Ce qu’un Congrès dominé par les démocrates changerait pour l’Europe

Source: The Conversation – in French – By Waya Quiviger, Professor of Practice of Gobal Governance and Development, IE University

Les décisions prises à Washington peuvent avoir un impact considérable sur l’Europe.
Volodymyr TVERDOKHLIB/Shutterstock

L’ESSENTIEL

  • Un Congrès démocrate ne suffira pas à freiner Trump ni à garantir le soutien américain à l’Ukraine.

  • La dépendance militaire aux États-Unis fragilise l’Europe, comme l’illustre le cas Starshield.

  • Une victoire démocrate ne rétablirait pas l’alliance transatlantique : l’Europe doit en tout état de cause renforcer son autonomie stratégique.


Les élections de mi-mandat mobilisent traditionnellement moins d’électeurs que les élections présidentielles. Cette année, toutefois, le scrutin suscite une attention considérable, aux États-Unis comme à l’étranger, en particulier en Europe.

L’Europe n’a même pas eu besoin d’attendre les résultats des « midterms » pour en mesurer les effets. Alors que le prix des carburants pèse sur les électeurs états-uniens, Donald Trump a récemment conclu un accord prévoyant l’importation de gazole russe dans l’espoir de faire baisser les prix avant le jour du scrutin. Un revirement spectaculaire après des années de pressions exercées par Washington à l’endroit de Moscou en raison de sa guerre contre l’Ukraine.

Le contraste avec l’attitude de l’Europe sur ce dossier est saisissant. Le 12 octobre, l’UE a adopté son plus vaste train de sanctions individuelles jamais décidé contre le complexe militaro-industriel russe, visant 1 569 personnes et entités. Quatre jours plus tard, Trump a suspendu l’application de nouvelles sanctions états-uniennes majeures contre la Russie, en vertu d’une loi qu’il avait signée quelques semaines auparavant.

Ces décisions adressent un message préoccupant à Kiev et aux capitales européennes : la pression exercée sur la Russie n’a rien d’acquis et peut être relâchée dès lors que les intérêts électoraux états-uniens deviennent prioritaires.

Dès lors, la question se pose : un Congrès aux équilibres différents (actuellement, les républicains dominent aussi bien la Chambre des représentants que le Sénat) pourrait-il modifier les relations entre les États-Unis et l’Europe ?

Pour les Européens, la réponse importe surtout dans deux domaines : la sécurité et le commerce. Ils ne doivent toutefois pas s’attendre à ce que les élections de novembre réparent instantanément une relation transatlantique mise à rude épreuve.

Ce que le Congrès peut changer

Trois scénarios possibles à l’issue des élections de mi-mandat méritent l’attention : les républicains conservent les deux chambres et gardent ainsi un Congrès « rouge » ; au contraire, les démocrates prennent le contrôle des deux Chambres ; ou bien on assiste à une « vaguelette bleue » qui voit les démocrates remporter la Chambre des représentants tandis que les républicains conservent le Sénat.

Une Chambre des représentants à majorité démocrate pourrait bloquer des textes de loi, enquêter sur les décisions de l’administration et peser sur les dépenses publiques. La conquête du Sénat leur donnerait en outre davantage de poids sur les nominations, notamment celles des ambassadeurs et des hauts responsables. Mais même si les démocrates contrôlaient les deux Chambres, Trump conserverait son droit de veto et pourrait continuer à recourir aux décrets présidentiels.

Une défaite sur le front intérieur ne rendrait pas nécessairement Trump moins actif à l’étranger. Elle pourrait même produire l’effet inverse. Si son programme législatif était entravé, il pourrait se concentrer sur les accords internationaux, les rapports de force et la construction de son héritage présidentiel. Dans l’un ou l’autre des scénarios de victoire démocrate, les Européens devraient donc se préparer à composer avec un président limité sur le plan intérieur, mais toujours disposé à prendre des risques politiques importants en matière de politique étrangère.

