Vers un ciel artificiel ? Ce que prévoit le droit contre la pollution du ciel nocturne

Source: The Conversation – France in French (2) – By Anna Hurova, Post-doctorante, Chaire Espace, École normale supérieure (ENS) – PSL

La nébuleuse d’Orion prise en photo en 2009. Sur les 208 minutes nécessaires à la pause, de nombreux satellites sont passés devant l’objectif et empêchent de voir une partie du ciel. A. H. Abolfath/NOIRLab/NSF/AURA, CC BY

L’ESSENTIEL

  • L’explosion en cours du nombre de satellites vient s’ajouter à la pollution lumineuse que nous émettons depuis la surface de la Terre et menace la noirceur du ciel nocturne.

  • Si la pollution lumineuse sur Terre peut être encadrée, et l’est d’ailleurs plutôt bien en France, la pollution lumineuse venant de l’espace est bien plus difficile à réguler. Les juristes sont à pied d’œuvre.

  • Saviez-vous que, dans certains pays comme le Japon, il existe des parcs naturels… astronomiques ?


Chaque année, au mois d’août, a lieu l’une des plus grandes pluies d’étoiles filantes de l’année : les Perséides. Mais si vous observez le ciel nocturne l’an prochain, que pourrez-vous voir ? Selon l’endroit où vous vous trouvez, peut-être juste un ciel gris ou orangé sur lequel vous apercevrez la constellation de la Grande Ourse, et surtout de points lumineux en mouvement, qui sont autant de satellites « en orbite basse ».




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Aujourd’hui, il existe deux sources principales de pollution lumineuse du ciel nocturne, qui limite toujours davantage un accès libre et ouvert au ciel nocturne : celles provenant de la Terre et celles provenant de l’espace, en particulier des satellites. Que dit le droit de la protection de la nuit étoilée ?

Protection contre la pollution lumineuse d’origine terrestre : l’approche française

La première source est relativement mieux réglementée. L’Association nationale pour la protection du ciel et de l’environnement nocturnes (ANPCEN) définit le phénomène comme « la dégradation de l’environnement nocturne par émission de lumière artificielle entraînant des impacts importants sur les écosystèmes (faune et flore) et sur la santé humaine suite à l’artificialisation de la nuit ».

En France, depuis moins d’une décennie, plusieurs dispositions encadrent la pollution lumineuse. Notamment, le Code de l’environnement vise à assurer un équilibre harmonieux entre les zones urbaines et les zones rurales et encadre les émissions lumineuses artificielles. De plus, un décret de 2022 vise à réduire et prévenir la pollution lumineuse, en précisant les exigences relatives à la conception et à l’exploitation des installations d’éclairage extérieur ainsi que les règles applicables aux propriétaires publics et privés. Un arrêté fixe quant à lui la liste et le périmètre des 11 sites d’observation astronomique exceptionnels.




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Un mécanisme non gouvernemental de portée internationale est le label « Réserve internationale de ciel étoilé » (RICE), décerné par l’International Dark Sky Association, basée aux États-Unis. Ce label récompense une qualité exceptionnelle du ciel nocturne et engage les territoires concernés à mettre en œuvre des actions visant à réduire la pollution lumineuse. Il en existe sept en France, mais les RICE ne bénéficient d’aucune reconnaissance officielle de la part de l’État, ce qui limite leur capacité à se développer et à influencer les politiques publiques.

Par conséquent, la ministre de la transition écologique, de la biodiversité et des négociations internationales sur le climat et la nature a reçu d’une sénatrice des Alpes-Maritimes une question portant sur la reconnaissance officielle des RICE comme territoires d’intérêt national, ainsi que sur l’élargissement du champ de l’arrêté aux éclairages privés.

Si l’on compare la France à d’autres États, elle figure parmi les pays les plus avancés en matière de lutte contre la pollution lumineuse. Les États réglementent principalement cette question au moyen de seuils d’éclairage, de restrictions techniques applicables aux installations lumineuses au niveau des différentes unités administratives, de réglementations techniques spécifiques (comme en Italie), ou encore par la certification de certains parcs nationaux en tant qu’« International Dark Sky Places », comme c’est notamment le cas au Japon.

Une pollution lumineuse sans frontières : le rôle des satellites

La pollution provenant de l’espace est due aux satellites qui réfléchissent la lumière du soleil.

La plupart des satellites polluent de façon « accidentelle ». En effet, les satellites sont construits à partir de matériaux qui réfléchissent la lumière du soleil, ce qui les rend souvent visibles à l’œil nu, sans qu’ils soient conçus spécifiquement pour cela. Le nombre de satellites en orbite autour de la Terre a connu une croissance exponentielle ces dernières années. En 2026, environ 15 000 satellites sont en orbite basse (low Earth orbit, ou LEO). Ils ont un impact direct sur l’astronomie professionnelle et amateur (contrairement aux satellites opérant sur d’autres orbites).

L’effet combiné des satellites actuellement en orbite basse et de l’accumulation de débris spatiaux pourrait déjà entraîner une augmentation d’environ 10 % de la luminosité du ciel nocturne par rapport aux niveaux naturels.

La régulation des satellites « pollueurs accidentels »

La régulation de ce domaine repose sur l’interaction entre trois catégories d’acteurs.

Les sociétés et organisations astronomiques encouragent les entreprises à coopérer et à partager leurs solutions afin de préserver les intérêts de l’astronomie. Elles incitent également les États à mettre en place des mesures incitatives visant à aider les opérateurs de satellites à développer les technologies nécessaires pour réduire au maximum les interférences avec les observations astronomiques et préserver la qualité du ciel nocturne, notamment son caractère sombre et silencieux.

Ainsi, le Centre de l’Union astronomique internationale pour la protection du ciel sombre et silencieux contre les interférences des constellations de satellites (IAU CPS) élabore notamment, en collaboration avec les opérateurs, des recommandations techniques, par exemple concernant les limites de luminosité apparente des satellites.

Il mène également des consultations avec des organisations internationales, telles que l’Union internationale des télécommunications (UIT) et le Bureau des Nations unies pour les affaires spatiales (UNOOSA), ainsi qu’avec les gouvernements nationaux, afin de favoriser la mise en œuvre des instruments existants de soft law, tels que les Best Practices for the Sustainability of Space Operations de la Space Safety Coalition, le Code of Conduct for Space Sustainability de la Global Satellite Operators Association ou encore l’ESA Zero Debris Charter.

La pollution lumineuse intentionnelle, une source émergente et très inquiétante

La pollution lumineuse intentionnelle, quant à elle, est étroitement liée aux projets de réflecteurs solaires.

En effet, en juillet 2026, la Commission fédérale des communications (FCC) des États-Unis a accordé à la société Reflect Orbital une autorisation pour le développement d’une technologie de réflecteurs spatiaux destinés à diriger la lumière solaire réfléchie vers des zones ciblées afin de « fournir une solution d’éclairage pour les opérations critiques » sans précision sur la nature de ces opérations, celles-ci sont probablement liées à l’augmentation de la durée d’utilisation des cellules solaires.

Ce dernier exemple a relancé les débats scientifiques et soulève trois questions juridiques :

1) Cette pratique, en l’absence de normes réglementaires spécifiques, pourrait-elle contribuer à l’émergence d’une pratique coutumière, autrement dit, il s’agirait d’un mode d’action déterminé par une pratique établie, plutôt que par des normes juridiques ? Pour répondre la question, il faudrait une communication publique et transparente concernant ces technologies, avant leur mise en œuvre. Celle-ci permettrait de renforcer la prise de conscience internationale et de garantir une implication active des États dans d’élaboration des normes (un mécanisme prévu par l’article IX du Traité de l’espace).

2) Existe-t-il une perspective d’adoption par les États membres des Nations unies de la proposition de moratoire ? Il semble qu’un document unilatéral tel qu’un moratoire risquerait de demeurer peu uniforme et de conduire à une approche réglementaire asymétrique entre les États, créant ainsi une fragmentation supplémentaire de la gouvernance des nouvelles activités spatiales.

3) La lumière solaire peut-elle être considérée comme une « substance extraterrestre », au sens de l’article IX du Traité de l’espace – ce qui permettrait l’application de cette disposition aux réflecteurs orbitaux ? Par analogie avec les échantillons d’astéroïdes, la lumière solaire qui n’atteindrait pas naturellement certaines zones de la Terre, mais qui serait intentionnellement dirigée par une intervention humaine, pourrait être considérée comme une substance extraterrestre au sens de l’article IX du Traité de l’espace, qui oblige les États parties au Traité à éviter les modifications nocives du milieu terrestre et à prendre les mesures appropriées à cette fin comme l’engagement dans les consultations internationales.

Une coordination renforcée entre les opérateurs de satellites, les astronomes et les autorités publiques est indispensable pour protéger le ciel nocturne contre les pollutions lumineuses, quelle qu’en soit la source. Et même chacun d’entre nous, qui sommes à la fois des contemplateurs du ciel nocturne et des utilisateurs de services spatiaux, peut contribuer à sa protection par un engagement citoyen actif.

The Conversation

Anna Hurova ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Vers un ciel artificiel ? Ce que prévoit le droit contre la pollution du ciel nocturne – https://theconversation.com/vers-un-ciel-artificiel-ce-que-prevoit-le-droit-contre-la-pollution-du-ciel-nocturne-290885

Notre ciel nocturne est en train de disparaître : un des enjeux du Sommet international sur l’espace 2026

Source: The Conversation – France in French (2) – By Fabien Malbet, Directeur de recherche CNRS en Astrophysique, Université Grenoble Alpes (UGA)

Cette photo permet de distinguer non seulement les constellations d’Orion et du Taureau, ainsi que la Voie lactée, mais aussi les traînées laissées par de nombreux satellites traversant le ciel. Parmi ceux-ci figurent la Station spatiale internationale, des satellites de la mégaconstellation Starlink ainsi qu’une myriade d’autres satellites et corps de fusées. Ces traînées éclairées par le Soleil ont été capturées lors de prises de vue distinctes d’une minute chacune pendant environ deux heures avant l’aube, puis assemblées numériquement en une seule image. Au-dessus de la chambre funéraire de Pentre Ifan, dans le Pembrokeshire, au Pays de Galles. Max Alexander/ESA, CC BY

L’ESSENTIEL

  • Les 9 et 10 septembre 2026, la France accueillera à Paris le Sommet international sur l’espace 2026.

  • Parmi les défis à l’ordre du jour, l’un des plus urgents, et des moins médiatisés, est la préservation du ciel nocturne, aujourd’hui menacé par la prolifération des satellites.

