Quand un simple T-shirt blanc devient tellement luxueux qu’il peut coûter plus de 500 euros

Source: The Conversation – France (in French) – By Rémi Le Goff, Professeur en stratégie et entrepreneuriat, Montpellier Business School

Sur quel levier les marques de luxe s’appuient-elles pour nous faire acheter un T-shirt blanc basique à plusieurs centaines d’euros, alors qu’on peut trouver un équivalent pour moins de 20 euros dans la fast-fashion, ou pour quelques dizaines d’euros dans des alternatives plus responsables ?


Ces dernières années, une tendance forte s’est imposée dans le luxe. On l’appelle le quiet luxury, ou luxe discret. Cette tendance repose sur une idée simple : proposer des produits au design minimaliste à des prix élevés.

Concrètement, le minimalisme consiste à aller à l’essentiel. Pas de logo, moins de détails, des lignes simples, peu ou pas d’ornement. Si le minimalisme peut évoquer le raffinement et le bon goût, il fait aussi apparaître un paradoxe.




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En effet, le quiet luxury masque les indices dont les consommateurs ont besoin pour évaluer la valeur d’un produit. Sans logo, sans nom de marque, sans monogramme, un produit de luxe minimaliste peut ressembler, au premier regard, à un produit ordinaire. Face à ce type de produit, l’acheteur potentiel se retrouve dans une forme d’incertitude quant à la valeur réelle du produit.

Les indices proposés par les marques de luxe

Assez logiquement, les marques de luxe engagées dans le quiet luxury cherchent à nous accompagner face à cette incertitude en nous donnant des indices de prestige. Un vendeur peut mentionner qu’un produit est signé par un designer reconnu ou mettre en avant l’histoire de la marque et son savoir-faire. S’il s’agit d’un achat en ligne, la renommée de la plateforme peut servir d’indice. S’il s’agit d’un achat en boutique, l’environnement raffiné peut jouer ce rôle.

T-shirts blancs en coton au design minimaliste.
CC BY

La présence de ces indices est donc un bon moyen pour signaler un savoir-faire, la qualité des matériaux, et ainsi justifier le prix du produit. Ces indices sont donc des leviers pour les marques de luxe, mais ils fonctionnent de manière assez étonnante.

Un effet inattendu des indices de prestige

L’étude que nous avons réalisée montre que la présence d’indices de prestige aide à mieux évaluer le prix d’un produit. Cependant, l’influence directe qu’ont ces indices sur notre disposition à payer pour un produit, dont la simplicité reste souvent associée à un coût de production relativement bas, est en fait très faible. En revanche, l’étude met en lumière que ces indices de prestige influencent fortement notre estimation de ce que les autres seraient prêts à payer pour ce même produit.

En tant que consommateurs, nous pouvons rester perplexes face à un T-shirt blanc vendu 800 euros. Nous pouvons penser qu’il ne vaut pas ce prix, mais nous restons convaincus qu’une masse invisible d’experts, d’amateurs de design ou de consommateurs initiés saura en reconnaître la valeur. Nous supposons que ces observateurs avertis sauront lire la qualité et le luxe dans la simplicité, là où nous restons nous-mêmes incertains face à l’ambiguïté du design minimaliste.

Mieux, face à cette incertitude, nous pouvons passer outre notre propre jugement pour nous aligner sur celui de cette masse invisible d’experts. En achetant un produit au design minimaliste, nous achetons aussi l’idée que d’autres savent quelque chose que nous ne savons pas.

Mettre en scène le « quiet luxury »

Tout l’enjeu pour les marques de luxe engagées dans le quiet luxury est alors de transformer leurs boutiques et leurs points de vente digitaux en temples de la suggestion. Leur objectif est de nous amener, à travers différents indices de prestige, à penser qu’une élite invisible a donné son approbation pour ce produit au design minimaliste, et que son prix est justifié.

WSJ (en anglais), 2025.

Puisque nous doutons de la valeur réelle du prix de ce produit au design minimaliste, les vendeurs n’ont pas intérêt à vanter notre coup d’œil lorsqu’ils nous voient sortir du portant un article qui ressemble à s’y méprendre à un autre, y compris à des alternatives plus abordables. Ils vont plutôt suggérer, plus subtilement, qu’une foule invisible d’experts valide ce produit.

Ils mettent ainsi en scène un consensus social autour de celui-ci. Ils peuvent, par exemple, évoquer le fait que tous les directeurs artistiques et acheteurs mode de Paris s’arrachent cette ligne, ou encore expliquer que, dans la haute couture, cette coupe est reconnue comme une prouesse technique.

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

ref. Quand un simple T-shirt blanc devient tellement luxueux qu’il peut coûter plus de 500 euros – https://theconversation.com/quand-un-simple-t-shirt-blanc-devient-tellement-luxueux-quil-peut-couter-plus-de-500-euros-284777

Chanel à Biarritz, ou l’art de transformer la mémoire en capital

Source: The Conversation – France (in French) – By Nathalie Darras, Maître de conférences, Université de Pau et des pays de l’Adour (UPPA)

Mais qu’allait faire la maison Chanel à Biarritz ? Pour son défilé croisière signé Matthieu Blazy, c’est le casino de la ville qui a été retenu en avril dernier. Photos du défilé Chanel

Le retour de Chanel à Biarritz, dans les Pyrénées-Atlantiques, où Gabrielle Chanel avait développé sa maison de couture à partir de 1915, ne constitue pas seulement une célébration patrimoniale. Il montre comment une entreprise familiale peut convertir son passé en ressource économique, symbolique et stratégique – et contribuer ainsi à rendre le luxe plus acceptable.


Le 28 avril 2026, Chanel a présenté, au Casino municipal de Biarritz (Pyrénées-Atlantiques), sa collection croisière 2026-2027, la première conçue par Matthieu Blazy pour la maison. Le choix de la ville n’avait rien d’anodin. Gabrielle Chanel y avait installé en 1915 une maison de couture dans la Villa Larralde. Le défilé a coïncidé avec l’ouverture d’une boutique éphémère dans cette villa, progressivement rachetée par Chanel. La maison présente elle-même le choix de Biarritz comme un « retour aux sources ».

Plus d’un siècle après l’installation de Gabrielle Chanel à Biarritz, ce retour relie ainsi un lieu fondateur, l’arrivée d’un nouveau directeur artistique et la volonté de la maison d’inscrire le changement dans une continuité historique. Dans un secteur où presque toutes les marques revendiquent un héritage, posséder une histoire ne suffit plus ; il faut la rendre visible et crédible. Trois mécanismes ont été mobilisés dans ce cas : la richesse socioémotionnelle, le capital symbolique et l’usage stratégique du passé.




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Préserver plus qu’une valeur financière

Non cotée en Bourse, Chanel demeure contrôlée par la famille Wertheimer. Cette structure lui permet d’inscrire ses décisions dans un temps long, à l’écart des attentes trimestrielles auxquelles doivent répondre les entreprises cotées. En 2025, l’entreprise a annoncé 19,3 milliards de dollars (16,7 milliards d’euros, ndlr) de chiffre d’affaires, en hausse de 2 % à taux de change constant, et 4,7 milliards de dollars de résultat opérationnel.

Ce modèle ne peut être compris à travers la seule recherche du profit. Les entreprises familiales cherchent aussi à préserver le contrôle, l’identité, la réputation et la transmission.

Gomez-Mejia et al. ont introduit l’expression de « richesse socio-émotionnelle » pour désigner les bénéfices non financiers que les familles retirent du contrôle de leur entreprise. Berrone et al. en ont ensuite précisé les différentes dimensions : l’identification à l’entreprise, les liens sociaux, l’attachement émotionnel et la transmission aux générations suivantes. Autrement dit, une famille propriétaire ne cherche pas seulement à gagner de l’argent. Elle veut aussi conserver une histoire, une réputation et une capacité de décision. Cette approche aide à comprendre le maintien d’un capital fermé ou des investissements patrimoniaux dont la rentabilité immédiate reste difficile à mesurer.

Gabrielle Chanel sur la plage à Biarritz dans les années 1920.
Archives privées/DR. Chanel.

Chez Chanel, cette indépendance actionnariale fait écho à l’un des traits les plus valorisés dans le récit de Gabrielle Chanel : sa volonté farouche de préserver son autonomie. L’entreprise Chanel s’est pourtant construite grâce à des soutiens financiers et à des alliances commerciales, notamment avec les frères Paul et Pierre Wertheimer, ascendants des actuels propriétaires.

Transformer le patrimoine en capital symbolique

Le deuxième mécanisme est la transformation du patrimoine en capital symbolique. Chez Bourdieu, cette notion renvoie au prestige et à la légitimité qu’un acteur tire de ressources économiques, sociales ou culturelles dès lors qu’elles sont reconnues comme légitimes.

Dans le luxe, une maison ne vend pas seulement un objet. Elle vend aussi une origine, une rareté et une place dans l’histoire culturelle. L’installation à Biarritz donne une réalité concrète au récit de Chanel en reliant une collection contemporaine à un épisode attesté de l’histoire de sa fondatrice. Une date, une villa, une archive ou un territoire soutiennent un discours d’authenticité plus efficacement qu’une campagne affirmant simplement que la maison est ancienne.