Une telle fuite en avant ne serait pas sans précédent. En janvier 2007, après avoir perdu la majorité à la Chambre des représentants et au Sénat lors des élections de mi-mandat de 2006, George W. Bush a envoyé plus de 20 000 soldats américains supplémentaires en Irak.

Ukraine, OTAN : les limites des garanties américaines

Pour l’Ukraine, les élections de mi-mandat pourraient avoir des conséquences importantes.

Si les républicains conservaient le contrôle du Congrès, le soutien américain resterait tributaire de la volonté des élus opposés aux concessions à Moscou de tenir tête à leur président. Ce n’est pas exclu : l’accord sur le gazole et la suspension des sanctions ont suscité de vives critiques dans les deux camps, montrant que soutenir Trump ne signifie pas toujours partager sa position sur la Russie. Mais les critiques, à elles seules, ne changent guère la situation de l’Ukraine.

Une Chambre des représentants à majorité démocrate exercerait un contrôle plus étroit sur l’administration et pourrait devenir un relais plus solide de l’aide à Kiev. Mais tout financement devrait encore obtenir l’accord du Sénat et du président. Une promesse de soutenir l’Ukraine ne se traduirait donc pas automatiquement par l’envoi d’armes sur le front.

Si les démocrates contrôlaient les deux chambres, le Congrès disposerait d’un levier plus important sur les crédits et les sanctions. Mais même dans un tel cas de figure, il ne pourrait pas négocier à la place de Trump ni garantir que son administration appliquerait les décisions des parlementaires comme ils l’entendent. Le président pourrait également recourir aux décrets pour contourner de fait le Congrès.

La récente dérogation aux sanctions contre la Russie illustre cette difficulté. Le Congrès avait adopté des mesures sévères, mais le président en a suspendu l’application peu après, au nom de l’« intérêt national ».

L’Europe — et l’Ukraine en particulier — doit comprendre que des lois à première vue sévères peuvent rester largement théoriques : les sanctions peuvent être levées ou suspendues pour une durée indéterminée.

Les récentes restrictions imposées à la connectivité satellitaire ukrainienne révèlent une autre vulnérabilité. Des responsables ukrainiens ont indiqué que les limitations de débit affectant Starshield, le service de satellites militaires de SpaceX, avaient perturbé leurs opérations de drones. Elon Musk, PDG de SpaceX et proche allié de Trump, a attribué le contrôle de ces restrictions à l’armée américaine et au président, même si les raisons de l’interruption du service ne sont toujours pas clairement établies.

Pour l’Europe, la conséquence est évidente. Une hausse des dépenses de défense est nécessaire, mais elle ne suffira pas si des moyens essentiels de communication et d’autres capacités militaires restent tributaires de décisions prises à Washington. Le soutien du Congrès peut fournir des ressources ; il ne saurait remplacer les capacités propres de l’Europe ni rendre fiables les engagements du locataire de la Maison-Blanche.

Le conflit entre les États-Unis et l’Iran ajoute une nouvelle source d’incertitude. L’Europe subit les conséquences économiques de la guerre, à travers les marchés de l’énergie et le transport maritime, mais elle dispose de peu de moyens pour peser sur les décisions de Washington.

Un Congrès démocrate pourrait renforcer le contrôle des opérations militaires et chercher à les encadrer par la loi et par le vote des budgets. Mais les pouvoirs du Congrès en matière de guerre ne garantissent pas que l’armée des États-Unis n’interviendrait plus à l’étranger. Soucieux de laisser un héritage en politique étrangère, Trump pourrait tout faire pour obtenir une victoire diplomatique, accentuer la coercition à l’encontre de Téhéran ou alterner entre les deux. L’Europe doit être en mesure de défendre ses intérêts dans chacune de ces hypothèses.

Commerce et droits de douane : pas de trêve automatique

Les entreprises européennes pourraient voir dans une progression des démocrates la perspective d’une plus grande prévisibilité. Mais elles ne doivent pas confondre cette perspective avec la fin automatique des différends commerciaux.