  • Sans action rapide, nos nuits pourraient bientôt ressembler à un écran de jeu vidéo où les satellites artificiels en perpétuel mouvement éclipseraient les étoiles.


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Le ciel nocturne de demain ? L’enfant demande : « C’est quoi, ce point lumineux qui ne bouge pas ? »
Kelsey Johnson/Virginia University, Fourni par l’auteur

Lors d’une soirée d’observation avec des élèves et leurs parents à Chilly, en Haute-Savoie, l’un d’entre nous leur apprenait à distinguer les planètes des étoiles parmi les constellations. Dans la lueur du crépuscule, les lumières clignotantes des avions en approche de Genève, et d’autres à éclat constant, se déplaçaient parmi les points fixes du firmament. « Ces points lumineux qui glissent sans clignoter ne sont ni des étoiles filantes ni des comètes, mais des satellites en orbite basse éclairés par le Soleil, » ont-ils appris. Cependant, la magie du ciel que nous admirions ce soir-là pourrait bien marquer la fin d’une époque. Dans moins de cinq ans, le ciel nocturne risque d’être méconnaissable.

En effet, en 2019, on comptait 2 200 satellites actifs en orbite avant les premiers lancements de la constellation Starlink, mais aujourd’hui, ils sont plus de 18 000 (d’après l’Orbital Radar). Ces satellites, dont la plupart n’ont pas pour fonction de réfléchir délibérément la lumière vers la Terre, contribuent néanmoins déjà à la pollution lumineuse du ciel en raison de la lumière solaire réfléchie par leurs surfaces, notamment celle de leurs panneaux solaires. D’ici 2030, ce nombre pourrait atteindre 30 000 à 60 000 si tous les projets déclarés à l’International Telecommunication Union (ITU) et à la Federal Communications Commission (FCC) états-unienne voient le jour.

Une autre catégorie de projets pourrait encore accroître le nombre d’objets en orbite. Les centres de données spatiaux, comme ceux envisagés par Orbital Compute, pourraient ajouter 100 000 satellites supplémentaires, chacun équipé de panneaux solaires qui renvoient la lumière du Soleil avec pour résultat, une pollution lumineuse spatiale sans précédent, sous la forme de points aussi lumineux que les étoiles les plus brillantes, se déplaçant à grande vitesse sur la voûte céleste et visibles à l’œil nu depuis n’importe où sur Terre.

À cette croissance pourrait s’ajouter une nouvelle catégorie d’objets : des satellites conçus pour réfléchir volontairement la lumière du Soleil vers les régions terrestres plongées dans la nuit. Le projet Reflect Orbital, qui prévoit d’éclairer des zones terrestres la nuit via des miroirs géants en orbite (50 000 sont annoncés), les satellites pourraient être jusqu’à quatre fois plus brillants que la pleine Lune dans leur faisceau direct, ou aussi éclatants que Vénus en dehors de celui-ci, selon une étude récente de l’European Southern Observatory (ESO). Ils viendraient donc s’ajouter aux milliers de satellites déjà visibles qui quadrillent la voûte céleste. À cause de la diffusion de la lumière du Soleil redirigée vers des zones de nuit sur Terre, ces sources contribueraient également à rendre le fond du ciel plus brillant dans des régions jusqu’ici préservées de toute pollution lumineuse.

L’image montre comment la lumière diffusée par les miroirs Reflect Orbital augmenterait la luminosité du ciel au-dessus du Very Large Telescope de l’ESO dans le désert d’Atacama au Nord du Chili. L’image de gauche où l’on aperçoit la Voie Lactée a été prise sans Lune le 16 mai 2026 avec une caméra panoramique. L’image de droite montre un ciel devenu trois à quatre fois plus lumineux à cause des 50 000 satellites même si ceux-ci ne sont pas orientés vers l’observatoire.
Olivier Hainaut/ESO, CC BY

Des impacts bien au-delà de l’astronomie

En effet, cette perspective menace aussi la biodiversité. Les espèces nocturnes (chauves-souris, oiseaux migrateurs, insectes, pollinisateurs…) dépendent de l’obscurité pour s’orienter, chasser ou se reproduire. Une série d’études récentes montre que la pollution lumineuse perturbe les écosystèmes complexes en modifiant les comportements de prédation, de reproduction et de migration. Préserver l’obscurité nocturne constitue donc un enjeu majeur pour la biodiversité, au même titre que la limitation de l’éclairage artificiel au sol.




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Avec des dizaines de milliers de satellites en orbite basse, le risque de collisions en cascade, que l’on appelle le syndrome de Kessler, devient réel, voire imminent. Chaque collision génère des milliers de débris, rendant certaines orbites inutilisables pour des décennies. En 2026, plus de 28 000 objets de plus de 10 centimètres de taille sont déjà catalogués en orbite (Orbital Radar).

Les débris spatiaux ne constituent pas seulement une menace pour les satellites : en réfléchissant la lumière du Soleil, les milliers de petits fragments en orbite peuvent également augmenter la luminosité diffuse du ciel nocturne. Une étude récente estime que cette contribution pourrait représenter, à l’horizon 2035, entre 3 et 20 % de la luminosité naturelle du ciel, et ce quelque soit l’endroit d’où l’on observe, donc y compris dans les sites astronomiques les plus sombres. Cette lumière diffuse, contrairement aux traînées individuelles des satellites, affecterait en permanence les observations astronomiques en augmentant le bruit de fond du ciel.

D’un point de vue culturel, c’est la disparition annoncée du ciel étoilé, patrimoine commun de l’humanité. Aujourd’hui, un tiers des images du télescope Hubble sont déjà altérées par des traînées de satellites. D’ici 2030, plus de 90 % des observations de missions comme SPHEREx, ARRAKIHS ou Xuntian, trois grands télescopes spatiaux consacrés à l’étude de l’Univers, pourraient être inutilisables. SPHEREx représente à lui seul un investissement d’environ 500 millions de dollars pour la Nasa, tandis qu’ARRAKIHS bénéficie d’un budget d’environ 200 millions d’euros de l’ESA.

Mais le vrai drame est culturel : déjà en 2016, 80 % des Américains, 60 % des Européens et plus d’un tiers du reste du monde ne voyaient déjà plus la Voie lactée à cause de la pollution lumineuse terrestre. Avec les mégaconstellations, même les zones les plus sombres de la planète perdront leur ciel étoilé.

Pas de régulations… ni de régulateur

Le problème aujourd’hui, c’est qu’aucune autorité ne dispose des moyens pour imposer des limites aux opérateurs privés. Cette course à l’orbite soulève désormais des questions qui dépassent largement les enjeux techniques : elle met en évidence les limites du droit spatial actuel et l’absence de véritable gouvernance internationale des constellations privées.

L’ITU gère les fréquences radio et les orbites, mais ne couvre pas les impacts environnementaux ou astronomiques. Ce qui a fonctionné pour la gestion des bandes de fréquences électromagnétiques destinées aux communications, c’est le fait qu’une gestion anarchique de celles-ci aurait directement impacté les opérateurs. Malheureusement, ce qui se passe avec les mégaconstellations n’aura pas d’impact immédiat sur le cœur des activités des entreprises impliquées, du moins dans un premier temps. La pollution lumineuse et les perturbations pour l’astronomie concernent principalement des effets indirects, qui ne remettent pas directement en cause leur modèle économique : les opérateurs ont donc peu d’incitations à limiter spontanément ces nuisances tant qu’aucune réglementation ne les y contraint.

Le COPUOS (Committee on the Peaceful Uses of Outer Space) est le comité des Nations unies pour les utilisations pacifiques de l’espace. Celui-ci a créé un groupe d’acteurs dont les recommandations ne sont pas contraignantes.

Ainsi, le Centre pour la protection des cieux sombres et calmes (Centre for the Protection of the Dark and Quiet Sky, CPS) de l’Union astronomique internationale coordonne les efforts entre astronomes, agences spatiales et industriels. Il travaille avec les opérateurs pour mesurer et réduire la luminosité de leurs satellites, en encourageant le recours à des traitements de surface moins réfléchissants et au partage de bonnes pratiques. Mais son influence dépend de la bonne volonté des opérateurs privés.

Dans un rapport intitulé « Large Satellite Constellations: Perspectives and Challenges », les Académies des sciences des pays du G7 ont proposé de créer un organisme de gouvernance permanent, inspiré de l’ITU, mais avec des responsabilités élargies. Cet organisme aurait pour objectif de gérer les orbites des satellites, de contrôler les impacts environnementaux, de protéger l’astronomie et de réguler le trafic spatial pour éviter les collisions. Sans ce cadre international strict et contraignant, la situation en orbite basse pourrait devenir ingérable, avec le risque accru du syndrome de Kessler, où des millions de débris rendraient l’espace inutilisable.

La France accueille les 9 et 10 septembre à Paris le Sommet international sur l’espace 2026, un événement qui réunira décideurs, scientifiques et industriels. En préparation de ce sommet, les académies des sciences du G7 ont tiré la sonnette d’alarme. Dans une déclaration commune, elles appellent à limiter le nombre de satellites en orbite basse, à créer un organisme international de régulation et à imposer des normes strictes pour réduire leur impact.

Que peuvent faire les citoyens ?

Les citoyens peuvent sensibiliser leur entourage au ciel nocturne comme patrimoine universel à protéger, au même titre que les océans ou les forêts. Ils peuvent aussi participer à des programmes, comme Globe at Night, pour mesurer la pollution lumineuse ou soutenir des initiatives, comme celles de DarkSky International pour limiter l’impact des mégaconstellations et préserver les cieux sombres.

Les décideurs, quant à eux, ont la responsabilité d’agir rapidement. Le Sommet international sur l’espace 2026 doit être l’occasion de créer un cadre international contraignant pour limiter le nombre de satellites et leur impact, de privilégier des infrastructures terrestres à faible empreinte carbone et des technologies de communication moins dépendantes des constellations satellitaires, et de protéger les sites de la pollution lumineuse à l’échelle mondiale, comme c’est le cas avec les « réserves internationales de ciel étoilé ».




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Le ciel de demain se décide aujourd’hui ! Dans dix ans, nos enfants regarderont-ils encore la Voie lactée, ou ne verront-ils qu’un réseau de lumières artificielles en mouvement ?

Le choix est entre nos mains, car le ciel nocturne n’est pas une ressource infinie. C’est un bien commun, un patrimoine culturel et écologique que nous avons la responsabilité de transmettre. Le Sommet international sur l’espace 2026 est une occasion unique pour agir.

