À quoi sert l’éducation ? Pourquoi la nouvelle série coréenne « Que ça vous serve de leçon » fait un carton

Source: The Conversation – in French – By Yanyan Hong, Adjunct Fellow in Communication, Media and Film Studies, Adelaide University

L’école est en crise dans différents pays du monde et devient un sujet de série. IMDb

Diffusée sur Netflix, la nouvelle série coréenne Que ça vous serve de leçon fait débat et suscite la curiosité bien au-delà des frontières du pays en explorant les difficultés et les défis de l’école aujourd’hui.


Début juin 2026, moins d’une semaine après sa sortie, la nouvelle série coréenne de Netflix Que ça vous serve de leçon (Teach You a Lesson), réalisée par Hong Jong-chan, s’est hissée en tête du classement mondial des séries non anglophones de la plateforme.

Adaptée du webtoon (bande-dessinée en ligne, à scroller sur un écran, ndlr) à succès Get Schooled (2020), cette série de dix épisodes mettant en scène une unité de justiciers soutenue par le gouvernement qui tente de remédier aux dysfonctionnements dans les établissements scolaires est rapidement devenue un succès retentissant très bien noté en ligne.

Décrite dans un article de Forbes comme « l’une des séries dramatiques feel-good les plus addictives de l’année », la série a connu un succès fulgurant en Asie et au-delà.

Derrière l’action, le drame et les affrontements spectaculaires se cache une question qui préoccupe les parents, les éducateurs et les décideurs politiques partout dans le monde : à quoi sert l’éducation lorsque la salle de classe elle-même est en crise ?

Que ça vous serve de leçon, Teaser officiel, Netflix France.

Des leçons à retenir

Que ça vous serve de leçon dépeint une société coréenne dans laquelle la montée de la violence à l’école et le déclin de l’autorité enseignante ont poussé le système éducatif à ses limites.

Le ministre sud-coréen de l’éducation Choi Gang-seok, incarné par Lee Sung-min, crée le Bureau de protection des droits à l’éducation après que sa fille, enseignante, a trouvé la mort de manière tragique sous les coups d’un élève.

L’unité se voit dotée de pouvoirs juridiques exceptionnels lui permettant d’intervenir dans les établissements scolaires en difficulté.

À sa tête se trouve Na Hwa-jin, interprété par Kim Mu-yeol. C’est un homme d’action, gendre du ministre et ancien capitaine des forces spéciales devenu inspecteur.

Hwa-jin fait équipe avec Im Han-rim, un personnage excentrique mais extrêmement bien entraîné, et Bong Geun-dae, un garçon maladroit en société mais doué sur le plan technique.

À l’instar de la célèbre série coréenne Taxi Driver (2021), mais dans le cadre de la salle de classe, chaque épisode aborde un nouveau cas lié au harcèlement, à la corruption, à la fraude scolaire, à la délinquance juvénile, aux jeux d’argent, au trafic de drogue ou à l’exploitation.

Les victimes se tournent vers le Bureau de protection des droits à l’éducation lorsque les institutions leur font défaut, et celui-ci intervient pour rendre une justice rapide et cathartique.

Les cas traités vont du fils gâté d’un homme politique influent, protégé des conséquences de ses actes d’intimidation, à un établissement d’enseignement professionnel où la violence est valorisée, en passant par un étudiant influenceur qui utilise les réseaux sociaux comme une arme contre ses professeurs (avec des conséquences tragiques).

D’autres épisodes abordent la tricherie aux examens, les parents autoritaires et la pression liée à la compétition. Bon nombre d’entre eux s’inspirent même de faits réels, notamment une affaire survenue en 2023 à Séoul, au cours de laquelle une jeune enseignante s’est donné la mort après avoir subi le harcèlement de parents d’élèves.

En mettant au premier plan ces récits personnels bouleversants, la série met en lumière les dysfonctionnements du système éducatif à travers le regard des personnes qui en sont victimes.

Comme le répond le ministre Choi à ceux qui accusent le bureau d’agir par esprit de vengeance :

« Nous ne sommes ni du côté des enseignants ni de celui des élèves. Nous sommes du côté des victimes. »

Le fantasme de résoudre l’insoluble

Dans cette série, si l’enfant d’un homme politique harcèle ses camarades, c’est le politicien lui-même qui est renversé. Si un enseignant exploite un élève intègre, il est appelé à rendre des comptes.

La réalité est souvent bien plus rude. C’est pourquoi ce genre de fantasme procure une forme de réconfort.

Parallèlement, Que ça vous serve de leçon a été critiquée pour avoir glorifié la violence et les châtiments corporels à travers des récits dans lesquels des adolescents en difficulté, des parents violents et des enseignants corrompus sont punis physiquement ou humiliés en public.

A serious-looking man in a suit grips another (whose face is concealed) from the front of his shirt
Pour remettre les adolescents qui posent problème à leur place, Na Hwa-jin ne recule pas devant la violence physique.
IMDb

Pourtant, son succès suggère que le public recherche davantage qu’une simple justice expéditive. Les dialogues porteurs d’espoir et les personnages marquants procurent une échappatoire au quotidien, tout en invitant à réfléchir aux défaillances des systèmes éducatifs réels.

Au cœur de la série, il y a la volonté de prendre le parti des victimes. L’une des répliques les plus marquantes intervient lorsque Hwa-jin déplore l’effondrement de l’autorité à l’école :

« Si les adultes en viennent à craindre les enfants, le monde est condamné. »

À maintes reprises, la série revient sur le besoin d’être vu et entendu. Les victimes sont encouragées à s’exprimer. Comme le dit Hwa-jin à un élève victime de harcèlement, si sa souffrance reste cachée, personne ne saura qu’il a besoin d’aide.

La série s’éloigne également de l’opposition manichéenne entre héros et méchants. On apprend qu’un jeune délinquant incarcéré dans un centre de détention pour mineurs a lui-même été une victime par le passé, une personne dont la souffrance est passée inaperçue jusqu’à ce qu’elle débouche sur de la violence. Sa supplique adressée à Hwa-jin – « Pourrais-tu me promettre une seule chose ? Peux-tu faire en sorte que personne ne finisse comme moi ? » – semble s’adresser autant au public qu’au personnage.

Quel est le but de l’éducation ?

C’est cette question, bien plus que n’importe quelle scène de combat ou confrontation dramatique, qui permet d’expliquer pourquoi Que ça vous serve de leçon a conquis un public du monde entier.

Le pouvoir de fascination de cet univers fictif s’étend bien au-delà de la Corée du Sud. La série est notamment devenue virale en Chine pendant la période du gaokao – le très sélectif examen national d’entrée à l’université –, en résonnance avec des inquiétudes largement partagées autour de la pression scolaire, de l’équité et de l’égalité des chances.

Des études indiquent que la confiance dans l’éducation moderne est en recul dans de nombreux pays, dont l’Australie. Les parents s’inquiètent du harcèlement, les enseignants font état d’une charge de travail ingérable et d’une autorité en déclin, tandis que les décideurs politiques peinent à concilier les exigences contradictoires imposées aux établissements scolaires.

Parallèlement, la série est profondément ancrée dans la culture sud-coréenne de la réussite scolaire à tout prix, où les performances académiques sont étroitement liées à l’ascension sociale et où l’éducation revêt une importance émotionnelle et économique considérable.

Dans le dernier épisode, Hwa-jin dit à l’étudiant responsable de la mort de sa femme :

« Les opportunités ne tombent pas du ciel, on les mérite quand on les veut vraiment. »

Cette réplique résume une conviction très répandue en Asie de l’Est et au-delà : l’éducation est la meilleure chance d’accéder à une vie meilleure.

Mais que se passe-t-il lorsque les enseignants, les parents et les décideurs politiques ne disposent pas des moyens nécessaires pour faire face aux problèmes qui se présentent à eux, et que certains en paient le prix ? Dans ce cas, à quoi sert réellement l’éducation ?

The Conversation

Yanyan Hong ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. À quoi sert l’éducation ? Pourquoi la nouvelle série coréenne « Que ça vous serve de leçon » fait un carton – https://theconversation.com/a-quoi-sert-leducation-pourquoi-la-nouvelle-serie-coreenne-que-ca-vous-serve-de-lecon-fait-un-carton-286084

Quand Hollywood a changé d’ennemi : comment les films de la guerre froide ont transformé les Allemands en alliés

Source: The Conversation – in French – By Manon Kuffer, Docteure en civilisation américaine du XXième-XXIième siècle, Université de Lorraine

Marlene Dietrich dans *A Foreign Affair* (*La Scandaleuse de Berlin*, 1948), de Billy Wilder. Arte

Alors que les menaces de retour de la guerre en Europe de l’Ouest remet au premier plan l’antagonisme « ennemis / alliés », l’histoire montre que ces catégories ne sont jamais figées. Après 1945, Hollywood participe à cette redéfinition : l’Allemagne, ennemi vaincu, devient progressivement un partenaire face à une nouvelle menace, l’Union soviétique.


En 1945, l’Allemagne nazie incarne l’ennemi absolu. Après plusieurs années de guerre et la découverte lors des procès de Nuremberg des crimes commis par le régime hitlérien, rien ne semble pouvoir réhabiliter son image auprès de l’opinion publique américaine. Pourtant, à peine quelques années plus tard, plusieurs films hollywoodiens proposent un regard bien plus nuancé sur les Allemands. Comment expliquer ce basculement ?

Ce changement n’est pas uniquement le fruit de choix artistiques. L’historien Brian Etheridge explique dans son ouvrage Enemies to Allies (2016) qu’il s’accompagne d’une transformation géopolitique majeure. Avec le début de la guerre froide, les États-Unis doivent désormais faire face à un nouvel adversaire : l’Union soviétique. L’ancien ennemi allemand devient progressivement un partenaire indispensable. Le cinéma hollywoodien va se faire le témoin de cette évolution et va même contribuer à la façonner.

Qui était réellement l’ennemi ?

À la fin de la Seconde Guerre mondiale, une question divise les Américains : les Allemands sont-ils collectivement responsables du nazisme ou en sont-ils eux-mêmes les victimes ? Comme l’a montré l’historienne Michaela Hoenicke Moore dans Know your Enemy (2010), ce débat est loin d’être théorique. Il conditionne directement les politiques d’occupation et de reconstruction.

