Voici pourquoi le Canada doit transformer son système de soins de longue durée

Source: The Conversation – in French – By Denise Suzanne Cloutier, Professor, Health Geography and Social Gerontology, University of Victoria

Si la plupart des personnes âgées pourront « vieillir à domicile », chez elles et en relativement bonne santé, environ 8 % d’entre elles auront besoin de soins de longue durée. (Unsplash), CC BY-NC-ND

Comme les Canadiens vivent plus longtemps que jamais, la question de savoir qui prendra soin d’eux et dans quelles conditions lorsqu’ils ne seront plus en mesure de le faire constitue l’un des enjeux les plus pressants du pays.

Selon les données du recensement de 2021, la population de 85 ans et plus, ainsi que celle de 100 ans et plus, connaissent une croissance beaucoup plus rapide que les autres groupes d’âge.

Or, plus nous vivons vieux, plus nous risquons de souffrir de maladies chroniques multiples et complexes telles que l’hypertension, l’arthrose, les maladies cardiaques, l’ostéoporose, les maladies pulmonaires chroniques, le diabète, le cancer et la démence.


Cet article fait partie de notre série La Révolution grise. La Conversation vous propose d’analyser sous toutes ses facettes l’impact du vieillissement de l’imposante cohorte des boomers sur notre société, qu’ils transforment depuis leur venue au monde. Manières de se loger, de travailler, de consommer la culture, de s’alimenter, de voyager, de se soigner, de vivre… découvrez avec nous les bouleversements en cours, et à venir.


Si la plupart des personnes âgées pourront « vieillir à domicile », chez elles et en relativement bonne santé, environ 8 % d’entre elles, soit 528 000 personnes, auront besoin de soins spécialisés dispensés dans des établissements de soins de longue durée (ESLD) ou des établissements d’hébergement.

C’est particulièrement vrai si elles souffrent d’une maladie, d’un handicap ou d’une blessure, et si les soins à domicile et le soutien familial sont limités.

Le personnel soignant des ESLD sous pression

Environ 14 % du personnel de santé canadien, soit plus de 50 000 personnes, travaille dans les soins de longue durée. Ce chiffre ne tient pas compte de l’ensemble des membres de l’équipe soignante, mais uniquement de ceux qui passent le plus de temps à prodiguer des soins aux résidents.

Les préposés aux bénéficiaires, les infirmières auxiliaires, les infirmières autorisées, les infirmières praticiennes ainsi que les ergothérapeutes et physiothérapeutes sont compris dans cette catégorie. Plusieurs sont des femmes issues de la diversité raciale. Elles sont nombreuses à se sentir dépassées et ignorées.

Prendre soin des soignants

C’est une idée reçue, mais toujours d’actualité, que la pandémie a mis en lumière les défis auxquels sont confrontés les établissements de soins de longue durée, notamment la tendance croissante à la privatisation et la rigidité des structures organisationnelles hiérarchiques.

Selon l’Institut canadien d’information sur la santé, le nombre d’infirmières auxiliaires, d’infirmières autorisées et d’ergothérapeutes a respectivement diminué de 6,1 %, 2,1 % et 9,1 % en 2023. Malgré ces conditions, le personnel des SLD est connu pour aller au-delà de ses obligations dans la prestation des soins.

La même année, une consultation gouvernementale visant à élaborer des normes nationales en matière de qualité des soins et de sécurité dans les établissements de soins de longue durée a révélé que les infirmières auxiliaires, les aides-soignants et les professionnels paramédicaux réclamaient des mesures concernant leurs conditions de travail. Ils soulignaient notamment l’importance de la stabilité de l’emploi, de salaires équitables, de formations, de possibilités d’avancement, de charges de travail raisonnables et de limites aux heures supplémentaires obligatoires, afin de soutenir leur santé, leur bien-être et leur satisfaction au travail.

La sociologue Pat Armstrong, experte canadienne dans le domaine de la transformation des soins aux personnes âgées, a affirmé : « Les conditions de travail sont les conditions de soins. » Cette déclaration met en lumière la relation entre les travailleurs et l’environnement de SLD dans lequel ils évoluent en ce qui concerne les soins prodigués aux résidents.

Ces paroles révèlent une réalité crue : si cette relation n’est pas prise en compte de manière adéquate, la qualité des soins se trouve compromise.

Un nouveau modèle pour vieillir dans la dignité

Les coûts liés à la prestation de soins de longue durée dans les grands établissements méritent d’être examinés de plus près.

Selon le Conference Board du Canada, il faudra 199 000 lits supplémentaires en soins de longue durée de 2018 à 2035, ce qui nécessitera un investissement de 64 milliards de dollars en capital et de 130 milliards de dollars en dépenses de fonctionnement.

Un sondage mené en 2021 par Ipsos auprès d’environ 2 000 Canadiens et rapporté par l’Association médicale canadienne a révélé que 97 % des personnes âgées de 65 ans et plus s’inquiètent de l’état du système de soins de longue durée au Canada. Plus de 95 % d’entre elles ont également déclaré qu’elles feraient tout leur possible pour éviter d’emménager dans un établissement de soins de longue durée.


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Les personnes âgées souhaitent rester chez elles le plus longtemps possible. Mais ce n’est pas toujours envisageable. Pour répondre à ce besoin, un mouvement mondial en pleine croissance préconise l’élaboration d’environnements plus petits, moins institutionnels et plus familiaux, comme des communautés pour les personnes atteintes de démence, afin de bien prendre soin des personnes âgées.

Ces nouveaux modèles se développent partout au Canada, sur la base du concept De Hogeweyk, conçu aux Pays-Bas dans les années 1990, avec la création d’un premier village en 2009. Ces villages offrent un cadre favorisant les interactions sociales et la participation à la vie quotidienne. Ils donnent accès à des espaces extérieurs et à des jardins, et aident les personnes à conserver leur dignité et leur autonomie aussi longtemps que possible.

Pour les gens atteints de démence et les personnes âgées qui souhaitent rester chez elles le plus longtemps possible, cela constitue une lueur d’espoir.

De nombreuses données montrent que ces milieux inclusifs, adaptés aux personnes âgées et offrant une atmosphère familiale, procurent aux résidents un sentiment accru de confort, de contrôle et d’autonomie. Ils fournissent également un environnement dans lequel les membres du personnel soignant peuvent s’épanouir et accomplir un travail significatif qui améliore leur vie et celle des personnes dont ils s’occupent au quotidien.

La création de lieux favorisant de bonnes conditions de soin – qualité de vie des résidents et des employés, reconnaissance, respect et rémunération adéquate du travail de soin dans tous les secteurs, possibilités de formation et d’avancement professionnel – encouragera les travailleurs à rester dans le secteur et incitera les nouveaux diplômés en soins de santé à considérer les soins de longue durée comme un choix de carrière viable et gratifiant.

Pour garantir la dignité des personnes âgées, le Canada doit envisager le travail de soin comme une infrastructure essentielle.

La Conversation Canada

Denise Suzanne Cloutier fait partie du projet collaboratif C.A.R.I.N.G Dementia Collaborative financé par l’université de Victoria, dans le cadre de l’initiative Aspiration 2030.

ref. Voici pourquoi le Canada doit transformer son système de soins de longue durée – https://theconversation.com/voici-pourquoi-le-canada-doit-transformer-son-systeme-de-soins-de-longue-duree-271063

Un produit biodégradable permet d’éliminer les pesticides et de préserver la fraîcheur des fruits

Source: The Conversation – in French – By Tianxi Yang, Assistant Professor, Food Science, University of British Columbia

Ce produit élimine les pesticides des aliments tout en préservant leur fraîcheur, ce qui incite à les consommer. (Unsplash/Melissa Askew)

De nombreuses personnes rincent et sèchent les fruits et légumes en rentrant des courses dans l’espoir qu’ils resteront frais jusqu’au moment de les manger. Mais les produits frais sont fragiles. Les raisins flétrissent, les tranches de pomme brunissent et les baies peuvent se gâter rapidement.

Les consommateurs peuvent également s’inquiéter de ce qui se trouve sur les fruits qu’ils achètent, notamment les résidus de pesticides.

La propreté et la fraîcheur sont généralement considérées comme deux aspects nécessitant des traitements distincts. Laver les aliments est un geste simple qui donne le sentiment d’avoir du contrôle. Mais c’est plus complexe qu’il n’y paraît.

Aux États-Unis, la Food and Drug Administration recommande de rincer les fruits et légumes à l’eau courante et précise que l’emploi de savon, de détergent ou de produits de lavage commerciaux n’est pas conseillée. L’eau est bel et bien utile, mais elle ne résout pas tous les problèmes.

Notre récente étude indique qu’il est possible d’allier nettoyage et fraîcheur. Nous avons mis au point un produit biodégradable à double fonction : il élimine les résidus de pesticides à la surface des fruits et forme une fine pellicule protectrice qui prolonge leur fraîcheur.




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Il est essentiel d’agir au bon moment. Chaque année, environ un quart des fruits et légumes sont perdus ou gaspillés dans le monde. Pour les produits frais, dont la qualité peut se dégrader rapidement lors du transport, du stockage ou de leur utilisation à la maison, de modestes améliorations apportées après la récolte peuvent changer la donne.

Que contient-il et comment fonctionne-t-il ?

Tianxi Yang, professeure en science des aliments, explique le fonctionnement de ce produit biodégradable. (UBC).

Le produit mis au point dans le cadre de notre étude est constitué de nanoparticules d’amidon, d’acide tannique et de fer. L’amidon est une matière d’origine végétale souvent utilisée en science des aliments, car il peut former un film. L’acide tannique est un composé végétal présent dans de nombreux aliments et plantes. Et le fer permet de lier l’acide tannique afin de former un réseau délicat à la surface des particules d’amidon.

En termes simples, l’amidon sert de base, l’acide tannique apporte des composés végétaux bénéfiques et le fer aide à maintenir la structure. Lors du rinçage, cette structure peut interagir avec des molécules de pesticide qu’on trouve à la surface des fruits et contribuer à les éliminer.

Une fois l’aliment immergé, le produit forme une fine couche protectrice. Il ne s’agit pas d’un épais enrobage comme ceux en cire, mais plutôt d’une fine pellicule qui permet de ralentir la perte d’eau et de préserver l’aspect du fruit. C’est important, car les gens décident souvent de manger ou de jeter un fruit en fonction de son apparence et de sa texture.

Élimination des résidus de pesticides

Notre produit offre d’excellents résultats en termes de nettoyage. Il a éliminé plus de 85 % du thiabendazole sur la surface des pommes, contre 48 % pour l’eau du robinet, 65 % pour le bicarbonate de soude et 61 % pour l’amidon naturel.

