« En mode » : pourquoi parlons-nous comme des machines ?

Source: The Conversation – France (in French) – By Emmanuel Carré, Professeur, directeur de Excelia Communication School, chercheur associé au laboratoire CIMEOS (U. de Bourgogne) et CERIIM (Excelia), Excelia

« En mode », une expression qui permet de moduler nos relations aux autres. Yann Krukau/Pexels, CC BY

L’ESSENTIEL

  • Après « du coup » et « genre », « en mode » a rejoint la famille des tics de langage propres à notre époque.

  • Dire « en mode », c’est faire comme si l’humain pouvait se « régler » comme un appareil.

  • Cette métaphore structure autant notre manière de penser l’expérience que nos relations avec les autres.


Vendredi soir, dans le TGV. Au départ, mon collègue, qui est aussi mon voisin de siège, a passé son portable en mode avion. Une heure plus tard, il referme son ordinateur et m’annonce que, puisqu’on est vendredi soir, il se met « en mode week-end ». Je m’attends à une petite transformation. Peut-être va-t-il troquer sa chemise contre un polo dernier cri et se mettre, en somme, à la mode du week-end ? Mais rien ne se passe. Physiquement, il n’a pas bougé. Il s’est simplement programmé, comme il avait programmé son téléphone une heure plus tôt.

« En mode » voisine ainsi aux côtés de « du coup », « genre », « j’avoue » ou « en vrai ». On l’entend partout : en mode panique, en mode révision, en mode vacances. Il se glisse dans les conversations, les copies et les réunions, et suscite les mêmes soupirs que ses cousins. La linguiste Julie Neveux a consacré des chroniques sur France Inter à ces usages contemporains de la langue, la radio suisse RTS propose un podcast aux tics de langage. De son côté, l’Office québécois de la langue française le déconseille dans la langue courante même s’il lui reconnaît une image éloquente, celle d’une personne qui fonctionne comme une machine.




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Au-delà de l’anecdote, cette image d’un interfaçage homme-machine est abordée dans plusieurs champs académiques. Si les linguistes décrivent en profondeur la formation de ces expressions avec des corpus et des comptages que l’oreille ordinaire ne peut pas atteindre, le regard proposé ici est celui des sciences de l’information et de la communication. Il porte sur ce que le mot fait à la relation entre ceux qui se parlent et sur ce qu’il doit aux dispositifs techniques qui organisent nos échanges.

Le mode, le mood et la mode

L’expression reste relativement peu étudiée pour elle-même. Parmi les travaux qui lui sont spécifiquement consacrés, le linguiste Samuel Bidaud propose d’y distinguer trois résonances qui se sont croisées : le mode de l’informatique, qui désigne l’état de fonctionnement d’un appareil ; l’anglais mood (l’humeur) dont la forme est proche et enfin la mode, cette manière passagère de sentir, de penser ou de vivre. Les trois partagent en tout cas l’idée d’un état provisoire.

Le voyageur du vendredi soir les réunit sans y penser. Se mettre en mode week-end, c’est couper les notifications du travail, changer d’humeur et, au moins en principe, changer de tenue. Du polo, il ne reste que le mot : la mode s’est glissée dans la phrase.

Bidaud ajoute une observation intéressante : « être en mode » et « être genre » forment une paire. Le premier dit un état passager, le second une manière d’être plus durable : « ce soir, il est en mode bobo » ne dit pas la même chose que « il est genre bobo ». Dans le second cas, « genre » garde quelque chose de son sens premier, celui de l’expression « être du genre à ». On pense à l’espagnol, qui distingue estar pour l’état et ser pour l’essence, même si la comparaison ne vaut que pour cet emploi. Ailleurs, « genre » sert surtout à nuancer ou à annoncer une exagération. Quant à « en mode », les enquêtes de la sociolinguiste Maria Secova confirment qu’il renvoie à un état : chez les adolescents parisiens, l’expression sert surtout à introduire une pensée ou une réaction liée à un état d’esprit.

Mots de l’interface

Suivons l’image technique un cran plus loin. Sur un appareil, un mode est un ensemble de règles de fonctionnement que l’on active d’un geste et que l’on désactive de la même façon. En mode silencieux, le téléphone ne sonne plus. En mode économie d’énergie, il ralentit ses fonctions. Le « mode » annonce ce que la machine va faire, comme dans un programme.

« Je suis en mode révision » fonctionne exactement ainsi. La phrase contient une liste d’instructions : refuser les sorties, répondre tard aux messages, parler peu. Elle a en outre l’avantage de la réversibilité. On sortira du mode révision comme on sort du mode avion, sans avoir changé de nature. Mode révision off.

Chaque époque a prêté ses machines à la description de soi. Le linguiste George Lakoff et le philosophe Mark Johnson ont montré que ces métaphores structurent notre manière de penser l’expérience. La mécanique a donné être remonté ou tourner rond, la vapeur être sous pression, l’électricité péter les plombs, disjoncter ou avoir les batteries à plat, l’informatique beuguer, planter ou rebooter. La plupart de ces images décrivent une panne, un accident que l’on subit. « En mode » décrit au contraire un réglage que l’on choisit. Ce déplacement dit quelque chose de notre rapport aux appareils. L’humain s’y représente en utilisateur de sa propre machine, qui sélectionne le programme adapté à la situation.

Ce vocabulaire trouve aujourd’hui un écho particulier dans nos objets les plus quotidiens. Un téléphone affiche en permanence des modes : avion, silencieux, sombre, ne pas déranger, concentration. Les messageries indiquent si l’on est disponible, absent ou occupé.

Le chercheur en sciences de l’information et de la communication Emmanuël Souchier a montré que tout texte porte la marque des supports et des métiers qui le mettent en forme, ce qu’il appelle l’énonciation éditoriale. La linguiste Marie-Anne Paveau parle, elle, de technodiscours pour désigner les énoncés produits en ligne, où l’outil fait partie du langage. « En mode » peut ainsi se lire comme une trace de ce vocabulaire d’interface passé dans la parole. L’hypothèse reste à vérifier. Elle explique toutefois pourquoi l’expression se comprend si facilement : chacun manipule des modes plusieurs fois par jour.

Annoncer son mode, c’est aussi dire aux autres comment se comporter avec soi, comme le statut « ne pas déranger » règle les appels entrants. Le psychologue Paul Watzlawick et ses collègues de l’école de Palo Alto rappelaient que tout message a un contenu et une relation, et que la relation indique comment lire le contenu. « Je suis en mode révision » demande qu’on ne propose pas de sortie. « Je suis en mode week-end » prévient qu’on ne répondra pas aux courriels de travail avant lundi. La posture affichée peut ménager chacun : un refus prévu par le programme blesse moins qu’un refus personnel.

Un terme qui porte son destin dans son nom

Il faut toutefois se garder de trop charger l’image. Une métaphore s’use à force de servir. Celui qui dit « en mode week-end » ne pense sans doute plus à un appareil, pas davantage que celui qui « disjoncte » ne pense à un tableau électrique. Le choix de cette image, parmi toutes celles qui étaient disponibles, garde pourtant sa signification. Une époque qui règle ses appareils toute la journée trouve naturel de se décrire comme l’un d’eux.

L’expression « en mode » partage ainsi avec la mode son caractère passager et sonnera peut-être un jour aussi daté que « branché », qui a longtemps dit à la fois le courant électrique et l’air du temps. À moins qu’elle ne suive le chemin de « disjoncter » et ne devienne ce que le sociologue Gabriel Tarde appelait une coutume, une manière de dire que l’on hérite des anciens, alors que la mode imite les contemporains.

La grammaire ajoute un clin d’œil. Le « mode » du verbe, indicatif, subjonctif ou conditionnel, exprime la manière dont celui qui parle envisage ce qu’il dit. Le mode de la grammaire, la mode des magazines et le mode avion viennent tous du latin modus, la manière. « En mode » réunit ainsi, sans le savoir, la machine, la grammaire et la mode.

Quant à mon collègue, il repassera lundi matin en mode travail. Sans avoir changé de nature, et toujours sans polo.

The Conversation

Emmanuel Carré ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

– ref. « En mode » : pourquoi parlons-nous comme des machines ? – https://theconversation.com/en-mode-pourquoi-parlons-nous-comme-des-machines-293274

La 6G sera-t-elle plus sobre et intelligente que les générations précédentes ?

Source: The Conversation – France in French (2) – By Pierre Dal Zotto, Professeur Assistant en Systèmes d’Information, GEM


L’ESSENTIEL

  • Après la 5G, la 6G pourrait révolutionner nos télécommunications.

  • Elle pourrait se baser sur la communication sémantique, une approche qui vise à transmettre seulement les données utiles.

  • Au-delà des défis techniques, cette transition pose aussi des questions fondamentales sur nos communications.


Notre manière actuelle de télécommuniquer atteint une limite : chercher toujours plus de débit brut demande davantage de bande passante, d’antennes, de calcul, d’énergie et d’infrastructures. La 6G ne s’émancipera pourtant pas de notre mode standard de communication à base de 0 et de 1. Tant que nos échanges resteront numériques, les messages seront encodés, traités et transmis sous forme binaire.

Ce qui pourrait changer, en revanche, c’est la question posée au réseau. Jusqu’ici, l’objectif principal était de savoir combien de bits il est possible de transmettre. Demain, certains usages pourraient plutôt nous conduire à demander quels bits il est réellement utile de transmettre.

Des réseaux aveugles au contenu

Les réseaux actuels sont largement aveugles à l’information qu’ils font circuler : ils transportent des données sans chercher à savoir si elles sont utiles, redondantes, prioritaires ou suffisantes pour le destinataire. Cette approche est très efficace lorsqu’il faut transférer un fichier, afficher une vidéo ou garantir qu’un message arrive exactement comme il a été envoyé. C’est cette logique qui a porté le développement de la 5G, avec des promesses de débit plus élevé, permettant de limiter la latence et de connecter massivement des objets.

Mais cette logique n’est pas toujours optimale. Dans de nombreux usages émergents, la communication ne vise pas seulement à reproduire des données, mais vise plutôt à supporter une action : détecter, décider, coordonner, alerter ou diagnostiquer. C’est le cas pour les véhicules connectés, les robots, en passant par les capteurs ou des agents IA.

Par exemple, si un véhicule doit éviter un obstacle, il n’a pas nécessairement besoin de recevoir toute une vidéo pixel par pixel. Il peut avoir besoin d’une information plus compacte : est-ce qu’il y a un obstacle ? À quelle distance ? Quelle trajectoire probable peut-il emprunter ? Et quel est le niveau de confiance qu’il peut accorder à ces données ?

Transmettre moins pour mieux agir

C’est l’intuition des communications sémantiques. Le terme peut prêter à confusion : il ne s’agit pas de transmettre du sens au sens philosophique ni de rendre les réseaux capables de comprendre comme des humains. Il s’agit d’intégrer le contexte, l’objectif de la communication et la tâche à accomplir dans la manière de sélectionner, représenter et transmettre l’information.

Dans le modèle actuel, le réseau cherche à reproduire le plus fidèlement possible les bits envoyés. Dans une communication dite sémantique, on cherche plutôt à transmettre l’information nécessaire pour atteindre un résultat. En effet, une erreur peut être acceptable si elle ne change rien à la décision finale ; à l’inverse, une transmission techniquement parfaite peut être inutile si elle transporte des données sans valeur pour la tâche…

Prenons un exemple : une caméra observe une scène dans une usine. Dans un système classique, elle peut envoyer toute l’image à un serveur qui l’analysera ensuite. Dans une approche par communication sémantique, la caméra ou un équipement proche pourrait extraire localement les informations utiles : elle détecterait la présence d’un opérateur, d’un robot, ou encore un geste dangereux. Le réseau ne transmettrait alors pas nécessairement toute l’image, mais une représentation plus courte, qui mène à une meilleure décision au meilleur moment.

