Source: The Conversation – in French – By Brendon Samuels, Research associate, Western University; Toronto Metropolitan University
Les oiseaux font face à une crise : près de trois milliards d’entre eux ont disparu en Amérique du Nord depuis 1970, en raison des activités humaines qui les affectent, tant eux que leurs habitats.
Chaque année, des milliards d’oiseaux migrent à travers de vastes étendues couvrant les Amériques. Un périple qui s’avère fatal pour bon nombre d’entre eux. Au Canada, des dizaines de millions d’oiseaux meurent chaque année en se heurtant aux vitres des bâtiments, pour la plupart des immeubles de faible hauteur ou des résidences. Cela fait des collisions avec les vitres l’une des principales causes directes de mortalité chez les oiseaux.
Pourtant, les gouvernements sont peu enclins à s’attaquer aux causes du problème. Près de deux décennies après que Toronto soit devenue la première ville au monde à prendre en compte la sécurité des oiseaux dans son processus d’urbanisme, les villes canadiennes sont aujourd’hui à la traîne par rapport à leurs homologues mondiales en matière de protection des oiseaux contre les collisions avec les bâtiments.
Le gouvernement de l’Ontario a récemment adopté une loi qui interdit aux municipalités d’appliquer les normes de construction écologique, y compris les mesures de protection des oiseaux, dans le cadre de leur processus d’urbanisme local.
Cette modification semble aller à l’encontre des lois fédérales protégeant les oiseaux qui s’appliquent aux propriétaires d’immeubles. Le Règlement sur les oiseaux migrateurs et la Loi sur les espèces en péril du Canada interdisent de tuer des oiseaux en provoquant des collisions, même involontairement. Les amendes peuvent aller jusqu’à 1 million de dollars par animal pour la mise à mort d’une espèce en péril inscrite sur la liste.
Notre nouvelle étude explore des stratégies visant à concevoir des villes sans danger pour les oiseaux. En prenant Toronto comme étude de cas, nous avons examiné comment une planification collaborative peut concilier développement et durabilité écologique, tout en réduisant les collisions d’oiseaux contre les bâtiments.
Les leçons des professionnels de la construction
Pour réduire les collisions d’oiseaux contre les bâtiments, il faut commencer par respecter les lignes directrices de conception dès la phase de planification. Les oiseaux, attirés par les espaces verts urbains, ne perçoivent pas les reflets sur le verre et ne voient pas le verre qui leur semble transparent.
À lire aussi :
Comment nourrir les oiseaux de jardin sans propager les maladies ?
Dans certaines villes canadiennes, on applique des motifs en pointillés sur les fenêtres et les garde-corps en verre des immeubles. Il a été démontré que ces repères visuels — inventés à Toronto — aident les oiseaux à repérer le verre et à éviter de s’y heurter.
Concevoir des villes sûres pour les oiseaux implique également de tenir compte de la manière dont ceux-ci se déplacent d’un habitat à l’autre et font face aux dangers présents dans l’environnement bâti.
Dans le cadre de notre étude, nous avons réuni des experts et des professionnels issus de domaines aussi variés que l’architecture, l’architecture paysagère, l’ingénierie et la gestion des installations, afin d’intégrer les différents points de vue sur la sécurité des oiseaux dans une approche interdisciplinaire.
Dans le cadre d’un atelier de co-conception, nous avons cerné les principaux obstacles, de même que les occasions à saisir, pour favoriser une adoption plus généralisée de pratiques de construction urbaine sécuritaires pour les oiseaux. Notre article présente à un public international les leçons tirées de l’expérience de Toronto, et met en lumière les besoins et les progrès réalisés aux échelles institutionnelle, locale et régionale.
Nos résultats fournissent des indications sur la manière dont nos collaborateurs de FLAP Canada — un organisme de bienfaisance voué à la sensibilisation à la sécurité des oiseaux en milieu urbain — peuvent former les professionnels.
Certains promoteurs immobiliers affirment que la conception de bâtiments respectueux des oiseaux est trop coûteuse, « trop contraignante » et constitue un obstacle à la construction de logements.
À lire aussi :
Voici comment aménager des villes plus durables, pour les humains, et aussi pour tous les écosystèmes
Mais les chercheurs et les architectes soulignent que le verre sans danger pour les oiseaux n’entraîne qu’une augmentation négligeable des coûts de construction pour les bâtiments classiques, et que les solutions reposent sur des techniques de fabrication déjà couramment utilisées, comme les vitres anti-regards et les pellicules anti-chaleur.
Le succès de l’approche adoptée par Toronto démontre que la collaboration interdisciplinaire permet d’être plus efficace dans la conception d’environnements plus sûrs pour les oiseaux. Notre recherche propose un modèle visant à briser les cloisonnements disciplinaires afin de développer de tels outils.
Des villes favorables aux oiseaux
Alors que le Canada prend du recul, d’autres pays passent à la vitesse supérieure. Ailleurs, les villes s’adaptent en recourant à l’aménagement et aux mesures politiques pour créer des environnements où les oiseaux et les humains peuvent cohabiter en toute sécurité.
Aux États-Unis, des stratégies initialement mises au point à Toronto sont désormais appliquées à plus grande échelle qu’au Canada. La conception respectueuse des oiseaux est exigée par la réglementation dans des villes comme New York et Washington, D.C, et d’autres pays emboîtent le pas.
Cette croissance s’accompagne d’une coordination accrue entre les pays et les secteurs, notamment par le biais de l’Alliance internationale pour la prévention des collisions d’oiseaux.
Le gouvernement canadien a récemment adopté une Stratégie pour la nature à l’horizon 2030 qui s’inscrit dans le cadre du Cadre mondial de Kunming-Montréal pour la biodiversité.
Déjà des milliers d’abonnés à l’infolettre de La Conversation. Et vous ? Abonnez-vous gratuitement à notre infolettre pour mieux comprendre les grands enjeux contemporains.
De nombreux objectifs de cette stratégie s’inscrivent dans la lignée des principes qui sous-tendent les « villes sans danger pour les oiseaux ». Bien que les engagements fédéraux soient encourageants, le pouvoir de réglementer la construction des bâtiments relève des codes du bâtiment provinciaux et territoriaux. Il reste à voir comment les gouvernements coordonneront la mise en œuvre de la stratégie entre les différentes administrations et les différents domaines politiques.
Alors que les gouvernements élaborent leurs plans de construction, le moment est venu pour les organismes de réglementation et les industries canadiennes de revoir les pratiques de construction désuètes, d’en atténuer les répercussions et de favoriser l’émergence de villes écologiquement résilientes, plus sécuritaires tant pour les gens que pour la faune.
![]()
Brendon Samuels est membre de FLAP Canada et occupe le poste de coordonnateur du programme « Bâtiments sans danger pour les oiseaux » au sein de cet organisme de bienfaisance.
Nina-Marie Lister bénéficie d’un financement du CRSH et d’ARC-Solutions pour ses travaux sur les déplacements des animaux et la connectivité écologique. La professeure Lister est affiliée au FLAP à titre bénévole et a cofondé Bird Safe TMU, un groupe communautaire qui surveille le campus de l’Université métropolitaine de Toronto afin de repérer les collisions d’oiseaux contre les vitres.
Sabrina Careri ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.
– ref. Pour protéger les oiseaux, les vitres anti-collision doivent devenir la norme – https://theconversation.com/pour-proteger-les-oiseaux-les-vitres-anti-collision-doivent-devenir-la-norme-288763








