« Backrooms » : pourquoi l’angoissant labyrinthe du film ressemble à la vie moderne

Source: The Conversation – in French – By James Cronin, Professor in Marketing and Consumer Culture Studies, Lancaster University

Chiwetel Ejiofor est le personnage de Clark, dans Backrooms. (A24)

Dans « Backrooms : les arrière-salles », le plus récent film d’horreur de la société de production A24, Chiwetel Ejiofor incarne Clark, un architecte raté qui glisse accidentellement hors de la réalité. Il se retrouve piégé dans un labyrinthe sans fin composé de pièces aux murs jaunes, (les « Backrooms »), peuplé de bruits inquiétants et désincarnés, où prédomine le vrombissement des néons.

Le film se veut l’adaptation d’une de ces légendes urbaines effrayantes très populaires sur Internet : l’existence de « backrooms », d’immenses et interminables labyrinthes situés dans une réalité alternative, d’une taille invraisemblable, dont l’architecture oppressante et étrangère, apparaît néanmoins étrangement familière.

De fait, le film fait écho à la source bien réelle d’angoisses très profondes dans notre monde moderne : l’expérience vécue par ceux qui tentent de survivre dans une économie qui ne tient pas les promesses qu’elle avait fait miroiter.

Les spectateurs ne se retrouveront jamais (espérons-le) piégés dans le sinistre labyrinthe du film. Mais ils comprendront peut-être l’expérience de Clark, qui doit faire face aux promesses non tenues, au déclin de ses aspirations, à la précarité, à l’isolement social et à la crainte constante de devenir obsolète.

Beaucoup comprendront aussi — même s’ils ne s’y identifient pas complètemement — le ressentiment lancinant de Clark, son sentiment d’être privé de ce qu’il mérite, sa frustration croissante, et son amertume envers les autres, qu’il blâme pour son isolement et son manque de progrès. La réflexion, plus profonde, que le film fait émerger, c’est que le cauchemar de Clark a sans doute débuté bien avant qu’il ne se retrouve dans les « backrooms ».

Bande annonce de Backrooms : les arrière-salles.

Piégés bien avant

Clark s’éloigne de plus en plus éloigné de la vie qu’il espérait mener. Au lieu de concevoir des gratte-ciel, il dirige un magasin de meubles à rabais, perdu au cœur d’un centre commercial. Son entreprise est en déclin. Les clients sont rares, les factures s’accumulent et Clark, complètement fauché, dort sur un des lits en démonstration dans son magasin, avant de reprendre ses interminables journées de travail. Sa vie lui semble de plus en plus confinée et restreinte.

Pendant des décennies, l’éducation, le travail acharné et l’ambition nous ont été présentés comme le chemin presque assuré vers une carrière stable, un travail porteur de sens et une ascension sociale. Maintenant cependant, on retrouve de plus en plus de personnes hautement qualifiées, mais sous-employées, incapables de se payer un logement et exclues des professions pour lesquelles elles ont été formées.

La tragédie de Clark reflète l’expérience qui a été décrite par le théoricien social Steve Redhead comme le « claustropolitanisme » : le sentiment d’être des « citoyens enfermés » — otages de circonstances auxquelles ils ne peuvent rien changer, de rêves compromis avant même de pouvoir être poursuivis, et d’un avenir qui semble seulement pouvoir être pire que le présent.

Devoir mettre de côté ses ambitions personnelles pour accepter des emplois peu épanouissants et endurer des conditions de travail difficiles sont des réalités de plus en plus courantes dans l’économie actuelle, encombrée, où les pressions sont intenses. Pour Redhead, ils sont symptomatiques de « la condition culturelle contemporaine, où, plus que jamais, nous nous sentons piégés : on aurait envie d’arrêter la planète pour pouvoir en descendre ».

Déjà privé de liens sociaux stables, Clark éprouve un ressentiment croissant face à sa mobilité économique limitée, ce qui le freine encore davantage et alimente les tensions entre lui et son entourage.

Il finit par entraîner avec lui les employés de son magasin, payés eux aussi un salaire de misère dans les mystérieuses « backrooms », les mettant en danger et les traitant comme s’ils étaient largement sacrifiables. Quand son ex-femme veut quitter son travail pour poursuivre des études supérieures, il lui en veut, avec le sentiment cuisant et malsain d’être privé de ce qui devrait lui revenir. Il utilise sa thérapeute (jouée par Renate Reinsve) comme souffre-douleur, déversant sur elle ses propres émotions,sans égard aux difficultés qu’elle affronte de son côté.

Ce dernier aspect reflète d’ailleurs une caractéristique importante de l’expérience « claustropolitaine ». Dans le contexte actuel d’insécurité économique croissante, d’atomisation sociale, d’impression de perte des choix, d’une vie quotidienne marquée par l’incertitude existentielle et le sentiment général de perte de contrôle, la frustration est souvent détournée de ses véritables causes structurelles et projetés sur des groupes vulnérables.

Le plus grand danger qui menace Clark provient de sa colère mal placée, qui vient dévorer quiconque essaie l’aider. Dans ce cauchemar où le monde semble se refermer sur lui, Clark apparaît à la fois comme une victime et un bourreau.

La véritable horreur des backrooms

La prémisse de « Backrooms : les arrière-salles » nous offre l’occasion de réfléchir aux angoisses personnelles et économiques bien tangibles dans nos vies — des angoisses qui s’expriment par une impression générale d’enfermement, où les sensations de mouvement et d’immobilité se succèdent de façon irrégulière. Dans le film, les personnages se déplacent sans cesse, dans une monotonie cauchemardesque, mais ne vont nulle part.

Ils dérivent, avec avec un désespoir variable, à travers un labyrinthe de couloirs qui s’étendent à l’infini, sous le bourdonnement répétitif des néons au-dessus de leurs têtes, mais ne trouvent jamais rien de mieux. Il ressentent une envie irrépressible de tout fuir, mais toutes les issues sont bouchées — tout comme les options s’avèrent bloquées dans une économie « claustropolitaine ».

Peut-être encore plus que la légende Internet dont il s’inspire, « Backrooms : les arrière-salles » soulève des réflexions pertinentes sur notre société marquée par l’insécurité, les opportunités limitées et les possibilités qui s’amenuisent. Avec, comme message ultime, le fait que le labyrinthe le plus effrayant est peut-être celui dans lequel nous vivons déjà.

La Conversation Canada

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

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‘Chatbots’ que trabajan para la inclusión de personas con discapacidad

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Amparo Casado Melo, Profesora de Educación y Necesidades Especiales, Universidad Pontificia de Salamanca

Presentarse a una entrevista de trabajo, iniciar una conversación o responder con seguridad a una pregunta parecen situaciones sencillas. Pero no lo son para todo el mundo. Para muchas personas con discapacidad intelectual, estos momentos implican barreras de comprensión, comunicación, memoria, autonomía o confianza.

La inclusión no depende solo de abrir una puerta: a veces, también exige preparar a la persona para cruzarla con seguridad.

Comunicación más allá de las barreras físicas

La discapacidad intelectual implica dificultades importantes para aprender, razonar y desenvolverse en la vida diaria. Estas afectan a las habilidades conceptuales, sociales y prácticas. Además, deben entenderse teniendo en cuenta el entorno de la persona, su cultura, su forma de comunicación y los apoyos que recibe.

Por eso, hablar de inclusión no es solo eliminar barreras físicas, sino también las dificultades de relación y de comprensión. Para que sea real, es necesario ofrecer oportunidades, apoyos y entornos accesibles. En este sentido, las habilidades sociales y el empleo son fundamentales para que la persona pueda ser más autónoma.

En una situación social, tener una conversación, expresar una preferencia, pedir ayuda o reconocer cómo comportarse son habilidades básicas que influyen directamente en la autoestima de la persona y en su participación en la comunidad.

También lo hace el acceso al empleo, que puede mejorar la autonomía, las relaciones sociales y el sentimiento de pertenencia.

Pero estas habilidades no siempre se aprenden de forma espontánea. En muchos casos, necesitan entrenamiento, repetición, compresión, acompañamiento y un lenguaje sencillo. Aquí es donde la tecnología puede convertirse en una aliada, siempre que esté diseñada desde las necesidades reales de las personas. No se trata de usar tecnología porque sea novedosa, sino de que sea útil, comprensible y cercana.

El móvil como espacio familiar de aprendizaje

Muchas personas con discapacidad intelectual utilizan teléfonos móviles y aplicaciones para mandar mensajes. Ese uso cotidiano abre una posibilidad interesante, porque la persona está familiarizada con un entorno parecido a WhatsApp. Al usar una herramienta educativa basada en la conversación, el aprendizaje puede resultar más fácil; la persona es capaz de seleccionar las opciones que se presentan en su teléfono y desarrolla habilidades en su uso.

Ejemplo de conversación en el chat de Inclu-si Lab.

En este contexto, un chatbot permite practicar mediante preguntas y respuestas. El usuario recibe indicaciones de forma inmediata y puede repetir una situación tantas veces como sea necesario. Además, si el lenguaje es sencillo, la interfaz es clara y se ofrecen refuerzos positivos. Al mismo tiempo, se reduce la ansiedad y se favorece el aprendizaje.