Le thiabendazole est un fongicide utilisé sur certains fruits et légumes frais comme traitement post-récolte. Nous avons également fait des tests avec deux autres pesticides. Notre produit a permis d’éliminer 93 % des résidus d’acétamipride et 89 % de l’imidaclopride présents à la surface des pommes. Ces résultats donnent à penser que notre solution peut être efficace contre plusieurs types de résidus de pesticides et pas seulement contre un composé spécifique.

Cependant, il faut garder à l’esprit que l’étude s’est concentrée sur les résidus qui se trouvent à la surface des aliments. Certains pesticides peuvent pénétrer dans les tissus végétaux pendant la croissance du fruit, ce qui les rend beaucoup plus difficiles à éliminer après la récolte.

On ne doit pas attendre d’un bon produit de lavage qu’il enlève toute trace de pesticides. Il sert principalement à réduire les résidus présents à la surface des fruits et des légumes.

Prolonger la fraîcheur

un morceau de raisin et une tranche de pomme à différents stades de décomposition
Les raisins et les pommes trempés dans la solution de lavage de l’UBC se sont moins desséchés et ont bruni plus lentement que les échantillons non traités.
(Tianxi Yang/UBC Media Relations)

La deuxième partie de notre étude portait sur la fraîcheur. En 15 jours, les raisins non traités ont perdu environ 45 % de leur poids, tandis que ceux lavés avec notre produit n’en ont perdu que 21 %. Les pommes fraîchement coupées ont également perdu moins de poids en 48 heures, soit 9 %, contre 17 % pour les échantillons non traités.

Ces changements peuvent influencer les choix des consommateurs. Les raisins traités semblaient plus frais après stockage et les tranches de pomme conservaient leur couleur claire plus longtemps. De tels résultats ont une importance en dehors du laboratoire, car les consommateurs préfèrent des fruits et légumes qui ne sont ni flétris ni brunis.


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La pellicule a également démontré sa capacité à ralentir l’oxydation et à inhiber une bactérie testée en laboratoire. Cela ne signifie pas que le produit a passé avec succès tous les tests de sécurité requis pour être commercialisé, mais cela indique qu’il pourrait avoir une action plus profonde que de simplement recouvrir la surface de l’aliment.

Et cela donne quoi, en pratique ?

Pour l’instant, notre solution semble plus adaptée aux installations de transformation post-récolte qu’aux cuisines des particuliers. Ces installations sont en effet mieux à même de contrôler la durée du lavage, la concentration du produit, la gestion de l’eau et l’évacuation des eaux usées que les ménages. Nous avons estimé que le coût des matières premières était inférieur à 0,032 dollar américain par pomme. Parallèlement, nous travaillons à la mise au point d’une formule en vaporisation destinée à un usage domestique.

Nous avons encore du travail à faire. Notre produit doit être testé sur un plus grand nombre de fruits et de légumes, dans des conditions commerciales et en suivant l’ensemble des étapes réglementaires requises avant sa mise en œuvre.

Le concept n’en demeure pas moins utile, car il aborde le problème sous un angle nouveau. Un produit de lavage ne doit pas se limiter à permettre un simple rinçage. Tout en offrant un meilleur nettoyage, il doit avoir un effet continu, afin de préserver la fraîcheur des aliments et de les rendre plus appétissants.

La Conversation Canada

Les travaux évoqués dans cet article ont bénéficié d’un financement du Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada (CRSNG).

Ling Guo et Tzu-Cheng (Ivy) Chiu ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur poste universitaire.

ref. Un produit biodégradable permet d’éliminer les pesticides et de préserver la fraîcheur des fruits – https://theconversation.com/un-produit-biodegradable-permet-deliminer-les-pesticides-et-de-preserver-la-fraicheur-des-fruits-283014

Objetivo prioritario: detener el ébola y evitar que los sistemas de salud colapsen a su alrededor

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Raúl Rivas González, Catedrático de Microbiología. Miembro de la Sociedad Española de Microbiología, Universidad de Salamanca

Traslado de una víctima de la epidemia de ébola en la República Democrática del Congo. RTVE

El ébola sigue sin dar tregua. En la República Democrática del Congo ya ha provocado en pocas semanas uno de los brotes más grandes jamás registrados, con al menos 1 077 casos sospechosos y 246 muertes asociadas.

Evitar el colapso sanitario

Más allá de detener al virus, ahora mismo el objetivo principal debe de ser evitar que colapse el sistema sanitario de la región, lo cual provocaría un desastre sin precedentes. En el brote de ébola en África Occidental ocurrido entre 2014 y 2016, que provocó más de 28 000 casos notificados y más de 11 000 muertes, murieron más personas por malaria debido al colapso del sistema de salud que por el propio ébola. Así, en Guinea, los casos de malaria no tratados o tratados de forma inadecuada provocaron un exceso de mortalidad, dificultando a su vez la respuesta contra el propio virus del Ébola.

De hecho, en 2015, los Centros para el Control y Prevención de Enfermedades de Estados Unidos (CDC) estimaron que una reducción del 50 % en el acceso a los servicios sanitarios durante el brote de ébola exacerbó significativamente las tasas de mortalidad por malaria, VIH/sida y tuberculosis. Debemos tener en cuenta que la República Democrática del Congo registra el segundo mayor número de casos y muertes por malaria a nivel mundial, y que la enfermedad sigue siendo la principal causa de morbilidad y mortalidad en el país, con 35,1 millones de casos y 24 880 muertes en 2024.

Consecuencias en toda la región

El impacto, más allá de la alta mortalidad, también puede ser económico. La epidemia de ébola de 2014 se propagó a varios países africanos con recursos limitados, causando una importante carga financiera a sus sistemas de salud y afectando a la economía en su conjunto. Se ha estimado una pérdida de aproximadamente 32 600 millones de dólares en dos años en la región de África Occidental, lo que equivale al 3,3 % del producto interior bruto (PIB) regional.

Por desgracia, la República Democrática del Congo es propensa a sufrir epidemias recurrentes, como el cólera, el sarampión y la fiebre amarilla, que requieren asistencia de emergencia. En estos momentos, los centros de salud no funcionan u operan con graves limitaciones debido a la inseguridad en muchas zonas afectadas. Cuando los centros sanitarios no están disponibles, se destruyen los sistemas de alerta temprana para cualquier otra amenaza infecciosa.

Sin duda, si los sistemas sanitarios de este país llegaran a colapsar por completo debido a la actual crisis provocada por el ébola Bundibugyo, las consecuencias serían devastadoras no solo para el país, sino para toda la región de África Central: los centros sanitarios dejarían de atender partos, cesáreas de emergencia o los casos de malaria, mpox, cólera, sarampión, VIH y tuberculosis, entre otros.

Otras infecciones que hacen estragos

Para ser conscientes de las dimensiones, baste mencionar que en la República Democrática del Congo, en lo que va de 2026, se han notificado 25 418 casos sospechosos de cólera y 726 fallecimientos (tasa de letalidad del 2,86 %) en 12 de las 26 provincias del país. En 2025 se notificaron 71 646 casos y 2 028 fallecimientos.

Además, este país continúa siendo uno de los epicentros mundiales de la mpox. Desde principios de 2026, las autoridades han reportado 1 036 casos y una muerte, mientras que en 2025 fueron registrados más de 21 000 casos y casi 100 muertes. La falta de acceso a servicios de salud reproductiva torpedea los avances en la prevención de la transmisión de madre a hijo de enfermedades como el VIH y la sífilis.

Y por si fuera poco, el miedo al ébola puede provocar la suspensión de campañas de vacunación, porque el pánico al contagio y la falta de personal paralizarían las inmunizaciones infantiles, abriendo la puerta a brotes masivos de otras enfermedades prevenibles. Es el caso del sarampión, que sigue representando una grave amenaza para la salud pública en la República Democrática del Congo. Este año, se han notificado un total de 71 023 casos y 683 fallecimientos.

De momento, el núcleo de la crisis de ébola son las provincias de Ituri y Kivu del Norte, que comparten fronteras muy activas comercialmente y experimentan constantes movimientos de población debido al conflicto armado. Un colapso en la República Democrática del Congo podría facilitar que el virus viajara de forma masiva a Ruanda, Burundi, Tanzania, Sudán del Sur y Uganda, convirtiéndose en una catástrofe regional. Por eso, para intentar contener la propagación de la enfermedad, Uganda ha cerrado su frontera con la República Democrática del Congo.

Hambre, inseguridad, violencia…

Organizaciones como el Programa Mundial de Alimentos advierten que la crisis provocada por el ébola agrava la falta de comida. Un colapso total paralizaría los mercados, el transporte y la ayuda humanitaria, empeorando la desnutrición.

A esto hay que añadir que, históricamente, los brotes de ébola generan teorías conspirativas y choques entre la población civil y las autoridades, provocando ataques a centros de salud que debilitan aún más la seguridad en una zona ya muy golpeada por los conflictos armados. Por otra parte, la experiencia en crisis precedentes ha enseñado que el colapso de los mecanismos de protección básicos significa un aumento masivo de la violencia contra las mujeres y las niñas.

En escenarios de conflicto e inseguridad combinados con brotes de alto impacto como el ébola, el exceso de muertes causado por la falta de atención a la malaria, el sarampión, la tuberculosis y otras infecciones suele ser numéricamente muy superior a las muertes causadas por el virus del ébola en sí. El tejido sanitario tarda años, y a veces décadas, en recuperar los niveles de control previos a la crisis.

Desde luego, el colapso del sistema sanitario transformaría un brote difícil y complejo en una crisis humanitaria fuera de control. Es obligatorio evitar que ocurra.

The Conversation

Raúl Rivas González no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

ref. Objetivo prioritario: detener el ébola y evitar que los sistemas de salud colapsen a su alrededor – https://theconversation.com/objetivo-prioritario-detener-el-ebola-y-evitar-que-los-sistemas-de-salud-colapsen-a-su-alrededor-284085

Los 9 mensajes clave de la encíclica del papa León XIV sobre la inteligencia artificial

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Sara Lumbreras, Profesora e investigadora en el Instituto de Investigación Tecnológica, Universidad Pontificia Comillas

Este es el mensaje que quiere transmitirnos el papa en tiempos de inteligencia artificial: un mensaje de optimismo ante las posibilidades de una tecnología que, en sus palabras, es “un talento entregado a la humanidad para que lo haga fructificar”.

Sin embargo, la tecnología no es neutral: puede mejorar las condiciones de vida de las personas, pero también puede ampliar las desigualdades, el control y la exclusión social.