Le rachat de la Villa Larralde renforce cette matérialité, puisque la maison Chanel réintègre le lieu à son patrimoine immobilier, commercial et culturel. Le parcours de Gabrielle Chanel, associé à l’indépendance et à la remise en cause des conventions vestimentaires, nourrit également le prestige de la marque.

Sélectionner le passé pour construire le présent

Une entreprise ne mobilise jamais toute son histoire. Elle choisit les personnages, les lieux et les événements qui correspondent le mieux à l’identité qu’elle souhaite défendre. Le retour à Biarritz relève de cette logique de sélection. La présence de Gabrielle Chanel dans la ville est attestée, mais le choix de remobiliser cet épisode dans l’histoire de la marque répond à un enjeu actuel : inscrire l’arrivée de Matthieu Blazy dans une continuité qui dépasse les changements de créateurs.

Ce procédé rappelle la notion de « tradition inventée », développée par Hobsbawm et Ranger (1983). L’expression ne désigne pas nécessairement la fabrication d’un passé fictif. Elle décrit aussi la réactivation sélective d’un passé réel afin de produire un sentiment de continuité.

Cette mémoire n’est ni brute ni neutre. Gabrielle Chanel avait elle-même façonné son personnage public en sélectionnant ou en réinterprétant certains épisodes de son parcours, en en taisant ou en recréant d’autres. L’entreprise hérite donc d’un récit déjà construit.

France 3, Nouvelle-Aquitaine 2015.

Du storytelling au « storyproving »

Pendant longtemps, les maisons de luxe ont fondé leur légitimité sur le « storytelling », soit l’histoire d’un fondateur, d’un geste créatif ou d’une origine. Mais cela ne suffit pas toujours, car quasiment toutes les marques peuvent désormais produire un récit sur leur authenticité.

On pourrait qualifier l’évolution actuelle de passage du storytelling au storyproving. Il ne s’agit plus seulement de raconter l’histoire de l’entreprise, mais de fournir des éléments qui lui donnent une réalité matérielle. Les lieux historiques, les archives et les ateliers deviennent alors des preuves.

La Villa Larralde à Biarritz associe une origine historique, une activité commerciale et un futur espace de valorisation des savoir-faire. Mais une preuve matérielle ne rend pas le récit complet. Biarritz confirme l’ancienneté de la présence de Chanel dans la ville, tout en mettant en lumière un épisode particulier. Le storyproving ne supprime donc pas la sélection du passé : il donne une forme tangible aux fragments choisis.

Rendre le luxe acceptable

Cette transformation de l’histoire en preuve répond à un ultime enjeu, l’acceptabilité du luxe. Fondé sur la rareté, la distinction et l’exclusivité, celui-ci peut entrer en tension avec les inégalités, les préoccupations environnementales, ou encore une demande croissante de transparence.




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Parler de « luxe acceptable » ne signifie pas qu’une communication patrimoniale suffirait à neutraliser les critiques. La notion renvoie à la capacité des maisons à produire des justifications crédibles.

Le luxe peut être défendu au nom de la création et des métiers d’art, mais critiqué pour son ostentation, son élitisme et ses effets sociaux ou environnementaux. Le patrimoine permet alors de présenter l’objet comme le résultat d’une histoire et de savoir-faire transmis, et non plus seulement comme un signe de richesse.

Cette légitimité reste toutefois insuffisante. Une histoire prestigieuse ne répond pas aux questions de traçabilité, de conditions de travail ou d’impact environnemental. Comme le montrent Berrone et al. dans leur analyse de la richesse socioémotionnelle, la volonté de protéger l’identité et la réputation familiales peut favoriser une vision à long terme, mais aussi compliquer les transformations qui menacent les équilibres établis.

Pour devenir acceptable, le luxe ne peut donc pas seulement prouver qu’il vient de loin. Il doit montrer que ses pratiques présentes sont cohérentes avec les valeurs d’excellence, de durabilité et de responsabilité qu’il associe à son héritage. Dans le luxe contemporain, la bataille de la légitimité se joue moins sur la mémoire elle-même que sur la capacité à en faire une preuve – non seulement d’authenticité, mais aussi d’acceptabilité.

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

ref. Chanel à Biarritz, ou l’art de transformer la mémoire en capital – https://theconversation.com/chanel-a-biarritz-ou-lart-de-transformer-la-memoire-en-capital-288625

Ceuta et Melilla : l’histoire d’un différend qui façonne encore les relations entre le Maroc et l’Espagne

Source: The Conversation – in French – By Moha Ennaji, Professor, Université Sidi Mohammed Ben Abdellah

Les flux migratoires massifs de mai 2021 et, plus récemment, du 30 juillet 2026, ont une nouvelle fois placé les deux enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla au cœur du débat public euro-méditerranéen.

Ces événements tragiques soulèvent des questions qui dépassent largement la seule question migratoire. Ils renvoient à la longue histoire des relations entre le Maroc, l’Espagne et l’Europe, ainsi qu’à la question plus générale de la persistance de territoires européens sur le continent africain.

Les drames humains liés aux tentatives de franchissement des frontières de Ceuta et de Melilla doivent naturellement être considérés avant toute analyse. Des hommes, des femmes et des enfants, souvent poussés par la pauvreté, le désespoir ou l’absence de perspectives économiques, ont trouvé la mort ou ont été blessés en tentant de rejoindre l’Europe.

La réponse à de telles tragédies ne saurait se limiter au renforcement des dispositifs de surveillance et à l’adoption d’une approche exclusivement sécuritaire de la gestion des frontières. Elle exige également une réflexion sur les causes structurelles des migrations, sur les inégalités entre les deux rives de la Méditerranée et sur la responsabilité partagée des États européens et africains.

Pour avoir étudié les migrations marocaines vers l’Europe, notamment les points emblématiques des migrations irrégulières comme Ceuta et Melilla, je trouve que cet épisode démontre à quel point les deux enclaves constituent un espace où se croisent des enjeux migratoires, économiques, sécuritaires et diplomatiques.

Dans mon ouvrage Les Nouveaux défis de la migration Maghreb-Europe, j’ai également rappelé que Ceuta compte parmi les frontières terrestres les plus sensibles de l’Union européenne, alors même qu’elle se situe géographiquement sur le continent africain.

Un différend persistant

Situées sur la côte nord-africaine, Ceuta et Melilla, connues au Maroc sous les noms de Sebta et de Melilia, sont aujourd’hui administrées par l’Espagne. Leur statut fait l’objet d’un différend politique persistant entre le Maroc et l’Espagne.

Le Maroc considère en effet que ces territoires relèvent de son intégrité territoriale, tandis que l’Espagne soutient que les deux villes constituent une partie intégrante de son territoire national. Cette divergence de positions ne peut être comprise sans revenir sur l’histoire complexe de la présence européenne sur la côte nord-africaine.




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Ceuta possède une histoire particulièrement ancienne. Au cours de l’Antiquité et du Moyen Âge, la ville passa successivement sous l’autorité de différentes puissances politiques. Elle fut notamment intégrée à des territoires contrôlés par les dynasties musulmanes qui régnèrent sur le Maghreb occidental et al-Andalus (la péninsule Ibérique sous domination musulmane).

Les périodes almoravide (1040 – 1147), almohade (1121 – 1269) et mérinide (1244 à 1465) constituent, à cet égard, des phases particulièrement importantes de l’histoire politique et culturelle de la région du détroit de Gibraltar.

En 1415, Ceuta fut conquise par les Portugais sous le règne du roi Jean Ier. Cet événement, l’un des premiers épisodes majeurs de l’expansion maritime portugaise, est souvent considéré comme l’un des préludes à l’expansion européenne outre-mer. Par la suite, lorsque la Couronne portugaise passa sous le contrôle de la monarchie des Habsbourg en 1580, Ceuta se retrouva sous l’autorité du même souverain que l’Espagne.

Après la restauration de l’indépendance portugaise en 1640, la ville choisit néanmoins de demeurer fidèle à la monarchie espagnole. Ceuta passa ainsi sous souveraineté espagnole, tandis que le Portugal recouvrait son indépendance.

Une longue histoire de conquêtes

L’histoire de Melilla est différente. La ville fut conquise par les forces castillanes le 17 septembre 1497.

Sans jamais perdre son statut espagnol, Melilla est rapidement transformée en place forte militaire pour contrer les menaces en Afrique du Nord et sécuriser la Méditerranée. La présence espagnole à Melilla s’inscrit donc dans une trajectoire historique distincte de celle de Ceuta.

Ces deux trajectoires historiques montrent que la question de Ceuta et de Melilla ne peut être réduite à une opposition simpliste entre deux récits nationaux concurrents. Elle est plutôt le produit d’une longue histoire de conquêtes, de rivalités impériales, de recompositions territoriales et de transformations du concept même de souveraineté.