La clave no está solo en la inteligencia artificial, sino también en el diseño inclusivo: lectura fácil, interacción por voz o texto, mensajes comprensibles y una experiencia parecida a una conversación real, como se indica en la guía de Plena inclusión.

Dos ejemplos: CapacitaBOT e INCLU-SÍ LAB

Uno de nuestros desarrollos en esta línea es CapacitaBOT, una aplicación móvil para entrenar habilidades sociales mediante conversaciones guiadas, lenguaje sencillo y refuerzo positivo. Su objetivo es ayudar a personas con discapacidad intelectual para que aprendan a empezar, mantener y terminar conversaciones.

Está diseñada como una aplicación Android sencilla, con interacción por voz, a través de la plataforma IBM Watson y puede considerarse un recurso educativo inclusivo, especialmente útil para practicar situaciones próximas a la vida real.

Capacitabot es una aplicación para dispositivos Android diseñada para reforzar habilidades sociales en personas con discapacidad intelectual.

Otro ejemplo diseñado por nuestro equipo es la aplicación INCLU-SÍ LAB, centrada en la inclusión laboral. Su finalidad es entrenar a personas con discapacidad intelectual para afrontar una entrevista de trabajo y, de esta manera, mejorar sus habilidades comunicativas y su autonomía. El sistema permite practicar preguntas habituales de una entrevista, organizar información personal y recibir apoyo durante el proceso. Puede utilizarse desde el ordenador o el móvil, de forma escrita u oral.

INCLU-SÍ LAB es innovadora desde el punto de vista tecnológico porque incorpora técnicas de inteligencia artificial que facilitan y enriquecen el autoaprendizaje de la propia herramienta, así como de sus usuarios.

Una IA que acompaña, no sustituye

La inteligencia artificial puede ponerse al servicio de las personas y favorecer la inclusión, sin sustituir a los profesionales, los educadores o a las familias.

Como complemento a los apoyos existentes, un chatbot puede ofrecer un espacio seguro para practicar, equivocarse, volver a intentarlo y ganar confianza. Puede ayudar a que una persona esté mejor preparada para mantener una conversación, hacer una entrevista o estrenarse en una situación social nueva.

El reto es seguir investigando y mejorar las aplicaciones existentes, pero hacerlo contando con la participación de las propias personas destinatarias. Además, debemos garantizar que la IA no genere nuevas barreras.

The Conversation

Las personas firmantes no son asalariadas, ni consultoras, ni poseen acciones, ni reciben financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y han declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado anteriormente.

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El sabotaje de cables submarinos salta al tablero de la guerra híbrida

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Ulf Thoene, PhD, Profesor Asociado de Ética Empresarial y Organizacional, Negocios Internacionales y Geopolítica, Universidad de La Sabana

Representación de los cables submarinos de fibra óptica que transportan el tráfico internacional de datos. Vismar UK/Shutterstock

Aunque comúnmente se concibe internet como una “nube” intangible, la red global posee una infraestructura física fundamental. En el lecho oceánico se encuentra una compleja red de cables submarinos de fibra óptica que transporta más del 99 % del tráfico internacional de datos.

Esta infraestructura sostiene comunicaciones personales y nuestros servicios financieros, comercio electrónico, operaciones logísticas, plataformas digitales, centros de datos, servicios en la nube y hoy, también, la inteligencia artificial. Hablar del control de estos cables submarinos es hablar de soberanía digital, posición geopolítica de los Estados y seguridad nacional.

En manos de las grandes empresas estadounidenses

Actualmente, la gestión de estos cables no recae únicamente en consorcios tradicionales. Los grandes proveedores globales de nube (hiperescaladores), como Amazon Web Services (AWS), Microsoft Azure o Google Cloud, usan la infraestructura, la controlan y financian. Las cinco principales empresas digitales aumentaron su participación de menos del 10 % de la capacidad utilizada antes de 2012 al 69 % en 2021. Asimismo, poseen y utilizan más del 60 % de la capacidad internacional total. Con esto, adquieren un poder estructural sobre la información, afectando la seguridad y la soberanía económica de los Estados.

El escenario geopolítico subacuático

Esta concentración de poder se desarrolla en un contexto internacional de guerra híbrida (estrategia de conflicto que combina el uso de la fuerza militar convencional con métodos no convencionales para desestabilizar a un Estado) y la disminución del multilateralismo. Los cables submarinos constituyen activos críticos vulnerables tanto a amenazas físicas como cibernéticas.

El Comité Internacional de Protección de Cables estima que se producen entre 150 y 200 averías globales anualmente , la mayoría de ellas accidentales. Sin embargo, la atención estratégica se ha desplazado hacia el riesgo de sabotaje estatal.

Incidentes recientes en el mar Báltico, como los daños al gasoducto Balticconnector en 2023 y el corte del cable BCS East-West Interlink en 2024, demuestran que el entorno marítimo es propicio para agresiones en la denominada “zona gris”. Frente a estas amenazas, la gobernanza internacional presenta deficiencias. Informes de UNIDIR subrayan que la Convención de la ONU sobre el Derecho del Mar (UNCLOS) es actualmente insuficiente para abordar integralmente la ciberseguridad y las cadenas de suministro.

Además, existen desacuerdos en la OTAN: mientras los Estados bálticos solicitan ampliar la jurisdicción de los países costeros, potencias como Estados Unidos, Francia y el Reino Unido se oponen a restringir la libertad de navegación para proteger sus propias industrias de instalación de cables.

Fuera del eje de las democracias

Para el Sur Global y bloques emergentes como los BRICS, la concentración de cables en manos de gigantes tecnológicos bajo jurisdicción estadounidense no es una garantía de seguridad, sino un vector de dependencia económica y potencial espionaje digital.

Esta desconfianza ha acelerado la fragmentación de la infraestructura física del internet. A través de la bautizada Ruta de la Seda Digital, China financia y despliega activamente sus propias redes submarinas de fibra óptica mediante firmas nacionales, buscando eludir los puntos de control tradicionales occidentales. De este modo, el lecho oceánico deja de ser un simple teatro de defensa para Occidente y se convierte en un tablero de ajedrez multipolar, donde se libra una carrera por construir arquitecturas físicas de red ideológicamente segregadas.

En un contexto de tensiones, la infraestructura digital devuelve centralidad al territorio en la organización del poder global. Esta dimensión obliga a identificar qué países ocupan posiciones estratégicas dentro de la arquitectura física de Internet.

Países estratégicos

España, Egipto, Singapur, Yibuti, Brasil, Chile, Sudáfrica, Australia y algunos Estados insulares no son relevantes únicamente por su conectividad nacional, sino por su función como nodos, corredores o puntos de vulnerabilidad dentro de redes transregionales.

La ubicación geográfica de España, en concreto, representa un activo estratégico de gran relevancia. Su posición geográfica entre el Atlántico, el Mediterráneo, Europa, África y América Latina la convierte en un punto privilegiado para la interconexión de cables submarinos, centros de datos, servicios en la nube, flujos internacionales de información y la protección de las infraestructuras físicas que sustentan la conectividad transatlántica.

Esta misma lógica se observa en América Latina, donde la estrategia de Chile para diversificar su conectividad geopolítica mediante el cable Humboldt, la primera ruta directa entre Sudamérica y Oceanía en colaboración equitativa con Google, y el papel de Brasil en el establecimiento de centros neurálgicos de conectividad como Fortaleza, ilustran cómo el Sur Global busca gestionar la influencia de las infraestructuras privadas.

Dos condiciones geográficas incrementan o reducen la vulnerabilidad de la conectividad digital: la concentración o dispersión de los puntos de aterrizaje de cables submarinos y la cantidad de caminos que existen después en tierra para mover los datos. Si hay pocos caminos, se incrementa el riesgo; si hay varias rutas alternativas, aumenta la resiliencia. Si el tráfico intercontinental se concentra en pocos puntos vulnerables o si las conexiones terrestres presentan rutas poco diversificadas, la seguridad de todo el continente se ve comprometida.

La soberanía digital no puede restringirse a debates abstractos sobre el control normativo de las plataformas. Según las directrices más recientes de la Declaración ITU-ICPC de 2025, la gobernanza efectiva depende de tres capacidades operativas: identificar con precisión los activos críticos, mantener una diversidad geográfica en los puntos de amarre y disponer de protocolos de reparación ágiles.

Reconocer la competencia subacuática y regular la dependencia respecto al poder de infraestructura de Amazon, Google, Meta y Microsoft constituye un paso fundamental para evitar que la infraestructura física de internet se convierta en una vulnerabilidad crítica para las democracias.