Con la encíclica Magnífica Humanitas, León XIV presenta una guía valiente que, en muchos casos, se atreve a interpelar a los más poderosos. Para comprenderla, conviene situarnos en el inicio mismo de su pontificado.

Algoritmos y datos entran en la categoría de bien común

León XIV escogió su nombre siguiendo la estela de León XIII, considerado el padre de la Doctrina Social de la Iglesia: la tradición desde la que la Iglesia católica reflexiona –siempre a la luz del Evangelio– sobre la realidad social de cada época. La Doctrina Social de la Iglesia se construye sobre la dignidad de la persona como fundamento, y sobre ciertos principios que permanecen constantes aunque cambie el contexto.

Uno de estos principios fundamentales es el destino universal de los bienes. Aunque la Iglesia reconoce la propiedad privada, esta queda supeditada al bien común. Es decir, los bienes que ha recibido la humanidad –como los recursos naturales o el capital– deben sostener a todos, tanto hoy como a las generaciones futuras. En la encíclica Magnifica Humanitas, León XIV reconoce ahora nuevos bienes que deben regirse por las mismas normas que los anteriores: bienes inmateriales y culturales, como patentes, algoritmos, plataformas digitales, infraestructuras tecnológicas y, por supuesto, los datos.

2. La defensa de la verdad en tiempos de desinformación

También la verdad se convierte en un bien común que cuidar y compartir, especialmente en un momento en el que la IA puede intensificar la desinformación. El Papa habla incluso de medidas concretas: por ejemplo, establecer reglas que hagan visibles los criterios con los que se seleccionan y amplifican los contenidos en las redes, o reconocer la importancia de la prensa y apoyarla.

3. Decisiones desde las personas

Otro gran principio de la Doctrina Social de la Iglesia es la subsidiariedad, que establece que las decisiones deben tomarse en el nivel más cercano posible a las personas. Es decir: lo que puede hacer una persona, una familia, una comunidad local o una pequeña asociación no debería ser absorbido por una institución superior, como el Estado. Pero, al mismo tiempo, las instituciones superiores sí deben intervenir cuando es necesario proteger la justicia y el bien común.

4. El mercado no basta para guiarnos

Y eso es precisamente lo que necesitamos ahora, en un momento en el que, nos dice, el mercado no basta por sí solo para guiarnos. Necesitamos leyes e instrumentos de redistribución del poder y de la riqueza que corrijan los desequilibrios, porque la justicia exige que todos puedan acceder a los beneficios de la automatización: cuidados, conocimiento, herramientas y oportunidades.

León XIV nos habla, así, de limitar el control que ejercen algunas empresas sobre las plataformas, la infraestructura, los datos y la capacidad de cálculo, hoy concentrados en manos de unas pocas corporaciones transnacionales.

5. Protección del empleo

El trabajo es otro de los puntos clave del documento, al que la Iglesia considera una dimensión clave de la existencia humana. El Papa apunta que no todo vale para reducir costes: preservar el empleo debe ser un objetivo que esté por encima de los beneficios empresariales. Nos dice que, necesariamente, “toda introducción de automatización debería ir acompañada de medidas verificables de protección del empleo, de recualificación y de participación de los trabajadores”.

6. Impacto de la tecnología en los jóvenes

Reflexiona también sobre el impacto que la tecnología tiene en los jóvenes, y subraya que es clave enseñarles a decidir cuándo y para qué no utilizarla. También advierte contra la posibilidad de generar dependencias, y nos recuerda que debemos estar siempre dispuestos a realizar las tareas de manera independiente, valorándonos frente a la máquina y protegiendo a los jóvenes “de esa sutil seducción que hace parecer inútil el pensamiento humano precisamente cuando más se necesita”.

7. La guerra es evitable

La encíclica también aborda la guerra, contraponiendo la cultura del poder a una civilización del amor. León XIV explica que hemos aprendido a resignarnos a la guerra como si fuera inevitable, en lo que llama un “falso realismo”. Pero la Iglesia sostiene que la paz no sólo es posible, sino que es una exigencia de la justicia. Además, de manera clara, reitera la superación de la doctrina de la guerra justa y afirma que la única violencia aceptable es la de la legítima defensa.

8. Desarmar la IA

El papa habla, además, de la necesidad de “desarmar la IA”: hacer que deje de seguir las lógicas de la guerra y de la fuerza. Y, por supuesto, se refiere al papel activo que la inteligencia artificial ya desempeña en los conflictos, rechazando de plano la posibilidad de automatizar decisiones sobre la vida humana y recordando que el juicio moral no puede reducirse a un cálculo. Lo dice de manera tajante: no pueden existir agentes morales artificiales, porque la máquina no puede distinguir el bien del mal.

9. La apariencia de relación con las máquinas

Recoge la encíclica que, desde un punto de vista cristiano, la inteligencia humana es cualitativamente diferente, radicalmente superior a la inteligencia artificial. Aunque las máquinas sean capaces de calcular de manera mucho más rápida y amplia que nosotros, no experimentan la alegría ni el dolor ni están abiertas a la relación con el otro ni a la entrega que da sentido a nuestras vidas. Este es otro de los peligros que nos acechan: dejarnos engañar por la apariencia de una relación con la máquina, especialmente en situaciones de soledad. Ante esta perspectiva, y para cuidar nuestra humanidad, León XIV nos invita a cuidar nuestras relaciones.

El Papa nos llama a la acción –cristianos o no, hombres y mujeres de buena voluntad– con una convicción clara: “Necesitamos a todos”. Nos encontramos en una encrucijada que puede hacer florecer nuestra magnífica humanidad, pero también la amenaza. Es el momento de actuar y tenemos mucho que ganar. En sus palabras, “el tiempo de la inteligencia artificial puede ser un paso en el que el Espíritu haga madurar la civilización del amor en nuestras vidas”.

The Conversation

Sara Lumbreras no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

ref. Los 9 mensajes clave de la encíclica del papa León XIV sobre la inteligencia artificial – https://theconversation.com/los-9-mensajes-clave-de-la-enciclica-del-papa-leon-xiv-sobre-la-inteligencia-artificial-283491

Lorsque votre confident est un chatbot IA, votre santé mentale peut être à risque

Source: The Conversation – in French – By Alexandre Hudon, Medical psychiatrist, clinician-researcher and clinical assistant professor in the department of psychiatry and addictology, Université de Montréal

Plus de 987 millions de personnes dans le monde utilisent désormais des chatbots basés sur l’IA générative. Parmi les adolescents américains, cette proportion atteindrait 64 %, selon des estimations récentes. De plus en plus, les gens utilisent ces chatbots comme source de conseils, de soutien émotionnel, de thérapie et de compagnie.


Que se passe-t-il lorsque des personnes comptent sur des chatbots IA dans des moments de vulnérabilité psychologique ? Les médias se sont récemment penchés sur quelques cas tragiques, dont une poursuite alléguant qu’un chatbot IA aurait contribué à un décès. De plus, un jury de Los Angeles a récemment jugé Meta et YouTube responsables de fonctionnalités de conception addictives ayant entraîné des troubles de santé mentale chez un utilisateur.

La couverture médiatique reflète-t-elle les risques réels de l’IA générative pour notre santé mentale ?

Notre équipe a récemment mené une étude sur la manière dont les médias internationaux traitent l’impact des chatbots basés sur l’IA générative sur la santé mentale. Nous avons analysé 71 articles de presse décrivant 36 cas de crises de santé mentale associées à des conséquences graves, notamment le suicide, l’hospitalisation psychiatrique et des expériences de type psychotique.

Nous avons constaté que la couverture des grands médias sur les effets psychiatriques néfastes liés à l’IA générative se concentre sur les conséquences les plus graves, en particulier le suicide et l’hospitalisation. Les articles attribuent fréquemment ces événements aux réponses ou aux interactions des systèmes d’IA, malgré des preuves limitées.

Illusions de compassion

L’IA générative n’est pas simplement un outil numérique de plus. Contrairement aux moteurs de recherche ou aux applications statiques, des chatbots comme ChatGPT, Gemini, Claude, Grok ou Perplexity produisent des conversations fluides et personnalisées qui peuvent sembler remarquablement humaines.

Cela crée ce que les chercheurs appellent des « illusions de compassion » : l’impression d’interagir avec une entité capable de comprendre, d’éprouver de l’empathie et de répondre de façon significative.

Dans le domaine de la santé mentale, ces illusions ne sont pas sans conséquences. D’autant plus qu’une nouvelle vague d’applications conçues autour de la compagnie émotionnelle gagne en popularité, avec un accent explicite mis sur les relations affectives, comme Character.AI, Replika et d’autres.

Dans ce documentaire de la BBC, la présentatrice et mathématicienne Hannah Fry s’entretient avec Jacob au sujet de sa « petite amie » Aiva, un chatbot Replika.

Des études montrent que l’IA générative peut simuler l’empathie et répondre à des situations de détresse. Mais elle ne possède ni véritable jugement clinique, ni responsabilité, ni devoir de diligence.

Dans certains cas, les chatbots IA peuvent même fournir des réponses incohérentes ou inappropriées face à des situations à haut risque, comme des idées suicidaires.

C’est précisément dans cet écart — entre empathie perçue et capacités réelles — que le risque peut émerger.




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Ce que rapportent les médias

Parmi les articles que nous avons analysés, le suicide était l’issue la plus fréquemment rapportée. Il représentait plus de la moitié des cas dont la gravité était clairement décrite.

L’hospitalisation psychiatrique arrivait au deuxième rang. Les reportages impliquant des mineurs étaient aussi plus susceptibles de faire état d’issues mortelles.

Mais ces chiffres ne reflètent pas nécessairement l’incidence réelle des préjudices liés à l’IA. Ils reflètent surtout ce qui est jugé digne d’intérêt médiatique. En général, la couverture médiatique d’événements stressants tend à amplifier les cas graves et émotionnellement chargés, puisque les informations négatives et incertaines attirent davantage l’attention, suscitent des réactions émotionnelles plus fortes et alimentent des cycles de vigilance et d’exposition répétée. Cela peut ensuite renforcer les perceptions de menace et de détresse.

Dans les contenus liés à l’IA, les reportages s’appuient souvent sur des preuves partielles — comme des transcriptions de conversations — tout en incluant rarement des dossiers médicaux ou des documents officiels. Dans notre corpus, un seul cas faisait référence à des dossiers cliniques ou policiers.

Il en résulte une image à la fois incomplète et influente, qui façonne la perception du public, les préoccupations cliniques et les débats réglementaires.