Autrement dit, il ne s’agit pas d’envoyer moins pour envoyer moins, mais d’envoyer ce qui compte. Imaginez que vous discutiez avec un ami. Vous vous connaissez tellement qu’un regard, un mot peuvent suffire là où, avec un étranger, il en faut beaucoup plus pour demander la même chose.

Les prérequis de la communication sémantique

Dans un système de communication sémantique, l’émetteur doit extraire ou compresser l’information utile. Cela peut passer par des modèles d’intelligence artificielle capables de transformer en une représentation plus compacte une image, un signal ou une mesure.

Ensuite, le récepteur doit pouvoir interpréter cette représentation. Pour cela, émetteur et récepteur doivent partager au moins partiellement un contexte : une tâche, un modèle, des conventions, parfois une base de connaissances. Si un véhicule reçoit l’information « obstacle à 120 mètres », il doit savoir ce qu’est un obstacle pertinent, dans quel référentiel la distance est exprimée et avec quel niveau d’incertitude cette information doit être traitée.

Il faut enfin mesurer la réussite autrement. Dans les télécommunications classiques, on mesure un débit, une latence ou un taux d’erreur. Dans une communication sémantique, il faut aussi mesurer la qualité de la tâche : le véhicule a-t-il évité l’obstacle ? Le robot a-t-il coordonné son geste ? Le diagnostic industriel est-il fiable ? La communication reste contrainte par la physique, mais son efficacité se juge aussi par son effet sur l’action.

Des pistes en cours d’exploration

Cette approche reste un sujet de recherche, mais elle n’est plus seulement théorique. Le projet européen 6G-GOALS vise à développer des réseaux 6G capables de prendre en compte les communications sémantiques dans une architecture qui intègre l’intelligence artificielle, notamment pour réduire les bits inutiles à traiter et à transmettre.

Le projet 6G-DISAC explore quant à lui des architectures où le réseau ne sert pas seulement à transmettre, mais aussi à détecter, localiser et interpréter l’environnement. Dans ce cadre, une question devient cruciale : quelles informations faut-il partager entre objets, capteurs et infrastructures pour produire une perception collective fiable, sans saturer le réseau ?

Enfin, 6GARROW, collaboration entre l’Europe et la Corée, travaille sur des réseaux 6G dont l’intelligence artificielle serait une composante structurante. L’objectif est de concevoir des architectures où dispositifs et infrastructures coopèrent davantage pour améliorer l’efficacité, la résilience et l’adaptation aux usages.

Une promesse à juger avec prudence

La promesse de réduire les transmissions inutiles, d’améliorer l’efficacité énergétique, de diminuer la latence tout en permettant à des agents intelligents de coopérer plus efficacement soulève aussi au moins trois nouveaux problèmes.

Le premier concerne les métriques. Tant que l’on mesure un débit, une latence ou un taux d’erreur, les comparaisons sont relativement standardisées. Mais comment mesure-t-on une « erreur sémantique » ? À partir de quand une information est-elle suffisamment correcte pour agir ? Ces questions n’ont pas encore de réponses consensuelles.

Le deuxième problème est celui de l’alignement. Si deux systèmes ne partagent pas les mêmes conventions, ils peuvent mal s’interpréter. L’exemple du Mars Climate Orbiter, perdu en 1999 après une confusion entre unités métriques (mètre, kilogramme…) et impériales (pied, livre…), rappelle qu’un problème de référentiel peut faire échouer un système complexe. Dans les communications sémantiques, un canal radio parfait ne garantit donc pas une compréhension parfaite. Encore faut-il que les modèles, les unités, les conventions et les objectifs soient compatibles.

Le troisième problème est énergétique. Transmettre moins de données peut réduire la charge du réseau, mais extraire, compresser, interpréter et reconstruire l’information demande du calcul, qui consomme lui aussi de l’énergie. La promesse de sobriété doit donc être évaluée sur l’ensemble du système.

Changer le rôle des bits est aussi un risque

La 6G ne s’affranchira donc pas des 0 et des 1 et ne dépassera pas non plus les lois physiques. Mais elle pourrait modifier notre manière de concevoir la communication numérique.

Cette évolution pose toutefois une question politique autant que technique : si le réseau commence à distinguer les données selon leur utilité supposée, comment préserver la neutralité du réseau ? Ce principe fondamental d’Internet veut que les fournisseurs d’accès transportent les données sans privilégier, ralentir ou bloquer certains contenus, services ou applications. De la même manière que la Poste est censée acheminer les courriers sans les ouvrir ni décider lesquels méritent d’être distribués en priorité selon leur contenu, le réseau est conçu pour transporter les données sans juger de leur valeur.

La communication sémantique promet de ne plus transmettre des bits comme s’ils avaient tous la même valeur. Il faudra alors veiller à ce que cette hiérarchisation serve l’efficacité des usages, sans devenir un moyen de discriminer des contenus, des services ou des acteurs.


Cet article a été rédigé avec l’aide du Dr Quentin Lampin, chercheur senior et co-directeur du laboratoire commun Orange-CEA « AI-Native Communications ».

The Conversation

Ce travail (ou une partie de ce travail) a été réalisé avec le soutien du projet 6GARROW, financé par la Smart Networks and Services Joint Undertaking (SNS JU) dans le cadre du programme-cadre de recherche et d’innovation Horizon Europe de l’Union européenne (convention de subvention n° 101192194), ainsi que par une subvention de l’Institute for Information & Communications Technology Promotion (IITP) financée par le ministère coréen des Sciences et des Technologies de l’Information et de la Communication (MSIT) (référence n° RS-2024-00435652)

Emilio Calvanese Strinati ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

– ref. La 6G sera-t-elle plus sobre et intelligente que les générations précédentes ? – https://theconversation.com/la-6g-sera-t-elle-plus-sobre-et-intelligente-que-les-generations-precedentes-291330

Au Liban, le sexe transactionnel comme stratégie de survie

Source: The Conversation – France in French (3) – By Larine Fahed, Assistante de recherche, Département de médecine familiale, American University of Beirut


L’ESSENTIEL

  • Selon les autorités libanaises, près de 760 000 personnes ont été déplacées depuis le retour de la guerre en mars 2026, principalement dans le sud du pays et dans la banlieue sud de Beyrouth.

  • Le conflit se conjugue aux crises politiques et économiques préexistantes, aggravant encore la vulnérabilité de ces personnes. Dans ce contexte, le recours au sexe transactionnel apparaît pour certaines d’entre elles comme un moyen d’assurer leur survie.

  • Dans le cadre du Liminality Research Consortium, des chercheurs ont collectivement mené une étude pour dépasser les tabous entourant cette réalité afin d’étudier les conditions de vie et les expériences de ces personnes.


Les discussions autour du sexe transactionnel (ST) suscitent souvent des réactions polarisées dans le débat public, mais les expériences vécues par les personnes concernées sont d’habitude reléguées au second plan. Pourtant, l’examen de leurs parcours, souvent complexes et échappant aux grilles d’analyse traditionnelles, est d’un grand intérêt pour aborder cette problématique.

La formule « sexe transactionnel » désigne l’ensemble des activités sexuelles prodiguées en échange de bénéfices matériels ou immatériels. Notre recherche a permis d’identifier différents types de relations sexuelles transactionnelles, dont le travail du sexe (prostitution). Les relations sexuelles transactionnelles constituent un terme générique qui englobe le travail du sexe, les mariages de convenance, les relations intimes transactionnelles et les rapports sexuels transactionnels.

Notre étude menée en 2022 au Liban, ainsi qu’en Turquie, en Grèce, en Jordanie et en Suisse, confirme que le ST est une pratique courante au sein de populations vulnérables, notamment parmi les personnes réfugiées – terme utilisé dans cet article sans référence au statut juridique et désignant de façon générale les personnes migrantes et déplacées de force, y compris les demandeurs d’asile et les personnes en situation assimilable à celle des réfugiés au sens de la Convention de 1951 relative au statut des réfugiés –, les personnes en situation de précarité socio-économique et les personnes aux identités de genre et d’orientation sexuelle diverses : 69 % des 261 participants à cette étude ont déclaré avoir observé ou vécu le ST.

Des facteurs de vulnérabilité multiples

Le recours au ST est façonné par de nombreux facteurs. Tout d’abord, la nécessité, pour les personnes réfugiées, et spécialement pour les femmes, de se garantir une forme de protection tout au long du parcours migratoire – un parcours durant lequel elles sont souvent exposées à des risques d’abus physiques et sexuels.

Un expert interrogé dans le cadre d’un entretien qualitatif pour notre étude estime que « la grande majorité des [filles] ont subi une exploitation sexuelle durant leur parcours » et disait « connaître à peine une fille qui n’ait vécu cela ». Certaines femmes réfugiées peuvent être amenées à offrir des faveurs sexuelles à des passeurs, des gardes-frontières ou des policiers afin de faciliter le franchissement des frontières, de faire face à des conditions de campement dangereuses ou de protéger leurs enfants.

Pour se protéger du harcèlement sexuel et des violences exercées par des hommes durant leur déplacement, d’autres femmes voyageant seules s’arrangent avec un homme, parfois en se faisant passer pour un couple, ou en se mariant de manière arrangée avant le départ.

Une femme réfugiée explique que ces stratégies sont souvent motivées par la peur : « Elles proposent à un homme de faire semblant d’être mariés pour que les autres les laissent tranquilles. » Afin d’éviter d’avoir à recourir à ces stratégies, des passeurs recommandent parfois aux femmes voyageant seules d’aider les mères et de porter certains de leurs enfants pour « donner l’impression qu’elles étaient mariées et les protéger des voleurs ou des agresseurs sur la route ».

Un autre facteur majeur est la précarité financière. La situation est particulièrement critique au Liban, où l’accumulation des crises politiques et économiques, ainsi que des guerres, continue de fragiliser les populations réfugiées et locales les plus exposées. Le Liban accueille déjà plus de 1,4 million de réfugiés de diverses nationalités, dans des situations de vulnérabilité variables. Pour ces groupes, les opportunités de travail restent limitées en raison des restrictions juridiques ou de la stigmatisation sociale : « Il n’y a que trois options : le sexe, la drogue ou le vol. Ce sont les choix qui s’offrent aux personnes gays et trans. »

Pour beaucoup, cette situation est aggravée par les obstacles à l’accès au logement. Pourtant, l’installation ne met pas fin aux difficultés : nombre d’entre eux se retrouvent dans des espaces exigus, souvent surpeuplés et dans des conditions de vie précaires : « Venez me voir, vous me direz d’aller vivre dans une tente sous le soleil, ce serait bien mieux ! »

Dans certains cas, cette vulnérabilité est exploitée pour exiger des relations sexuelles en échange d’un hébergement. Comme le résume une femme libanaise à propos d’une autre personne : « Soit elle paie le loyer, soit elle couche avec le propriétaire. »

Dans ce contexte difficile, certaines personnes réfugiées ou locales recourent aussi à des relations ou des mariages arrangés ou de convenance, souvent pour accéder à un statut légal ou à une forme de stabilité économique. C’est le cas d’une femme qui « a épousé un homme aisé afin qu’il puisse assumer les dépenses du foyer et soutenir sa famille ». Bien que ces arrangements soient fréquents et normalisés, ils sont parfois décrits comme inégalitaires et marqués par des dynamiques d’abus.

Le sexe transactionnel, un choix pour composer avec les contraintes

Le ST représente non seulement une stratégie de survie, mais aussi, parfois, une façon de prendre en main son avenir :

« J’ai pris cette décision pour construire mon avenir et améliorer ma vie. J’ai donc eu recours au travail du sexe. »

D’autres témoignages évoquent des formes de ST plus organisées. Il y a l’exemple d’un homme libanais qui « a transformé sa maison en bordel » où des hommes et des femmes travaillaient. En outre, plusieurs participants d’autres entretiens suggèrent que des personnes, elles-mêmes en situation de précarité, facilitaient le travail du sexe pour d’autres personnes appartenant à des groupes vulnérables.