The Conversation

Las personas firmantes no son asalariadas, ni consultoras, ni poseen acciones, ni reciben financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y han declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado anteriormente.

ref. El sabotaje de cables submarinos salta al tablero de la guerra híbrida – https://theconversation.com/el-sabotaje-de-cables-submarinos-salta-al-tablero-de-la-guerra-hibrida-283531

El talento infantil en el deporte no se descubre: se entrena (también en el cerebro)

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Maite Aurrekoetxea Casaus, Profesora Doctora en Sociología en la Facultad de Ciencias Sociales y Humanas, Universidad de Deusto

Gorodenkoff/Shutterstock

Ronaldinho no empezó siendo Ronaldinho. Antes de convertirse en uno de los futbolistas más admirados de la historia fue un niño que jugaba en campos pequeños, improvisaba, repetía gestos, probaba regates que veía en partidos de la NBA ¿NBA?. Parecía ver el juego antes que los demás. Con apenas nueve años, en partidos infantiles, podía marcar seis goles y hacer que la grada se volviera loca. Desde fuera parecía talento puro. Pero la pregunta más interesante no es si nació con talento, sino qué condiciones hicieron posible que ese talento creciera.

Cuando un menor destaca se mira el resultado: los goles, la velocidad, la facilidad aparente. Sin embargo, detrás de todo esto suele haber muchas horas de juego, aprendizaje, contexto, confianza, repetición y libertad para crear. Ahí aparece la idea clave: el talento deportivo no solo se detecta, también se construye.

El talento también se hace

Durante la infancia y la adolescencia el cerebro mantiene una enorme capacidad de transformación. Es lo que la neurociencia llama neuroplasticidad: la posibilidad de reorganizar conexiones neuronales en respuesta a lo que vivimos y practicamos.

Eso significa que cuando un niño o una niña entrena no solo fortalece músculos o mejora la resistencia. También modifica circuitos cerebrales relacionados con la coordinación, la atención, la memoria y la toma de decisiones.

Con el entrenamiento físico se asocian cambios estructurales y funcionales en el cerebro, especialmente en áreas vinculadas al control cognitivo y motor.

Dicho de forma sencilla: la práctica deja huella en el cerebro.

¿Por qué el talento parece natural?

A menudo confundimos talento con facilidad inicial. Vemos a un menor que destaca y pensamos que nació con algo especial. En parte puede haber predisposiciones biológicas, pero también influyen otros factores. La lista es larga e incluye experiencias previas, juego libre acumulado, confianza, calidad del entrenamiento, maduración física o simplemente haber tenido más oportunidades.

Desde el estudio del desarrollo del talento se lleva años advirtiendo de que el rendimiento temprano no siempre predice el éxito posterior. Muchos sistemas de selección detectan mejor quién sobresale hoy que quién tiene mayor margen de crecimiento mañana..

Se necesita considerar el desarrollo longitudinal, desde la maduración hasta las múltiples dimensiones del rendimiento. Por eso, lo que parece talento espontáneo muchas veces es talento ya trabajado, aunque no lo hayamos visto.

El deporte también entrena la mente

Moverse bien no depende solo del cuerpo. También requiere recordar patrones, anticipar jugadas, controlar impulsos, cambiar de estrategia y mantener la atención bajo presión.

La práctica deportiva en menores y adolescentes mejora funciones ejecutivas como la memoria de trabajo, la flexibilidad cognitiva y el control inhibitorio. Es decir, entrenar también enseña al cerebro a pensar mejor en movimiento.

La actividad física regular se asocia con mejoras cognitivas y académicas en población escolar. Esto refuerza la idea de que moverse también beneficia al aprendizaje.

El error de las pruebas rápidas

Muchos sistemas deportivos siguen funcionando como si el talento pudiera detectarse en una mañana de pruebas. Se mide quién corre más rápido, quién salta más o quién rinde mejor ese día. El problema es que esas pruebas suelen captar el presente, no la evolución futura del deportista.

Un menor que madura antes puede parecer extraordinario a los diez años y normalizarse después. Otro que hoy pasa desapercibido puede explotar más tarde si encuentra el entorno adecuado.

Este fenómeno está relacionado con el llamado “efecto de la edad relativa”: en los sistemas deportivos organizados por año de nacimiento, quienes nacen cerca del inicio del periodo de selección suelen estar sobrerrepresentados en categorías competitivas, porque el talento infantil rara vez llega etiquetado.

¿Cómo se construye el talento?

Si el cerebro cambia con la práctica, entonces la pregunta importante no es quién destaca primero, sino qué entornos ayudan a crecer mejor. Serán aquellos donde haya variedad de experiencias motrices, entrenamiento progresivo, retroalimentación de calidad, descanso suficiente y apoyo emocional.

En fútbol, por ejemplo, se ha propuesto un modelo de “muestreo especializado”: practicar el deporte principal sin renunciar a otras experiencias motrices que enriquecen el aprendizaje y reducen la rigidez temprana de la trayectoria.

También importa algo menos visible: que el menor disfrute. Sin disfrute, la motivación cae. Y sin motivación, el aprendizaje se frena.

Entender el talento para familias y profesionales

Entender el talento como algo que podemos construir cambia muchas cosas. Reduce la ansiedad de pensar que todo se decide a los ocho años. Invita a mirar procesos en lugar de resultados inmediatos. Y recuerda que acompañar bien puede ser más decisivo que seleccionar pronto.

A veces llamamos talento a lo que en realidad es oportunidad bien acompañada. Aunque la pregunta quizá, no sea: “¿Tiene talento?”. Quizá sea otra: “¿Estamos creando el entorno adecuado para que pueda desarrollarlo?”

The Conversation

Las personas firmantes no son asalariadas, ni consultoras, ni poseen acciones, ni reciben financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y han declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado anteriormente.

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Naufraga el megaproyecto de Royal Caribbean en México, pero los tribunales no han dicho su última palabra

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Juan Martín Flores Almendárez, PTC Asociado "B"; Especialista en Capital Humano e integrante del CA en Gestión, Innovación Educativa y Tecnología, Universidad de Guadalajara

El amanecer en Mahahual, Quintana Roo (México), prometía un futuro dorado frente al mar Caribe cuando se anunció la construcción de un gigantesco parque acuático con una inversión de 1 000 millones de dólares para 107 hectáreas. Tras la cancelación del proyecto por la presión conservacionista, este pequeño pueblo pesquero cercano a la frontera con Belice, en el que solo residen 2 600 personas, vive hoy un debate que trasciende sus fronteras.

El proyecto Perfect Day México de Royal Caribbean se presentaba como un milagro económico. La inversión anunciada por la compañía de turismo de cruceros se iba a destinar específicamente al desarrollo del parque temático y a la mejora de la infraestructura vial de “Nuevo Mahahual”. Las 107 hectáreas sobre las que se iba a construir forman parte de la zona terrestre colindante con la infraestructura portuaria existente en el sur de Quintana Roo, de acuerdo con la narrativa oficial

En su origen, el plan simbolizaba un México que abrazaba la modernidad sin temores gracias a la inversión extranjera. La llegada de la transnacional se percibía como un acto de justicia financiera y parte de los residentes locales la recibían con esperanza.

Sin embargo, el espejismo chocó pronto contra los límites de un ecosistema frágil. Organizaciones como Greenpeace, Salvemos Mahahual y Change.org movilizaron a la población civil afectada.

Valor ecológico

Mahahual es el corazón de la Costa Maya, una región en el sur de Quintana Roo que destaca por su aislamiento y pureza biológica. A diferencia de la explotada Riviera Maya, este destino representa una de las últimas reservas de selva baja y manglares vírgenes que actúan como barrera natural y refugio de biodiversidad.

Su relevancia ambiental es crítica, ya que su litoral forma parte del Sistema Arrecifal Mesoamericano. Se trata del segundo arrecife de barrera más extenso del planeta, que incluye territorio de México, Belice, Guatemala y Honduras. Un ecosistema de frágil equilibrio que depende de la conservación de sus costas para sobrevivir.

Un choque de escalas brutal

Mahahual es una comunidad pequeña con apenas 2 600 residentes fijos actualmente. El proyecto pretendía recibir hasta 21,000 turistas diarios en sus instalaciones costeras. Esta fórmula buscaba replicar el éxito de CocoCay en las Bahamas.

La desproporción y escala del proyecto desplazan las necesidades locales, como han venido denunciando miembros de la comunidad.

Mahahual tiene un muelle internacional denominado Puerto Costa Maya que, desde 2009, está concesionado para el arribo de hasta tres cruceros diarios. Estos pagan un impuesto de 5 dólares por pasajero al municipio. A pesar de los ingresos, los locales sufren carencias en servicios básicos como el agua y la electricidad.

Además, en México, la vida comunitaria implica identidad colectiva y un arraigo territorial profundo. La relación espiritual de los pescadores con el mar trasciende el valor inmobiliario.

Imponer un proyecto de esta magnitud rompe el tejido comunitario y atenta contra la cohesión social. La invasión de extraños transforma espacios de convivencia en zonas de tránsito comercial. Para la empresa, el territorio representa rendimiento; para el local, es familia.

El eco de un malestar global

La crisis de Mahahual refleja un fenómeno de saturación turística en todo el mundo. Ciudades como Venecia o Santorini ya imponen restricciones severas a los megacruceros. Venecia prohibió grandes naves en su laguna para proteger su patrimonio histórico. También implementaron tasas de acceso para desincentivar el excursionismo masivo sin beneficios.

