledge can change how much control they feel they have. Alongside prescribed treatments, there may be another tool available that benefits both the skin and overall health.

The Conversation

Sarah Morrow receives funding from the National Institute for Health and Care Research (NIHR) and has previously received funding from the British Skin Foundation.

ref. Can losing weight improve psoriasis? What the evidence shows – https://theconversation.com/can-losing-weight-improve-psoriasis-what-the-evidence-shows-276113

Why Islamic finance could provide an ethical model for funding the green transition

Source: The Conversation – UK – By Abdul Wase Samim, PhD Candidate, Aston University

Lois GoBe/Shutterstock

In recent years, green finance has become a key policy in developed countries. The term refers to the loans and investments that fund the transition to a low-carbon economy. But one of the main challenges in this area is the gap between environmental claims and realities – so-called “greenwashing”.

Because of this, alternative finance models that emphasise a direct link between capital and actual economic activities have been receiving more attention. The Islamic financial system is one such alternative. In this system, financing (in other words, lending) is legitimate when it is linked to real economic activities that benefit people and society.

Islamic finance, with its core values of fairness and social responsibility, could be a means of enhancing credibility and transparency within green finance. In other words, its principles could be seen as more than just an ideological or faith alternative to the conventional system.

Unlike other models, Islamic finance emphasises a direct link between financing and actual assets or activities. Profits must come from work – simply lending money to make a profit is not permitted. This allows for a clearer definition of green projects, helping to ensure that resources are spent on activities with a specific economic and social purpose.


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The requirement for transparency, the prohibition on excessive uncertainty, speculation, and the emphasis on social responsibility mean that the “green” claim must be linked to observable and measurable financial activities.

Green finance and green sukuk

One of the most tangible links between Islamic finance and green finance is green sukuk (Islamic bonds). Conventional bonds are based on a debt commitment – the investor provides money and receives regular fixed interest payments before the debt is repaid. But sukuk represent real ownership or a real interest in an asset or project.

In simple terms, sukuk’s investors will focus on real economic activities rather than an abstract financial contract. For example, the invested capital could be directed into projects like renewable energy, sustainable infrastructure, solar power plants, wind energy initiatives, water treatment facilities or clean technology. This means earning profit from a tangible work in real financial projects.

Conversely, with a conventional bond, a significant part of the invested capital might go into “non-real” projects. For example, a stakeholder might use the invested capital to buy shares. They might expect the shares to increase in value and they could then sell them for a profit. The earnings here would come from the fluctuations in the share price, not from real economic activities like industries, production or entrepreneurship.

Through green sukuk, assets and economic activities must be environmentally focused – things like solar power plants, wind projects or clean transport initiatives. This makes the project’s greenness an intrinsic part of the financial instrument.

ESG (environmental, social and governance) sukuk is expected to surpass US$70 billion (£52 billion) globally this year. Green sukuk could play a bridging role in the UK – the country is a global hub for both green and Islamic finance.

The UK’s green sukuk market would not have to replace the green bond market. But it could complement it, particularly for investors (both Muslim and non-Muslim) who value transparency and a direct link between capital and environmental impact.

wind and solar farms side by side against a blue sky and mountains in the distance.
In green sukuk, there must be a direct link between the investment and climate-friendly activities.
hrui/Shutterstock

Islamic fintech (financial technology) also has a role. Fintech is not just about digitising financial services; by using technology to make transactions cheaper, more convenient and more secure, it changes how finance products are accessed, monitored and trusted.
Islamic fintech operates in accordance with Islamic finance principles and values.

In green finance, Islamic fintech allows crowdfunding, asset tokenisation (turning real assets into digital currency), and rapid information sharing with investors. This can cut costs and increase transparency, and provide a foundation for individual investors and small institutions such as credit unions to access investment opportunities.

Islamic fintech’s main difference lies in its ethical framework. Conventional fintech mainly focuses on speed, scalability and profitability. But from the outset, Islamic fintech is shaped by ethical limitations – things like avoiding speculation, emphasising transparency and linking crowdfunding to projects that make profits from real economic activities.

The UK has strong fintech infrastructure, flexible and supportive financial regulation and a prominent place in Islamic finance. This environment gives the country a unique opportunity to test ethical finance in a modern and secular context. This in turn could create more opportunities for green finance projects.

Measuring, monitoring and verifying the environmental impact of projects over time are significant challenges. Initially, most green financial commitments are clear, but determining whether a project reduces carbon and improves sustainability is time consuming and costly.

In these situations, AI can also play a role. Ethical AI in this context means that algorithms are used for analysis and accountability within green projects. Machine-learning algorithms, for instance, can continuously analyse the environmental data for projects financed through green sukuk and identify deviations between goals and results. This reduces the risk of greenwashing and can increase investor confidence.

To comply with Islamic finance, the use of AI must serve specific ethical purposes. This means AI decision-making should not compromise transparency, justice or accountability. This view is consistent with emerging UK approaches to AI regulation, which emphasise trustworthy AI aligned with the public interest.

Applying Islamic finance does not have to be an identity or political project. Rather, it can be a practical and ethical framework for financing the green transition. In short, it can complement current financial systems to address some of humanity’s most pressing economic and environmental challenges.