Derrière cette opposition politique se joue aussi une bataille des représentations. Dans les années 1930 et 1940, l’Allemagne oscille déjà dans l’imaginaire américain entre deux présentations contradictoires : celle d’une voie particulière (Sonderweg) et celle d’une nation associée à la culture, à la modernité et à une certaine proximité avec les États-Unis prônée par le président Roosevelt.

Cette ambiguïté rend plus facile, après 1945, la possibilité d’un glissement progressif de l’ennemi vers l’allié.

Berlin, centre névralgique de la Guerre froide

Cette évolution apparaît très nettement dans plusieurs films hollywoodiens tournés à Berlin entre 1945 et la construction du mur en 1961.

Ces œuvres montrent une ville complètement détruite, divisée et occupée par les vainqueurs. Les premières images sont souvent parlantes : des personnages américains observent Berlin depuis un avion.

Bande annonce de The Big Lift (La Ville écartelée), 1950, un film de George Seaton, avec Montgomery Clift et Paul Douglas.

Symboliquement, les vainqueurs surplombent et contemplent les ruines du IIIᵉ Reich. Cependant, derrière cette mise en scène d’une réaffirmation de la victoire s’écrit progressivement un autre récit.

Les Berlinois n’apparaissent plus seulement comme les représentants du régime nazi : la plupart sont des femmes confrontées à la faim et aux pénuries, qui les contraignent à recourir au marché noir et à la prostitution alimentaire.

Le regard porté sur les vaincus commence à changer. Les Allemands ne sont plus uniquement perçus comme de responsables du nazisme et de ses crimes, mais comme des individus fragiles, qu’il faut protéger.

La « Fräulein », nouvelle « fiancée des États-Unis »

C’est dans ce contexte que la figure de la Fräulein (la demoiselle) allemande occupe une place centrale. Souvent jeune, séduisante et débrouillarde, elle survit dans les ruines de Berlin grâce à sa résilience. Cette présence féminine s’explique aussi par une réalité démographique : dans l’Allemagne d’après-guerre, les femmes entre 20 et 40 ans sont trois fois plus nombreuses que les hommes.

The Ruins Of Berlin, chantée par Marlene Dietrich, tirée de la bande-son du film A Foreign Affair (La Scandaleuse de Berlin, 1948).

Le film A Foreign Affair (la Scandaleuse de Berlin, 1948), réalisé par Billy Wilder, en offre l’un des exemples les plus frappants. Son héroïne, interprétée par Marlene Dietrich, entretient des liens avec d’anciens dignitaires nazis tout en suscitant l’empathie des spectateurs. Elle n’est ni totalement coupable ni totalement innocente. Inscrite dans cette zone grise, c’est toute l’ambiguïté de l’Allemagne d’après-guerre qu’elle incarne.

Il en va de même pour The Big Lift (La Ville écartelée , 1950) un semi-documentaire de George Seaton. Le GI Danny McCullough (Montgomery Clift) et l’opérateur radio Hank Kowalsky (Paul Douglas) sont envoyés à Berlin durant le pont aérien de 1948-1949, qui est une réponse au blocus imposé par les Soviétiques. Dans la capitale ravagée, ils sont accueillis par les locaux, parmi lesquels se trouve la mystérieuse Frederika Burkhardt (Cornell Borchers), dont Danny va tomber sous le charme. Frederika se présente comme veuve de guerre éplorée, son mari étant tombé sur le front de l’Est. Cependant, Danny va apprendre par son ami Kowalsky, ancien prisonnier de guerre, que Frederika est une fine calculatrice qui mène un double jeu.

Les films berlinois échappent au manichéisme traditionnel de la guerre froide en redistribuant les cartes victimes / coupables. L’historien Florian Weiss nous rappelle :

« Forte de l’aide à la reconstruction, l’Allemagne de l’Ouest n’est-elle pas devenue – à l’instar de la Fräulein dans la détresse, pour laquelle le GI est autant un protecteur qu’un soutien – la fiancée des États-Unis ? »

Une histoire d’amour comme métaphore des relations entre les États-Unis et l’Allemagne

Dans ces films, les relations entre soldats américains et femmes allemandes sont au cœur de l’intrigue. À première vue, il s’agit de simples histoires sentimentales. En réalité, elles constituent une métaphore des nouvelles relations entre les deux pays.

Ce déplacement d’un conflit politique vers la sphère intime montre la façon dont le cinéma hollywoodien des débuts de la guerre froide a simplifié les enjeux géopolitiques en récits romantiques. Ces histoires d’amour permettent de rendre compréhensibles les rapports de force internationaux pour un public large. Cela passe par des formes narratives immédiatement lisibles : désir, dépendance, protection, trahison ou réconciliation.

Ces romances fonctionnent alors comme de récits de transition : elles accompagnent le passage symbolique de l’ennemi à l’allié. Mais elles produisent aussi des stéréotypes durables, en ce que les soldats doivent alors réaffirmer leur position de vainqueurs et leur masculinité, mise à mal par cette fraternisation, pourtant interdite, avec les populations locales. Les rapports de genre deviennent donc étroitement liés aux rapports de pouvoir internationaux.

De l’ancien ennemi au nouvel allié

Avec l’escalade de la guerre froide, Hollywood participe à la construction d’un nouvel imaginaire de l’ennemi, désormais incarné par l’Union soviétique. Le cinéma d’espionnage, les récits paranoïaques ou les films de science-fiction traduisent cette nouvelle peur collective. Citons par exemple : I Was a Communist for the FBI (Gordon Douglas, 1951) et Invasion of the Body Snatchers (l’Invasion des profanateurs, Don Siegel, 1956), The Day the Earth Stood Still (Le jour où la Terre s’arrêta, Robert Wise, 1951).

Les films berlinois éclairent, quant à eux, la situation internationale à distance des États‑Unis : le soldat américain se doit d’agir comme un ambassadeur des États-Unis dans une Allemagne de l’Ouest de plus en plus alignée, voire inféodée, aux intérêts américains.

Les films berlinois déstabilisent donc les rôles de genre traditionnels pour mieux les reconstruire. Ce recentrage des normes traditionnelles de genre devient alors l’illustration d’une relation diplomatique germano-américaine très étroite. Bien que les films ne reflètent pas directement la réalité sociale et politique de l’après-guerre, ils contribuent à la construction d’un imaginaire collectif.

Le caractère ambigu des Fräulein n’est pas uniquement le résultat d’un déplacement de peurs plus directement « politiques » vers le registre des rapports de genre, ni la seule illustration d’une peur masculine de l’émancipation féminine. Dans les films berlinois, ces deux interprétations sont intrinsèquement liées et se renforcent mutuellement. L’anticommunisme américain doit donc y être considéré comme une appréhension généralisée. Il englobe à la fois la crainte de ce qui est perçu comme étranger, féminin, la peur du communiste ainsi que celle de l’ancien nazi.

Les ennemis d’hier ne sont donc pas nécessairement ceux d’aujourd’hui ou de demain. En montrant comment Hollywood, au début de la guerre froide, a contribué à transformer l’image des Allemands, passés du statut d’adversaires à celui d’alliés, les films berlinois rappellent que les figures de l’ennemi sont des constructions historiques et culturelles en constante évolution.

Loin de refléter simplement les rapports de force internationaux, Hollywood participe à leur mise en récit et à leur légitimation. Cette histoire éclaire ainsi la manière dont les sociétés redéfinissent, selon les contextes politiques, ceux qu’elles perçoivent comme des menaces ou comme des partenaires.

The Conversation

Manon Kuffer a reçu des financements de la Société des Anglicistes de l’Enseignement Supérieur (SAES) et de l’Association Française d’études américaines (AFEA) pour une bourse de mobilité à la Margaret Herrick Library de Los Angeles.
Sa thèse a été financée par un contrat doctoral de l’Université de Lorraine.

ref. Quand Hollywood a changé d’ennemi : comment les films de la guerre froide ont transformé les Allemands en alliés – https://theconversation.com/quand-hollywood-a-change-dennemi-comment-les-films-de-la-guerre-froide-ont-transforme-les-allemands-en-allies-285212

Influenceurs virtuels : quand la médiation de l’information échappe à l’humain

Source: The Conversation – France (in French) – By Gwarlann De Kerviler, Associate Professor – IÉSEG School of Management – LEM (Lille Economie Management, UMR 9221), IÉSEG School of Management

Sur l’écran, ils ont tout pour eux. Disponibles, moins coûteux et contrôlables par définition, les avatars virtuels pourraient être des influenceurs parfaits pour les marques sauf que… les humains font spontanément davantage confiance à l’un des leurs. Jusqu’à quand ?


Les créateurs de contenu sont omniprésents dans le paysage audiovisuel et sur les réseaux sociaux, devenant des intermédiaires incontournables dans l’accès aux informations et à la consommation. Leur capacité à capter l’attention, forger les opinions et modifier les envies interroge. Ce phénomène devient encore plus préoccupant avec l’émergence des influenceurs virtuels, qui n’ont pas de réalité humaine et ne dévoilent pas qui est vraiment derrière « leurs » préconisations. Aujourd’hui, les humains préfèrent systématiquement faire confiance à d’autres humains, même lorsque l’agent artificiel est plus performant (Dietvorst et coll.), mais qu’en sera-t-il demain ?

Aux États-Unis, le Pew Research Center (2024) montre que 21 % des adultes s’informent régulièrement via des « news influencers », et 65 % d’entre eux estiment que ces créateurs les aident à mieux comprendre l’actualité. En France, le Reuters Institute (2025) identifie la même dynamique : les créateurs de contenus éclipsent désormais les marques médias traditionnelles, en termes d’attention sur les réseaux sociaux. En 2025, 37 % des Français utilisent les réseaux sociaux pour s’informer. Chez les moins de 35 ans, le créateur Hugo Décrypte touche chaque semaine 22 % de cette tranche d’âge, autant voire plus que la plupart des médias traditionnels. Dans le même temps, seuls 29 % des Français déclarent faire confiance à l’information, plaçant la France en 41ᵉ position sur 48 pays étudiés.




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Léna Situations, elle, fait son entrée au musée Grévin. Une première pour une influenceuse française, et un symbole fort. Désormais, l’influence numérique s’installe dans le paysage culturel aussi sûrement que dans les stratégies des marques.