Mientras estas y otras ciudades, como Ámsterdam o Barcelona, legislan su soberanía y regulan el modelo crucerista, Mahahual se asoma al abismo de la turistización desde la lucha por la conservación. Aquí se disputa la supervivencia de un ecosistema virgen amenazado por el impacto del “turismo de enclave”.

También enfrenta lo que expertos denominan una compleja “gentrificación hídrica o por agua”. Esta implica el desarrollo de frentes marítimos que revalorizan el suelo urbano para atraer a residentes de mayor poder adquisitivo. Una lógica que expulsa a las familias locales que ya no pueden pagar el coste de la vivienda.

Loreto, en el mexicano estado de Baja California Sur, afronta una encrucijada similar, que, por ahora, se está saldando con otro frenazo al turismo de cruceros. La presión social logró que las medidas de protección del Parque Nacional Bahía de Loreto y el Programa de Acción de Protección de la Ballena Azul continúen vigentes tras la cancelación del decreto presidencial que apostaba por cruceros y omitía el sitio de crianza de las ballenas.

El modelo de cruceros genera una reconfiguración socioterritorial que resulta sumamente violenta. En Monterey, California, las comunidades también luchan por proteger sus santuarios marinos.

La burbuja del circuito cerrado

En todos estos ámbitos litorales, el crucero masivo intenta colonizar pueblos de baja densidad. El beneficio económico se concentra en las navieras mediante circuitos de consumo cerrados. El costo real se externaliza hacia la población en forma de inflación. Los servicios públicos colapsan mientras la identidad comunitaria se pierde bajo el cemento.

El turismo de enclave visualiza al destino como una burbuja hermética móvil. El pueblo se convierte en escenografía observada desde la cubierta del barco. Se desvía agua potable para el turista mientras los locales sufren apagones.

El suelo kárstico de Quintana Roo no soporta la demanda hídrica de tal magnitud y los datos de SITUR-Q –indicadores oficiales– confirman que las ganancias no permean en la economía local.

El giro político y el riesgo legal

En este 2026, el Gobierno de México ha dado un giro político inesperado. La Secretaría de Medio Ambiente y Recursos Naturales de México (Semarnat) cataloga ahora el proyecto de Mahahual como un riesgo para la soberanía ecosistémica. En la misma línea, la Procuraduría Federal de Protección al Ambiente (Profepa) clausuró obras por destrucción de manglares y compactación de selva baja.

Este cambio de postura responde a la presión social y a la crisis climática. Defender a la transnacional ante un desastre ecológico acarreaba un costo político impagable. Pero la cancelación del proyecto no significa una retirada pacífica de la empresa.

Royal Caribbean podría usar el Capítulo 14 del tratado comercial entre México, Estados Unidos y Canadá (T-MEC) contra el Estado mexicano. La compañía alega “inseguridad jurídica” y podría reclamar indemnizaciones multimillonarias ante tribunales de arbitraje internacional. México queda vulnerable: proteger el arrecife hoy podría comprometer presupuestos futuros.

Por el momento, la compañía ha retirado el proyecto para que no figure como legalmente denegado, lo que deja abierta la puerta a futuras negociaciones para una propuesta modificada. El Gobierno estudia reforzar la protección ambiental para cerrar el capítulo.

Tres incógnitas para el futuro

La inversión prometida en 2024 es hoy un riesgo inminente de litigio. La amenaza al Sistema Arrecifal Mesoamericano eclipsó cualquier promesa de empleo temporal. El desarrollo se vuelve una carga si ignora los límites biofísicos naturales. Quedan en el aire tres preguntas:

¿Es posible un turismo de gran escala que no sea puramente extractivo? El naufragio de este “Día Perfecto” obliga a repensar el derecho al territorio.

¿Hasta qué punto los tratados comerciales (T-MEC) limitan la capacidad de un país para proteger sus propios recursos naturales?

¿Qué pasará con Mahahual, ahora que el gigante se retira dejando tras de sí una infraestructura a medias y una comunidad fracturada?


En este artículo ha colaborado Marian Gutiérrez De Anda, alumna de Negocios Internacionales de la Universidad de Guadalajara.


The Conversation

Juan Martín Flores Almendárez no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

ref. Naufraga el megaproyecto de Royal Caribbean en México, pero los tribunales no han dicho su última palabra – https://theconversation.com/naufraga-el-megaproyecto-de-royal-caribbean-en-mexico-pero-los-tribunales-no-han-dicho-su-ultima-palabra-283742

¿Quién sube a la Casita de Bad Bunny? Cuerpos y validación juvenil en redes sociales

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Patricia Lafuente Pérez, Profesora e Investigadora Área Comunicación, Universidad Villanueva

Stock-Asso/Shutterstock

La Casita de Bad Bunny ha generado un intenso debate estos días. No solo por la presencia casi exclusiva de famosos y gente VIP, sino también porque durante el concierto algunos ojeadores reclutaban entre el público a chicas jóvenes con cuerpos delgados y tonificados para compartir escenario con el cantante puertorriqueño.

Para muchos esta práctica demuestra cómo el cuerpo sigue siendo un criterio de selección y éxito social, especialmente para las mujeres. Sin embargo, lo visto en esta gira no ha sido excepcional. Privilegiar a ciertas personas por su cuerpo ocurre cada día en multitud de contextos, como una entrevista de trabajo, y también en las redes sociales.

Imagen corporal en la adolescencia

Aunque la imagen corporal nos afecta a todos en cómo nos vemos y nos ven, en el caso de los adolescentes es un factor especialmente relevante. La adolescencia es una etapa en la que el sentimiento de pertenencia y aceptación por parte del grupo tienen una enorme importancia. En este contexto, como el cuerpo es algo visible y está expuesto constantemente al juicio ajeno se convierte en un elemento crucial para la autopercepción y evaluación social de los adolescentes.

Los jóvenes pertenecientes a las generaciones Z y Alfa pasan gran parte de su tiempo de ocio en las redes sociales y precisamente en estos entornos digitales las normas sobre qué cuerpos merecen ser o no mostrados se aprenden a través de la exposición continuada a contenidos y a señales de aprobación social como los likes y comentarios.




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Idealización del cuerpo y reglas de comportamiento

Las plataformas como TikTok e Instagram, las más consumidas por la mayoría de los adolescentes, priorizan contenidos visuales en los que se muestran representaciones idealizadas del cuerpo. Además, permiten observar en tiempo real cómo otros menores de similar edad reaccionan, positiva o negativamente, ante ciertos contenidos en los que se enseña el cuerpo.

Esto es precisamente lo que muestra una encuesta realizada a más de 1 000 adolescentes españoles de entre 12 y 17 años. Los resultados de este estudio revelan que los menores han hecho suyas ciertas “reglas de comportamiento” respecto al aspecto físico.

Por ejemplo, el 17 % de los chicos cree que algunos tipos de cuerpo deberían limitar su exposición en redes sociales, frente al 10,8 % de las chicas. Además, uno de cada diez considera directamente que hay ciertos cuerpos que no deberían mostrarse en las redes sociales.

¿Quién puede y quién no exponerse?

Estas ideas no son anécdotas, son el reflejo de una lógica que se refuerza día a día a través de likes y que demuestra cómo chicos y chicas han interiorizado que hay ciertos cuerpos deben exponerse en público pero otros no.

Aunque más de dos tercios de los adolescentes sienten incomodidad cuando ven críticas dirigidas a la imagen de otras personas, cifra que sube al 72,7 % entre las chicas, la reacción más extendida no es la indignación, sino el temor.

Como las chicas seleccionadas en la Casita de Bad Bunny, los adolescentes saben que en redes sociales el aspecto físico está bajo un constante escrutinio, de ahí que casi un 40 % reconozca temer que le ataquen si comparte una fotografía (el 46,4 % entre las chicas) y uno de cada cuatro declare tener miedo a subir fotos donde se vea alguna parte de su cuerpo.




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¿Hay diferencias por edad y género?

Otra conclusión que debe invitar a la reflexión es que la aceptación de las reglas del juego sobre qué debe exponerse o no en redes sociales no se diluye con los años. Al contrario, se consolida con el paso del tiempo. La aceptación de que mostrarse implica asumir las críticas aumenta de manera paralela a la edad de los menores encuestados: del 22,9 % entre los adolescentes de 12-13 años al 25,8 % entre los de 16-17. Igual ocurre con la percepción de que hay cuerpos que no deberían enseñarse en entornos digitales: aumenta en el tramo de más edad.

En cuanto al género, también hay diferencias. Los chicos consideran que comentar el aspecto físico de alguien en tono de broma no tiene importancia y encuentra más divertidas las chanzas sobre el cuerpo que las chicas.




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Clasificar, juzgar y excluir en función del aspecto

Lo que la Casita de Bad Bunny ha hecho visible, al menos por unos días, es que se sigue asociando el éxito a ciertas características corporales. Esta práctica se extiende al ámbito de las redes y aunque clasificar, juzgar y excluir en función de la imagen corporal no se haya inventado en el entorno digital, ahora se vive de manera más frecuente e intensa.

Las redes sociales han provocado que lo que antes ocurría en espacios más acotados o privados se convierta en algo permanente, público y cuantificable.