Au-delà du « c’est l’IA qui en est la cause »

L’une de nos principales conclusions concerne la manière dont la causalité est présentée. Dans de nombreux articles analysés, les systèmes d’IA étaient décrits comme ayant « contribué à » ou même « causé » une détérioration de l’état psychiatrique d’une personne.

Or, les preuves avancées étaient souvent limitées. Les explications alternatives — comme une maladie mentale préexistante, la consommation de substances ou des facteurs de stress psychosociaux — étaient mentionnées de façon inégale, voire absentes.

En psychiatrie, la causalité est rarement simple. Les crises de santé mentale résultent généralement de plusieurs facteurs qui interagissent entre eux. L’IA peut jouer un rôle, mais celui-ci s’inscrit probablement dans un contexte plus large mêlant vulnérabilités individuelles et environnement social.

Une approche plus utile consiste donc à examiner les effets d’interaction : comment ces technologies influencent-elles la cognition et les émotions humaines ? Par exemple, l’IA conversationnelle peut renforcer certaines croyances, survalider certains propos ou brouiller les frontières entre réalité et simulation.




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Le problème de la dépendance excessive

Un autre élément récurrent dans les reportages médiatiques est l’intensité de l’usage. Plusieurs des cas analysés décrivaient des interactions longues et émotionnellement significatives avec des chatbots — parfois présentés comme des compagnons, voire des partenaires amoureux.

Cela soulève la question de la dépendance excessive.

Parce qu’ils sont constamment disponibles, réactifs et exempts de jugement, ces systèmes peuvent devenir une source principale de soutien émotionnel. Mais contrairement à un professionnel qualifié ou même à un proche attentif, ils ne peuvent pas reconnaître quand l’état d’une personne s’aggrave, mettre en pause ou réorienter des interactions nuisibles. Ils ne peuvent pas prendre de mesures pour s’assurer qu’une personne accède à des soins appropriés en cas de crise.

Sur le plan clinique, cela pourrait mener à une forme de substitution malsaine des mécanismes d’adaptation : des systèmes de soutien humains complexes remplacés par une interaction simplifiée et algorithmique.

Manque de données fiables

Malgré des inquiétudes croissantes, nous n’en sommes encore qu’aux débuts de la compréhension de l’impact des chatbots génératifs sur la santé mentale.

À l’heure actuelle, il n’existe aucune estimation fiable de la fréquence des préjudices liés à l’IA ni de leur éventuelle augmentation. Nous manquons aussi de données solides sur le nombre de personnes qui utilisent ces outils sans problème par rapport à celles qui vivent des expériences négatives. La majorité des éléments disponibles proviennent encore de rapports de cas ou de récits médiatiques, et non d’études cliniques systématiques.

Cette situation n’a rien d’inhabituel. Dans plusieurs domaines de la médecine, les premiers signaux d’alerte émergent souvent en dehors de la recherche formelle — à travers des rapports de cas, des poursuites judiciaires ou le débat public — avant d’être étudiés de manière rigoureuse.

Un exemple classique est la tragédie de la thalidomide : les premiers signalements de malformations congénitales chez des nourrissons ont précédé la confirmation épidémiologique formelle et ont finalement mené à la création des systèmes modernes de pharmacovigilance.

L’IA et la santé mentale pourraient suivre une trajectoire semblable

Aller de l’avant de manière responsable

Le défi n’est pas de céder à la panique, mais de réagir avec prudence et nuance.

Nous avons besoin de meilleures données : une surveillance plus systématique des événements indésirables, des normes de signalement plus claires et davantage de recherches permettant de distinguer corrélation et causalité. Les mécanismes de protection — comme la détection des crises, les protocoles d’intervention ou la transparence quant aux limites de ces outils — devront aussi être renforcés et évalués.

Les cliniciens comme le grand public auront également besoin de balises plus claires. Les patients utilisent déjà ces outils. Ignorer cette réalité risque d’accentuer le décalage entre la pratique clinique et l’expérience vécue.

Enfin, il faut reconnaître que l’IA générative n’est pas seulement une innovation technologique — c’est aussi une innovation psychologique. Elle transforme la manière dont les gens pensent, ressentent et interagissent.

Comprendre cette transformation pourrait devenir l’un des grands défis en santé mentale de la prochaine décennie.

La Conversation Canada

Alexandre Hudon ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Lorsque votre confident est un chatbot IA, votre santé mentale peut être à risque – https://theconversation.com/lorsque-votre-confident-est-un-chatbot-ia-votre-sante-mentale-peut-etre-a-risque-280417

Quels premiers ministres ont banalisé les idées d’extrême droite ?

Source: The Conversation – France in French (3) – By Tristan Boursier, Docteur en Science politique, Sciences Po ; Université du Québec en Outaouais (UQO)

La normalisation des idées d’extrême droite passe aussi par des partis considérés comme plus modérés. C’est ce que montre une enquête sur les déclarations de politique générale des premiers ministres depuis 1959. L’un des résultats les plus marquants est le rôle des chefs de gouvernements « centristes » (notamment Édouard Philippe, Jean Castex et Gabriel Attal) dans la diffusion des idées d’extrême droite.


« Victoire idéologique » : en janvier 2024, Marine Le Pen n’a pas hésité à qualifier ainsi la loi « Pour contrôler l’immigration, améliorer l’intégration », adoptée par le gouvernement Attal. Une année plus tard, François Bayrou, figure centriste de la majorité, s’inquiétait publiquement d’une « submersion » migratoire. Ces éléments de langage illustrent un phénomène plus large : les idées d’extrême droite, autrefois marginales, semblent avoir trouvé leur place dans les discours et les pratiques de responsables politiques qui ne lui sont pas traditionnellement affiliés.

Comment en est-on arrivé là ? Que révèle cette évolution sur la transformation du débat politique en France ?

Une méthode inédite : l’analyse automatisée des discours de politique générale

Pour répondre à cette question, nous avons analysé l’ensemble des déclarations de politique générale prononcées depuis 1959, soit trente discours au total. Ces textes, souvent longs et programmatiques, constituent un matériau unique : ils condensent les priorités du gouvernement lors de son entrée en fonction et fixent le cap politique devant l’Assemblée nationale. Autrement dit, ils offrent une photographie formelle et régulière de l’idéologie au sommet de l’État.

Afin de mesurer la présence d’idées d’extrême droite, nous avons construit un indicateur, le score idéologique d’extrême droite (Sied). Basé sur sept grandes dimensions que l’ont retrouve dans la plupart des définitions de l’extrême droite – nationalisme, anti-immigration, anti-démocratie, anti-progrès, autoritarisme, traditionalisme et anti-égalitarisme –, il permet de repérer, à l’aide d’outils de traitement automatique du langage, la part de ces idées dans chaque discours.

Des années 1970 à aujourd’hui : une progression continue

Les résultats sont sans équivoque : la part d’idées d’extrême droite dans les déclarations de politique générale progresse de manière continue depuis le milieu des années 1970, selon une dynamique de long terme qui dépasse largement les alternances partisanes (voir graphique). Après des niveaux élevés au début de la Vᵉ République – notamment sous Michel Debré et Georges Pompidou, dans le contexte de la guerre d’indépendance algérienne –, la courbe connaît un net reflux au cours des années 1970.


Fourni par l’auteur

À partir de cette période, la tendance s’inverse durablement. Le score idéologique d’extrême droite augmente progressivement dans les années 1980 et 1990, marque un palier relatif au tournant des années 2000, puis repart nettement à la hausse à partir des années 2010. Les discours les plus récents atteignent ainsi des niveaux comparables à ceux observés dans les moments les plus conflictuels du début des années 1960, mais dans un contexte institutionnel bien plus stable que celui du début du régime.

Notre étude montre que les idées d’extrême droite ne circulent pas seulement dans les partis qui s’en revendiquent. Des premiers ministres de droite, du centre et même de gauche ont, à des degrés divers, repris des expressions ou des cadrages caractéristiques de ce registre idéologique.

Ce phénomène n’a rien d’étonnant. Comme le rappelle le politologue américain Cas Mudde, l’extrême droite ne crée pas ex nihilo : elle radicalise des idées déjà présentes dans la société – l’attachement à la nation, la valorisation de l’ordre ou la méfiance envers l’égalité. La notion de nation en offre un bon exemple : elle peut être comprise de manière ouverte, comme un projet politique commun ou, au contraire, comme une communauté fermée, définie par la naissance ou la supposée appartenance raciale.

En valorisant ces interprétations exclusives, les premiers ministres ont, depuis les années 1970, contribué à estomper la frontière entre discours d’extrême droite et langage institutionnel. Le constat est d’autant plus frappant que les déclarations de politique générale – ces discours solennels où un chef de gouvernement présente son programme devant l’Assemblée nationale – sont réputées consensuelles, destinées à rassembler une majorité. Or, même dans ce cadre codifié, le lexique s’est déplacé : des termes autrefois impensables s’y sont imposés, élargissant peu à peu les limites du dicible.

Comprendre ces résultats avec la métapolitique

Traditionnellement, les chercheurs expliquent la diffusion des thèmes d’extrême droite par la cooptation électorale : des partis reprennent ponctuellement certains éléments du programme de leurs adversaires pour séduire leur électorat. Nicolas Sarkozy, par exemple, avait multiplié les références à l’« identité nationale », en 2007 et en 2012.

Mais nos résultats montrent que cette logique ne suffit pas. Même à des périodes où cette stratégie n’était pas payante électoralement, on observe une hausse du score idéologique d’extrême droite dans les discours de premiers ministres issus du centre ou de la gauche. Autrement dit, la diffusion ne résulte pas seulement d’un calcul stratégique : elle traduit un déplacement durable du langage politique.

C’est ici que le concept de « métapolitique » prend tout son sens.

Cette idée a été développée à l’extrême droite par la Nouvelle Droite, un courant intellectuel né en 1969 autour du think tank Groupement de recherche et d’études pour la civilisation européenne (Grece) qui avait pour ambition de réhabiliter une pensée réactionnaire voire fasciste à l’échelle européenne, après la Seconde Guerre mondiale. Pour cela, la métapolitique repose sur une idée simple : avant de prendre le pouvoir, il faut transformer la société et, pour cela, il faut réinventer les mots, les symboles et les cadres de pensée qui la structurent.

Autrement dit, il s’agit de façonner le sens commun pour le rendre plus perméable à ses idées plutôt que de convaincre directement sur la base d’un programme politique clairement identifiable. Une stratégie revendiquée par certains membres éminents de l’extrême droite française comme Marion Maréchal.

