Fin du tandem Sonko-Diomaye : anatomie d’une dualité au sommet de l’État sénégalais

Source: The Conversation – in French – By Toumani Traoré, Doctorant en Science Politique, Université Cheikh Anta Diop de Dakar

L’arène politique sénégalaise est souvent le théâtre de luttes d’influence, soit entre acteurs d’un même parti, soit entre acteurs de partis distincts. Comme le soutenait Lord Palmerston, chef de la diplomatie britannique en 1848:

En politique, il n’y a pas d’ennemis permanents ni d’amis permanents, seulement des intérêts permanents.

La situation qui prévaut au sommet de l’exécutif du Sénégal n’échappe pas à cette maxime.

Le tandem Sonko-Diomaye, composé du président sénégalais Bassirou Diomaye Faye et de son Premier ministre Ousmane Sonko, qui parlait le même langage, est aujourd’hui en proie à de fortes dissensions internes. Ces divergences ont abouti, le 22 mai, à l’annonce du limogeage du Premier ministre par le président de la République et la dissolution du gouvernement.

Si le meeting du 8 novembre 2025 annonçait des signes avant-coureurs de divergences fratricides, l’entretien du 2 mai 2026 a levé toute équivoque. Le président de la République évoque lui-même des désaccords avec son Premier ministre en dénonçant la “personnalisation excessive” du pouvoir autour de ce dernier.

Mes recherches doctorales portent sur les transformations récentes du système politique sénégalais à travers l’émergence de Les Patriotes africains du Sénégal pour le travail, l’éthique et la fraternité (PASTEF, au pouvoir) et les recompositions sociopolitiques observées entre 2021 et 2024 dans un contexte de forte instabilité politique. J’analyse comment ce parti antisystème a réussi à bouleverser l’ordre sociopolitique traditionnel établi au Sénégal.

La construction d’un capital symbolique indivis, une illusion bicéphale

Le tandem inédit s’est forgé lorsque Sonko a porté son choix sur Diomaye après l’invalidation de sa candidature. Initialement construit dans une dynamique de complémentarité politique, l’un assurait la gestion de l’appareil d’État et l’autre, la légitimité politique forte durant les premiers mois de leur gouvernance.

Cependant, le grand rassemblement politique de PASTEF du 8 novembre 2025, dépeint les limites d’une illusion bicéphale portée par Sonko. “L’après 8 novembre”, comme a affirmé Sonko, est un tournant vital pour la suite du compagnonnage institutionnel entre le président de la République et lui-même. La relation entre les deux est aujourd’hui bloquée dans l’impasse. D’abord, des divergences sur le choix du coordonnateur de la coalition au pouvoir, ensuite sur leur vision du pouvoir, et enfin sur le choix des alliés.

Dès lors, le slogan fusionnel “Sonko mooy Diomaye” (Sonko est Diomaye, en wolof) comme stratégie de survie du PASTEF face au régime de Macky Sall, l’ancien président, tend à s’atrophier pour laisser émerger les slogans “Sonko est Sonko”, ou “Ousmane est Sonko”. Les travaux du journaliste Sidy Diop convergent en ce sens. Diop montre que “l’unité proclamée a vécu. Elle laisse place à une dualité désormais visible, presque assumée, où les rôles se redéfinissent et les ambitions s’affirment”.

“Diomaye n’est plus Sonko. Sonko n’est plus Diomaye”. Or, dans la perspective de la théorie de la domination et de la reproduction symbolique qui a permis à Sonko d’opérer un “capital de procuration”, leur fusion symbolique a créé un “habitus partisan unique” où l’homopastefien et le sympathisant au “Projet” ne percevaient plus deux représentants distincts, mais une dyade, une seule force politique indivisible.

Cette dualité au sommet est l’aboutissement temporel de leur “complémentarité” à l’entrée du champ politique de l’exécutif, car la nature présidentielle du régime politique sénégalais impose une distinction forte où l’autorité du président ne se partage pas. Les prérogatives du président de la République et du Premier ministre sont définies par la Constitution aux articles 42 à 52, transformant ainsi la fusion initiale en une « rivalité douce ».

Diomaye adopte souvent une posture de réserve, de garant des institutions, tandis que Sonko conserve son registre de mobilisation et de rupture. C’est ce que le sociologue français Pierre Bourdieu qualifie de “position qui occupe l’homme car le rôle institutionnel détermine les actions, le langage et la posture de l’individu, plutôt que l’inverse”.La fonction présidentielle impose un habitus “souverain” qui entre mécaniquement en distinction avec l’habitus de “chef de parti” du Premier ministre. Ce qui, conformément à une éthique de séparation entre les fonctions de chef de l’État et celles de chef de parti, a valu à Diomaye de démissionner de son poste de secrétaire général ainsi que de toutes les instances dirigeantes du parti PASTEF.

En outre, bien que réelle mais invisible, la frontière entre le président de la République et son Premier ministre réside dans le passage de la communication de rue “Diomaye est Sonko” à une communication institutionnelle où l’image du président de la République vient en premier selon une logique protocolaire. Là où Sonko a porté Diomaye au pouvoir, ce dernier jouit aujourd’hui d’un pouvoir discrétionnaire, avec un pouvoir de nomination, créant ainsi une bipolarisation politique entre pro-Diomaye et pro-Sonko.

Les limites de la dualité

En physique, la mécanique des fluides signifie que quand deux corps de masses différentes partagent une enveloppe, celui avec une masse supérieure comprime le second. Appliqué à Diomaye et Sonko, cela signifie que le pouvoir n’est pas statique comme c’est le cas de la nature humaine.

Par le flux ascendant d’influence, par son aura et son contrôle du parti, Ousmane Sonko injecte de la légitimité populaire à Bassirou Diomaye Faye. Par l’effet inverse, le flux descendant d’influence Bassirou Diomaye, à travers ses décrets et décisions d’État, matérialise les aspirations du Projet en les inscrivant dans le droit positif sénégalais. Ainsi, si Sonko prend trop de place, son influence déborde sur le territoire institutionnel de Diomaye.

Dès lors, le président peut paraître sous tutelle. Si Diomaye s’isole trop, il perd sa veine de légitimité qu’est Sonko. Ils sont dans un système de dépendance mutuelle et d’autodestruction. Le pouvoir voyage entre le bureau présidentiel et la Primature. C’est ce qui maintient la rivalité douce.

En imitant le désir de l’autre, ils deviennent des doubles antagonistes. Plus ils se ressemblent, plus leur divergence devient profonde car l’autre est le miroir de sa propre ambition. Les deux acteurs désirent les mêmes objets : pouvoir, présidence, leadership. Sonko aspire à détenir le pouvoir exécutif; Diomaye aspire à conforter son siège.

Ce qui se joue aujourd’hui au sommet du pouvoir nous rappelle qu’en politique, le “gentlemen’s agreement” n’est qu’un mythe pour les idéalistes. C’est le retour du syndrome du numéro deux qui refait surface inlassablement. Le dauphin présomptif, initialement loyal et compétent, gravit des échelons et se retourne contre son leader lorsque celui-ci prend toute la lumière.

L’acteur hégémonique, quant à lui, dans sa logique de sécuriser les scrutins futurs, transforme un allié fidèle en ennemi par méfiance. Ce qui crée davantage une forme de paranoïa réciproque qui présage une période de turbulences sociales et politiques.

The Conversation

Toumani Traoré does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Fin du tandem Sonko-Diomaye : anatomie d’une dualité au sommet de l’État sénégalais – https://theconversation.com/fin-du-tandem-sonko-diomaye-anatomie-dune-dualite-au-sommet-de-letat-senegalais-283241

Pour continuer à exporter dans un contexte de guerre, les entreprises ne mettent pas leurs œufs dans le même panier

Source: The Conversation – France (in French) – By Manon Meschi, Management international; Stratégie d’entreprise, ESSCA School of Management

Comme pour un portefeuille d’actifs financiers, les entreprises exportatrices se retrouvent à choisir entre des risques modérés et élevés, voire très élevés. HappyEva/Shutterstock

S’adapter ou périr. La dure loi de la jungle s’applique aux entreprises exportatrices. Le dilemme est cruel : soit s’ouvrir à de nouveaux marchés potentiellement rémunérateurs au risque de tout perdre, soit ne plus exporter et ne plus espérer gagner de nouveaux clients. Et si la réponse était dans la capacité à pivoter le plus rapidement possible ?


Le blocage du détroit d’Ormuz provoque de fortes tensions sur les marchés des matières premières et met à l’arrêt une partie du trafic commercial mondial. Pour les entreprises exportatrices, ce bouleversement est une réalité. Il se traduit par des coûts logistiques en hausse, des retards de livraison, une forte instabilité de la demande ou encore la perte soudaine de débouchés sur les marchés internationaux.

Le dernier baromètre de la confiance des PME montre que le développement international reste un vecteur de croissance, même si seulement 25 % d’entre elles envisagent de renforcer leur présence à l’étranger. Les tensions dans le Moyen-Orient ou en Ukraine se traduisent par des délais de paiement qui s’allongent puisque la part des entreprises réglées au-delà de 70 jours a augmenté de 15 % à 24 %. Le risque géopolitique est désormais perçu comme la principale menace par plus de 65 % des entreprises, soit une hausse de 37 points par rapport à 2025, devant les problèmes d’approvisionnement et les difficultés de transport.

Dans ce contexte inédit, une question s’impose : comment adapter la stratégie d’exportation face à la multiplication des chocs mondiaux ?

Rester flexible

Pour analyser ce phénomène, nous avons mené une étude sur près de 3 000 entreprises françaises, petites et moyennes (PME). Nos résultats montrent que ces entreprises reconfigurent leur portefeuille de marchés en fonction de l’intensité des chocs exogènes. Lorsque les perturbations restent modérées, dans une temporalité restreinte ou d’ampleur très localisée, elles ont tendance à exporter vers plusieurs régions géographiques.

Cette stratégie leur permet de rester flexibles et de réorienter rapidement leurs flux commerciaux en cas de difficultés localisées. En revanche, lorsque les chocs deviennent plus intenses en matière de durée, d’ampleur ou de sévérité, les PME françaises se recentrent sur un nombre plus limité de marchés, souvent situés dans une région qu’elles connaissent bien, comme l’Union européenne. Elles renforcent leur présence dans ces marchés jugés plus sûrs, afin de compenser les pertes dans les zones les plus touchées.

Chocs en cascade

Moins dotées en ressources et moins préparées que les grandes multinationales, les petites et moyennes entreprises disposent de marges de manœuvre limitées pour absorber ces chocs. Un marché qui se ferme, une route commerciale qui est perturbée, un partenaire local qui fait faillite et c’est parfois toute la stratégie d’exportation qui est remise en question.

Pour autant, elles ne subissent pas passivement ces situations imprévues et font preuve d’agilité. Selon le 3ᵉ baromètre export des PME publié par Bpifrance Le Lab, les PME exportatrices françaises font preuve de résilience malgré la multiplication des chocs sur les marchés internationaux, leur part à l’export reste globalement stable, autour de 24 %. Elles disposent de plusieurs options stratégiques pour s’adapter face à ces chocs :

  • quitter les pays particulièrement affectés ;

  • explorer de nouveaux marchés ;

  • se replier temporairement sur des zones plus sûres.

Garder plusieurs options ouvertes

Face à des chocs encore limités ou très localisés, les entreprises cherchent à diversifier leurs débouchés à l’export pour réduire leur dépendance à certains pays ou régions. Au début de la pandémie du Covid-19, de nombreuses PME françaises ont cherché à compenser la fermeture de marchés en explorant de nouvelles destinations. Une entreprise qui exportait principalement en Europe peut ainsi tenter sa chance en Amérique du Nord ou en Asie.