The Conversation

Fabien Malbet est membre du GDR 2202 “Lumière et environnement nocturne” (LUMEN). Il est aussi membre de l'”Union astronomique internationale” (UAI/IAU) depuis 2006 et plus récemment du “Center for the Protection of the Dark and Quiet Sky” (IAU-CPS). Il reçoit des financements de l’Université Grenoble Alpes (LabEx FOCUS) du Centre National d’Études Spatiales (CNES), et de l’Agence Nationale de la Recherche (PEPR-Orignis, projet RETINA).

Julien Milli est membre du GDR 2202 LUMEN (Lumière & environnement nocturne). Il a reçu des financements du Labex OSUG 2024-2025, de l’Institut National des Sciences de l’Univers (INSU), de l’Agence Nationale de la Recherche (ANR) et du Conseil Européen de la Recherche (ERC). Il a été employé par l’Observatoire Européen Austral (ESO) au Chili de 2012 à 2019.

ref. Notre ciel nocturne est en train de disparaître : un des enjeux du Sommet international sur l’espace 2026 – https://theconversation.com/notre-ciel-nocturne-est-en-train-de-disparaitre-un-des-enjeux-du-sommet-international-sur-lespace-2026-290870

La voiture électrique peut-elle faire disparaître 20 milliards de recettes fiscales ?

Source: The Conversation – France (in French) – By Éric Pichet, Professeur et directeur du Mastère Spécialisé Patrimoine et Immobilier, Kedge Business School


L’ESSENTIEL

  • Le véhicule électrique est un moyen de réduire les émissions de CO₂ dues aux déplacements.

  • Pour l’État, la fiscalité sur les carburants est une source de revenus importante. En outre, l’acquisition des véhicules électriques est subventionnée.

  • Autant dire que le bilan fiscal est moins favorable que le bilan environnemental. Quelles ressources pourrait trouver la puissance publique pour un passage à l’électrique gagnant-gagnant ?


La transition vers la voiture électrique est généralement présentée sous l’angle environnemental incluant la lutte contre les émissions de CO₂ et la pollution urbaine ou l’amélioration du bilan carbone des batteries. Les économistes insistent également sur les avantages budgétaires (pour les propriétaires de voitures) ainsi que sur la réduction des importations et de notre dépendance aux pays producteurs de pétrole (pour un pays producteur et exportateur d’électricité).

Le passage au tout électrique soulève pourtant une autre question, beaucoup moins discutée : que deviendront les recettes que l’automobile procure aujourd’hui aux diverses administrations publiques ?

L’automobile : une vache à lait fiscale

La question est loin d’être anecdotique, car la fiscalité automobile française repose encore largement sur un principe hérité du XXᵉ siècle : taxer fortement le carburant consommé. Lorsqu’il passe à la pompe, l’automobiliste paie sur chaque litre une accise (un droit fixe) de 60 à 75 cents par litre.

À cet impôt, composante de la taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques (TICPE), s’ajoute encore la TVA de 20 % sur le carburant, mais également sur l’accise soit un impôt sur l’impôt… au total la part des taxes évolue de 48 % du prix pour le gazole à 55 % pour le SP95.




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Pour l’État, cette fiscalité possède trois qualités remarquables : son assiette est très large, son recouvrement simple et son rendement dépend directement de l’utilisation du véhicule. Plus on roule, plus on consomme. Plus on consomme, plus on paie de taxes. Or, une voiture électrique ne consomme ni essence ni gazole.

À fiscalité inchangée, la généralisation de l’électrique ferait donc disparaître une partie substantielle de cette ressource.

Des recettes fiscales stables

L’analyse des comptes des transports permet de fixer quelques ordres de grandeur. En 2024 (dernières données officielles disponibles), les voitures particulières françaises ont consommé 10,9 milliards de litres d’essence et 14,8 milliards de litres de gazole. Aux taux d’accise applicables et compte tenu des prix moyens à la pompe, cela représente environ 16 milliards d’euros d’accise et 8 milliards de TVA, soit près de 24 milliards d’euros de prélèvements sur les seuls carburants consommés par les voitures particulières.

À cela s’ajoutent les recettes publiques directement liées aux voitures pour les certificats d’immatriculation (les cartes grises), les taxes sur les contrats d’assurance automobile, les taxes sur les véhicules de société, le malus automobile et environ 2 milliards d’amendes.

Un cauchemar fiscal : 40 millions de voitures électriques

Au 1er janvier 2026, les voitures électriques ne représentaient encore que 3,5 % des 40 millions de voitures particulières en circulation, mais, en août 2026, elles atteignaient déjà 38 % des immatriculations de voitures neuves.

Tentons toutefois une expérience de pensée pour estimer les pertes de recettes fiscales d’un monde idéal dans lequel circuleraient 40 millions de voitures électriques. Dans cet éden écologique, les recettes fiscales ne disparaîtraient pas intégralement, car l’exonération de taxes sur les assurances pour les véhicules électriques est déjà supprimée et elles ne sont pas totalement exonérées de la taxe sur les cartes grises. Il n’empêche que le manque à gagner serait tout de même considérable d’autant que les véhicules électriques ne subissent ni le malus CO₂ qui s’est alourdi au 1er janvier 2026 ni la taxe sur les véhicules de sociétés.

En contrepartie les recettes fiscales supplémentaires sur l’électricité doivent être évaluées. Sur la base de 470 milliards de kilomètres parcourus par an et d’une consommation électrique moyenne de 15 à 20 kilowattheures (kWh) pour 100 kilomètres, un parc entièrement électrique consommerait approximativement 70 à 95 térawattheure (TWh) d’électricité par an pour sa traction. Avec l’accise actuelle de 24,69 euros par mégawattheure (MWh), cette consommation générerait environ de 1,7 milliards à 2,3 milliards d’euros d’accise.

En y ajoutant la TVA sur l’électricité, les prélèvements supplémentaires liés à la recharge pourraient atteindre environ 4 milliards d’euros par an. Cela resterait très inférieur aux quelque 24 milliards aujourd’hui prélevés sur l’essence et le gazole consommés par les voitures particulières.

Des voitures électriques toujours subventionnées

Et ce n’est pas tout. Non seulement l’utilisation des véhicules électriques est bien moins taxée que les véhicules thermiques, mais leur achat est subventionné, conformément aux principes d’une fiscalité comportementale qui cherche à orienter les choix des particuliers par la carotte et le bâton fiscal. Ainsi, le bonus écologique budgétaire pour les voitures particulières représentait 1 milliard d’euros en 2024.

Le leasing social est, quant à lui, doté en 2026 d’une enveloppe de 401 millions d’euros pour au moins 50 000 véhicules, mais financé par les certificats d’économies d’énergie (CEE) à la charge, depuis juillet 2025, des fournisseurs d’énergie, le coût total des subventions de l’État n’est plus que de 1 milliard d’euros environ et devrait s’éteindre assez rapidement.

On peut en conclure qu’un parc de voitures particulières intégralement électriques ferait perdre, à fiscalité constante, environ 24 milliards d’euros de fiscalité annuelle sur l’essence et le gazole en ne créant que quelque 4 milliards à 5 milliards de fiscalité électrique. Le manque à gagner final serait donc proche de 20 milliards d’euros par an.

Quelle taxation future ?

Trois solutions sont possibles pour pallier ce manque à gagner.

La première serait de taxer davantage l’électricité utilisée pour la recharge. Si elle est techniquement séduisante, elle devient délicate lorsque le véhicule est rechargé sur une prise domestique alimentant également le logement.

France Info, 2026.

La seconde consisterait à déplacer la fiscalité de la consommation vers la détention du véhicule, avec une taxe annuelle modulée selon le poids ou d’autres caractéristiques un peu à la manière d’une taxe foncière sur les biens immeubles.

La troisième solution, la plus efficace et la plus équitable, consisterait à taxer l’usage réel, en fonction des kilomètres parcourus. Elle est soutenue par l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) et déjà instaurée en Nouvelle-Zélande et en Islande depuis 2024 pour les véhicules électriques. Ces dispositifs qui permettent de faire contribuer les automobilistes au financement des infrastructures indépendamment de l’énergie utilisée soulèvent toutefois des questions d’acceptabilité, de contrôle et de protection des données.

La transition vers la voiture électrique ne signifie certainement pas la disparition de la fiscalité automobile dont l’État ne saurait se passer, mais annonce plutôt sa transformation. La vraie question n’est donc pas de savoir si la voiture électrique sera taxée, mais quand et comment elle le sera lorsque les carburants cesseront d’être les vaches à lait fiscales.

The Conversation

Éric Pichet ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. La voiture électrique peut-elle faire disparaître 20 milliards de recettes fiscales ? – https://theconversation.com/la-voiture-electrique-peut-elle-faire-disparaitre-20-milliards-de-recettes-fiscales-291053

Pour quelles raisons André Citroën pourrait-il devenir le premier industriel à entrer au Panthéon ?

Source: The Conversation – France (in French) – By François Delorme, chercheur associé CERAG, membre du WIKISGK, Université Grenoble Alpes (UGA)

L’industriel français André Citroën sur un paquebot. Library of Congress /George Grantham Bain Collection

L’ESSENTIEL

  • Lors de la rencontre des entrepreneurs de France, le président du Medef Patrick Martin a soutenu le projet d’entrée au Panthéon d’André Citroën.

  • Si la marque est toujours connue, la biographie de son fondateur l’est beaucoup moins. Notamment les innovations qu’il a promues.

  • La crise de 1929 et ses conséquences financières l’éloigneront de son entreprise.


Citroën est une marque à part dans le monde de l’automobile de collection : une presse spécifique fait vivre la mémoire des modèles légendaires (Citroën Magazine, Citropolis, Chevronnés ou Quai de Javel, le plus récent), des ouvrages nombreux. Des manifestations de grande envergure montrent que les fans, notamment néerlandais, lui vouent un culte particulier tenant en grande partie à la personnalité de son fondateur, André Citroën.

Polytechnicien, l’homme est fasciné par la technique. D’abord fabricant d’engrenage (à chevrons, qui deviendra son emblème), il restructure le constructeur automobile Mors à partir de 1908 en réorganisant et rationalisant la production tout en misant sur l’exportation. Mais c’est à partir de la Première Guerre mondiale qu’il va véritablement changer d’échelle, et d’une certaine façon, changer le monde automobile, et ce, jusqu’à son décès en 1935.

En à peine dix années, Citroën devient le deuxième constructeur automobile mondial… avant de frôler la faillite. Cette épopée mérite assurément une reconnaissance, dans les manuels de management a minima. Et pourquoi pas au Panthéon, où il serait le premier industriel à entrer ?