De nouveaux intermédiaires

Le développement des influenceurs révèle un basculement : l’information ne circule plus seulement de la marque vers un public via un média (journaux, radio, TV, etc.), mais aussi d’individu à individu, via des intermédiaires qui sélectionnent, interprètent et mettent en forme les contenus auprès de leur communauté profilée et engagée. C’est ce que Lazarsfeld et Katz appellent la « médiation », qui permet à des leaders d’opinion d’être des acteurs clés dans la circulation des idées. Le phénomène n’est pas nouveau, mais les réseaux sociaux lui donnent une ampleur inédite par leur capacité de diffusion rapide à grande échelle.

Aujourd’hui, un influenceur est à la fois source d’inspiration, diffuseur d’informations et prescripteur commercial. Léna Situations ne recommande pas seulement des produits : elle diffuse un modèle à suivre, partage des conseils et des valeurs, suggère des modes de vie et des façons de voir le monde. L’influence ne se limite plus à favoriser l’achat : elle façonne aussi les repères, les normes et l’accès à l’information.

Quand l’avatar devient influenceur

Face aux aléas de la médiation par un influenceur humain (risques de controverses, d’exigences démesurées ou de prises de position imprévisibles), certaines marques ont franchi un pas supplémentaire, en utilisant comme intermédiaire de communication des avatars générés par intelligence artificielle.

Lil Miquela, créée par la startup américaine Brud, cumule 2,3 millions d’abonnés sur Instagram. BMW l’a mise en scène pour promouvoir son modèle électrique iX2 dans une campagne baptisée « Make It Real », où l’avatar explore les fonctionnalités du véhicule dans un univers immersif mêlant décors réels et éléments numériques. Tout est calibré, maîtrisé, aligné avec l’univers de marque, sans les imprévus d’un tournage avec un humain.

La logique est avant tout stratégique : contrôle total du message, cohérence de marque, disponibilité permanente. Un avatar ne tombe pas malade, ne s’engage pas publiquement sur un sujet controversé et ne renégocie pas son contrat en cours de campagne. Pas de clause d’exclusivité, pas de risque réputationnel. Chaque contenu peut être produit sans les coûts logistiques d’un tournage avec un humain. Les influenceurs virtuels permettent une médiation maîtrisée. Mais cette maîtrise a un coût en termes d’image et de relationnel que la recherche commence à mesurer.

Les limites de l’avatar

Les travaux scientifiques convergent : les influenceurs humains, qui font preuve d’empathie et qui peuvent vivre de vraies expériences, surpassent les avatars sur les dimensions clés de la persuasion. L’étude expérimentale de Dondapati et Dehury, publiée dans Computers in Human Behavior: Artificial Humans et menée auprès de 624 participants, le confirme sans ambiguïté. Les audiences rapportent des niveaux de relation parasociale significativement plus faibles avec les influenceurs virtuels (score moyen de 2,09 sur 5) qu’avec les humains (4,52). L’homophilie perçue, c’est-à-dire le sentiment de proximité et de ressemblance avec le créateur, est également inférieure pour les avatars. Et l’effet se traduit directement en intention d’achat.

Si l’amélioration des techniques permet de renforcer l’authenticité perçue des avatars en rapprochant le rendu de contenus réels, l’écart entre humains et avatars reste significatif. La relation parasociale, ce sentiment de lien personnel avec un créateur que l’on suit régulièrement, ne fonctionne pleinement que si l’on perçoit un être humain derrière l’écran, avec une histoire, des passions, des envies et des émotions. Un avatar, aussi bien conçu soit-il, ne pourra pas reproduire la vulnérabilité ni l’évolution personnelle qui nourrissent la relation d’un influenceur humain avec sa communauté.

D’autres travaux complètent le tableau. Li et Ma (2023) identifient, par exemple, un problème de corporalité : l’absence de corps réel d’un avatar limite la projection émotionnelle du public. Lou et al. (2022) révèlent un effet de trahison perçue lorsque l’audience découvre la nature artificielle d’un influenceur qu’elle pensait humain : la confiance chute et, avec elle, l’engagement.

En somme, l’influence repose sur des mécanismes profondément humains (empathie, émotions partagées, authenticité, vulnérabilité, expériences vécues) que l’intelligence artificielle (IA) reproduit imparfaitement.

Des risques exponentiels

Si les avatars peinent à vendre, pourquoi s’en préoccuper ? Parce que même si l’attachement que peut leur témoigner un abonné est encore limité, ces IA introduisent une représentation idéale et déformée de la réalité, en termes d’apparence, de contenu et de mise en forme. Ce faisant, elles modifient les attentes des consommateurs, et de façon plus diffuse, et moins consciente, les normes et représentations sociales.

Par ailleurs, lorsqu’un avatar devient médiateur de contenus culturels ou informationnels, une question inédite se pose : auprès de qui vérifier les données ? Un influenceur humain a un parcours, une expertise identifiable, un visage et un identifiant auquel on peut s’adresser. Un avatar, lui, ne renvoie à aucun interlocuteur.

Le cas d’Anne Kerdi est éclairant. Cette influenceuse virtuelle bretonne, suivie par près de 13 000 abonnés sur Instagram valorise la culture, le patrimoine et l’environnement de la Bretagne. Ambassadrice du fonds de dotation Océanopolis Act pour la protection des littoraux, elle sélectionne des sujets, raconte des traditions, partage des événements. Si cela peut sembler inoffensif, une question de vérification des informations se pose. Elle prévient elle-même sur son profil : « en tant qu’IA, je peux faire des erreurs. Vérifiez mes informations. » Mais combien d’utilisateurs vérifient ? Rappelons que seuls 11 % des Français déclarent avoir reçu une éducation aux médias.

Ces éléments mettent en avant deux risques : un médiateur artificiel n’a pas d’expérience vécue, pas de responsabilité éditoriale, pas de comptes à rendre, et ne dit pas qui conçoit les contenus, où est puisée l’information, ni comment sont produites les réponses. La littérature sur la confiance dans l’IA le confirme. Dès lors, la confiance qui s’appuie généralement sur l’expertise, l’empathie et la transparence est difficile à accorder à un avatar.

M6 Infos, 2024.

Une responsabilité globale

Selon une étude Semrush (2026), les IA génératives puisent massivement dans les contenus des plateformes sociales (Reddit 11 %, LinkedIn 11 %, YouTube 9 %) pour construire leurs réponses. Les contenus produits par des avatars peuvent donc être alimentés par des expériences réelles qui se retrouvent ainsi recyclées dans les réponses de ces outils. Cette confusion des genres peut créer une fausse impression d’authenticité et réduire peu à peu la distance perçue entre influenceurs virtuels et humains.

Il devient très difficile de savoir, en tant que consommateur, dans quelle mesure un contenu est le reflet d’une émotion ressentie, d’une expérience vécue, d’une opinion humaine, ou si ce contenu est une synthèse artificielle conçue par une machine pour paraître authentique. La médiation artificielle ne se limite pas à ceux qui suivent un influenceur : elle contamine l’ensemble de l’écosystème informationnel.

Dans un paysage où la confiance dans les médias est au plus bas, la question n’est plus seulement de savoir si les influenceurs virtuels sont efficaces. Elle est de savoir si les consommateurs peuvent identifier qui leur parle, d’où proviennent les informations, et si les médiateurs qui façonnent leurs repères ont un vécu, une responsabilité, une éthique. La vraie question posée par les influenceurs virtuels n’est pas seulement technologique. Elle est aussi démocratique.

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

ref. Influenceurs virtuels : quand la médiation de l’information échappe à l’humain – https://theconversation.com/influenceurs-virtuels-quand-la-mediation-de-linformation-echappe-a-lhumain-284757

Zimbabwe, Venezuela, Philippines : les banques centrales aussi peuvent faire faillite !

Source: The Conversation – France in French (3) – By Charbel Cordahi, Professeur de Finance & Economie, GEM

Une banque centrale a un pouvoir de seigneuriage, hérité du Moyen Âge. Elle peut créer de façon illimitée de la monnaie. Alors comment est-il possible qu’elle puisse faire faillite ? Explication avec les cas du Zimbabwe, du Venezuela et des Philippines.


Une banque centrale ne pourrait pas faire faillite, car elle dispose du pouvoir féodal de « battre monnaie », ou seigneuriage. Ce terme désigne le privilège d’émettre de la monnaie ; il est autrefois détenu par les seigneurs féodaux, aujourd’hui par les États. Il repose sur la différence entre la valeur de la monnaie émise – comme l’or initialement – et son coût de fabrication ainsi que les intérêts perçus.

De façon théorique, une banque centrale ne pourrait faire faillite ; elle a toujours la capacité de créer de la monnaie. Cependant, les exemples du Zimbabwe, du Venezuela ou des Philippines fournissent les preuves qu’elle peut bel et bien se retrouver en situation d’insolvabilité.

Ces cas historiques mettent en évidence les limites du seigneuriage, notamment face à la dollarisation de l’économie mondiale.

Seigneuriage de la monnaie

Le seigneuriage contribue à maintenir la solvabilité d’une banque centrale. Ce revenu, tiré de l’émission de monnaie, renforce ses fonds propres (ses ressources) et procure de facto une source illimitée de revenus futurs. Concrètement, pour régler leurs dettes, il lui suffit de créer de la monnaie.

Le pouvoir de seigneuriage ne s’exerce que sur la monnaie nationale. Si une banque centrale peut créer sa propre devise, elle ne peut le faire avec une autre monnaie. Par exemple, seule la Banque centrale européenne (BCE) est autorisée à créer des euros.

Les réserves de change, en euro ou en dollar états-unien, deviennent alors cruciales. Sans elles, la banque centrale ne peut plus intervenir efficacement sur le marché des changes ni financer les importations essentielles à son pays. Par exemple, fin 2024, les Philippines disposaient d’une réserve de 106 milliards de dollars états-uniens fin 2024 (92,54 milliards d’euros) à l’actif du bilan de la banque centrale.

Une banque centrale n’est pas une banque privée

Une banque centrale diffère d’une entreprise privée. Elle ne peut pas être liquidée au sens juridique du terme. Son capital peut devenir négatif sans interrompre ses opérations de politique monétaire, de refinancement bancaire, de gestion des réserves de change ou de paiement.

Elle peut continuer à fonctionner même avec des pertes et n’est soumise à aucune exigence minimale de fonds propres. Son objectif premier reste la stabilité des prix, non des gains financiers.