Les travaux d’historiens tels que Fernand Braudel ont montré que la Méditerranée devait être appréhendée comme un espace historiquement interconnecté, façonné par des circulations humaines, commerciales, culturelles et politiques qui sont largement antérieures à la formation des États-nations modernes.

L’un des principaux arguments avancés par le Maroc repose sur l’histoire précoloniale de la souveraineté marocaine et sur la continuité de l’autorité du sultan sur de vastes territoires du Maghreb occidental.

L’historien marocain Abdallah Laroui a souligné la nécessité d’éviter d’appliquer mécaniquement aux sociétés précoloniales les catégories territoriales propres à l’État-nation contemporain.

Cette observation est essentielle. La conception européenne moderne de la frontière, fondée sur une délimitation territoriale précise et sur une juridiction juridiquement homogène, ne correspond pas toujours aux formes de souveraineté qui prévalaient au Maghreb avant la colonisation.

Les revendications marocaines

C’est dans ce contexte qu’il convient d’examiner les revendications marocaines concernant Ceuta, Melilla et les autres possessions espagnoles situées sur la côte nord-africaine.

Après l’indépendance du Maroc en 1956, la question des frontières héritées de la période coloniale devint une composante importante du débat politique national. Le nationalisme marocain, porté notamment par le roi Mohamed V, défendit la récupération des territoires considérés comme ayant été détachés du Maroc au cours de la période coloniale.

Cette politique s’inscrivait dans le contexte plus large de la décolonisation. La récupération de Tarfaya en 1958 et celle de Sidi Ifni en 1969, deux autres possessions espagnoles, constituèrent des étapes importantes dans la consolidation territoriale du Maroc indépendant.

Le Sahara marocain, anciennement administré par l’Espagne, constitue, à certains égards, un cas juridiquement et politiquement comparable à la question de Ceuta et de Melilla si l’on considère l’héritage de la présence coloniale espagnole en Afrique du Nord et les relations géopolitiques entre le Maroc et Madrid. Cependant, ces questions diffèrent fondamentalement sur le plan du droit international et des revendications de souveraineté.

Un paradoxe géopolitique

Cette situation engendre un paradoxe géopolitique singulier. Les deux villes sont placées sous souveraineté espagnole, intégrées au cadre institutionnel européen et géographiquement enclavées dans le territoire marocain. Elles constituent également des points de passage importants pour les échanges commerciaux, la mobilité humaine et les migrations.

La question migratoire a profondément transformé la portée stratégique de ces territoires. Ceuta et Melilla sont devenues des espaces où se matérialise physiquement la frontière extérieure de l’Europe et la présence territoriale héritée de l’histoire coloniale.

Un instrument de pression diplomatique

Le Maroc pourrait tirer de cette expérience une leçon importante : les différends territoriaux de longue durée ne sont pas nécessairement condamnés à rester figés. Ils peuvent être abordés au moyen de négociations progressives, de mesures de confiance et de mécanismes de coopération permettant de dissocier, au moins temporairement, les questions de souveraineté des nécessités pratiques de la vie quotidienne.

Il importe également de reconnaître que la question migratoire ne peut être durablement résolue par la seule militarisation des frontières. Les événements de 2021 et de 2026 ont démontré que les frontières de Ceuta et de Melilla peuvent également servir d’instruments de pression diplomatique.

Ces crises migratoires ont mis en lumière la vulnérabilité de ces enclaves et leur instrumentalisation potentielle dans les tensions géopolitiques entre l’Espagne et le Maroc. L’afflux de dizaines de milliers de migrants en quelques heures soulève régulièrement des questions sur le contrôle des frontières extérieures de l’Union européenne.

L’usage de la pression migratoire sert de moyen d’ajustement ou de rappel de force dans les négociations bilatérales ou multilatérales. La coopération migratoire entre Rabat et Madrid devrait donc s’inscrire dans une stratégie plus large, fondée sur le développement économique, la mobilité légale, la lutte contre les réseaux criminels et la protection des droits fondamentaux.

Une nouvelle voie

La revendication marocaine de Ceuta et de Melilla constitue une position politique et historique ancienne. L’Espagne, de son côté, défend une position de souveraineté fondée sur l’histoire de son administration des deux villes ainsi que sur leur intégration juridique et institutionnelle à l’État espagnol. Entre ces deux positions, le temps est peut-être venu de rechercher une voie nouvelle, fondée non pas sur la confrontation, mais sur la négociation.

L’avenir de Ceuta et de Melilla ne sera probablement pas déterminé par la seule force des revendications historiques. Il dépendra surtout de la capacité des acteurs concernés à élaborer une solution politique qui tienne compte à la fois de l’histoire, du droit international, des réalités humaines et des intérêts légitimes des populations concernées.

The Conversation

Moha Ennaji does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Ceuta et Melilla : l’histoire d’un différend qui façonne encore les relations entre le Maroc et l’Espagne – https://theconversation.com/ceuta-et-melilla-lhistoire-dun-differend-qui-faconne-encore-les-relations-entre-le-maroc-et-lespagne-288991

¿Cómo pueden los audiolibros ayudar a los niños y niñas con dislexia?

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Nadina Gómez Merino, Profesora Ayudante Doctor. Departamento de Psicología Evolutiva y de la Educación. Miembro de ERI-Lectura, Universitat de València, Universitat de València

Pixel-Shot/Shutterstock

“No lo entiendo”. “No lo pillo”. “Estoy cansado”. Son frases que suelen escucharse a niños y niñas con dislexia, un trastorno del desarrollo que afecta a la capacidad de leer.

Estos niños necesitan más tiempo y más oportunidades de formación (practicar más la lectura) para alcanzar un nivel de lectura similar al de sus compañeros sin dislexia y, por esta razón, pueden verse atrapados en un círculo vicioso: les cuesta leer, esto les angustia y, como resultado, evitan la lectura y se pierden los beneficios que un libro puede aportarles.

Letras, sonido y cerebro

La dislexia puede manifestarse de diversas formas. A veces consiste en una dificultad para reconocer palabras familiares, ya almacenadas en el cerebro: es el caso de la dislexia superficial. En este caso, lo más característico es que quien la padece lea a una velocidad más lenta.

Cuando el síntoma más destacable es leer más despacio palabras desconocidas o confundirlas con otras, se denomina dislexia fonológica. Afecta al proceso de reconocer cada letra y relacionarla con el sonido que representa, algo que se conoce como “decodificación”. Quienes padecen este tipo de dislexia tienen muchas dificultades para ampliar su vocabulario a través de la lectura.

Dislexia y comprensión lectora

Cuando leemos para comprender un texto ponemos en marcha varios mecanismos. Por ejemplo, activamos herramientas de control que nos llevan a releer una frase que no hemos entendido o a deducir por contexto palabras que no conocíamos. Pero estos mecanismos y muchos otros más no pueden funcionar de manera eficiente si el cerebro está saturado con otros mecanismos como la decodificación, en el caso de las personas con dislexia.

Podríamos comparar esta situación con hacer malabares: cuando tenemos buena habilidad podemos jugar con muchas pelotas sin que ninguna caiga, pero en cuanto nos pasan una de mayor tamaño que no controlamos puede que tengamos que jugar con menos pelotas para mantener esa al vuelo.

Si quitamos la decodificación de la ecuación, quitamos esa pelota grande a la persona con dislexia y le permitimos disfrutar de otros beneficios que generalmente suelen acompañar más a los textos escritos que al habla. Por ejemplo, escuchar oraciones más complejas o vocabulario nuevo.

Una mejor comprensión de lo que ‘entra’ por el oído

Cuando escuchamos un audiolibro, ponemos en práctica la comprensión auditiva sin necesidad de decodificación. El esfuerzo mental se enfoca en la comprensión del lenguaje.

Sin la presión de decodificar símbolos escritos, la persona con dislexia puede disfrutar más escuchando el texto y centrarse en el contenido, lo que le ayudará a mejorar su vocabulario. Por tanto, la llegada de los audiolibros podría representar un nuevo paradigma de intervención para las personas con dislexia fonológica, ya que podrían ofrecer una nueva forma de experimentar la lectura a través de la comprensión auditiva.

Los audiolibros: aliados de la comprensión lectora

Los estudiantes con dislexia comprenden mejor cuando el contenido se presenta mediante audio o mediante sistemas de texto a voz, especialmente cuando el objetivo es aprender una materia y no evaluar la capacidad de leer.

Además, implicarse en la escucha puede ayudar a mejorar su confianza y motivación para leer. Si se combina la lectura con la escucha, es decir, se lee el mismo texto que se está escuchando, podemos facilitar la comprensión y la memorización del material de estudio.

Romper el círculo vicioso

Dado que los audiolibros ya forman parte de nuestra vida cotidiana, tiene sentido aprovechar sus ventajas. La ventaja más importante que ofrecen es su potencial para romper el círculo vicioso que experimentan las personas con dislexia fonológica, reduciendo la angustia asociada a la lectura. Además, ayudan a mejorar la atención y la capacidad de escucha.

Otras estrategias pueden ser la lectura en voz alta: para un niño o niña con dislexia, escuchar a un adulto o compañero leer en voz alta le permite atender al contenido y modelar la lectura.