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Trente-neuf opérations simples pour un obus

Mobilisé pendant la Première Guerre, André Citroën a 36 ans. Il constate le manque de munitions. Comprenant que la production en masse de matériel est un facteur essentiel dans ce conflit, il découpe la fabrication des obus en 39 opérations simples, permettant à une main-d’œuvre sans qualification de fournir l’effort de guerre. Il fabrique 50 000 obus par jours grâce à la première chaîne de production moderne de France. Construite en quatre mois seulement, elle est située quai de Javel à Paris. Les usines Citroën fourniront 24 millions d’obus durant la Première Guerre mondiale.

Une fois la paix revenue, Citroën décide de produire une automobile à prix abordable, grâce à de grandes séries permises par cette nouvelle vision du travail à la chaîne. C’est la type A en 1919. Jusqu’à son dernier coup de génie, en 1934 la traction avant, la marque de Javel cherche à être à la pointe du progrès technique, pour produire toujours plus d’automobiles. Pour André Citroën, être en avance ne suffit, il faut le faire savoir. C’est une autre dimension du personnage : André Citroën est aussi un grand communicant.

Un homme de marketing

La publicité moderne et le développement du crédit doivent beaucoup à la firme aux chevrons, première entreprise dont le logo ne porte pas le nom de la marque. Il modernise le processus de vente avec le suivi de la prospection et une vraie approche commerciale visant à fidéliser la clientèle. Il crée des « événements » comme des journées « portes ouvertes » chez les concessionnaires, et ouvre ses usines à la visite.

De façon plus spectaculaire, il est à l’initiative de grands raids, qui l’opposent à son rival Renault : la Croisière « noire » à travers l’Afrique et la Croisière « jaune » en Asie entrent dans cette catégorie. Il considère aussi que la conductrice est un marché spécifique à conquérir. En 1926, une campagne publicitaire a pour slogan :

« La femme moderne ne circule qu’en cabriolet Citroën. ».

L’architecture, avec des succursales toujours plus grandioses, est un axe de communication. Considérant que les premiers mots des enfants devaient être « Papa, Maman et Citröen », il fabrique des jouets pour enfants (comme la Citröenette à pédale ou électrique) dès 1923. Ils sont aujourd’hui considérés par les collectionneurs comme des icônes.

La signalétique routière devient aussi un moyen de publicité

Mais c’est évidemment l’illumination de la tour Eiffel, qui est le coup de maître : pendant dix ans, son nom y sera présent.

L’aventure Peugeot-Citroën DS, 2025.

Charles Lindberg se serait repéré grâce à ce symbole lumineux dans le ciel de Paris, au terme de sa traversée de l’Atlantique. Il n’en fallait pas plus pour que l’illustre aviateur se rende dans l’usine de Javel sur l’invitation d’André Citroën. Vedette de l’époque, Joséphine Baker chante les louanges de la marque au chevron. Les bancos d’André Citroën au Casino seront aussi célèbres… et même présents dans un poème que Prévert lui consacre.

Mais derrière ce personnage visionnaire mais aussi fantasque (que Louis Renault surnommait « Pitröen »), se cache un manager moderne.

L’art de bien s’entourer

Découvreur de talents, André Citroën sait s’entourer : l’ingénieur Salomon, recruté en 1916, est le père de la type A. André Lefèbvre, ingénieur aéronautique chez Gabriel Voisin, après un bref passage chez Renault, sera le père technologique de la révolutionnaire traction avant, que Flaminio Bertoni, diplômé des Beaux-Arts de Varèse dessinera. Ils seront les concepteurs de la 2CV en 1948 puis de la DS en 1955, perpétuant l’esprit avant-gardiste d’André Citroën après sa mort. Bras droit d’André Citroën depuis Mors, Georges-Marie Haardt est le metteur en scène des grands raids à travers l’Afrique et l’Asie. Il meurt pendant l’un d’eux.

André Citroën est aussi réputé pour être un patron social, ce qui le différencie de son rival surnommé « l’ogre de Billancourt » : produire pendant la Première Guerre mondiale, avec une main-d’œuvre féminine nécessitait des adaptations : cantine pour 3 000 couverts, services sanitaires, épicerie, prime de naissance, pouponnière sont présents dans l’usine du quai de Javel dès 1914. Le 13e mois apparaît en 1927.

Des innovations qui le conduiront à sa perte

C’est enfin et surtout un insatiable innovateur. Au delà du travail à la chaîne, il adopte l’emboutissage pour que les carrosseries soient plus simples à fabriquer (carrosserie dite tout acier) et donc moins chères. Si la traction avant sera un concentré de technologie (on parle de la voiture aux 100 brevets), elle est aussi insuffisamment au point. Elle est fabriquée dans une usine aussi gigantesque et nouvelle que coûteuse, objet d’un film, Autopolis, réalisé par Léon Poirier en 1934.

Les documents cinématographiques, 2018.

Ce projet pharaonique, sorte d’ultime banco, signe à la fois un excès d’orgueil dans sa course face à Renault et d’optimisme dans un contexte économique rendu complexe par les soubresauts de la crise de 1929. Il conduira André Citroën vers de grandes difficultés financières et vers sa perte.

Les créanciers se manifestent et l’un d’eux, Michelin, exige son règlement. Les banques, lassées de cet extravagant, ne suivent plus, malgré une traction avant très prometteuse, et un patrimoine immobilier conséquent. Citroën voit ses actions passer sous le pavillon « auvergnat », car elles étaient gagées contre une avance qui n’est pas remboursée. Il a, cette fois-ci, perdu et mourra en 1935.

À son enterrement, son fidèle rival Louis Renault amènera des orchidées blanches de sa serre personnelle. Il aurait déclaré au sujet de son rival :

« Citroën nous fait du bien : il nous empêche de nous endormir. »

The Conversation

François Delorme ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Pour quelles raisons André Citroën pourrait-il devenir le premier industriel à entrer au Panthéon ? – https://theconversation.com/pour-quelles-raisons-andre-citroen-pourrait-il-devenir-le-premier-industriel-a-entrer-au-pantheon-288835

Pourquoi les séries coréennes préfèrent suggérer plutôt que démontrer

Source: The Conversation – France (in French) – By Céline Lou Sossah, Docteure en Esthétique coréenne à l’Institut national des langues et civilisations orientales, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne

Plan tiré de *Justice juvénile*, dont l’action se déroule dans un tribunal pour enfants. Netflix

Le stratège taoïste Guiguzi – de son nom de naissance probable Wang Xu (王詡) – célèbre pour son Tao de la tromperie, une pensée vieille de plus de deux mille ans, éclaire la manière dont les séries sud-coréennes persuadent aujourd’hui un public international. Cet été, quatre séries se sont hissées simultanément dans le top 10 mondial de Netflix, la preuve, s’il en fallait une, de cette efficacité.


Dans la fiction occidentale, la construction causale des intrigues remonte à la tradition aristotélicienne : selon la philosophe italienne Cristina Viano, la Poétique et la Rhétorique d’Aristote partagent une même chaîne causale, où chaque événement découle logiquement du précédent. L’esthétique coréenne, elle, préfère instiller de l’ironie : le réalisateur Bong Joon-ho désigne sous le nom de « piksari » un événement saugrenu qui surgit au cœur d’une scène dramatique et déjoue les attentes émotionnelles du public. C’est cette esthétique héritée, et non une invention hollywoodienne, qui gagne aujourd’hui jusqu’aux blockbusters américains.

Le concept de « fiction analogique », que j’ai développé dans ma thèse de doctorat, s’appuie sur les écrits du penseur taoïste Guiguzi (鬼谷子, IVᵉ siècle av. n. è.), auteur d’un traité de rhétorique, l’Art de la persuasion, consacré à la guerre psychologique et à la manipulation des adversaires. Guiguzi y enseigne à conduire les autres « sans le laisser paraître, sans montrer par où l’on passe », ce qu’il qualifie lui-même de divin. Pour lui, la vérité importe moins que l’efficacité : elle peut être présentée de manière sélective pour servir des objectifs stratégiques, en diplomatie comme en négociation.

Cette approche s’inscrit dans un conflit dogmatique sur l’interprétation du Tao : quand le sage Lao-Tseu (老子, 570-490 av. n. è.) invite à se détacher des apparences pour atteindre une clarté intérieure, Guiguzi les exploite au contraire à des fins stratégiques. Les deux partagent une même défiance envers les sens, mais l’un cherche à s’en libérer, l’autre à s’en servir.

Quatre exemples, tirés de séries récentes et largement diffusées à l’international, permettent de comprendre concrètement comment cette méthode fonctionne à l’écran.

Convaincre par ressemblance, plutôt que par démonstration

Dans une méthode analogique, le terme « 水 » (eau) évoquera toutes les sensations, souvenirs ou émotions qu’un individu associe à cet élément, tel qu’exposé dans une séance d’étude de la pensée dans le feuilleton historique Hwarang (화 랑, KBS2, 2016-2017).

De jeunes disciples évoquent d’abord leurs souvenirs liés à ce mot, la fraîcheur, la pluie, une émotion d’enfance, avant de comprendre, par ce cheminement associatif, qu’elle est en réalité une allégorie du Roi : comme l’eau coule depuis sa source, le pouvoir découle de lui. Dans la série, il n’est jamais question de l’eau au premier degré : c’est l’association, de l’intime au politique, qui construit le sens, au risque de transformer ces récits non linéaires en instruments de persuasion redoutables, car ils exercent une influence édifiante sur leurs téléspectateurs.

Le spectateur n’est pas seulement destinataire d’une démonstration, il devient co-énonciateur du lien qui donne son sens au récit.

Le doute comme outil de persuasion

Au-delà de ces associations d’idées savamment induites, la série coréenne sème volontiers la confusion, pour mieux instiller le doute dans l’esprit des spectateurs. Dans le feuilleton judiciaire Justice juvénile (소년 심판, Netflix, 2022), une même scène de maltraitance est montrée deux fois, du point de vue de la victime puis de l’adulte qui l’encadre, sans jamais être départagée. Ce n’est pas la vérité qui est recherchée, mais l’impact émotionnel, une forme de désinformation. Le refus de trancher n’est certes pas l’apanage de la Corée : si le diptyque Spider-Man de Marc Webb (2012-2014) restait fidèle à une esthétique causale et dramatique, la trilogie plus récente de Jon Watts (2017-2021) adopte au contraire le « piksari », désamorçant les moments dramatiques par des ruptures comiques inattendues – un basculement qui marque le début de la disparition de la fiction causale au profit de la fiction analogique dans les fictions occidentales, et qui coïncide avec la montée en influence de la Hallyu sur Hollywood entre 2014 et 2017.