The Conversation

Este artículo nace de los resultados al amparo del proyecto de investigación “Odios juveniles. La alfabetización digital de los adolescentes ante la incidencia de la gordofobia en redes sociales”, financiado por la Universidad Villanueva.

ref. ¿Quién sube a la Casita de Bad Bunny? Cuerpos y validación juvenil en redes sociales – https://theconversation.com/quien-sube-a-la-casita-de-bad-bunny-cuerpos-y-validacion-juvenil-en-redes-sociales-284363

De peregrinar a Roma a las misas en estadios: cómo ha cambiado la devoción hacia el papa a lo largo de la historia

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Anna Peirats, Catedrática de Humanidades, Universidad Católica de Valencia

El papa León XIV ante los fieles que le esperan semanalmente en el Vaticano. Marco Iacobucci Epp/Shutterstock

El 7 de junio cientos de miles de personas se reunirán en la madrileña plaza de Cibeles para ver a León XIV celebrar la misa coincidiendo con la festividad del Corpus Christi. Es la primera visita a España que realiza este papa.

Hoy la escena no sorprende a nadie, pero durante siglos quien quería acercarse al sumo pontífice debía peregrinar hasta la tumba de Pedro. Para entender este contraste conviene remontarse a los orígenes.

‘Sobre esta piedra edificaré mi iglesia’

En los primeros siglos del cristianismo, el centro de la veneración era la figura de san Pedro, y Roma cobró importancia porque la tradición situaba allí su martirio y su sepultura. La basílica que Constantino mandó construir sobre la tumba del santo, en el siglo IV, convirtió este lugar en una de las grandes metas de peregrinación de la cristiandad.

Los papas de esos siglos solo salían de Roma en circunstancias excepcionales. El caso más conocido es el de León I Magno: en el año 452 fue al encuentro de Atila, mientras los hunos avanzaban por el norte de Italia, y logró frenar su marcha sobre la ciudad. La leyenda añadió un detalle, que Rafael inmortalizó en un fresco del Vaticano: tras el papa se habrían aparecido los apóstoles Pedro y Pablo, espada en mano.

Pintura en la que se retrata el encuentro entre León el Grande y Atila con dos personas a caballo detrás del papa.
El encuentro entre León el Grande y Atila según Rafael.
Art Renewal Center/Wikimedia Commons

Por eso el nombre elegido por León XIV recuerda una de las imágenes más antiguas del papado, la del pontífice que protege a su pueblo ante el peligro.

Los papas viajaban para gobernar, bien para negociar con los reyes, reformar la Iglesia o movilizar a la cristiandad, como hizo Urbano II al predicar la Primera Cruzada en 1095. La devoción, en cambio, circulaba en sentido contrario: los fieles acudían a Roma.

El primer Jubileo, proclamado por Bonifacio VIII en 1300, atrajo a la ciudad a cientos de miles de peregrinos con la promesa del perdón de los pecados. Pero el papa seguía siendo, para la inmensa mayoría, una figura distante.

Durante los siglos siguientes el patrón apenas varió.

Prisionero del Vaticano

La veneración al papa se intensificó en el siglo XIX. El 20 de septiembre de 1870, las tropas del reino de Italia invadieron Roma y pusieron fin a más de mil años de soberanía pontificia. Pío IX se recluyó en el Vaticano, se declaró “prisionero” y murió ocho años después sin haber vuelto a salir.

Hombre vestido de blanco en una ilustración con un libro dorado en la mano.
Estampa del papa Pío IX.
Bibliothèque nationale de France

En esos mismos años, el Concilio Vaticano I, bajo su pontificado, proclamó el dogma de la infalibilidad pontificia. El papa había perdido un Estado, pero ganaba una autoridad espiritual más concentrada, y se fomentó una veneración nueva hacia su persona. La prensa católica difundió su rostro y las estampas con su imagen se multiplicaron en los hogares católicos.

Su sucesor, León XIII, llevó esa autoridad a un terreno nuevo. Con la encíclica Rerum novarum (1891) sentó las bases de la doctrina social de la Iglesia. Esa autoridad reforzada pronto encontró un altavoz inédito, porque antes de que el papa viajara por el mundo, viajó su voz.

El 12 de febrero de 1931, Pío XI inauguró Radio Vaticano, construida por Guglielmo Marconi, con el primer mensaje radiofónico de un pontífice. Por primera vez, sus palabras podían escucharse simultáneamente en todo el planeta.

Pío XII llevó esa posibilidad más lejos: su mensaje del 24 de agosto de 1939, en vísperas de la Segunda Guerra Mundial (“nada se pierde con la paz; todo se puede perder con la guerra”), dio alcance mundial a la palabra, y en 1949 fue el primer papa que apareció en televisión.

La voz y el rostro ya cruzaban fronteras, pero el papa seguía en Roma. Faltaba un último paso: salir al encuentro de los fieles.

Más allá de Roma

Un hombre con un vestido blanco y un abrigo encima extiende los brazos rodeado de gente en un balcón.
El papa Pablo VI en el balcón del monasterio franciscano del monte Tabor, con vistas al valle del Jezreel y a las montañas de Gilboa.
David Eldan/ National Photo Collection of Israel

Ese paso lo dio Pablo VI. En enero de 1964 viajó a Tierra Santa, en el primer viaje internacional de un papa en avión. Al año siguiente voló a Nueva York, donde pronunció un discurso ante la Asamblea General de las Naciones Unidas, y celebró misa en un estadio. Visitó los cinco continentes, por lo que recibió el apodo de “papa peregrino”.

Juan Pablo II convirtió esa idea en el eje de su pontificado y fue el primer papa de las multitudes. Recorrió más de 1 200 000 kilómetros (casi treinta vueltas al mundo) en 104 viajes internacionales a 129 países, y España lo recibió en cinco ocasiones. En 1985 instituyó las Jornadas Mundiales de la Juventud, que congregaron enormes muchedumbres: en Manila, en 1995, una sola misa reunió a varios millones de personas. En las plazas se coreaba un cántico que ningún papa había escuchado antes con esa intensidad, y aún permanece en la memoria colectiva: “Juan Pablo II, te quiere todo el mundo”.

Su funeral, en 2005, concentró en Roma a más de cuatro millones de peregrinos y a delegaciones de más de ochenta países.

Esa devoción de masas dio lugar a una comparación que ha acompañado a los papas más recientes: la de la estrella de rock. El crítico Terry Eagleton describió a Juan Pablo II, en la London Review of Books, como una especie de “estrella de rock espiritual”. La comparación explica la dimensión mediática del fenómeno, pero deja fuera un elemento esencial: el papado se sustenta sobre una tradición y una memoria forjadas durante casi dos mil años.

Del sepulcro de Pedro a la pantalla del ‘smartphone’

Después se produjo otro cambio, esta vez sin estadios: las redes sociales. Benedicto XVI abrió en Twitter la cuenta @Pontifex en diciembre de 2012 y fue el primer papa digital.

Antes había visitado España en tres ocasiones: Valencia en 2006; Santiago de Compostela y Barcelona en 2010; Madrid en 2011. En la capital presidió una Jornada Mundial de la Juventud que reunió a más de un millón de jóvenes, con actos en la misma plaza de Cibeles que ahora acogerá a León XIV.

Cuando Francisco estrenó su cuenta de Instagram, en marzo de 2016, alcanzó el millón de seguidores en doce horas. Un año antes la revista Vogue ya lo había descrito como una estrella de rock de internet. Era la misma comparación de la era de Juan Pablo II, ahora trasladada del estadio al teléfono móvil.

Con las redes sociales, la relación con el papa Francisco se volvió cotidiana: ya no hacía falta peregrinar a Roma ni esperar a verlo por televisión, porque el papa podía aparecer cada día en la pantalla del smartphone de cualquier fiel, convertido en noticia, vídeo o meme.

En 2020 sus mensajes alcanzaron 27 000 millones de vistas. En plena crisis sanitaria global, el 27 de marzo de 2020, Francisco impartió desde Roma la bendición Urbi et Orbi, bajo la lluvia y prácticamente aislado. El rito fue retransmitido por televisión, internet y radio. El papa solo, sin la presencia física de fieles en la plaza de San Pedro, acompañaba a millones de personas de todo el mundo a través de las pantallas.

León XIV hereda esta faceta de papa de la era tecnológica. Su elección, el 8 de mayo de 2025, fue la primera de la era de TikTok, y su estreno en Instagram repitió el fenómeno de Francisco: superó el millón de seguidores en menos de un día. Hoy, sumando las cuentas pontificias, reúne decenas de millones.

La historia de la devoción a los papas es también la historia de sus formas de hacerse presentes ante los fieles. Cuando León XIV celebre la misa en Cibeles, la escena reunirá varias etapas de esa historia: la peregrinación medieval, la liturgia multitudinaria del siglo XX y la difusión digital del siglo XXI.

Ha cambiado de forma, medio y lenguaje, pero la devoción conserva un impulso muy antiguo: el deseo de ver de cerca al sucesor de Pedro.