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Diferencias con la lectura

Conviene especificar aquí que, aunque tanto leyendo como escuchando utilizamos la memoria y la atención, no podemos decir que escuchar un libro sea equiparable a leerlo. El lector puede retroceder, releer y repasar si no ha entendido una frase o una palabra; es decir, mantiene una actitud activa hacia la comprensión. En cambio, cuando escuchamos un texto la actitud que adoptamos es más pasiva. Para el aprendizaje, es preferible una actitud activa.

Pero sin ser exactamente lo mismo que leer, escuchar historias puede ser una manera de disfrutar de muchos beneficios sin asociar los libros a un esfuerzo excesivo o una sensación de fracaso. Los audiolibros ofrecen una puerta de entrada más accesible a la literatura para los niños y niñas con dislexia, permitiéndoles disfrutar sin las barreras que el texto escrito puede imponer.

En definitiva, el consenso actual es que los audiolibros son una herramienta de accesibilidad muy valiosa para las personas con dislexia. Facilitan el aprendizaje, la comprensión y el gusto por la lectura, pero no sustituyen la intervención dirigida a desarrollar las habilidades lectoras. La combinación de enseñanza especializada, práctica de lectura y apoyo mediante audiolibros podría ofrecer buenos resultados.

The Conversation

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ref. ¿Cómo pueden los audiolibros ayudar a los niños y niñas con dislexia? – https://theconversation.com/como-pueden-los-audiolibros-ayudar-a-los-ninos-y-ninas-con-dislexia-285452

La huelga de los ribosomas: por qué el cuerpo enferma por piezas

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Núria Corbella Rius, Doctoranda en Genética, Universitat de Barcelona

Representación de un ribosoma, estructura de la célula que se encarga de fabricar las proteínas a partir de las intrucciones que le llegan del ADN a través del ARN mensajero (ARNm). Steven McDowell/Shutterstock

Imagine que un componente esencial deja de funcionar en cada célula de su cuerpo al mismo tiempo. Lo lógico sería que todo el organismo fallara, pero a veces ocurre algo más desconcertante: solo ciertos tejidos enferman, mientras el resto continúa funcionando con normalidad.

Esta es la paradoja de las ribosomopatías, un grupo de enfermedades raras que plantea una de las preguntas más intrigantes de la biología: ¿cómo puede un defecto presente en todo el cuerpo provocar efectos tan específicos?

Para entenderlo, debemos fijarnos en una pieza fundamental de la vida: los ribosomas.

Las fábricas de proteínas de la célula

Cada célula contiene miles de ribosomas. Son estructuras formadas por ARN ribosomal (ARNr) y proteínas que funcionan como auténticas fábricas: sintetizan proteínas a partir de la información contenida en el ARN mensajero (ARNm).

Una forma sencilla de entenderlo es imaginar el ADN como un libro de recetas. El ARNm sería la copia de una receta concreta, y el ribosoma, el cocinero que sigue esas instrucciones para preparar el plato final: la proteína.

Este proceso, llamado traducción, es extremadamente preciso y, sin él, la vida no sería posible. Su importancia es tal que los ribosomas apenas han cambiado a lo largo de la evolución: desde las bacterias hasta los humanos, son sorprendentemente similares.

Su fabricación supone un enorme esfuerzo para la célula. En células en crecimiento se generan miles de subunidades ribosómicas por minuto, implicando un proceso muy costoso desde el punto de vista energético. Y, aun así, a veces fallan.

Cuando los ribosomas fallan

Cuando esto ocurre, aparecen las ribosomopatías: enfermedades raras causadas por defectos en la formación o el funcionamiento de los ribosomas. Aunque afectan a un proceso común en todas las células, sus consecuencias son muy diversas. Algunas se manifiestan desde el nacimiento y afectan al desarrollo del rostro o a la audición, como ocurre en el síndrome de Treacher Collins.

También son frecuentes las alteraciones en la sangre y los huesos, los retrasos en el crecimiento o las dificultades en el desarrollo del cerebro. Además, algunos pacientes presentan un mayor riesgo de desarrollar cáncer.

Actualmente no existen tratamientos que corrijan el origen del problema. Las terapias disponibles se centran en aliviar los síntomas, lo que a menudo implica tratamientos prolongados, con efectos secundarios, y años de seguimiento médico desde la infancia.

Un mismo error, efectos distintos

Aquí aparece la gran pregunta: si todas las células necesitan ribosomas, ¿por qué no todas enferman? Podemos imaginar las células como una cocina con varios fogones: todas usan la misma receta (el ARNm) y los mismos utensilios defectuosos, pero algunas consiguen cocinar bien, otras queman el plato y otras ni siquiera logran prepararlo.

Una posible explicación es que no todos los tejidos tienen las mismas exigencias. Algunas células, como las de la médula ósea, se dividen rápidamente y necesitan producir proteínas de forma masiva, lo que las hace más vulnerables ante cualquier fallo en la maquinaria.

Otra posibilidad es que no todas las instrucciones genéticas se utilicen con la misma facilidad: algunas son más difíciles de “leer” y, cuando los ribosomas escasean o funcionan mal, son las primeras en fallar, afectando especialmente a los tejidos que dependen de ellas.

Además, cada vez hay más evidencias que sugieren que los ribosomas no son idénticos: pequeñas diferencias en su composición podrían hacer que algunos estén especializados en producir proteínas concretas. Así, un error específico afectaría solo a los ribosomas de ciertos tejidos.

Probablemente, la respuesta sea una combinación de todos estos factores.

Exceso de protección

Por otra parte, los problemas en los ribosomas no solo afectan a la producción de proteínas: también activan mecanismos de defensa celular, como la proteína p53, conocida como el “guardián del genoma”.

Esta proteína puede frenar la división celular o inducir la muerte de la célula para evitar daños mayores. Tal protección, sin embargo, tiene un coste: la pérdida de células en tejidos sensibles, lo que contribuye a muchos de los síntomas de las ribosomopatías.

Curiosamente, aunque las ribosomopatías se asocian a una menor multiplicación celular, muchas de ellas presentan con el tiempo un mayor riesgo de cáncer. Este fenómeno, conocido como la paradoja de Dameshek, sugiere que la activación prolongada de medidas de defensa como p53 favorece la aparición de células capaces de escapar a estos controles y crecer sin freno.

Así, lo que empieza como un mecanismo de protección puede convertirse, con el tiempo, en una vía de escape.

Lo que estas enfermedades nos enseñan

Las ribosomopatías nos obligan a replantearnos una idea que parecía evidente: que todas las células responden igual ante un mismo problema. Y no es así. Entender por qué algunas fallan mientras otras resisten no solo es clave para desarrollar mejores tratamientos, sino también para comprender procesos fundamentales como el desarrollo del cáncer.

Porque entender lo más básico puede ser, precisamente, lo que nos permita explicar, y algún día tratar, lo más complejo. Incluso cuando ese problema empieza en algo tan pequeño como un ribosoma.

The Conversation

Este artículo fue finalista del Premio Luis Felipe Torrente de Divulgación sobre Medicina y Salud, organizado por la Fundación Lilly y The Conversation

ref. La huelga de los ribosomas: por qué el cuerpo enferma por piezas – https://theconversation.com/la-huelga-de-los-ribosomas-por-que-el-cuerpo-enferma-por-piezas-288833

La Ruta 66 cumple 100 años: ¿qué estamos celebrando realmente?

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Daniel Milowski, Adjunct Professor of History, Arizona State University

Un tramo de la Ruta 66 en Albuquerque, Nuevo México, fotografiado el 7 de junio de 2026. Los pueblos y ciudades situados a lo largo de la carretera se están preparando para celebrar el centenario de esta emblemática vía. Heather Diehl/Getty Images

Hace casi un siglo, el 11 de noviembre de 1926, la Asociación Americana de Funcionarios Estatales de Carreteras y la Oficina de Carreteras Públicas adoptaron un sistema uniforme de numeración de carreteras estadounidense junto al mapa correspondiente. Este sistema sustituía un confuso entramado de carreteras y caminos por una red oficial aprobada por las autoridades viarias federales y estatales.

Desde entonces, un pequeño grupo de estas carreteras ha alcanzado el estatus de icono cultural. Están la Ruta 1, que serpentea desde Maine hasta Florida, y la Ruta 101, famosa por sus majestuosas vistas del océano Pacífico. También la Ruta 6, que quedó inmortalizada en En el camino, la novela clásica de Jack Kerouac.

Sin embargo, la más famosa es, sin duda, la Ruta 66, apodada la “calle principal de Estados Unidos” y la “carretera madre”.

No obstante, ahora que se acerca su centenario, me pregunto qué es, exactamente, lo que se va a celebrar.

Como historiador de la Ruta 66, he escrito sobre cómo, en realidad, existen dos versiones de este tramo de carretera de 2 448 millas (3 940 kilómetros).

Está la carretera real, que reflejó la expansión de las infraestructuras del país en el siglo XX. Y está la carretera mítica: un icono cultural impregnado de nostalgia por una idea específica del siglo XX de romanticismo, aventura, libertad y el Oeste americano.