Selon une enquête récente, près de deux tiers des entreprises françaises cherchent à se positionner sur de nouveaux marchés à l’export pour faire face aux tensions géopolitiques localisées. Dans le même temps, 58 % d’entre elles diversifient leurs fournisseurs ou leurs sources d’approvisionnement, et une proportion similaire réorganise ses flux en passant par des marchés tiers. Cette dispersion géographique devient une forme d’assurance ; si un marché s’effondre, un autre peut compenser. Cette stratégie repose sur une idée simple : dans un monde incertain, mieux vaut garder plusieurs options ouvertes pour rester flexible.

Repli stratégique vers des zones sûres

Multiplier les marchés implique des coûts : coordination, logistique, adaptation réglementaire, gestion de partenaires locaux. Face à cette pression, un tournant s’opère et les entreprises réduisent leur exposition internationale. Elles se retirent des marchés les plus risqués ou les plus éloignés, et concentrent leurs efforts sur un nombre plus restreint de zones jugées plus stables. Près de 56 % des entreprises exportatrices françaises privilégient actuellement des régions politiquement stables ; 53 % d’entre elles cherchent à renforcer leurs partenariats locaux pour sécuriser leurs flux et contourner les perturbations.

Très souvent, cela signifie un recentrage régional : 86 % des entreprises exportatrices françaises prévoient de cibler l’Union européenne en 2026. L’objectif est clair : sécuriser les ventes, limiter les risques et maintenir les économies d’échelle.

Cette stratégie, observée pendant la pandémie, se retrouve aujourd’hui suivie dans de nombreux secteurs confrontés aux incertitudes géopolitiques.

Disparité des réponses

Notre étude révèle que ces petites et moyennes entreprises exportatrices affichent des réponses divergentes selon la nature des chocs.

Si les catastrophes naturelles, climatiques et épidémiques provoquent des réactions plus rapides et immédiates, ces chocs sont difficiles à anticiper et peuvent affecter simultanément plusieurs régions. Ils incitent les entreprises à se replier plus vite vers un recentrage régional.

À l’inverse, les chocs d’origine humaine tels que les conflits armés, attentats ou accidents industriels sont souvent plus localisés et perçus comme plus contrôlables par l’intervention humaine ou gouvernementale. Ils laissent davantage de marge pour réorganiser les flux et redéployer les activités vers d’autres zones.

Dispersion ou concentration géographique

Les petites et moyennes exportatrices naviguent en permanence entre ces deux logiques, contraintes par leurs ressources limitées :

  • diversifier la présence internationale permet de gagner en flexibilité ;

  • concentrer les ventes et accentuer la pénétration de certains marchés offrent davantage de sécurité par une meilleure connaissance des pays visés.

Les réponses apportées varient selon l’intensité des turbulences et le niveau d’incertitude. Lorsque l’incertitude est modérée, la dispersion géographique domine. Mais lorsque les crises deviennent trop fortes ou trop fréquentes, la concentration s’impose. C’est un équilibre délicat où chaque décision implique des arbitrages stratégiques.

Sortir rapidement de marchés dangereux

Derrière ces ajustements se dessinent de nouvelles stratégies d’exportation et une transformation du commerce international. Pour les petites et moyennes exportatrices, il ne s’agit plus seulement de conquérir de nouveaux marchés. Désormais, il est question de pouvoir en sortir rapidement et y revenir si les conditions s’améliorent et l’opportunité ressurgit. Cette capacité à pivoter devient un atout stratégique majeur pour les PME exportatrices.

Dans un monde marqué par de fortes turbulences, les entreprises les plus performantes ne sont pas forcément celles qui sont présentes partout, mais celles qui savent adapter rapidement leur portefeuille de marchés selon l’intensité et la nature des chocs qui perturbent le commerce mondial.

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

ref. Pour continuer à exporter dans un contexte de guerre, les entreprises ne mettent pas leurs œufs dans le même panier – https://theconversation.com/pour-continuer-a-exporter-dans-un-contexte-de-guerre-les-entreprises-ne-mettent-pas-leurs-oeufs-dans-le-meme-panier-279274

Comment la série « The Mentalist » a transformé nos représentations de la masculinité

Source: The Conversation – France (in French) – By Virginie Martin, Docteure sciences politiques, HDR sciences de gestion, Kedge Business School

Si bon nombre de séries télévisées s’emploient à mettre en scène l’« empowerment » au féminin ou à dénoncer la masculinité toxique, rares sont celles qui redessinent les contours d’une masculinité qui s’éloigne vraiment des modèles de domination et de prédation.


Dans l’ensemble de mes travaux consacrés aux séries télévisées, envisagées à la fois comme objets culturels et instruments de soft power, j’ai longuement exploré les questions de genre, de race, de classe, de handicap et, plus largement, les formes contemporaines de la domination.

Dans ce cadre, l’analyse des performativités de genre, à la suite des travaux de Judith Butler (Trouble dans le genre, 1990), s’est révélée particulièrement opérante pour saisir les mécanismes de construction sociale du féminin et du masculin ainsi que leurs points aveugles. Les séries offrent à cet égard un terrain privilégié pour observer la manière dont les identités se rejouent, se déplacent ou se figent.

Néanmoins, des déséquilibres persistent – et c’est précisément ce que nous nous proposons d’interroger ici.

« Empowerment » au féminin

Les figures féminines ont fait l’objet d’une attention croissante. Il est indéniable que, depuis plusieurs années, l’empowerment au féminin s’est imposé comme une tendance forte, portée notamment par des créatrices comme Shonda Rhimes (Grey’s Anatomy, Private Practice, Scandal). Les séries ont ainsi vu émerger des personnages féminins d’une puissance et d’une complexité remarquables, souvent plus affirmés encore que dans le cinéma.

On pense au personnage d’Olivia Pope dans Scandal (2012-2018), à celui d’Alicia Florrick dans The Good Wife (2009-2016) puis dans The Good Fight (2017-2022), à celui de Jessica Pearson dans Suits (2011-2019), à celui d’Annalise Keating dans How to Get Away with Murder (2014-2020), ou encore aux figures féminines de Killing Eve (2018-2022). Elles incarnent des formes variées de leadership, de puissance et d’autonomie, dessinant une véritable constellation d’archétypes contemporains : femmes de pouvoir, stratèges, professionnelles d’exception, figures ambivalentes oscillant entre vulnérabilité et autorité.

Cette diversité a fait l’objet de nombreuses analyses, notamment dans le champ des études de genre et des cultural studies, qui ont largement documenté ces transformations et leur portée symbolique. Ces figures se retrouvent étudiées, notamment, à travers les analyses des héroïnes d’action (par exemple par Dawn Heinecken) ou les travaux sur les strong female characters (les personnages féminins forts), qui montrent à la fois leur potentiel émancipateur et les limites structurelles de ces représentations.

Mais, et c’est le point central de ce travail, si les représentations du féminin se sont profondément renouvelées, les masculinités, elles, apparaissent beaucoup moins transformées dans leur régime de désir.

Anti-héros et critiques de la masculinté toxique

Les masculinités contemporaines ont certes fait l’objet de regards critiques – notamment à travers la figure de l’antihéros ou des masculinités dites toxiques, de Tony Soprano (The Sopranos, 1999-2007) à Walter White (Breaking Bad, 2008-2013), en passant par Frank Underwood (House of Cards, 2013-2018).

Mais ces reconfigurations ne modifient pas fondamentalement le régime de désir qui les sous-tend : elles en déplacent les formes sans en altérer la logique, laissant in fine les personnages féminins dans des positions comparables.

Lorsqu’elles apparaissent, ces masculinités sont le plus souvent structurées par un régime de désir fondé sur la captation, la séduction et, fréquemment, une forme plus ou moins explicite de prédation. Il est extrêmement rare – en dehors du cas qui nous intéresse ici – de voir émerger d’autres configurations masculines véritablement alternatives.

Des figures, comme Don Draper dans Mad Men (2007-2015), Gregory House dans Dr House (2004-2012), le président Fitzgerald Grant dans Scandal, les personnages masculins de The Power (depuis 2023) ou encore les figures de Peaky Blinders (2013-2022), reconduisent chacune à leur manière une logique où le pouvoir masculin s’exerce aussi dans et par le désir. Séduction, emprise, circulation des corps et des affects : autant de modalités par lesquelles s’exprime une domination qui n’est pas seulement sociale ou politique, mais également intime.

Une des rares figures semblant s’écarter de ce schéma est celle de Ted Lasso dans la série qui porte son nom (2020-), dont la posture – bienveillante, empathique, presque naïve – constitue une forme de contre-modèle. Mais cette figure reste marginale et, d’une certaine manière, désamorcée par son absence de désirabilité classique. Cette configuration produit un effet systémique. En effet, même lorsque les personnages féminins gagnent en autonomie et en puissance, comme nous l’avons vu, ils demeurent largement pris dans un regard masculin qui structure leur désirabilité et, partant, leur position narrative.

Autrement dit, ces figures féminines, aussi puissantes soient-elles, continuent d’être inscrites dans une économie du regard et du désir où le pouvoir masculin conserve une fonction structurante. Leur autonomie ne les soustrait pas entièrement à ce régime : elle en reconfigure les modalités, sans nécessairement en rompre la logique.

C’est précisément ce régime que vient fissurer – de manière discrète mais décisive – la figure de Patrick Jane dans The Mentalist.

Patrick Jane : une désirabilité sans prédation

Personnage central de The Mentalist, série diffusée une première fois entre 2010 et 2015 en France, Patrick Jane cumule pourtant tous les attributs classiques de la désirabilité masculine : beauté, charisme, élégance, intelligence et intuition exceptionnelles. Toujours impeccablement vêtu, doté d’un fort capital de séduction au sens large – non pas comme stratégie de conquête, mais comme présence –, il incarne pleinement une masculinité socialement valorisée.

Sa domination est réelle. Elle constitue même le moteur de la série. Mais cette domination ne repose ni sur la force, ni sur l’autorité institutionnelle, ni sur la captation des corps. Elle s’exerce avant tout à travers une acuité cognitive hors norme et une capacité d’intuition qui structurent ses interactions avec les autres. Jane ne cesse d’ailleurs d’inviter ses interlocuteurs à « suivre leur intuition », comme si cette faculté constituait le cœur même de son rapport au monde ; un homme qui valorise l’intuition et les affects, déjà à distance de certains stéréotypes masculins dominants.

Ce point est décisif : sa puissance professionnelle – son ultra-compétence – ne se convertit jamais en emprise dans les relations entre hommes et femmes. Là où d’autres figures masculines articulent pouvoir et désir dans une logique de conquête, Jane opère un déplacement radical.

Cette posture produit des effets majeurs sur les configurations relationnelles, en particulier avec les personnages féminins. Dans une perspective que l’on pourrait qualifier de « goffmanienne », le fait de ne pas inscrire l’interaction dans un registre de séduction ou de prédation modifie le cadre même de la situation. En neutralisant d’emblée la dimension sexuelle implicite, Jane redéfinit la scène interactionnelle et libère ses interlocutrices d’un certain nombre de contraintes.

Le personnage de Teresa Lisbon, notamment, échappe aux normes classiques de sexualisation. Elle n’est ni hyperféminisée ni construite comme objet de désir. Elle existe comme sujet autonome – professionnel, dans un univers largement masculin, mais aussi affectif – sans avoir à se conformer aux attentes d’un regard masculin structuré par la domination ou la conquête.

Ainsi, The Mentalist donne à voir une forme rare de masculinité : une masculinité non prédatrice, qui n’abolit ni le désir ni la puissance, mais en reconfigure profondément les modalités. Il ne s’agit plus de posséder ni de séduire, mais de coexister – sans captation ni hiérarchisation implicite des corps.