Construire l’intrigue par association plutôt que par lien de cause à effet

Cette méthode façonne jusqu’à la structure des intrigues. Dans le feuilleton fantastique J’entends ta voix (너의 목소리가 들려, SBS, 2013), une avocate est interrogée en entretien d’embauche sur son exclusion du lycée. Elle commence alors à raconter son passé qui, plutôt que de se refermer une fois l’explication donnée, bifurque sur une intrigue parallèle, un meurtre dont elle a été témoin adolescente, avant de s’arrêter net sur une fin en suspens. Le jury, comme le spectateur, reste dans l’incertitude : cette absence de clôture la rend inoubliable et lui permet, dans le récit, de décrocher le poste.

On passe ainsi d’un souvenir à l’autre, ou d’un indice à l’autre, par contiguïté, non par déduction logique. Cette absence de clôture immédiate produit un effet particulier : le spectateur reste dans l’attente, obligé de conserver plusieurs hypothèses ouvertes. Ce qui pourrait apparaître comme une faiblesse dans une intrigue strictement causale devient ici une ressource narrative.

Une influence qui ne s’annonce jamais

Ce n’est pas la démonstration qui produit la surprise, mais la reconfiguration rétrospective de ce que le spectateur croyait avoir compris – un mécanisme qui, dans le feuilleton historique la Déesse du Feu (불의 여신 정이, MBC, 2013), opère aussi sur le plan idéologique. Le feuilleton offre l’illustration la plus aboutie de l’art guiguzien : conduire le spectateur vers une conclusion sans jamais la lui imposer. Commanditée par l’Agence coréenne de contenus créatifs (KOCCA) et financée par le ministère de la culture, des sports et du tourisme, la série se présente dès son carton d’ouverture comme une vitrine patrimoniale, inspirée de la vie de la potière historique Baek Pa-sun (백파선 ou 百婆仙, 1560-1656).

Mais c’est surtout par le silence qu’elle agit : dès le premier épisode, on apprend que l’héroïne est née d’un viol. Sa mère, agressée par l’un des céramistes royaux, choisit de taire ce crime pour préserver son rêve de devenir céramiste, une violence que le récit ne condamne jamais. Lorsque l’héroïne finit par confronter son père biologique, elle se heurte à son mépris et à son absence de remords : c’est alors qu’elle comprend que sa mère n’était pas consentante.

Comprendre cette scène suppose que le spectateur se souvienne, par lui-même, de ce qui s’est dit trente épisodes plus tôt. Le risque est là : une fiction causale, comme la tragédie aristotélicienne, se referme sur un discours net où le coupable est puni ; ici, rien n’est montré ni expliqué, seulement suggéré
– laissant la porte ouverte à ce que la faute reste, littéralement, sans conséquence.

Le public féminin, en quête d’émancipation à travers cette figure historique, se retrouve ainsi enrôlé dans un discours qui le ramène, lui, au silence et à l’effacement, tandis que les hommes du récit occupent le devant de la scène sans jamais être inquiétés : la mère de l’héroïne ne reçoit ni justice pour son agression, ni sanction pour son agresseur.

Ce paradoxe dépasse ce seul feuilleton : convoquer une figure féminine historique comme Baek Pa-sun semble chercher une légitimité dans le passé, alors que cela renforce subtilement les normes sociales conservatrices – si ce récit avait été construit selon une logique causale, on aurait pu y voir un discours progressiste. C’est précisément parce qu’elle ne formule jamais ce discours explicitement que la fiction analogique parvient à le faire accepter, en se faisant passer pour un simple divertissement. La persuasion ne disparaît pas derrière le récit : elle s’y dissimule – aussi efficace, et aussi indétectable, que l’art de Guiguzi l’annonçait dès l’origine.

The Conversation

Céline Lou Sossah ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Pourquoi les séries coréennes préfèrent suggérer plutôt que démontrer – https://theconversation.com/pourquoi-les-series-coreennes-preferent-suggerer-plutot-que-demontrer-290879

Le compte à rebours de l’âge mûr : ce que « le temps qu’il nous reste » peut nous apprendre

Source: The Conversation – in French – By Gail Low, Associate Professor, Chair International Health, MacEwan University

Dans son article « Adaptation and the Life Cycle » (1976), la psychologue américaine Bernice Neugarten explique que c’est notre horloge sociale, et non le nombre d’années vécues, qui nous fait entrer dans la maturité


Pour beaucoup de gens, comme l’a théorisé Neugarten, cela correspond à des jalons tels que rencontrer un partenaire de vie, acheter une maison ou fonder une famille. Un parcours professionnel soigneusement tracé nous permet d’accéder à des responsabilités toujours plus grandes, ce qui peut même nous faire oublier les changements liés à notre apparence ou à nos fonctions corporelles.

En théorie, ces jalons suivent un « calendrier socialement prescrit régissant l’enchaînement des événements majeurs de la vie ». Ils se déroulent à certains âges, de manière plus ou moins prévisible. Nos « horloges sociales » tournent au même rythme, pour nous faire entrer dans l’âge mûr, où nous avons eu le temps de souffler et de constituer, dans notre esprit, un répertoire de stratégies éprouvées et de résultats concrets.

Nous devenons maîtres de notre propre temps, prenant des décisions sans heurts, acceptant les choses telles qu’elles viennent et accomplissant tout ce qui doit être fait. On aide un enfant adulte à rester sur la bonne voie, sans se laisser déconcerter ni décourager.

Maîtriser le temps

À l’âge mûr, nous sommes des aidants pour nos parents, nos conjoints, voire nos enfants adultes, et sommes probablement très occupés par un emploi rémunéré et du bénévolat. La psychologue Margie Lachman considère que les rôles et responsabilités intergénérationnels, souvent multiples, constituent une source d’épanouissement, voire d’accomplissement.

Les maîtres ne se laissent généralement pas intimider ni influencer par les complexités de la vie. Ils sont bien trop occupés à respirer, à feuilleter leur propre répertoire de stratégies d’adaptation, à trouver des solutions raisonnables.

Les maîtres de leur propre temps ne sont toutefois pas invulnérables. Des imprévus, surtout négatifs (par exemple, le décès d’un enfant avant celui d’un parent), peuvent les faire dérailler. Ce genre d’événements défie toute logique, nous prend au dépourvu, nous laisse dans l’incertitude, voire brise la continuité du parcours de vie. Dans ces circonstances, nos répertoires ne contiennent aucune mesure éprouvée pour décider comment s’adapter sur le moment.

Les changements socioéconomiques rapides et sans précédent, alimentés par la pandémie de Covid-19, ont fait en sorte que les trajectoires de développement ordonnées et le sentiment de sécurité face à l’avenir ressemblent davantage à un fantasme qu’à la réalité.

Les Canadiens dans la mi-cinquantaine au début de la soixantaine ont généralement vécu au moins quatre événements de vie négatifs ou très négatifs, tels que la maladie, des ruptures familiales, la perte d’un aidant naturel et la perte d’heures de travail.

Ces événements ne se sont pas nécessairement produits un à la fois ou de façon progressive. La Covid-19, par exemple, a été une source de difficultés incessantes pour certaines personnes.

Une étude du World Values Survey a révélé que les personnes dans la quarantaine et la cinquantaine étaient les moins satisfaites de leur situation de vie. Cela a été attribué à une liberté de choix perçue comme moindre et à un sentiment de contrôle réduit sur le cours de leur vie, ainsi que sur leur propre santé et les finances du ménage.

Neugarten a, à juste titre, décrit les années intermédiaires comme une période marquée par une prise de conscience accrue du temps qui nous reste, de plus en plus compté, qui s’accompagne à un certain moment d’une santé précaire et/ou du décès d’un proche. Cela peut laisser les gens dans une impasse, étouffés par l’anxiété. Des recherches indiquent que les personnes dans la soixantaine qui banalisent ou remettent en question leurs inquiétudes en ressortent souvent encore plus anxieuses. Identifier les aspects positifs d’expériences négatives peut s’avérer particulièrement difficile pour les personnes dans la quarantaine et au début de la soixantaine.


Cet article fait partie de notre série La Révolution grise. La Conversation vous propose d’analyser sous toutes ses facettes l’impact du vieillissement de l’imposante cohorte des boomers sur notre société. Manières de se loger, de travailler, de consommer la culture, de s’alimenter, de voyager, de se soigner, de vivre… découvrez avec nous les bouleversements en cours, et à venir.


Cinq années perdues

Les experts affirment que les répercussions de la Covid-19 ont fait reculer notre horloge sociale de cinq ans. La durée de vie de certaines personnes au-delà de l’âge mûr est désormais liée à leur sentiment de sécurité financière, et l’on s’inquiète de plus en plus de l’inflation et du coût de la vie. Par ailleurs, l’espérance de vie en bonne santé est tombée à 66,9 ans, alors qu’elle avait atteint un sommet de 70,4 ans entre 2010 et 2012.

L’adaptation au cours de l’âge mûr peut aussi porter ses fruits lorsque les gens font le bilan de leurs réalisations, même partielles, ce qui peut les pousser à prendre des mesures du type « c’est maintenant ou jamais », comme quitter un partenaire après le départ de leurs enfants adultes.

Certains adultes d’âge mûr qui envisagent un avenir plus mouvementé sont plus enclins à s’engager dans des activités risquées aux résultats incertains, comme dire ce qu’ils pensent au travail, défier une figure d’autorité ou avoir des relations sexuelles sans protection. De même, le sentiment d’avoir manqué des occasions de gains financiers, même à court terme, a rendu d’autres plus déterminés à ne pas laisser passer leur chance.




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La sociologue Julia Rozanova a constaté que, pour les personnes dans la cinquantaine qui vieillissent avec le VIH, le temps consacré à leur épanouissement personnel comptait bien plus que celui accordé à un partenaire amoureux, un phénomène qui s’observe à travers les générations.

Au Canada, environ quatre hommes sur dix et une femme sur trois dans la vingtaine et la trentaine s’apprêtent à entrer dans l’âge mûr sans partenaire, quel que soit leur état de santé. Les Canadiennes âgées de 20 à 49 ans qui choisissent de ne pas élever d’enfants optent pour une carrière en nombre record (51,5 %).

Parmi les personnes atteintes d’une maladie chronique dans la cinquantaine, celles qui craignent moins les incertitudes futures liées à leur santé déclarent se sentir moins anxieuses.


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Maîtrise du temps ou capitulation

Aux yeux de Neugarten, le plus grand dilemme de l’âge mûr réside dans la maîtrise du temps par opposition à la capitulation.