La notion de « fenêtre d’Overton » peut aider à comprendre un principe sous-jacent à la métapolitique. Une idée auparavant impensable peut devenir politiquement légitime si elle est régulièrement évoquée, débattue ou reformulée dans des termes plus neutres. Chaque fois qu’un responsable politique – même modéré – mobilise une rhétorique sécuritaire, anti-immigration ou anti-égalitaire, il contribue, volontairement ou non, à élargir cette fenêtre : ce qui paraissait extrême hier devient aujourd’hui une opinion ordinaire.

En modifiant les cadres symboliques et les associations de sens, des responsables politiques qui ne sont pas affiliés à l’extrême droite ont contribué – bon gré mal gré – à un processus métapolitique favorable à la diffusion de ses idées. Ce faisant, ils ont contribué à les faire entrer dans le langage du pouvoir, jusqu’à les rendre familières au-delà des acteurs qui s’en revendiquent traditionnellement.

Depuis 2017, la façon dont l’exécutif parle d’immigration, notamment en reprenant, encore plus que ne le fait Marine Le Pen, la métaphore du flux prêt à déborder en est un bon exemple.

Le centre : acteur clef de la diffusion des idées d’extrême droite

L’un des résultats les plus marquants de notre étude est le rôle du centre politique dans la diffusion des idées d’extrême droite. Les premiers ministres qui s’en réclament – et qui se présentent souvent comme des figures de modération – ont paradoxalement contribué à accélérer ce glissement vers l’extrémisme.

Si certains premiers ministres de droite (comme Michel Debré, Jacques Chirac ou Édouard Balladur) atteignent ponctuellement des score idéologique d’extrême droite (Sied) particulièrement élevés, d’autres sont plus bas (Jacques Chaban-Delmas, Maurice Couve de Murville ou Jean-Pierre Raffarin). La droite se caractérise ainsi par une dispersion interne sur le Sied qui laisse entrevoir l’intervention d’autres facteurs contextuels dans la mobilisation des idées d’extrême droite. Par exemple, la nomination de Jacques Chaban-Delmas est marquée par la volonté d’une ouverture aux sociaux-démocrates de Georges Pompidou. Cela se reflète par la très commentée « nouvelle société » dans le discours de Chaban-Delmas qui dénonce un pays de « castes » et des inégalités excessives.


Fourni par l’auteur

À l’inverse, les premiers ministres issus du centre présentent des niveaux de Sied durablement élevés et relativement homogènes, en particulier dans la période récente (Édouard Philippe, Jean Castex et Gabriel Attal). L’écart maximal observé au sein du centre – entre Élisabeth Borne et Jean Castex – ne dépasse pas 3 points sur l’échelle du Sied, alors qu’il dépasse 8 points entre Jacques Chaban-Delmas et Michel Debré, les deux premiers ministres de droite aux scores les plus opposés.

Cette configuration se retrouve dans la distribution des scores : parmi les cinq premiers ministres affichant les Sied les plus élevés, on compte trois personnalités de droite et deux du centre, tandis que les cinq scores les plus faibles regroupent une personnalité de gauche et quatre de droite. Le centre occupe ainsi de manière plus constante le haut du spectre : à l’exception d’Élisabeth Borne, l’ensemble des premiers ministres centristes se situent au-dessus de la médiane, ce qui en fait un vecteur plus régulier de normalisation de ce registre idéologique.

Dans leurs déclarations de politique générale, plusieurs premiers ministres centristes mobilisent un lexique technocratique et sécuritaire convergeant.

Édouard Philippe évoque ainsi la « pression migratoire » et les « tensions » qu’elle ferait peser sur la cohésion nationale, dans une logique de gestion administrative des flux. Jean Castex appelle pour sa part à « rétablir l’autorité de l’État » face à une « coalition d’ennemis de la République » mêlant terrorisme, séparatisme et extrémisme. Gabriel Attal, enfin, recourt à de multiples reprises à la métaphore du « réarmement » – de l’État, de l’école ou des politiques publiques – inscrivant l’action gouvernementale dans un registre martial.

Pris ensemble, ces cadrages contribuent à installer durablement dans le langage du pouvoir des représentations historiquement associées à l’extrême droite, sous des formes euphémisées.


Fourni par l’auteur

Normaliser l’extrême droite en se présentant comme seule voix de la raison

En cherchant à incarner la raison et le compromis, le centre a souvent repris les thèmes de l’extrême droite pour mieux les encadrer ou les « rationaliser ». Mais cette stratégie produit l’effet inverse : elle légitime ces thèmes en les inscrivant dans le langage gouvernemental.

En se définissant comme le pôle de la modération, le centre adopte une posture d’arbitre plutôt que de compétiteur dans le jeu démocratique. Or, tout en jouissant d’une position de force lorsqu’il est au pouvoir, le centre tend à renvoyer dos à dos l’extrême droite et la gauche. C’est une formule doublement gagnante pour l’extrême droite qui se voit normaliser (en devenant un extrême parmi d’autres) tandis que l’un de ses principaux adversaires se trouve diabolisé, la gauche étant désormais présentée comme extrémiste.

Cette dynamique ne se limite pas à des calculs électoraux ponctuels. Elle s’inscrit dans une transformation structurelle. Comme l’expliquent les économistes Julia Cagé et Thomas Piketty, l’expansion du centre, en affaiblissant les partis de gauche et de droite traditionnels, a contribué à polariser le champ politique. En se présentant comme « au-dessus des clivages » tout en mettant en œuvre des politiques largement alignées sur l’agenda de la droite (voire en reprenant certains de ses cadrages) le centre opère un déplacement du référentiel politique. Ce processus contribue à rendre discutables puis acceptables des thèmes et des diagnostics initialement portés par l’extrême droite.

Comme le rappelle l’historien Johann Chapoutot, cette tension entre libéralisme économique et réaction n’est pas nouvelle. Dans son dernier essai, il montre comment les élites libérales de la République de Weimar ont cru pouvoir canaliser les forces autoritaires en les intégrant au jeu institutionnel – avant d’en être les premières victimes. Le parallèle historique souligne la fragilité d’un centre qui, en voulant instrumentaliser l’extrême droite, finit parfois par lui ouvrir la voie.

The Conversation

Tristan Boursier a reçu des financements du Fonds de recherche du Québec (FRQ) et du Centre de recherche interdisciplinaire sur la diversité et la démocratie (CRIDAQ)

Antoine Lemor a reçu des financements du Fonds de recherche du Québec (FRQ).

ref. Quels premiers ministres ont banalisé les idées d’extrême droite ? – https://theconversation.com/quels-premiers-ministres-ont-banalise-les-idees-dextreme-droite-272870

Hausse des taux d’intérêt : comment en tirer parti ?

Source: The Conversation – in French – By Bomikazi Zeka, Associate Professor in Finance, University of Canberra

Lorsque les taux d’intérêt augmentent, la plupart des gens ressentent les effets de cette hausse sur leur budget, car les remboursements de prêts immobiliers, d’achats de voitures ou de prêts personnels s’alourdissent. Cela réduit le budget disponible pour les dépenses quotidiennes et pèse sur le budget familial.

Les ménages à revenus moyens et élevés ont généralement des dettes garanties, comme un bien immobilier, qui contribuent à la constitution d’un patrimoine. Quant aux ménages à faibles revenus, ils s’endettent pour maintenir leur niveau de consommation. Il en résulte que l’impact de la hausse des taux d’intérêt est encore plus important pour les ménages à faibles revenus. Ils peuvent être contraints de réduire leurs dépenses de première nécessité pour honorer le paiement des intérêts. Même les locataires souhaitant devenir propriétaires sont indirectement affectés par la hausse des taux d’intérêt, car les prêts immobiliers deviennent moins abordables.

Les banques gagnent de l’argent en facturant des frais aux consommateurs qui empruntent de l’argent, tout en versant peu d’intérêts à ceux qui détiennent des comptes d’épargne. Et la majeure partie de la dette des ménages est due au secteur bancaire.

Selon la Banque mondiale, la plupart des pays africains se situent dans la tranche de revenus faibles à moyens. Dans bon nombre de ces économies, les consommateurs ont tendance à laisser leur argent sur des comptes courants, car ceux-ci sont pratiques, familiers et faciles d’accès. Bien que le transfert d’argent des comptes courants vers des produits d’épargne puisse offrir un meilleur rendement, la plupart des gens ont tendance à s’en tenir à ce qu’ils connaissent. Et les banques misent justement sur cette « inertie ».

Qu’il s’agisse de rester chez la même banque par habitude ou d’ignorer les nouveaux produits d’investissement, cette inaction est très profitable pour les résultats financiers de la banque.

Mais il est possible de tirer profit de la hausse des taux en transférant les fonds excédentaires vers des produits financiers rémunérés. En voici quelques exemples :

  • les dépôts à terme (un type de compte d’épargne qui vous permet de déposer une somme forfaitaire pour une période déterminée, avec un taux d’intérêt fixe garanti);

  • les comptes d’épargne défiscalisés;

  • les obligations (un prêt que vous accordez à l’État ou à une entreprise, qui vous rapporte des intérêts réguliers pendant une période déterminée et vous permet de récupérer l’intégralité de votre investissement initial à la fin de la période de prêt).

Collectivement, ces types d’investissements sont appelés titres à revenu fixe. Ils génèrent des revenus d’intérêts proportionnels au montant que vous y déposez. Et le capital que vous y placez reste à l’abri des fluctuations du marché.

Si vous retirez des fonds, le montant des intérêts que vous percevez diminuera proportionnellement.

Comme pour toute décision financière, il est important de consulter un conseiller financier professionnel afin de déterminer quel produit correspond le mieux à vos besoins et à votre situation financière.

Ces types d’instruments financiers peuvent vous rapporter des revenus d’intérêts. Ils ne surpasseront toutefois pas les rendements que vous pouvez obtenir avec des titres plus risqués, comme les actions. Mais, ils permettent à votre argent de travailler pour vous, contrairement à l’argent laissé sur un compte courant.

Et un revenu d’intérêts garanti provenant d’un placement à taux fixe est plus attractif qu’un compte courant qui ne rapporte rien.

Tirer le meilleur parti des hausses de taux en trois étapes

Tout d’abord, débarrassez-vous de l’excédent sur votre compte courant.

Il existe une expression courante dans le monde de la finance :

L’argent qui dort ne rapporte rien.

Cela signifie que l’argent qui reste inactif ne fructifie pas. Si vous disposez d’un excédent sur votre compte courant, déterminez le montant que vous pouvez transférer sans difficulté vers un dépôt à terme, un compte d’épargne défiscalisé ou des obligations.

En transférant ces fonds vers un compte rémunéré, vous transformez votre solde inactif en un actif défensif qui fructifie avec le temps, protégeant ainsi votre portefeuille des fluctuations économiques négatives.