Comme l’explique une femme trans interrogée : « Je mets des clients en contact avec d’autres femmes et, si elles acceptent d’y aller, elles me donnent une part de leurs gains. » Bien que le recours au ST puisse déjà accroître la vulnérabilité aux violences et à l’exploitation, l’implication dans les réseaux de prostitution illicite plus organisés peut davantage exposer au risque de traite.

Quand la guerre impose des stratégies de survie

Par ailleurs, la guerre de 2024 au Liban, ravivée en 2026, a entraîné le déplacement interne répété de plus d’un million de résidents, aggravant des conditions de vie déjà précaires. La surpopulation dans les abris collectifs, la flambée des loyers et la perte des moyens de subsistance ont davantage réduit l’accès aux besoins essentiels.

Le cessez-le-feu actuellement en vigueur et la signature de l’accord-cadre entre le Liban et Israël en juin 2026 n’ont que très peu contribué à atténuer la crise humanitaire, d’autant que ces textes ont été quasi immédiatement violés. Au mois de septembre 2026, 329 686 personnes demeurent déplacées à travers le Liban.

Cette réalité ressort de témoignages préliminaires récents recueillis au Liban auprès de personnes réfugiées dans le cadre d’une étude de suivi, actuellement en cours, de nos travaux de 2022. Maysam (nom modifié), une réfugiée transgenre originaire d’Irak, a raconté avoir été contrainte de quitter sans préavis l’appartement qu’elle louait, afin de laisser la place à la famille du propriétaire déplacée par la guerre. En effet, les personnes réfugiées en situation irrégulière ne disposent généralement pas de contrats de location leur garantissant des droits et une protection.

Confrontée au risque de se retrouver sans abri et donc à un risque accru de violences liées à son identité de genre, Maysam a échangé des faveurs sexuelles contre un hébergement. Bien que cette solution lui ait offert une sécurité temporaire, elle rapporte avoir été exposée au VIH durant cette période et devoir désormais composer avec ce diagnostic.

Ainsi, beaucoup paient un lourd tribut pour survivre, alors que l’accès aux services de santé, aux recours juridiques et à la protection de l’État reste limité.

Loin d’être un cas isolé, l’histoire de Maysam reflète une réalité vécue actuellement par de nombreuses personnes en situation de vulnérabilité au Liban.

Tandis que le pays continue d’être bombardé et que des villages entiers sont détruits et occupés, l’incertitude augmente. L’armée israélienne poursuit toujours son avancée dans les territoires situés au sud du fleuve Litani, qu’elle qualifie de « zone tampon », et même, dernièrement, au nord de celle-ci. Même à l’issue de l’accord-cadre, plus de 500 000 personnes demeurent déplacées à travers le Liban. Beaucoup d’entre elles n’ont pas de logement dans lequel retourner et ne disposent pas des conditions matérielles nécessaires pour reconstruire leur vie.

« Le Flash Appeal pour le Liban », lancé par les Nations unies, n’a jusqu’à présent mobilisé que 51,3 % des fonds nécessaires pour répondre aux besoins liés aux déplacements internes massifs et aux dommages infligés aux infrastructures, dans un contexte global déjà marqué par de fortes réductions de l’aide humanitaire. Face à cette réalité, le recours aux stratégies de survie, comme le ST, pourrait augmenter chez les populations les plus exposées au Liban.

Ces récits mettent en évidence la diversité des facteurs structurels et des expériences multiformes liés au ST. Cependant, le discours social et médical de l’entourage des personnes concernées sur ce sujet manque souvent de nuance : « Les gens vous jugent, sans chercher à comprendre pourquoi », nous a confié une personne enquêtée. Les attitudes des prestataires de soins et des acteurs humanitaires à l’égard du ST doivent également évoluer, afin que les réponses humanitaires abordent plus proactivement ces situations et leurs répercussions, tout en contribuant à lever les tabous qui les entourent. Il est peut-être temps de reconsidérer la manière dont nous abordons le ST dans les contextes humanitaires, et de nous demander : quel choix reste-t-il réellement lorsque toutes les portes sont fermées ?


Cette étude a été conduite dans le cadre du Liminality Research Consortium avec la participation de Thanasis Tyrovolas, Marion Bouchetel, Rose Nelson, et Sara Achik. Elle a bénéficié du soutien financier de l’International Development Research Centre (IDRC) et du Swiss National Science Foundation (SNSF).

The Conversation

Larine Fahed est une professionnelle de la santé mentale et une chercheuse rattachée à l’Université américaine de Beyrouth. Elle est membre du Consortium de recherche sur la liminalité. Les travaux de recherche menés au Liban ont été financés par le Centre de recherches pour le développement international (CRDI).

Jinan Usta est médecin généraliste et maître de conférences en médecine familiale à l’Université américaine de Beyrouth. Elle est membre du Consortium de recherche sur la liminalité. Les travaux de recherche menés au Liban ont été financés par le Centre de recherches pour le développement international (CRDI).

Monica Adhiambo Onyango est professeure agrégée clinique au département de santé mondiale de l’École de santé publique de l’université de Boston. Elle est membre du Consortium de recherche sur la liminalité.

Shirin Heidari est chercheuse principale au sein du Consortium de recherche sur la liminalité et chercheuse senior au Centre sur le genre de l’Institut universitaire de hautes études internationales de Genève. Ses travaux de recherche ont été financés par le Réseau suisse d’études internationales (SNIS) et le Centre de recherches pour le développement international (CRDI) du Canada. Elle est également directrice fondatrice de GENDRO, une association à but non lucratif enregistrée à Genève, et vice-présidente du Festival international du film de Genève et du Forum des droits de l’homme (FIFDH).

– ref. Au Liban, le sexe transactionnel comme stratégie de survie – https://theconversation.com/au-liban-le-sexe-transactionnel-comme-strategie-de-survie-287215

Dans nos déchets organiques, du plastique qui limite l’efficacité de la collecte

Source: The Conversation – in French – By Victorien Jeux, Enseignant chercheur en chimie des (bio)polymères, UniLaSalle


L’ESSENTIEL

  • La collecte de nos déchets organiques (biodéchets), généralisée en France depuis 2024, est une avancée louable.

  • Dans la pratique, son efficacité est limitée par des confusions dans le tri : la présence de certains plastiques considérés à tort comme étant compatibles avec la méthanisation freine les processus de valorisation.

  • Des recherches se penchent sur la conception de matériaux compatibles à la fois avec les imperfections de la collecte et les procédés de traitement.


Épluchures, marc de café, pain rassis, restes de repas, herbe de tonte, branches mortes, tailles de jardin… nos poubelles regorgent de matières organiques que l’on regroupe aujourd’hui sous le terme de biodéchets. Depuis 2024, la France a généralisé leur tri à la source pour les détourner de l’incinération et les valoriser, en les transformant en ressources utiles.

Sur les centaines de millions de tonnes de déchets que la France produit chaque année, tous flux confondus, les biodéchets représentent en effet près d’un tiers, soit plusieurs millions de tonnes. Une grande partie de ces biodéchets étant constituée d’eau et de carbone, les brûler présente en effet un intérêt limité.

Les collecter séparément est, en revanche, une manière rationnelle de les valoriser. Selon les territoires, plusieurs solutions coexistent : compostage de proximité, collecte en porte-à-porte ou apport volontaire dans des bornes dédiées… L’objectif est toujours le même : transformer nos restes de cuisine et déchets verts en compost utile aux sols ou en énergie renouvelable grâce à la méthanisation.

Cette évolution constitue une bonne nouvelle pour le climat et l’économie circulaire, mais sa mise en œuvre pratique reste parfois laborieuse. Parmi les difficultés rencontrées figure la présence persistante de déchets plastiques dans les bacs à biodéchets.




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Du plastique dans les biodéchets

Certaines erreurs de tri sont faciles à comprendre : emballages oubliés, couverts jetables ou films alimentaires.

D’autres sont plus subtiles : une simple étiquette collée sur une peau de banane ou un sachet présenté comme « biodégradable » peuvent sembler compatibles avec la filière, alors qu’ils ne le sont pas nécessairement.

Une partie du problème provient d’une confusion fréquente autour du terme « bioplastique », qui mélange les plastiques biosourcés et biodégradables, alors qu’ils désignent des réalités très différentes. Ce qui alimente une confusion chez le citoyen entre ce qui est biosourcé, biodégradable et compostable. Or, tous ces mots ne sont pas équivalents.

  • Un plastique est dit « biosourcé » lorsqu’il est fabriqué à partir de ressources d’origine biologique, telles que l’amidon, les sucres ou encore les huiles végétales. Cela ne dit rien de sa capacité à se dégrader après usage.

  • Un matériau est qualifié de « biodégradable » lorsqu’il peut être décomposé par l’action des microorganismes. Mais cette propriété dépend fortement des conditions du milieu : température, humidité, présence d’oxygène, activité microbienne et temps disponible.

  • Enfin, un matériau compostable est conçu pour se dégrader dans des conditions précises de compostage. Dans de nombreux cas, cette compostabilité n’est garantie que dans des installations industrielles, où la température, l’humidité et l’aération sont soigneusement contrôlées.




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Ce qui est compostable n’est pas forcément méthanisable

Cette confusion conduit parfois à des contresens lors du tri : un citoyen peut déposer en toute bonne foi un sac ou un emballage qu’il suppose compostable dans son bac à biodéchets. Or, les biodéchets ne partent pas forcément au compost industriel : ils peuvent aussi être destinés à la méthanisation, ce procédé biologique de valorisation énergétique qui traite différentes matières organiques – effluents d’élevage, résidus agricoles, déchets alimentaires ou encore biodéchets collectés séparément.

Et contrairement aux idées reçues, tout matériau compostable n’est pas nécessairement méthanisable. Et pour la méthanisation, la présence de plastiques est problématique.

En effet, à la différence du compostage, qui est un procédé aérobie (c’est-à-dire réalisé en présence d’oxygène), la méthanisation est au contraire un procédé anaérobie, qui fonctionne en absence d’oxygène. Des communautés microbiennes dégradent la matière organique et produisent un biogaz riche en méthane, qui peut être utilisé pour produire de l’électricité et de la chaleur ou bien être épuré afin d’être injecté dans le réseau sous forme de biométhane.

La méthanisation produit également un résidu appelé « digestat », qui contient encore de la matière organique et des éléments nutritifs valorisables en agriculture. Selon la nature des déchets traités, une étape d’hygiénisation peut être nécessaire afin de garantir la sécurité sanitaire du produit final.

L’ensemble constitue une chaîne technique dont chaque étape dépend de la qualité de la précédente. Lorsque les intrants sont propres, la préparation est plus simple, la digestion plus efficace et les produits obtenus, biogaz et digestats, de meilleure qualité.




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L’efficacité de la filière mise à mal

Entre les deux procédés (méthanisation et compost), les communautés microbiennes, les conditions physico-chimiques et les temps de séjour diffèrent fortement. Par conséquent, un emballage capable de se dégrader dans une plateforme de compostage industriel peut se révéler peu ou pas dégradable dans un méthaniseur. Il peut rester longtemps intact, perturber les équipements ou générer des fragments susceptibles de contaminer les produits finaux.