Ceux qui maîtrisent l’approche « il ne me reste plus que tant de temps » sont les chefs d’orchestre de leur propre vie : ils délèguent au travail, choisissent leur entourage, recherchent le plaisir dans la vie plutôt que de se contenter de le grappiller. D’autres, ne sachant pas encore comment utiliser au mieux ce temps ni comment le structurer, ressentent plutôt de l’anxiété que la maîtrise qui vient avec ce rôle.

Votre horloge sociale tourne-t-elle au bon rythme ? Vous sentez-vous comme le chef d’orchestre de votre propre vie ? Ferez-vous un acte de foi et sauterez-vous sur une autre voie ? Craignez-vous plutôt de dérailler, après avoir prétendument perdu cinq ans à cause de la pandémie ? Êtes-vous quelque part entre les deux, en train de réfléchir et d’attendre qu’un signal extérieur donne le coup d’envoi ?

Les moments de bouleversement peuvent inciter les gens à repenser leurs priorités et à imaginer différentes façons de vivre et de se soutenir mutuellement. Le sentiment que le temps est peut-être compté peut créer un sentiment d’urgence à agir maintenant, à renouer des liens, à faire preuve de solidarité et à resserrer les rangs.

La façon dont nous percevons le « temps qu’il nous reste » peut nous aider à réfléchir au risque, aux comportements risqués, à la perte, à la résilience, aux liens et à la possibilité de changement. Quatre suicides sur dix surviennent désormais après 50 ans, principalement chez les personnes dans la cinquantaine et la soixantaine. Aujourd’hui plus que jamais, il est temps de parler du « temps qu’il nous reste » à l’âge mûr, en lien avec notre santé, nos finances et notre cercle de proches.

La Conversation Canada

Gail Low est affiliée à Gateway Association, un organisme sans but lucratif de défense des familles. Elle a été bénéficiaire d’un financement destiné à la recherche sur la santé mentale à un âge avancé.

Gloria Gutman est professeure émérite à l’Université Simon Fraser. Elle est ancienne présidente de l’Association internationale de gérontologie et de gériatrie, de l’Association canadienne de gérontologie et du Réseau international pour la prévention des mauvais traitements envers les aînés.

Alexandra A. Deac et Anila Naz AliSher ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur poste universitaire.

ref. Le compte à rebours de l’âge mûr : ce que « le temps qu’il nous reste » peut nous apprendre – https://theconversation.com/le-compte-a-rebours-de-lage-mur-ce-que-le-temps-quil-nous-reste-peut-nous-apprendre-290982

Vaut-il mieux remettre un produit usagé à neuf ou transformer d’anciens produits en nouvelles matières premières ?

Source: The Conversation – in French – By Maud Van den Broeke, Professor in Operations and Supply Chain Management, IÉSEG School of Management

Dans le secteur des batteries de véhicules électriques, le coût du *remanufacturing* est d’environ 50 % d’une batterie neuve contre 20 % pour le recyclage. Karepastock/Shutterstock (no reuse)

La hausse des préoccupations environnementales, des réglementations plus strictes et la pression concurrentielle poussent les entreprises à adopter des stratégies de récupération des produits. Ces dernières incluent le remanufacturing – remettre un produit usagé à neuf – et le recyclage – transformer d’anciens produits en nouvelles matières premières.

Les entreprises font régulièrement évoluer la part accordée au recyclage et au remanufacturing dans leurs stratégies de récupération. Par exemple, le spécialiste de l’impression Xerox privilégie le recyclage des déchets solides, mais a augmenté la part du remanufacturing de 11 % à 15 % de 2020 à 2021, tandis que le recyclage reculait de 74 % à 69 %, avant de revenir à 6 % de remanufacturing et 81 % de recyclage en 2024.

Le groupe automobile Stellantis, qui privilégiait la remise d’un produit usagé à neuf, a réorienté sa stratégie en faveur du recyclage : la part du recyclage de ses batteries en fin de vie est passée de 28,9 % à 43,4 % entre 2022 et 2023, tandis que celle du remanufacturing reculait de 45,6 % à 38,1 %.

L’ambition de notre recherche est d’aider les entreprises à bâtir une stratégie de récupération des produits cohérente et résiliente dans le temps, afin d’éviter une alternance entre remanufacturing et recyclage dictée par les contraintes du moment.

Comment avons-nous mis en évidence cette stratégie optimale ?

Notre étude propose un modèle d’optimisation pour trouver les stratégies de récupération les plus rentables pour les fabricants d’équipements d’origine, ces derniers étant en concurrence avec des remanufacturiers indépendants. Cette économie est encore peu étudiée malgré son importance industrielle. Pour ce faire, nous avons identifié dix stratégies possibles, allant de l’absence totale de récupération à la récupération complète.

La figure illustre les dix stratégies de récupération des produits (recyclage et remanufacturing) pour un ensemble donné de valeurs des paramètres.

Une telle concurrence existe déjà dans le secteur automobile, où plusieurs acteurs remanufacturiers indépendants sont présents sur le marché, tels que Terrepower et Borg Automotive, face à des équipementiers comme Valeo.

Les équipementiers et les remanufacturiers indépendants décident chacun de la quantité de produits usagés à récupérer. Les remanufacturiers indépendants consacrent les produits récupérés pour les remettre à neuf (remanufacturing), tandis que les fabricants d’origine peuvent opter soit pour le remanufacturing, soit pour le recyclage ou encore pour une combinaison des deux. Le choix optimal dépend de la concurrence, des coûts et de la demande.

Par exemple, les remanufacturiers indépendants n’entrent sur le marché que si le coût de la remise à neuf d’un produit usagé est inférieur à un seuil critique. Les entreprises peuvent identifier la stratégie la plus adaptée en faisant varier :

  • les coûts de production, de collecte, de recyclage et de remise à neuf d’un produit usagé ;

  • l’efficacité des matériaux recyclés ;

  • la disposition des consommateurs à payer et leur acceptation des produits remanufacturés.

Dans le secteur des batteries de véhicules électriques, le coût du remanufacturing est d’environ 50 % d’une batterie neuve, contre 20 % pour le recyclage.

Dans ces conditions, notre modèle montre qu’une stratégie hybride est la plus rentable, ce qui correspond aux pratiques observées chez Stellantis. Quand les coûts de collecte sont élevés (produits lourds et dispersés), la remise d’un produit usagé à neuf reste élevé chez les fabricants d’équipements d’origine et les remanufacturiers indépendants, comme chez Caterpillar.

Pourquoi est-ce important ?

Alors que l’Union européenne veut doubler la circularité à 24 % d’ici 2030, les marchés du recyclage et du remanufacturing devraient croître. Tandis que le recyclage est déjà courant dans l’industrie, le remanufacturing reste faible (environ 2 % du marché manufacturier), malgré son fort potentiel pour la durabilité.

Notre recherche montre que les politiques favorisant la concurrence comme la responsabilité élargie du producteur, ou les objectifs de collecte de 65 % du Parlement européen, n’augmentent pas toujours la circularité ou modifient les stratégies de récupération.

Nous constatons que la concurrence des remanufacturiers indépendants peut accroître le recyclage des fabricants d’équipements d’origine et réduire leurs activités de remise à neuf de produits usagés. Cela peut expliquer la baisse du remanufacturing et la hausse du recyclage observé chez Stellantis, comme mentionné précédemment.

Pour atténuer les effets de la concurrence, les fabricants d’équipements d’origine peuvent agir via la conception des produits, ce qui limite le remanufacturing par les remanufacturiers indépendants. Ils peuvent aussi renforcer leur image de marque, comme Volvo, ou choisir la collaboration ou l’acquisition de remanufacturiers indépendants, comme Caterpillar.

Cette intégration augmente la rentabilité de la chaîne d’approvisionnement (+ 7,1 % en moyenne), mais n’est pas toujours meilleure pour l’environnement (25 % des cas).

Quelle suite donner à cette recherche ?

Ce travail fait partie d’un programme sur la durabilité. Afin de mieux éclairer les choix de stratégies de récupération, nous avons déjà mené un projet complémentaire sur le rôle de l’écoconception, l’incertitude de l’offre, de la greeness des consommateurs et les réglementations dans ces décisions.

Nous préparons des propositions de financement national pour un projet sur la collaboration dans les chaînes d’approvisionnement circulaires, en étudiant les réseaux multiacteurs et la résilience face à l’incertitude.

Les recherches futures combineront études cas multiacteurs, workshops, entreprises-chercheurs et outils d’analytique, avec une ouverture aux entreprises intéressées.


Tout savoir en trois minutes sur des résultats récents de recherches, commentés et contextualisés par les chercheuses et les chercheurs qui ont menées ces dernières, c’est le principe de nos « Research Briefs ». Un format à retrouver ici.

The Conversation

Maud Van den Broeke a reçu des financements de ANR (ANR-22-CE10-0006).

Song Liu, Stefan Creemers et Tanja Mlinar ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur poste universitaire.

ref. Vaut-il mieux remettre un produit usagé à neuf ou transformer d’anciens produits en nouvelles matières premières ? – https://theconversation.com/vaut-il-mieux-remettre-un-produit-usage-a-neuf-ou-transformer-danciens-produits-en-nouvelles-matieres-premieres-279825

Avant d’être ennemis, ils étaient amis… La bromance méconnue de Guillaume le Conquérant et Harold

Source: The Conversation – in French – By Catherine Clarke, Professor in the History of People, Place and Community, School of Advanced Study, University of London

Dans les premières scènes de la tapisserie de Bayeux, avant le serment visible ici, Guillaume de Normandie et Harold Godwinson s’entraident. Wikimedia

L’ESSENTIEL

  • La tapisserie de Bayeux, présentée au British Museum à Londres à partir du 10 septembre, raconte aussi les événements qui ont précédé la conquête normande.

  • Avant de devenir ennemis, Guillaume de Normandie et Harold Godwinson furent alliés et combattirent côte à côte.

  • Un épisode spectaculaire dans la baie du Mont-Saint-Michel montre Harold sauvant des soldats normands des sables mouvants.


Ils n’ont pas toujours été ennemis. Avant que Guillaume le Conquérant et Harold Godwinson ne se déchirent sur le champ de bataille d’Hastings en 1066 pour la couronne d’Angleterre, ils furent compagnons et frères d’armes.

C’est l’histoire tragique de deux alliés improbables devenus ennemis mortels. Et c’est l’un des récits les moins connus de la tapisserie de Bayeux, qui est présentée au public au British Museum de Londres.

En tant qu’historien du Moyen Âge, j’ai vu la tapisserie plusieurs fois à Bayeux, et c’est cette histoire, souvent laissée de côté, qui me tire des larmes. Au cœur du récit se trouve un épisode extraordinaire qui se déroule près du Mont-Saint-Michel, en Normandie, où Harold et Guillaume se sont un jour retrouvés côte à côte.