The Conversation

Abdul Wase Samim does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Why Islamic finance could provide an ethical model for funding the green transition – https://theconversation.com/why-islamic-finance-could-provide-an-ethical-model-for-funding-the-green-transition-274691

How immigrants hoping for a better life in Britain came to be viewed as ‘colonisers’ or ‘invaders’

Source: The Conversation – UK – By Simon Peplow, Associate Professor in Modern British History, University of Warwick

Discussions of migration in Britain often portray immigrants as “invaders”. This is evident in from the narrative around migrants arriving on small boats, to recent comments by Jim Ratcliffe, the billionaire co-owner of Manchester United.

Ratcliffe, who relocated to the tax haven of Monaco in 2020, blamed immigrants for the country’s economic challenges and claimed the UK had been “colonised”. After a public backlash, he apologised “that his choice of language has offended some people”.

A look at the history of immigration policy and rhetoric shows how this narrative came to play such a big role – and why it is so harmful.

Britain’s history is intertwined with empire and colonialism. The UK was forged as a nation-state alongside, and partly to facilitate, the growth of a global empire sustained through violence, brutality and war. It also led to immigration from Britain’s current and former colonies.

Although empire-related immigration began hundreds of years earlier, it accelerated after the second world war. Thousands of workers were recruited from the Caribbean and south Asia, as well as from Ireland and continental Europe, to relieve labour shortages and help staff the newly-formed National Health Service.

The 1948 British Nationality Act essentially allowed the entry of all subjects of the British empire. However, this did not reflect widespread acceptance of mass immigration. Rather, it was an attempt to maintain control over Britain’s colonial territories by formalising a specifically imperial identity for them.

Groups such as those onboard the ship Empire Windrush arrived under these conditions. However, increased immigration fuelled local anxieties, and controls were gradually tightened. Britain’s colonial and Commonwealth citizens were now recast as “immigrants”. This did not stop people from wanting to move to the UK, drawn by family or cultural ties – forged by a history of empire.

Themes of invasion

Immigration in the following decades was greater in scale and different than previous migration movements. Alongside this, a rhetoric of invasion began to solidify, one that is still politically influential today.

This narrative developed off the back of national myths that emerged during the second world war. The war was seen as a “people’s war” for Britain – a small, isolated island overcoming foreign enemies. Historians like Paul Ward argue that such national myths shaped ideas of a socially and ethnically homogenous British national identity. One that apparently needed “defending against foreign invasion”.

We can see this theme in key historical moments, such as Enoch Powell’s 1968 “Rivers of Blood”, one of modern Britain’s most notorious speeches. Powell recounted supposed conversations with white Britons fearful of being ruled by immigrants and their descendants.

A similar message was created in response to the so-called Kenyan Asian crisis (1968) and Uganda Asian crisis (1972).
These newly-independent countries were attempting to remove Britain’s imperial influences, including by expelling people of Asian descent whose families had been brought there by colonial governments.

The panic in Britain of a possible “invasion” of African Asian immigrants led to the 1968 Commonwealth Immigrants Act passing in just three days. This act restricted the rights of Commonwealth citizens to migrate to the UK.

The mood around immigration was hardening. Shortly before becoming prime minister, Margaret Thatcher appeared on television in 1978 sympathising with voters afraid of being “rather swamped by people with a different culture”. Immediately afterwards, Thatcher’s Conservatives gained a 11-point poll lead over Labour.

Thatcher’s governments overhauled the UK immigration system. The 1981 British Nationality Act removed citizenship for Commonwealth citizens, formally ending the link between British nationality and a shared history of empire.

Views today

In the last two decades, immigration from within and outside of the European Union has been a key response to the economic and demographic challenges of Britain’s ageing population. Workers from overseas have been recruited to fill gaps in areas such as hospitality, health and social care.

Similarly, Britain’s involvement in conflict zones, such as Afghanistan, Iraq and Libya led to increased applications from people seeking asylum in the UK. In response, anti-immigration sentiment has only grown. Ukip’s infamous “breaking point” poster portrayed refugees fleeing the Syrian conflict as a mass of people headed towards British shores, setting the tone for a debate that ultimately led to Brexit.

Such attitudes have continued as immigration from non-EU countries has grown since Brexit. Many contemporary anxieties around immigration stem from beliefs that a traditional British way of life is under threat. But these views are often based on information that is inaccurate or distorts general demographic change.

The suggestion that immigration is acting like a form of colonisation risks legitimising the “great replacement” far-right conspiracy theory. A recent study found that nearly a third of people in the UK believe this view, which contends that white populations are being deliberately replaced by people of colour.

Immigrants, meanwhile, have experienced not the privileges of colonisers, but discrimination. Immigration benefits Britain in various ways. Most migrants to the UK make a net positive contribution to the economy over their lifetime, paying more in taxes than they consume in public services. Yet they have faced increasing levels of hostility, policies designed to make their life in the UK harder, violence and other systemic disadvantages.

Recent years have seen the consequences of these views, in the form of more overt racism, and violent protests. The “invasion” or “coloniser” narrative is not just rhetoric – it can have harmful, physical consequences.

The Conversation

Simon Peplow has received funding from the AHRC and Institute of Historical Research.

ref. How immigrants hoping for a better life in Britain came to be viewed as ‘colonisers’ or ‘invaders’ – https://theconversation.com/how-immigrants-hoping-for-a-better-life-in-britain-came-to-be-viewed-as-colonisers-or-invaders-275860