Une banque centrale inscrit à son actif ses réserves en or et en devises, ainsi que des titres de dette – publique et, parfois, privée. De l’autre côté du bilan, au passif, figurent les billets en circulation ainsi que ses dettes envers les banques, le Trésor ou les autres banques centrales. Dans le langage monétaire, ces dettes sont appelées des engagements.

Si les pertes accumulées d’une banque centrale dépassent ses réserves et son capital – capitaux propres négatifs –, ou si la valeur de ses engagements excède celle de ses actifs – insolvabilité –, sa capacité à mener efficacement la politique monétaire peut être compromise.

C’est le cas lorsque :

  • les dettes (engagements) de la banque centrale sont libellées dans une monnaie étrangère. Au Pakistan, ils le sont en dollars états-uniens ou en yuans ;

  • les réserves internationales sont épuisées, comme ce fut le cas au Sri Lanka en 2022 ;

  • la politique monétaire est subordonnée au financement des déficits publics, comme au Zimbabwe dans les années 2000 ;

  • l’économie est petite et ouverte, donc exposée aux chocs extérieurs, comme à Maurice ;

  • le régime est en crise politique, comme en Argentine dans les années 2000.

Insolvabilité technique et défaut opérationnel

Une banque centrale peut devenir insolvable. Ce cas de figure existe quand elle ne dispose plus des réserves internationales, notamment le dollar états-unien, nécessaires pour payer ses créanciers.

On parle alors :

  • d’insolvabilité technique, pour une situation dans laquelle le passif d’une banque centrale excède l’actif, même si les opérations courantes continuent de fonctionner ;

  • ou de défaut opérationnel, à savoir une incapacité à remplir des fonctions clés, comme la défense, le règlement des importations ou le service de la dette externe.

Système dollarisé

Les cas les plus courants de vulnérabilité surviennent dans les systèmes dits non autonomes, notamment les systèmes dollarisés. La banque centrale perd sa capacité à créer une devise de référence utilisée pour les échanges internationaux, comme le dollar – monnaie d’ancrage. Elle devient dépendante des flux de devises provenant des exportations, des investissements directs étrangers (IDE) ou des prêts extérieurs.

Du côté des économies émergentes, l’expérience montre que les banques centrales enregistrent plus fréquemment des capitaux propres négatifs ou des pertes prolongées. Ces dernières sont dues à un ratio élevé de dette publique par rapport au produit intérieur brut (PIB), à un déficit courant persistant et à l’importance des dettes (engagements) en devises – c’est-à-dire des dépôts en monnaies étrangères détenus par les banques commerciales et les administrations publiques auprès de la banque centrale.

Le résultat est différent du côté des économies avancées. Elles n’ont pas expérimenté l’insolvabilité opérationnelle – où le passif dépasse l’actif –, malgré les pertes massives liées aux achats d’actifs (obligations publiques et privées) depuis la crise de 2008 et la pandémie de Covid-19. Ces programmes ont accru leurs pertes et les ont exposées à un risque de capitaux propres négatifs, c’est-à-dire de pertes accumulées rongeant leurs fonds propres.

Du dollar états-unien au dollar zimbabwéen

Dans les années 2000, la Banque centrale du Zimbabwe s’engage dans un financement massif de son déficit public à travers l’émission de dollars zimbabwéens, la monnaie nationale de l’époque. Conséquence : une hyperinflation record, dont le taux mensuel a atteint 79,6 milliards % en novembre 2008, soit un doublement des prix toutes les 24 heures. En 2009, l’abandon de cette monnaie et l’adoption du dollar états-unien ôtent toute autonomie monétaire au pays.

Le dollar zimbabwéen est réintroduit en 2019. La faiblesse des réserves de change et le financement des déficits publics entraînent une forte dépréciation du taux de change parallèle – en 2023, un dollar états-unien s’échangeait sur le marché informel à un cours deux à trois fois supérieur au taux officiel – et à une nouvelle faillite de la banque centrale.

Marché noir du dollar au Venezuela

Un second exemple est celui du Venezuela, depuis les années 2010. La banque centrale du pays a financé des déficits chroniques alimentés par la chute des revenus pétroliers et une gestion budgétaire déséquilibrée, entraînant au passage l’effondrement du bolivar, le développement d’un marché noir du dollar états-unien et une hyperinflation.

Le Venezuela a connu une crise politique et majeure dans les années 2010.
Wikimédia

Les sanctions internationales gèlent une partie des avoirs en or et en devises, amplifiant la crise. Celle-ci est aggravée par le manque d’indépendance de la banque centrale vis-à-vis du pouvoir politique. À cela s’ajoutent des manipulations des statistiques économiques, qui érodent la confiance des ménages et des investisseurs. Il en résulte une réduction des importations, une paupérisation généralisée et une dollarisation de fait de l’économie. Au début des années 2010, plus de 90 % des transactions sont réalisées en dollars états-uniens.

La faillite de la Banque centrale du Venezuela s’est manifestée par son incapacité à mobiliser ses réserves internationales et par l’effondrement de la crédibilité du bolivar. Le financement monétaire des déficits publics et l’hyperinflation ont conduit les ménages et les entreprises à abandonner la monnaie nationale au profit du dollar états-unien.

Le contre-exemple des Philippines

Dans les années 1980, la Banque centrale des Philippines se retrouve en situation d’insolvabilité à la suite d’importantes opérations menées pour le compte de l’État. Elle finance notamment des programmes de crédit subventionnés, vient au secours de banques en difficulté ou accorde des garanties de change coûteuses en pleine crise. Ces interventions génèrent des pertes considérables, représentant plus de 24 % du PIB entre 1982 et 1985. Résultat : elle ne parvient plus à remplir efficacement ses missions, en perdant sa capacité à maîtriser l’inflation et à stabiliser le taux de change.

L’ancienne banque centrale est considérée comme insolvable. Par conséquent, le législateur créé la Bangko Sentral ng Pilipinas en 1993, dotée d’une autonomie et d’une capitalisation renforcées – un cas rare de « résolution institutionnelle » d’une banque centrale. Elle s’est recentrée sur ses missions essentielles. Dotée d’une plus grande indépendance et d’un bilan assaini, elle a progressivement restauré sa crédibilité et sa capacité à conduire la politique monétaire.

The Conversation

Charbel Cordahi ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Zimbabwe, Venezuela, Philippines : les banques centrales aussi peuvent faire faillite ! – https://theconversation.com/zimbabwe-venezuela-philippines-les-banques-centrales-aussi-peuvent-faire-faillite-283182

Las lecciones económicas tras las gestas del Tour de Francia

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Juan Francisco Albert Moreno, Profesor Ayudante Doctor (Departamento de Economía Aplicada), Universitat de València, Universitat de València

PennPix/Shutterstock

Con la llegada de julio comienza uno de los grandes acontecimientos deportivos del año: el Tour de Francia. Un espectáculo mundial que nos puede hacer más llevaderas las tardes cada vez más tórridas de las primeras semanas del verano.

El Tour trasciende lo puramente deportivo. Es un fenómeno cultural, una maquinaria económica perfectamente engrasada y una de las mayores demostraciones de resistencia humana. Pero también puede convertirse en un magnífico laboratorio para comprender cómo funciona la economía.

En esta edición de 2026, que arranca en Barcelona el 4 de julio, todas las miradas apuntan al esloveno Tadej Pogačar (1998). Si logra conquistar su quinto Tour igualará a los franceses Jacques Anquetil y Bernard Hinault, el belga Eddy Merckx y el español Miguel Induráin. No lo tendrá fácil. Frente a él estarán el danés Jonas Vingegaard, doble vencedor del Tour, y el joven francés Paul Seixas, la gran revelación de la temporada y la esperanza de un país que no celebra un campeón del Tour desde Bernard Hinault, en 1985.

Lecciones de economía en bicicleta

La batalla sobre el asfalto promete emociones. Pero, además del espectáculo, el Tour ofrece algo menos evidente: una extraordinaria colección de lecciones económicas, como cuento en mi libro Un economista en el Tourmalet (2026).

Muchas de las situaciones que se producen durante una etapa ilustran principios económicos mejor que algunos ejemplos académicos. Basta observar con atención las decisiones que toman los corredores para descubrir conceptos que normalmente estudiamos en los manuales universitarios.

Volvamos a Bernard Hinault. El francés conquistó cinco Tours de Francia y en 1986 afrontaba su última oportunidad de alcanzar el sexto, una cifra que ningún ciclista ha logrado todavía. Un año antes, su joven compañero, el estadounidense Greg LeMond, había trabajado para ayudarle a conseguir su quinta victoria, con la promesa de que en la siguiente edición los papeles se invertirían.

Pero Hinault nunca fue un corredor resignado. En la etapa reina de los Pirineos atacó desde el Tourmalet, a muchos kilómetros de la meta, abriendo una amplia ventaja gracias a un despliegue de fuerza y orgullo. Sin embargo, incluso los mejores ciclistas están sometidos a la escasez: la energía es un recurso limitado. Aquel esfuerzo resultó imposible de sostener, Hinault terminó hundiéndose en la subida final a Superbagnères, y LeMond acabó dando la vuelta a la clasificación general para conquistar su primer Tour.

¿Y si Hinault perdió aquel sexto Tour por no pensar como un economista?

Uno de los primeros conceptos que enseñamos en cualquier curso de economía es el coste de oportunidad: aquello a lo que renunciamos cuando tomamos una decisión. Cada pedalada del ataque de Hinault tenía un coste. Al consumir gran parte de sus fuerzas en un momento de la carrera, renunciaba a disponer de ellas cuando más las necesitaría. El precio de aquella apuesta no fue únicamente una etapa. Probablemente fue la oportunidad de convertirse en el único ciclista de la historia con seis Tours de Francia en su palmarés.

Tres años después, el propio LeMond protagonizaría otra de las grandes lecciones económicas de la historia del ciclismo. El Tour de 1989 llegó a su última etapa con el francés Laurent Fignon vestido de amarillo y una ventaja de 50 segundos sobre el estadounidense. Todo parecía decidido.

Sin embargo, LeMond utilizó una innovación que muchos consideraban poco más que una extravagancia: un manillar de triatlón que mejoraba notablemente su posición aerodinámica. Fignon, en cambio, mantuvo el equipamiento tradicional, sin casco y con su característica coleta al viento. El resultado es ya historia del deporte: LeMond recuperó toda la desventaja y ganó el Tour por apenas ocho segundos, la diferencia más pequeña jamás registrada.

