La conversación docente: motivar no es ponerlo fácil

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Eva Catalán, Editora de Educación, The Conversation

En estos instantes, las emociones en su mente pueden ser de dos tipos: entusiasmo y ganas ante el curso que empieza, la página en blanco, el capítulo a estrenar; o desasosiego y angustia ante precisamente esas mismas cosas (y la sospecha, quizá, de que nada va a ser tan nuevo ni tan diferente). Es probable incluso que combine las dos sensaciones o que las alterne.

Nuestra conversación docente llega con la intención de inspirar más de lo primero y suavizar lo segundo. Empezando por lo más importante: ¿cómo llegar a ser esa profesora o profesor que motiva? ¿Cómo conseguir que los veinte o treinta o cuarenta pares de ojos que tendré pronto de nuevo pendientes de mis palabras las encuentren interesantes, con sentido, y las escuchen con interés?

Rubén Camacho Sánchez, de ESADE y UNIR y su compañera Rosa Gómez del Amo de UNIR analizan justamente esta noción de la “motivación” desde una perspectiva científica. Estar motivado es una de las claves no solo del interés sino del rendimiento académico, y aunque no depende solo de los docentes, es una especie de ‘santo grial’. Pero a veces se confunde con diversión, entretenimiento, conseguir una clase “amena”. Y no es lo mismo.

Para lograr la motivación tiene que haber también su poquito de dificultad, su mucho de esfuerzo; su dosis justa de “yo puedo” y también de “esto me cuesta”. Es como la receta de una pócima mágica, porque además, no es la misma para cada persona ni para cada situación. Pero entendiendo los cuatro ingredientes clave, cada uno la puede ajustar a la medida.

Empezamos este curso 26-27 reivindicando también el silencio en el aula, y con artículos sobre la diferencia entre leer mucho y entender lo que se lee, sobre cómo salvar la brecha socioecónomica que influye en la capacidad de esfuerzo, la diferencia entre empezar un grado universitario y terminarlo cuando hablamos de equidad educativa, y por qué en el debate público sobre educación las mujeres, que son mayoría en la docencia, no están representadas de manera equilibrada.

Como novedad, verán más abajo una sección dedicada a la inteligencia artificial con análisis, reflexiones y propuestas concretas. Y nuestro habitual rincón con artículos para compartir en clase con los estudiantes sobre videojuegos y privacidad, grafiteros de la edad media y la química del helado perfecto.

The Conversation

ref. La conversación docente: motivar no es ponerlo fácil – https://theconversation.com/la-conversacion-docente-motivar-no-es-ponerlo-facil-291827

Rendre les forêts des Landes moins vulnérables aux incendies : comment faire ?

Source: The Conversation – France (in French) – By Jean-Christophe Domec, Professor of Sustainable Forest Management, Bordeaux Sciences Agro, Inrae

Avec près de 800 000 hectares, le massif des Landes de Gascogne constitue la plus grande forêt de plantation d’Europe. Fourni par l’auteur

L’ESSENTIEL

  • Les monocultures de pin maritime sont très vulnérables aux incendies.

  • Diversifier les espèces, la structure et l’âge des peuplements pourrait notamment rendre les forêts plus résilientes aux flammes.

  • Ces orientations auraient également d’autres bénéfices face, par exemple, aux pathogènes.


Cela n’aura échappé à personne, les forêts des Landes sont particulièrement vulnérables aux incendies. Certains feux deviennent plus fréquents, plus intenses et plus difficiles à maîtriser. Le constat est sans appel, mais cet état de fait n’est pas une fatalité.

Une partie des solutions pourrait passer par une transformation de la manière dont nous cultivons la forêt et organisons le territoire.

La forêt des Landes

Pour voir comment l’on pourrait minimiser les risques d’incendie, commençons par regarder à quoi ressemblent aujourd’hui les forêts des Landes de Gascogne.

Avec près de 800 000 hectares, ce massif constitue la plus grande forêt de plantation d’Europe. Il est constitué en grande majorité de forêts privées dominées par le pin maritime.

Parmi tous les arbres autochtones, ce pin est celui qui tolère le mieux les sols sableux pauvres du plateau landais, saturés en eau au printemps et secs en été. Sa forte productivité explique sa plantation massive au XIXᵉ siècle après le drainage des marais. Ce modèle a généré depuis d’importants revenus pour l’Aquitaine et a conduit à des paysages forestiers très homogènes.

Pourquoi certaines forêts brûlent-elles plus que d’autres ?

De nos jours, ce massif est devenu très vulnérable aux incendies, et cela constitue un problème majeur. Toutefois, les feux dans les Landes de Gascogne sont très anciens : des charbons enfouis attestent leur récurrence dans la région depuis au moins 10 000 ans.

Bien que cela puisse surprendre, les feux de végétation peuvent aussi jouer un rôle bénéfique dans certains écosystèmes : ils participent naturellement à leur fonctionnement. Mais le réchauffement climatique d’origine humaine accentue les sécheresses et les conditions favorables aux incendies de haute intensité. Lorsqu’ils couvrent aussi des étendues anormalement grandes, ces incendies sont qualifiés de « mégafeux » et peuvent dépasser la capacité de résilience de nombreux écosystèmes.

Un feu est d’autant plus dangereux qu’il se propage rapidement à haute intensité. Cette propagation dépend notamment de quatre caractéristiques que l’on retrouve dans le massif landais :

Il y a tout d’abord la densité des boisements. Dans les Landes de Gascogne, une plantation de pin maritime compte généralement de 1 100 à 1 400 arbres par hectare au départ. Cette densité est ensuite progressivement réduite par trois à quatre éclaircies, pour atteindre environ 300 arbres par hectare avant la coupe finale. Ce mode de production crée donc, pendant les premières années, des peuplements denses et très homogènes favorisant la continuité du combustible.

L’inflammabilité de l’espèce joue également. Les aiguilles du pin maritime sont longues et sèchent facilement et contiennent des composés inflammables qui favorisent leur combustion.

La biomasse morte peut aussi accentuer le risque d’incendie. Dans les Landes, elle est notamment constituée d’un tapis au sol d’aiguilles et de débris issus de la végétation, qui peut devenir très combustible lorsqu’elle est sèche.

Enfin, la continuité des combustibles est également décisive. Elle est ici favorisée par de vastes peuplements homogènes. Les arbres ont souvent la même taille parce qu’ils sont plantés simultanément après une coupe rase (abattage de tous les arbres d’une parcelle) et conduits selon une même rotation.

Dans ces plantations, la végétation du sous-bois peut créer une continuité verticale des combustibles entre le sol et les houppiers (branches, rameaux et feuillage de l’arbre) et ainsi favoriser le passage d’un feu de surface, qui brûle principalement la végétation et la litière au sol, à un feu de cime, qui se propage ensuite d’un houppier à l’autre. Ce changement est déterminant, car les feux de cime sont particulièrement intenses, se propagent plus rapidement et deviennent bien plus difficiles à maîtriser.

Aux antipodes de ce qu’on constate actuellement dans le massif landais, des peuplements irréguliers, mélangés et spatialement hétérogènes permettent, eux, de réduire la continuité des combustibles, limitant le passage des feux de surface aux feux de cime et créant des mosaïques paysagères susceptibles de ralentir la propagation des incendies.

La question n’est donc pas seulement de savoir combien de forêts brûlent, mais surtout comment le paysage est organisé avant l’éclosion du feu. Une forêt présentant davantage de diversité d’espèces, d’âges et de structures est susceptible d’offrir davantage de discontinuités qu’un paysage très homogène.

Quels changements possibles ?

Plutôt que de transformer l’ensemble des Landes de Gascogne, plusieurs évolutions peuvent être envisagées lorsqu’elles sont techniquement et économiquement possibles :

  • Diversifier les espèces d’arbres. Il serait possible de favoriser des feuillus moins inflammables, dont le feuillage plus humide et sans résine s’enflamme moins facilement que celui des pins. Des peuplements mixtes pourraient associer au pin maritime des espèces locales adaptées aux conditions du milieu, comme le chêne tauzin dans les landes les plus sèches et le bouleau verruqueux dans les secteurs plus humides.
Deux structures forestières contrastées dans les Landes. À gauche : plantation industrielle de pins maritimes de 25 ans, homogène et peu diversifiée, présentant une forte continuité horizontale et verticale du combustible (Léon, Landes, août 2023). À droite : forêt mixte de chênes tauzins et chênes pédonculés, chênes-lièges, pins maritimes et arbousiers, caractérisée par une forte diversité et une structure hétérogène de la canopée et du sous-bois, limitant la continuité du combustible et l’inflammabilité du peuplement (Moliets-et-Maa, Landes, août 2024).
Fourni par l’auteur
  • Diversifier la structure et l’âge des peuplements. Au lieu de paysages formés de plantations d’arbres de même âge, des structures irrégulières et des âges plus variés créent une mosaïque plus hétérogène qui limitent également la propagation des flammes. Ces effets de bordure génèrent de surcroît des milieux diversifiés, combinant l’abri des résineux et les ressources alimentaires des feuillus.

  • Maintenir un couvert forestier continu dans le temps. Il s’agit de limiter le recours systématique aux coupes rases, en privilégiant des coupes sélectives, afin de conserver en permanence une partie du couvert et des arbres d’âges différents. Ce couvert contribue à préserver un microclimat et un sol plus humide ainsi que la régénération. Le pin maritime possède d’ailleurs une forte capacité de régénération, y compris après incendie. Cette continuité du couvert à l’échelle du massif doit s’accompagner de discontinuités stratégiques des arbres et des combustibles afin de limiter la propagation du feu.

Régénération spontanée du pin maritime après l’incendie dans une parcelle de production de 15–20 ans (Hostens, Gironde, février 2025).
Fourni par l’auteur
  • Renforcer les zones d’appui de la politique et des dispositifs de défense des forêts contre l’incendie (DFCI). Le réseau de pistes, de bandes débroussaillées et de zones d’appui de la DFCI constitue déjà une infrastructure essentielle de lutte. Autour de certains axes stratégiques, des zones à moindre combustibilité pourraient être élargies, en combinant éclaircie des pins, réduction des combustibles et conservation de feuillus moins inflammables.

Des zones d’appui d’environ 300 mètres pourraient être expérimentées, non pour garantir l’arrêt des mégafeux, mais pour en réduire l’intensité et la vitesse de propagation à l’approche des infrastructures DFCI et, ainsi, améliorer les conditions d’intervention des pompiers.

  • Gérer la biomasse inflammable. Il faut conserver une partie du bois mort nécessaire à la biodiversité et aux cycles des nutriments, tout en réduisant les combustibles les plus inflammables (litière sèche d’aiguilles, petites branches et morceaux de bois sans valeur économique, des plantes comme la molinie, les fougères ou les bruyères, etc.) dans les secteurs exposés afin de limiter leur continuité et le risque d’incendies sévères.

Des éclaircies suffisamment fortes, notamment par le haut, pour réduire la charge en combustible de la canopée pourraient aussi être envisagées, notamment lorsque les ressources en eau ne permettent plus de soutenir les niveaux actuels de production.