La Constitution confie au Congrès le pouvoir de fixer les droits de douane, mais celui-ci a délégué une part importante de ses prérogatives au président. Un changement de majorité au Congrès ne suffit donc pas, à lui seul, à supprimer les droits de douane existants ni à retirer ces pouvoirs à l’exécutif.

Une Chambre des représentants démocrate pourrait bloquer de nouveaux textes et mettre en évidence le coût des politiques de Trump. Si les démocrates remportaient également le Sénat, ils seraient mieux placés pour tenter de limiter la marge de manœuvre présidentielle. Trump conserverait toutefois son droit de veto : le surmonter exigerait davantage qu’une courte majorité démocrate.

Un Congrès républicain pourrait adopter des textes soutenant le programme économique de Trump. Mais les élus dont les électeurs pâtissent des restrictions commerciales seraient soumis à des pressions pour s’y opposer.

Il importe surtout que les Européens ne supposent pas que l’opposition du Congrès à Trump équivaut à un accord avec leurs priorités économiques. Dans les domaines de la concurrence industrielle, de l’accès aux technologies de pointe et des relations avec la Chine, la véritable question est de savoir si les intérêts des parlementaires américains convergent réellement avec ceux de l’Europe.

L’UE devrait consolider ses relations avec Washington en négociant d’une seule voix. Si les gouvernements cherchent individuellement à obtenir des exemptions, ils risquent d’affaiblir le pouvoir de négociation collectif de l’Union.

L’Europe ne peut pas se permettre d’attendre

Les élections de mi-mandat ont une importance réelle. Une Chambre des représentants démocrate constituerait un important pôle d’opposition à la Maison-Blanche. Le contrôle des deux Chambres par les démocrates renforcerait encore ce contre-pouvoir, tandis qu’une victoire républicaine laisserait les Européens face à un rapport de forces dont ils ont pu mesurer ces dernières années toute la complexité. Mais aucun de ces scénarios ne les dispenserait d’agir.

Les divergences sur les sanctions contre la Russie révèlent des priorités contradictoires, tandis que les restrictions imposées par SpaceX ont mis en lumière la dépendance européenne à l’égard des technologies états-uniennes. Les électeurs américains ne peuvent résoudre à eux seuls aucun de ces problèmes.

Les gouvernements européens devraient approfondir leurs relations avec les parlementaires américains, au-delà des clivages partisans, renforcer leurs industries de défense et sécuriser leurs infrastructures essentielles. Surtout, leurs dirigeants devraient résister à la tentation de voir dans une progression des démocrates un retour à la normale. Quel que soit le résultat, les Européens doivent y voir une occasion d’agir, et non un prétexte pour attendre.

The Conversation

Waya Quiviger ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

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Quiz Santé – Jouez avec The Conversation pour mieux connaître les rats et les microbes qu’ils hébergent

Source: The Conversation – France in French (3) – By Victoire N’Sondé, Cheffe de rubrique santé, The Conversation

S’adaptant parfaitement aux environnements urbanisés, le rat est associé de longue date à notre espèce. Mais nous le connaissons encore mal.

Ces lacunes dans nos connaissances des populations de rats urbains sont problématiques, car ces animaux sont porteurs de divers microorganismes qui peuvent présenter un danger pour la santé humaine.

Nous vous proposons ce Quiz Santé The Conversation consacré à nos « voisins » les rats pour apprendre à mieux les connaître mais aussi pour découvrir les bactéries, virus et autres pathogènes, parfois transmissibles aux humains, qu’ils hébergent.

Avant de vous lancer, découvrez l’article « Mieux connaître les rats qui nous entourent, et les microbes qu’ils hébergent ».

3, 2, 1… À vous de jouer !



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Le vieux principe du droit anglais qui protège Donald Trump des plaintes en diffamation

Source: The Conversation – France in French (3) – By Eliza Bechtold, Programmes Manager and Research Fellow, the Bonavero Institute of Human Rights, Faculty of Law, University of Oxford

Une statuette de la Justice, balance à la main, devant le préambule de la Constitution américaine, qui s’ouvre sur les mots « We the People » (« Nous, le peuple »). Mehaniq/Shutterstock

L’ESSENTIEL

  • Aux États-Unis, la doctrine de l’immunité souveraine bloque les plaintes en diffamation contre les employés fédéraux, président compris.