Nous sommes en 1064. Harold Godwinson, l’un des plus puissants nobles de l’Angleterre du haut Moyen Âge, fait naufrage sur les côtes du Ponthieu, dans la Somme. Guillaume, duc de Normandie, exige alors immédiatement qu’Harold lui soit livré.

Une querelle est déjà engagée autour de la succession au trône d’Angleterre : le roi Édouard, qui n’a pas d’enfant, va bientôt mourir, et plusieurs prétendants se disputent la couronne. Les motivations de Guillaume sont, sans aucun doute, liées à ses ambitions pour le trône. Mais l’histoire prend alors une tournure pour le moins surprenante.

Guillaume et ses guerriers partent en campagne militaire contre Conan, duc de Bretagne, emmenant Harold avec eux. Pour Harold, la situation est pour le moins inconfortable : il se retrouve dans une position ambiguë, à la fois otage, hôte et compagnon d’armes.

Près du Mont-Saint-Michel, Guillaume et Harold atteignent la frontière entre la Normandie et la Bretagne. La tapisserie de Bayeux représente le Mont-Saint-Michel sous la forme d’une abbaye stylisée, perchée au sommet d’un rocher escarpé. Le Couesnon marque alors la frontière – un cours d’eau réputé pour ses sables mouvants particulièrement traîtres.

Puis, c’est la catastrophe. La tapisserie montre l’armée normande en train de s’enliser dans les vasières. Des hommes traversent le cours d’eau, leurs boucliers levés au-dessus de leurs têtes, avant de trébucher et de tomber dans l’eau et la boue. Un cheval s’enfonce à son tour, désarçonnant son cavalier. C’est la panique, le chaos.

Et, fait extraordinaire, c’est Harold qui vient à leur secours. « Ici, le duc Harold les tira du sable » (« hic Harold dux trahebat eos de arena »), nous raconte la tapisserie. Harold – que sa luxuriante moustache permet de distinguer des hommes de Guillaume (les Normands préféraient être rasés de près) – tient son bouclier d’une main et, de l’autre, tire un malheureux soldat hors des sables mouvants. Un autre fantassin normand s’accroche à son dos tandis qu’Harold le met à l’abri. Harold est le héros du jour.

Cet été, j’ai suivi les traces de Guillaume et Harold, en refaisant leur parcours à travers la baie du Mont-Saint-Michel, à l’embouchure du Couesnon, des vasières jusqu’aux sables mouvants. Aujourd’hui encore, il est trop dangereux de s’y aventurer sans un guide expérimenté : les marées et les sables sont imprévisibles et peuvent être mortels.

Notre guide nous a demandé de « danser », ou de faire onduler nos pieds, pour réveiller les sables mouvants. Lorsqu’ils ont commencé à bouger et à s’ouvrir, engloutissant mes jambes et m’attirant vers le fond, j’ai compris que les pas martelés des soldats normands avaient parfaitement pu suffire à mettre en mouvement le sol. Il ne faut pas longtemps pour que les sables vous emprisonnent et qu’il devienne impossible de s’en extraire.

Harold tire des soldats normands des sables mouvants
Harold tire des soldats normands des sables mouvants.
The British Museum

Le chroniqueur anglo-normand Orderic Vital écrivit plus tard qu’Harold était « très grand et beau, remarquable par sa force physique, son courage et son éloquence, son esprit vif et ses actes de bravoure ». Pourtant tout n’est pas éloge. Orderic ajoute : « Mais que valaient tous ces dons sans l’honneur, qui est à la racine de tout bien ? »

Si vous voulez comprendre ce qui se joue réellement dans la tapisserie de Bayeux, regardez toujours les bordures. Ces bandes décoratives, en haut et en bas, mêlent des motifs d’oiseaux et d’animaux, des scènes tirées de fables morales, des récits secondaires et des symboles qui offrent un commentaire à la fois ironique et incisif sur l’action représentée dans le panneau brodé central.

Dans les bordures de la scène des sables mouvants apparaissent des oiseaux et des poissons – à l’image de la riche vie naturelle de la baie du Mont-Saint-Michel que j’ai pu observer cet été. Mais il y a autre chose. Les bordures grouillent d’anguilles qui se contorsionnent et se tortillent. Un homme tend la main pour tenter de les saisir, mais elles lui glissent entre les doigts. Est-ce une allusion à Harold Godwinson ? Charismatique et charmeur, mais aussi insaisissable qu’une anguille ? À côté des anguilles, des aigles et un loup évoquent la violence et la prédation. Au cœur même de l’héroïsme d’Harold se dessine une sinistre prémonition.

La tapisserie de Bayeux raconte l’épisode des sables mouvants avec le recul de l’histoire. Tout le conflit reste encore à venir. Au cours de la campagne de Bretagne, Harold aide Guillaume à vaincre le duc Conan, le pourchassant de la ville fortifiée de Dol jusqu’à la citadelle de Dinan, perchée au sommet des falaises. Là, Conan se rend et remet les clés de la ville, tendues au bout d’une lance – un autre détail remarquable de la tapisserie.

Harold est largement récompensé pour sa bravoure et ses services : la tapisserie montre les deux hommes presque enlacés, tandis que Guillaume lui remet des armes. Mais ce n’est pas tout. Guillaume ramène Harold en Normandie, à Bayeux, pour célébrer leur victoire – et surtout pour lui arracher ce serment d’allégeance décisif. La tapisserie montre Harold prêtant serment sur des reliques sacrées, même si la question de savoir s’il savait exactement ce qu’il promettait, et sur quoi il prêtait serment, fait encore débat. C’est le moment qui scelle le futur conflit entre les deux hommes et sème les germes de la bataille de Hastings.

C’est à l’issue brutale de la bataille de Hastings que je me suis intéressée dans mon livre A History of England in 25 Poems. Mais il ne faut pas oublier cette histoire d’amitié inattendue, de courage et d’efforts menés de concert. Lorsque vous arrivez au bout de la tapisserie de Bayeux – la flèche dans l’œil, les cadavres dépouillés et mutilés, les Anglais fuyant dans la défaite – souvenez-vous de cette histoire qui la précède, et de cette camaraderie aujourd’hui disparue entre Guillaume et Harold : autrefois, ils étaient deux frères d’armes.

The Conversation

Catherine Clarke ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Avant d’être ennemis, ils étaient amis… La bromance méconnue de Guillaume le Conquérant et Harold – https://theconversation.com/avant-detre-ennemis-ils-etaient-amis-la-bromance-meconnue-de-guillaume-le-conquerant-et-harold-291174

Une étude chez la souris éclaire les changements cérébraux qui pourraient favoriser la rechute après l’arrêt de l’alcool

Source: The Conversation – in French – By Danny G. Winder, Professor and Chair of Neurobiology, UMass Chan Medical School

Mieux comprendre les mécanismes cérébraux liés à la rechute est un enjeu majeur pour le traitement de l’alcoolisme. Mart productio/Pexels

Pourquoi certaines personnes rechutent-elles après avoir arrêté de boire ? Des travaux menés chez la souris suggèrent que l’abstinence peut modifier l’activité d’une région cérébrale, le BNST, et ainsi contribuer à une consommation d’alcool
excessive malgré ses conséquences néfastes.


Chez certains individus, s’abstenir de boire de l’alcool peut ensuite accentuer une consommation compulsive. Notre équipe de recherche a constaté que, chez des souris privées d’alcool, cette envie irrépressible de boire est précédée de modifications de l’activité d’une région cérébrale particulière, ce qui ouvre de nouvelles pistes de dépistage pour identifier et aider les personnes les plus vulnérables à une rechute.

Bien que l’abstinence alcoolique soit associée à une amélioration de l’état de santé, les chercheurs spécialisés dans les addictions émettent l’hypothèse que les modifications cérébrales qui surviennent pendant une période d’abstinence pourraient accroître le risque de rechute.

Pour explorer cette hypothèse, nous avons étudié le comportement de souris après leur avoir donné un accès volontaire à l’alcool pendant une longue période, suivi d’une période d’abstinence forcée. Nous avons constaté qu’une partie des souris développait une consommation d’alcool résistante à l’aversion : elles se mettaient alors à boire de l’alcool malgré la quinine que nous ajoutions pour le rendre de plus en plus amer. De plus, comparées aux souris qui n’avaient pas subi d’abstinence forcée, ces souris consommaient des quantités encore plus importantes de cet alcool très amer. Ces résultats suggèrent que l’abstinence pourrait entraîner des difficultés physiologiques susceptibles de contribuer aux rechutes chez les personnes souffrant de troubles liés à l’usage d’alcool.

Nous avons ensuite suivi l’activité d’un groupe particulier de cellules dans une région du cerveau appelée noyau du lit de la strie terminale, ou BNST. Des recherches antérieures ont montré que cette petite structure cérébrale joue un rôle important dans certains symptômes des troubles liés à l’usage d’alcool, notamment l’anxiété et la dépression.

Le BNST est situé en profondeur, près du centre du cerveau.
Le BNST est situé en profondeur, près du centre du cerveau.
Rob Hurt/Wikimedia Commons, CC BY-SA

Nous avons constaté que lorsque des souris en abstinence étaient replacées dans l’environnement où elles avaient auparavant eu accès à l’alcool, elles tentaient d’en boire, alors même que le dispositif ne contenait que de l’eau. Ces tentatives étaient associées à une activité du BNST. Chez les souris abstinentes qui avaient développé une préférence pour l’alcool très amer, l’activité dans cette région du cerveau était plus de deux fois supérieure à celle observée chez les souris qui n’avaient pas subi de période d’abstinence forcée.

Fait important, nous avons observé une activité du BNST avant même de donner aux souris abstinentes accès à l’alcool amer. Ce résultat laisse penser qu’il pourrait être possible d’identifier les personnes présentant un risque de rechute en mesurant l’activité du BNST lorsqu’on leur donne accès à de l’alcool.

Pourquoi c’est important

La consommation excessive d’alcool constitue l’un des principaux enjeux de santé publique. Bien qu’elle soit associée à de nombreux effets néfastes sur la santé, le public sous-estime chroniquement sa gravité.

En 2024, le nombre de décès associés à la consommation d’alcool aux États-Unis était 4,5 fois supérieur à celui des décès attribués aux opioïdes. Alors que la réduction des risques – qui constitue un élément majeur de la prise en charge des troubles liés à l’usage d’opioïdes – est également étudiée dans le traitement des troubles liés à l’usage d’alcool, l’abstinence reste au cœur de la plupart des approches de cette addiction.