Dans ce contexte, la qualité du gisement collecté est essentielle. Lorsqu’une collectivité autorise un certain type de sac plastique, cette décision dépend généralement de l’organisation locale de la collecte et du traitement : compostage, méthanisation, déconditionnement éventuel…

Dans certaines installations, des équipements de déconditionnement permettent en effet de séparer les emballages de la fraction organique afin d’extraire la matière valorisable. Mais ces systèmes ne sont jamais parfaits : une partie des fragments plastiques peut persister et poursuivre son chemin dans la chaîne de traitement.

En dehors de ce cadre précis, l’introduction de « bioplastiques » ne garantit en rien une meilleure performance environnementale que la présence de plastiques classiques. En théorie, il faudrait donc complètement séparer la filière méthanisation de la filière compost, mais c’est difficile à mettre en place.

Ces fragments de plastique se retrouvant dans les biodéchets entraînent plusieurs conséquences.

  • En amont, ils réduisent la quantité de matière réellement disponible (une partie étant contaminée par la présence de plastique) pour produire du biogaz et augmentent les besoins de maintenance du méthaniseur et les coûts de préparation.

  • En aval, ils peuvent dégrader la qualité des digestats, voire compromettre leur acceptabilité pour un retour au sol.

Autrement dit, chaque élément indésirable diminue l’efficacité globale de la filière.

Vers des matériaux compatibles ?

Cette situation soulève une question fondamentale : puisque la sensibilisation ne suffira pas à éradiquer toute confusion, que certains étiquetages alimentent d’ailleurs, comment concevoir des matériaux qui puissent être utilisés pour la collecte des biodéchets, tout en étant compatibles avec les procédés de traitement ?

Pour y répondre, la recherche travaille aujourd’hui à comprendre quels paramètres chimiques et physiques contrôlent la biodégradation des polymères dans les méthaniseurs. L’objectif n’est plus de produire des matériaux biodégradables dans l’absolu, mais de développer des matériaux pensés pour un procédé donné.

Comment mesurer cette compatibilité ? Quels critères permettent d’évaluer la dégradation d’un polymère dans un méthaniseur ? Comment concevoir des plastiques adaptés aux contraintes de la filière ? Telles sont les questions auxquelles la recherche va répondre. Ces travaux ouvrent la voie à une nouvelle génération de matériaux pensés non plus seulement pour l’usage, mais aussi pour leur fin de vie.

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

– ref. Dans nos déchets organiques, du plastique qui limite l’efficacité de la collecte – https://theconversation.com/dans-nos-dechets-organiques-du-plastique-qui-limite-lefficacite-de-la-collecte-287105

Face aux incertitudes budgétaires de 2027, les universités françaises poussées à changer de modèle ?

Source: The Conversation – in French – By Laurent Mériade, Professeur des universités en sciences de gestion – Agrégé des facultés – IAE – CleRMa, Université Clermont Auvergne (UCA)


L’ESSENTIEL

  • Les universités françaises font face à une dégradation rapide de leurs finances, tandis que leurs réserves réellement disponibles s’épuisent.

  • L’État pousse les établissements à développer leurs ressources propres, notamment à travers les nouveaux contrats d’objectifs, de moyens et de performance.

  • Hausse des droits d’inscription, sélection, réduction des formations… La crise budgétaire pourrait remettre en cause le modèle universitaire français.


Ces derniers mois, les signaux adressés aux universités se sont accumulés. Le décret du 19 mai 2026 a plafonné les exonérations de droits d’inscription des étudiants extracommunautaires. Les Assises du financement des universités ont rendu leur rapport en juin, documentant la dégradation de la situation financière des établissements. Enfin, le rapport de la commission d’enquête sénatoriale du 9 septembre a relancé le débat sur les droits d’inscription et sur l’accès à l’université.

Derrière ces annonces se pose une question plus concrète que le seul montant des crédits qui seront votés dans le projet de loi de finances (PLF) pour 2027 : de quelle marge de manœuvre les universités disposent-elles réellement pour continuer à assurer leurs missions ?

Ces évolutions interviennent dans un contexte budgétaire déjà très contraint. Un budget 2026 adopté par le recours à l’article 49.3 début février, un point d’indice (servant au calcul du salaire des fonctionnaires) gelé depuis juillet 2023 et un objectif d’économies porté à 54 milliards d’euros pour 2027.

Elles s’accompagnent d’un changement de cadre. Les futurs contrats d’objectifs, de moyens et de performance (COMP), expérimentés localement depuis 2026, doivent régir la contractualisation entre l’État et la quasi-totalité des universités à compter de 2027. Or, ni le calendrier budgétaire ni le climat social ne favorisent la sérénité du dialogue de gestion que ces contrats sont censés incarner.

D’où l’on part : une dégradation continue

Il y a trois ans, j’écrivais dans ces mêmes colonnes que 30 % des universités françaises affichaient un budget déficitaire. Depuis, la situation ne s’est pas stabilisée. Elle s’est aggravée. Près de 80 % des universités ont déposé un budget déficitaire pour 2025. Le rapport des Assises du financement des universités de juin 2026 objective ce dérapage avec précision. Entre 2018 et 2025, la subvention pour charges de service public (SCSP) versée par l’État a progressé de 26 % en euros courants, mais les charges de personnel ont augmenté de 37 % sur la même période, et la capacité d’autofinancement des établissements s’est effondrée de 37 %. À législation et financement inchangés, le rapport projette un déficit cumulé d’environ 2 milliards d’euros à l’horizon 2030.

Le budget 2026, adopté dans la douleur par un recours à l’article 49.3 début février, illustre le mécanisme à l’œuvre. La mission Recherche et enseignement supérieur y progresse de 0,7 % en valeur, soit environ 175 millions d’euros supplémentaires pour le programme 150, qui finance les formations supérieures et la recherche universitaire. Cependant, cette hausse modérée (moins de 1 %) ne couvre que partiellement l’inflation et les charges nouvelles non compensées par l’État (200 millions d’euros liés à la hausse de la cotisation retraite [CAS Pensions], dont seulement 81 millions sont pris en charge par le ministère ; 60 millions au titre de la protection sociale complémentaire ; 145 millions de restes à charge pérennes issus des mesures salariales décidées les années précédentes). Au total, les établissements doivent absorber, cette année encore, près de 180 millions d’euros de dépenses nouvelles.

L’amortisseur de la trésorerie : une vision en trompe-l’œil

Face à cet effet de ciseaux entre des recettes contraintes et des charges qui progressent mécaniquement, les universités ont, depuis plusieurs années, mobilisé une ressource qui leur restait propre, leurs réserves de trésorerie et leur fonds de roulement. Ce choix n’est pas nouveau, mais son sens a radicalement changé.

Au milieu des années 2010, l’État avait estimé que certains établissements disposaient de réserves excessives. Dix ans plus tard, le diagnostic s’est inversé. Selon le rapport de l’inspection générale des finances (IGF) et de l’inspection générale de l’éducation, du sport et de la recherche (IGESR) sur le modèle économique des établissements publics de l’enseignement supérieur, la trésorerie nette du secteur serait passée de 3,4 milliards d’euros en 2018 à 5,1 milliards en 2023, une hausse continue qui, en apparence, traduirait une situation financière confortable.

En 2026, la Cour des comptes montre que cette progression de la trésorerie provient principalement de financements sur projets (notamment financements européens ou nationaux de projets de recherche ou immobiliers) dont les avances sont comptabilisées en trésorerie bien qu’elles soient d’ores et déjà fléchées vers des dépenses précises et échelonnées sur plusieurs années. Autrement dit, le stock de réserves grossit, mais la part réellement disponible pour financer les besoins de fonctionnement courant, elle, se réduit. La Cour parle explicitement d’une trésorerie « de moins en moins disponible ».

En décembre 2024, le nouveau régime financier des universités a fixé trois seuils prudentiels (un niveau plancher de trésorerie, un niveau plancher de fonds de roulement et un plafond pour la part des charges de personnel dans les dépenses). Selon les données transmises par les établissements eux-mêmes, 82 % des universités respectaient encore, en 2024, ces trois seuils simultanément. Le ministère s’appuie sur ce chiffre pour estimer que les budgets initiaux, souvent présentés en déficit par les établissements, dressent un tableau excessivement négatif par rapport à ce que montrent, a posteriori, les comptes financiers.

Cependant, ces trois seuils souffrent de lacunes de calcul préoccupantes au regard du principe de sincérité des données de finances publiques, notamment parce qu’ils ne prennent pas en compte la part des fonds de roulement ou de la trésorerie déjà fléchée, et donc non disponible, des établissements. Ainsi, la part de la trésorerie réellement « libre d’emploi », c’est-à-dire non fléchée vers des opérations pluriannuelles ou des projets sur financements compétitifs, s’est effondrée. Elle est passée de 1,1 milliard d’euros en 2019 à 228,8 millions d’euros en 2024, soit une baisse de 80 % en cinq ans.

Un nouveau modèle économique reposant sur l’autonomisation financière des universités ?

Face à cette situation, se pose, en filigrane, la question structurelle du modèle économique des universités. Comment souhaite-t-on que les universités soient financées dans l’avenir et avec quel niveau d’intervention de l’État ? Les recommandations des dernières assises du financement des universités vont dans le sens d’une autonomie patrimoniale et de ressources humaines élargie, d’une garantie de progression annuelle de la SCSP d’au moins 1 % au-dessus de l’inflation, et d’une diversification des ressources propres.

Ce dernier point semble crucial, car il est à la fois celui qui, concrètement, peut produire le plus d’effets sur le financement des universités, mais aussi celui qui modifierait radicalement le modèle économique actuel des universités. Il se retrouve d’ailleurs dans l’architecture des nouveaux COMP. Le « taux de ressources propres » y figure comme l’un des huit indicateurs nationaux de pilotage.

Le développement des ressources propres des universités constitue un projet de près de vingt ans (Loi LRU de 2007). Elles s’élèvent actuellement à 4,4 milliards d’euros, soit 24 % des recettes totales en 2023 (contre 20 % en 2019). Un bilan mitigé, car la hausse repose principalement sur des ressources publiques (47 %) ou privées « aidées » (28 % ; l’apprentissage et les financements PIA/France 2030), alors que les ressources privées non aidées ne représentent que 13 %. Ce qui pousse le ministère de l’enseignement supérieur à aller plus loin encore.

Parmi les leviers recensés pour développer les ressources propres, l’apprentissage (688 millions d’euros) est présenté comme ayant déjà atteint un palier de croissance. La formation continue (de 400 millions à 450 millions d’euros) disposerait d’un potentiel de développement limité à environ 200 millions d’euros supplémentaires. La valorisation du patrimoine immobilier, qui représente 16,3 millions de mètres carrés, reste largement sous-exploitée, mais nécessite un fort appui financier de l’État, peu envisageable à l’heure actuelle. Dès lors, le levier de loin le plus significatif reste l’augmentation des droits d’inscription des étudiants.

Un récent rapport de la commission d’enquête sénatoriale, publié le 9 septembre 2026 et adopté malgré l’opposition des élus de gauche, reprend les préconisations des Assises du financement des universités de juin 2026 : faire passer les droits d’inscription des étudiants français et communautaires de 175 euros à 900 euros en licence et de 243 euros à 1 300 euros en master, dans le cadre d’une réforme beaucoup plus large (fin du droit d’accès automatique des bacheliers à l’université, sélection à l’entrée, création d’une « année de propédeutique »). Cela concrétise la volonté de l’État de pousser le développement d’un nouveau modèle économique des universités au moyen du basculement d’un financement par la solidarité nationale vers un financement par les individus.

Ce basculement avait déjà été entrevu à travers l’instauration, en 2019, des droits d’inscription différenciés pour les étudiants extracommunautaires. Fixés à 2 770 euros en licence et 3 770 euros en master, ces droits avaient jusqu’ici été neutralisés par de nombreuses universités, qui exonéraient la quasi-totalité de leurs étudiants extracommunautaires. Le décret du 19 mai 2026 est venu corriger cette neutralisation de fait, en plafonnant ces exonérations à 30 % des effectifs concernés dès 2026-2027, puis à 25 % en 2027-2028 et à 20 % à partir de 2028-2029.