The Conversation

Anna Peirats no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

ref. De peregrinar a Roma a las misas en estadios: cómo ha cambiado la devoción hacia el papa a lo largo de la historia – https://theconversation.com/de-peregrinar-a-roma-a-las-misas-en-estadios-como-ha-cambiado-la-devocion-hacia-el-papa-a-lo-largo-de-la-historia-284034

La frontière entre éveil et sommeil est bien plus floue que l’on ne le pensait : on peut rêver en étant éveillé

Source: The Conversation – in French – By Nicolas Decat, Doctorant, Sorbonne Université

Ce soir, en fermant les yeux dans votre lit, il vous arrivera quelque chose d’étrange. Vous passerez d’une pensée ordinaire à un rêve. Vous ne sauriez dire quand exactement. On imagine que la frontière est nette : éveillé, on pense ; endormi, on rêve. Pourtant, dans notre étude, publiée dans Cell Reports, nous montrons que cette frontière n’existe pas vraiment. On peut rêver avant de s’endormir, et planifier sa journée de demain en plein sommeil.


Pensez à ce que signifie être éveillé. Là, maintenant, en lisant ces lignes : des bruits vous parviennent, une lumière vous éclaire, un tissu touche votre peau. Vous êtes ancré dans le monde. Dormir, c’est un peu l’opposé. Vous êtes immobile, coupé de l’extérieur et habité par des expériences construites de l’intérieur : les rêves.

Entre les deux, il y a un laps de temps. On ne bascule pas d’un état à l’autre comme on éteint une lumière. C’est une transition graduelle où l’activité cérébrale ralentit, les muscles se relâchent, la respiration s’approfondit. Et l’esprit, lui, ne disparaît pas, il prend d’autres formes : des pensées liées à la journée écoulée ou à celle de demain, des images fugaces, quelques bribes de musique, des fragments de rêves… Les chercheurs appellent ça les « hypnagogies ».

Le problème, c’est que ces expériences sont fugaces et changeantes, difficiles à rapporter, encore plus à classifier. Comment passe-t-on de « Qu’est-ce que je mange demain » à « Je suis assis dans un train qui roule sous l’eau » ? Jusqu’ici, les chercheurs tentaient de les ranger dans des cases en fonction de ce qu’elles sont (« Celle-ci semble bizarre, donc c’est un rêve ») ou selon le moment où elles apparaissent (« J’exclus tout ce qui arrive à l’éveil »). Résultat : on savait qu’une multitude d’expériences traversent l’esprit pendant l’endormissement, mais sans être sûrs desquelles ni de quand ou comment le cerveau les fabrique. C’est exactement ce qu’on a voulu comprendre.

Laisser les données parler

Pour y voir plus clair, il fallait abandonner les catégories toutes faites et laisser les données parler. Nous avons enregistré l’activité cérébrale de 103 participants pendant qu’ils faisaient la sieste au laboratoire, par électroencéphalographie ou EEG : des électrodes sont placées sur la tête pour capter les signaux neuronaux et permettent de distinguer l’éveil (ondes rapides alpha) du sommeil léger (ondes plus lentes, thêta et sigma, avec de soudaines ondes très lentes et de brèves bouffées d’activité intense).

À plusieurs reprises, nous les avons interrompus avec un son pour leur poser une question toute simple : « Qu’est-ce qui vous traversait l’esprit juste avant l’alarme ? » Puis on leur a demandé de noter leur expérience sur quatre dimensions : à quel point elle était bizarre (et non ordinaire), fluide et continue (ou, au contraire, fragmentée), spontanée (sans contrôle volontaire), ainsi que leur impression d’être éveillés ou endormis.

Au total, nous avons récolté 375 expériences à l’endormissement. Plutôt que de décider nous-mêmes ce qui relevait du rêve ou de la pensée d’éveil, nous avons confié les expériences à un algorithme de Machine Learning. Sa tâche était de regrouper ces expériences en « états mentaux » sans qu’on lui dise à l’avance ce qu’ils devaient être.

En prenant en compte les notes des participants sur les quatre dimensions simultanément, l’algorithme cherchait des groupes d’expériences qui se ressemblent – un peu comme s’il cherchait des « familles » sur une carte à quatre coordonnées. Grossièrement : des fragments de souvenirs (« Une image de mon père m’est venue à l’esprit »), des pensées liées à l’environnement (« J’écoutais les bruits de la rue »), des imageries oniriques (« Je voyais des petits extraterrestres »), et des réflexions volontaires (« Je pensais à ce que j’allais faire demain »).

La question suivante s’imposait d’elle-même : à quel moment chacun de ces états surgit-il, entre l’éveil et le sommeil ?

Rêver éveillé, réfléchir en dormant

C’est là que les résultats deviennent surprenants. On s’attendait à un scénario simple : les pensées rationnelles à l’éveil, les imageries bizarres dans le sommeil. Et certains schémas allaient dans ce sens : en s’enfonçant dans le sommeil, l’état mental lié à l’environnement et celui lié aux réflexions volontaires se raréfiaient.

Mais voilà le cœur de notre découverte : les quatre états apparaissaient partout – à l’éveil, aux premiers instants de l’endormissement (stade N1) et dans un sommeil plus installé (stade N2). Ce qui nous traverse l’esprit n’est pas dicté par le fait d’être éveillé ou endormi.

En pratique, certains cas se sont révélés franchement paradoxaux. Une participante, parfaitement éveillée (ondes alpha sur l’EEG, signature de l’éveil) rapportait : « Des fourmis grimpaient sur moi avec des mots croisés en arrière-plan. » Un participant endormi en stade N2 (soudaines ondes amples sur le tracé, marqueur classique du sommeil) disait simplement : « Je pensais au travail. » On rêve avant de dormir, on réfléchit en dormant.

Il restait un point à élucider : le cerveau ne fonctionne pas de la même façon à l’éveil et dans le sommeil ; pendant le sommeil, il ralentit, il se synchronise. Alors comment une expérience onirique peut-elle survenir à la fois à l’éveil et au sommeil ? Pour le comprendre, nous avons zoomé : des fenêtres de temps plus courtes pour capter les changements rapides des ondes cérébrales, 64 électrodes pour couvrir le cortex de façon précise, des métriques de signal plus fines que celles utilisées traditionnellement.

Nous avons trouvé des signatures cérébrales des états mentaux. L’imagerie onirique, par exemple, s’accompagnait d’une communication plus faible entre régions cérébrales, comme si ces zones du cerveau parvenaient moins à dialoguer. Le point clé : ces signatures étaient les mêmes, que la personne soit techniquement éveillée ou endormie. Autrement dit, le cerveau peut produire le même type d’expérience mentale indépendamment de l’état de vigilance.

Et vous, qu’est-ce qu’il vous passe par la tête en vous endormant ?

Ces résultats ouvrent une question tout aussi intéressante. Ces expériences mentales, est-ce que tout le monde les traverse ? Dans le même ordre ? Et est-ce que cela dit quelque chose de qui nous sommes ?

Pour le savoir, nous avons conçu Drifting Minds, un questionnaire en ligne d’une vingtaine de minutes qui explore vos expériences mentales à l’endormissement. Plus de 4 500 personnes sur les cinq continents y ont déjà participé. L’objectif est d’identifier des profils d’endormissement dans la population et de voir si s’ils dépendent de l’âge, du sexe, de la culture, mais aussi s’ils sont liés à des traits comme la créativité, l’anxiété, la capacité d’imagerie mentale ou la qualité du sommeil.

À la fin du questionnaire, vous découvrez votre propre profil d’endormissement et pouvez vous comparer aux autres. Participez ici !

Ce que nous cherchons, au fond, c’est à comprendre ce que le cerveau génère dans cet entre-deux. Et ce que cela raconte de nous. Ce soir, en fermant les yeux, vous traverserez une fois de plus ce couloir étrange. Prêtez-y attention : qu’est-ce qui vous passe par la tête juste avant de sombrer ?

The Conversation

Delphine Oudiette a reçu des financements du programme Horizon Europe de l’Union Européenne (ERC consolidator grant).

Nicolas Decat ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. La frontière entre éveil et sommeil est bien plus floue que l’on ne le pensait : on peut rêver en étant éveillé – https://theconversation.com/la-frontiere-entre-eveil-et-sommeil-est-bien-plus-floue-que-lon-ne-le-pensait-on-peut-rever-en-etant-eveille-283845

Britney Spears, Marie Trintignant, Evan Rachel Wood : ces documentaires qui révèlent la mécanique du contrôle coercitif

Source: The Conversation – in French – By Valérie Petit, Full Professor in Management, ESSCA School of Management

Le contrôle coercitif vise à rendre une personne dépendante, notamment en l’isolant de tout soutien, en la privant de toute liberté et en réglementant ses comportements par des microrégulations au quotidien. Une série de documentaires récents, consacrés à des femmes qui en ont été victimes, comme les actrices Marie Trintignant, Evan Rachel Wood ou la chanteuse Britney Spears, permet de mieux comprendre les mécanismes à l’œuvre, et de (re)penser certaines violences faites aux femmes à l’aune de ce concept.