Fourni par l’auteur

L’écoforesterie

Toutes ces pratiques relèvent de l’écoforesterie, qui cherche à gérer la forêt en tenant compte des conditions écologiques, des perturbations et de la variabilité naturelle ou historique des écosystèmes. Cette approche se distingue des modèles sylvicoles intensifs fondés sur des peuplements de même âge et des rotations fixes avec coupe rase.

L’écoforesterie vise ainsi à concilier production forestière, biodiversité et adaptation aux changements globaux. Diversifier les peuplements peut aussi les rendre moins vulnérables à certains ravageurs : autour de Bordeaux, des mélanges de pins maritimes et de bouleaux se sont, par exemple, révélés plus résistants à la processionnaire que les monocultures de pin. Cette diversification pourrait également contribuer à freiner la propagation du nématode du pin en perturbant son insecte vecteur.

En Aquitaine, il s’agit non de remplacer les vastes pinèdes, mais de diversifier progressivement les peuplements et de créer une mosaïque paysagère plus hétérogène, favorable à la biodiversité, au stockage du carbone, à la régénération naturelle et à la résilience face aux perturbations.


Fourni par l’auteur

Une solution parmi d’autres

Néanmoins, les feux ne peuvent pas être totalement supprimés, car, en France et en Europe, dans plus de 97 % des cas, ils sont dus à des causes humaines d’allumage. Aussi l’écoforesterie ne peut-elle empêcher les incendies extrêmes comme ceux observés récemment en Gironde et dans les Landes lorsque leur comportement est principalement contrôlé par des facteurs météorologiques exceptionnels et un agencement du territoire sylvicole qui stimule la propagation des flammes.

L’écoforesterie vise surtout à réduire la sévérité et la propagation des feux et à renforcer la résilience post-incendie, en complément des dispositifs de prévention et de lutte. Cet aménagement peut toutefois réduire la production de bois à court terme et augmenter les coûts de récolte : les coupes sélectives d’une partie des arbres prélèvent moins de bois à chaque intervention et nécessitent davantage de précautions pour préserver les arbres restant sur pied, alors qu’une coupe rase, en abattant tous les arbres d’une parcelle en même temps, permet une récolte plus simple et fortement mécanisée.

Cependant, face au changement climatique et au risque croissant d’incendie, poursuivre la gestion actuelle entraînerait des baisses de revenus forestiers encore plus drastiques, sans parler des risques conséquents pour la sécurité des populations.

Enfin, l’écoforesterie nécessite de renforcer la formation en écologie des futurs forestiers. Bordeaux Sciences Agro, par sa proximité avec le massif landais, peut contribuer au développement et à la diffusion de ces pratiques, en lien avec les acteurs locaux et la filière forêt-bois.

The Conversation

Jean-Christophe Domec a reçu des financements de l’Agence nationale de la recherche (projet PHYDRAUCC; ANR-21-CE02-0033-02) ainsi que de la Région Aquitaine (projet GRIFON « Gestion des RIsques multiples en FOrêt de Nouvelle-Aquitaine » et projet IMPACTS « Interactions environneMentales au sein du PAysage entre grandes infrastruCtures énergétiques, aménagemenTS hydrauliques, forêt et vignoble en Nouvelle Aquitaine »). Il est professeur de gestion durable des forêts à l’école Bordeaux Sciences Agro et coéditeur en chef de la revue internationale « Annals of Forest Science ». Il est également membre de Conseil d’Administration PEFC Nouvelle Aquitaine.

Chris Carcaillet enseignait depuis 5 ans l’écologie y compris l’ingénierie écologique à PSL Université (Paris), l’Ecole Pratique des Hautes Etudes (Paris), l’Institut national Polytechnique (Bordeaux, cycle ingénieur) et à l’Université Claude Bernard (Lyon). Il est membre du bureau éditoriale de Forest Ecology and Management, et éditeur de Annals of Forest Science, Ecoscience, Ecosphere, et Plant Ecology. Il a été membre de l’Expertise Collective du CNRS sur les interfaces urbaines face aux incendies de végétation. Ses recherches récentes ont bénéficié de financements de la DREAL-Corse et de Association National de la Recherche et de la Technologie pour des recherches sur les feux de forêt en Corse.

Richard Michalet est professeur émérite à l’Université de Bordeaux au sein de l’UMR CNRS 5804 EPOC. Spécialiste d’Ecologie des Communautés de plantes, il est éditeur associé pour les journaux scientifiques Oikos (Nordic Ecological Society) et Journal of Vegetation Science (International Association for Vegetation Science).

ref. Rendre les forêts des Landes moins vulnérables aux incendies : comment faire ? – https://theconversation.com/rendre-les-forets-des-landes-moins-vulnerables-aux-incendies-comment-faire-291207

Derrière la victoire de l’AfD, le rejet des éoliennes ?

Source: The Conversation – France (in French) – By Bastien Fond, Chercheur en sociologie politique, Humboldt University of Berlin; Université de Caen Normandie


L’ESSENTIEL

  • Le parti d’extrême droite Alternative für Deutschland, arrivé en tête des élections en Saxe-Anhalt, a développé depuis plusieurs années une rhétorique anti-éolienne.

  • L’AfD se donne pour objectif de stopper l’installation d’éoliennes, alors que l’Allemagne est en pleine accélération de sa transition énergétique.

  • Pourtant, même en cas d’accès au pouvoir à l’échelle régionale, l’AfD ne sera pas en mesure de se soustraire aux objectifs climatiques nationaux et européens.


Septembre 2026 s’annonce comme le mois d’une percée historique du parti d’extrême droite Alternative für Deutschland (AfD). Outre son écrasante victoire en Saxe-Anhalt le 6 septembre avec 44 % des voix, il est également annoncé comme favori pour l’élection du 20 septembre en Mecklembourg-Poméranie-Occidentale avec 36 % d’intentions de vote. Dans ces deux Bundesländer comme au niveau national, le parti a notamment fait campagne contre les éoliennes. En la matière, quelles sont les mesures qui ont mené l’AfD aux portes du pouvoir, et à quoi peut-on s’attendre ?

Le pari d’un programme « anti-système »

Sur le plan énergétique comme sur le reste, la stratégie politique de l’AfD est celle d’une rupture avec les partis traditionnels, qualifiés de « vieux partis » (Altparteien) à 75 reprises dans son programme électoral en Saxe-Anhalt. L’expression est mobilisée dès la première phrase du préambule, et elle rythme tout le propos, d’un axe thématique au suivant. Mais elle n’est pas employée partout de la même manière, et il y a un domaine dans lequel elle revient avec une insistance particulière : la politique énergétique.

Ici, la proposition d’une politique de rupture avec les partis traditionnels revêt un sens spécifique. Car historiquement, l’expression de « vieux partis » est celle qui avait été utilisée par les Verts (die Grünen) pour se démarquer au moment de la fondation de leur parti dans les années 1980. Ainsi, sa reprise en miroir par l’AfD est d’autant plus significative qu’elle retourne contre les écologistes cette rhétorique de rupture qui a contribué au verdissement de l’Allemagne.

La politique énergétique de l’AfD est l’un des trois principaux piliers de son programme. Derrière les 43 mesures sur l’immigration et les 33 mesures sur l’éducation, cet axe compte 30 mesures, au cœur desquelles figure la question éolienne. En Allemagne, l’implantation d’infrastructures éoliennes a toujours été un enjeu clivant, mais son acuité s’est renouvelée lorsque que le gouvernement a mis en place une politique d’accélération de la transition énergétique en 2022. Dans le cadre de cette politique, l’objectif est de dédier 2 % du territoire national à l’éolien terrestre d’ici 2032. Ainsi, un processus de planification suit son cours dans tous les États fédérés pour déterminer les zones à allouer à cette forme d’énergie.

Malgré les dispositifs de consultation publique prévus par la loi, il peut toutefois en résulter un sentiment de frustration pour des communautés villageoises qui se sentent prises au piège d’infrastructures imposées de l’extérieur. Dans certaines zones prioritaires (Vorranggebiete), il arrive par exemple que des propriétaires terriens signent des contrats avec des compagnies énergétiques sans se soucier de l’avis de leur voisinage. Des mouvements d’opposition se forment alors à l’échelle locale, mais leurs revendications n’aboutissent généralement pas, car ces projets éoliens n’enfreignent aucune réglementation.

Don Quichotte en Allemagne

Dans ce contexte, la quatrième mesure du volet énergétique du programme de l’AfD est littéralement de se constituer comme « l’avocat de ces initiatives » en Saxe-Anhalt. En adéquation avec la stratégie nationale du parti, il s’agit de s’opposer à ce que la cheffe de file de l’extrême droite Alice Weidel a désigné comme les « moulins de la honte » (Windmühlen der Schande) dans son fameux discours de janvier 2025 au congrès national de l’AfD.

Pour promouvoir cette ligne politique, le parti a organisé plusieurs journées d’information au cours des derniers mois, dont deux particulièrement marquantes, car elles ont eu lieu dans des parlements allemands. Un premier colloque s’est ainsi tenu les 23-24 janvier 2026 au Bundestag de Berlin, et un second le 9 mai 2026 au Parlement régional de l’État libre de Thuringe.

Contenu du sac offert par l’AfD à toute personne venue à sa journée anti-éolienne au Parlement de Thuringe
Contenu du sac offert par l’AfD à toute personne venue à sa journée anti-éolienne au Parlement de Thuringe.
Fourni par l’auteur

Dans ces événements ouverts à tout public, l’objectif est de dresser le bilan négatif de l’expansion éolienne, en mettant notamment l’accent sur les problèmes liés à l’implantation de turbines en forêt, et l’impact de ces infrastructures sur les sols et la biodiversité. C’est d’ailleurs sur ce point précis que repose toute l’emprise du discours anti-éolien, puisque des instances aussi centrales que l’association de protection de la nature NABU (pour Naturschutzbund Deutschland) ont elles-mêmes reproché à la politique énergétique actuelle d’enfreindre la directive oiseaux de l’Union européenne en participant à la destruction d’espèces protégées.

En Allemagne, ces prises de position permettent donc à l’AfD de réactiver un « dilemme vert » entre protection du climat et protection de la biodiversité. En effet, jusqu’à la priorisation de l’éolien en 2022, le déploiement de cette technologie était régulièrement freiné par des conflits où l’opposition se mobilisait pour la protection d’espèces en voie de disparition. À l’occasion d’une étude de cas réalisée avec mon collègue Reiner Keller, nous avions même pu recenser plus de 500 articles de presse rien que sur les problèmes soulevés par un seul rapace : le milan royal.

De fait, la protection des forêts et de la biodiversité qu’elles abritent est une thématique d’une sensibilité particulière pour la population allemande. Ainsi, les événements d’information organisés par l’AfD ne rassemblent pas seulement autour du parti, mais aussi autour de l’opposition aux éoliennes. Leur objectif est de fédérer au-delà du public déjà acquis à l’AfD, en présentant le parti comme l’avocat d’autres luttes qui ne trouvent pas de relais politiques pour être reconnues.