Cela renforce l’idée que l’État souhaite voir les universités prendre progressivement leur autonomie financière. Mais cette évolution s’opère de manière larvée, sans débat public, alors qu’elle pourrait remettre en cause des principes universitaires fondamentaux tels que la (quasi) gratuité de l’enseignement public, qui date de la Constitution de 1946, ou le droit d’accès des bacheliers à l’université, hérité du décret napoléonien du 17 mars 1808 qui faisait du baccalauréat le « premier grade universitaire ».

Une double incertitude pour les établissements

Dans ce contexte, une double incertitude (politique et méthodologique) pèse sur la construction des budgets universitaires pour 2027. D’une part, les universités doivent construire un budget dans une période où le budget de l’État se construit par 49.3, où le glissement vieillesse-technicité (c’est-à-dire l’augmentation mécanique de la masse salariale) et les cotisations retraite ne sont que partiellement compensés d’une année sur l’autre, et où l’objectif d’économies pour 2027 vient d’être porté à 54 milliards d’euros.

D’autre part, elles doivent le faire dans un nouveau contexte réglementaire, où le calendrier de généralisation des COMP 100 % prévoit que l’essentiel des universités négocient et signent leur contrat pour une entrée en vigueur au 1er janvier 2027, sur une durée de cinq ans.

Les universités doivent donc s’engager sur des cibles chiffrées pluriannuelles alors que, premièrement, le budget national qui doit les financer n’a, comme en 2026, aucune garantie d’être adopté dans les délais ni dans les termes annoncés. Deuxièmement, les deux principaux indicateurs financiers de ces COMP (niveau des ressources propres et niveau de trésorerie), qui conditionnent les autres, sont, l’un politiquement dangereux à manipuler, l’autre déjà proche de ses limites financières.

Pour 2027, trois scénarios qui conduisent, tôt ou tard, à des changements radicaux

Trois trajectoires sont aujourd’hui envisageables pour le budget 2027. La première est celle d’une nouvelle crise parlementaire, avec rejet ou blocage du PLF, comparable à celle de l’automne 2025. Un budget 2027 non voté avant la fin de l’année contraindrait à nouveau les universités à construire leur budget initial sur des hypothèses provisoires sans aucune visibilité sur le montant des SCSP.

La deuxième est celle du vote du budget de l’État avant la fin de l’année qui conduirait très probablement, pour les universités à la poursuite du scénario 2025-2026, c’est-à-dire une hausse restreinte de la mission Recherche et enseignement supérieur, mais de nouveau absorbée par la hausse mécanique des salaires, les cotisations sociales et l’inflation. Ce qui reviendrait, pour de nombreuses universités à devoir puiser dans des réserves qui, pour beaucoup d’entre elles, deviennent de moins en moins disponibles.

Enfin, la troisième serait celle d’une réforme structurelle progressivement imposée par les COMP 100 % et mise en œuvre par les universités. Celles-ci seraient alors amenées à suivre les objectifs des COMP, inspirés notamment par leurs huit indicateurs nationaux (nombre de formations transformées parmi les moins performantes ; effectifs étudiants dans les filières scientifiques ; indicateur de santé et bien-être des étudiants ; montant des contrats de recherche issus d’Horizon Europe ; développement de pôles universitaires d’innovation ; taux d’unités mixtes de recherche en délégation globale de gestion ; taux de ressources propres ; niveau de trésorerie), dont cinq au moins conduisent à augmenter ou à mobiliser les ressources propres des universités.

Ces trois scénarios ne sont pas mutuellement exclusifs, mais ils ont un point commun, celui de contraindre les universités à développer tôt ou tard un nouveau modèle économique reposant sur une part toujours plus importante de ressources propres dans leurs budgets. Cependant, jusqu’ici, la part réellement disponible de ces ressources s’est réduite mécaniquement, alors que la nouvelle architecture contractuelle des COMP 100 % repose précisément sur l’hypothèse inverse, celle d’une visibilité financière pluriannuelle permettant aux établissements de piloter l’ensemble de leur modèle économique sur cinq ans.

Le statu quo ou se renier

Dans ce contexte, du moins à court terme, les solutions dont disposent les présidences d’université pour construire leurs budgets sont limitées. L’une consiste en un statu quo budgétaire : ne rien faire, ou peu de choses, en espérant un changement d’orientation politique en 2027 et en comptant, jusque-là, sur la digue de la trésorerie et du fonds de roulement pour résister. L’autre consiste à appliquer progressivement des décisions (sélection à l’entrée, diminution de l’offre de formation, augmentation substantielle des droits d’inscription des étudiants internationaux comme nationaux) remettant en cause certains principes universitaires fondamentaux.

Il n’est pas certain que, au cours d’une année électorale décisive, cette dernière solution puisse être, peu ou prou, mise en œuvre sans produire d’importantes conséquences et sociales politiques dans les universités, la rue ou les urnes, rejoignant peut-être celles exprimées, en ce moment, par les lycéens, sur des sujets connexes.


Cet article est publié à l’occasion du Congrès 2026 de France Universités, autour de la question « Quel pacte universitaire pour la France de demain ? », organisé le 15 octobre 2026.

The Conversation

Laurent Mériade ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

– ref. Face aux incertitudes budgétaires de 2027, les universités françaises poussées à changer de modèle ? – https://theconversation.com/face-aux-incertitudes-budgetaires-de-2027-les-universites-francaises-poussees-a-changer-de-modele-293365

Gare aux boycotts ! En temps de guerre, les entreprises doivent protéger leur réputation

Source: The Conversation – in French – By Susana Esper, Assistant Professor in Sustainability and Strategy, IÉSEG School of Management


L’ESSENTIEL

  • Actives dans des zones de conflit, les multinationales ne font pas seulement face à des risques opérationnels. Leur réputation, elle aussi, est exposée.

  • À l’ère des réseaux sociaux, une crise d’image peut rapidement s’amplifier au point d’avoir un impact sur les finances de l’entreprise.

  • Anticiper les risques réputationnels et repenser les méthodes de communication deviennent alors des sujets prioritaires pour les entreprises.


Guerre entre la Russie et l’Ukraine, conflit armé entre Israël et le Hamas, tensions croissantes entre les États-Unis et la Chine… La multiplication des crises géopolitiques rend une chose évidente : les entreprises ne sont plus seulement exposées à des risques opérationnels comme les perturbations des chaînes d’approvisionnement, les dommages causés aux infrastructures et la volatilité des prix des matières premières. Désormais, elles doivent aussi protéger leur réputation tant au niveau national qu’international.

Face à ces crises, leurs réactions – suspendre leurs activités, respecter les sanctions ou poursuivre les échanges – sont observées et jugées tant par leurs salariés, leurs clients et leurs investisseurs que par le grand public et les associations militantes.

Notre étude montre que la réputation devient un enjeu moral et financier majeur pour les entreprises. Même si les pertes associées sont difficiles à mesurer, les conséquences d’une réputation dégradée sont bien réelles. Le boycott des consommateurs, la mobilisation des salariés, les retraits d’investisseurs et la pression politique peuvent rapidement transformer la controverse en coût financier.

Crise d’image

Une seule décision peut nuire à l’image d’une entreprise. Et ce, bien au-delà des zones de conflit. Des exemples récents le prouvent. Les enseignes Auchan, Leroy Merlin et Décathlon ainsi que la compagnie pétrolière TotalEnergies, ont été largement critiquées en France pour avoir maintenu des activités sur le marché russe après l’invasion de l’Ukraine. Alors que plus de 1 000 entreprises se sont retirées de la Russie, selon un décompte de l’Université Yale.




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À l’inverse, certaines entreprises peuvent réagir face aux pressions politiques et sociales. En 2025, le fonds souverain norvégien Norges Bank Investment Management (NBIM) a retiré ses investissements de plusieurs banques israéliennes, invoquant le risque inacceptable que ces placements puissent contribuer à des violations des droits humains.

De ces décisions peuvent également découler des conséquences judiciaires. Par exemple, le cimentier français Lafarge a été reconnu coupable de financement de groupes terroristes en Syrie, après avoir versé plusieurs millions d’euros à des groupes djihadistes dans le but de maintenir ses activités dans le pays.

Mais alors que les procédures judiciaires sont souvent longues, les dégâts sur la réputation peuvent quant à eux être quasi instantanés.

Le pouvoir des réseaux sociaux

Les réseaux sociaux permettent au public de se mobiliser très rapidement, transformant une décision ou l’absence de décision en sujet de débat hautement polarisé.




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En 2024, McDonald’s a affirmé être la cible d’une campagne de désinformation après que sa franchise israélienne eut annoncé la distribution de repas gratuits à des soldats israéliens. L’enseigne de restauration rapide a subi des baisses de ventes importantes au Moyen-Orient à cause des campagnes de boycott.

La chaîne de cafés Starbucks a également été la cible d’appels au boycott après un différend avec son syndicat de salariés au sujet d’un message de solidarité avec la Palestine.

Ces cas montrent la vitesse à laquelle les entreprises peuvent se retrouver plongées dans des crises de réputation en période géopolitique tendue.

Anticiper les potentiels boycotts

Les tensions géopolitiques devenant une constante, la gestion de la réputation n’est plus un enjeu secondaire, mais bien une compétence stratégique essentielle. Notre étude met en évidence la nécessité pour les entreprises de construire de nouveaux outils pour gérer les conséquences imprévues de ces conflits.

Susana Esper, février 2024.

Les dirigeants, surtout ceux qui définissent la stratégie internationale de leur entreprise, doivent savoir intégrer ces turbulences dans leur planification. Lorsqu’un groupe veut s’implanter à l’étranger, connaître le cadre juridique du pays n’est plus suffisant. Et dans le cas d’une guerre, les analyses des risques doivent aller au-delà de l’impact sur les prix des matières premières et sur les infrastructures.




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Au lieu d’adopter une approche axée sur la gestion des dommages, les dirigeants doivent aussi anticiper la manière dont leurs décisions seront perçues par les salariés, les clients, les investisseurs et le grand public. Un outil important consiste à élaborer des scénarios sur la manière dont ces différents groupes sont susceptibles de réagir aux décisions de l’entreprise.

L’activisme des salariés représente un exemple de réaction. Après avoir suspendu ses ventes en Russie, Microsoft a tout de même fait face à des débrayages de ses salariés en raison de la fourniture de technologies à l’armée israélienne. De même, la campagne No Tech for Apartheid a appelé les salariés de Google et d’Amazon à exiger la fin de la collaboration avec le gouvernement israélien.

Le dialogue plutôt que des communiqués

Le contexte géopolitique exige de nouvelles façons de communiquer. La transparence reste essentielle. Mais publier de simples communiqués ne suffit plus à désamorcer les controverses. Les conflits créent des environnements hautement polarisés où la méfiance se propage rapidement, qui plus est sur les réseaux sociaux.

Une communication unilatérale peut sembler défensive ou intéressée, alors que le dialogue permettrait aux entreprises de comprendre les préoccupations, d’expliquer des décisions difficiles et d’apaiser les tensions avant qu’elles ne s’aggravent.

L’expérience de l’entreprise finlandaise Metsä Fibre illustre bien ce défi. En 2003, elle a annoncé son intention de construire une usine de pâte à papier en Uruguay, près de la frontière argentine. Bien que l’Uruguay fut considéré comme l’un des pays les plus stables politiquement d’Amérique du Sud, le projet a paradoxalement déclenché un vaste mouvement de protestation transfrontalier autour de ses impacts environnementaux. Une communication limitée a contribué à transformer un différend local en un conflit diplomatique entre l’Uruguay et l’Argentine, allant jusqu’à impliquer des menaces d’action militaire.