La 66 estuvo a punto de no existir

Mientras los comisarios de carreteras estatales de la década de 1920 discutían sobre los detalles del nuevo sistema de autopistas del país, daban prioridad a los números de carretera que terminaban en cero, ya que indicaban una ruta que atravesaba todo el país. La idea era que estas rutas atraerían la mayor parte del tráfico y, con ello, el mayor volumen de negocio.

El comisario de Carreteras del Estado de Oklahoma, Cyrus Avery, había impulsado la idea de una carretera entre Chicago y Los Ángeles con el fin de dinamizar el tráfico por el Medio Oeste. Sugirió llamarla Ruta 60, reclamando así un codiciado número que atravesara el país de costa a costa.

Pero los comisionados de Kentucky y Virginia se opusieron, señalando que la carretera propuesta por Avery no iba de costa a costa. Como alternativa, sugirieron el 62. Avery respondió con un número que, en su opinión, sonaba mejor: el 66.

Una vez zanjada la controversia sobre la numeración, se aprobó el mapa del primer sistema de autopistas de Estados Unidos. Pero pasarían otros 12 años antes de que la Ruta 66 estuviera completamente construida, convirtiéndose así en la primera autopista estadounidense en estar asfaltada de extremo a extremo.

Aventura, redención y reinvención

Aunque se tardó más de una década en completar todo su tramo físico, la creación del mito de la Ruta 66 comenzó casi de inmediato.

La construcción de la carretera apenas había comenzado cuando Avery, John T. Woodruff y otros destacados líderes cívicos a lo largo del trazado de la autopista se reunieron en enero de 1927 para fundar la Asociación de la Autopista 66 de EE. UU. con el fin de promover los viajes a lo largo de la ruta.

La asociación comenzó a promocionar la Ruta 66 como la mejor forma de viajar por la costa oeste e incluso registró como marca un eslogan para la carretera: “La calle principal de Estados Unidos”. La asociación también patrocinó eventos como la carrera Trans-American Footrace para ayudar a dar a conocer la Ruta 66.

La competición, que comenzó el 4 de marzo de 1928 en Los Ángeles, recibió una amplia cobertura mediática. Los periodistas describieron de forma apasionante las épicas luchas de los corredores, acompañadas de vívidas descripciones del paisaje del suroeste. El resultado fue que la Ruta 66 quedó indisolublemente ligada a las ideas de aventura y romanticismo en el subconsciente colectivo de Estados Unidos.

Durante la Gran Depresión y los años del Dust Bowl, miles de migrantes procedentes de las Grandes Llanuras y del Medio Oeste viajaron hacia el oeste por la Ruta 66, con la esperanza de reconstruir sus vidas en California.

El autor John Steinbeck bautizó a la Ruta 66 como la “Carretera Madre” en Las uvas de la ira, comparándola con un cordón umbilical que llevaba a los refugiados de Oklahoma que huían del Dust Bowl hacia una nueva vida en California. Trabajando para la Administración de Seguridad Agrícola, la fotógrafa Dorothea Lange documentó a los mismos “Okies” que Steinbeck había novelado.

Su fotografía de 1938, Familia en la carretera, captaba a un matrimonio y a sus dos hijos pequeños haciendo autostop en la Ruta 66, cerca de Weatherford (Oklahoma), tras haber perdido su granja.

Fotografía en blanco y negro de un coche antiguo que arrastra un remolque con sus pertenencias por un tramo polvoriento de la carretera.
Para las familias devastadas por la Gran Depresión y el Dust Bowl, la Ruta 66 sirvió como vía hacia la redención y la reinvención, lo que inspiró al escritor John Steinbeck a llamarla ‘La Carretera Madre’.
Bettmann/Getty Images

Juntos, Steinbeck y Lange contribuyeron a dotar a la Ruta 66 de nuevos significados vinculados a la pérdida y la redención. Posteriormente, tras la Segunda Guerra Mundial, la Ruta 66 pasó a simbolizar el auge de la posguerra.

La canción de Bobby Troup de 1946 “(Get Your Kicks) on Route 66”, grabada por primera vez por el Nat King Cole Trio, convirtió la carretera en un rito de iniciación de la posguerra. Millones de estadounidenses se lanzaron a pasar sus vacaciones familiares en el suroeste de Estados Unidos por la Ruta 66, alojándose en moteles familiares de carretera, comiendo hamburguesas en cafeterías iluminadas con neones y posando junto a enormes monumentos situados al borde de la carretera.

Mito frente a realidad

Pero las imágenes icónicas y los mitos de la Ruta 66 suelen estar en contradicción con la realidad de la carretera.

He llegado a considerar que la canción de Troup resume la tensión entre estas dos versiones de la Ruta 66.

En 1946, cuando Nat King Cole grabó “(Get Your Kicks on) Route 66”, ni él ni su banda pudieron “divertirse” en la Ruta 66. Esto se debió a que pocos establecimientos situados a lo largo de la carretera estaban dispuestos a atenderles. Las copias del Green Book de la época de Jim Crow –un directorio de establecimientos que acogían a los viajeros negros– muestran lo escasas que eran las opciones.

Cartel descolorido con el logotipo de la Ruta 66 y el texto «Get Your Kicks».
La canción ‘(Get Your Kicks on) Route 66’ contribuyó a inmortalizar la carretera en la cultura estadounidense.
Al Drago/Getty Images

No fue hasta la aprobación de la Ley de Derechos Civiles de 1964 –y los posteriores esfuerzos del Departamento de Justicia para garantizar su cumplimiento– cuando las instalaciones y los servicios turísticos a lo largo de la Ruta 66 pasaron a estar disponibles por igual para todos los estadounidenses, independientemente de su raza.

Sin embargo, para cuando los moteles, restaurantes, talleres mecánicos y gasolineras de la carretera se abrieron a todos los viajeros, el declive de la Ruta 66 ya había comenzado.

La Ley Federal de Ayudas a las Carreteras de 1956 impulsó la construcción de nuevas autopistas interestatales de acceso limitado. Estas nuevas autopistas de la posguerra daban prioridad a los desplazamientos rápidos entre las grandes ciudades y sus suburbios, a donde los estadounidenses acudían en masa.

Sin embargo, la rapidez en los desplazamientos se produjo a costa de los pequeños pueblos que quedaban al margen de las nuevas autopistas, privando a muchos negocios de la Ruta 66 de los clientes que necesitaban para sobrevivir.

Un motel de carretera al atardecer con un coche clásico aparcado en el aparcamiento y un gran letrero de neón azul y rosa que reza
Los letreros de neón de gran tamaño, como el de este motel de la Ruta 66, animaban a los conductores cansados a parar y alojarse, pero estos establecimientos no estaban al alcance de todos los viajeros.
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En contraste con los antiguos negocios familiares, las cadenas nacionales de moteles, restaurantes y gasolineras dominaban las nuevas salidas de las autopistas interestatales. En lugar de arriesgarse a exponerse al escrutinio del Departamento de Justicia en materia de derechos civiles, dejaron claro que daban la bienvenida a todos los viajeros, lo que alejó aún más a los conductores de los establecimientos más antiguos.

Ahora, cuando la Ruta 66 cumple 100 años, existe una brecha entre cómo la recuerdan algunos y cómo funcionaba para la mayoría. Viajar libremente por la carretera y “disfrutar de la aventura” era un privilegio reservado a los estadounidenses blancos. Gran parte de la iconografía de la Ruta 66 surgió de las primeras campañas de marketing de la Asociación de Carreteras dirigidas a los estadounidenses blancos. Es probable que pocos afroamericanos o viajeros latinos sientan la misma nostalgia.

Hoy en día, gran parte de la nostalgia por la Ruta 66 tiene un aire de “vuelta a los años 50” que ensalza la América anterior a los derechos civiles como una época más pura, más sencilla y más auténtica. Esta América de falsa autenticidad refleja mejor el lugar en el que algunos estadounidenses desearían vivir hoy en día: una tierra menos complicada y menos diversa, llena de aventuras, romance y oportunidades, en lugar de la América matizada y compleja en la que realmente viven.


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Daniel Milowski no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

ref. La Ruta 66 cumple 100 años: ¿qué estamos celebrando realmente? – https://theconversation.com/la-ruta-66-cumple-100-anos-que-estamos-celebrando-realmente-288113

Cómo hacer las mejores fotos del eclipse en España sin dañar la cámara (ni la vista)

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Pedro Vicente-Mullor, Profesor e investigador en Fotografía e imagen, Universitat Politècnica de València

El eclipse se puede fotografiar fuadstephan/Shutterstock

El 12 de agosto de 2026, España será uno de los mejores lugares del mundo para contemplar un fenómeno astronómico extraordinario: un eclipse total de Sol. Para quienes estén dentro de la franja de totalidad del eclipse, durante unos minutos, la Luna se interpondrá exactamente entre la Tierra y el Sol.