Transformer le régime de désir

Cet impensé des représentations masculines n’est pas anodin. Il suggère que la transformation des figures féminines ne saurait être pleinement effective sans une mutation concomitante du régime de désir masculin. Tant que celui-ci reste structuré par des logiques de domination, les figures féminines – même profondément renouvelées – demeurent prises dans une économie de la réponse ou de la résistance.

Les sciences sociales ont, depuis longtemps, montré combien les représentations façonnent les pratiques. À la suite du théorème de Thomas (formulé par William I. Thomas puis repris notamment par Robert K. Merton), on sait que « si les individus définissent des situations comme réelles, elles sont réelles dans leurs conséquences ». Les représentations ne se contentent pas de refléter le monde social : elles contribuent à en structurer les dynamiques et à en orienter les évolutions.

Dans cette perspective, le maintien d’un régime de désir masculin structuré par la captation et la prédation n’est pas sans effets. Il contribue à reconduire, y compris dans des univers fictionnels renouvelés, des formes de hiérarchisation implicite des corps et des positions.

À cet égard, Patrick Jane apparaît comme un véritable opérateur critique. Il rend visible, par contraste, ce que les séries peinent encore à représenter : une désirabilité masculine qui ne passe ni par la prédation ni par la captation. Sa présence ne s’impose pas, elle laisse exister. Elle ouvre un espace relationnel dans lequel l’autre n’est ni conquis ni assigné, mais reconnu dans sa propre autonomie.

Ce déplacement est d’autant plus intéressant qu’il ne repose pas sur une dévirilisation du personnage. Jane demeure une figure de désir (en l’occurrence hétérosexuelle) pleinement active – charismatique, élégante, désirable –, mais dont la puissance ne se convertit jamais en domination relationnelle. Le patronyme « Jane », traditionnellement associé au féminin dans l’espace anglophone, introduit à cet égard une légère dissonance symbolique : un déplacement discret des assignations de genre, jamais surjoué mais significatif.

Nous sommes peut-être ici face à une inflexion discrète mais décisive : l’émergence d’une forme de masculinité compatible avec un horizon féministe abouti – voire une condition de possibilité de cet horizon. Une masculinité qui ne se définit plus par la conquête ou la hiérarchisation, mais par une capacité à coexister, à laisser advenir, et, ce faisant, à transformer en profondeur les conditions mêmes de la relation.

The Conversation

Virginie Martin est membre de l’Institut Spirales

ref. Comment la série « The Mentalist » a transformé nos représentations de la masculinité – https://theconversation.com/comment-la-serie-the-mentalist-a-transforme-nos-representations-de-la-masculinite-282307

Au‑delà du dialogue rompu : comment les controverses sociales transforment les règles du vivre‑ensemble

Source: The Conversation – in French – By Adam Tremblay, Candidat au doctorat en sociologie, L’Université d’Ottawa/University of Ottawa

Les récentes controverses autour de la liberté académique, de l’appropriation culturelle ou de la transidentité dans le sport ne sont pas de simples disputes d’opinion. Parler de « controverse sociale » permet de les comprendre comme de nouvelles formes d’affrontement qui redéfinissent, sous nos yeux, les normes de notre vivre‑ensemble


Le 1er août 2024, lors des Jeux olympiques de Paris, la boxeuse algérienne Imane Khelif affronte l’Italienne Angela Carini. Le combat, interrompu après 46 secondes, déclenche une controverse mondiale. Carini, étourdie et en larmes, refuse de saluer son adversaire, déclarant n’avoir jamais encaissé de coups aussi puissants.

Ce geste s’inscrit dans un contexte précis : depuis mars 2023, l’International Boxing Association remet en question l’éligibilité de Khelif à la catégorie féminine, affirmant disposer de tests révélant des chromosomes XY. En quelques heures, l’affaire cristallise une polarisation mondiale autour de l’intersexualité dans le sport et de la définition du « féminin » en compétition internationale.

Concernant l’identité sexuelle de Khelif, les certitudes se dissolvent dans un brouillard de déclarations contradictoires. Le Comité international olympique (2024) affirme qu’elle est une femme, avec un sexe biologique féminin et un passeport féminin depuis sa naissance, tandis qu’un média français publie en novembre 2024 ce qu’il présente comme un rapport médical confidentiel indiquant une différence de développement sexuel avec chromosomes XY, testicules internes et micropénis.

Face à ces informations divergentes, la distinction entre « vrai » et « faux » devient elle-même objet de controverse, d’autant qu’aucun consensus scientifique ne se dégage sur l’ampleur des avantages conférés par l’hyperandrogénie ni sur la légitimité éthique des régulations en place.

Le cas Khelif ne se joue donc pas principalement sur le terrain de la preuve scientifique. Il mobilise des questions morales et identitaires : qu’est‑ce qu’une femme ? Qui a le pouvoir de définir ces catégories ? Ces interrogations restent sans réponse consensuelle, car les coalitions adverses ne partagent ni les mêmes prémisses ontologiques (qu’est-ce qui existe ?), ni les mêmes critères épistémologiques (comment le savoir ?), ni les mêmes priorités normatives (faut-il privilégier l’inclusion ou l’équité sportive ?). Que l’une de ces positions soit, dans l’« absolu », plus solide que l’autre n’empêche pas la coalition qui la défend de subir des revers concrets ni celle qui la conteste d’obtenir des gains institutionnels durables.

Une forme de conflictualité à part entière

La controverse Khelif n’est ni marginale ni anecdotique. On peut penser, au Québec, à l’annulation des spectacles SLĀV et Kanata de Robert Lepage à l’été 2018, ou, à Ottawa, à la suspension de l’enseignante Verushka Lieutenant-Duval à l’automne 2020 pour avoir prononcé le mot en « n » en contexte pédagogique. Aux États-Unis, on peut penser à la controverse autour de la nageuse transgenre Lia Thomas durant la saison universitaire 2021‑2022.

L’affaire Khelif est venue s’ajouter comme une confirmation additionnelle d’une forme de conflictualité que j’analysais déjà dans mes recherches doctorales, m’intéressant aux nombreuses controverses entourant les revendications de minorités sexuelles, de genre et ethnoraciales dans l’espace public. C’est ce type de conflictualité, récurrent mais encore mal nommé, que j’ai cherché à conceptualiser dans ma thèse.

Le contexte de la controverse sociale

La mutation des médias de masse et l’essor des réseaux numériques ont accéléré et densifié la circulation des prises de parole dans l’espace public. C’est dans ce nouvel environnement communicationnel que les controverses sociales apparaissent.

Ces transformations médiatiques et numériques modifient en effet drastiquement la façon de participer au débat public, les luttes pour la reconnaissance n’y échappant pas. Grâce aux réseaux sociaux, des personnes qui ne se connaissent pas, mais dont les positions convergent ponctuellement se retrouvent comme membres d’une même « coalition » : des regroupements circonstanciels d’acteurs, sans organisation formelle.

Ces transformations connectent de fait des expériences locales (un combat de boxe, un cours universitaire, un spectacle de théâtre) aux trajectoires conflictuelles plus larges des polarisations politiques et morales du moment. Certains cas prennent alors des proportions extrêmes. Celui de Khelif l’illustre bien : l’ampleur qu’il prend tient au fait qu’il cristallise tout en amplifiant les lignes de fracture déjà présentes dans la société.




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Les multiples visages du conflit public

Pour qualifier cette forme conflictuelle, il faut d’abord la situer par rapport aux catégories existantes. Le cas Khelif présente des airs de famille avec plusieurs formes connues, sans se réduire à aucune d’elles.

On y trouve d’abord des éléments du débat public classique, au sens que lui donne le linguiste français Patrick Charaudeau. Une question surgit – est-il juste que Khelif participe dans la catégorie féminine ? – et provoque un emballement médiatique. Des coalitions se forment sur-le-champ : responsables politiques, athlètes, fédérations et commentateurs se rangent rapidement « pour » ou « contre ». Dans cette conception, le désaccord est encadré par un dispositif institué (parlement, plateau de télévision, tribune officielle) et par des règles de discussion qui visent à rendre le désaccord surmontable et à ouvrir la possibilité d’un compromis.


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Or, dans le cas Khelif, le différend déborde ces cadres institutionnels : les coalitions adverses ne reconnaissent aucun cadre de référence commun, et tout compromis apparaît sinon impossible, du moins invraisemblable. Il ne s’agit ni de coopérer pour aboutir à un consensus ni de se contenter d’un dissensus, mais d’enjoindre le CIO de trancher en faveur d’un camp, contre l’autre.

S’agit-il alors d’une controverse scientifique ? Des experts interviennent, des tests sont évoqués, des rapports circulent. Mais le désaccord ne porte pas seulement sur des chiffres ou des seuils hormonaux : il porte sur ce qu’est une femme, sur l’inclusion et l’équité sportive. Même si la science était parfaite, les camps resteraient en désaccord, parce qu’ils ne partagent pas les mêmes valeurs. L’endocrinologiste américain Bradley Anawalt, professeur à l’Université de Washington, doute d’ailleurs que la science puisse un jour trancher définitivement qui doit être admis ou non dans la catégorie féminine.




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Reste la tentation de comprendre l’affaire sous l’angle de la polémique, au sens de la théoricienne du discours Ruth Amossy, professeure à l’Université de Tel‑Aviv. Elle en rassemble plusieurs éléments : déclarations outrancières, indignation en boucle, disqualification, forte présence d’émotions et de composantes affectives. Mais la polémique, telle qu’Amossy la conçoit, suppose d’en rester au dissensus, en s’en satisfaisant : comme elle ne cesse de le rappeler, la polémique est un mode de « coexistence dans le dissensus ».

On s’affronte violemment sur l’immigration ou le climat, mais le discours que l’on tient participe pleinement du débat public : les polémistes cherchent avant tout à convaincre l’opinion publique. Or, à travers le cas Khelif, ce qui se trouve directement mis en cause n’est plus seulement l’issue d’un débat, mais le cadre de la compétition lui-même. Le conflit ne se joue donc pas dans les limites du vivre-ensemble, il porte sur ces limites.

La controverse sociale : une forme émergente

Ce que j’appelle « controverse sociale » pousse cette logique d’un cran. Dans l’affaire Khelif, il ne s’agit plus seulement de dire « j’ai raison, tu as tort », mais de redéfinir qui a le droit de participer à quoi, selon quelles règles, et à quelles conditions on appartient à une catégorie comme « femme » dans le sport. Chaque camp cherche à imposer sa hiérarchie des valeurs comme principe organisateur d’un milieu social. Le conflit porte donc sur les fondations mêmes du vivre-ensemble.

Cette trajectoire conflictuelle ne se limite pas au cas Khelif. On la retrouve dans des affaires touchant à la liberté académique, à l’appropriation culturelle, aux pronoms, aux quotas, au voile islamique ou au retrait de statues. À chaque fois, un incident local devient le point de départ d’un affrontement entre des visions incompatibles de ce qui est juste ou légitime.

L’architecture numérique amplifie ces chocs : le pic est rapide, la polarisation maximale, chaque coalition enregistre victoires et défaites, puis la controverse s’épuise sans véritable résolution, jusqu’au prochain cas qui réactive le même clivage. Dans certains cas toutefois, une valeur cardinale finit par s’imposer comme principe d’arbitrage. La controverse fait alors figure de carrefour où un milieu social choisit, explicitement ou non, une direction normative contre une autre.

Parler en termes de « controverse sociale », ce n’est donc pas rebaptiser des disputes anciennes. C’est insister sur un type de conflit où l’on ne discute plus seulement d’opinions, mais des catégories mêmes à travers lesquelles on voit le monde social, et des valeurs qui doivent les gouverner. Comprendre ces affrontements, c’est se donner les moyens de saisir comment, à travers des cas comme celui d’Imane Khelif, se redessinent aujourd’hui les frontières de nos appartenances et les conditions de notre vivre-ensemble.