Greg Lemod ganó el Tour de 1989 por apenas 8 segundos. Fuente: Tour de France, YouTube.

Aquellos ocho segundos fueron mucho más que un desenlace deportivo. Demostraban cómo una innovación tecnológica puede transformar por completo el resultado de una competición. Es el mismo mecanismo que explica buena parte del crecimiento económico. Las sociedades prosperan cuando son capaces de producir más y mejor gracias al progreso técnico y la innovación.

Espectáculo deportivo y lección económica

Estos son solo dos ejemplos. El ciclismo está lleno de situaciones que recuerdan a conceptos económicos. El pelotón busca continuamente un equilibrio semejante al de un mercado. Las escapadas muestran los incentivos y los problemas de coordinación. Las alianzas entre rivales revelan cómo la cooperación puede beneficiar incluso a quienes compiten entre sí. Y las famosas “pájaras ciclistas” ilustran cómo un crecimiento aparentemente exuberante termina provocando las temibles burbujas financieras.

Quizá esa sea una de las razones por las que el Tour sigue fascinando más de un siglo después. No solo porque gana el más fuerte, sino porque cada etapa reproduce algunos de los grandes dilemas de la economía: cómo gestionar recursos limitados, cuándo asumir riesgos, cuándo innovar y qué coste tiene cada decisión. Quien siga la carrera este verano disfrutará de uno de los mayores espectáculos deportivos del mundo. Pero si observa el pelotón con ojos de economista, descubrirá que cada etapa también puede convertirse en una clase de economía magistral.

The Conversation

El autor es autor del libro Un economista en el Tourmalet, en el que desarrolla algunas de las ideas expuestas en este artículo.

ref. Las lecciones económicas tras las gestas del Tour de Francia – https://theconversation.com/las-lecciones-economicas-tras-las-gestas-del-tour-de-francia-286532

Melón, Pancrudo, Guasa… Muchos nombres de lugar no significan lo que parece

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Javier Giralt Latorre, Profesor Titular de Universidad de Filología Catalana Departamento de Lingüística y Literaturas Hispánicas, Universidad de Zaragoza

Vista de Pancorbo (Burgos), cuyo nombre procede del latín _pandu curvu_ (“terreno inclinado o curvado”). Luis Rogelio HM/Flickr, CC BY

Melón es el nombre de una localidad gallega en la comarca del Ribeiro, en la provincia española de Orense. Es muy probable que, si no lo conocemos y pasamos por él en nuestro camino hacia las Rías Bajas, pensemos que se llama así porque existen o existieron campos de melones o alguna relación de este lugar con dicha fruta. Lo mismo que municipios como Pancorbo, en Burgos, o Pancrudo, en Teruel, tienen algo que ver con pan. Pero estaríamos muy equivocados en estas interpretaciones.

En los nombres de lugares sobreviven palabras desaparecidas, ecos de lenguas habladas hace siglos, memorias de antiguos habitantes o paisajes que ya no existen. Los topónimos funcionan como auténticos archivos del territorio, capaces de conservar huellas lingüísticas e históricas que los hablantes ya no reconocen.

En los últimos años han proliferado noticias sobre supuestas “lenguas ancestrales” escondidas en la toponimia. Muchas parten de una intuición correcta: los nombres de lugar suelen ser extraordinariamente conservadores y pueden preservar elementos muy antiguos. Pero también existe un riesgo evidente: interpretar cualquier topónimo como un misterio prerromano o como la huella automática de una lengua perdida.

No son lo que parecen

Mientras la lengua cambia, los topónimos pueden mantener palabras desaparecidas, formas dialectales antiguas o significados que hoy no reconocemos. Y precisamente por eso muchos acaban siendo reinterpretados con el paso del tiempo.

Cuando un nombre deja de entenderse, lo explicamos a partir de palabras conocidas de nuestra lengua actual. Pero el nombre de Melón no tiene nada que ver con la fruta, sino que realmente procede del antropónimo latino Mellonius, probablemente representado en el medieval gallego Mellone, referido a un antiguo poseedor del lugar.

Observemos otro caso curioso. En Huesca hay una localidad llamada Guasa. Su nombre no tiene nada que ver con estar de broma. Proviene de una voz de origen vasco, en concreto gogor “duro”, un adjetivo que surge de la reduplicación de gor, que significa actualmente “sordo”.




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En Teruel podemos ir a Libros, un pequeño y pintoresco pueblo a orillas del Turia cuyos habitantes puede que disfruten mucho de la lectura, o no, pero cuyo nombre está vinculado a una condición fiscal medieval del lugar.

¿Y qué decir de Mozota, en Zaragoza? Lejos de referirse a alguna “moza” de esa localidad, proviene del árabe mawsaṭa, “centro, punto central”, en referencia a la porción de tierra firme que queda en el centro del pronunciado meandro que describe en ese punto geográfico el río Huerva.

Seguimos: Griegos, también en Teruel, además de ser el pueblo más frío de España, está sobre un antiguo asentamiento de helenos. Y, sin embargo, conserva la raíz lingüística céltica brig-, presente en topónimos hispanos antiguos (Brigaecium, Brigantium, Segobriga) y en el origen de numerosos topónimos actuales (Coimbra, Sanabria, Sepúlveda, Setúbal), cuyo significado primitivo es “colina, altura” y que, por extensión metonímica, se convirtió en sinónimo de “fortaleza, lugar fortificado”.

Como vemos, pues, las apariencias engañan, y así se pone de manifiesto en muchos de los topónimos que ya hemos incorporado en Toponomasticon Hispaniae, un proyecto que tiene como objetivo el estudio y divulgación de los nombres de lugar de todo el territorio español y portugués, considerando todas las lenguas peninsulares.

Adaptaciones a palabras más cercanas

Incluso hay casos en los que un nombre de lugar acaba siendo reanalizado a partir de palabras que resultan más familiares para los hablantes, fenómeno este al que el filólogo catalán Joan Coromines llamó metacedeusis.

Cuando la forma de un topónimo es opaca, es decir, cuando el hablante no identifica su significado, el nombre se adapta poco a poco a otras palabras que resultan más reconocibles. Un ejemplo sería el de Santaliestra en Aragón (o Santallestra en Huesca), probablemente procedente de silva ilicestra (en latín, “bosque de encinas”). Pasados los siglos, la voz latina inicial fue sustituida por el adjetivo santa, dando lugar a un hagiotopónimo (nombre de lugar relacionado con un santo) que se ha vinculado a Santa Eleuteria.

El mapa conserva palabras y paisajes desaparecidos

Los topónimos no solo conservan palabras antiguas. También guardan paisajes y formas de vida desaparecidas. Así, Valdenoches, en Guadalajara, parece hoy un nombre perfectamente comprensible: un “valle de noches”.

Sin embargo, es probable que el sustantivo noches proceda de una forma romance antigua derivada del latín nuces, plural de nux, “nogal”, seguramente con una evolución fonética mozárabe.




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Fósiles lingüísticos

Y este origen a partir de un fitónimo (nombre de planta) es el que también se ha dado a algunos ríos del área este peninsular, como el Noguera Ribagorzana o el Noguera Pallaresa: popularmente se interpreta que ese “noguera” tiene el sentido de “nogal” y, sin embargo, está haciendo referencia a la actividad de transportar troncos por el río desde los altos valles pirenaicos: proviene de naucaria, “almadía” o balsa de troncos.

Algo semejante ocurre con Pancorbo (Burgos) y Pancrudo (Teruel). Aunque hoy el primer elemento parece vincularse inevitablemente al pan, los nombres nos remiten, respectivamente, al latín pandu curvu, “terreno inclinado o curvado” y pandu crudu, “vertiente cruda, de extrema dureza”. Estos topónimos habrían conservado una voz antigua ya desaparecida de la lengua actual. El mapa funciona, pues, como una especie de fósil dialectal.

Lugares desaparecidos

En otros casos, la toponimia conserva incluso nombres de lugares que ya no existen. El río Mesquí/Mezquín, en Teruel, podría derivar del árabe andalusí masākin (“moradas”, “casas”). La documentación medieval menciona un lugar desaparecido llamado Mezchino, pero el río conservó su nombre aun cuando el asentamiento ya había dejado de existir. El paisaje actual guarda así la huella lingüística de una población de origen árabe perdida hace siglos.

No basta con la intuición

Por eso la toponimia no puede estudiarse solo a partir de parecidos fonéticos o corazonadas ingeniosas. Para reconstruir el origen de un nombre de lugar es necesario tener muy presentes los testimonios antiguos, y para ello hay que acudir a la documentación, donde podemos encontrar variantes muy valiosas que nos ayudarán comprender la evolución del topónimo a lo largo del tiempo e intuir su etimología (la palabra de la que procede) y su etiología (la razón que lo motivó).

Aunque siempre con extrema prudencia, puesto que los registros medievales pueden proporcionar en ocasiones “falsos amigos” que conduzcan a propuestas erróneas. Así ocurre, por ejemplo, con Vadocondes (Burgos) junto a las formas antiguas que apuntan a un compuesto “vado de los condes”, la documentación transmite variantes como Valdecuendas o Vadacondas, posiblemente debidas a errores de lectura o de transcripción repetidos en la cadena documental. Tomarlas como testimonios fidedignos de la forma antigua podría alterar por completo la interpretación del topónimo.

Los topónimos no son simples etiquetas geográficas. Son fósiles lingüísticos donde sobreviven palabras, sonidos y paisajes que ya han desaparecido de la lengua cotidiana. A veces creemos entender un nombre porque reconocemos una palabra familiar. Pero el mapa conserva voces mucho más antiguas que nosotros.

The Conversation

Javier Giralt Latorre recibe fondos de la Agencia Estatal de Investigación para el proyecto de investigación “Toponimia centropeninsular e insular atlántica” (PID2024-159776OB-C42).