Un horizon politique incertain

Maintenant se pose la question de la mise en application du discours anti-éolien promu par l’extrême droite. Si l’AfD a largement remporté les élections régionales en Saxe-Anhalt, elle ne dispose pas pour autant de la majorité absolue. Il lui manque pour cela 3 sièges sur les 42 requis. Par conséquent, une alliance est nécessaire pour faire élire son gouvernement. Sans cela, les autres partis lui passeront devant, comme dans le Bundesland de Thuringe, où elle était arrivée en tête avec 32 % des suffrages en 2024, mais où une coalition improbable entre partis de droite et de gauche s’est mise en place pour lui barrer la route.

Cette conjoncture peut surprendre à première vue, mais elle l’est moins quand on sait que l’AfD a construit son discours en opposition explicite avec la droite traditionnelle de l’Union chrétienne-démocrate (CDU), qu’elle invective à de nombreuses reprises dans son programme politique. Par ailleurs, le cordon sanitaire avec l’extrême droite (Brandmauer) n’a encore jamais été rompu pour former une coalition gouvernementale en Allemagne. Il faudra donc attendre l’élection du Ministre-président de la Saxe-Anhalt, qui peut survenir plusieurs semaines après le scrutin initial, pour savoir si l’AfD sera réellement en mesure de gouverner pour la première fois un État fédéré.

Si l’AfD l’emporte, elle pourra alors mettre en place sa politique anti-éolienne. Concrètement, celle-ci repose sur un dispositif dit de « moratoire », qui est destiné à stopper le déploiement des turbines. Mais qu’est-ce qu’un moratoire éolien ? En théorie, la notion de moratoire renvoie à un dispositif de suspension de la loi, pour la rendre temporairement inapplicable. En pratique, les États fédérés n’ont pourtant pas ce pouvoir sur les règlementations qui encadrent l’accélération nationale de la transition énergétique. Pourquoi parler alors de moratoire pour décrire des dispositifs qui n’en sont pas vraiment ?

L’expression est en fait souvent utilisée pour décrire des situations de blocage qui reposent sur des leviers différents mais aux effets comparables. Par exemple, lorsqu’un Bundesland exerce sa compétence en matière d’aménagement pour verrouiller la planification de la transition énergétique. En ce sens, l’hypothèse la plus probable est que l’AfD mette en place un moratoire de planification, c’est-à-dire une stratégie de restriction du zonage éolien.

Néanmoins, la politique d’accélération de la transition énergétique ne permet de telles formes de moratoires que jusqu’en 2027. En amont de cette échéance, les États fédérés sont libres de planifier l’expansion éolienne. Mais si les objectifs intermédiaires fixés par le gouvernement allemand pour 2027 ne sont pas atteints, le développement éolien basculera vers une transition par le marché, avec les entreprises aux commandes de l’aménagement tant que le Bundesland concerné ne répond pas aux objectifs nationaux. De ce fait, un État fédéré qui s’opposerait trop fermement à l’expansion éolienne pourrait paradoxalement devenir malgré lui l’un des plus permissifs après 2027.

L’AfD peut-elle stopper la transition énergétique ?

Finalement, gouverner la Saxe-Anhalt permettrait à l’AfD de perturber la transition énergétique, mais pas de la stopper véritablement. Dans d’autres Bundesländer qui ont connu des moratoires de planification, comme le Brandebourg, cela n’a fait que retarder le déploiement des infrastructures. Ainsi, ces dispositifs constituent une victoire en trompe-l’œil pour l’opposition aux projets éoliens. Dans son programme électoral, l’AfD confesse d’ailleurs elle-même, dans ce domaine comme dans d’autres, son incapacité à agir directement et son besoin de plaider sa cause auprès du Conseil fédéral (qui est la chambre haute du parlement dans laquelle sont représentés les 16 Bundesländer).

En effet, la politique énergétique ne dépend pas d’un simple pilotage régional, mais d’un système de gouvernance multi-niveaux qui mêle des directives européennes et des législations nationales. Or la Saxe-Anhalt ne dispose que de 4 sièges sur 69 au Conseil fédéral. Par conséquent, la vraie question qu’une telle accession au pouvoir pose, c’est celle de la suite : l’incapacité de l’AfD à tenir ses promesses politiques va-t-elle engendrer une frustration supplémentaire qui lui servira de tremplin pour des élections nationales et européennes, ou susciter la défiance d’un électorat insatisfait par ce programme inapplicable ?

The Conversation

Bastien Fond a reçu des financements de l’Agence nationale de la recherche (ANR) et de la Deutsche Forschungsgemeinschaft (DFG) pour conduire ses recherches.

ref. Derrière la victoire de l’AfD, le rejet des éoliennes ? – https://theconversation.com/derriere-la-victoire-de-lafd-le-rejet-des-eoliennes-291806

Dans l’est de l’Angola, la guerre a bouleversé des siècles de gestion du feu

Source: The Conversation – in French – By Luisa F. Escobar Alvarado, Post Doctoral researcher, Università di Torino


L’ESSENTIEL

  • Dans l’est de l’Angola, les feux ont diminué de 36 % pendant la guerre civile, contrairement à ce qui est observé dans la plupart des conflits.

  • La guerre a bouleversé les pratiques traditionnelles de brûlage et leur transmission entre générations.

  • Les politiques de gestion doivent reconnaître le feu comme un outil essentiel pour les communautés rurales.


Peu de régions d’Afrique ont été aussi isolées et peu étudiées que l’est de l’Angola, en particulier les hauts plateaux des provinces de Moxico, une région riche en biodiversité, en cultures et en histoire. Le passé politique du pays contribue à expliquer cet isolement. Après avoir obtenu son indépendance du Portugal en 1975, au terme de onze années de guerre, l’Angola a plongé dans une guerre civile qui a duré vingt-sept ans, l’un des conflits les plus longs qu’ait connus l’Afrique.

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Les hauts plateaux de Moxico.
Fourni par l’auteur, CC BY

Depuis le retour de la paix en 2002, le développement s’est concentré dans la capitale, Luanda, sur la côte ouest. L’est du pays est resté profondément marginalisé, avec un accès limité aux services essentiels tels que la santé et l’éducation. Les infrastructures y sont rares et certaines parties du territoire comptent encore de nombreuses mines antipersonnel.

Dans ces régions, la faible présence de l’État, probablement due à une forme d’exclusion politique et à l’isolement géographique, a laissé aux communautés une grande autonomie dans la gestion des terres et des ressources. Cette situation a contribué à préserver les écosystèmes, mais a freiné le développement économique et social. L’isolement a également façonné un phénomène moins visible : le rôle du feu dans la survie des populations et dans l’écosystème forestier.

Nous sommes une équipe d’écologues, de chercheurs en sciences sociales et de politistes des universités d’Édimbourg et de Turin. Avec le soutien de l’Okavango Wilderness Project, nous étudions les liens entre les forêts et les communautés locales de cette région. Le feu est l’un des principaux outils utilisés par ces communautés pour gérer leur environnement : défricher les champs, améliorer la visibilité, favoriser la production de fruits et faciliter la chasse.

Dans un article récent, nous présentons les résultats de nos recherches sur la manière dont la guerre civile a façonné les régimes de feux, c’est-à-dire les caractéristiques et la dynamique des incendies au sein d’un écosystème, dans l’est de l’Angola. Nous avons combiné l’analyse de données satellitaires sur les zones brûlées avec des entretiens approfondis menés auprès de 42 personnes âgées ayant vécu le conflit et habitant toujours la région aujourd’hui.

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Un ancien ayant perdu une jambe à cause d’une mine antipersonnel. Des décennies après la guerre, les blessures et les décès liés au conflit restent fréquents.
Lorenza Fontana, CC BY

Nous avons fait une découverte qui nous a surpris et qui va à l’encontre de ce que les chercheurs ont observé ailleurs. Pendant la guerre, les feux étaient moins fréquents qu’avant ou après le conflit. Dans la plupart des zones de conflit, la guerre tend au contraire à être associée à une augmentation des feux. Ce constat est important, car la manière dont on définit un régime de feux « normal » détermine la façon dont les feux sont gérés.

La guerre dans les hauts plateaux angolais

Notre travail de terrain s’est déroulé dans trois villages des hauts plateaux de Moxico. Les zones les plus élevées sont couvertes de forêts sèches et de forêts claires de miombo. Plus bas s’étendent des prairies et coulent des rivières qui alimentent le delta de l’Okavango, dont les eaux font vivre des écosystèmes et des communautés dans toute l’Afrique australe. Cette région reculée est peu peuplée et les principales activités y sont l’agriculture de subsistance et la récolte du miel.

Les villageois brûlent les champs pour défricher et fertiliser les terres. Des pare-feu aménagés autour des parcelles empêchent les flammes de se propager à la forêt.
Lucia Escobar Alvarado, CC BY

Les populations locales utilisent traditionnellement le feu pour défricher leurs champs et débroussailler afin de faciliter la chasse. Elles pratiquent des brûlages contrôlés dans les savanes et les zones boisées afin de réduire le risque que des incendies plus importants atteignent les habitations, mais aussi pour éloigner les serpents des villages. Les villageois utilisent également la fumée pour récolter le miel et le bois comme combustible pour cuisiner.

Les autorités coutumières continuent de réglementer l’utilisation des ressources naturelles.

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Un feu contrôlé brûle à la lisière d’un village.
Luisa Escobar Alvarado, CC BY

Les anciens nous ont expliqué que le feu était moins utilisé pendant la guerre : les populations étaient constamment déplacées et dépendaient fortement des ressources forestières – miel, fruits, champignons et animaux sauvages – pour survivre. Une femme témoigne :

Pendant la guerre, nous devions constamment nous déplacer. On construisait une maison, on y restait un mois ou un an, puis on repartait.

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Lors des entretiens, les habitants indiquaient sur des cartes les lieux où s’étaient déroulés différents événements liés à la guerre.
Lorenza Fontana, CC BY

Les forces armées réglementaient strictement l’usage du feu pour cuisiner ou chasser, car il pouvait révéler la position des populations. Il était donc souvent utilisé la nuit, lorsque les avions ne survolaient pas la zone. La couverture forestière était indispensable pour se protéger. Une utilisation imprudente du feu pouvait entraîner de lourdes sanctions, voire la mort. L’une des personnes interrogées nous a raconté :

Si vous mettiez le feu, c’était un crime ! Vous étiez fouetté !

Selon les personnes interrogées, pendant la guerre, les zones forestières se sont étendues et densifiées.

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De nombreuses femmes âgées étaient particulièrement douées pour rejouer des scènes tirées de leurs souvenirs de la guerre.
Lorenza Fontana, CC BY

Nos analyses spatiales des zones brûlées ont confirmé que, pendant la guerre, les surfaces touchées par le feu avaient diminué en moyenne de 36 % par rapport à la période qui a suivi le conflit (2003-2018), avec des baisses encore plus marquées à certaines périodes. Entre 1991 et 1992, elles ont chuté de 46 %, peut-être en raison de la reprise des violences après le rejet par l’Unita – l’une des parties impliquées dans la guerre civile – des résultats des élections organisées à la suite des accords de Bicesse. Après la fin de la guerre en 2002, les surfaces brûlées ont augmenté de 60 % par rapport à la moyenne enregistrée pendant le conflit.