Notre étude suggère que les entreprises opérant dans des environnements géopolitiques sensibles ne peuvent plus considérer leur réputation comme un sujet secondaire. Identifier et gérer efficacement ces préoccupations au plus tôt peut éviter que des tensions ne dégénèrent en des crises bien plus difficiles et coûteuses à résoudre.

The Conversation

Susana Esper is an Assistant Professor in Strategy and Sustainability, IESEG School of Management

– ref. Gare aux boycotts ! En temps de guerre, les entreprises doivent protéger leur réputation – https://theconversation.com/gare-aux-boycotts-en-temps-de-guerre-les-entreprises-doivent-proteger-leur-reputation-288640

« Nationaliser les pertes et privatiser les profits » ? Ce que nous apprend le précédent de la location-gérance de Boussac de 1981 à 1984

Source: The Conversation – in French – By Thomas Grandjean, Docteur en sciences de gestion, Université Paris Dauphine – PSL

Le démantèlement du groupe Boussac Saint-Frères s’est fait en recourant à la location-gérance (Image tirée du documentaire *L’empire LVMH*, réalisé par Jennifer Deschamps, Arte, 2026) Arte

L’ESSENTIEL

  • Depuis une vingtaine d’années, la structure des principaux groupes de la grande distribution historiquement intégrés s’est progressivement organisée autour du modèle de location-gérance de magasins.

  • Ce mécanisme juridique et contractuel, régi par la loi du 20 mars 1956, a été mobilisé de manière paradigmatique dans le cas de la restructuration du groupe Boussac Saint-Frères (1981-1984).

  • L’analyse historique de l’affaire Boussac permet, par analogie, de mettre en lumière les conséquences socio-économiques contemporaines de ce dispositif.


Ces derniers mois, les batailles judiciaires entre organisations syndicales et géants de la grande distribution se multiplient. En cause, le recours toujours plus massif à la politique de mise en location-gérance de la part de grands groupes traditionnellement intégrés (Carrefour, Auchan, Casino), aux conséquences importantes sur l’emploi. Ce dispositif juridique permet à une entreprise de confier l’exploitation d’un magasin à un tiers moyennant le versement d’une redevance, sans lui en céder la propriété.

À titre d’exemple, si Carrefour perçoit plus de 400 millions d’euros de redevance de franchise et de location-gérance chaque année. Ce mécanisme lui a également permis de « sortir » plus de 27 000 salariés des effectifs du groupe grâce au passage en location-gérance depuis 2018. De fait, les avantages retirés par les groupes sont multiples : réduction de la masse salariale (les salariés employés dans le cadre d’une franchise ou d’une location-gérance sont placés hors du périmètre comptable du groupe), perception de redevances, externalisation des risques.

Cette dynamique a ainsi conduit la secrétaire générale de la CFDT Marylise Léon à alerter, dès 2022, sur l’évolution de ce modèle « présenté à l’origine comme un outil de sauvegarde des magasins » facilitant depuis « l’externalisation d’un nombre important d’emplois ».




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Boussac déjà dans les années 1980

Il est ainsi intéressant de revenir sur un exemple historique et emblématique de ce mécanisme : la prise en location-gérance par l’État des activités déficitaires du groupe Boussac en 1981. Fondé en 1911 par Marcel Boussac, Boussac devient, durant la première moitié du XXᵉ siècle, un des principaux groupes textiles français, puis un important conglomérat à la suite de l’intégration de marques, telles que Dior, Le Bon Marché ou encore Conforama.

Néanmoins, dès les années 1960, le groupe souffre de la crise du textile. À la suite de l’incapacité des dirigeants à réagir face aux évolutions du marché (maintien de l’intégration verticale, refus de fabrication de textiles synthétiques, absence d’investissements à l’étranger) les 21 principales sociétés du groupe Boussac sont mises en règlement judiciaire, le 30 mai 1978.

La même année, Boussac passe sous le contrôle de la société Saint-Frères, propriété des frères Willot, qui intègrent le nouvel ensemble au sein du groupe Agache-Willot. Néanmoins, en raison de la gestion désastreuse des frères Willot, le groupe Boussac-Saint-Frères est contraint de déposer le bilan le 30 juin 1981.

Une nationalisation qui ne dit pas son nom

À la suite de l’élection de François Mitterrand à la présidence de la République la même année, le nouveau gouvernement décide d’assurer la gestion du groupe à travers une nationalisation qui ne dit pas son nom. Les activités de la holding sont alors réparties entre la gestion par un administrateur provisoire des sociétés in bonis (Dior, Conforama…) et la location-gérance des activités textiles déficitaires à une société ad hoc dénommée Compagnie Boussac Saint-Frères (CBSF) où l’on retrouve notamment les entreprises Rousseau, Cyclone, Peaudouce…

Au sein de cette dernière, l’Institut de développement industriel (IDI) représentant l’État est décisionnaire. Pour ce faire, le gouvernement par l’intermédiaire du premier ministre Pierre Mauroy assure à la direction générale de la nouvelle société « les moyens nécessaires à la reconstruction du Groupe et au [renforcement] du cœur textile habillement ».

D’un point de vue industriel et financier, le statut de location-gérance de la CBSF se révèle rapidement précaire. Il entache la réputation de la société vis-à-vis de ses clients et de ses fournisseurs en l’isolant des entreprises de luxe et de distribution bénéficiaires, désormais séparés juridiquement et comptablement des sociétés composant la CBSF. Cette scission, conjuguée aux faiblesses structurelles des activités textiles, rend inévitable le licenciement de plus 1 000 employés de la CBSF dès 1982.

Changement de cap

Tout cela se déroule dans un environnement où, face à l’augmentation croissante du nombre de chômeurs et à la menace de la sortie du franc du système monétaire européen, la politique de relance, symbolisée par les nationalisations de 1982, fait long feu. Dès l’été de la même année, le gouvernement Mauroy opte pour une politique d’austérité soutenue par le ministre de l’économie et des finances Jacques Delors.

Soucieux de se désengager rapidement de l’affaire Boussac, le gouvernement s’appuie sur le statut de location-gérance de la CBSF afin d’externaliser les conséquences sociales et politiques de la restructuration du groupe, laissant le soin à ses dirigeants d’assumer seuls les licenciements de plus en plus importants. Entre 1982 et 1984, 3 078 emplois sont supprimés, les effectifs industriels de la CBSF passant de 20 471 à 17 393.

Dès lors, le groupe ne peut se résoudre à la dépendance au « paternalisme étatique » et est vivement incité à « la prise en charge par soi-même, de chaque cellule du corps social composant l’ensemble industriel ». Pour les conseillers du ministre de l’industrie Laurent Fabius, il s’avère ainsi indispensable de « renvoyer clairement les responsabilités dans le camp de l’entreprise ».

Cette stratégie de « délégation de responsabilité » est doublée d’un tarissement progressif des financements publics. Cela pousse les dirigeants de la CBSF à demander à de multiples reprises à l’État, en vain, le versement des sommes initialement convenues (capital de 200 millions de francs au lieu des 600 millions de francs envisagés en avril 1982, soit 400 millions de moins ; valeurs réalisables et disponibles de 263 millions de francs au lieu des 542 millions de francs prévus, soit 279 millions de moins).

Une vente au privé inéluctable

En raison de multiples facteurs (location-gérance, politique austéritaire, déclin de l’industrie textile), la situation de la CBSF s’aggrave au cours de l’année 1983, tandis que les sociétés in bonis prospèrent. La société se sépare de 1 760 salariés supplémentaires et voit son ratio d’endettement passer de 92 % à 102 % en un an. Les résultats comptables catastrophiques de la compagnie fournissent un argument de poids pour le gouvernement en faveur d’une privatisation de la CBSF et d’une vente de l’ensemble du groupe à un investisseur privé, désormais jugée inéluctable.

L’empire LVMH, Première partie 1 : « Un morceau du rêve »), Jennifer Deschamps, Arte, 2026.

L’analyse du cabinet d’expertise-comptable Syndex, qui travaille en étroite collaboration avec le comité d’entreprise de la CBSF, met toutefois en perspective ces chiffres. Syndex précise ainsi que « les 460 millions de francs injectés dans CBSF entre le 1ᵉʳ juillet 1982 et le 31 décembre 1983 n’ont pas servi à boucher des trous, mais à financer des investissements », et rappelle « qu’en définitive, CBSF a fait de ces fonds un emploi conforme à sa mission de restructuration ».

Las, les bénéfices de ces importants investissements seront retirés ultérieurement par des repreneurs privés. En effet, le 20 décembre 1984, l’État cède la CBSF au groupe Ferinel, dirigé par Bernard Arnault. Ce dernier peut passer un accord de rachat des titres Willot pour 400 millions de francs, lui permettant de devenir propriétaire de l’ensemble du groupe.

En dépit des engagements pris auprès des pouvoirs publics (sauvegarde de 12 000 emplois), Arnault revend l’essentiel des actifs en deux ans pour ne conserver que les sociétés les plus lucratives (Dior, Le Bon Marché, Conforama) et développer un seul cœur de métier : le luxe.

The Conversation

Thomas Grandjean ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

– ref. « Nationaliser les pertes et privatiser les profits » ? Ce que nous apprend le précédent de la location-gérance de Boussac de 1981 à 1984 – https://theconversation.com/nationaliser-les-pertes-et-privatiser-les-profits-ce-que-nous-apprend-le-precedent-de-la-location-gerance-de-boussac-de-1981-a-1984-292485

Ménopause : une pause au milieu de la vie, non une date de péremption

Source: The Conversation – France in French (3) – By Gloria Origgi, Philosophe, directrice de recherche, École normale supérieure (ENS) – PSL


L’ESSENTIEL

  • La Journée mondiale de la ménopause, le 18 octobre, est l’occasion d’un retour sur une expérience longtemps passée sous silence.

  • La philosophe Gloria Origgi (ENS-PSL) invite à la penser comme une transformation plutôt que comme un déclin.

  • Dans Philosophie de la ménopause (éditions Flammarion, 2026), elle enrichit son analyse conceptuelle par son vécu intime.


Le 18 octobre est la Journée mondiale de la ménopause, promue par la Société internationale de la ménopause (IMS). De toutes les expériences fondamentales de la vie féminine, la ménopause a longtemps été la plus négligée. Elle relevait presque du tabou : les femmes elles-mêmes répugnaient à en parler, tant on l’associait à une date de péremption dont il fallait un peu rougir.

Depuis quelques années, pourtant, elle est sortie du silence. Elle s’est imposée dans la presse féminine (et pas seulement), dans les livres de développement personnel, dans les podcasts, mais aussi dans la littérature scientifique. L’actrice Naomi Watts a consacré un best-seller, Dare I Say It (Oserai-je en parler ? dans sa version française, 2025), à sa ménopause précoce, et une comédie musicale, Menopause, tourne dans le monde entier depuis des années. En ce moment, une pièce de théâtre du même nom se joue aussi, en France, à Paris.

Une génération au cœur de la vie publique

Ce succès soudain s’explique d’abord par la démographie. La génération qui entre aujourd’hui en ménopause est celle qui, dans l’histoire, a disposé du plus fort capital social et économique, du moins en Occident.

Plus présente dans la sphère publique, elle vit ce passage au milieu de sa vie, souvent avant que ses enfants ne soient adultes, puisque l’âge de la maternité a reculé en France, comme dans presque tous les pays de l’OCDE.

La ménopause n’annonce donc plus la vieillesse ni la sortie de scène des femmes : c’est un épisode situé au cœur de l’existence, qui mérite d’être mieux compris, sur les plans médical, psychologique et social.