La Conversation Canada

Adam Tremblay ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Au‑delà du dialogue rompu : comment les controverses sociales transforment les règles du vivre‑ensemble – https://theconversation.com/au-dela-du-dialogue-rompu-comment-les-controverses-sociales-transforment-les-regles-du-vivre-ensemble-282459

Dysfonction érectile : au-delà du Viagra, les nouvelles pistes de la science

Source: The Conversation – in French – By Franklin Calazana, Ph.D student, psychology, Université du Québec à Montréal (UQAM)

La dysfonction érectile correspond à une difficulté persistante à obtenir ou à maintenir une érection suffisante pour avoir des relations sexuelles satisfaisantes. Elle touche des millions d’hommes dans le monde, dont jusqu’à un sur quatre aux États-Unis. Au-delà des symptômes physiques, les troubles de l’érection peuvent affecter la confiance en soi, la relation de couple et la qualité de vie.


Bien que la prévalence de la dysfonction érectile augmente avec les années, le vieillissement ne suffit pas à l’expliquer. Des troubles médicaux tels que le diabète, les maladies cardiovasculaires et les séquelles d’une intervention chirurgicale (en particulier de la prostate) peuvent perturber la fonction érectile.

Les facteurs psychologiques sont également fréquents. L’anxiété de performance, le stress et les préoccupations relationnelles provoquent souvent la dysfonction érectile ou interagissent avec des facteurs biologiques, faisant de la dysfonction érectile une affection complexe, et non un problème isolé.

Traitement de la dysfonction érectile

La plupart des approches thérapeutiques reposent sur des médicaments, une thérapie sexuelle ou une combinaison des deux. Les inhibiteurs de la phosphodiestérase de type 5, tels que le Viagra et le Cialis, sont largement prescrits et augmentent le flux sanguin vers le pénis en réponse à une stimulation sexuelle.

Leur accessibilité et leur facilité d’utilisation expliquent en partie leur popularité. Cependant, ces médicaments ne conviennent pas à tout le monde. Certaines conditions médicales, les effets secondaires, le coût, leur efficacité variable ou le fait qu’ils puissent nuire à la spontanéité des rapports peuvent en limiter l’usage.

La thérapie sexuelle constitue une autre approche bien établie. Elle peut aider les personnes et les couples à réduire l’anxiété de performance, à améliorer la communication et la satisfaction sexuelle, ainsi qu’à retrouver une certaine confiance dans leur vie intime. Pourtant, l’accès demeure inégal. Le coût, les listes d’attente, l’éloignement géographique et la stigmatisation empêchent encore de nombreuses personnes d’obtenir de l’aide rapidement.

Parallèlement, les nouvelles technologies transforment l’évaluation et le traitement de la dysfonction érectile. Des appareils connectés à des applications aux environnements immersifs en réalité virtuelle, de nouveaux outils ouvrent de nouvelles avenues autant pour la recherche que pour les soins.

À la Chaire de recherche EROSS, nous étudions comment les innovations peuvent être intégrées au traitement de la dysfonction érectile. Plusieurs pistes prometteuses se dessinent déjà.




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Surveiller la santé érectile : à tout moment, n’importe où

Les anneaux péniens intelligents changent la façon d’évaluer la dysfonction érectile. Ces dispositifs portables sont placés autour du pénis pendant le sommeil ou l’activité sexuelle et recueillent des données en continu sur la force et la durée de l’érection. Les informations sont enregistrées dans une application et peuvent ensuite être partagées avec des spécialistes.

Ces données sont plus fiables que les souvenirs rapportés par les patients et offrent un portrait plus précis qu’une simple consultation médicale. Elles permettent notamment de déterminer si les difficultés sont occasionnelles ou persistantes, et d’évaluer l’effet des traitements.

Certains appareils, comme le Techring, peuvent être utilisés à domicile avec une application mobile, offrant davantage d’intimité et de simplicité d’utilisation.

Réalité virtuelle

La réalité virtuelle plonge les utilisateurs dans des environnements numériques immersifs qui reproduisent des situations réelles. En santé sexuelle, elle permet d’étudier l’excitation et les réactions physiologiques dans des contextes contrôlés, mais réalistes.

D’autres études récentes montrent que les hommes atteints de dysfonction érectile réagissent différemment aux scénarios sexuels en réalité virtuelle. En 2024, notre équipe a constaté une baisse des niveaux d’excitation, tandis que d’autres chercheurs ont observé des érections plus faibles et de plus courtes durées lors de scénarios comme la masturbation, le sexe oral et les rapports sexuels avec pénétration.

Au-delà du diagnostic, la réalité virtuelle pourrait aussi aider à mieux cerner les situations les plus difficiles pour certaines personnes, selon le contexte relationnel, l’environnement ou le type d’activité sexuelle. Ces informations pourraient ensuite servir à adapter davantage les traitements aux besoins de chaque patient.

Les promesses de la médecine régénérative

La plupart des traitements actuels atténuent les symptômes sans réparer les tissus endommagés à l’origine du problème. Les approches dites régénératives comme le plasma riche en plaquettes, les thérapies à base de cellules souches ou les ondes de choc de faible intensité cherchent plutôt à stimuler la réparation des vaisseaux sanguins et des tissus.

Des études précliniques, surtout menées chez l’animal, suggèrent des améliorations possibles de la fonction érectile ainsi qu’une innocuité acceptable à court terme. Chez l’humain, les premiers résultats sur des thérapies par ondes de choc laissent entrevoir certains effets bénéfiques sur la circulation sanguine du pénis.

Cependant, ces interventions restent expérimentales. Les protocoles varient encore beaucoup, et leur efficacité ainsi que leur sécurité à long terme restent incertaines. Des essais cliniques de plus grande ampleur seront nécessaires pour confirmer leur potentiel.

Dispositifs à vide : une option low-tech, repensée

Les dispositifs d’érection à vacuum existent depuis des décennies. Ils créent une pression autour du pénis afin d’y faire affluer le sang, puis un anneau permet de maintenir l’érection.

Les anciens modèles fonctionnaient à l’aide d’une pompe manuelle. Les versions plus récentes sont plus silencieuses, fonctionnent à batterie et peuvent être reliées à une application mobile, ce qui les rend plus simples et plus discrètes à utiliser.

Bien qu’ils ne soient pas nouveaux, les dispositifs à vide restent une option précieuse, en particulier pour les personnes qui ne peuvent pas prendre de médicaments ou qui privilégient des approches non pharmacologiques. Ils peuvent aussi être combinés à d’autres traitements.

Une nouvelle ère pour la santé érectile

Pendant longtemps, le traitement de la dysfonction érectile a reposé sur l’autoévaluation des patients et sur un nombre limité d’options thérapeutiques. Aujourd’hui, les objets connectés fournissent des données plus précises, la réalité virtuelle aide à mieux comprendre l’influence du contexte et certaines approches régénératives cherchent à réparer les tissus endommagés. Même les outils plus anciens, comme les dispositifs à vacuum, continuent d’évoluer.

Ensemble, ces avancées ouvrent la voie à des traitements plus personnalisés et mieux adaptés aux besoins des patients. Bien que plusieurs de ces technologies soient encore en développement, elles laissent entrevoir une prise en charge plus précise et nuancée de la dysfonction érectile.


Cet article a été co-rédigé par Elisabeth Gordon, MD, CST. Elle est psychiatre et sexologue certifiée, ainsi que membre de la Société internationale pour l’étude de la santé sexuelle des femmes.

La Conversation Canada

David Lafortune reçoit du financement du Conseil de recherches en sciences humaines (CRSH).

Franklin Calazana et Éliane Dussault ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur poste universitaire.

ref. Dysfonction érectile : au-delà du Viagra, les nouvelles pistes de la science – https://theconversation.com/dysfonction-erectile-au-dela-du-viagra-les-nouvelles-pistes-de-la-science-281493

El adiós de Stephen Colbert: ¿es este el fin del ‘late night’ tal y como lo conocemos?

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Isadora García Avis, Profesora de Narrativa Audiovisual, Universitat Internacional de Catalunya

Stephen Colbert se despidió del _Late Show_ cantando ‘Hello Goodbye’ junto a Paul McCartney, Elvis Costello, Jon Batiste y Louis Cato. CBS/The Late Show with Stephen Colbert

The Late Show with Stephen Colbert ya es Historia de la televisión. Su último programa, emitido simultáneamente en CBS y Paramount+ la noche del 21 de mayo, se alargó media hora más de lo habitual con un desfile de talento, compañeros de profesión y hasta un agujero de gusano. El último entrevistado fue sir Paul McCartney, que volvió al histórico escenario del Teatro Ed Sullivan, donde en 1964 The Beatles ofrecieron su primer concierto televisado para la audiencia norteamericana.

Colbert convirtió el último episodio en una celebración de su legado, con escasas referencias políticas (y sin mencionar a Trump en su monólogo). También describió al Late Show como una “máquina de felicidad” (joy machine, en inglés), y ese ha sido el tono que el presentador ha mantenido durante su semana de despedida: alegría y gratitud, tanto hacia los espectadores como hacia las más de 200 personas que integran el equipo del programa.

El último monólogo de Stephen Colbert al frente de The Late Show

Al cierre de este artículo, el último monólogo de Colbert ya había sobrepasado un millón de visualizaciones en YouTube, apenas seis horas después de su publicación en el canal. Se espera que los datos de audiencia de este episodio sean históricos, sobre todo teniendo en cuenta que, para apoyar a Colbert, sus compañeros en la franja del late night decidieron “irse a negro” y emitir repeticiones de programas antiguos.

Crónica de una cancelación anunciada

Ha pasado menos de un año desde que, en julio de 2025, Stephen Colbert anunció que la cadena CBS (que forma parte del grupo mediático Paramount Skydance) preveía cancelar su Late Show en mayo de 2026 por “motivos puramente financieros”. Esta decisión levantó sospechas tanto entre el público como en distintos sectores de la industria.

La cronología de los hechos resulta cuando menos llamativa. En primavera de 2025, la matriz de CBS, Paramount, buscaba la aprobación federal para su fusión con Skydance, un proceso que topaba con la resistencia de la administración Trump y la FCC (Comisión Federal de las Comunicaciones). El 1 de julio, Paramount pagó 16 millones de dólares para zanjar la demanda de Trump contra el programa 60 Minutes, de CBS, por el montaje de una entrevista con Kamala Harris en 2024, un caso que ningún experto jurídico consideró entonces con fundamento legal.

Colbert calificó públicamente ese acuerdo de “soborno en toda regla”. Tres días más tarde, CBS anunciaba su cancelación. Y una semana después, la FCC aprobaba la fusión Skydance-Paramount.

El nacimiento y la evolución del late night

El late night está viviendo una crisis que, de manera generalizada, se presenta como un problema económico, consecuencia de la migración de las audiencias a nuevas plataformas. Sin embargo, la realidad es mucho más compleja y se ve condicionada por otros factores, como los intereses de los grandes conglomerados mediáticos o un intervencionismo político sin precedentes.

La historia del formato se remonta a los orígenes mismos de la televisión, que adaptaba fórmulas ya probadas con éxito en la radio. En sus inicios giraba en torno a un tipo de entretenimiento apolítico, siguiendo la estructura de un programa de variedades con música, danza, actores y cómicos.

El late night como lo conocemos hoy en día debutó formalmente en la NBC en 1954, con Tonight Starring Steve Allen, que estableció una estructura en segmentos y unas características formales que todavía hoy persisten.