Plus de 80 % des Américains âgés de 12 ans et plus consomment de l’alcool au cours de leur vie, et environ 10 % développent ensuite un trouble lié à l’usage d’alcool. Ces 10 % représentent près de 30 millions de personnes qui auraient besoin d’un traitement (En Europe, l’alcool est responsable de plus de 7 % des maladies et décès prématurés).

Malheureusement, les cliniciens disposent de peu d’outils pour prédire quelles personnes auront besoin d’aide. Bien que des traitements contre les troubles liés à l’usage d’alcool soient approuvés par la Food and Drug Administration (FDA), le nombre de personnes diagnostiquées reste très élevé. De fait, ce nombre a pratiquement doublé aux États-Unis depuis 1999.

Mettre au point de meilleures stratégies pour identifier les personnes présentant un risque de développer un trouble lié à l’usage d’alcool et les aider à s’orienter parmi les différentes options thérapeutiques pourrait améliorer leur prise en charge.

Ce que l’on ignore encore

Le rôle exact que joue le BNST dans les comportements liés aux troubles liés à l’usage d’alcool n’est pas encore clairement établi. On ignore également ce qui provoque l’augmentation de son activité, ainsi que les populations spécifiques de cellules cérébrales au sein du BNST qui sont à l’origine de cette activité. Répondre à ces questions pourrait permettre d’identifier de nouvelles cibles thérapeutiques.

La suite

De nouveaux outils en neurosciences permettent désormais aux chercheurs de manipuler l’activité de neurones spécifiques dans le cerveau des souris. Grâce à ces techniques, notre équipe cherche à comprendre le rôle du BNST dans la consommation d’alcool malgré les conséquences néfastes qui en découlent.

Notre collègue Jennifer Blackford étudie également l’activité du BNST dans le cerveau de personnes souffrant d’un trouble lié à l’usage d’alcool et se trouvant aux premiers stades de l’abstinence. Si son équipe observe des résultats similaires chez l’humain, l’étape suivante consisterait à étudier plus précisément, dans le cadre d’essais cliniques, la possibilité d’utiliser l’activité du BNST comme outil de dépistage.

The Conversation

Danny G. Winder a reçu des financements des National Institutes of Health.

Marie Doyle a reçu des financements du National Institute of Alcohol Abuse and Alcoholism.

ref. Une étude chez la souris éclaire les changements cérébraux qui pourraient favoriser la rechute après l’arrêt de l’alcool – https://theconversation.com/une-etude-chez-la-souris-eclaire-les-changements-cerebraux-qui-pourraient-favoriser-la-rechute-apres-larret-de-lalcool-291181

Pourquoi mesurer les sentiments ne suffit pas à comprendre la réputation numérique d’un État

Source: The Conversation – in French – By Fabrice Lollia, Docteur en sciences de l’information et de la communication, chercheur associé laboratoire DICEN Ile de France, Université Gustave Eiffel

À l’ère du numérique, les organisations sont particulièrement attentives à leur image. Pourtant, les analyses issues des réseaux sociaux se résument encore souvent à des indicateurs « positifs » ou « négatifs ». Utiles pour dégager des tendances, ils ne suffisent pas, en revanche, à comprendre comment une réputation se construit, circule et se transforme.

Une étude pilote menée en 2026 par l’Observatoire des dynamiques stratégiques Afrique–Océan Indien (ODS-AOI) sur l’image numérique de la France à Madagascar apporte un éclairage inédit sur ces mécanismes. Elle analyse 3 097 contributions publiques associées à 23 publications Facebook issues de trois médias malgaches : 2424.mg, Orange Actu Madagascar et L’Express de Madagascar.

Il ne s’agit pas d’un sondage représentatif de l’opinion malgache, mais de l’observation de récits, de perceptions et de dynamiques conversationnelles.

Chercheur en sciences de l’information et de la communication, je m’intéresse à l’impact des réseaux sociaux et des dynamiques informationnelles sur les organisations. À partir de ce terrain, je montre ici pourquoi le projet visant à comprendre une image numérique suppose d’aller au-delà de la seule mesure de sentiment, afin d’identifier les mécanismes qui la façonnent et les effets qu’ils peuvent produire sur la communication d’une organisation.

Des objets concrets deviennent des signes de la relation

Le premier enseignement de cette étude montre que la France n’apparaît ni uniformément rejetée ni uniformément valorisée. Son image varie selon les sujets, les situations et les objets à travers lesquels elle devient visible.

Dans le corpus, « la France » peut renvoyer à une ancienne puissance coloniale, un partenaire diplomatique, un acteur économique, un bailleur, une destination d’études, un espace de mobilité, un partenaire sécuritaire, une langue ou encore une puissance de l’océan Indien. Huit dimensions principales apparaissent ainsi : historique, politique et diplomatique, économique, développement et aide, sécuritaire, mobilité, culturelle et éducative, régionale.

Cette pluralité explique pourquoi des jugements apparemment contradictoires peuvent coexister. Une intervention humanitaire peut être valorisée, tandis que certaines formes d’influence politique sont contestées. L’attractivité des études en France peut rester forte, alors que les procédures de visa suscitent des frustrations.

Du point de vue des représentations sociales, ces contradictions ne constituent pas nécessairement des incohérences. Elles montrent plutôt que la relation franco-malgache est évaluée à travers plusieurs registres simultanés.

Théorie des représentations sociales

Deux mécanismes issus de la théorie des représentations sociales permettent de comprendre ce processus : l’ancrage et l’objectivation.

L’ancrage consiste à interpréter un phénomène complexe à partir de catégories déjà connues. La France peut ainsi être lue comme une ancienne puissance coloniale, une partenaire éducative ou une puissance régionale.

L’objectivation transforme ensuite une relation abstraite en objets concrets : un visa, une aide humanitaire, une infrastructure, les Îles Éparses(administrées par la France mais revendiquées par Madagascar) ou une possibilité d’études.

Une lecture sémiotique (analyse des signes, symboles et codes) permet de prolonger cette analyse. Dans les médias, les réseaux sociaux et les conversations ordinaires, ces objets deviennent des signes à travers lesquels la relation France–Madagascar est discutée, évaluée et parfois contestée. Ils condensent des significations plus larges, liées notamment à la réciprocité, à l’utilité, à la souveraineté, à l’asymétrie ou à la mémoire historique.

Le visa, par exemple, n’est plus seulement une procédure administrative. Il peut devenir le signe d’une relation jugée plus ou moins réciproque. L’aide humanitaire peut devenir le signe d’une utilité immédiatement perceptible. Les Îles Éparses peuvent, quant à elles, concentrer des enjeux de mémoire, de souveraineté et d’autonomie qui dépassent largement la seule question territoriale.

L’image numérique de la France se construit ainsi à partir d’objets concrets qui, dans les conversations, acquièrent une portée symbolique bien plus large que leur fonction première.

Ce que les commentaires évaluent réellement

La réputation numérique dépend aussi du cadrage initial des publications. Une actualité sur l’aide, les visas, la défense ou l’économie ne met pas en évidence les mêmes dimensions de la relation France–Madagascar. Le média sélectionne ainsi ce qui devient saillant.

Mais ce cadrage ne détermine pas entièrement l’interprétation. Les publics peuvent l’accepter, le négocier ou le contester. Une annonce de coopération peut être perçue comme une preuve d’utilité, mais aussi comme le signe d’une relation asymétrique. Les commentaires deviennent alors des espaces de réappropriation où se mêlent expériences personnelles, mémoire historique et comparaisons géopolitiques.

Facebook intervient également dans ce processus. Les algorithmes, l’engagement, la modération et les effets de communauté influencent, dans un cadre technodiscursif, ce qui devient visible. L’analyse doit donc porter sur une configuration plus large allant de la publication en passant par la communauté et en terminant par la plateforme. Le média cadre, le public réinterprète et la plateforme hiérarchise.

Dans ces conversations, cinq dimensions structurent particulièrement l’évaluation de la relation à savoir l’utilité, l’asymétrie, la souveraineté, la responsabilité et la réciprocité. Une même action peut ainsi être jugée utile tout en étant perçue comme asymétrique, ou efficace tout en suscitant des interrogations sur la souveraineté.

La réputation apparaît donc moins comme un score que comme une configuration dynamique de jugements relationnels, produite par l’interaction entre le cadrage, la réception et la visibilité.

De la preuve à l’intelligence réputationnelle

L’étude met en évidence l’importance de la preuve par les résultats. La France dispose à Madagascar de nombreux actifs réputationnels ( éducation, culture, réseaux économiques, présence institutionnelle, capacité opérationnelle ou proximité régionale ), mais leur existence ne garantit pas leur reconnaissance.

Ils se transforment plus facilement en capital réputationnel lorsque les résultats sont visibles, attribuables et perçus comme relativement équilibrés. L’aide humanitaire l’illustre bien : l’action, le résultat et les bénéficiaires sont immédiatement identifiables. À l’inverse, les discours généraux sur le partenariat peuvent être fragilisés lorsque leurs effets concrets demeurent difficiles à percevoir.

Ce constat interroge les pratiques de social listening, c’est-à-dire les méthodes de collecte et d’analyse des conversations, réactions et perceptions exprimées sur les plateformes numériques afin d’identifier les sujets discutés, leur tonalité et leur évolution. Une critique d’un visa, d’un dispositif économique ou de l’influence politique française peut être classée de la même manière comme « négative », alors qu’elle ne renvoie ni au même objet ni aux mêmes attentes.

L’analyse de sentiment reste donc utile, mais elle ne suffit pas. Comprendre une réputation suppose aussi d’identifier ce qui est évalué, dans quel contexte, par quelle communauté et selon quels critères.

C’est ce passage de la tonalité à la compréhension qui conduit à une forme d’intelligence réputationnelle. Il faut non seulement savoir si une réaction est favorable ou défavorable, mais comprendre pourquoi elle l’est et ce qu’elle révèle de la relation.

Le cas France–Madagascar invite ainsi à remplacer la question « Quelle est l’image de la France ? » par une autre : « Quelle dimension de la France est évaluée, par quelle communauté, dans quel contexte et selon quels critères ? »

Et finalement invite à comprendre que dans les espaces numériques, une réputation n’est jamais définitivement acquise : elle se construit, se négocie et se reconfigure en permanence.

The Conversation

Fabrice Lollia does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Pourquoi mesurer les sentiments ne suffit pas à comprendre la réputation numérique d’un État – https://theconversation.com/pourquoi-mesurer-les-sentiments-ne-suffit-pas-a-comprendre-la-reputation-numerique-dun-etat-290565