Une injustice épistémique

Je suis philosophe et je travaille surtout en épistémologie et en philosophie sociale : la vérité et ses rapports avec la politique, la confiance dans les experts, la réputation. Je ne suis spécialiste ni du féminisme ni des études de genre.

Mais après avoir moi-même traversé cette expérience, j’ai voulu lui consacrer un petit livre, Philosophie de la ménopause (éditions Flammarion, 2026). Non pour joindre ma voix au chœur des plaintes sur les bouffées de chaleur ni pour prodiguer des conseils de forme ou d’alimentation, mais pour donner un sens à cette expérience et mieux la comprendre, y compris sur le plan scientifique.

Pendant mon climatère – cette dizaine d’années, de 45 à 55 ans environ –, où l’organisme traverse une transformation hormonale complexe qui aboutit à la ménopause, définie cliniquement par l’absence de règles pendant douze mois consécutifs, j’ai ressenti un malaise moins physique qu’intellectuel.

Faisons une parenthèse autour de terme climatere utilisé pour nommer la ménopause. Ce mot vient du grec klimax qui signifie « degré » ou « échelle ». Du temps de Pythagore, il indiquait « un des âges critiques de la vie » marqués par une vulnérabilité.

Je consultais des médecins qui ne comprenaient pas de quoi je parlais, ne prenaient pas mes symptômes au sérieux ou ne savaient pas les rattacher à la phase que je traversais. J’entendais des avis contradictoires sur les traitements, à commencer par le traitement hormonal de la ménopause. Ce n’est qu’en parlant avec des femmes de mon âge que j’ai pu reconstituer une expérience collective : celle d’une injustice épistémique.

Depuis les travaux de la philosophe Miranda Fricker, récemment traduits en français sous le titre Injustice épistémique. Le pouvoir et l’éthique du savoir (2026), on parle d’« injustice épistémique » lorsqu’un individu ou un groupe souffre d’un déficit de crédibilité : son témoignage est moins cru que celui des autres.

Les femmes au climatère me semblent en être victimes. Leurs symptômes sont souvent minimisés ou mis sur le compte d’un vieillissement normal auquel il serait vain de remédier. Et comme la littérature grand public se concentre sur les soins de beauté et les régimes épuisants pour « rester comme avant », personne ne prend en charge ce qui est, inévitablement, un passage physiologique et psychique majeur.

Plutôt que de chercher à rester celle qu’on était, il s’agit de comprendre comment être après la ménopause : comment s’accepter et se réinventer ?

Une expérience transformative

En médecine, le mot « ménopause » désigne seulement l’état d’une femme douze mois après ses dernières règles ; il met donc l’accent sur une perte, celle de la fonction reproductive. Mais l’ensemble de la périménopause et de la ménopause, qui peut s’étendre sur plus de dix ans, est un voyage profond au centre de la vie, qui modifie non seulement le corps, mais aussi la psychologie, la place dans la société et la manière de voir le monde.

Entendue dans ce sens large – une longue période de turbulences et de recâblages hormonaux et neuronaux –, la ménopause est une expérience transformative, selon l’expression de la philosophe américaine L. A. Paul énoncée en 2014 dans son ouvrage Transformative Experience (traduction française, Ces expériences qui nous transforment, 2023).

Une expérience est transformative lorsque, une fois vécue, nous peinons à reconnaître la personne que nous étions et à comprendre ses préférences et ses choix. Elle touche à l’identité, cette étrange propriété qui nous permet de nous reconnaître à travers le temps, de l’enfance à la vieillesse.

Nous ne serons plus les mêmes, et nous aurons du mal à nous retrouver dans les rôles et les désirs de notre moi passé. Ce n’est pas une perte, mais une formidable occasion de repenser notre existence et de nous projeter, avec courage et curiosité, dans l’aventure de l’avenir.

Un cerveau qui se recâble

Pendant le climatère, la production d’œstrogènes se dérègle, avec des effets variés sur le sommeil, la libido, les articulations, l’équilibre, la mémoire, la régulation thermique. Au terme du processus, l’organisme cesse d’en produire : or, ces hormones sont essentielles à la fertilité, mais aussi au cerveau, au cœur et à la masse osseuse.




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Le corps et le cerveau se transforment, sans pour autant se dégrader. La plupart des symptômes finissent par disparaître, au terme d’un profond recâblage : selon la neuroscientifique Lisa Mosconi, autrice de The Menopause Brain (La Ménopause commence dans le cerveau, 2026), certaines fonctions cognitives liées à la grossesse et à la maternité sont délaissées, et le cerveau se réorganise au profit d’autres aptitudes, comme le leadership et l’empathie. Il s’agit donc de vivre la ménopause non comme un deuil, mais comme un changement à construire.

Moins regardées, plus écoutées

Les stéréotypes ont la vie dure. Si la femme ménopausée n’est plus tout à fait la « sorcière » de l’histoire des idées, elle est moins vue, moins exposée au regard du désir. Mais on peut être moins regardée et plus écoutée, vivre ce passage comme l’accès à une autorité nouvelle et à une liberté inédite, où les projets, y compris amoureux, n’ont plus à composer avec les grossesses, les enfants et la maison à gérer.

Aujourd’hui, la ménopause est une pause au milieu de la vie plutôt qu’à sa fin : les femmes ont en moyenne plus de trente ans d’espérance de vie devant elles. En parler davantage, ce n’est pas se plaindre, c’est prendre la mesure d’un moment de fragilité qui peut devenir une victoire sur soi-même. Les femmes ne sont pas seules concernées : la médecine et la société doivent apprendre à comprendre et à accompagner cette transformation.

Naît-on femme ou le devient-on ?

La vieille question – Naît-on femme ou le devient-on ? –, en écho à la célèbre phrase « On ne naît pas femme, on le devient » de Simone de Beauvoir dans le Deuxième sexe (1949), se pose alors autrement.

Je ne sais pas très bien ce que signifie « naître femme », au-delà de la biologie. Mais on le devient assurément, à travers le regard des autres comme à travers les expériences qui jalonnent une vie de femme. En un sens, on est « plus femme » à cinquante ans qu’à vingt.

Le climatère n’est pas un point final, mais une ponctuation : un temps pour se repenser, s’inventer de nouveaux rôles et aborder la seconde moitié de la vie avec autorité, ironie et charme.

The Conversation

Gloria Origgi ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

– ref. Ménopause : une pause au milieu de la vie, non une date de péremption – https://theconversation.com/menopause-une-pause-au-milieu-de-la-vie-non-une-date-de-peremption-294380

Télétravail : la souplesse des uns, l’apprentissage perdu des autres ?

Source: The Conversation – in French – By David J Finch, Professor, Innovation and Marketing, Mount Royal University

Six ans après que la pandémie de Covid-19 a précipité le passage au télétravail, les modes de travail hybride et à distance sont désormais bien ancrés dans le marché du travail. Environ un Canadien sur cinq travaille maintenant à distance, en tout ou en partie.


Pour bien des employés, ce virage a apporté davantage d’autonomie et de souplesse. Le temps autrefois passé dans les transports peut maintenant être consacré à la famille ou aux amis. Des études montrent aussi que le travail hybride peut favoriser la fidélisation du personnel sans nuire au rendement.

Tout le monde n’en profite toutefois pas également. Le travail à distance et le travail hybride peuvent se révéler particulièrement ardus pour les employés en début de carrière, dont le perfectionnement professionnel repose encore en grande partie sur l’apprentissage auprès de collègues expérimentés.

C’est ce qu’examine notre nouveau rapport.

Une grande partie de ce qu’on apprend se fait de manière informelle

Pensez à votre premier emploi. Ce que vous y avez appris ne venait sans doute pas, pour l’essentiel, du guide de l’employé. Vous avez plutôt appris en observant votre entourage.

Vous avez entendu vos collègues réfléchir à voix haute devant un problème. Quelqu’un a relevé une erreur avant qu’elle ne fasse boule de neige. Un mentor vous a invité à une réunion. Vous avez posé des questions en prenant un café. Vous avez appris qui s’occupait de quoi, à qui faire confiance et comment les choses se passaient vraiment.

C’est ce qu’on appelle le savoir tacite : des connaissances difficiles à formaliser, souvent acquises par l’observation, l’expérience et les échanges.

Un groupe de personnes discutant autour d’une fontaine à eau
Les conversations informelles et la collaboration jouent un rôle important dans la façon dont les employés apprennent à s’orienter dans le milieu de travail.
(Unsplash)

Traditionnellement, c’est sur les lieux de travail que cet apprentissage se faisait, en parallèle de la formation structurée. Au fil du temps, ces interactions permettent aux employés d’aiguiser leur jugement, de gagner en assurance, de bâtir leur réseau et de comprendre comment fonctionne leur organisation.

Une étude menée auprès d’ingénieurs logiciels illustre l’importance de la proximité. Ceux qui étaient assis près de leurs collègues recevaient 18,3 % plus de commentaires sur leur code et produisaient un code de meilleure qualité. Ces gains profitaient surtout aux employés plus jeunes et moins expérimentés, qui consolidaient encore leur capital humain.

Certaines données indiquent aussi que le travail à distance influe sur le profil des personnes embauchées. Pour les postes qui se prêtent le mieux au télétravail, les employeurs embauchent moins de jeunes. Une étude internationale a révélé qu’en 2025, les travailleurs en début de carrière représentaient une part nettement plus faible des nouvelles embauches dans les professions les plus propices au travail à distance. Quand les chercheurs ont vérifié si l’IA pouvait expliquer ce recul, son effet s’est en grande partie dissipé. Celui du travail à distance, lui, persistait.

Les données sur l’embauche au Canada révèlent des tendances similaires : les postes professionnels d’entrée restent plus souvent exercés sur place, tandis que la souplesse augmente avec l’ancienneté.




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Ceux qui ont le plus besoin de mentorat

Les jeunes travailleurs semblent également tenir beaucoup aux occasions de perfectionnement et de mentorat. Aux États-Unis, seuls 23 % des employés de la génération Z dont le poste permet le télétravail disent préférer travailler entièrement à distance, contre 35 % chez les générations plus âgées.

Selon un sondage de Deloitte réalisé en 2025, la moitié des répondants de la génération Z souhaitent que leur gestionnaire joue un rôle de mentor, mais seuls 36 % disent bénéficier d’un tel accompagnement.

Il pourrait donc y avoir un décalage entre les postes où la souplesse est offerte et ceux où les occasions d’apprentissage sont sans doute les plus nécessaires.

Or, il faut bien acquérir de l’expérience quelque part. Si les employeurs embauchent surtout des travailleurs qui possèdent déjà les compétences recherchées plutôt que de les développer à l’interne, moins de jeunes auront la chance de faire leurs premières armes.


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Un problème qui passe facilement inaperçu

Les organisations peuvent avoir du mal à mesurer les effets d’un recul de l’apprentissage informel.

Les employeurs suivent aisément les projets menés à bien, les réunions et autres résultats tangibles, mais évaluent moins souvent si un employé débutant a affiné son jugement professionnel, tissé des liens au sein de l’organisation ou appris à résoudre les problèmes de façon autonome.

Des recherches indiquent que le travail à distance peut modifier ces relations. Une étude menée auprès de plus de 61 000 employés de Microsoft a montré qu’en télétravail, la collaboration devenait plus cloisonnée à l’échelle de l’entreprise : les employés communiquaient davantage au sein de leurs réseaux existants et moins avec les autres équipes.

C’est particulièrement préjudiciable pour les jeunes professionnels, qui n’ont pas encore bâti de vaste réseau. Leur progression dépend en partie de leur accès à des gens capables de les renseigner, de leur donner de la rétroaction et de leur ouvrir des portes.

Penser le travail hybride en fonction de l’apprentissage

Le retour au bureau cinq jours par semaine n’est pas nécessairement la solution. Selon certaines recherches, un modèle de travail hybride bien conçu peut préserver la souplesse sans sacrifier le rendement ni l’avancement professionnel.