Un hombre, Obama, sentado en un sofá habla con una mujer mientras tras una mesa otro hombre, Jay Leno, habla con otra mujer.
Después de Steve Allen, el Tonight Show ha tenido muchos presentadores icónicos. En esta imagen, el presidente Obama consulta con un miembro de su equipo en una pausa de su entrevista con Jay Leno.
Raw Pixel

Como género televisivo, el late night es un programa de entrevistas definido por su ubicación en la franja horaria nocturna, que bebe tanto del entretenimiento como de la actualidad informativa. Esta última, como ha expresado el propio Colbert, vertebra uno de los ejes del formato, el monólogo inicial: “No marcamos la agenda; reflejamos lo que ha ocurrido durante tu día y te lo devolvemos filtrado por nuestras propias emociones”. Dentro de este contexto, la sátira es el vehículo para dicha interpretación. El presentador expone, cuestiona e interpreta el mundo que rodea al televidente.

El late night nació ligado al acto de ver la tele en casa, un día y una hora en concreto. Así que es fácil comprender por qué el desembarco del streaming supuso un golpe directo al corazón del formato, que se vio obligado a adaptarse. A partir de 2015, el replanteamiento en la difusión de los programas se hizo más evidente, con YouTube convertido en una línea de flotación clave, donde un sketch de cuatro minutos podía generar millones de visualizaciones.

La plataforma no se transformó únicamente en una forma de diseminación del contenido, sino en una fábrica de contenidos satélite. Es el caso de Carpool Karaoke, de James Corden, que acabó teniendo su propia serie original en Apple Music; o Lip Sync Battle, que de segmento del programa de Jimmy Fallon pasó a ser un reality de competición.

Un ejemplo de la sección lip sync battle del Tonight Show with Jimmy Fallon.

Medir la televisión de hoy con audiencias del ayer

La popularidad en redes de los contenidos generados por late night shows no ha bastado, sin embargo, para tranquilizar a los ejecutivos de las cadenas, que han visto cómo programas que en tiempos contaban con una audiencia masiva ahora son incapaces de congregar unos pocos millones de espectadores delante del televisor. Entre 2015 y 2020, los principales late night shows de Estados Unidos registraron caídas de audiencia de hasta un 80 % en el grupo demográfico de 18 a 49 años.

La paradoja más llamativa de este período es la posición de Colbert. CBS describió la cancelación de su Late Show como una decisión puramente financiera, pese a que lideró la audiencia durante nueve temporadas consecutivas, el récord histórico de la franquicia. Según datos Nielsen Live+3, la semana del 21 de julio de 2025 (la primera tras el anuncio de cancelación) fue la de mayor cuota semanal de toda la historia del programa, con un 12.63 %. Colbert también registró su mejor audiencia en dos años, con 3 059 millones de espectadores nocturnos, más que sus dos competidores juntos.

Rating medio de_ The Late Show with Stephen Colbert_ (2015-2026) en el que se ve que ha estado entre los 5 y los 6 puntos de media.
Rating medio de The Late Show with Stephen Colbert (2015-2026).
RatinGraph

Los ejecutivos de las grandes cadenas estadounidenses continúan anclados en un modelo de medición de audiencias propio del siglo XX. Uno de los grandes referentes del género, The Tonight Show Starring Johnny Carson (1962-1992), llegó a tener una audiencia media de 16 millones de espectadores por programa, cifra que sería impensable en el contexto televisivo contemporáneo.

Al mismo tiempo, y según Jimmy Kimmel, los números indican que hoy en día hay más personas que nunca viendo late night shows, en plural. Simplemente consumen estos formatos de manera diferente. Es más, a pesar de que ahora estos programas compiten con una oferta infinita de contenidos audiovisuales a la carta, Kimmel afirma que “la audiencia sigue volviendo a nosotros”.

La FCC y el intervencionismo político en los contenidos televisivos

Durante el segundo mandato de Donald Trump, las cadenas de televisión también están experimentando presiones políticas, ejercidas por parte de la FCC.

El propio Colbert ha hecho públicas estas presiones de manera recurrente. Por ejemplo, las nuevas normas de la FCC hicieron que la CBS impidiera la emisión en abierto de una entrevista a James Talarico, candidato al Senado como representante del Partido Demócrata de Texas. Desde el Late Show decidieron subir esa entrevista a su canal de YouTube, donde en menos de 24 horas fue vista por 3 millones de personas.

Dos hombres hablan en el escenario de un late night.
Entrevista de Stephen Colbert a James Talarico emitida en YouTube.
The Late Show with Stephen Colbert

Disney también ha recibido su ración de presión por parte de la FCC. Su presidente ha amenazado en dos ocasiones con retirar las licencias de emisión de la cadena. La primera, en septiembre de 2025, cuando Jimmy Kimmel hizo comentarios sobre las reacciones de Trump al asesinato del activista conservador Charlie Kirk, que no sentaron bien en las filas republicanas. La consecuencia fue la suspensión temporal del programa. La segunda tuvo lugar hace menos de un mes. La FCC ordenó a Disney renovar anticipadamente las licencias de sus estaciones de ABC (que vencían entre 2028 y 2031) alegando que sus políticas de diversidad, equidad e inclusión podrían vulnerar normas antidiscriminación, concediéndole un plazo de apenas 30 días para hacerlo.

A esto se suman las acciones manifiestas de Trump. El presidente de Estados Unidos ha demandado a varias cadenas, incluso más allá de sus fronteras, por emitir contenidos que considera difamatorios, y ha pedido abiertamente la cancelación de los late night shows que le critican.

Por tanto, los ejecutivos no están únicamente preocupados por los datos de audiencia; también se están viendo afectados por el control de un gobierno que puede bloquear sus decisiones e intereses empresariales.

Y ahora, ¿qué?

Cabría suponer que estas presiones políticas podrían tener un impacto en el contenido de los late nights. Es decir, para evitar una potencial cancelación de sus programas, los presentadores podrían autocensurar sus chistes o blanquear sus mensajes.

Sin embargo, desde que se anunció la cancelación de Colbert en julio de 2025, los late nights en abierto de Colbert, Kimmel y Meyers han mantenido un tono muy crítico con la administración Trump. Incluso Jimmy Fallon, considerado el presentador menos político del late night, ha hecho comentarios sobre esta situación. El propio Late Show ha tenido una semana de despedidas en la que los invitados se han cargado de comentarios contra el presidente de Estados Unidos.

Cinco hombres hablan en el escenario de un _late night_.
En uno de sus últimos programas en The Late Show, Stephen Colbert (derecha) invitó a sus compañeros de otros late nights, con quienes también creó el pódcast Strike Force Five: de izquierda a derecha, Jimmy Kimmel, Seth Meyers, John Oliver y Jimmy Fallon.
The Late Show with Stephen Colbert.

Por tanto, no parece que lo que está ocurriendo vaya a generar un blanqueamiento del formato en sí mismo… Aunque sí es posible que a medio plazo la FCC persiga “domesticar” esta franja horaria: que los programas y los presentadores incómodos desaparezcan, para ser reemplazados por otros contenidos más del agrado de quienes mandan.

Tras la cancelación de The Late Show with Stephen Colbert, CBS ha optado por una solución de transición que prioriza la rentabilidad inmediata sobre la ambición creativa. Ha cerrado un acuerdo de un año con el empresario Byron Allen para que su programa Comics Unleashed ocupe la franja de las 11:35 de la noche bajo la fórmula del time buy. Es decir, Allen paga a la cadena por ocupar el espacio en lugar de ser al revés. La cadena, al parecer, no cierra la puerta a otras fórmulas, aunque ha descartado el formato clásico de talk show.

Por su parte, Colbert ya ha anunciado un nuevo proyecto que le llevará de la televisión a las salas de cine: está coescribiendo el guion de una película que forma parte de la saga de El señor de los anillos, de la que es un fan apasionado.

Está claro que no le faltará trabajo y que continuará siendo un referente para la opinión pública norteamericana. Como dijo David Letterman, histórico creador del Late Show, en su última entrevista con Colbert: “A un hombre puedes quitarle su programa, pero no puedes quitarle su voz”.


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The Conversation

Las personas firmantes no son asalariadas, ni consultoras, ni poseen acciones, ni reciben financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y han declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado anteriormente.

ref. El adiós de Stephen Colbert: ¿es este el fin del ‘late night’ tal y como lo conocemos? – https://theconversation.com/el-adios-de-stephen-colbert-es-este-el-fin-del-late-night-tal-y-como-lo-conocemos-279821

Comment faire face aux vagues de chaleur à Paris ? La piste du refroidissement passif hybride

Source: The Conversation – in French – By Pascal Clain, Enseignant chercheur en sciences de l’ingénieur, Pôle Léonard de Vinci

Des températures élevées sont attendues en France les prochains jours. Les vagues de chaleur posent un défi inédit pour nos villes de climat tempéré où, pendant longtemps, la priorité était au contraire de lutter contre le froid. Plutôt que de dépendre exclusivement de la climatisation, le refroidissement passif hybride propose de s’inspirer des bonnes pratiques des climats arides et semi-arides. L’approche tient en trois points : empêcher la chaleur d’entrer dans les bâtiments, la stocker grâce à des matériaux présentant une forte inertie thermique et, enfin, la restituer la nuit grâce à des mécanismes de ventilation naturelle.


L’augmentation des vagues de chaleur dans les climats tempérés place le confort thermique d’été au centre des préoccupations urbaines. Or, dans de nombreuses villes européennes, les bâtiments ont d’abord été conçus pour limiter les pertes de chaleur en hiver au moyen d’une isolation performante et d’enveloppes étanches. Ces choix, rationnels face au froid, deviennent problématiques lorsque les températures élevées persistent plusieurs jours et que la nuit ne permet plus d’évacuer l’énergie accumulée en journée.

On parle de « nuits tropicales » lorsque la température ne descend pas en dessous de 20 °C la nuit, empêchant le corps de récupérer. Quand cette situation se répète, la canicule peut devenir une crise sanitaire, avec des risques accrus pour les personnes âgées ou malades, d’autant plus lorsqu’elles vivent dans des logements défavorables à la ventilation. Lors de la canicule de 2003, à Paris, la température a dépassé les 39 °C, avec neuf jours de températures supérieures à 35 °C, causant 14 800 décès, dont un tiers en Île-de-France.

Face à cette situation, la climatisation apparaît souvent comme la réponse la plus directe et immédiate : on baisse la température quasiment instantanément. Mais à grande échelle, cette solution peut devenir une forme de maladaptation en augmentant les consommations électriques lors des pics de chaleur, créant une pression accrue sur les réseaux énergétiques et en rejetant de la chaleur localement dans l’espace extérieur.

Sans oublier que l’accès à la climatisation est socialement inégal. Selon une étude de l’agence de la transition écologique (Ademe), datant de 2020, le principal obstacle à l’achat d’une climatisation est financier, avec 37 % des professions libérales, cadres et professions intellectuelles supérieures qui ont installé une climatisation, contre seulement 19 % des ménages dont la personne de référence est sans emploi ou inactive.

Pour améliorer l’adaptation des villes sans créer de nouveaux problèmes (surconsommation électrique, augmentation locale des températures extérieures…), une autre approche gagne peu à peu du terrain : le refroidissement passif hybride (ou hybrid passive cooling). Il ne s’agit pas d’éliminer toute technologie fondée sur la ventilation mécanique ou la climatisation, mais de les réserver à un rôle d’appoint, en faisant des mécanismes passifs la base du confort.




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Qu’est-ce que le refroidissement passif hybride ?

Pour comprendre ce que recouvre réellement le refroidissement passif hybride, il faut aller au-delà du simple inventaire technique. Il recoupe des mécanismes complémentaires qui remplissent trois fonctions thermiques fondamentales : la prévention, le stockage et la dissipation de la chaleur.