María Teresa Moret Oliver recibe fondos de la Agencia Estatal de Investigación para el proyecto de investigación “Toponimia centropeninsular e insular atlántica” (PID2024-159776OB-C42).

ref. Melón, Pancrudo, Guasa… Muchos nombres de lugar no significan lo que parece – https://theconversation.com/melon-pancrudo-guasa-muchos-nombres-de-lugar-no-significan-lo-que-parece-286165

Noches que matan: cuando el calor no da tregua aunque caiga el sol

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Dominic Royé, Investigador Ramon y Cajal, Consejo Superior de Investigaciones Científicas (CSIC)

Stock-Asso/Shutterstock

Mientras dormíamos estos últimos días, en Almería los termómetros marcaban 30 grados. No era la temperatura del mediodía: era la mínima nocturna, algo sin precedentes en la historia meteorológica española. La AEMET confirmó que las noches del 22 y 23 de junio de 2026 fueron las más cálidas de junio desde que hay registros, con mínimas medias peninsulares de 20 °C, y que los días 22 y 23 superaron con una anomalía de 7,1 °C a la media histórica. En España ya estimamos 4 217 muertos atribuibles al calor en junio (1 209 por calor extremo y 3 008 por calor moderado) con fecha del 29 de junio, según nuestra monitorización.

Lo que estos datos ilustran no es solo el calor extremo del día: también es la ausencia de recuperación por la noche. Y eso, precisamente, es lo que un estudio reciente publicado en Environment International ha cuantificado por primera vez a escala global.

Tres tablas que muestran los diez valores más altos de temperaturas máxima, mínima y media para el mes de junio entre 1950 y 2026 en la España peninsular.
Los diez valores más altos de temperaturas máxima, mínima y media para el mes de junio entre 1950 y 2026 en la España peninsular.
AEMET

El calor nocturno tiene su propia firma de riesgo

La investigación, liderada por la Misión Biológica de Galicia (CSIC) en colaboración con la red internacional MCC (Multi-Country Multi-City), analizó más de 14 millones de defunciones en 178 ciudades de 44 países entre 1990 y 2018. El objetivo era resolver una pregunta que la epidemiología había dejado pendiente: ¿el calor nocturno mata por sí solo, o es simplemente un reflejo del calor diurno?

La respuesta es clara. Incluso controlando estadísticamente la temperatura máxima del día –es decir, descartando que el efecto se deba solo al calor diurno acumulado–, el exceso de calor nocturno se asocia de forma independiente con un mayor riesgo de muerte. En noches de exceso de calor extremo, el riesgo de morir aumenta un 2,6 % respecto a las noches sin estrés térmico. Un incremento modesto en apariencia, pero consistente en todos los climas y regiones del mundo.

El estudio utilizó dos índices basados en datos horarios y no en la temperatura mínima diaria, que suele registrarse al amanecer y no refleja bien lo que ocurre durante las horas de sueño. El primero mide el exceso de calor nocturno (la suma de los grados de más durante la noche por encima de un umbral adaptado a cada ciudad). El segundo mide la duración (el porcentaje de horas nocturnas en que se supera ese umbral).

Impacto en la salud

La biología detrás de estas cifras es coherente. La noche es el tiempo en que el organismo repara el daño térmico del día, reduce la frecuencia cardíaca, consolida el sistema inmune y regula los ritmos circadianos. Cuando la temperatura no baja, ese proceso de recuperación se interrumpe o se degrada.

El calor nocturno altera la arquitectura del sueño: reduce las fases de movimiento ocular rápido (REM) y el sueño profundo de ondas lentas, aumenta los despertares y eleva la temperatura central del cuerpo. El resultado no es solo cansancio: es una mayor carga sobre el sistema cardiovascular, alteraciones en la variabilidad de la frecuencia cardíaca, modificaciones en los lípidos sanguíneos y, en personas vulnerables, un riesgo real de infarto, ictus o fallo renal. Investigaciones recientes vinculan las noches cálidas con mayor mortalidad por parada cardíaca súbita y por demencia.

El estudio identificó además que el mayor impacto se concentra en las primeras 24 horas tras la exposición y en el día siguiente, con efectos que se disipan hacia el tercer o cuarto día, lo que sugiere un mecanismo agudo más que un efecto de desgaste acumulado lento.

Sur de Europa y Asia occidental: los más expuestos

No todos los lugares son igual de vulnerables. Los resultados muestran que el efecto es mayor en el sur de Europa y en Asia occidental (2,5 %). En el norte de Europa, se detecta una menor mortalidad nocturna, probablemente porque los umbrales de calor nocturno se alcanzan con mucha menor frecuencia.

En España, el análisis a nivel de ciudad revela un patrón geográfico muy claro: el mayor aumento de mortalidad por exceso de calor nocturno se concentra en las ciudades del interior peninsular. Granada (3,56 %), Madrid (3,45 %), Córdoba (3,44 %) y Badajoz (3,18 %) encabezan el ranking nacional, seguidas de Ciudad Real (3,00 %) y Toledo (2,92 %).

En términos de duración nocturna, en Córdoba lidera con un 2,47 %, seguida de Granada (2,26 %) y Sevilla (1,93 %): en estas ciudades, la temperatura supera el umbral durante toda la noche. Las ciudades del litoral mediterráneo y cantábrico presentan aumentos menores, aunque igualmente significativos: Barcelona (0,56 %), Alicante (0,55 %) o Almería (0,46 %). El valor relativamente bajo de Almería refleja que su umbral de aclimatación ya es muy alto y que las 70 horas por encima de 30 °C registradas la semana pasada representan una situación sin precedentes incluso para una ciudad curtida en el calor.

La península ibérica combina además un parque de viviendas con baja eficiencia energética, una población envejecida y una intensificación del calor urbano que hace que estos episodios sean cada vez más frecuentes e intensos.

El problema nocturno de los entornos urbanos

Las ciudades retienen el calor durante el día en el pavimento, los edificios y la propia actividad humana, y lo liberan durante la noche en forma de radiación de onda larga. La isla de calor urbana –esa diferencia de temperatura entre el centro de una ciudad y su entorno rural– se manifiesta sobre todo en las horas nocturnas, cuando el campo ya se ha enfriado y la ciudad sigue caliente.

En ciudades mediterráneas como Barcelona, Madrid o Valencia, esta diferencia puede superar los 5-7 °C en noches de verano. Lo que para la estación meteorológica del aeropuerto es una mínima de 27 °C puede ser una temperatura de 30 °C o más en un barrio denso del centro, con calles estrechas, escasa vegetación y edificios de hormigón que acumulan calor.

El problema se agrava porque las opciones de adaptación nocturna son más limitadas que durante el día. De día, se puede buscar sombra, reducir la actividad o entrar en un edificio climatizado. De noche, abrir las ventanas –la estrategia más básica y accesible– deja de funcionar cuando el exterior está igual de caliente que el interior. En esas condiciones, el aire acondicionado se convierte en la única solución eficaz, pero su uso masivo genera más calor residual en la ciudad y consume una energía que no todos pueden permitirse.




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Adaptar las ciudades para que la noche sea habitable

Los resultados de este estudio tienen implicaciones directas para el diseño urbano y las políticas de salud pública. El calor nocturno requiere un enfoque de adaptación diferente al calor diurno.

En términos de infraestructura urbana, las medidas más eficaces para reducir el calor nocturno en las ciudades pasan por aumentar la vegetación –especialmente arbolado de gran porte, que genera sombra durante el día y reduce la temperatura radiante por la noche–, incrementar las superficies de agua y, sobre todo, reducir las superficies impermeables que absorben calor durante el día. Los estudios epidemiológicos europeos han demostrado que las ciudades con mayor cobertura vegetal tienen menor mortalidad asociada al calor.




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También cobran importancia los refugios climáticos: espacios públicos climatizados o naturalmente frescos –bibliotecas, centros cívicos, parques con arbolado denso, zonas de baño– que ofrezcan un lugar donde pasar las horas más críticas. Pero para que sean efectivos en el contexto nocturno, el desafío es mayor: habría que pensar en refugios que también funcionen durante la noche para las personas más vulnerables –personas mayores solas, sin aire acondicionado en casa–, algo que los sistemas actuales de alerta y respuesta apenas contemplan.

Precisamente ahí está uno de los principales mensajes del estudio: los planes de prevención ante olas de calor siguen centrados en las temperaturas máximas diurnas. Los sistemas de alerta, los mensajes de salud pública y los protocolos de emergencia se activan cuando el día es muy caluroso. Pero si la noche no refresca, el riesgo persiste e incluso se acumula. El índice de calor nocturno que propone esta investigación podría integrarse en los sistemas de vigilancia existentes –como el índice Kairós que utiliza el Ministerio de Sanidad en España– para activar respuestas específicas cuando las noches son peligrosamente cálidas.

Lo que viene

La tendencia es inequívoca. Desde 1961, las temperaturas mínimas veraniegas en España han subido dos grados, lo que ya se traduce en un aumento del número de noches tropicales –con mínimas por encima de 20 °C– en casi todas las capitales. Con el cambio climático, las proyecciones son todavía más preocupantes: los escenarios de 1,5 °C y 2 °C de calentamiento global convertirán en habituales episodios que hoy son excepcionales. Barcelona, por ejemplo, podría llegar a tener hasta 4 meses al año con noches tropicales a finales de siglo en el escenario más pesimista, la mitad de ellas tórridas.

Gráfica que muestra un aumento en el número de días con ola de calor en España entre 1975 y 2025.
Número de días con ola de calor en España entre 1975 y 2025.
AEMET

El estudio deja además una pregunta abierta para la investigación futura: no sabemos aún si es más dañino pasar toda una noche con calor moderado o una parte de la noche con calor muy intenso. La duración y la intensidad del estrés nocturno pueden tener efectos fisiológicos distintos, y entenderlos mejor ayudará a diseñar índices más precisos y alertas más eficaces.

Mientras tanto, la evidencia disponible ya es suficiente para actuar. El calor nocturno mata. No como consecuencia del calor diurno, sino con una contribución propia e independiente. Y las ciudades del sur de Europa, con sus infraestructuras envejecidas y sus poblaciones que envejecen también, son especialmente vulnerables. La noche ya no es el descanso que fue.

The Conversation

Dominic Royé esta financiado por el programa Ramón y Cajal (RYC2023-042824-I) y la GAIN-Xunta de Galicia.

ref. Noches que matan: cuando el calor no da tregua aunque caiga el sol – https://theconversation.com/noches-que-matan-cuando-el-calor-no-da-tregua-aunque-caiga-el-sol-286452

¿Por qué nos enganchan tanto las series?