Feux et conflits

Le cas de l’est de l’Angola révèle des dynamiques intéressantes qui permettent de porter un regard nouveau sur les liens entre les régimes de feux et les conflits armés.

La plupart des recherches consacrées aux guerres et aux feux font état d’une augmentation de l’activité des feux. Ce phénomène a été observé en Syrie, en Turquie, en Irak et en Ukraine.

Notre étude montre au contraire une nette diminution de l’activité des feux pendant le conflit, suivie d’une forte reprise après la guerre.

Cette forte augmentation s’explique probablement par le retour des populations, la reprise de leurs activités traditionnelles de subsistance et le développement des échanges commerciaux, autant de facteurs sans doute amplifiés par l’accumulation de combustible végétal au cours des années où les brûlages avaient été limités.

Nous ne considérons pas cette hausse comme une anomalie, mais comme un retour au niveau habituel en temps de paix. Selon nous, c’est la faible utilisation du feu pendant la guerre qui constituait une situation exceptionnelle.

Cette distinction est importante non seulement pour les débats scientifiques sur les interactions entre les sociétés humaines et le feu, mais aussi pour les politiques de gestion du feu dans la région. Prendre les années de guerre, marquées par une faible activité des feux, comme référence peut conduire à privilégier des stratégies reposant sur leur suppression, par exemple en interdisant les brûlages contrôlés précoces. De telles politiques risquent à leur tour de perturber les modes de subsistance qui dépendent du feu, d’ignorer les dynamiques historiques de long terme et de favoriser des discours qui ne correspondent pas nécessairement aux réalités écologiques ou socio-économiques locales.

Un vieux tank
Des chars abandonnés et autres vestiges de la guerre constellent encore le paysage.
Luisa Escobar Alvarado, CC BY

Les effets de la guerre se sont fait sentir bien au-delà de sa fin, en 2002. Avant le conflit, l’usage du feu était géré collectivement selon des traditions communautaires anciennes. Les restrictions imposées aux brûlages pendant la guerre, ainsi que les bouleversements provoqués par le conflit, ont fragilisé ces pratiques et la transmission des savoirs de génération en génération qui permettait de les perpétuer. Aujourd’hui, l’usage du feu relève donc largement de décisions individuelles plutôt que d’une gestion coordonnée à l’échelle de la communauté.

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Une femme montre comment pratiquer un brûlage précoce dans la savane, au début de la saison sèche.
Lorenza Fontana, CC BY

Gérer le feu en tenant compte du contexte

Ce cas permet de tirer plusieurs enseignements : la guerre peut modifier les régimes de feux d’une manière que la littérature scientifique a jusqu’ici négligée, tandis que le feu lui-même est encore trop souvent présenté comme un danger ou une catastrophe, plutôt que comme un outil essentiel pour les communautés rurales. La gestion du feu dans cette région doit s’adapter aux réalités locales, en reconnaissant qu’il s’agit d’un phénomène autant sociopolitique qu’environnemental et en plaçant les moyens de subsistance des populations locales au cœur des politiques mises en œuvre.

Les hauts plateaux de Moxico constituent peut-être un cas extrême, mais ils rappellent que les conséquences de la guerre sur les paysages et les moyens de subsistance peuvent être complexes, inattendues et durables, en particulier pour les populations marginalisées.


Note de l’auteur concernant les photos : avant de prendre des personnes en photo, nous leur demandons toujours leur consentement ainsi que leur autorisation pour diffuser ces images dans différents contextes. Nous recueillons leur consentement oral, car la plupart des personnes avec lesquelles nous travaillons ne savent ni lire ni écrire.

The Conversation

Luisa F. Escobar Alvarado est affiliée à l’Université de Turin et au National Geographic Okavango Wilderness Project. Nous remercions pour leur soutien le National Geographic Okavango Wilderness Project, le CONAHCYT, le Davis Fund de l’Université d’Édimbourg, la Lisima Foundation, le Wild Bird Trust, le Leverhulme Trust (IF-2023-032), la subvention FIREPOL du Conseil européen de la recherche (101076495) et la Large Grant SECO du NERC (NE/T01279X/1).

ref. Dans l’est de l’Angola, la guerre a bouleversé des siècles de gestion du feu – https://theconversation.com/dans-lest-de-langola-la-guerre-a-bouleverse-des-siecles-de-gestion-du-feu-291791

Incendies en Espagne : un siècle de transformations qui explique la situation actuelle

Source: The Conversation – in French – By Eduardo Rojas Briales, Profesor permanente laboral; ciencia e ingeniería forestal (selvicultura, repoblaciones, infraestructuras verdes, gobernanza, cooperación, recursos forestales globales, incendios). ETSIAMN, Universitat Politècnica de València

Un habitant de Los Gallardos (Almería) tente d’éteindre les flammes d’un incendie, le 11 juillet 2026. Ataurrahmanstudio/Shutterstock

L’ESSENTIEL

  • En Espagne, les surfaces forestières ont fortement augmenté depuis un siècle.

  • Les politiques de lutte contre les incendies ont permis de réduire de moitié leur nombre et les surfaces brûlées en trente ans..

  • Mais la stratégie reposant essentiellement sur l’extinction des feux atteint aujourd’hui ses limites.


En Espagne, les incendies de cet été, tant par leur intensité que par les zones habitées qu’ils ont touchées, ont suscité une vive inquiétude dans la société et entraîné une recherche immédiate de responsables et de solutions rapides. Pourtant, il s’agit d’un défi extrêmement complexe, notamment en raison de son ampleur spatiale exceptionnelle.

L’Espagne, pays fortement déboisé au début du XXe siècle – en 1930, elle ne comptait que huit millions d’hectares de forêts (16 % du territoire espagnol) – compte aujourd’hui 19,1 millions d’hectares boisés (38 %).

La couverture forestière actuelle de l’Espagne dépasse largement celle de l’Italie (31 %), de la France (32 %) ou de l’Allemagne (33 %). Il faut souligner que cette progression de la forêt ne s’explique pas uniquement par les reboisements, mais résulte principalement de la régénération spontanée des forêts brûlées ainsi que de leur expansion naturelle, notamment en montagne.

Les incendies ne sont pas un phénomène nouveau. Dès 1968, le ministère de l’Agriculture a créé le Service de lutte contre les incendies de forêt, qui s’est notamment doté de statistiques complexes, alors uniques en Europe. Plusieurs décennies auparavant, entre 1920 et la guerre civile, le nombre d’incendies avait augmenté en raison de l’abandon des vignobles provoqué par le phylloxéra.

Déconnectés de la nature

Au début des années 1950, l’Espagne était encore un pays essentiellement rural et sous-développé. Vingt ans plus tard, elle était devenue un pays urbain relativement développé. Elle avait oublié ses racines et son vaste territoire rural, de plus en plus relégué au rôle de réservoir de main-d’œuvre, de source d’approvisionnement en eau, en énergie et en nourriture, et de lieu d’implantation des infrastructures reliant les agglomérations urbaines.

La perte du lien avec la nature, dans un environnement urbain très hostile pour une grande partie de la société, ainsi que les séries de Félix Rodríguez de la Fuente, ont fait naître une première aspiration à renouer avec la nature. Ce mouvement a coïncidé avec le premier sommet des Nations unies sur l’environnement, organisé à Stockholm, ainsi qu’avec le changement de nom de ce qui était encore la seule administration forestière espagnole, la Direction générale des forêts, devenue l’Institut national pour la conservation de la nature.

Avec la transition démocratique, comme dans d’autres pays du bassin méditerranéen sortant d’une dictature, les incendies se sont multipliés à mesure que l’autorité des forces de sécurité s’affaiblissait. La Galice et le littoral méditerranéen ont été les territoires les plus touchés, en particulier entre la fin des années 1970 et le milieu des années 1990.

Une fois la démocratie et le système des communautés autonomes consolidés, les régions les plus touchées – notamment la Catalogne, l’Andalousie, la Galice, la région de Valence, la Castille-La Manche, la Castille-et-León et les Canaries – se sont dotées de moyens sophistiqués, notamment aériens, afin d’améliorer la rapidité d’intervention dans les premières minutes suivant un potentiel départ de feu. Dans le même temps, l’observation météorologique et l’analyse des causes des départs de feu ont été améliorées, notamment grâce à la localisation précise du point de départ des incendies.

Le problème des décharges sauvages et des lignes électriques, toutes deux à l’origine d’incendies, a également été pris en compte, notamment à la faveur de certaines décisions de justice particulièrement fermes en matière de responsabilité civile.

L’ensemble de ces mesures a permis de diviser par deux le nombre d’incendies et les superficies brûlées par rapport à il y a trente ans. Il faut rappeler que le nord-ouest du pays, qui ne représente que 15 % du territoire, concentrait à l’époque les deux tiers des incendies. Mais des progrès ont également été réalisés dans cette région. Ainsi, la Galice a réduit de 66,67 % le nombre de départs de feu depuis cette période.

Les conséquences d’une stratégie fondée uniquement sur l’extinction des incendies

À l’époque déjà, les spécialistes avaient averti qu’une stratégie reposant exclusivement sur l’extinction des incendies finirait par atteindre ses limites, comme cela s’était déjà produit aux États-Unis. Le projet de recherche européen FIREPARADOX s’est d’ailleurs penché sur cette question et a alerté sur le caractère temporaire du répit apporté par les investissements massifs dans les moyens de lutte contre les incendies.

En réduisant les surfaces brûlées sans intervenir sur l’état des forêts, les quelques incendies qui ne pourraient pas être maîtrisés dès leur départ finiraient par se transformer en mégafeux, annulant largement les progrès réalisés au cours des dix à quinze années précédentes. Depuis le début de cette décennie, c’est précisément à cette situation que nous sommes confrontés.

Les mesures nécessaires pour prévenir les incendies

Le changement climatique et l’importante quantité de combustible susceptible de brûler dans les espaces forestiers créent des conditions favorables aux incendies comme nous n’en avions pas connu depuis plusieurs siècles. Pour faire face au risque d’incendie, il est donc nécessaire d’atténuer le premier et de gérer le second.

Agir sur l’état du territoire est tout aussi indispensable. Les mesures nécessaires relèvent en grande partie de l’adaptation au changement climatique, voire de son atténuation si nous gérons les forêts de manière plus active. Rappelons que dans les pays secs – comme l’est une grande partie de l’Espagne –, la priorité est avant tout l’adaptation.

Un autre aspect essentiel consiste à rechercher des synergies permettant d’utiliser au mieux des ressources publiques limitées tout en répondant aux besoins des différents groupes sociaux.

Relancer l’agriculture et l’élevage extensif en montagne pour en faire des alliés dans la lutte contre les incendies est également essentiel pour lutter contre la dépopulation des zones rurales. Ces activités permettent en outre de produire des aliments plus diversifiés et de meilleure qualité nutritionnelle.

Par ailleurs, exploiter le bois, le liège, la résine et la biomasse produits par les forêts – dont nous n’utilisons actuellement que 60 % – permettrait de renforcer la bioéconomie et d’accélérer une transition énergétique plus diversifiée, plus flexible dans le temps et mieux répartie sur l’ensemble du territoire. Cela contribuerait également à renforcer les PME et à développer plus rapidement la construction en bois, essentielle pour réduire les émissions d’un secteur stratégique comme celui de la construction.

