Source: The Conversation – in French – By Denise Suzanne Cloutier, Professor, Health Geography and Social Gerontology, University of Victoria

Comme les Canadiens vivent plus longtemps que jamais, la question de savoir qui prendra soin d’eux et dans quelles conditions lorsqu’ils ne seront plus en mesure de le faire constitue l’un des enjeux les plus pressants du pays.
Selon les données du recensement de 2021, la population de 85 ans et plus, ainsi que celle de 100 ans et plus, connaissent une croissance beaucoup plus rapide que les autres groupes d’âge.
Or, plus nous vivons vieux, plus nous risquons de souffrir de maladies chroniques multiples et complexes telles que l’hypertension, l’arthrose, les maladies cardiaques, l’ostéoporose, les maladies pulmonaires chroniques, le diabète, le cancer et la démence.
Cet article fait partie de notre série La Révolution grise. La Conversation vous propose d’analyser sous toutes ses facettes l’impact du vieillissement de l’imposante cohorte des boomers sur notre société, qu’ils transforment depuis leur venue au monde. Manières de se loger, de travailler, de consommer la culture, de s’alimenter, de voyager, de se soigner, de vivre… découvrez avec nous les bouleversements en cours, et à venir.
Si la plupart des personnes âgées pourront « vieillir à domicile », chez elles et en relativement bonne santé, environ 8 % d’entre elles, soit 528 000 personnes, auront besoin de soins spécialisés dispensés dans des établissements de soins de longue durée (ESLD) ou des établissements d’hébergement.
C’est particulièrement vrai si elles souffrent d’une maladie, d’un handicap ou d’une blessure, et si les soins à domicile et le soutien familial sont limités.
Le personnel soignant des ESLD sous pression
Environ 14 % du personnel de santé canadien, soit plus de 50 000 personnes, travaille dans les soins de longue durée. Ce chiffre ne tient pas compte de l’ensemble des membres de l’équipe soignante, mais uniquement de ceux qui passent le plus de temps à prodiguer des soins aux résidents.
Les préposés aux bénéficiaires, les infirmières auxiliaires, les infirmières autorisées, les infirmières praticiennes ainsi que les ergothérapeutes et physiothérapeutes sont compris dans cette catégorie. Plusieurs sont des femmes issues de la diversité raciale. Elles sont nombreuses à se sentir dépassées et ignorées.
Prendre soin des soignants
C’est une idée reçue, mais toujours d’actualité, que la pandémie a mis en lumière les défis auxquels sont confrontés les établissements de soins de longue durée, notamment la tendance croissante à la privatisation et la rigidité des structures organisationnelles hiérarchiques.
Selon l’Institut canadien d’information sur la santé, le nombre d’infirmières auxiliaires, d’infirmières autorisées et d’ergothérapeutes a respectivement diminué de 6,1 %, 2,1 % et 9,1 % en 2023. Malgré ces conditions, le personnel des SLD est connu pour aller au-delà de ses obligations dans la prestation des soins.
La même année, une consultation gouvernementale visant à élaborer des normes nationales en matière de qualité des soins et de sécurité dans les établissements de soins de longue durée a révélé que les infirmières auxiliaires, les aides-soignants et les professionnels paramédicaux réclamaient des mesures concernant leurs conditions de travail. Ils soulignaient notamment l’importance de la stabilité de l’emploi, de salaires équitables, de formations, de possibilités d’avancement, de charges de travail raisonnables et de limites aux heures supplémentaires obligatoires, afin de soutenir leur santé, leur bien-être et leur satisfaction au travail.
La sociologue Pat Armstrong, experte canadienne dans le domaine de la transformation des soins aux personnes âgées, a affirmé : « Les conditions de travail sont les conditions de soins. » Cette déclaration met en lumière la relation entre les travailleurs et l’environnement de SLD dans lequel ils évoluent en ce qui concerne les soins prodigués aux résidents.
Ces paroles révèlent une réalité crue : si cette relation n’est pas prise en compte de manière adéquate, la qualité des soins se trouve compromise.
Un nouveau modèle pour vieillir dans la dignité
Les coûts liés à la prestation de soins de longue durée dans les grands établissements méritent d’être examinés de plus près.
Selon le Conference Board du Canada, il faudra 199 000 lits supplémentaires en soins de longue durée de 2018 à 2035, ce qui nécessitera un investissement de 64 milliards de dollars en capital et de 130 milliards de dollars en dépenses de fonctionnement.
Un sondage mené en 2021 par Ipsos auprès d’environ 2 000 Canadiens et rapporté par l’Association médicale canadienne a révélé que 97 % des personnes âgées de 65 ans et plus s’inquiètent de l’état du système de soins de longue durée au Canada. Plus de 95 % d’entre elles ont également déclaré qu’elles feraient tout leur possible pour éviter d’emménager dans un établissement de soins de longue durée.
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Les personnes âgées souhaitent rester chez elles le plus longtemps possible. Mais ce n’est pas toujours envisageable. Pour répondre à ce besoin, un mouvement mondial en pleine croissance préconise l’élaboration d’environnements plus petits, moins institutionnels et plus familiaux, comme des communautés pour les personnes atteintes de démence, afin de bien prendre soin des personnes âgées.
Ces nouveaux modèles se développent partout au Canada, sur la base du concept De Hogeweyk, conçu aux Pays-Bas dans les années 1990, avec la création d’un premier village en 2009. Ces villages offrent un cadre favorisant les interactions sociales et la participation à la vie quotidienne. Ils donnent accès à des espaces extérieurs et à des jardins, et aident les personnes à conserver leur dignité et leur autonomie aussi longtemps que possible.
Pour les gens atteints de démence et les personnes âgées qui souhaitent rester chez elles le plus longtemps possible, cela constitue une lueur d’espoir.
De nombreuses données montrent que ces milieux inclusifs, adaptés aux personnes âgées et offrant une atmosphère familiale, procurent aux résidents un sentiment accru de confort, de contrôle et d’autonomie. Ils fournissent également un environnement dans lequel les membres du personnel soignant peuvent s’épanouir et accomplir un travail significatif qui améliore leur vie et celle des personnes dont ils s’occupent au quotidien.
La création de lieux favorisant de bonnes conditions de soin – qualité de vie des résidents et des employés, reconnaissance, respect et rémunération adéquate du travail de soin dans tous les secteurs, possibilités de formation et d’avancement professionnel – encouragera les travailleurs à rester dans le secteur et incitera les nouveaux diplômés en soins de santé à considérer les soins de longue durée comme un choix de carrière viable et gratifiant.
Pour garantir la dignité des personnes âgées, le Canada doit envisager le travail de soin comme une infrastructure essentielle.
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Denise Suzanne Cloutier fait partie du projet collaboratif C.A.R.I.N.G Dementia Collaborative financé par l’université de Victoria, dans le cadre de l’initiative Aspiration 2030.
– ref. Voici pourquoi le Canada doit transformer son système de soins de longue durée – https://theconversation.com/voici-pourquoi-le-canada-doit-transformer-son-systeme-de-soins-de-longue-duree-271063