Deuxièmement, acceptez de jouer la carte du long terme.

Pour tirer le meilleur parti des placements rémunérés, vous devez engager vos fonds pour une durée d’un an ou plus. Les durées d’investissement plus longues offrent généralement des taux d’intérêt plus élevés, vous récompensant ainsi pour maintenir votre argent investi. L’effet de capitalisation joue aussi en votre faveur : les intérêts gagnés sont ajoutés à votre capital, puis ce nouveau montant produit lui aussi des intérêts.

Ainsi, avec une période d’investissement plus longue, vous ne percevez pas seulement des intérêts sur le capital initial. Vous commencerez également à percevoir des intérêts sur les intérêts. Des durées plus longues peuvent vous protéger contre de futures baisses des taux d’intérêt en vous permettant de bénéficier dès aujourd’hui des rendements les plus élevés.

Troisièmement, ne vous limitez pas aux grandes banques.
Bien qu’il soit facile de suivre vos finances lorsque tous vos fonds sont chez la même banque, pensez aux produits d’investissement proposés par des banques alternatives ou plus petites. Les banques alternatives peuvent offrir de meilleurs taux d’intérêt pour attirer davantage de clients. Lorsque davantage de consommateurs s’intéressent à différentes options, cela incite les « grandes banques » à être plus compétitives en matière de taux et d’offres de produits.

En agissant et en transférant votre argent, vous ne faites pas que soulager votre portefeuille, vous obligez également le secteur bancaire à se montrer plus compétitif.

Lorsque les banques centrales relèvent leurs taux d’intérêt, les détenteurs de dettes en ressentent immédiatement les effets. Mais la hausse des taux crée également une opportunité qui passe souvent inaperçue. Si vous pouvez faire fructifier votre argent dans des placements rémunérés, ces mêmes hausses de taux peuvent commencer à jouer en votre faveur plutôt qu’à votre détriment. Ce qui semble être une mauvaise nouvelle d’un côté peut discrètement devenir une source de revenus passifs de l’autre. Tout dépend simplement de l’endroit où se trouve votre argent.

The Conversation

Bomikazi Zeka does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Hausse des taux d’intérêt : comment en tirer parti ? – https://theconversation.com/hausse-des-taux-dinteret-comment-en-tirer-parti-283607

Les cérémonies de remise des diplômes, dernières victimes de la polarisation politique sur les campus américains

Source: The Conversation – France (in French) – By Austin Sarat, William Nelson Cromwell Professor of Jurisprudence and Political Science, Amherst College

Les universités ont longtemps considéré les cérémonies de remise des diplômes comme un moment de rassemblement au-delà des clivages politiques. Joshua Hoehne/unsplash, CC BY

Entre 2000 et 2024, l’organisation de défense de la liberté d’expression FIRE a recensé 345 tentatives de désinvitation d’orateurs pour des remises de diplômes aux États-Unis. Un phénomène qui illustre la difficulté croissante des universités à concilier diversité des opinions et sensibilité politique des campus.


Aux États-Unis, prononcer un discours de remise des diplômes à l’université était autrefois considéré comme un honneur particulier. Les intervenants se tenaient derrière un pupitre, vêtus de la traditionnelle toge et du mortier universitaires, et adressaient aux diplômés des conseils de vie et des paroles inspirantes au moment où ils s’apprêtaient à entrer dans une nouvelle étape de leur existence.

Aujourd’hui, toutefois, prendre la parole lors d’une cérémonie de remise des diplômes comporte des risques considérables, comme l’a récemment constaté Morton Schapiro, ancien président de l’université Northwestern. Celui-ci devait prononcer le discours de fin d’études du Georgetown University Law Center le 17 mai 2026, mais a annoncé le 6 mai qu’il ne participerait finalement pas à l’événement.

Des étudiants de la faculté de droit de Georgetown avaient protesté contre cette invitation et lancé une pétition pour qu’elle soit annulée, invoquant ce qu’ils décrivaient comme les « opinions controversées, sionistes et nuisibles » de Schapiro. Les étudiants faisaient notamment référence à une tribune dans laquelle Schapiro exprimait son soutien à Israël et au peuple juif quelques jours après les attaques du Hamas du 7 octobre 2023, qui ont fait 1 200 morts.

Schapiro est loin d’être un cas isolé. Ce n’est pas un hasard si l’organisation de défense de la liberté d’expression FIRE qualifie la période précédant les cérémonies de remise des diplômes universitaires de « saison des désinvitations », ou disinvitation season.

Au cours des deux dernières décennies, de nombreuses universités à travers les États-Unis ont retiré leurs invitations à des personnalités chargées de prononcer les discours de remise des diplômes après que des étudiants ont protesté contre leur venue. Dans d’autres cas, les intervenants eux-mêmes ont renoncé à participer à pareil événement après la mobilisation d’étudiants opposés à leur prise de parole.

En tant que politiste ayant travaillé sur le Premier Amendement de la Constitution américaine et sur la liberté d’expression sur les campus universitaires, je vois dans l’annulation de la venue de Morton Schapiro à Georgetown un exemple d’un phénomène plus large : la difficulté persistante à accepter la confrontation avec des points de vue divergents, même au moment de célébrer l’obtention d’un diplôme.

Certains étudiants ne souhaitent entendre, lors de leur remise de diplôme, que des intervenants partageant leurs convictions. Ils exercent ce que les spécialistes du droit de la liberté d’expression appellent un « veto du chahuteur » (« heckler’s veto »), c’est-à-dire une situation dans laquelle la réaction – ou la réaction anticipée – du public suffit à empêcher une personne de prendre la parole. La liberté d’expression passe alors au second plan, et la cérémonie de remise des diplômes se réduit à un exercice de conformité idéologique.

Cela n’a pas toujours été ainsi

La première cérémonie universitaire de remise des diplômes aux États-Unis a eu lieu en 1642, lorsque le Harvard College a organisé une cérémonie pour honorer ses neuf diplômés. Les étudiants étaient accompagnés de plusieurs des personnalités les plus éminentes de la colonie de la baie du Massachusetts, parmi lesquelles le gouverneur John Winthrop et son adjoint John Endicott, venus assister à l’événement.

Aucun discours de remise des diplômes n’était alors prévu. Au contraire, chaque diplômé prenait lui-même la parole et mettait en démonstration le fruit de son éducation classique en s’exprimant en latin et en anglais.

À partir du milieu du XIXe siècle, les cérémonies universitaires commencèrent à attirer sur les campus des personnalités extérieures reconnues, invitées à prononcer un discours devant les diplômés.

En 1837, par exemple, le poète et essayiste Ralph Waldo Emerson s’adressa aux diplômés de la société Phi Beta Kappa de Harvard University et lança un vibrant appel aux étudiants et intellectuels américains pour qu’ils mettent fin à ce qu’il appelait « notre long apprentissage auprès du savoir d’autres nations ».

En 1881, James A. Garfield devint le premier président américain en exercice à prononcer un discours de remise des diplômes, à l’occasion d’une cérémonie organisée à la United States Naval Academy, à Annapolis, dans le Maryland.

Vingt-quatre ans plus tard, le président Theodore Roosevelt prit la parole lors de la première cérémonie de remise des diplômes de Clark University, à Worcester, dans le Massachusetts. Il déclara alors à son auditoire : « J’ai toujours été profondément convaincu qu’il en va d’une nation comme d’un individu : les plus grands bâtisseurs doivent aussi être de grands rêveurs. »

Depuis lors, d’autres présidents ont utilisé leurs discours de remise des diplômes pour annoncer d’importantes initiatives politiques ou des accords majeurs, notamment en matière de politique étrangère.

En 1963, le président John F. Kennedy annonça aux étudiants diplômés de l’American University que les États-Unis, le Royaume-Uni et l’Union soviétique allaient entamer des négociations visant à interdire les essais nucléaires.

Deux ans plus tard, le président Lyndon B. Johnson profita du discours de remise des diplômes de l’université Howard pour annoncer le lancement d’une vaste initiative destinée à lutter contre les inégalités socio-économiques pénalisant les Afro-Américains.

À l’époque, les interventions de Kennedy, de Johnson ou d’autres personnalités de premier plan invitées à prononcer un discours de remise des diplômes ne suscitaient ni controverse majeure ni mouvement de protestation, contrairement à ce que l’on observe depuis quelques décennies.

L’orateur, un paratonnerre

Mais cette époque est révolue. Les temps ont changé.

Selon les estimations de FIRE, entre 2000 et 2024, on a recensé 345 tentatives de désinvitation d’orateurs pour des remise de diplômes. Nombre des personnalités visées par ces campagnes ont finalement renoncé à participer aux cérémonies.

Des cas de désinvitation d’intervenants se sont produits aussi bien dans de petits établissements privés que dans de grandes universités publiques. Dans bien des cas, l’annulation de l’invitation est précédée de pétitions et de manifestations organisées aussi bien par des militants conservateurs que progressistes.

Par exemple, en 2019, l’ancien sénateur démocrate du Nebraska Bob Kerrey s’est retiré de son rôle d’orateur de remise des diplômes à Creighton University. Cette décision est intervenue après que le Parti républicain du Nebraska eut dénoncé ses votes favorables au droit à l’avortement.

En 2024, Dickinson College a annulé l’invitation adressée à Michael Smerconish pour son discours de remise des diplômes. Cette décision faisait suite à une tribune étudiante rappelant que, vingt ans plus tôt, Smerconish avait déclaré que, « pour assurer la sécurité de l’Amérique, la TSA devrait cibler délibérément les Arabes et les musulmans lors des contrôles, car ils ressemblent aux auteurs des précédents attentats terroristes ».

« Quelqu’un comme Mike Smerconish représente-t-il d’une quelconque manière les réussites et les aspirations des étudiants de Dickinson ? Si Dickinson aime réellement ses étudiants et les valorise, ne devrait-elle pas les honorer avec une personnalité qui reflète cet attachement ? », écrivaient les signataires dans leur tribune. Des manifestations ont suivi, et le président de l’établissement a finalement cédé à la pression.

En 2025, l’écrivain Salman Rushdie a renoncé à prononcer le discours de remise des diplômes du Claremont McKenna College, à Claremont, en California, après que des membres de la Muslim Student Association ont demandé à l’université de retirer son invitation. Ils reprochaient à Rushdie, qui se définit lui-même comme un « athée intransigeant », de « dénigrer une communauté religieuse mondiale » dans ses écrits et ses prises de parole publiques.