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Sara Valenzuela-Monreal, Ayudante de Investigación en el Departamento de Comunicación y Educación, Universidad Loyola Andalucía

Yuganov Konstantin/Shutterstock

Este artículo forma parte de la sección The Conversation Júnior, en la que especialistas de las principales universidades y centros de investigación contestan a las dudas de jóvenes curios@s de entre 12 y 16 años. Podéis enviar vuestras preguntas a tcesjunior@theconversation.com


Pregunta formulada por Marcos Matarán Delgado, de 15 años, alumno del IES Miguel de Cervantes (Granada).


Seguro que alguna vez has pensado: “ese personaje soy yo” o “me encantaría vivir lo que ocurre en este episodio”. La investigación en comunicación lleva décadas intentando entender por qué conectamos tanto con las historias que vemos. Y también con sus personajes. ¿Por qué sufrimos, nos alegramos o nos enfadamos por alguien que, en realidad, ni siquiera existe? Y, sobre todo, ¿por qué siempre queremos ver “un episodio más”?

No existe un único motivo. Que una serie nos enganche es algo muy personal y, por supuesto, depende de la historia, de los personajes e, incluso, del momento vital en el que nos encontremos. No todos buscamos lo mismo y, precisamente por eso, guionistas, directores, cadenas y plataformas trabajan para crear historias capaces de conectar con distintos tipos de público.

Una capítulo detrás de otro

También es habitual que llegue la noche y elijamos poner una serie en lugar de una película. ¿Por qué? Uno de los motivos es porque están divididas en episodios. Si nos decantamos por un largometraje, sabemos que debemos comprometernos con, al menos, hora y media de nuestro tiempo. En ese margen, nos podemos ver dos o tres episodios de la serie que nos gusta. Pero esta percepción es un poco engañosa.

Una temporada de una serie juvenil actual, como Off Campus, puede durar alrededor de 400 minutos, es decir, unas cuatro películas. Y, además, cuando termina el capítulo no solemos levantarnos del sofá: queremos ver el siguiente.

Los episodios suelen terminar con escenas abiertas en las que sentimos la necesidad de saber qué va a ocurrir a continuación. Puede ser que dos personajes estén a punto de besarse, que alguien esté en peligro de muerte o que empiece el momento decisivo para el que los protagonistas se llevan preparando durante toda la historia. Justo ahí acabará siempre el capítulo. A este recurso narrativo se le llama cliffhanger y es uno de los más utilizados por los guionistas de televisión. Si a esto le sumamos un botón que dice que “el próximo episodio comenzará en 10 segundos” con una cuenta atrás, tenemos el cóctel perfecto para que hagas click. Total, solo serán “diez minutos más”.

Diferencias clave con las películas

Por otro lado, una serie no se crea igual que una película. Puede durar muchas temporadas y tiene que manejar un gran número de personajes e historias al mismo tiempo. Por eso, utiliza sus propios formatos, que en comunicación audiovisual se conocen como estructuras seriales. En una serie de thriller o suspense, podemos ver el pasado del protagonista, la investigación policial, el papel de la prensa o, incluso, la historia del culpable. Aunque haya un punto de vista principal, no hay que elegir uno solo, como sí ocurre en una película.

Para organizar todo esto, se utilizan herramientas como el mapa de tramas, una guía que relaciona todos los episodios de una temporada y los personajes implicados. Porque si no, es muy fácil perderse durante la escritura de guion. Y toda esa complejidad también contribuye a que nos enganchemos.

Personajes que son como de la familia

Cuantos más personajes hay en una serie, más fácil es que encontremos alguno con el que conectemos. Siempre hay algo en su personalidad, su contexto o su historia que encaja con nosotros. De hecho, varios estudios han analizado nuestra forma de implicarnos con los personajes ficticios, que no dista mucho de lo que nos ocurre, por ejemplo, con personas reales, como influencers o youtubers.

Probablemente has escuchado a alguien decir que está enamorado de un personaje, que quiere ser como él o ella, o eso de que “es que soy yo literal”. Estos fenómenos, aunque se parezcan mucho, no son lo mismo. El mayor nivel de implicación con un personaje es la identificación, cuando experimentamos lo que vive como si nos pasara a nosotros. A veces, simplemente sentimos que compartimos características o contextos con un personaje, es decir, percibimos similitud entre lo que le ocurre y nuestra propia vida.

También puede ser que veamos al personaje como alguien cercano; nos recuerda a nuestro círculo y “le cogemos cariño”. A eso se le llama interacción parasocial. La última opción es cuando admiramos al personaje o, incluso, lo vemos atractivo y nos queremos parecer a él o a ella. A esto se le llama “deseo de identificación”.

Todas estas formas de implicación y, por tanto, de engancharnos y empatizar más con lo que vemos, tienen una gran relevancia cuando estamos creciendo, porque nos acompañan al crear referentes en nuestro día a día.

Una temática para cada perfil de persona

Todo esto tiene mucho que ver con la amplia variedad de series que podemos encontrar hoy en plataformas y cadenas. España ha pasado de estrenar 48 títulos en 2010 a 86 en 2024. ¿Esto qué quiere decir? Que cada vez tenemos más opciones donde elegir y que pueden existir más “series de nicho”, es decir, creadas para personas con un interés concreto.

Las plataformas como Netflix no necesitan que todos veamos lo mismo: buscan que siempre haya una serie que encaje con lo que queremos consumir, seamos como seamos y nos guste lo que nos guste. Por ejemplo, si quieres ver una serie juvenil, ya no se incorporan tramas de toda la familia, sino que se centran en personajes de esta edad y los [problemas relacionados con la adolescencia]. Más opciones de protagonistas, por tanto, para sentir esta implicación.

Así que las series no nos enganchan por casualidad. En muchas ocasiones, están diseñadas para continuar, para que profundicemos en sus historias y conectemos con sus personajes… y para que verlas nos resulte cómodo y (casi) adictivo. Pero no es fácil desgranar eso que nos hace experimentarlas como si, durante el rato que duran los episodios, formáramos parte de un mundo diferente. Y es que la serie que te encanta puede no gustarle nada a tu amigo o a tus padres, porque siempre hay una parte esencial que tiene que ver con quiénes somos.


El museo interactivo Parque de las Ciencias de Andalucía y su Unidad de Cultura Científica e Innovación colaboran en la sección The Conversation Júnior.


The Conversation

Sara Valenzuela-Monreal realizó su tesis doctoral sobre series de ficción financiada por un contrato de Formación al Profesorado Universitario (FPU).

ref. ¿Por qué nos enganchan tanto las series? – https://theconversation.com/por-que-nos-enganchan-tanto-las-series-284319

¿Puede una inteligencia artificial ganar una porra del Mundial?

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Paula Lamo, Profesora e investigadora, Universidad de Cantabria

Zoran Jesic/Shutterstock

Cada vez que empieza un Mundial, en la oficina, en el grupo de WhatsApp de la familia o entre amigos reaparece uno de los rituales más persistentes del torneo: la porra. Durante unos minutos, todos nos convertimos en seleccionadores, analistas y expertos en probabilidades. Elegimos campeón, finalistas y revelaciones convencidos de que, esta vez sí, hemos encontrado el criterio definitivo.

Ahora, los métodos de “adivinación” tienen su propia tecnología, la inteligencia artificial. Cada vez es más frecuente pedirle a ChatGPT o a otro modelo similar que rellene una porra. Después de todo, si puede resumir artículos científicos, escribir código o traducir idiomas, ¿por qué no iba a ser capaz de predecir un Mundial? La respuesta corta es que, probablemente, lo haga mejor que la mayoría de nosotros. La larga es bastante más interesante.

La diferencia entre adivinar y calcular

Por supuesto, los programas de inteligencia artificial no entienden de fútbol como un aficionado que lleva treinta años viendo partidos. No recuerdan aquel gol imposible, ni tienen manías con determinados entrenadores, ni sienten que una selección “siempre compite mejor en los grandes torneos”. Lo que hacen es otra cosa.

Pueden combinar miles de datos: rankings internacionales, resultados recientes, rendimiento individual de los jugadores, edad de las plantillas, lesiones, minutos acumulados, historial entre selecciones o ventaja de jugar cerca de casa. Después, pueden ejecutar miles (o millones) de simulaciones para estimar qué desenlaces aparecen con más frecuencia.

Es decir, no predicen el futuro. Calculan qué futuros parecen más plausibles. La diferencia puede parecer sutil, pero cambia por completo el escenario.

El problema es que el fútbol se empeña en desobedecer

En una liga de treinta y ocho jornadas, los mejores equipos casi siempre terminan arriba. En un Mundial, es suficiente con tener una mala tarde para volver a casa.

El fútbol es un deporte especialmente difícil de predecir, porque suceden pocas cosas decisivas –durante los noventa minutos que dura, las acciones determinantes son escasas (los goles, las asistencias o las salvadas cruciales). El resto del tiempo se compone de microdecisiones tácticas, presión y acumulación de jugadas–.Un gol o una expulsión alteran un partido entero y un rebote puede cambiar una eliminatoria. Cuanto menor es el número de acontecimientos relevantes, mayor es el peso del azar.

Por eso, un modelo que estime un 70 % de probabilidades de victoria no está diciendo que un equipo vaya a ganar. Está diciendo que perderá aproximadamente tres de cada diez veces. Y los Mundiales tienen una extraña habilidad para recordarnos precisamente esas tres.

Ni la intuición ni el algoritmo son imparciales

Las personas no hacemos nuestras predicciones desde la objetividad. Sobrevaloramos a nuestra selección, desconfiamos del rival que nos eliminó hace años y convertimos una buena racha en una certeza. Nos cuesta distinguir entre lo que creemos que ocurrirá y lo que deseamos que ocurra.

Los algoritmos tampoco están libres de sesgos. Dependen de los datos con los que fueron entrenados, de las variables que consideran importantes y de las regularidades que encuentran en el pasado. Si el fútbol cambia, si aparece una generación excepcional o si un jugador decisivo se lesiona, sus predicciones también se resienten.

Así, las probabilidades de ganar una porra o bien con nuestra propia sesera o bien con IA no son un combate entre intuición y objetividad. Son dos formas distintas de lidiar con la incertidumbre.