The Conversation

Eduardo Rojas Briales ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Incendies en Espagne : un siècle de transformations qui explique la situation actuelle – https://theconversation.com/incendies-en-espagne-un-siecle-de-transformations-qui-explique-la-situation-actuelle-291792

Après un incendie, les bâtiments historiques peuvent encore être sauvés, à condition d’agir vite

Source: The Conversation – in French – By Rebecca Napolitano, Associate Professor of Architectural Engineering, Penn State


L’ESSENTIEL

  • Après un incendie, les monuments historiques peuvent sembler très endommagés alors que la chaleur n’a souvent atteint que leur surface.

  • Il faut alors agir rapidement pour consolider les murs et les protéger des intempéries.

  • La démolition ne devrait intervenir qu’après une évaluation rigoureuse. Pourtant, il n’existe aujourd’hui aucun protocole spécifique communément appliqué.


Cet été, l’Espagne a connu des incendies de forêt d’une ampleur exceptionnelle, au point de déclarer pour la première fois l’état d’urgence national. Dans la région de Castellón, un édifice historique en pierre, la Nevera de Castro, se dresse aujourd’hui au milieu d’un paysage entièrement ravagé par les flammes. Ses murs ont été tant noircis par la fumée et la chaleur que, ainsi que le souligne un média local, « une inspection technique sera nécessaire pour connaître son état réel ».

Cette seule phrase résume un problème qui se pose après chaque incendie majeur.

Lorsqu’un feu de forêt atteint des bâtiments historiques – des constructions en pierre, en brique ou en blocs qui se dressent parfois depuis des siècles –, les premières photographies donnent une impression simple : tout est noir et semble détruit. Mais la maçonnerie conduit si mal la chaleur que les dégâts ne s’étendent souvent que sur quelques centimètres de profondeur.

Photo montrant la façade endommagée d’une église, laissant apparaître les briques sous l’enduit.
Un incendie a endommagé l’église de São Domingos, à Lisbonne, en 1959. La surface extérieure porte des traces de suie noire et de calcination blanche, mais là où l’enduit s’est écaillé ou fissuré, les briques intactes apparaissent en dessous.
Tiago Miguel Ferreira

Les charpentes, les planchers et les structures intérieures en bois des bâtiments historiques sont extrêmement vulnérables aux incendies et peuvent permettre au feu de se propager d’un bâtiment à l’autre. Mais les murs porteurs en maçonnerie résistent souvent aux flammes. Préserver ne serait-ce qu’une partie de la structure d’origine peut réduire considérablement les coûts de reconstruction tout en conservant les éléments historiques qui donnent à ces lieux leur identité.

Mais pour sauver ces bâtiments, il faut agir vite.

Lorsqu’un mur en maçonnerie a perdu la toiture ou les planchers en bois qui contribuaient à le maintenir, il n’est plus suffisamment soutenu. Le vent à lui seul peut alors suffire à le faire s’effondrer. La pierre elle-même peut également commencer à se dégrader. Lorsque le calcaire est chauffé à environ 750 °C, le carbonate de calcium, qui constitue l’essentiel de la roche, se décompose pour former de l’oxyde de calcium solide et du dioxyde de carbone gazeux. Si la pluie atteint cette surface avant qu’elle ne soit protégée, l’oxyde de calcium peut réagir avec l’eau et augmenter de volume jusqu’à 20 %, suffisamment pour fissurer la pierre de l’intérieur.

Certains types de construction peuvent commencer à se désagréger quelques jours seulement après un incendie si aucune mesure n’est prise pour les protéger des intempéries.

Pourquoi les murs épais ne s’effondrent pas comme on pourrait s’y attendre

La maçonnerie est un mauvais conducteur de chaleur. Dans un mur épais exposé à un incendie de forêt, la surface directement touchée par les flammes se réchauffe fortement tandis que l’intérieur, beaucoup plus froid, reste relativement préservé.

Ces écarts de température créent des contraintes susceptibles de fissurer ou de provoquer l’écaillage  – lorsque des fragments ou des plaques de matériau se détachent – de la surface extérieure. Mais la chaleur ne pénètre souvent pas suffisamment en profondeur pour compromettre le cœur porteur du mur. Des recherches menées sur des structures en grès exposées au feu ont ainsi mis en évidence une frontière très nette  entre la surface chauffée, devenue rouge, et la pierre restée intacte derrière elle, la couche endommagée ne mesurant qu’environ 2 à 3 centimètres d’épaisseur.

La Nevera de Castro.
La Nevera de Castro, une ancienne glacière en pierre qui servait à stocker la neige et à la tasser pour la transformer en glace destinée aux villages de la Serra d’Espadà, dans la région de Castellón, photographiée avant l’incendie. Le dôme en maçonnerie et les ruines du château, sur la crête à l’arrière-plan, sont désormais entourés d’un paysage calciné.
Jrpuig/Wikimedia Commons, CC BY-SA

Au monastère San Jerónimo de Guisando, un édifice du XIVe siècle situé dans la province d’Ávila, en Espagne, toute la colline a brûlé en juillet 2026. Mais selon le monastère, le mur de l’église a lui-même fait office de coupe-feu, stoppant la progression des flammes. Vieux de 650 ans, ce mur a parfaitement rempli le rôle que l’on attend d’un mur épais.

La brique en terre cuite est particulièrement résistante, car elle a déjà été cuite à une température comprise entre 900 et 1 000 °C lors de sa fabrication. Une étude publiée en 2025 a testé des briques de construction chauffées à nouveau jusqu’à 1 000 °C et n’a constaté aucune diminution statistiquement significative de leur résistance à la compression, c’est-à-dire de leur capacité à supporter une charge.

Le point faible n’est pas la brique elle-même, mais le mortier qui lie les briques entre elles. Les tableaux de résistance au feu utilisés dans le secteur indiquent qu’un mur en briques pleines d’environ 150 millimètres d’épaisseur peut résister pendant quatre heures à une exposition au feu dans des conditions normalisées. Or, de nombreux murs historiques en maçonnerie sont deux à quatre fois plus épais.

Comment les ingénieurs évaluent les dégâts

En tant qu’ingénieurs spécialistes du bâtiment (l’équipe compte notamment le directeur du Heritage 3D Lab de Penn State), nous aidons les populations locales à sauver des bâtiments historiques après des incendies.

L’évaluation d’un bâtiment incendié commence par l’observation de sa couleur. Lorsque le béton ou la pierre prend une teinte rose ou rouge, cela indique que le matériau a été exposé à des températures supérieures à environ 300 °C et que le fer qu’il contient s’oxyde sous l’effet de la chaleur. C’est à partir de ce seuil qu’il commence à perdre une part importante de sa résistance. Une teinte grise ou blanche indique une exposition à des températures encore plus élevées : l’eau contenue dans le matériau s’évapore et celui-ci commence à se désagréger. Mais la couleur ne donne d’indications que sur l’état de la surface.

Église de São Domingos, à Lisbonne.
Les couleurs caractéristiques des dégâts causés par le feu sont toujours visibles sur l’église de São Domingos, à Lisbonne, 67 ans après l’incendie. La voûte présente des teintes roses et rouges, signe qu’elle a été exposée à des températures supérieures à 300 °C. Les colonnes sont noircies par la suie. Là où la surface extérieure s’est écaillée ou détachée, la maçonnerie restée intacte apparaît en dessous.
Tiago Miguel Ferreira

La question essentielle est de savoir jusqu’à quelle profondeur les dégâts s’étendent. Dans un mur épais, les dommages causés par le feu ne touchent presque toujours qu’une seule face. Lorsque des chercheurs ont soumis des murs en béton au feu sur une seule face, ceux-ci ont conservé environ 46 % de leur résistance à la compression, ce qui permet encore de les consolider et de les réparer. Lorsque les mêmes murs ont été exposés au feu sur leurs deux faces, leur résistance à la compression n’atteignait plus que 14 à 27 % de sa valeur initiale.

Les ingénieurs peuvent évaluer la profondeur des dégâts à l’aide de méthodes telles que l’analyse pétrographique, qui consiste à prélever de fines sections du mur et à examiner au microscope les microfissures qu’elles présentent.

Après l’incendie de la cathédrale Notre-Dame de Paris en 2019, des chercheurs ont prélevé des carottes dans toute l’épaisseur des voûtes en calcaire afin de déterminer précisément jusqu’où la chaleur avait pénétré. L’incendie a été catastrophique, mais la chaleur n’a pas traversé toute l’épaisseur de la pierre, même dans les voûtes – les plafonds arqués en pierre de la cathédrale –, qui ne mesurent qu’environ 12 à 15 centimètres d’épaisseur.

Contrairement aux incendies de bâtiments, qui peuvent soumettre les structures à une chaleur prolongée, le front d’un feu de forêt peut passer devant un bâtiment en quelques minutes. Même lorsque les flammes sont très intenses, cette exposition relativement brève laisse peu de temps à la chaleur pour pénétrer profondément dans les murs épais en maçonnerie, à condition que les matériaux présents à l’intérieur ne prennent pas feu et ne continuent pas à brûler.

Sous l’effet d’un réchauffement rapide, la surface extérieure peut se fissurer ou s’écailler en se dilatant, tandis que l’intérieur reste relativement froid, préservant ainsi les propriétés mécaniques de la maçonnerie.

Après l’incendie, chaque jour compte

Lorsque vient le moment d’évaluer si un bâtiment peut être sauvé, le temps presse. La première étape consiste à le consolider en urgence : étayer les voûtes fragilisées, stabiliser les murs qui ne sont plus soutenus et protéger les surfaces exposées des intempéries afin d’éviter de nouveaux dégâts.

Le principe qui guide les recommandations de l’International Council on Monuments and Sites en matière de restauration structurelle du patrimoine architectural est celui de l’intervention minimale : ne réaliser que les travaux nécessaires pour garantir la sécurité et la pérennité du bâtiment, tout en portant le moins possible atteinte à sa valeur historique ou culturelle. Les joints de mortier endommagés par le feu sont refaits. Les parties de pierre écaillées ou calcinées sont retirées jusqu’à retrouver un matériau intact, puis réparées ou remplacées, si possible par des pierres provenant de la même carrière.

Après l’incendie qui a ravagé en 1997 la Cappella della Sindone de Turin, la chapelle du Saint-Suaire, les restaurateurs ont remplacé 1 400 éléments en marbre et en ont consolidé 4 050 autres. Ils ont même rouvert la carrière d’origine de Frabosa afin d’obtenir une pierre identique à celle utilisée pour construire l’édifice au XVIIe siècle.

Ces restaurations prennent du temps. Celle de la chapelle a duré 21 ans. Mais c’est dans les semaines qui suivent l’incendie que se joue la possibilité même de restaurer le bâtiment. Tout dépend alors de la rapidité avec laquelle la maçonnerie est consolidée et protégée des intempéries.

Quand la démolition est (ou non) la solution

Tous les bâtiments endommagés par un incendie ne peuvent pas être sauvés.