El cielo se oscurecerá hasta producir un crepúsculo inesperado en pleno día, transformando el paisaje en una escena difícil de olvidar. El cielo revelará un espectáculo que rara vez se tiene la oportunidad de ver en directo. Para millones de personas será una experiencia única. Y, como ocurre con cualquier acontecimiento excepcional, muchos querrán conservar ese instante en forma de fotografía.

Pero aquí conviene hacer una primera advertencia importante: fotografiar un eclipse solar no tiene nada que ver con hacer una foto de vacaciones o un atardecer. Requiere cierta preparación, conocer las limitaciones de nuestros equipos y, sobre todo, tomar las medidas de seguridad adecuadas. De lo contrario, no solo podemos obtener imágenes decepcionantes, sino también dañar la cámara o, lo que es más importante, nuestros ojos.

La fotografía del eclipse empieza mucho antes del eclipse

Uno de los errores más frecuentes es pensar que todo se reduce a estar en el lugar adecuado el día señalado. En realidad, las mejores fotografías suelen ser el resultado de una preparación previa cuidadosa. El primer paso es tan simple como decisivo: lo primero es conocer con exactitud cuándo y dónde será visible el eclipse desde nuestro punto de observación. Consultar los mapas de la trayectoria y los horarios específicos para cada localidad permitirá organizar la jornada con tranquilidad y llegar con tiempo suficiente para instalar el equipo.

Pero hay un segundo aspecto igual de importante: practicar. El día del eclipse no es el mejor momento para aprender a utilizar nuevos ajustes o descubrir cómo funciona el enfoque manual. Las semanas previas ofrecen una excelente oportunidad para realizar pruebas, experimentar con diferentes configuraciones y comprender cómo responden la exposición y el enfoque ante una fuente de luz tan intensa como el sol.

Cámaras, móviles y la cuestión del aumento

Los teléfonos móviles actuales pueden producir imágenes sorprendentemente buenas, especialmente si incorporan zoom óptico. Conviene, sin embargo, evitar el zoom digital, ya que simplemente amplía los píxeles y reduce considerablemente la calidad de la imagen.

Si no se dispone de un teléfono con zoom óptico existen alternativas interesantes. Una de ellas consiste en fotografiar a través del ocular de un telescopio equipado con filtro solar. También pueden utilizarse lentes ópticas de aumento diseñadas específicamente para teléfonos móviles. Son recursos sencillos, pero pueden marcar una gran diferencia en el resultado final.

El trípode: el elemento que lo cambia todo

El sol ocupará una parte muy pequeña del encuadre, por lo que será necesario ampliar la imagen para apreciar los detalles del eclipse. Y cuanto más se amplía, más evidente se vuelve cualquier vibración. En estas circunstancias, cualquier pequeño movimiento se multiplica.

Por ello, un trípode estable se convierte en uno de los accesorios más importantes de toda la sesión fotográfica. Ya sea para una cámara o para un teléfono móvil, disponer de un soporte firme marcará la diferencia entre una imagen nítida y una fotografía borrosa.

Los filtros solares: imprescindibles, no opcionales

Si hay un elemento que no puede faltar es el filtro solar. Su función es doble: proteger el equipo fotográfico y proteger nuestros ojos, reduciendo la intensidad extrema de la luz solar. Para quienes utilicen teléfonos móviles, existe incluso la posibilidad de adaptar el material filtrante de unas gafas homologadas para eclipses y colocarlo cuidadosamente sobre las lentes de la cámara, teniendo cuidado de que no haya zonas por las que pueda entrar la luz directa.

Durante todas las fases parciales del eclipse, el filtro solar debe permanecer colocado delante del objetivo. Solo durante la totalidad del eclipse —cuando el disco solar quede completamente oculto por la Luna— puede retirarse temporalmente para fotografiar la corona solar. En cuanto reaparezca el primer destello de luz solar, el filtro debe colocarse de nuevo inmediatamente.

Un pequeño gesto que marca la diferencia

A veces los detalles más simples tienen un gran impacto. Al pulsar la pantalla del móvil o el botón de disparo de una cámara se generan pequeñas vibraciones que pueden afectar a la nitidez de la fotografía. Por este motivo, resulta muy recomendable utilizar un disparador remoto Bluetooth o activar el temporizador de la cámara. De este modo, el equipo permanece completamente inmóvil en el instante de la captura y se evitan movimientos indeseados.

Cómo configurar la cámara para el eclipse

Lo primero que hay que hacer es fijar el encuadre sobre el sol. Es aconsejable bloquear el enfoque manteniendo pulsada la pantalla y ajustar manualmente la exposición para evitar que el disco solar aparezca completamente quemado y sin detalles.

Durante la fase de totalidad, cuando el sol quede completamente cubierto y pueda retirarse el filtro solar, los modos HDR o de fotografía computacional pueden ayudar a registrar simultáneamente detalles de distintas zonas de la corona solar.

Una alternativa interesante consiste en grabar vídeo en resolución 4K (siempre con el filtro) durante las fases del eclipse. Más tarde será posible extraer fotogramas individuales de alta calidad, ampliando las posibilidades de conseguir una buena imagen final.

No todo ocurre en el cielo

Existe una tendencia natural a concentrar toda la atención en el cielo. Sin embargo, algunos de los momentos más fascinantes del eclipse sucederán a nuestro alrededor. El eclipse transformará nuestro entorno.

A medida que la Luna va cubriendo el disco solar, la luz cambia de manera sorprendente. El paisaje cambia de tonalidad, las sombras adoptan formas inesperadas que transforman por completo el entorno y aparecen efectos curiosos, como las proyecciones naturales generadas por las hojas de los árboles, que dibujan en el suelo pequeñas versiones del eclipse.

Y una última consideración para terminar: no todo el mundo tiene por qué fotografiar el eclipse. Si no se tiene mucha seguridad en el manejo de la cámara o del teléfono, o si la idea de ajustar parámetros, filtros y trípodes resulta demasiado compleja, quizá la mejor opción sea simplemente disfrutar del fenómeno en directo.

El eclipse de 2026 será un acontecimiento tan breve como irrepetible, y vivirlo sin pantallas de por medio puede ser una experiencia igualmente valiosa. Además, muchos fotógrafos y profesionales de la astro fotografía captarán imágenes extraordinarias que documentarán el evento con una calidad difícil de igualar en un contexto doméstico.

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Pedro Vicente-Mullor no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

ref. Cómo hacer las mejores fotos del eclipse en España sin dañar la cámara (ni la vista) – https://theconversation.com/como-hacer-las-mejores-fotos-del-eclipse-en-espana-sin-danar-la-camara-ni-la-vista-284759

¿Quién decide? Lo que creen padres e hijos sobre la compra y consumo de productos de cuidado corporal de los adolescentes

Source: The Conversation – (in Spanish) – By José Irarrázaval, Doctorando en Comunicación, Universidad de Navarra. Académico Facultad de Comunicación Universidad de los Andes, Chile., Universidad de Navarra

wetaker/shutterstock

Una chica pide a sus padres una crema facial porque la ha visto en un Get Ready With Me de TikTok (un vídeo en el que, mientras la persona se prepara para salir, muestra su rutina de maquillaje, peinado o elección de ropa). Un chico quiere empezar a tomar proteína tras apuntarse al gimnasio. Otra adolescente compara precios de maquillaje mientras enseña a sus padres dónde es más barato. Escenas como estas son cada vez más habituales en muchos hogares. El consumo adolescente no se limita a pedir cosas: implica negociar, opinar, decidir y, muchas veces, trasladar al entorno familiar tendencias y productos descubiertos en redes sociales.

Las rutinas de autocuidado como objeto de consumo

Antes, cuando se hablaba de consumo adolescente, solía ponerse el foco en la ropa, la tecnología, la comida rápida o los videojuegos. Pero algo ha cambiado: el cuerpo se ha convertido en uno de los grandes territorios de consumo juvenil. Ya no hablamos solo de higiene o salud, sino también de imagen, identidad, aceptación social o rendimiento físico.

Cremas faciales, maquillaje, suplementos, rutinas de skincare o productos fitness forman parte de un ecosistema atravesado por redes sociales, influencers y tendencias digitales que marcan qué cuerpos se valoran, qué hábitos se consideran deseables y qué productos parecen necesarios para encajar.

En un estudio de la Universidad Villanueva en el que también trabajamos investigadores de la Universidad de Navarra, analizamos el consumo adolescente de productos de cuidado del cuerpo en 1 088 familias en España. Participaron adolescentes de 12 a 17 años junto a uno de sus padres, madres o tutores. El objetivo era comparar cómo ambas generaciones perciben la compra de maquillaje y cosméticos, productos y servicios de gimnasio o fitness, y suplementos nutricionales como proteínas o vitaminas.

En otras palabras, queríamos contrastar lo que dicen los hijos con lo que creen sus padres.

Los hijos dicen que compran más de lo que sus padres creen

La primera diferencia aparece al preguntar por las compras. El 39,2 % de los adolescentes afirma comprar maquillaje o cosméticos, frente al 26,4 % de padres que reconoce esa práctica en su hijo o hija. En el caso de productos y servicios vinculados al gimnasio y el fitness, el 18 % de los menores dice comprarlos, mientras que solo el 10,1 % de los padres cree que sus hijos lo hacen. La distancia también aparece en los suplementos nutricionales: el 7,4 % de los adolescentes declara comprarlos, frente al 2,5 % de los padres.