La paradoja de las porras

Hay, además, un detalle que suele pasar desapercibido. Una porra no consiste únicamente en acertar resultados. Consiste en acertarlos mejor que los demás.
Si todos los participantes utilizan la misma inteligencia artificial, es probable que todos acaben escogiendo campeones parecidos, sorpresas parecidas y marcadores muy similares. La mejor predicción deja de ser una ventaja en el momento en que todos tienen acceso a ella.

Paradójicamente, para ganar una porra puede ser más rentable alejarse un poco del escenario más probable y apostar por un desenlace razonable que casi nadie haya elegido. En este contexto, la estrategia óptima no siempre coincide con la predicción óptima.

El almanaque que nunca existirá

La inteligencia artificial puede mejorar nuestras estimaciones. Puede ayudarnos a ordenar información, reducir algunos sesgos e identificar patrones que, a simple vista pasarían desapercibidos. Lo que no puede hacer es fabricar el almanaque de Biff Tannen, el personaje de la película Regreso al futuro II que encuentra un almanaque con los resultados deportivos de las décadas siguientes. Gracias a él gana todas las apuestas, amasa una fortuna y demuestra que conocer el futuro convierte el azar en un negocio.

Y es que el problema nunca ha sido la cantidad de información disponible. Es la naturaleza del propio juego: el fútbol pertenece a esa categoría de sistemas donde una enorme parte del resultado depende de acontecimientos imposibles de anticipar con precisión.

Quizá, por eso, seguimos organizando porras cada cuatro años. Intuimos que todavía existe un espacio donde ni el mejor modelo de inteligencia artificial puede reemplazar la incertidumbre. Mientras un balón pueda desviarse en una espinillera y cambiar la historia de un Mundial, seguirá habiendo margen para que un grupo de amigos, una hoja compartida y una corazonada acaben derrotando al algoritmo.

The Conversation

Paula Lamo no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

ref. ¿Puede una inteligencia artificial ganar una porra del Mundial? – https://theconversation.com/puede-una-inteligencia-artificial-ganar-una-porra-del-mundial-286339

Melón, Pancrudo, Guasa… ¿Por qué muchos nombres de lugar no significan lo que parecen?

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Javier Giralt Latorre, Profesor Titular de Universidad de Filología Catalana Departamento de Lingüística y Literaturas Hispánicas, Universidad de Zaragoza

Vista de Pancorbo (Burgos), cuyo nombre procede del latín _pandu curvu_ (“terreno inclinado o curvado”). Luis Rogelio HM/Flickr, CC BY

Melón es el nombre de una localidad gallega en la comarca del Ribeiro, en la provincia española de Orense. Es muy probable que, si no lo conocemos y pasamos por él en nuestro camino hacia las Rías Bajas, pensemos que se llama así porque existen o existieron campos de melones o alguna relación de este lugar con dicha fruta. Lo mismo que municipios como Pancorbo, en Burgos, o Pancrudo, en Teruel, tienen algo que ver con pan. Pero estaríamos muy equivocados en estas interpretaciones.

En los nombres de lugares sobreviven palabras desaparecidas, ecos de lenguas habladas hace siglos, memorias de antiguos habitantes o paisajes que ya no existen. Los topónimos funcionan como auténticos archivos del territorio, capaces de conservar huellas lingüísticas e históricas que los hablantes ya no reconocen.

En los últimos años han proliferado noticias sobre supuestas “lenguas ancestrales” escondidas en la toponimia. Muchas parten de una intuición correcta: los nombres de lugar suelen ser extraordinariamente conservadores y pueden preservar elementos muy antiguos. Pero también existe un riesgo evidente: interpretar cualquier topónimo como un misterio prerromano o como la huella automática de una lengua perdida.

No son lo que parecen

Mientras la lengua cambia, los topónimos pueden mantener palabras desaparecidas, formas dialectales antiguas o significados que hoy no reconocemos. Y precisamente por eso muchos acaban siendo reinterpretados con el paso del tiempo.

Cuando un nombre deja de entenderse, lo explicamos a partir de palabras conocidas de nuestra lengua actual. Pero el nombre de Melón no tiene nada que ver con la fruta, sino que realmente procede del antropónimo latino Mellonius, probablemente representado en el medieval gallego Mellone, referido a un antiguo poseedor del lugar.

Observemos otro caso curioso. En Huesca hay una localidad llamada Guasa. Su nombre no tiene nada que ver con estar de broma. Proviene de una voz de origen vasco, en concreto gogor “duro”, un adjetivo que surge de la reduplicación de gor, que significa actualmente “sordo”.




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En Teruel podemos ir a Libros, un pequeño y pintoresco pueblo a orillas del Turia cuyos habitantes puede que disfruten mucho de la lectura, o no, pero cuyo nombre está vinculado a una condición fiscal medieval del lugar.

¿Y qué decir de Mozota, en Zaragoza? Lejos de referirse a alguna “moza” de esa localidad, proviene del árabe mawsaṭa, “centro, punto central”, en referencia a la porción de tierra firme que queda en el centro del pronunciado meandro que describe en ese punto geográfico el río Huerva.

Seguimos: Griegos, también en Teruel, además de ser el pueblo más frío de España, está sobre un antiguo asentamiento de helenos. Y, sin embargo, conserva la raíz lingüística céltica brig-, presente en topónimos hispanos antiguos (Brigaecium, Brigantium, Segobriga) y en el origen de numerosos topónimos actuales (Coimbra, Sanabria, Sepúlveda, Setúbal), cuyo significado primitivo es “colina, altura” y que, por extensión metonímica, se convirtió en sinónimo de “fortaleza, lugar fortificado”.

Como vemos, pues, las apariencias engañan, y así se pone de manifiesto en muchos de los topónimos que ya hemos incorporado en Toponomasticon Hispaniae, un proyecto que tiene como objetivo el estudio y divulgación de los nombres de lugar de todo el territorio español y portugués, considerando todas las lenguas peninsulares.

Adaptaciones a palabras más cercanas

Incluso hay casos en los que un nombre de lugar acaba siendo reanalizado a partir de palabras que resultan más familiares para los hablantes, fenómeno este al que el filólogo catalán Joan Coromines llamó metacedeusis.

Cuando la forma de un topónimo es opaca, es decir, cuando el hablante no identifica su significado, el nombre se adapta poco a poco a otras palabras que resultan más reconocibles. Un ejemplo sería el de Santaliestra en Aragón (o Santallestra en Huesca), probablemente procedente de silva ilicestra (en latín, “bosque de encinas”). Pasados los siglos, la voz latina inicial fue sustituida por el adjetivo santa, dando lugar a un hagiotopónimo (nombre de lugar relacionado con un santo) que se ha vinculado a Santa Eleuteria.

El mapa conserva palabras y paisajes desaparecidos

Los topónimos no solo conservan palabras antiguas. También guardan paisajes y formas de vida desaparecidas. Así, Valdenoches, en Guadalajara, parece hoy un nombre perfectamente comprensible: un “valle de noches”.

Sin embargo, es probable que el sustantivo noches proceda de una forma romance antigua derivada del latín nuces, plural de nux, “nogal”, seguramente con una evolución fonética mozárabe.




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Fósiles lingüísticos

Y este origen a partir de un fitónimo (nombre de planta) es el que también se ha dado a algunos ríos del área este peninsular, como el Noguera Ribagorzana o el Noguera Pallaresa: popularmente se interpreta que ese “noguera” tiene el sentido de “nogal” y, sin embargo, está haciendo referencia a la actividad de transportar troncos por el río desde los altos valles pirenaicos: proviene de naucaria, “almadía” o balsa de troncos.

Algo semejante ocurre con Pancorbo (Burgos) y Pancrudo (Teruel). Aunque hoy el primer elemento parece vincularse inevitablemente al pan, los nombres nos remiten, respectivamente, al latín pandu curvu, “terreno inclinado o curvado” y pandu crudu, “vertiente cruda, de extrema dureza”. Estos topónimos habrían conservado una voz antigua ya desaparecida de la lengua actual. El mapa funciona, pues, como una especie de fósil dialectal.

Lugares desaparecidos

En otros casos, la toponimia conserva incluso nombres de lugares que ya no existen. El río Mesquí/Mezquín, en Teruel, podría derivar del árabe andalusí masākin (“moradas”, “casas”). La documentación medieval menciona un lugar desaparecido llamado Mezchino, pero el río conservó su nombre aun cuando el asentamiento ya había dejado de existir. El paisaje actual guarda así la huella lingüística de una población de origen árabe perdida hace siglos.

No basta con la intuición

Por eso la toponimia no puede estudiarse solo a partir de parecidos fonéticos o corazonadas ingeniosas. Para reconstruir el origen de un nombre de lugar es necesario tener muy presentes los testimonios antiguos, y para ello hay que acudir a la documentación, donde podemos encontrar variantes muy valiosas que nos ayudarán comprender la evolución del topónimo a lo largo del tiempo e intuir su etimología (la palabra de la que procede) y su etiología (la razón que lo motivó).

Aunque siempre con extrema prudencia, puesto que los registros medievales pueden proporcionar en ocasiones “falsos amigos” que conduzcan a propuestas erróneas. Así ocurre, por ejemplo, con Vadocondes (Burgos) junto a las formas antiguas que apuntan a un compuesto “vado de los condes”, la documentación transmite variantes como Valdecuendas o Vadacondas, posiblemente debidas a errores de lectura o de transcripción repetidos en la cadena documental. Tomarlas como testimonios fidedignos de la forma antigua podría alterar por completo la interpretación del topónimo.

Los topónimos no son simples etiquetas geográficas. Son fósiles lingüísticos donde sobreviven palabras, sonidos y paisajes que ya han desaparecido de la lengua cotidiana. A veces creemos entender un nombre porque reconocemos una palabra familiar. Pero el mapa conserva voces mucho más antiguas que nosotros.

The Conversation

Javier Giralt Latorre recibe fondos de la Agencia Estatal de Investigación para el proyecto de investigación “Toponimia centropeninsular e insular atlántica” (PID2024-159776OB-C42).

María Teresa Moret Oliver recibe fondos de la Agencia Estatal de Investigación para el proyecto de investigación “Toponimia centropeninsular e insular atlántica” (PID2024-159776OB-C42).

ref. Melón, Pancrudo, Guasa… ¿Por qué muchos nombres de lugar no significan lo que parecen? – https://theconversation.com/melon-pancrudo-guasa-por-que-muchos-nombres-de-lugar-no-significan-lo-que-parecen-286165