Lorsque les flammes pénètrent à l’intérieur d’un bâtiment et attaquent les murs sur leurs deux faces, les dégâts causés à la maçonnerie sont beaucoup plus importants. Certains types de blocs de maçonnerie peuvent même se désagréger dans les jours qui suivent l’incendie si les minéraux qu’ils contiennent prennent l’humidité et gonflent.

Mais la décision de démolir doit être prise avec précaution et reposer sur une évaluation rigoureuse. Or, à l’heure actuelle, aucun pays ne dispose d’un protocole d’évaluation des bâtiments historiques après un incendie comparable à ceux qui existent pour évaluer les dégâts après un séisme.

Les incendies déterminent ce qui brûle. Les humains décident de ce qui est perdu. Tant que de tels protocoles n’auront pas été mis en place, un mur encore debout risque trop souvent d’être considéré comme un simple débris plutôt que comme un élément précieux sur lequel reconstruire.

The Conversation

Giorgia Giardina a reçu des financements de l’UE et de NWO.

Tiago Miguel Ferreira ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son poste universitaire.

Rebecca Napolitano ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Après un incendie, les bâtiments historiques peuvent encore être sauvés, à condition d’agir vite – https://theconversation.com/apres-un-incendie-les-batiments-historiques-peuvent-encore-etre-sauves-a-condition-dagir-vite-291793

La course aux corridors de transport renforce la concurrence au détriment de l’intégration en Afrique australe

Source: The Conversation – in French – By Thierry Vircoulon, Chercheur associé au Centre Afrique de l’Institut Français des Relations Internationales, membre du Groupe de Recherche sur l’Eugénisme et le Racisme, Université Paris Cité

Si le secteur minier est un enjeu stratégique international depuis le début du siècle, le secteur du transport est en train de le devenir. Pourtant, ces deux secteurs sont indissociables. Les compagnies minières ont besoin d’un système de transport fiable et efficace pour exporter leur production.

Construits pour certains dès l’époque coloniale, en même temps que les premières mines, les corridors de transport d’Afrique australe ont connu depuis la fin du XXe siècle, un développement frénétique. Depuis plus de 25 ans, les anciens corridors ont été rénovés, de nouveaux ont été bâtis et de futurs corridors sont à l’étude. Malgré un succès apparent, la politique de corridorisation de l’Afrique australe est loin d’avoir atteint ses objectifs d’intégration régionale et de développement local.

Mes recherches au cours des vingt dernières années ont couvert plusieurs domaines en Afrique, dont les liens entre ressources minières, conflits et pouvoir. Dans une récente étude, j’analyse la forte dépendance des corridors d’Afrique australe au secteur minier et les limites de leurs retombées en matière de développement.

Les corridors ferroviaires

Dès la fin du XIXe siècle, les pouvoirs coloniaux ont construit des corridors afin d’ouvrir l’intérieur du continent. Le modèle dominant était le corridor ferro-portuaire. Une voie ferrée conduisait à un port afin de permettre d’importer des biens nécessaires au développement de la colonie et d’exporter ce que la colonie produisait (minerais, produits agricoles).

À cette époque, le port était plutôt le début que la fin de la ligne ferroviaire et le corridor avait à la fois un objectif d’ouverture et d’exploitation de l’hinterland africain. La Transvaalienne, qui dès la fin du XIXe siècle reliait le port portugais de Lourenço Marques (aujourd’hui Maputo, au Mozambique) à Pretoria, correspondait à ce modèle.

Il en allait de même du corridor ferroviaire de Lobito, entre la côte angolaise et les mines du Katanga, construit de 1903 à 1928, ainsi que des corridors de Beira et de Nacala, au Mozambique, bâtis entre les années 1920 et 1950.

Dans la seconde moitié du XXe siècle, ces corridors ont été sérieusement perturbés, voire interrompus par une géopolitique conflictuelle. Les guerres de décolonisation en Angola et au Mozambique, dans les années 1970, suivies de longues guerres civiles, et la rupture entre l’Afrique du Sud de l’apartheid et ses voisins de la ligne de front ont fortement affecté leur fonctionnement.

Ces longs conflits ont remis en cause le système de transport hérité de la colonisation. Une autre mutation économico-technologique est venue remettre en cause ce système de transport : la route a progressivement remplacé le rail pour une grande partie du fret.

Les initiatives de développement spatial

La fin du régime d’apartheid en 1994 a conduit à la réconciliation des ennemis d’hier et à la fin de la fracturation politique de la région. Après s’être tournés le dos pendant des décennies, Pretoria et ses voisins ont renoué des relations de coopération économique et politique incarnées par la Communauté de développement d’Afrique australe (SADC).

La SADC a élaboré une planification régionale des transports basée sur l’idée que les corridors de transport devaient être des « initiatives de développement spatial » (SDI) ayant un double objectif : l’intégration économique régionale et le développement de territoires pauvres.

Le corridor de Maputo a été le premier corridor d’Afrique australe à être reconstruit à partir de 1997. Conçu comme une SDI, le corridor de Maputo est constitué par d’axes routiers et ferroviaires ainsi qu’un port. Il a été complété par une zone économique spéciale accueillant l’usine d’aluminium de Mozal, un investissement conjoint de BHP Billiton et de Mitsubishi.

Pionnier en son temps, la reconstruction et la modernisation du corridor de Maputo grâce à des partenariats public-privé (PPP) l’ont érigé en modèle dans la région.

Fort de ce premier succès, le Mozambique et la Namibie ont vu dans la politique des corridors un moyen de développer leurs territoires et de devenir la porte d’entrée maritime de la région. Le Mozambique a rapidement trouvé des partenaires financiers pour la rénovation des corridors de Beira et Nacala.

La Namibie a affirmé l’objectif de devenir le hub logistique de l’Afrique australe en modernisant le port de Walvis Bay et en développant un corridor routier régional jusqu’aux mines du sud de la République démocratique du Congo (RDC), le corridor Walvis Bay-Ndola-Lubumbashi.

De son côté, grâce à son partenariat avec la Chine, l’Angola a remis en service le corridor ferroviaire de Lobito de 2004 à 2014.

Extractivisme international versus intégration régionale

En Afrique australe, les développements portuaires, ferroviaires et routiers depuis 25 ans se chiffrent en milliards de dollars. Ces importants investissements ont abouti à la multiplication des corridors (8 actuellement) et d’autres sont à l’étude. Paradoxalement, cette multiplication est à la fois un succès et un échec.

Un succès car la connectivité interne et externe de la région a été améliorée, et un échec car les corridors n’ont pas eu les retombées escomptées. Alors qu’ils devaient former un système de transport intégré et complémentaire favorisant l’intégration économique régionale, les corridors régionaux d’Afrique australe ressemblent à une addition de projets nationaux concurrents.

Loin d’être un gage de leur complémentarité, la multiplication désordonnée des corridors accroît leur concurrence, qui est multidimensionnelle. En effet, celle-ci se manifeste :

  • au niveau géopolitique : concurrence entre le corridor de Lobito géré par des concessionnaires occidentaux et le corridor prochainement rénové de Tazara, qui sera géré par des concessionnaires chinois;

  • entre pays de la région : la Namibie, le Mozambique et l’Afrique du Sud, qui possède les deux plus importants ports de la région (Richards Bay et Durban), veulent tous être la porte d’entrée maritime de la région.

De même le prolongement du corridor de Lobito et la rénovation de la Tazara vont sérieusement concurrencer le corridor Durban-Lubumbashi. A l’intérieur d’un même pays : les corridors de Beira et de Nacala au Mozambique desservent tous les deux le bassin houiller de Moatize – et au sein d’un même corridor, la route peut concurrencer le rail.

Carte des corridors en Afrique australe (source : IFRI)
Fourni par l’auteur

Une coordination insuffisante

Les corridors régionaux nécessitent une forte coordination interétatique aussi bien pour leur conception que pour leur gestion. Or, l’objectif de la SADC (créer un système de transport régional intégré) n’a guère été suivi par ses États membres, qui ont presque tous investi dans des corridors de manière individuelle en escomptant d’importantes retombées économiques nationales.

Cette stratégie de maximisation nationale des corridors régionaux a eu pour contrepartie une coordination insuffisante entre les États. Les entités de gouvernance conjointe des corridors sont souvent plus virtuelles que réelles, le principal corridor de la région (Durban-Lubumbashi) n’en ayant même pas. De ce fait, l’harmonisation des procédures douanières et des politiques commerciales est très en retard par rapport aux infrastructures de transport.

Par ailleurs, la géopolitique des corridors régionaux peut être fluctuante. En effet, ces derniers combinent des intérêts étatiques et privés très divers, ils dépendent de plusieurs gouvernements et de plusieurs entreprises qui peuvent changer de postures politiques et de stratégies commerciales.

Reconstruit et géré par des entreprises chinoises, le corridor de Lobito a changé de concessionnaire en 2023. Le gouvernement angolais a octroyé sa gestion à un consortium occidental appuyé financièrement par les États-Unis et l’Union européenne. Le contrôle du corridor peut donc échapper aussi bien à ses constructeurs qu’à ses concessionnaires. De même, la réforme en cours du secteur du transport en Afrique du Sud est un pari politique risqué.

L’élan réformiste actuel peut être remis en cause par une nouvelle majorité politique moins pro-business.

La logique d’extraction minière

Enfin, encore plus qu’à l’époque coloniale, les corridors d’Afrique australe sont essentiellement extractivistes. Leur développement repose sur le dynamisme du secteur minier, y compris du secteur charbonnier ! Ce n’est pas la croissance du marché de consommation en Afrique australe qui est le moteur économique du développement des corridors, mais bien les investissements substantiels dans les mines.

La plupart des corridors de la région sont des segments de chaînes de valeur mondialisées reliant les zones minières de l’Afrique australe aux centres de transformation industrielle situés sur d’autres continents. Les tentatives de stimuler le développement agricole dans les provinces rurales traversées par les corridors (Beira et Nacala) se sont soldés par des échecs.

La logique d’extraction minière qui prévaut en Afrique australe contredit les objectifs affichés de diversification économique, de développement local et d’aménagement territorial.

Une politique de corridorisation plus cohérente et plus efficace implique deux changements d’orientation :

  • les États d’Afrique australe devraient sortir de leur logique de compétition pour se coordonner davantage et miser sur des complémentarités économiques,

  • les États et entreprises devraient se focaliser davantage sur le “soft”, autrement dit sur l’harmonisation des procédures douanières et des politiques commerciales, car l’intégration économique n’est pas seulement une question de transport.

The Conversation

Thierry Vircoulon receives funding from the French Institute for International Affairs and is teaching at Sciences-Po Lille.

ref. La course aux corridors de transport renforce la concurrence au détriment de l’intégration en Afrique australe – https://theconversation.com/la-course-aux-corridors-de-transport-renforce-la-concurrence-au-detriment-de-lintegration-en-afrique-australe-291006

Promesses électorales d’efficacité : la fracture numérique, un enjeu oublié

Source: The Conversation – in French – By Émilie Michaud, Candidate au doctorat sur mesure en inclusion numérique, action publique et médiations, Institut national de la recherche scientifique (INRS)

Au cours de la présente campagne électorale, le recours aux technologies est très souvent mis de l’avant comme solution presque magique pour améliorer les services et augmenter l’efficacité de l’État. Pourtant, dans les faits, les citoyens peinent de plus en plus à accéder en ligne aux services publics.