Estos datos no significan que los adolescentes oculten sus compras. La vida cotidiana es un poco más compleja. A veces una crema, una app de entrenamiento o un producto recomendado por un amigo no se perciben como una “gran decisión de consumo”. Para el menor puede ser una compra pequeña. Para los padres, en cambio, puede activar preocupaciones más amplias: salud, imagen corporal, presión social, gasto o influencia que llega desde los pares (otros menores) o de creadores de contenido.

La pregunta no es solo quién paga. También importa quién decide, quién se entera y quién interpreta esa compra como algo relevante.

Supervisar no es lo mismo para unos y otros

El dato más llamativo del estudio aparece cuando se pregunta por la supervisión familiar. El 57,4 % de los adolescentes afirma que sus padres supervisan estas compras “a menudo” o “muy a menudo”. Sin embargo, solo el 36 % de los padres dice ejercer ese nivel de supervisión.

Esta diferencia ayuda a entender muchas conversaciones familiares. Para un adulto, supervisar puede significar poner una norma clara como “esto no lo compras”, “hasta los 16 años no”, “primero lo hablamos” o “yo te acompaño”. Para un adolescente, en cambio, una simple pregunta puede sentirse como control: “¿Cuánto cuesta?”, “¿para qué lo quieres?”, “¿dónde lo viste?”, “¿quién te lo recomendó?”.

Ahí está el punto en discordia. El hijo siente que lo supervisan, el padre o la madre cree que apenas interviene. Ambos pueden estar diciendo la verdad, porque cada uno entiende la supervisión de manera distinta.

La supervisión familiar no siempre se expresa en grandes prohibiciones. A menudo aparece en preguntas, comentarios o advertencias cotidianas que los adultos consideran normales, pero que los hijos pueden interpretar como control.

La edad marca la frontera del desacuerdo

La brecha se vuelve más visible cuando se pregunta a qué edad deberían poder comprar estos productos. El 23,5 % de los adolescentes cree que deberían estar disponibles a cualquier edad. Solo el 4 % de los padres piensa lo mismo. Además, el 19,1 % de los menores permitiría comprarlos desde los 12 años. Los padres, en cambio, tienden a establecer límites más altos: el 42,5 % fija la edad mínima en los 16 años y el 41,2 % en los 18.

Esta diferencia no es menor. Para los adolescentes, acceder antes a estos productos puede expresar autonomía, madurez o pertenencia al grupo. Para los adultos, retrasar el acceso puede ser una forma de protección.

En el fondo, la discusión no trata solo de maquillaje, gimnasio o suplementos. Trata de confianza: “¿Está preparado mi hijo para decidir?”, “¿Conoce los riesgos?”, “¿Compra por interés propio o por presión externa?”, “¿Entiende lo que consume o solo sigue una tendencia?”.

Más que prohibir, hablar mejor

Los progenitores perciben muchos más riesgos que sus hijos. El 86,5 % cree que algunos de estos productos pueden dañar la salud física, frente al 33,5 % de los adolescentes. La diferencia es aún mayor respecto a la salud mental: el 65,6 % de los adultos ve riesgos, frente al 10,7 % de los menores. Además, el 77 % de los padres considera que los adolescentes no tienen suficiente criterio para comprar o consumir estos productos de forma responsable, mientras que el 42,6 % de los menores comparte esa visión.

Estos datos no invitan a demonizar el consumo adolescente. Tampoco a presentar a padres y madres como exagerados. Más bien muestran que muchas familias necesitan entablar conversaciones más concretas sobre la autopercepción y el consumo de productos para el cuidado del cuerpo.

No basta con preguntar “¿te lo compras o no?”. Conviene hablar de qué producto es, quién lo recomienda, qué promesa hay detrás y qué riesgos tiene para la salud. También importa distinguir entre categorías. No es lo mismo una crema hidratante que un suplemento nutricional, ni una app de entrenamiento que un producto asociado a ideales corporales.

La nueva negociación familiar sobre el consumo adolescente no pasa solo por decir sí o no. Pasa por entender qué significa para un menor comprar productos para su cuerpo y qué temores despierta esa decisión en los adultos.

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Estudio realizado con la Beca Leonardo de Investigación Científica y Creación Cultural 2024 de la Fundación BBVA. La Fundación BBVA no se responsabiliza de las opiniones, comentarios y contenidos incluidos en el proyecto y/o los resultados obtenidos del mismo, los cuales son total y absoluta responsabilidad de sus autores.

José Irarrázaval y Samuel Negredo no reciben salarios, ni ejercen labores de consultoría, ni poseen acciones, ni reciben financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y han declarado carecer de vínculos relevantes más allá del puesto académico citado.

ref. ¿Quién decide? Lo que creen padres e hijos sobre la compra y consumo de productos de cuidado corporal de los adolescentes – https://theconversation.com/quien-decide-lo-que-creen-padres-e-hijos-sobre-la-compra-y-consumo-de-productos-de-cuidado-corporal-de-los-adolescentes-283828

Cuando el miedo decide: creencias políticas y giro conservador en América Latina

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Álvaro Ledesma de la Fuente, Profesor de Filosofía, Universidad de La Rioja

Keiko Fujimori votaba el pasado 7 de junio en la segunda vuelta de las elecciones que le darían la presidencia de Perú. mbzfotos/Shutterstock

En las últimas citas electorales de América Latina se constata un giro conservador entre una parte del electorado. La victoria de José Antonio Kast en Chile y las ajustadas victorias de Keiko Fujimori en Perú y Abelardo de la Espriella en Colombia confirman el fortalecimiento de fuerzas que prometen restaurar el orden mediante el endurecimiento de las penas y el aumento del poder policial y militar.

Los reiterados mensajes populistas y referentes a la seguridad parecen configurar un nuevo sentido común de época. Según este, el acercamiento a Estados Unidos ofrece un rumbo adecuado para sus sociedades, cuando lo cierto es que ese país constituye el mayor polo de inestabilidad del mundo actual.

¿Es posible justificar esta creencia? ¿Existe alguna responsabilidad social por mantener convicciones políticas que no se encuentran asentadas en datos empíricos suficientes? Y, sobre todo, ¿qué ocurre cuando esas creencias se convierten en decisiones cuyas consecuencias recaen sobre otras personas?

El barco que no debió zarpar

En 1877, el filósofo británico William Kingdon Clifford planteó un problema semejante mediante la historia de un armador. El propietario dudaba del estado del barco que estaba a punto de zarpar: era antiguo, había recorrido muchas millas y quizá no resistiría otro embate con el mar. Una inspección a fondo, sin embargo, habría supuesto retrasar el viaje y asumir un coste considerable. En lugar de investigar, el armador prefirió silenciar sus dudas. Se convenció de que el barco ya había superado otras travesías y de que sus constructores eran competentes. Finalmente, permitió que partiese. La embarcación naufragó y no hubo supervivientes.

Para Clifford, el armador no era responsable simplemente por haber sostenido una creencia falsa, sino por haberla aceptado sin examinar las evidencias que tenía a su alcance. Tampoco era el resultado final lo que determinaba la moralidad de su conducta. Aunque el barco hubiese llegado a puerto, habría seguido actuando de forma irresponsable, ya que sustituyó la investigación por una convicción tranquilizadora y obligó a los pasajeros a soportar las consecuencias de su posible error. Como escribe el filósofo en La ética de la creencia: “creer algo basándose en una evidencia insuficiente es malo siempre, en cualquier lugar y para todo el mundo”.

La responsabilidad política de creer

La dimensión política de esta tesis resulta evidente. Las decisiones electorales no se limitan a expresar una identidad privada, pues contribuyen a determinar las condiciones bajo las cuales vivirán otras personas.

Quien apoya una política punitiva participa en una decisión que puede ampliar la violencia estatal, reducir garantías jurídicas o concentrar sus efectos sobre grupos sociales a los que, en muchas ocasiones, no pertenece. La pregunta de Clifford no sería si el electorado tenía derecho a votar por una determinada opción, sino si poseía razones suficientes para aceptar las premisas sobre las que descansaba su decisión.

¿Existen pruebas de que el aumento de las penas reduce por sí mismo la violencia? ¿Se han considerado los efectos sociales de la militarización? Cuando estas preguntas son sustituidas por apelaciones genéricas al miedo, al orden o a la autoridad, la creencia política comienza a parecerse a la del armador: ofrece tranquilidad inmediata a costa de trasladar el riesgo a otros.

La responsabilidad de esta situación no se puede distribuir por igual, pues son los dirigentes quienes explotan el miedo y los medios los que convierten la inseguridad en espectáculo. Pero el ciudadano que asiste a ello no es un sujeto pasivo ni está eximido de revisar las razones que orientan su voto.