La question n’est pas de savoir si les employés devraient travailler à distance, mais de savoir comment les organisations devraient agencer le travail à distance et en présentiel pour que les employés continuent de développer leurs compétences.

Les employeurs doivent concevoir le travail hybride en fonction du développement des compétences, et non de la présence. Certaines formes d’apprentissage qui se faisaient autrefois de manière informelle pourraient désormais exiger un encadrement plus ciblé. Il s’agit de repérer les activités qui gagnent à se faire en présence et de veiller à ce que les employés en début de carrière y aient accès.

Une part de responsabilité revient aussi aux travailleurs et aux gestionnaires plus expérimentés. Le mentorat, la rétroaction et la possibilité de voir concrètement comment le travail se fait sont essentiels au développement du jugement professionnel et à l’intégration des normes de l’organisation.

Les établissements d’enseignement postsecondaire se heurtent à un défi semblable en matière d’apprentissage intégré au travail. La valeur d’un stage ne tient pas seulement à l’expérience de travail qu’il procure, mais aussi à la qualité de l’encadrement et à l’accès qu’ont les stagiaires à des professionnels expérimentés.

Les gouvernements qui financent des programmes d’apprentissage intégré au travail devraient donc accorder plus d’importance aux retombées sur le perfectionnement des participants et à la façon dont ces programmes facilitent la transition des nouveaux diplômés vers le marché du travail.

Le travail hybride a donné à de nombreux travailleurs expérimentés une plus grande maîtrise de leur horaire. Mais cette souplesse ne doit pas se faire au détriment de la formation de la relève. Quels que soient notre poste ou notre niveau d’expérience, nous avons tous un rôle à jouer pour que ces occasions perdurent.

La Conversation Canada

David J. Finch a reçu du financement de l’Alberta Centre for Labour Market Research.

Christian Cook ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

– ref. Télétravail : la souplesse des uns, l’apprentissage perdu des autres ? – https://theconversation.com/teletravail-la-souplesse-des-uns-lapprentissage-perdu-des-autres-290983

Comment fonctionne le Veoza, un médicament contre les symptômes de la ménopause ? Et en quoi est-il différent du traitement hormonal ?

Source: The Conversation – in French – By Robyn Brown, Associate Professor and Head, Behavioural Neuropharmacology Laboratory, The University of Melbourne


L’ESSENTIEL

  • Le Veoza est un nouveau médicament qui a montré une certaine efficacité contre les bouffées de chaleur liées à la ménopause.

  • Parce qu’il agit au niveau du cerveau, sans recourir aux hormones, il pourrait constituer une alternative, ou un complément, au traitement hormonal de la ménopause.

  • Mais en France, Veoza a été mis sous surveillance par l’Agence du médicament car des lésions hépatiques graves ont été observées.


Les bouffées de chaleur et les sueurs nocturnes, regroupées sous le terme de « symptômes vasomoteurs », figurent parmi les manifestations les plus fréquentes et les plus gênantes de la ménopause. Elles touchent près de 40 % des femmes pendant la période qui précède la ménopause, appelée périménopause.

Jusqu’en 2024, les possibilités de traitement se limitaient essentiellement au traitement hormonal de la ménopause (THM). Celui-ci est très efficace pour de nombreuses femmes. Mais certaines ne peuvent pas y recourir en raison d’effets secondaires importants ou de certains problèmes de santé.

Le Veoza (fézolinétant) est un médicament spécifiquement autorisé (notamment par l’Agence européenne du médicament, ndlr) pour traiter les symptômes vasomoteurs de la ménopause. Contrairement au traitement hormonal, il ne vise pas à compenser la baisse naturelle des hormones. Il agit en bloquant certains signaux dans le système de régulation de la température corporelle situé dans le cerveau, dont l’activité devient excessive pendant la ménopause.

Comment agit-il ?

Les œstrogènes participent à la régulation de la température corporelle, qu’ils contribuent généralement à abaisser. Pendant la périménopause, la baisse du taux d’œstrogènes entraîne l’activation d’un groupe de cellules nerveuses situées dans l’hypothalamus, appelées neurones KNDy (prononcé « candy » en anglais).

Lorsqu’ils sont activés, ces neurones libèrent une molécule de signalisation appelée neurokinine B. Celle-ci stimule excessivement le système de régulation de la température du cerveau, provoquant des bouffées de chaleur et des sueurs nocturnes.

Le Veoza bloque le récepteur de la neurokinine 3 (NK3), empêchant ainsi la neurokinine B de s’y fixer. Celle-ci ne peut donc plus transmettre son signal, ce qui permet de réduire l’activité excessive du système de régulation de la température corporelle.

Comment est-il utilisé en Australie ?

Le Veoza a été autorisé en Australie en mars 2024, à raison d’un comprimé de 45 mg par jour.

Il n’est pas pris en charge par le Pharmaceutical Benefits Scheme (PBS), le système public australien de remboursement des médicaments. Les femmes doivent donc débourser entre 75 et 80 dollars australiens par mois pour leur traitement.

À l’heure actuelle, aucune durée maximale de traitement n’est fixée.

Quels sont ses effets et ses limites ?

Les bouffées de chaleur et les sueurs nocturnes ne se limitent pas à des variations de température corporelle : elles peuvent aussi perturber le sommeil, affecter l’humeur et gêner les activités quotidiennes. Ainsi, même si le Veoza cible spécifiquement les symptômes vasomoteurs, il pourrait également avoir des effets bénéfiques sur d’autres symptômes.

Mais la ménopause ne se résume pas aux bouffées de chaleur et aux sueurs nocturnes. Comme le Veoza ne compense pas la baisse des hormones telles que les œstrogènes, il ne traite pas la plupart des troubles de l’humeur, la sécheresse vaginale, la diminution de la densité osseuse ni les autres conséquences de la carence en œstrogènes.

Le traitement hormonal de la ménopause (THM) reste le traitement privilégié lorsque les femmes présentent ces symptômes plus larges. Il compense la baisse des œstrogènes (et généralement de la progestérone) liée à la ménopause, ce qui permet de soulager de nombreux symptômes tout en contribuant à préserver la santé osseuse.

La possibilité d’associer le Veoza à un traitement hormonal dépend de la situation de chaque patiente et doit être discutée avec son médecin. À ce jour, la plupart des études cliniques ont évalué le Veoza comme une alternative au traitement hormonal plutôt que comme un traitement complémentaire.

Pourquoi choisir un traitement non hormonal ?

Le Veoza repose sur une approche non hormonale et constitue une alternative intéressante pour les femmes qui ne peuvent pas suivre de traitement hormonal en raison d’effets secondaires ou de certains cancers hormonodépendants.

Une vaste enquête menée en Europe, au Royaume-Uni, aux États-Unis et au Japon a révélé que, parmi les femmes présentant des symptômes vasomoteurs, une sur dix ne pouvait pas recourir à un traitement hormonal, ce qui souligne la nécessité de disposer d’autres options thérapeutiques. Le Veoza peut également constituer une option intéressante pour les femmes dont la principale préoccupation est de soulager les symptômes vasomoteurs.

Quelle est l’efficacité du Veoza ?

Le Veoza est efficace chez de nombreuses femmes, mais il ne fait pas complètement disparaître les symptômes. Son efficacité et sa sécurité ont été évaluées dans trois études portant sur plus de 3 000 femmes présentant des symptômes vasomoteurs modérés à sévères.

Dans deux grands essais cliniques, trois mois de traitement ont permis de réduire la fréquence des symptômes, qui est passée d’environ 10 à 12 épisodes quotidiens de bouffées de chaleur ou de sueurs nocturnes modérées à sévères à 4 ou 5 chez les femmes prenant du Veoza, contre 6 ou 7 chez celles recevant un placebo (un comprimé sans principe actif).

Un autre essai clinique a montré que le Veoza réduisait également les troubles du sommeil et améliorait la qualité de vie des femmes pour lesquelles un traitement hormonal n’était pas adapté.

Toutefois, un essai mené en Asie de l’Est a révélé que la dose plus faible de 30 mg était sûre et bien tolérée, mais pas plus efficace qu’un placebo.

Dans l’ensemble, le Veoza semble donc apporter un soulagement significatif, sans toutefois faire complètement disparaître les symptômes.

Quels sont les effets secondaires et les autres risques ?

Les effets secondaires les plus fréquemment signalés comprennent les maux de tête, les nausées, les douleurs abdominales et l’insomnie.

De rares cas de lésions du foie ont également été rapportés. Les autorités sanitaires australiennes et internationales recommandent désormais de réaliser un bilan hépatique avant de commencer le traitement, puis d’effectuer une surveillance régulière de la fonction hépatique pendant les neuf premiers mois.

(En France, Veozia est disponible sur prescription médicale. Mais depuis 2025, il a été mis sous surveillance par l’Agence nationale du médicament (ANSM) car des lésions hépatiques (au niveau du foie) graves ont été observées. Si certains symptômes apparaissent -fatigue, prurit, ictère, urine foncée, selles claires, nausées, vomissements, diminution de l’appétit et/ou douleurs abdominales-, il est recommandé de consulter immédiatement un médecin, ndlr)

Le Veoza peut également interagir avec d’autres médicaments, ce qui peut modifier leur efficacité ou celle du Veoza lui-même. C’est notamment le cas de la fluvoxamine, un antidépresseur.

Le Veoza n’a pas d’effet contraceptif. Les femmes encore fertiles peuvent donc avoir besoin de continuer à utiliser une contraception.

Quelles perspectives pour ces médicaments ?

Les essais cliniques ont désormais démontré que le Veoza réduit efficacement les bouffées de chaleur pendant une période allant jusqu’à un an.

Mais les chercheurs continuent d’évaluer son efficacité en conditions réelles d’utilisation, notamment au-delà d’un an de traitement. Ils cherchent également à mieux connaître sa sécurité à long terme, ses effets secondaires rares et son efficacité chez les femmes présentant des problèmes de santé complexes, souvent exclues des essais cliniques.

De nouveaux médicaments, potentiellement plus sûrs, font également leur apparition, notamment le Lynkuet (élinzanétant). Celui-ci cible à la fois les récepteurs NK1 et NK3 et a été autorisé en septembre 2025 pour traiter les symptômes vasomoteurs associés à la ménopause.

Des essais cliniques menés auprès de plus de 1 500 femmes ont montré que le Lynkuet réduisait les symptômes vasomoteurs et les troubles du sommeil, tout en améliorant la qualité de vie, y compris chez les femmes ne pouvant pas suivre de traitement hormonal. Le Lynkuet semble également présenter moins de risques pour le foie que le Veoza.

À l’avenir, ces médicaments pourraient également être utilisés chez d’autres catégories de patients, lorsqu’il est nécessaire d’agir sur le système des neurokinines.

Jusqu’à 80 % des hommes suivant un traitement par privation androgénique contre le cancer de la prostate souffrent de bouffées de chaleur. Des essais cliniques sont en cours pour évaluer l’efficacité du Veoza contre les bouffées de chaleur associées à ce traitement.

The Conversation

Robyn Brown a reçu des financements du National Health and Medical Research Council (NHMRC).

Leigh Walker bénéficie de financements du Conseil national australien de la santé et de la recherche médicale (NHMRC), du Conseil australien de la recherche (ARC), de la Fondation CASS et de la Fondation pour la recherche sur le cerveau et le comportement (BBRF).

– ref. Comment fonctionne le Veoza, un médicament contre les symptômes de la ménopause ? Et en quoi est-il différent du traitement hormonal ? – https://theconversation.com/comment-fonctionne-le-veoza-un-medicament-contre-les-symptomes-de-la-menopause-et-en-quoi-est-il-different-du-traitement-hormonal-294504