Nombre de spectatrices et spectateurs français font la même expérience devant le documentaire De rockstar à tueur, le cas Cantat : redécouvrir une affaire qu’ils croyaient connaître, mais ne plus la voir de la même manière. Vingt ans après la mort de Marie Trintignant, le documentaire de Karine Dusfour documente le changement du regard et des mots que nous posons sur les violences de genre : le voile du crime passionnel se déchire, révélant le féminicide et la toile relationnelle tissée autour de Marie Trintignant pour la rendre vulnérable. Vingt ans plus tard, le mot existe désormais dans le débat public pour nommer ce système : le contrôle coercitif.

Plusieurs documentaires récents sur des artistes féminines ont produit ce même effet de dévoilement de la sophistication des violences de genre, notamment Framing Britney Spears qui narre le contrôle et les violences exercés sur Britney Spears par son père et son entourage professionnel, et Phoenix Rising, qui explore les violences alléguées par Evan Rachel Wood contre son compagnon.

Nous analysons ici ces documentaires comme des récits publics, c’est-à-dire comme des objets sociaux qu’il faut prendre au sérieux en ce qu’ils contribuent à transformer nos représentations, notamment des violences de genre. Dans ce cas précis, les documentaires permettent au contrôle coercitif, terme encore peu connu du grand public, de devenir progressivement un nouveau cadre de pensée des violences faites aux femmes.

Le contrôle coercitif : nommer le système derrière l’acte violent

Le contrôle coercitif, tel que conceptualisé par le sociologue américain Evan Stark (2007) désigne un système de domination patriarcale fondé sur la violence, combinant des comportements de contrôle et de coercition dont la finalité est de priver une personne, généralement une femme, de sa liberté et de la placer dans une situation d’enfermement.

À la différence de l’emprise, le contrôle coercitif déplace le regard des actes isolés vers les processus, et de la supposée vulnérabilité de la victime vers les stratégies de vulnérabilisation mises en œuvre par l’auteur, ne demandant plus « pourquoi n’est-elle pas partie » mais : « qu’a-t-il fait pour qu’elle ne puisse plus partir ? » Et à la différence du harcèlement, il se définit comme une atteinte aux droits humains, notamment à la liberté et la dignité de la personne, plaçant d’emblée les violences de genre dans une perspective politique.

Dans nos propres travaux, nous analysons le contrôle coercitif comme la combinaison personnalisée de 4 comportements de coercition incluant la violence physique, la menace, l’intimidation et l’entrave physique ou chimique et de cinq comportements de contrôle regroupant le contrôle psychologique (manipulation émotionnelle, gaslighting et humiliation), la microrégulation du quotidien, la surveillance, l’isolement social et l’exploitation des ressources économiques et sociales.

Ces comportements sont agencés et raffinés au fil du temps pour assurer le contrôle total et la privation de liberté. L’auteur les légitime par des normes et privilèges de genre : père « protecteur », mari « amoureux » ou autre figure patriarcale abusive. Stark dit ainsi que le contrôle coercitif est un véritable patriarcat en miniature reproduit à l’échelle du couple.

Trois récits de femmes artistes victimes de contrôle coercitif

Dans De rockstar à tueur : le cas Cantat (2025), les comportements rapportés sur le temps long relèvent d’une possessivité envahissante et d’un contrôle relationnel exercé sur Marie Trintignant : appels et messages répétés, surveillance affective, intrusion dans ses liens avec d’autres hommes, présence sur les lieux de tournage, pression autour de ses communications, scènes de crise lorsqu’elle échappe à son contrôle. Le documentaire met ainsi en récit une montée de l’intimidation et de la violence, du contrôle relationnel jusqu’au féminicide de Vilnius.

Dans Framing Britney Spears et Controlling Britney Spears (2021), les comportements décrits relèvent d’un contrôle institutionnalisé de la vie quotidienne : contrôle de l’argent, du travail, des contrats, des déplacements, du téléphone, des fréquentations, de la vie affective, du corps, des soins, de la médication et de la possibilité d’avoir un enfant. Ils rapportent aussi surveillance organisée, exploitation professionnelle massive, isolement de l’entourage choisi, menace de sanctions en cas de refus de coopérer, et rhétorique de protection transformant la dépossession en nécessité.

Dans Phoenix Rising, sorti en 2022 (Phénix : pour la justice dans la version française), les comportements rapportés par Evan Rachel Wood s’inscrivent dans une dynamique de domination graduelle : love bombing (hyperséduction manipulatoire), grooming (mise en confiance à visée prédatrice), asymétrie d’âge, d’expérience et de notoriété, isolement progressif, contrôle psychologique, gaslighting (détournement cognitif), menaces, intimidation, privation de sommeil, contrôle par la drogue, humiliation et scènes où elle devait prouver son amour ou sa loyauté. Le documentaire rapporte aussi des violences sexuelles alléguées, des contraintes physiques et psychiques, un brouillage entre sexualité, performance et domination.

Privation de liberté, normes de genre et réputation : les barreaux de la cage

Ces trois cas mobilisent des combinaisons de comportements contrôle et de coercition toujours uniques et personnalisées, mais ils ont en partage trois logiques organisatrices : d’abord, la logique de la captivité : ces documentaires rendent visible la finalité du contrôle coercitif qu’est la privation de liberté et la captivité.

Le cas Britney Spears rend cette dimension particulièrement explicite : la tutelle organise une captivité réelle, juridiquement encadrée, rentable et justifiée par le vocabulaire de la protection. Le mouvement Free Britney l’avait saisi : il ne s’agissait pas seulement de soutenir une artiste empêchée, mais de nommer une femme adulte privée de sa liberté.

Ensuite, la logique du genre : chaque fois, les normes de genres sont mobilisées pour rendre les violences tolérables, explicables voire romantiques aux yeux de la victime mais aussi de l’entourage. Dans le cas de Marie Trintignant comme dans celui d’Evan Rachel Wood, les violences sont prises dans une grammaire de l’amour excessif : l’amour fou et « trop intense » qui fait mal.

Cette romantisation est renforcée lorsqu’elle concerne des artistes masculins, auxquels les milieux culturels accordent parfois un privilège d’excès en plus de celui du genre. Dans le cas Cantat, le récit du chanteur-poète a longtemps pesé sur la compréhension publique du féminicide. Dans le cas Marilyn Manson, l’image de l’artiste transgressif a brouillé la frontière entre performance, provocation et violence alléguée.

Enfin, la logique de continuum : l’intime et le professionnel ne sont pas disjoints mais articulés pour assurer la continuité et la solidité du contrôle et des violences. Marie Trintignant, Britney Spears et Evan Rachel Wood ne sont pas seulement des filles ou des partenaires, ce sont aussi des travailleuses, des artistes dont le corps, l’image, la voix et la réputation sont des ressources professionnelles.

Or, dans les trois cas, le contrôle s’exerce aussi sur ces espaces-là : le tournage pour Marie Trintignant, les shows, les contrats et les décisions de carrière pour Britney Spears, le clip, la performance et l’image pour Evan Rachel Wood. Le travail n’est donc pas seulement le décor de la violence ; il peut en devenir l’infrastructure, donnant accès à la victime, à son image, à sa valeur et à sa dépendance. Il finit ainsi de forger les barreaux de la cage, sous nos yeux.

Pour être vu, le système sophistiqué de domination qu’est le contrôle coercitif a besoin d’une mise en récit. Cette mise en récit n’est pas toujours possible dans une salle d’audience, dans un commissariat ou sur un plateau de télévision. Voilà pourquoi ces documentaires sont précieux : dans le sillage de Stanley Cavell, Sandra Laugier montre que les films et en particulier les documentaires ne nous apprennent pas seulement de nouveaux faits, ils transforment notre perception morale de faits que nous avions vus, mais mal compris. Leur force est de faire apparaître la cage. À charge pour la société d’en scier, enfin, les barreaux.

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

ref. Britney Spears, Marie Trintignant, Evan Rachel Wood : ces documentaires qui révèlent la mécanique du contrôle coercitif – https://theconversation.com/britney-spears-marie-trintignant-evan-rachel-wood-ces-documentaires-qui-revelent-la-mecanique-du-controle-coercitif-281576

Transformer l’école pour préparer les élèves au monde qui vient : les leçons d’une expérience pédagogique

Source: The Conversation – in French – By Frédérique Alexandre-Bailly, Professeure en management, Centre d’Expertise et de Recherche pour la Transformation de l’Education (CERTE), ESCP Business School

Dans un monde marqué par les crises climatiques, les polarisations politiques et les bouleversements de l’intelligence artificielle, il ne s’agit plus tant d’accumuler des savoirs que d’apprendre à apprendre. Mais comment adapter le modèle scolaire actuel pour l’orienter vers ces enjeux complexes ? Passant en revue des expériences de terrain innovantes, une recherche nous ouvre quelques pistes. En voici un aperçu à l’occasion du colloque « Penser le monde qui vient » du 11 juin 2026, organisé par le collectif Le 106 et dont The Conversation est partenaire.


Des résultats des évaluations nationales ou internationales aux enquêtes sur le bien-être des élèves et leurs enseignants, les signaux sont là pour nous crier qu’il est urgent de transformer un système éducatif qui ne prépare pas aux défis du XXIe siècle.