Lors d’un discours de remise des diplômes prononcé en 2015 à l’Emory University, il avait notamment déclaré : « J’ai parfois l’impression que nous vivons à une époque d’une grande crédulité. Les gens semblent prêts à croire à peu près n’importe quoi. Dieu, par exemple. »

Ces dernières années, la guerre entre Israël et le Hamas dans la bande de Gaza a en effet alimenté de nombreuses controverses autour des cérémonies de remise des diplômes et conduit à plusieurs annulations d’invitations, en raison des positions prises par certains intervenants sur le conflit.

Dans le même temps, plusieurs orateurs ont prononcé des discours jugés controversés, voire offensants, par certains diplômés et observateurs extérieurs. En 2024, par exemple, Harrison Butker, joueur des Kansas City Chiefs, est intervenu lors de la cérémonie de remise des diplômes du Benedictine College et a encouragé les femmes à devenir femmes au foyer.

Les cérémonies de remise des diplômes et la liberté d’expression

Ce qui nous ramène à Morton Schapiro.

« J’ai présidé 28 cérémonies de remise des diplômes en tant que président d’université et doyen », a écrit Schapiro dans un message adressé aux étudiants de la faculté de droit de Georgetown. « Je considère que ces cérémonies sont avant tout destinées à célébrer les diplômés et ceux qui les ont soutenus. Je me réjouissais à l’idée de prononcer un discours sur l’humilité et la gratitude, mais je ne souhaite pas que ma présence détourne l’attention de cette journée de fête. »

L’humilité et la gratitude font souvent défaut durant cette « saison des désinvitations ». En 2017, Drew Gilpin Faust, alors présidente de l’Harvard University, semblait avoir conscience de ce manque lorsqu’elle a adressé un message en faveur de la liberté d’expression aux diplômés lors de son discours de remise des diplômes.

« Faire taire des idées ou se complaire dans une orthodoxie intellectuelle indépendante des faits et des preuves entrave notre accès à des idées nouvelles et meilleures, et nous empêche de rejeter pleinement et lucidement les mauvaises », avait-elle averti.

La saison des remises de diplômes met précisément cette mise en garde à l’épreuve. Comme le soulignait Faust : « Les universités doivent incarner l’idée que la vérité ne peut pas être simplement proclamée, mais qu’elle doit être établie — par l’argumentation raisonnée, l’examen critique et parfois même par des remises en question inconfortables qui constituent le fondement même de la recherche de la vérité. »

The Conversation

Austin Sarat ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Les cérémonies de remise des diplômes, dernières victimes de la polarisation politique sur les campus américains – https://theconversation.com/les-ceremonies-de-remise-des-diplomes-dernieres-victimes-de-la-polarisation-politique-sur-les-campus-americains-283911

Los números de la gira de Bad Bunny marean, pero no son los únicos

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Cristina Pérez-Ordóñez, Profesora e investigadora, Universidad de Málaga

Bad Bunny en Barcelona dentro de su gira _DeBÍ TiRAR MáS FOTos Tour_. RTVE

El 4 de mayo de 2025 comenzaron a publicarse fotografías de las sillas que aparecen en la portada del último trabajo de Bad Bunny, DeBÍ TiRAR MáS FOTos, colocadas en el exterior de estadios de diferentes ciudades. El movimiento provocó rumores de gira y, efectivamente, un día más tarde se anunciaron todas las citas que llevarían al cantante por 22 ciudades de Latinoamérica, Europa, Asia y Oceanía.

En total, desde el 21 de noviembre de 2025 hasta el 22 de julio de 2026, Bad Bunny ofrecerá 56 recitales y se convertirá en el artista latino que más récords ha alcanzado alrededor del planeta. De hecho, ha superado las cifras de venta de entradas del Eras Tour de Taylor Swift en países como España. No es de extrañar. Las más de 600 000 entradas que se pusieron a la venta para los 12 conciertos de Madrid y Barcelona se agotaron en poco más de 24 horas.

Cartel anunciando las fechas de la gira Debí tirar más fotos de Bad Bunny.
Cartel anunciando las fechas de la gira DeBÍ TiRAR MáS FOToS de Bad Bunny.
Bad Bunny

Sin embargo, no ha sido el único hito cosechado por el artista puertorriqueño con esta gira.

En sus tres primeros destinos, el DeBÍ TiRAR MáS FOToS Tour atrajo a casi 700 000 asistentes y recaudó más de 100 millones de dólares. Al final de la gira habrá vendido casi 3 millones de entradas, siendo Madrid la ciudad que más conciertos habrá acogido, con un total de 10 citas.

Eso, por supuesto, con permiso de San Juan de Puerto Rico. Antes de comenzar la gira, celebró en su isla una residencia artística: 30 conciertos en el Coliseo José Miguel Agrelot. En total, del 11 de julio al 14 de septiembre de 2025, la serie de recitales No Me Quiero Ir De Aquí atrajo a más de 400 000 personas, tanto locales (a quienes iban destinados los conciertos de julio) como extranjeros (que pudieron asistir a los de agosto y septiembre).

Bad Bunny no deja de generar números pocas veces vistos. Todo hace indicar que el DTMF Tour está llamado a convertirse en uno de los más importantes de la historia de la música.

Giras con récord Guinness

Esta es solo la última de una lista de giras que, a lo largo de los años, han ido cosechando éxitos y que han entrado en el Guinness de los récords por la cifra de asistentes, recaudación o duración.

Music of the Spheres World Tour, de Coldplay, hizo que la banda británica viajase por los cinco continentes durante tres años y medio. Con más de 13 millones de espectadores, ha sido la gira que más personas ha atraído de la historia. Además, el grupo liderado por Chris Martin también ostenta el récord de haber actuado, en el siglo XXI, ante el mayor número de gente en un fin de semana, congregando a más de 223 000 asistentes en dos conciertos de enero de 2025 en el Narendra Modi Stadium de Ahmedabad, en India

Concierto de Coldplay en el estadio del River Plate en Buenos Aires (Argentina).

Los británicos desbancaron a la norteamericana Taylor Swift, quien hasta ese momento ostentaba el récord de la gira con más asistentes. No obstante, su The Eras Tour sigue siendo la que más ha recaudado en la historia. En concreto, la artista nacida en Pensilvania (EE. UU.) obtuvo más de 2 000 millones de dólares en venta de entradas para asistir a alguno de los 169 conciertos celebrados en 51 estadios de 19 países entre el 17 de marzo de 2023 y el 8 de diciembre de 2024.

Coldplay está justo detrás, con 1 150 millones de dólares, seguidos de U2, con su 360º Tour desarrollado entre 2009 y 2011, que recaudó en sus 110 conciertos más de 1 000 millones de dólares.

Por su parte, el grupo liderado por Jared Leto, Thirty Seconds to Mars, es responsable de la gira más larga de la historia. En concreto, la banda estadounidense dio 309 conciertos entre el 11 de noviembre de 2009 y el 7 de diciembre de 2011, con motivo de la promoción de su álbum This is War.

La locura por el directo en España

El éxito del directo que se vive desde hace unos años encuentra en España uno de sus máximos exponentes, empujado sobre todo por el peso de los festivales de música.

En concreto, en nuestro país se celebran más de 900 festivales, según la Asociación de Promotores Musicales (APM), quien señala que estos “se consolidan como un motor económico estratégico y un fenómeno turístico de impacto global para España”. Además, cada año los conciertos recaudan más dinero en asistencias. De hecho, en 2025 se facturaron solo en venta de entradas 807,2 millones de euros, lo que supone un 11,24 % más que en 2024.

Joaquín Sabina fue el artista nacional que más asistentes congregó en 2025. Lo hizo en su gira de despedida, con casi 384 000 espectadores en 41 conciertos. Le siguieron Manuel Carrasco y Antonio Orozco. Ese mismo año, Ed Sheeran fue el cantante internacional más multitudinario, con 137 884 asistentes, seguido de los grupos Imagine Dragons y AC/DC, con 112 419 y 103 946 respectivamente. Hay que tener en cuenta, a la hora de estudiar las cifras, que normalmente los visitantes internacionales no hacen tantas fechas ni localizaciones como los locales, por lo que es normal que sus cifras sean más bajas.

Por supuesto, Bad Bunny viene a destrozar estos números.

Más allá de los datos

Sin embargo, las giras que han sido consideradas las mejores de la historia por los medios especializados son otras. En 2017, la revista Rolling Stone ofreció una lista de los 50 mejores tours de los 50 últimos años hasta ese momento.

Un hombre con una guitarra y el pelo en alto habla ante un micrófono.
David Bowie en el Santa Monica Civic Auditorium, dentro de la gira ZIggy Stardust Tour en 1972.
Boris Yaro/ Los Angeles Times Photographic Collection, CC BY

Entre ellos se incluían The Jimi Hendrix Experience Worldwide Tour, Led Zeppelin World Tour, Madonna Blond Ambition Tour, U2 Zoo TV Tour, Taylor Swift ‘1989’ Tour, Beyoncé Formation Tour y, sobre todo, Ziggy Stardust and the Spiders from Mars World Tour y el Purple Rain Tour.

Y decimos “sobre todo” porque esas giras de David Bowie y Prince, respectivamente, se repiten en más de una lista. En muchas otras fuentes se destacan también el 360º Tour de U2; el Dark Side of the Moon Tour de Pink Floyd; el tour conjunto de Red Hot Chili Peppers, Pearl Jam y Nirvana entre 1991 y 1992 y el Bad World Tour (1987–1989) de Michael Jackson (para algunos la mejor gira de la historia).

No sabemos si en el futuro Bad Bunny también pertenecerá a este segundo grupo. No obstante, probablemente se estudie su gira como una buena estrategia de promoción dentro de la industria musical contemporánea. Después de todo, ha conseguido congregar a un gran número de caras conocidas en sus conciertos. Por su “casita” –réplica de la vivienda tradicional de Puerto Rico– han pasado Penélope Cruz, Karol G., Ricky Martin, Javier Bardem, Lionel Messi, Kylian Mbappé, LeBron James, Salma Hayek, Pedro Pascal o Lamine Yamal, entre otros.

Atrayendo a famosos consigue mantener la expectación y, sobre todo, diferenciar una cita de otra y generar titulares por donde quiera que pasa. La pregunta es: ¿quiénes serán los siguientes en aparecer?


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Cristina Pérez-Ordóñez no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

ref. Los números de la gira de Bad Bunny marean, pero no son los únicos – https://theconversation.com/los-numeros-de-la-gira-de-bad-bunny-marean-pero-no-son-los-unicos-280601

La remise des diplômes, dernière victime de la polarisation politique sur les campus américains

Source: The Conversation – in French – By Austin Sarat, William Nelson Cromwell Professor of Jurisprudence and Political Science, Amherst College

Les universités ont longtemps considéré les cérémonies de remise des diplômes comme un moment de rassemblement au-delà des clivages politiques. Joshua Hoehne/unsplash, CC BY

Entre 2000 et 2024, l’organisation de défense de la liberté d’expression FIRE a recensé 345 tentatives de désinvitation d’orateurs pour des remise des diplômes aux États-Unis. Un phénomène qui illustre la difficulté croissante des universités à concilier diversité des opinions et sensibilité politique des campus.