  • Par « prévention », on décrit tout ce qui empêche la chaleur de rentrer dans le bâtiment : ombrage, orientation des espaces, limitation des surfaces vitrées exposées, ou encore dispositifs extérieurs thermoréflectifs, par exemple la technologie développée par la société Cool Roof.

  • La deuxième idée est de stocker temporairement la chaleur afin d’atténuer les pics de température en intérieur. Les matériaux à forte inertie thermique comme le béton, la pierre ou la terre permettent cette accumulation de chaleur. Plus récemment, les matériaux à changement de phase (ou MCP) ont été développés pour augmenter cette capacité de stockage. En absorbant la chaleur lors de leur transition d’état, ils fonctionnent comme un tampon thermique, capable de lisser les variations de température sans augmenter massivement l’épaisseur des parois.

  • La dissipation, enfin, consiste à extraire la chaleur accumulée dans le bâti. C’est ici que la ventilation naturelle occupe une place centrale. Lorsque les conditions extérieures le permettent, notamment la nuit, l’air extérieur plus frais peut être utilisé pour évacuer la chaleur stockée dans la structure. Sans cette étape de régénération, les stratégies de stockage perdent leur efficacité et le bâtiment est progressivement saturé en chaleur.

Ces trois fonctions forment une chaîne : prévenir réduit la quantité de chaleur à stocker, stocker amortit les pics de température, dissiper réinitialise le système. Or, dans la plupart des configurations décrites, la ventilation naturelle apparaît comme l’élément structurant.

Celle-ci est rarement suffisante toute seule, surtout dans des contextes urbains denses où les flux d’air sont contraints par des mécanismes de ventilation spécifiques. En revanche, elle devient déterminante lorsqu’elle est intégrée dans un ensemble de stratégies de refroidissement cohérent. Lorsque les températures deviennent trop élevées ou que les conditions extérieures ne permettent plus d’évacuer suffisamment de chaleur, des systèmes mécaniques (ventilation mécanique contrôlée, voire dans certains cas climatisation) peuvent intervenir. C’est précisément cette combinaison qui caractérise le refroidissement passif hybride




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Architecture et gestion de la chaleur, un héritage avant tout culturel

Les principes mobilisés par le refroidissement passif hybride ne sont pas nouveaux.

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Les badgirs (ou « attrape-vent ») sont des dispositifs architecturaux permettant de tirer parti du vent pour refroidir les bâtiments. L’image représente une de ces tours à Kerman, en Iran.
Bernard Gagnon, CC BY-SA

Dans les régions arides et semi-arides, les populations ont longtemps vécu sans climatisation ni ventilation mécanique, en s’appuyant sur des architectures capables de capter le vent, de créer de l’ombre ou encore d’utiliser l’inertie des matériaux, c’est-à-dire leur capacité à stocker la chaleur le jour puis à l’évacuer la nuit lors de la baisse des températures.

Mais l’efficacité de ces systèmes ne tient pas uniquement à leur conception. Elle repose sur une gestion quotidienne. Les ouvertures, par exemple, ne sont pas réalisées au hasard. Elles sont gérées selon un cycle thermique déterminé. On limite les entrées d’air pendant les heures les plus chaudes, puis on ouvre en grand quand l’air redevient plus frais, notamment la nuit, pour purger la chaleur stockée.

Cette logique contraste avec certaines pratiques contemporaines. En effet, dans de nombreux bureaux climatisés aujourd’hui, les fenêtres restent fermées, car la régulation thermique est confiée presque entièrement à des systèmes mécaniques et électroniques. L’argument est le suivant : ouvrir les fenêtres est contre-productif si le système est en phase de climatisation, mais l’usager des bâtiments n’a que rarement la main sur ces systèmes.

Il faut aussi souligner que, dans les sociétés contemporaines équipées de climatisation, le confort est souvent défini comme une température intérieure stable et constante. Dans de nombreuses pratiques ancestrales, au contraire, le confort repose sur un équilibre plus dynamique : les habitants adaptent leurs comportements, leurs activités ou leur localisation pour maintenir des conditions supportables.

À Yazd, en Iran, les maisons traditionnelles combinent des dispositifs passifs comme les tours à vent, les murs épais et les espaces semi-ouverts, qui maintiennent naturellement des conditions plus fraîches. Mais ces dispositifs ne fonctionnent pas seuls. En milieu de journée, les pièces en étage exposées sont délaissées au profit des espaces plus massifs ou en contact avec le sol, comme les pièces basses ou les sous-sols. Les ouvertures donnant sur l’extérieur chaud sont fermées. Les espaces semi-ouverts ventilés, comme les loggias, sont utilisés en soirée ou la nuit pour dormir et se reposer.

Autrement dit, la performance du refroidissement passif résulte de l’interaction entre les bâtiments et les pratiques. C’est l’architecture qui va rendre certaines actions possibles (ombre, ventilation, inertie) ou impossibles, et ce sont les usages qui les mettront réellement en œuvre.

Des bâtiments innovants à Paris

À l’échelle des villes, la nécessité de solutions de refroidissement sobres en énergie se traduit de plus en plus en dispositifs concrets. À Paris, par exemple, la réponse à la chaleur associe plusieurs familles d’actions : solutions vertes (arbres, végétalisation), bleues (eau) et grises (matériaux, ombrage, aménagements bâtis) comme les « îlots frais » réalisés par Fraîcheur de Paris (société gestionnaire du réseau de froid parisien) en 2018 et 2019.

Dans ce cadre, certains équipements et bâtiments publics mobilisés en période de canicule s’appuient naturellement sur ces principes : ombrage extérieur, matériaux présentant une forte inertie thermique, ventilation et gestion du cycle jour/nuit. La climatisation est mobilisée, mais plutôt comme un filet de sécurité lorsque les conditions deviennent extrêmes. Autrement dit, le refroidissement passif hybride s’intègre déjà, de façon plus ou moins explicite, dans la manière dont une grande ville structure sa stratégie d’adaptation à la chaleur.

Un exemple concret à Paris est la médiathèque James-Baldwin (XIXᵉ), qui articule réhabilitation d’un ancien bâtiment et construction neuve en misant sur une logique de refroidissement passif hybride. On y retrouve ses trois grands principes : prévenir, stocker et dissiper.

  • Pour prévenir l’entrée de chaleur, le bâtiment multiplie les protections : brise-soleil orientables, coursive de bois en façade sud, résille en bois et végétalisation qui accentuent l’ombre et réduisent l’échauffement des parois.

  • Pour stocker sans surchauffer trop vite, la médiathèque tire parti du béton du bâtiment réhabilité, tout en ayant amélioré l’enveloppe au moyen d’une isolation thermique extérieure en fibre de bois.

  • Enfin, pour dissiper la chaleur, la clé réside dans la ventilation naturelle, en particulier nocturne pour purger la chaleur accumulée lorsque l’air extérieur redevient plus frais.

Le refroidissement, un système sociotechnique

Mais le refroidissement passif hybride ne se limite pas à l’ajout de brise-soleil ou de matériaux innovants. En effet, une ventilation nocturne ne produit son effet que si les ouvertures peuvent être utilisées dans des conditions acceptables de sécurité et de confort pour les occupants. Un dispositif d’ombrage n’est protecteur que s’il est correctement positionné et réellement utilisé. Un matériau de stockage n’est utile que si la dissipation ultérieure est assurée.

La performance ne réside donc pas uniquement dans la technologie, mais dans l’articulation entre dispositifs, pratiques et coordination entre concepteurs, gestionnaires et usagers des bâtiments.

À mesure que la chaleur devient un paramètre déterminant pour qualifier l’environnement urbain, le refroidissement ne peut plus être pensé comme un simple équipement individuel ajouté en fin de chaîne. Il doit être compris comme un système sociotechnique à part entière, où la conception architecturale, les principes physiques et l’organisation des usages forment un tout.

Autrement dit, il ne s’agit plus seulement de recourir à des machines pour obtenir un ajustement de température, mais d’organiser durablement la gestion de la chaleur dans les bâtiments.

Cela nécessitera aussi d’impliquer davantage les occupants, en adaptant concrètement l’usage des espaces :

  • éviter les pièces les plus exposées aux heures chaudes,

  • privilégier les zones qui restent naturellement plus fraîches, comme les pièces épaisses ou situées en partie basse,

  • et enfin, déplacer certaines activités selon les moments de la journée, par exemple réserver le repos aux heures les plus chaudes dans les pièces les plus fraîches, et reporter les tâches domestiques aux périodes plus tempérées, le matin ou en soirée.


Cet article a été développé et co-écrit avec Stanislav Mukhamedov, étudiant en école d’ingénieur à l’ESILV majeure EVD, dans le cadre de son travail de recherche sur l’adaptation des grandes métropoles aux vagues de chaleur.

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

ref. Comment faire face aux vagues de chaleur à Paris ? La piste du refroidissement passif hybride – https://theconversation.com/comment-faire-face-aux-vagues-de-chaleur-a-paris-la-piste-du-refroidissement-passif-hybride-279680

Qu’est-ce que le rafraîchissement passif ?

Source: The Conversation – in French – By Benjamin Brigaud, Professeur en géologie et géothermie, Université Paris-Saclay

Comment rendre la chaleur à l’intérieur des bâtiments plus tolérable ? On pense volontiers d’abord à la climatisation, mais d’autres approches, à la consommation d’énergie réduite, voire nulle, peuvent également être mobilisées. On parle alors de rafraîchissement passif.


Le rafraîchissement passif s’impose depuis plusieurs années. L’expression désigne l’ensemble des solutions permettant d’abaisser la température d’un bâtiment ou de limiter son réchauffement lors des saisons estivales ou des épisodes de fortes chaleurs, tout en ayant une consommation énergétique réduite, voire nulle.

Les épisodes de canicule, de plus en plus longs et fréquents du fait du changement climatique, nous rappellent que refroidir nos bâtiments n’est pas qu’un enjeu de confort, mais aussi un enjeu de santé publique pour les décennies à venir.

C’est particulièrement le cas dans les régions du globe où les températures dépassent régulièrement 40 °C, ou encore pour les personnes vulnérables comme les personnes âgées, les jeunes enfants ou les personnes malades. Le rafraîchissement peut également être tout simplement nécessaire pour des questions de confort thermique.

Climatiser, pour le meilleur ou pour le pire ?

À l’heure actuelle, le rafraîchissement des bâtiments repose aujourd’hui essentiellement sur l’usage des climatiseurs, qui présentent l’inconvénient d’être très énergivores.

La climatisation estivale d’un logement peut ainsi engendrer un surplus de consommation d’électricité de l’ordre de 15 %. Certes, l’impact carbone de cette consommation reste relativement limité en France, grâce à une production d’électricité bas carbone, mais ce n’est pas le cas dans de nombreux pays. À l’échelle mondiale, le refroidissement représentait 18,5 % de la consommation totale d’électricité du secteur du bâtiment en 2016, contre 13 % en 1990.

En plus de leur forte consommation énergétique, les climatiseurs présentent aussi l’inconvénient de rejeter de la chaleur à l’extérieur, contribuant à l’effet d’îlot de chaleur bien connu dans les villes. À titre d’exemple, à Paris, leur usage estival pourrait être responsable d’une augmentation allant jusqu’à 2 °C de la température extérieure dans certains quartiers.




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Les leviers principaux : aération, architecture et urbanisme

Dans ce contexte, les solutions consommant peu ou pas d’énergie (par définition, il s’agit des solutions de rafraîchissement passif) sont de plus en plus recherchées. Celles-ci comprennent une large gamme de pratiques et de dispositifs.