Parmi les promesses électorales rapidement énoncées après le déclenchement des élections, plusieurs concernent des enjeux liés à l’usage du numérique. Le Parti conservateur promet d’importantes économies, réalisées entre autres grâce à « une accélération majeure de la numérisation de l’État ». Le Parti québécois compte entre autres sur l’usage de l’intelligence artificielle (IA) pour « gagner en efficacité » et améliorer les services publics.

La promesse de couper dans la bureaucratie, notamment en accélérant la transition numérique, fait aussi partie du discours de la Coalition Avenir Québec, le parti du gouvernement sortant.

Le déclenchement de la campagne électorale a aussi coïncidé avec la sortie de l’enquête sur la fracture numérique NETendances. Or, les chiffres présentés sont directement en contradiction avec de telles promesses électorales. Pour commencer, quatre adultes sur dix mentionnent avoir besoin d’autrui pour utiliser les technologies numériques dans les tâches du quotidien. Ce qui inclut les services déjà en ligne.




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Comment l’accompagnement aux démarches en ligne peut-il contribuer à maintenir la relation entre l’État et le citoyen, dans un contexte de dématérialisation des services publics ? Dans quelle mesure aiderait-il à répondre aux inégalités sociales et numériques ? Tant dans ma recherche doctorale en inclusion numérique, action publique et médiations que dans le cadre de mon travail, mes projets ont comme dénominateur commun la communication entre l’État et le citoyen, autant du côté de l’émetteur que du destinataire.

La fracture numérique au Québec

Six adultes sur dix n’ont jamais entendu parler de la fracture numérique. Par fracture numérique, on entend les diverses inégalités qui peuvent exister entre les personnes quant à l’accès et l’utilisation de la technologie.

Elle est généralement représentée sur une échelle à trois niveaux. Au premier niveau, les inégalités sont d’ordre matériel : l’absence d’accès à un ordinateur, par exemple. Le deuxième niveau concerne les compétences, c’est-à-dire la capacité à se servir d’un ordinateur. Le troisième niveau, concerne les inégalités de bénéfices : ne pas vouloir utiliser les services en ligne, par exemple, revient à se priver de certains droits et de certains avantages économiques.

Des gens, incluant un malvoyant avec une canne blanche, manifestent devant un bureau
L’Association pour la défense des droits sociaux Québec métropolitain a manifesté le 29 juin 2026 contre les ratés de l’algorithme du projet UNIR, devant le Ministère de l’Emploi et de la Solidarité sociale à Québec, avec un robot baptisé « PUNIR ».
(Site web de l’ADDSQM)

D’ailleurs peu plus tôt cette année, dans une autre enquête NETendances, on apprenait que près de 30 % des personnes interrogées n’avaient pas interagi en ligne avec le gouvernement. Cela représente, en chiffres absolus, près de 2 millions de Québécois et Québécoises de 18 ans et plus. Et les personnes qui l’ont fait ont jugé ces interactions de moins en moins simples.

Les risques associés au virage numérique de l’administration publique font l’objet de plus en plus de recherche scientifique : augmentation du fardeau administratif, non-recours aux droits, perte de pouvoir d’agir.

Ratés, biais et inégalités

Les ratés des services en ligne, eux, ne sont pas passés inaperçus ces dernières années : la plateforme SAAQClic ; la plateforme UNIR pour l’aide sociale… Pour minimiser les effets négatifs de la numérisation des services, le Protecteur du citoyen a conçu un guide pour des services inclusifs. À cela s’ajoute le travail de sensibilisation des organismes communautaires, comme la campagne Traversons l’écran, élaborée par le Regroupement des groupes populaires en alphabétisation du Québec (RGPAQ), qui plaide depuis quelques années pour des services moins numériques et plus humains.

Quant à l’IA, son usage dans les services publics n’est pas sans conséquence, comme le résume le mémoire déposé en juillet 2026 par l’Observatoire international sur les impacts sociétaux de l’IA et du numérique (Obvia).




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Entre autres, l’intelligence artificielle est biaisée, ce qui peut amplifier certaines inégalités. C’est notamment le cas avec l’algorithme implanté en mars 2025 l’aide sociale par le ministère de l’Emploi et de la Solidarité sociale (le projet UNIR), dont les problèmes ont fait l’objet de reportages au printemps 2026.

Numériser sans exclure

La promesse électorale d’améliorer les services pour l’aide au numérique met de l’avant deux visions du monde : du côté de l’État, la volonté de simplifier les services et de réduire les coûts. Du côté de la population et des organismes qui la soutiennent, la volonté de ne laisser personne derrière, en s’assurant que tous et toutes obtiennent les services et accèdent à leurs droits.

Bien sûr, on ne songe pas à remettre en question l’aspect pratique des services en ligne, comme le montre entre autres cette revue de littérature de 2022. Le virage numérique ne devrait toutefois pas nous faire oublier les citoyens et les citoyennes qui ne peuvent ou ne veulent pas les utiliser. L’âge, le revenu, le niveau de scolarité et le lieu où l’on vit sont autant de facteurs susceptibles de nous rendre plus vulnérables aux inégalités numériques.

Pour bénéficier pleinement de la transformation numérique déjà amorcée, ces citoyens et citoyennes plus vulnérables ont besoin d’être accompagnés. La présence d’une tierce partie jouerait un rôle d’amplification des bénéfices en plus d’améliorer l’inclusion sociale et numérique. Il existe un domaine de recherche naissant, mais en pleine expansion, qui vise à comprendre le rôle de ces tierces parties.


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Augmentation des besoins d’accompagnement

Vers qui se tournent les citoyens et citoyennes du Québec lorsqu’ils rencontrent des enjeux pour utiliser les services en ligne ? Au-delà des cours d’initiation aux outils technologiques, peu d’initiatives existent en matière d’accompagnement à cet égard.

Jusqu’ici, la littérature suggère que ce sont des proches aidants, des travailleurs sociaux ou des bibliothécaires qui endossent ce rôle. Le problème est que cette aide est éparse et n’est pas organisée ou professionnalisée. Or, « [l]’augmentation des besoins d’accompagnement au numérique suppose la structuration de l’écosystème de l’inclusion numérique et la professionnalisation des métiers qui en découlent », comme le souligne ce rapport produit par l’INRS.

Ailleurs dans la francophonie, on peut compter sur des conseillers numériques ou des informaticiens publics.

Alors même que l’État québécois rappelle l’importance de replacer la population au centre de la transformation numérique, ce n’est pas l’accélération de la numérisation des services qui devrait être priorisée. Dans cette course électorale qui s’amorce, la vraie question devrait être : sommes-nous prêts à accepter l’exclusion d’une partie de la population, au nom du principe de l’efficience de l’État ?

La Conversation Canada

Émilie Michaud ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Promesses électorales d’efficacité : la fracture numérique, un enjeu oublié – https://theconversation.com/promesses-electorales-defficacite-la-fracture-numerique-un-enjeu-oublie-290481

Décadas después del 11 de septiembre, el polvo tóxico y el trastorno de estrés postraumático podrían estar acelerando el envejecimiento cerebral entre los socorristas

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Roberto Lucchini, Professor of Occupational and Environmental Health Sciences, Florida International University

Las secuelas de los ataques al World Trade Center dejan una larga sombra sobre los sobrevivientes. Adam Gray/Getty Images

Cientos de socorristas me han dicho que recuerdan exactamente cómo se sintieron durante los ataques al World Trade Center, incluso 25 años después.

Me cuentan que recuerdan no haber podido pensar, ver ni oler nada. Solo podían concentrarse en cavar y retirar los escombros del camino. No podían descansar porque quienes estaban atrapados bajo los escombros no podían esperar. La muerte los rodeaba por todos lados, y lo único que podían hacer era dar lo mejor de sí para contenerla.

Aunque lo que ocurrió el 11 de septiembre no tuvo precedentes, tragedias similares ocurren con bastante frecuencia. Como médico especialista en salud ocupacional que trabaja con los socorristas del 11 de septiembre, Me resulta fácil imaginar que otros bomberos, paramédicos y trabajadores de la construcción que intentaban salvar vidas tras los mortíferos terremotos del verano de 2026 en Venezuela, Colombia e Indonesia o las desastrosas inundaciones en Nepal.

Es posible que estos socorristas también tengan que recuperar restos humanos de entre los escombros. Estos momentos de profundo dolor están rodeados de polvo, gases tóxicos y gritos de auxilio. Y este trauma pasa factura.

Vista aérea de los escombros del World Trade Center, con multitudes de equipos de primera respuesta que intentan rescatar y sacar a los sobrevivientes de entre los escombros
La destrucción del World Trade Center no tuvo precedentes, pero este tipo de desastres no son infrecuentes en todo el mundo.
Mario Tama/Getty Images

Ya se trate de desastres industriales o nucleares, fenómenos climáticos extremos, incendios forestales, erupciones volcánicas, guerras o ataques terroristas, los equipos de primera respuesta y las comunidades afectadas pueden sufrir efectos significativos en su salud física y mental tanto durante las operaciones de rescate y recuperación como durante los años posteriores. Todos son vulnerables a sufrir daños físicos y mentales, sin importar qué tan bien entrenados estén.

Las investigaciones de mi equipo sugieren que, entre estos riesgos, se encuentra el trastorno de estrés postraumático, que puede hacer que su cerebro envejezca más rápido.

El trastorno de estrés postraumático entre los socorristas

El trastorno de estrés postraumático, también conocido como TEPT, es un trastorno de salud mental complejo que puede desarrollarse después de vivir o presenciar un evento traumático. El trauma psicológico se refiere a los efectos emocionales duraderos de la exposición directa o indirecta a circunstancias que ponen en peligro la vida o a la violencia.

El TEPT puede manifestarse con recuerdos intrusivos, evitación, estado de alerta elevado, problemas para dormir y cambios en el estado de ánimo y el pensamiento. La ansiedad y la depresión suelen presentarse junto con el TEPT.

Alrededor del 23 % de los socorristas del World Trade Center han sido diagnosticados con TEPT. En comparación, se estima que alrededor del 6 % de la población general de EE. UU. ha padecido TEPT a lo largo de su vida.

Cuando hablo con los socorristas del 11 de septiembre, describen su TEPT y sus dificultades cognitivas como problemas interrelacionados que siguen afectando sus vidas hasta el día de hoy. Esos recuerdos traumáticos siguen siendo vívidos, y algunos socorristas continúan experimentando ansiedad, depresión, pensamientos intrusivos, problemas para dormir y dificultad para controlar sus emociones.

El trauma acelera el envejecimiento cerebral

A medida que envejecen, muchos de los socorristas del 11 de septiembre también han notado que su memoria, concentración y agudeza mental se deterioran. Cada vez les preocupa más perder su independencia. En lugar de presentarse como afecciones separadas, las enfermedades físicas, los cambios cognitivos y el malestar emocional a menudo se refuerzan entre sí.