Aux États-Unis, prononcer un discours de remise des diplômes à l’université était autrefois considéré comme un honneur particulier. Les intervenants se tenaient derrière un pupitre, vêtus de la traditionnelle toge et du mortier universitaires, et adressaient aux diplômés des conseils de vie et des paroles inspirantes au moment où ils s’apprêtaient à entrer dans une nouvelle étape de leur existence.

Aujourd’hui, toutefois, prendre la parole lors d’une cérémonie de remise des diplômes comporte des risques considérables, comme l’a récemment constaté Morton Schapiro, ancien président de l’université Northwestern. Celui-ci devait prononcer le discours de fin d’études du Georgetown University Law Center le 17 mai 2026, mais a annoncé le 6 mai qu’il ne participerait finalement pas à l’événement.

Des étudiants de la faculté de droit de Georgetown avaient protesté contre cette invitation et lancé une pétition pour qu’elle soit annulée, invoquant ce qu’ils décrivaient comme les « opinions controversées, sionistes et nuisibles » de Schapiro. Les étudiants faisaient notamment référence à une tribune dans laquelle Schapiro exprimait son soutien à Israël et au peuple juif quelques jours après les attaques du Hamas du 7 octobre 2023, qui ont fait 1 200 morts.

Schapiro est loin d’être un cas isolé. Ce n’est pas un hasard si l’organisation de défense de la liberté d’expression FIRE qualifie la période précédant les cérémonies de remise des diplômes universitaires de « saison des désinvitations », ou disinvitation season.

Au cours des deux dernières décennies, de nombreuses universités à travers les États-Unis ont retiré leurs invitations à des personnalités chargées de prononcer les discours de remise des diplômes après que des étudiants ont protesté contre leur venue. Dans d’autres cas, les intervenants eux-mêmes ont renoncé à participer à pareil événement après la mobilisation d’étudiants opposés à leur prise de parole.

En tant que politiste ayant travaillé sur le Premier Amendement de la Constitution américaine et sur la liberté d’expression sur les campus universitaires, je vois dans l’annulation de la venue de Morton Schapiro à Georgetown un exemple d’un phénomène plus large : la difficulté persistante à accepter la confrontation avec des points de vue divergents, même au moment de célébrer l’obtention d’un diplôme.

Certains étudiants ne souhaitent entendre, lors de leur remise de diplôme, que des intervenants partageant leurs convictions. Ils exercent ce que les spécialistes du droit de la liberté d’expression appellent un « veto du chahuteur » (« heckler’s veto »), c’est-à-dire une situation dans laquelle la réaction – ou la réaction anticipée – du public suffit à empêcher une personne de prendre la parole. La liberté d’expression passe alors au second plan, et la cérémonie de remise des diplômes se réduit à un exercice de conformité idéologique.

Cela n’a pas toujours été ainsi

La première cérémonie universitaire de remise des diplômes aux États-Unis a eu lieu en 1642, lorsque le Harvard College a organisé une cérémonie pour honorer ses neuf diplômés. Les étudiants étaient accompagnés de plusieurs des personnalités les plus éminentes de la colonie de la baie du Massachusetts, parmi lesquelles le gouverneur John Winthrop et son adjoint John Endicott, venus assister à l’événement.

Aucun discours de remise des diplômes n’était alors prévu. Au contraire, chaque diplômé prenait lui-même la parole et mettait en démonstration le fruit de son éducation classique en s’exprimant en latin et en anglais.

À partir du milieu du XIXe siècle, les cérémonies universitaires commencèrent à attirer sur les campus des personnalités extérieures reconnues, invitées à prononcer un discours devant les diplômés.

En 1837, par exemple, le poète et essayiste Ralph Waldo Emerson s’adressa aux diplômés de la société Phi Beta Kappa de Harvard University et lança un vibrant appel aux étudiants et intellectuels américains pour qu’ils mettent fin à ce qu’il appelait « notre long apprentissage auprès du savoir d’autres nations ».

En 1881, James A. Garfield devint le premier président américain en exercice à prononcer un discours de remise des diplômes, à l’occasion d’une cérémonie organisée à la United States Naval Academy, à Annapolis, dans le Maryland.

Vingt-quatre ans plus tard, le président Theodore Roosevelt prit la parole lors de la première cérémonie de remise des diplômes de Clark University, à Worcester, dans le Massachusetts. Il déclara alors à son auditoire : « J’ai toujours été profondément convaincu qu’il en va d’une nation comme d’un individu : les plus grands bâtisseurs doivent aussi être de grands rêveurs. »

Depuis lors, d’autres présidents ont utilisé leurs discours de remise des diplômes pour annoncer d’importantes initiatives politiques ou des accords majeurs, notamment en matière de politique étrangère.

En 1963, le président John F. Kennedy annonça aux étudiants diplômés de l’American University que les États-Unis, le Royaume-Uni et l’Union soviétique allaient entamer des négociations visant à interdire les essais nucléaires.

Deux ans plus tard, le président Lyndon B. Johnson profita du discours de remise des diplômes de l’université Howard pour annoncer le lancement d’une vaste initiative destinée à lutter contre les inégalités socio-économiques pénalisant les Afro-Américains.

À l’époque, les interventions de Kennedy, de Johnson ou d’autres personnalités de premier plan invitées à prononcer un discours de remise des diplômes ne suscitaient ni controverse majeure ni mouvement de protestation, contrairement à ce que l’on observe depuis quelques décennies.

L’orateur, un paratonnerre

Mais cette époque est révolue. Les temps ont changé.

Selon les estimations de FIRE, entre 2000 et 2024, on a recensé 345 tentatives de désinvitation d’orateurs pour des remise de diplômes. Nombre des personnalités visées par ces campagnes ont finalement renoncé à participer aux cérémonies.

Des cas de désinvitation d’intervenants se sont produits aussi bien dans de petits établissements privés que dans de grandes universités publiques. Dans bien des cas, l’annulation de l’invitation est précédée de pétitions et de manifestations organisées aussi bien par des militants conservateurs que progressistes.

Par exemple, en 2019, l’ancien sénateur démocrate du Nebraska Bob Kerrey s’est retiré de son rôle d’orateur de remise des diplômes à l’Creighton University. Cette décision est intervenue après que le Parti républicain du Nebraska eut dénoncé ses votes favorables au droit à l’avortement.

En 2024, Dickinson College a annulé l’invitation adressée à Michael Smerconish pour son discours de remise des diplômes. Cette décision faisait suite à une tribune étudiante rappelant que, vingt ans plus tôt, Smerconish avait déclaré que, « pour assurer la sécurité de l’Amérique, la TSA devrait cibler délibérément les Arabes et les musulmans lors des contrôles, car ils ressemblent aux auteurs des précédents attentats terroristes ».

« Quelqu’un comme Mike Smerconish représente-t-il d’une quelconque manière les réussites et les aspirations des étudiants de Dickinson ? Si Dickinson aime réellement ses étudiants et les valorise, ne devrait-elle pas les honorer avec une personnalité qui reflète cet attachement ? », écrivaient les signataires dans leur tribune. Des manifestations ont suivi, et le président de l’établissement a finalement cédé à la pression.

En 2025, l’écrivain Salman Rushdie a renoncé à prononcer le discours de remise des diplômes du Claremont McKenna College, à Claremont, en California, après que des membres de la Muslim Student Association ont demandé à l’université de retirer son invitation. Ils reprochaient à Rushdie, qui se définit lui-même comme un « athée intransigeant », de « dénigrer une communauté religieuse mondiale » dans ses écrits et ses prises de parole publiques.

Lors d’un discours de remise des diplômes prononcé en 2015 à l’Emory University, il avait notamment déclaré : « J’ai parfois l’impression que nous vivons à une époque d’une grande crédulité. Les gens semblent prêts à croire à peu près n’importe quoi. Dieu, par exemple. »

Ces dernières années, la guerre entre Israël et le Hamas dans la bande de Gaza a en effet alimenté de nombreuses controverses autour des cérémonies de remise des diplômes et conduit à plusieurs annulations d’invitations, en raison des positions prises par certains intervenants sur le conflit.

Dans le même temps, plusieurs orateurs ont prononcé des discours jugés controversés, voire offensants, par certains diplômés et observateurs extérieurs. En 2024, par exemple, Harrison Butker, joueur des Kansas City Chiefs, est intervenu lors de la cérémonie de remise des diplômes du Benedictine College et a encouragé les femmes à devenir femmes au foyer.

Les cérémonies de remise des diplômes et la liberté d’expression

Ce qui nous ramène à Morton Schapiro.

« J’ai présidé 28 cérémonies de remise des diplômes en tant que président d’université et doyen », a écrit Schapiro dans un message adressé aux étudiants de la faculté de droit de Georgetown. « Je considère que ces cérémonies sont avant tout destinées à célébrer les diplômés et ceux qui les ont soutenus. Je me réjouissais à l’idée de prononcer un discours sur l’humilité et la gratitude, mais je ne souhaite pas que ma présence détourne l’attention de cette journée de fête. »

L’humilité et la gratitude font souvent défaut durant cette « saison des désinvitations ». En 2017, Drew Gilpin Faust, alors présidente de l’Harvard University, semblait avoir conscience de ce manque lorsqu’elle a adressé un message en faveur de la liberté d’expression aux diplômés lors de son discours de remise des diplômes.

« Faire taire des idées ou se complaire dans une orthodoxie intellectuelle indépendante des faits et des preuves entrave notre accès à des idées nouvelles et meilleures, et nous empêche de rejeter pleinement et lucidement les mauvaises », avait-elle averti.

La saison des remises de diplômes met précisément cette mise en garde à l’épreuve. Comme le soulignait Faust : « Les universités doivent incarner l’idée que la vérité ne peut pas être simplement proclamée, mais qu’elle doit être établie — par l’argumentation raisonnée, l’examen critique et parfois même par des remises en question inconfortables qui constituent le fondement même de la recherche de la vérité. »

The Conversation

Austin Sarat ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. La remise des diplômes, dernière victime de la polarisation politique sur les campus américains – https://theconversation.com/la-remise-des-diplomes-derniere-victime-de-la-polarisation-politique-sur-les-campus-americains-283911