Il existe par exemple des pratiques très simples qui favorisent la ventilation naturelle, comme ouvrir les fenêtres au petit matin pour abaisser la température intérieure de quelques degrés, puis fermer les volets et fenêtres durant la journée afin de limiter les apports de chaleur. Ce premier niveau peut-être actionné facilement, même en l’absence de dispositifs spécifiques.

Les maisons traditionnelles de l’île de Santorin, en Grèce, sont un exemple d’architecture cycladique, avec des bâtiments blanchis à la chaux et une structure traversante (fenêtres sur deux faces opposées) afin de profiter du vent pour aérer et rafraîchir les pièces.
Pexels/Paulo Veloso

La conception architecturale peut également être optimisée afin d’améliorer la ventilation naturelle : par exemple, en orientant les constructions afin de limiter les obstacles à la circulation du vent, en tenant compte de la topographie du milieu (relief, plaine, colline…), ou encore de l’implantation des autres bâtiments alentours.

Il est ainsi possible d’opter pour des architectures favorisant la ventilation naturelle en s’inspirant des constructions traditionnelles, comme les bâtiments en U, ouverts sur les vents dominants, ou les cours intérieures ombragées, équipées de puits fonctionnant comme des cheminées évacuant l’air chaud.

Enfin, on peut réduire l’exposition directe au soleil, par exemple en concevant des rues étroites, comme à Masdar aux Émirats arabes unis.




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Le choix des matériaux et de la végétalisation

Certains matériaux de construction naturels, comme le calcaire (et, par extension, les enduits à la chaux) ou la vase, sédiment composé d’argile, régulent efficacement les températures. Ils absorbent l’eau lors des périodes humides ou fraîches (comme la nuit). Cette eau s’évapore pendant une partie de la journée lors de l’augmentation des températures, provoquant un effet de rafraîchissement diurne.

La végétalisation des zones urbaines participe également au rafraîchissement passif et lutte contre les îlots de chaleur. En effet, en plus de faire de l’ombre aux façades, les arbres rafraîchissent leur environnement grâce à l’évapotranspiration. L’eau émise lors de la transpiration des feuilles et son évaporation limitent ainsi l’échauffement de l’air environnant l’arbre.

Il est également possible d’agir sur les vitrages en travaillant les propriétés optiques des verres. Certains verres isolants filtrent des longueurs d’onde spécifiques dans l’infrarouge solaire tout en permettant l’évacuation du rayonnement infrarouge thermique émis par le bâtiment. Les vitrages dits « actifs », capables de modifier leur teinte au fil des saisons, peuvent grandement limiter le réchauffement des bâtiments en journée.

Tirer parti de la fraîcheur du sous-sol avec la géothermie

Une autre solution très efficace est de mobiliser la fraîcheur de notre sous-sol, autrement dit le potentiel géothermique de surface.

À quelques mètres de profondeur, sous les latitudes tempérées, la température du sous-sol reste stable autour de 12 °C toute l’année. Cette fraîcheur est exploitée depuis l’Antiquité avec la technique du puits climatique, aussi appelé « puits provençal », quand il s’agit de refroidir.

Schéma d’un puits climatique.
Ademe-BRGM

Le principe consiste à faire circuler vers l’habitation de l’air extérieur dans une canalisation enterrée entre 2 et 4 mètres de profondeur. L’hiver, l’air transporté se réchauffe de quelques degrés (le sol étant, à cette profondeur, plus chaud que l’air, car moins soumis aux écarts de températures jour/nuit). L’été, le sol reste plus frais : l’air transporté par la canalisation peut ensuite rafraîchir le bâtiment.

Une autre solution de rafraîchissement passif fondée sur la géothermie consiste à capter l’eau souterraine à 12 à 15 °C dans un puits vertical de quelques dizaines de mètres de profondeur, ou à installer dans un forage une sonde géothermique, constituée généralement d’un tube en U contenant un fluide caloporteur. Grâce à un échangeur thermique, la fraîcheur du sous-sol est alors directement transmise au réseau émetteur du bâtiment (plancher ou plafond rafraîchissant, radiateur à eau, ventilo-convecteur, centrale de traitement de l’air…), sans recourir à une pompe à chaleur géothermique. On parle alors de geocooling, ou géorafraîchissement.

Cette méthode est particulièrement performante, caractérisée par des coefficients de performance de 30 à 50. Autrement dit, pour 1 kilowattheure (kWh) consommé par la pompe de circulation, 30 à 50 kWh de fraîcheur peuvent être restitués.


Cet article est publié en partenariat avec la Délégation générale à la langue française et aux langues de France du ministère de la culture.

The Conversation

Benjamin Brigaud est également membre de l’Institut universitaire de France (IUF). Il a reçu divers financements publics, de l’Université Paris-Saclay, de l’Institut universitaire de France, de la région Ile-de-France et de l’Agence nationale de la recherche (ANR-22-EXSS-0011).

ref. Qu’est-ce que le rafraîchissement passif ? – https://theconversation.com/quest-ce-que-le-rafraichissement-passif-272210

Comment fonctionnent les climatiseurs et pompes à chaleur ? L’éclairage de la thermodynamique

Source: The Conversation – in French – By Alexandre Malley-Ernewein, Maître de Conférence au CETHIL (Centre d’Energétique et de Thermique de Lyon – UMR5008), Université Claude Bernard Lyon 1

De fortes chaleurs sont attendues sur la France dans le courant des prochains jours. Face à des étés toujours plus chauds, la climatisation est de plus en plus incontournable dans les commerces et les logis. Dans le même temps, les pompes à chaleur s’imposent pour chauffer de façon plus performante pendant la saison froide. Comment fonctionnent ces appareils ? Ils s’appuient en réalité sur les mêmes bases thermodynamiques. Mais attention : le changement climatique pourrait bien leur faire atteindre leurs limites physiques.


Après ceux de 2002 et de 2022, l’été 2025 a été le troisème été le plus chaud en France : deux vagues de chaleur l’ont marqué de par leur précocité, leur intensité et leur durée. Ainsi, l’été dernier a enregistré une anomalie thermique de + 1,9 °C (+ 3,3 °C pour juin).

En raison du changement climatique, et même lorsque nos sociétés auront atteint la neutralité carbone, la fréquence et l’intensité de ces épisodes de fortes chaleurs vont continuer à augmenter pendant plusieurs décennies. En conséquence, un sujet s’est imposé dans les discussions : la climatisation, en tant que moyen d’adaptation au changement climatique.




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Avant même de débattre de la pertinence d’installer des climatiseurs et de mesurer leurs impacts (énergétique, sonore, thermique), il faut comprendre comment fonctionnent ces équipements. Les climatiseurs (et plus généralement, les systèmes de refroidissement) sont la directe application des principes d’une branche des sciences physiques, la thermodynamique, dont l’objet est l’étude des transferts d’énergie – en particulier de chaleur.

Spontanément, un transfert de chaleur survient du milieu présentant la température la plus élevée (la source chaude) vers celui de la plus faible température (la source froide). Par exemple, quand la température extérieure est supérieure à celle d’un local, le transfert de chaleur se produit de l’extérieur vers l’intérieur par l’intermédiaire des parois du bâtiment.

Un système de climatisation permet d’effectuer l’opération inverse, grâce à un apport d’énergie externe : prélever de l’énergie de la source froide (l’intérieur) pour la transférer vers la source chaude (l’extérieur). Il est alors possible de refroidir l’intérieur en rejetant l’énergie à l’extérieur, même s’il y fait plus chaud. Le principe de fonctionnement d’une pompe à chaleur (PAC) est le même : un local peut-être chauffé en récupérant de l’énergie à l’extérieur, alors même qu’il y fait plus froid.

Pour comprendre comment tout cela est possible, il faut mobiliser les savoirs issus de la thermodynamique.

Le cycle frigorifique, au cœur des climatiseurs et pompes à chaleur

Pour opérer ce transfert d’énergie, on tire parti des propriétés d’un fluide dit « frigorigène ». Ces derniers ont la particularité de pouvoir changer d’état, c’est-à-dire de passer d’une phase liquide à gazeuse et inversement. C’est souvent cette caractéristique qui sera utilisée pour extraire la chaleur.

On parle de « cycle frigorifique » pour décrire les quatre transformations successives qui sont permises par l’utilisation d’un climatiseur ou d’une pompe à chaleur.

Ces transformations peuvent être représentées sur un diagramme enthalpique, aussi appelé « diagramme de Mollier ». L’enthalpie est une grandeur physique souvent utilisée en thermodynamique. Elle peut être envisagée comme un potentiel énergétique qui inclut à la fois les énergies thermique (chaleur) et mécanique, en lien avec des variations de pression et de volume du système.

Schéma d’un diagramme de Mollier, avec les zones d’états et une isotherme (le long de celle-ci, la température est constante).
Fourni par l’auteur

Cette représentation peut sembler complexe à première vue, mais elle permet de visualiser rapidement l’évolution du fluide frigorigène et, en particulier, ses changements d’état. Elle présente la pression du fluide en ordonnée et son enthalpie en abscisse.

Ce diagramme est divisé en trois parties par la « cloche » qui est en son centre, nommée « courbe de saturation ». Celle-ci indique la limite entre différents états du fluide : à droite, le fluide à l’état de vapeur et, à gauche, le fluide sous forme de liquide. La zone située sous la courbe correspond à l’état de mélange liquide-vapeur du fluide.

Ce diagramme sert à représenter les transformations du cycle frigorifique, comme le montre le schéma ci-dessous.

Schéma d’un diagramme de Mollier, avec représentation des quatre transformations d’un cycle frigorifique simple.
Fourni par l’auteur

Les étapes sont les suivantes :

  • 1 à 2 : le fluide frigorigène est à l’état de vapeur ; il est comprimé, ce qui fait augmenter sa pression et sa température ainsi que son enthalpie. C’est le seul apport d’énergie du cycle. Celle-ci est sous forme d’énergie mécanique, produite par un compresseur, qui lui-même consomme de l’électricité.

  • 2 à 3 : le fluide, toujours à l’état de vapeur, mais à haute pression et haute température, traverse alors un échangeur de chaleur, dans lequel il va céder de l’énergie thermique à la source chaude (pour un climatiseur, l’air extérieur, pour une PAC en hiver, l’air intérieur), celle-ci étant nécessairement à une température plus basse que celle du fluide. Cet échangeur est appelé « condenseur », car ce refroidissement provoque la condensation de la vapeur qui devient liquide. L’enthalpie du fluide diminue alors.

  • 3 à 4 : le fluide traverse un détendeur, où un changement de section de la conduite fait baisser la pression.

  • 4 à 1 : le fluide, désormais majoritairement liquide, à basse pression et basse température, traverse un échangeur où il reçoit de la chaleur de la source froide (pour un climatiseur, l’air intérieur, pour une PAC en hiver, l’air extérieur), son enthalpie augmente. Cet échangeur est appelé « évaporateur », car le fluide frigorigène y passe de l’état liquide à celui de vapeur.

Le cycle frigorifique permet de, simultanément, refroidir et réchauffer les températures de deux milieux, par exemple intérieur et extérieur, en transférant de l’énergie de l’un à l’autre.
MakiZen, CC BY-NC-SA

Ces transformations peuvent sembler contre-intuitives, car le fluide frigorigène cède de la chaleur majoritairement sans changer de température, mais en changeant d’état. C’est la différence entre chaleur sensible – liée à un changement de température – et chaleur latente – liée à un changement d’état de la matière.

Le cycle est entretenu tant qu’il y a un besoin de transférer de la chaleur de la source froide à la source chaude, grâce au fonctionnement du compresseur qui met le fluide en mouvement.