James: el riesgo de esperar

Casi veinte años después, William James respondió a Clifford en La voluntad de creer. Aunque el ensayo fue formulado originalmente en relación con la creencia religiosa, su argumento posee un alcance mayor. James no sostiene que podamos creer cualquier cosa ni que la convicción personal deba imponerse sobre las evidencias. Su objeción es más precisa: existen situaciones en las que la razón no dispone de pruebas concluyentes y, sin embargo, la decisión no puede aplazarse.

James denomina “opción genuina” a aquella que reúne tres condiciones: debe ser viva, porque las alternativas han de presentarse como posibilidades reales para quien decide; obligada, porque abstenerse equivale en la práctica a escoger una de ellas; e importante, porque está en juego algo decisivo y quizá irreversible. En estas circunstancias, esperar una evidencia definitiva no siempre constituye una posición neutral.

Una elección política puede reunir esas condiciones. Las candidaturas son opciones efectivas, la votación tiene una fecha y sus resultados condicionarán la vida común. Se puede votar, abstenerse o mantener una posición escéptica, pero ninguna actitud permite situarse fuera de la decisión.

James distingue así dos exigencias que no necesariamente coinciden: debemos evitar aceptar una falsedad, pero también debemos intentar reconocer la verdad. Hay situaciones en las que esperar todos los datos disponibles significa permitir que continúe una injusticia o dejar que otros decidan.

Entre la credulidad y la inacción

El desacuerdo entre Clifford y James no enfrenta a un defensor de la razón con un apologista de la irracionalidad. Ambos se preguntan cómo debemos decidir cuando nuestro conocimiento es limitado, pero conceden prioridad a peligros distintos. Clifford teme que una creencia insuficientemente examinada provoque daños irreparables; James teme que el deseo de no equivocarnos nos impida actuar o transformar una situación.

El primero representa un imperativo crítico: evitar el error y exigir evidencias antes de aceptar una afirmación. El segundo acentúa un imperativo noético: asumir el riesgo de una decisión cuando esta puede permitirnos alcanzar una verdad o producir una realidad que de otro modo permanecería clausurada.

Retomando la cuestión inicial, parece que una convicción política no queda justificada por el hecho de ser mayoritaria o emocionalmente comprensible. La incertidumbre global actual empuja a muchos gobiernos a una hoja de ruta conservadora donde las políticas reaccionarias de construcción de un enemigo exterior o interior pueden suponer un poderoso reclamo electoral.

También sucede en España, aunque el peligro invocado no se corresponda con los datos disponibles ni con la situación real de la sociedad. Cuando el miedo sustituye al examen y los costes del error recaen sobre quienes no han elegido asumirlos, creer deja de ser un asunto privado y se convierte en una forma de ejercer poder sobre los demás.

El avance conservador en América Latina no solo enfrenta diferentes programas de gobierno, sino también distintas formas de interpretar la inseguridad, la autoridad y el papel de Estados Unidos en la región. Disputar ese nuevo sentido común exige someter las creencias a examen y hacer visibles las vidas sobre las que recaerán los posibles errores.

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Álvaro Ledesma de la Fuente no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

ref. Cuando el miedo decide: creencias políticas y giro conservador en América Latina – https://theconversation.com/cuando-el-miedo-decide-creencias-politicas-y-giro-conservador-en-america-latina-288584

De dónde sale el amarillo, color del sol y azote para supersticiosos

Source: The Conversation – (in Spanish) – By María José Ruiz García, Profesora Titular de Universidad de Química Inorgánica, Universidad de Castilla-La Mancha

Noppadol Buaroey/Shutterstock

Dice el refrán que para gustos, colores. Sin embargo, los hay que gustan a casi todo el mundo, como es caso del azul, mientras que otros, como el amarillo, despiertan opiniones diversas.

Para algunas personas, el amarillo es un color divino, que evoca al sol y al oro. Para otras, atrae a la mala suerte –y si no que se lo pregunten a la gente de la farándula–.

En lo que sí estaremos todos de acuerdo es en que, en cualquier contexto, un jardín, una exposición de arte o una fiesta de gente elegante, el amarillo destaca entre los otros colores. Y eso tiene una explicación física y biológica.

Ropa de seguridad y señales de peligro

Las células de nuestra retina tienen un máximo de sensibilidad al brillo justo en la zona del espectro visible frontera entre el verde y el amarillo. Por eso utilizamos esta tonalidad en los chalecos reflectantes, la ropa de seguridad y las señales de peligro.

Pero esa capacidad de llamar la atención viene de mucho más atrás. La humanidad ha hecho uso de ella durante miles de años. Sin ir más lejos, en la cueva de Blombos, en Sudáfrica, se han hallado restos de ocre procesados de al menos cien mil años de antigüedad.

En la búsqueda del amarillo, sin embargo, Oriente y Occidente siguieron estrategias distintas. En los amarillos orientales predominaron los que procedían de lo vivo: el azafrán persa, la cúrcuma india y la gomaguta extraída de los árboles de la familia de las gutíferas, originarios del sudeste asiático. En los occidentales, en cambio, el predominio era mineral e iba del oropimente al cromo y al cadmio.

Actualmente predominan los pigmentos de síntesis en todo el mundo. Incluso el ocre, el pigmento milenario a base de óxido de hierro que se extraía de la tierra, se sintetiza hoy de manera industrial.

Para los muy quimiofóbicos diré que esto, lejos de ser un inconveniente, supone una enorme ventaja, puesto que la obtención industrial es más barata y permite obtener un pigmento que es más uniforme y cuyo color es más duradero.

Y alguien dirá: ya, pero seguro que es más tóxico porque es artificial. Pues siento desilusionarles porque la toxicidad no deriva del origen sino de la composición química. Y, como ya dijo Paracelso hace cientos de años, solo la dosis hace el veneno.

Arsénico en las tumbas de los faraones egipcios

Valgan como ejemplos dos pigmentos naturales: el oropimente y la gomaguta. El primero de ellos, de un color amarillo brillante semejante al del oro, vino de Oriente y durante años fue utilizado profusamente, por ejemplo en las tumbas de los faraones egipcios como la de Tutankamón. Este pigmento es un sulfuro de arsénico y, como su composición indica, resulta altamente venenoso. De hecho, su uso está prohibido en la actualidad. Si hoy en día un pintor quisiese reproducir ese dorado cálido y semitransparente sin arsénico, la industria le ofrece varias alternativas sintéticas de naturaleza orgánica.

Para el color opaco, mejor usar un compuesto inorgánico, el vanadato de bismuto, que además ofrece unas interesantes aplicaciones tecnológicas; concretamente, en catálisis, rompiendo agua con luz solar para generar hidrógeno que pueda servir como combustible limpio. Esta interesante propiedad tiene el mismo origen que su color: deriva de que el pigmento es fotoactivo, es decir, reacciona con la luz. Y lo que en una lata de pintura conviene controlar para que no se estropee, en la fotocatálisis es la propiedad más deseada.

En cuanto a nuestro otro amarillo, la gomaguta, de origen vegetal, también es tóxico y tiene un potente efecto diarréico que, dependiendo de la dosis, puede ser mortal. Esto provocó su retirada como pigmento. Pero el ácido gambógico, su ingrediente principal, encontró otra aplicación en la investigación oncológica, ya que produce apoptosis –muerte inducida o “suicidio”– en células tumorales.

La cúrcuma no es pigmento, sino colorante

Una historia bien distinta es la de la cúrcuma, que no es un pigmento, sino un colorante. Como la curcumina es soluble en agua, es muy apreciada para teñir de amarillo la comida. Para poder usarla en pintura hay que fijarla sobre un sustrato inerte para fabricar una laca, o aplicarla directamente como aguada o veladura transparente. Eso condiciona todos sus usos: sirve para teñir, velar y bañar, no para cubrir.

Junto con la gualda y raramente el azafrán, debido a su elevadísimo precio, se utilizaba para la iluminación de manuscritos tanto en Oriente como en Occidente. Se aplicaba sobre hojas de estaño o plata para simular el dorado, o bajo el pan de oro para potenciar su efecto.

La cúrcuma también es capaz de teñir el algodón sin necesidad de mordiente, lo que disparó su uso en la industria textil. Además, tiene la capacidad de cambiar con el pH y con la luz, un aparente “inconveniente” en los usos artísticos clásicos que a John Herschel le sirvió en el siglo XIX para inventar la antotipia. Este nombre hace alusion a una técnica fotográfica que consiste en impregnar un papel con una disolución del colorante, cubrirlo con un negativo y exponerlo a la luz. Así, las zonas expuestas se blanquean y se obtiene una imagen fotográfica.

Por cierto, que la cúrcuma no es tóxica –su inestabilidad le otorga una bajísima biodisponibilidad– pero tampoco es ese antiinflamatorio “bueno para todo” que muchos venden, ya que por el momento no existe evidencia científica sólida de sus propiedades beneficiosas. Aunque no dejemos de alabar su valor gastronómico.

The Conversation

María José Ruiz García no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

ref. De dónde sale el amarillo, color del sol y azote para supersticiosos – https://theconversation.com/de-donde-sale-el-amarillo-color-del-sol-y-azote-para-supersticiosos-286471