Actuellement, les réformes régulièrement annoncées par les ministres qui se succèdent correspondent à de petits changements sans remise en question des caractéristiques principales du modèle actuel, elles ajoutent du désarroi à des cadres qui ne savent pas comment les annoncer aux enseignants et leur donner du sens.

Pour inventer l’école qui correspond aux besoins d’aujourd’hui,un projet de recherche du Centre d’expertise et de recherche pour la transformation de l’éducation se propose de documenter des initiatives allant dans le sens d’un autre modèle. Les résultats préliminaires en sont présentés ici.

Un modèle éducatif en silos

Revenons d’abord sur l’organisation actuelle de l’école du point de vue de ses contenus, de la pédagogie ou de l’organisation du système.

L’approche par disciplines invite à l’accumulation des heures et des nouveaux savoirs, sans laisser facilement la place à des compétences complexes devenues critiques à l’ère des polycrises qui nécessitent de mobiliser plusieurs points de vue pour inventer de nouveaux modes d’action. Héritier de la tradition occidentale classique, ce modèle ne jure que par les compétences intellectuelles, hier le latin, aujourd’hui les mathématiques, et met de côté tout ce qui relève du sensible : le corps, la main et la créativité.

La pédagogie, quant à elle, s’est encore peu adaptée aux attentes et aux pratiques de jeunes qui vont chercher les connaissances sur Internet et posent leurs questions à l’intelligence artificielle. La transmission de connaissances fragmentées et abstraites ne suffit pas à motiver leur désir d’apprendre.




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Ces deux facettes sont assez bien documentées, ce qui ne dit rien de la façon de les transformer.

Du point de vue de l’organisation du travail, le système éducatif peut être décrit comme une bureaucratie weberienne, très efficiente au moment où elle a été mise en place : tous les enfants reçoivent le même enseignement, dispensé par des enseignants formés de la même façon, payés de la même façon, évalués de la même façon et au même rythme, avec une carrière qui se fait essentiellement à l’ancienneté afin d’assurer l’égalité de traitement. Il s’agit d’une réponse taylorienne à une problématique de passage à l’échelle. Dans la vision de Taylor, il existe une seule bonne façon de faire qui ne prend jamais en compte le contexte de travail. Appliqué à l’enseignement, le taylorisme nie tout besoin de différencier les pratiques en fonction des élèves et des contextes.

L’idéal d’égalité formelle pose que chaque élève doit disposer des mêmes chances de réussite. Cela impose aux organisateurs de doter tout le territoire des mêmes possibilités en termes d’enseignement. Une fois tous les élèves dotés des mêmes enseignements, le système considère qu’ils sont à égalité pour réussir les examens. Ils sont donc mis en compétition et comparés en fonction de leurs notes érigées en juges de paix comme si elles étaient parfaitement objectives alors mêmes qu’elles font l’objet de décisions soumises à de nombreux biais.

Les élèves les plus méritants profitent des meilleures places, les plus étrangers aux codes doivent assumer leur éviction vers des voies moins honorables. Cette compétition, largement biaisée par l’appartenance sociale, contribue à détisser le lien social et n’apporte pas (plus ?) en termes de compétences utiles.

Le temps est employé de façon millimétrée, saucissonné en années et en heures, calculé au plus près pour respecter budgets et programmes.

Ce modèle industriel exige des enfants qu’ils soient tous à la même heure et qu’ils s’adaptent au système plutôt que de prévoir que les enseignants puissent adapter leur pratique à chacun.

Déconstruire les grilles d’apprentissage classiques

Les signaux évoqués plus haut révèlent que ce système a atteint ses limites. Il ne correspond plus ni aux valeurs ni aux besoins socio-économiques actuels. Il est temps de le transformer en analysant ce que sont ces besoins et ces valeurs et en adoptant d’autres façons de faire pour y répondre.

L’analyse d’écoles innovantes peut nous donner des pistes pour entamer le chemin de la transformation.

Le projet de recherche sur lequel s’appuie cet article se concentre sur des écoles publiques, qui doivent faire avec les mêmes contraintes réglementaires et budgétaires que les autres et qui ont plus de cinq ans d’existence et plus de trois promotions d’élèves ayant suivi un parcours complet au sein de l’établissement, pour lequel on dispose des résultats des élèves mesurés selon plusieurs dimensions.

Une première enquête s’est portée sur une cité scolaire publique comprenant 620 élèves répartis dans quatre classes par niveau, de la sixième à la terminale. L’établissement se situe à l’étranger.

En voici une description très schématique.

La visée de cet établissement est de former des citoyens qui sauront user de leur liberté. Tout est pensé pour atteindre cette visée.

Pour redonner le désir d’apprendre aux adolescents, le sens des enseignements est porté par des modules thématiques pluridisciplinaires au sein desquels les programmes sont distillés. Par exemple, le projet « Reggae » en seconde mobilise le programme de trigonométrie pour mesurer les ondes sonores, l’anglais pour travailler à partir du texte des chansons et la sociologie. Cela donne du sens aux apprentissages. Chaque module de trois semaines se termine par la réalisation d’un travail de synthèse qui se fait en équipe et passe par tout type d’expression, par exemple un objet fabriqué dans l’atelier, une scène de théâtre écrite et jouée, ou encore un podcast.

Les enseignements en modules sont donnés le matin. L’après-midi est consacré à des ateliers variés qui peuvent couvrir un approfondissement dans une discipline quand le besoin s’en fait sentir, un projet culturel, la fabrication d’un objet utile pour l’école, un projet artistique, une initiation à une discipline rare…

La classe par âges est conservée pour les enseignements en module, mais peut varier pour les ateliers. Les élèves sont par ailleurs répartis en groupes de 18 adolescents d’âges variés pour faire en fin de matinée leurs devoirs en s’entraidant et pour y discuter de ce qui va et ne va pas à l’école.

Ils apprennent à être libres en pratiquant la démocratie. Ils décident collégialement des sujets qu’ils veulent porter au sein du conseil des élèves puis, dans ce conseil, certains iront ensuite discuter avec le conseil des enseignants, réuni deux heures une semaine sur trois pour décider des évolutions de l’école.

La grille horaire classique est déconstruite au profit d’un système de planning qui adapte les emplois du temps à l’activité du moment. Il faut ajouter à ces éléments descriptifs le fait que l’école accueille environ 30 % d’élèves à besoins particuliers qui sont complètement inclus dans les classes.

Enfin, la relation avec l’autorité académique se caractérise par un appui en compétences et en budget et une liberté laissée dans la mesure où les grandes règles sont respectées.

Privilégier la coopération à la compétition

L’analyse d’une vingtaine d’entretiens avec des enseignants, des élèves, des membres de la direction et des parents, assortie d’une semaine d’observation en classe et dans diverses réunions, fait ressortir les premiers éléments suivants :

  • Les élèves sont heureux d’étudier dans cet établissement. Ceux qui y sont arrivés en cours de scolarité disent y avoir retrouvé le plaisir d’apprendre.

  • Les résultats de l’établissement d’un point de vue académique sont un peu en dessous de ceux de la moyenne, mais sont honorables compte tenu du taux d’enfants à besoins particuliers.

  • Les élèves qui vont jusqu’au bout de la scolarité réussissent bien dans l’enseignement supérieur.

  • Les enseignants sont heureux de travailler là.

  • Ils sont très attentifs aux élèves.

Certes, tout n’est pas rose :

  • L’ambition de faire réussir aussi bien les élèves issus de catégories sociales plus éloignées des codes scolaires que ceux qui proviennent de milieux plus aisés n’est pas encore tout à fait au rendez-vous.

  • Les adultes sont épuisés par une charge de travail très importante et une charge mentale forte.

Néanmoins, cet établissement présente des éléments utiles pour réfléchir à un nouveau modèle de système éducatif : le temps n’y est pas employé de la même façon, les élèves apprennent la coopération plus que la compétition, les enseignants travaillent ensemble et décident ensemble des évolutions de l’école. Les élèves apprennent à réfléchir sur des sujets complexes en mobilisant plusieurs disciplines. Ils savent utiliser leurs mains autant que leur tête. Et ils se disent très heureux d’être là et réussissent pour la plupart dans l’enseignement supérieur.

Quelles leçons en tirer ? Si on s’accorde à penser qu’il vaut mieux une école où les enfants sont heureux et se sentent armés pour poursuivre des études supérieures, reste à travailler sur deux nœuds clés. À quelles conditions le système peut-il laisser l’établissement s’organiser autrement ? Comment aider à construire une relation de qualité entre le chef d’établissement et son équipe pour parvenir à créer durablement l’envie de travailler autrement ?

The Conversation

Alexandre-Bailly Frédérique est membre du CERTE, centre d’expertise et de recherche pour la transformation de l’éducation-Elle a reçu un financement pour cette recherche par l’ESCP.

ref. Transformer l’école pour préparer les élèves au monde qui vient : les leçons d’une expérience pédagogique – https://theconversation.com/transformer-lecole-pour-preparer-les-eleves-au-monde-qui-vient-les-lecons-dune-experience-pedagogique-284101