Les « splits » extérieurs des pompes à chaleur et climatiseurs font désormais partie des paysages urbains.
Joost J. Bakker/Flickr, CC BY-NC

Lorsqu’un climatiseur est utilisé pour rafraîchir un local, le condenseur est placé à l’extérieur (le « split » extérieur) et l’évaporateur à l’intérieur (la « cassette »).

Dans le cas d’un système réversible, capable de chauffer en hiver et de refroidir en été, les échangeurs changent de rôle en fonction des saisons, à l’aide d’une vanne 4 voies.

Des systèmes poussés à leurs limites physiques par le changement climatique

Une des principales limites des climatiseurs réside dans leur principe même : leurs performances dépendent des caractéristiques du fluide frigorigène, mais aussi fortement des températures des sources froide et chaude.

Par exemple, l’énergie nécessaire à la compression augmente avec l’écart entre les températures des sources. Le coefficient de performance (COP), c’est-à-dire le rapport entre la chaleur extraite à l’évaporateur et l’électricité consommée, va alors baisser en proportion. C’est d’ailleurs pour cela que la consommation des pompes à chaleur, en hiver, augmente lorsque les températures extérieures diminues. Elles sont parfois munies, pour compenser la baisse du COP lors de températures extérieures très basses, de résistances électriques pour fournir un chauffage d’appoint.

En outre, un fluide frigorigène a des caractéristiques fixes, notamment l’enthalpie de changement d’état (et, en particulier, celle pour passer de l’état liquide à gazeux, que l’on appelle souvent « chaleur latente de vaporisation »), qui dépend de la pression et de la température. Si la température de la source chaude augmente, il ne sera peut-être pas possible de comprimer indéfiniment le fluide pour pouvoir lui céder de la chaleur. Autrement dit, on peut atteindre les limites physiques du cycle frigorifique pour le fluide utilisé.

Or, en France, avec le changement climatique, la température extérieure – la source chaude – va continuer à augmenter en été. Ainsi, un climatiseur installé en 2000 ou en 2020 ne sera pas nécessairement toujours capable de refroidir en 2035.

Par ailleurs, ces fluides ont un pouvoir de réchauffement bien supérieur à celui du CO₂, ce qui questionne leur usage en raison du risque de fuites. C’est pourquoi une réglementation de plus en plus contraignante s’applique à ces produits.

Des risques de « maladaptation » pour les villes

Dans ce contexte, deux problématiques vont se poser pour les villes : l’augmentation de la consommation électrique lors des périodes estivales et celle, locale, de la température dans les zones urbaines due au rejet de chaleur des climatiseurs.

Une étude de 2024 fondée sur des simulations numériques a ainsi montré, pour la ville de Toulouse (Haute-Garonne), que la généralisation de l’usage de la climatisation entraînerait une augmentation de la consommation énergétique en période estivale de 54 %. Si ces climatiseurs sont réversibles et peuvent assurer le chauffage en hiver, en fonctionnant comme une PAC, l’économie d’énergie sur l’année serait de l’ordre de 32 %, car ils ont un meilleur rendement que les chaudières et radiateurs qu’ils remplaceraient.

En 2012 déjà, d’autres simulations numériques montraient que, à Paris, l’augmentation locale de température due au rejet de chaleur pouvait atteindre 2 °C pendant une période de canicule similaire à celle de 2003. Ce résultat est toutefois à nuancer, car le modèle utilisé comporte des simplifications dans la représentation des phénomènes physiques. Ceci appelle à des études complémentaires.

Si les climatiseurs permettent d’évacuer la chaleur de nos lieux de vie, le changement climatique va exacerber leurs limites. Leur généralisation dans nos sociétés nous demande d’étudier leurs impacts sur nos environnements.

Dans tous les cas, elles ne sauraient être l’unique solution qui permettra d’assurer des conditions vivables, en particulier pour les publics les plus vulnérables (par exemple, personnes âgées, jeunes enfants, personnes malades).




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The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

ref. Comment fonctionnent les climatiseurs et pompes à chaleur ? L’éclairage de la thermodynamique – https://theconversation.com/comment-fonctionnent-les-climatiseurs-et-pompes-a-chaleur-leclairage-de-la-thermodynamique-273417

Coupe du monde de football : quel échange culturel dans l’Amérique de Trump ?

Source: The Conversation – in French – By Chuka Onwumechili, Professor of Communications, Howard University

La Coupe du monde masculine de football la plus multiculturelle de l’histoire se déroule aux États-Unis, à un moment où les ressortissants étrangers se sentent de moins en moins les bienvenus dans le pays.

La compétition de 2026 débutera le 11 juin avec des matchs au Canada, au Mexique et aux États-Unis. Les États-Unis accueilleront de loin le plus grand nombre de matchs, y compris la finale. Le Mondial 2026 accueillera également le plus grand nombre d’équipes participantes de l’histoire : 48.

Au cours de son histoire longue de près d’un siècle, la compétition est restée l’événement sportif par excellence, attirant le plus grand nombre de voyageurs. Certains dépensent des sommes colossales de leurs économies personnelles pour assister aux matchs et encourager leur pays et leurs équipes favorites.

Organisée tous les quatre ans, la Coupe du monde de la Fédération internationale de football association (FIFA) est un événement sportif majeur qui constitue une formidable occasion de rencontres et d’échanges culturels.

La Coupe du monde 2022 au Qatar a attiré 1,4 million de visiteurs dans un pays qui compte un peu plus de 2 millions d’habitants. Le nombre de voyageurs pour la Coupe du monde 2026 devrait chuter à 1,2 million, en partie à cause des mesures menées par l’Immigration and Customs Services (ICE), l’agence américaine chargée de l’application des lois sur l’immigration et les douanes (ICE). Ce chiffre reste néanmoins significatif.

En tant que professeur de communication interculturelle, fort de plusieurs décennies de recherche sur les liens entre culture et communication, je trouve la Coupe du monde particulièrement fascinante. L’afflux de voyageurs venus des quatre coins du monde crée des échanges culturels et humains d’une ampleur considérable.

La communication interculturelle naît lorsque des personnes ayant des croyances, des valeurs et des normes différentes entrent en contact. Les théoriciens de la communication culturelle décrivent ces échanges sur une courte période comme les premières étapes de l’acculturation, appelées phase de lune de miel.

Il s’agit d’une étape importante de la rencontre culturelle qui contribue à favoriser le bien-être social et l’apprentissage. Elle atténue l’anxiété dans un environnement culturel différent. Ces rencontres vont au-delà des stades qui accueilleront les matchs. Elles se produisent notamment dans les commerces de quartier, les transports, les bars et les hôtels. Même pour ceux qui suivent la compétition à distance.

Les matchs sur le terrain ont le pouvoir de transcender les questions politiques du moment et de créer une unité culturelle.

Football et échanges culturels

Les rencontres culturelles lors des précédentes Coupes du monde ont conduit à la diffusion de la culture des supporters à travers le monde. On peut penser à la célèbre « vague » dans les stades ou à l’utilisation de la vuvuzela, cette trompette en plastique colorée.

La vague consiste pour des groupes de supporters à se lever dans les gradins à tour de rôle, créant un mouvement spectaculaire devenu populaire dans le monde entier. Elle se serait répandue dans la plupart des pays du monde après les magnifiques scènes de « vague » observées lors de la Coupe du monde 1986 au Mexique.

Lors de la Coupe du monde 2010, une tradition sud-africaine consistant à souffler dans la vuvuzela s’est répandue dans le reste du monde. Des tentatives énergiques ont été faites pour la réprimer en raison du bruit qu’elle occasionnait. Mais quelques supporters ont perpétué la tradition.




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Les échanges culturels restent un aspect essentiel de la Coupe du monde. L’édition 2026 ne fera pas exception. Si la plupart des reportages médiatiques se concentrent sur les échanges spectaculaires comme la vague et la vuvuzela, d’autres ont lieu au niveau interpersonnel et au sein de petits groupes. Ces échanges peuvent être tout aussi durables. Ils favorisent des amitiés, l’apprentissage culturel et la lutte contre la haine culturelle et les stéréotypes.

Comment cela fonctionnera-t-il aux États-Unis ?

Les États-Unis constituent un lieu propice à de tels échanges culturels. Le pays a historiquement accueilli le plus grand nombre de migrants au monde et les interactions qui en ont résulté ont eu un impact culturel indélébile sur plusieurs générations. On trouve, par exemple, une importante population asiatique dans le nord-ouest du pays et une importante population mexicaine dans le sud.

Pourtant, en 2026, les États-Unis ont créé une situation peu accueillante pour les voyageurs potentiels. Les raids de l’ICE contre des populations migrantes présumées ont occupé l’actualité pendant des mois. Cela a eu des répercussions sur les chiffres.




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Les réservations d’hôtels sont bien en deçà des prévisions dans les 11 villes hôtes américaines. Un rapport affirme que le rythme des réservations est « inférieur aux attentes, même comparé à un mois de juin ou de juillet ordinaire sans événement majeur ». Human Rights Watch a exhorté la FIFA à faire pression sur le gouvernement américain pour qu’il instaure une « trêve ICE » pendant la compétition.

Un voyage coûteux

Les supporters qui espèrent assister à la Coupe du monde seraient également préoccupés par les prix des billets et des transports. Récemment, la plateforme de revente de la FIFA a mis en vente « quatre billets pour la finale au prix de 2,3 millions de dollars chacun ». Bien que la FIFA ne contrôle pas les prix sur son site de revente, elle prélève 15 % des frais d’achat à l’acheteur et 15 % au vendeur. Ainsi, la FIFA empocherait 690 000 dollars si un seul de ces billets se vendait à ce prix. C’est une somme astronomique pour un match de football.

Le président de la FIFA, Gianni Infantino, a justifié le coût élevé des billets en affirmant que ces prix reflètent le coût du marché américain. Pourtant, ces prix sont près de cinq fois plus élevés que lors de la dernière Coupe du monde au Qatar.

Dans le New Jersey, les responsables du réseau de transport ont finalement fixé le prix du trajet aller-retour en train à 105 dollars américains, suite à un tollé général. Une première proposition prévoyait un tarif de 150 dollars. Ce trajet coûte normalement 18 dollars.

Ces coûts élevés et les contrôles d’immigration très stricts liés à la participation à la Coupe du monde aux États-Unis sont probablement responsables de la baisse des réservations d’hôtels.

Diffusions mondiales

La diffusion mondiale des matchs suscite également des inquiétudes. La Chine et l’Inde, les deux pays les plus peuplés de la Coupe du monde, n’atteignent peut-être pas souvent les phases finales, mais ce sont des spectateurs assidus des matchs. Aucun des deux pays n’y a accès, car la FIFA n’a pas encore conclu d’accords de diffusion télévisée et numérique avec les fournisseurs de ces pays.

Lors de la Coupe du monde 2022, ces deux pays auraient représenté 22,6 % de l’audience télévisée mondiale totale. À elle seule, la Chine représentait 49,8 % des heures de visionnage sur les plateformes numériques et les réseaux sociaux. Le litige porte sur les sommes colossales exigées par la FIFA pour les droits de diffusion.




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La Coupe du monde offre des échanges culturels même à ceux qui la regardent depuis chez eux dans différentes parties du monde. Bien que cela ne soit pas aussi efficace que l’apprentissage culturel par le biais de contacts physiques, il existe tout de même des opportunités d’apprentissage, selon l’angle sous lequel les médias choisissent de couvrir l’événement.

La Coupe du monde masculine, qui fêtera ses 100 ans en 2030 et sera co-organisée par un pays africain (le Maroc), reste un événement clé pour favoriser la compréhension et les échanges culturels. Si la Coupe du monde 2026 continuera de porter cette vocation, elle a aussi révélé qu’elle peut être source de divisions.

The Conversation

Chuka Onwumechili does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

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