En otro estudio, investigadores de mi equipo monitorearon la función cognitiva de más de 5,000 socorristas del World Trade Center sin demencia entre 2014 y 2022. A lo largo de aproximadamente cinco años, 228 desarrollaron demencia antes de los 65 años. Los socorristas con la exposición más grave al polvo y escombros potencialmente neurotóxicos en la zona cero presentaron una incidencia de demencia sustancialmente mayor que aquellos con exposición mínima o que utilizaron de manera constante equipo de protección personal, como respiradores. Esta relación se mantuvo después de controlar los factores demográficos, de estilo de vida, médicos y genéticos.

Antes de empezar a estudiar los efectos del 11 de septiembre en la salud, estaba investigando a trabajadores expuestos a metales neurotóxicos y contaminación industrial en el norte de Italia. Al conocer las toxinas dañinas presentes en el polvo del World Trade Center, comencé a preguntarme si los socorristas del 11 de septiembre podrían enfrentar riesgos similares a largo plazo para su cerebro. Esa preocupación se intensificó cuando las tomografías cerebrales de ambos grupos mostraron un aumento similar en los depósitos de una proteína relacionada con la enfermedad de Alzheimer y el deterioro cognitivo llamada beta-amiloide.

Persona que mira directamente a la cámara, con un casco de construcción adornado con varios parches, entre ellos uno con un grabado de las Torres Gemelas y la leyenda «NUNCA OLVIDEMOS»
CEl trabajador de la construcción James Nolan es uno de los socorristas del 11 de septiembre que enfermaron a causa del polvo tóxico y los escombros del World Trade Center.
AP Photo/David Goldman

Una investigación de mi equipo también reveló que los cerebros de los hombres que participaron en las labores de rescate del 11 de septiembre y que padecían TEPT presentaban resultados de resonancia magnética que indicaban cerebros de mayor edad en comparación con los que no padecían TEPT.

En ese estudio de 2025, medimos las estructuras cerebrales mediante resonancias magnéticas y un modelo de inteligencia artificial para estimar la edad cerebral de cada participante. El modelo de inteligencia artificial había sido entrenado para predecir la edad cronológica de una persona a partir de la estructura general de su cerebro, basándose en datos de más de 11 500 resonancias magnéticas cerebrales de personas sanas de entre 5 y 95 años. Utilizamos la diferencia entre la edad cerebral predicha de una persona y su edad real como medida del envejecimiento cerebral acelerado.

También observamos que los socorristas con TEPT tenían cerebros que parecían aproximadamente tres años más viejos que su edad cronológica. Por el contrario, la edad cerebral estimada de los socorristas sin TEPT coincidía aproximadamente con su edad cronológica real. Cada mes adicional que un socorrista pasó trabajando en la Zona Cero se asoció con aproximadamente cuatro a cinco meses adicionales de envejecimiento cerebral aparente, lo que sugiere que el tiempo de exposición al desastre desempeñó un papel clave en este proceso de envejecimiento.

Cuidado de los socorristas

Las experiencias de los socorristas demuestran que los efectos del 11 de septiembre siguen siendo un problema de salud actual. Estas consecuencias para la salud evolucionan a medida que las personas envejecen, y siguen requiriendo apoyo coordinado en los ámbitos mental, cognitivo, físico y social décadas después.

Cada aniversario del 11 de septiembre trae de vuelta recuerdos vívidos de la tragedia, junto con la misma inquietud, frustración y dolor de haber estado allí. Sin embargo, muchos de los que estuvieron en primera línea me han dicho que sienten orgullo y un sentido de pertenencia al saber que ayudaron a personas que lo necesitaban desesperadamente. Su servicio sigue siendo un ejemplo perdurable de solidaridad humana en un momento de crisis.

Honrar ese legado también significa proteger a quienes acuden en nuestro auxilio durante una emergencia. Creo que, como sociedad, los estadounidenses tienen la responsabilidad de salvaguardar, proteger y cuidar su salud a lo largo de toda su vida. Ellos estuvieron ahí para Estados Unidos en uno de sus momentos más oscuros; los estadounidenses deben estar ahí para ellos en los años venideros.

The Conversation

Roberto Lucchini recibe fondos para investigación de los NIH y el CDC/NIOSH.

ref. Décadas después del 11 de septiembre, el polvo tóxico y el trastorno de estrés postraumático podrían estar acelerando el envejecimiento cerebral entre los socorristas – https://theconversation.com/decadas-despues-del-11-de-septiembre-el-polvo-toxico-y-el-trastorno-de-estres-postraumatico-podrian-estar-acelerando-el-envejecimiento-cerebral-entre-los-socorristas-291747

¿Realmente ha resuelto OpenAI el “problema matemático del milenio” de Navier-Stokes?

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Víctor Javier Llorente Lázaro, Profesor Ayudante Doctor en Matemática Aplicada, Universidad de Zaragoza

El “problema del milenio” está relacionado con la velocidad de fluidos llamados “incompresibles” (un _jet_, como el que muestra la imagen). Wikimedia commons, CC BY

El 8 de septiembre de 2026, la empresa OpenAI anunció en su cuenta de X una solución a las ecuaciones de Navier-Stokes, uno de los siete “problemas matemáticos del milenio”, cuya resolución sería premiada por el Clay Mathematics Institute con la suma de un millón de dólares.

Para lograrlo, OpenAI empleó alrededor de 10 000 agentes de IA trabajando en paralelo durante 88 horas.

El problema del flujo “incompresible”

¿En qué consiste este problema y qué posibles consecuencias arrojan los resultados?

Las ecuaciones de Navier-Stokes intentan responder con matemáticas a una pregunta cuya respuesta es mucho más compleja de lo que puede parecer: de qué manera se mueve un fluido –como el agua–, el humo de un cigarro, etc.

El físico francés Claude-Louis Marie Navier derivó las ecuaciones en 1822 y el matemático irlandés George Gabriel Stokes les dio su formulación definitiva en 1845. De ahí que el nombre del modelo lleve sus apellidos.

El “problema del milenio” está planteado respecto a las ecuaciones Navier-Stokes “incompresibles”, es decir, referidas a fluidos que tienen una densidad constante, tan cotidianos como el agua, la sangre que corre por nuestras venas o la leche. En estos fluidos, el movimiento no altera su densidad, y por eso se llama flujo incompresible. Por el contrario, en fluidos como el aire la densidad sí se ve alterada con el movimiento.

Pero existe la posibilidad teórica de que, con el tiempo, el fluido incompresible se concentre tanto en un solo punto que la velocidad o la presión se vuelvan infinitas. Explotaría. No es algo que veamos en la realidad, pero sí en los modelos matemáticos. Estos puntos de velocidad infinita o presión infinita los llamamos “singularidades”.

Si algo se vuelve infinito en el mundo real, la ecuación “se rompe” y deja de funcionar para predecir el futuro.

¿Cuál es el problema del milenio que se plantea?

Lo que hay que resolver es si las ecuaciones dan lugar en algún momento a esas singularidades que llevarían a que la velocidad o la presión del fluido incompresible fueran infinitos, y estallara. Es lo que se conoce como el problema de existencia y regularidad de Navier-Stokes.

Demostrar la regularidad establecería que las ecuaciones de Navier-Stokes incompresibles están matemáticamente bien planteadas cuando las variables del fluido (como su velocidad o presión) cambian de forma continua, gradual y sin saltos bruscos ni picos.

Nadie ha presentado una demostración que haya sido aceptada oficialmente por la comunidad científica mundial. ¿Hasta hoy?

Cómo ganar el premio

La resolución, y llevarse el millón de dólares, requiere probar una de cuatro afirmaciones contempladas en el modelo matemático. Son las que el problema del milenio llama “afirmaciones A, B, C y D”, que se resumen aquí:

  • El primer reto es demostrar la regularidad global, es decir, probar que, para cualquier condición inicial suave (sin picos ni explosiones), si la fuerza externa es cero, la solución matemática permanece suave para todo instante de tiempo (afirmaciones A y B).

  • El segundo desafío es construir un modelo que pueda funcionar en aquellos casos en las que tanto las condiciones iniciales del fluido como las fuerzas externas son suaves, pero se producen singularidades; por ejemplo, una velocidad infinita (afirmaciones C y D).

Dónde se ha llegado

En el artículo de 166 paginas presentado por OpenAI, aparecen “supuestamente” demostradas dos de las cuatro afirmaciones que requerían ser probadas (C y D).

Dejando a un lado las acusaciones de plagio que ha recibido OpenAI, y suponiendo que los resultados son aceptados por la comunidad científica, ¿qué consecuencias tendrían?

De momento no ha sido revisado por científicos externos (algo que exige cualquier trabajo científico) y una revisión de esta importancia suele tardar meses.

Aparentemente, la demostración presentada por OpenAI indica que fluidos forzados (aquellos a los que se les aplica una fuerza externa, como la gravedad actuando sobre el agua) pueden desarrollar singularidades, es decir, un punto donde las reglas se rompen porque algo se vuelve infinito. Si dicha demostración es válida, que lo parece, les dan el premio.

Sin embargo, el trabajo de OpenAI no ofrece solución si se trata de fluidos no forzados y tampoco ha probado la existencia y regularidad de las soluciones de Navier-Stokes sin la intervención de fuerzas externas. Es decir, aunque ha resuelto dos de las cuestiones, otras quedan aún abiertas. Aún así, a priori podemos decir que se han cumplido los criterios del “problema del milenio”.

Falta por saber qué ocurrirá con el millón de dólares que promete el Mathematics Institute.

Una advertencia matemática

Por otro lado, que una ecuación diferencial, como es el caso del modelo Navier-Stokes, desarrolle una singularidad en tiempo finito, es una señal de advertencia matemática: las hipótesis realizadas cuando se construyeron el modelo han alcanzado su límite, y el modelo no es capaz de representar la realidad física bajo dichas condiciones extremas.

El misticismo alrededor de las ecuaciones de Navier-Stokes es solo la punta del iceberg de una de las cuestiones abiertas en física: el problema de la turbulencia.

Aún a día de hoy, matemáticos, físicos e ingenieros difieren en lo que significa encontrar una solución: para los matemáticos, sería demostrar su existencia, unicidad y regularidad global. Para los físicos, sería deducir teóricamente las leyes estadísticas universales, el comportamiento anómalo y la intermitencia a pequeñas escalas. Para los ingenieros, sería buscar modelos turbulentos y métodos computacionales precisos para predecir flujos aerodinámicos, geofísicos e industriales en un tiempo razonable (horas o minutos).

El problema de la turbulencia no se resolverá con un único descubrimiento deslumbrante o una fórmula cerrada única, sino cuando se logren explicar y conectar satisfactoriamente diferentes subproblemas matemáticos (como la regularidad), físicos (como la intermitencia) e ingenieriles (por ejemplo, los modelos turbulentos). Hasta entonces, aún queda trabajo por delante.

The Conversation

Víctor Javier Llorente Lázaro no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

ref. ¿Realmente ha resuelto OpenAI el “problema matemático del milenio” de Navier-Stokes? – https://theconversation.com/realmente-ha-resuelto-openai-el-problema-matematico-del-milenio-de-navier-stokes-291596