  • Héritée de l’adage anglais « le roi ne peut mal faire », elle pousse les tribunaux à rejeter ces plaintes.

  • Donald Trump peut ainsi traiter le candidat démocrate Abdul El-Sayed de « djihadiste » sans grand risque, à la veille des élections de mi-mandat.


Pendant la campagne des élections de mi-mandat (qui renouvellent le 3 novembre 2026 toute la Chambre des représentants et un tiers du Sénat, NdT), nous avons entendu des propos particulièrement incendiaires de la part de dirigeants républicains, dont Donald Trump, contre le candidat démocrate au siège de sénateur du Michigan, Abdul El-Sayed.

Le président américain a qualifié El-Sayed de « djihadiste » et de membre des Frères musulmans, une organisation désignée comme terroriste étrangère en vertu du droit américain.

Aucune preuve ne vient étayer ces affirmations. Mais la nature des propos du président américain laisse penser qu’il cherche à nuire à la réputation d’El-Sayed auprès des électeurs du Michigan.

À lire aussi : États-Unis : le Parti démocrate a-t-il pris un virage progressiste ?

Dans bien des situations, El-Sayed aurait de solides arguments pour attaquer ces déclarations en diffamation. Mais il est peu probable qu’un tribunal puisse examiner une plainte contre le président ou d’autres membres du gouvernement fédéral. Cela tient à la doctrine de l’immunité souveraine consacrée par la Cour suprême des États-Unis, qui fait obstacle aux actions en diffamation contre les employés fédéraux.

Dans sa forme la plus élémentaire, l’immunité désigne le fait d’échapper aux poursuites judiciaires. Dans le cadre juridique américain, l’immunité souveraine repose sur l’immunité de la Couronne. Il s’agit d’une survivance de la common law anglaise (le droit forgé par les décisions des tribunaux plutôt que par la loi, NdT), fondée sur le principe selon lequel « le roi ne peut mal faire ». Elle existe toujours au Royaume-Uni, puisque le monarque régnant ne peut pas être poursuivi en diffamation. Mais la Couronne, c’est-à-dire le gouvernement et ses agents, peut tout à fait l’être, en vertu du Crown Proceedings Act de 1947 (la loi sur les actions en justice contre la Couronne, NdT).

Or la Cour suprême des États-Unis a érigé ce concept en doctrine, applicable au gouvernement fédéral, dès le XIXᵉ siècle. Le Congrès a inscrit cette doctrine dans la loi dans les années 1940 (avec le Federal Tort Claims Act de 1946, la loi fédérale sur la responsabilité civile de l’État, NdT).

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L’immunité souveraine, telle que l’entend la Cour suprême et telle qu’elle se traduit dans le droit fédéral, signifie que le gouvernement fédéral « ne peut être poursuivi sans son consentement et que l’existence de ce consentement est une condition préalable à la compétence des tribunaux ». Les États-Unis ont renoncé à l’immunité souveraine dans certains cas précis, mais ils la conservent pour les actions en diffamation.

En droit fédéral, le mécanisme est le suivant : lorsqu’un employé fédéral est poursuivi en diffamation, le ministère de la Justice (DoJ) intervient dans la procédure en déposant un certificat attestant que l’intéressé agissait dans le cadre de ses fonctions au moment des faits (une procédure prévue par le Westfall Act de 1988, NdT). L’affaire est alors renvoyée devant un tribunal fédéral, l’employé est mis hors de cause et les États-Unis lui sont substitués comme seul défendeur.

Comme les États-Unis n’ont pas renoncé à l’immunité souveraine en matière de diffamation, la plainte est ensuite rejetée, les tribunaux n’ayant pas la compétence juridique pour l’examiner.

À ce jour, la Cour suprême ne s’est pas encore prononcée sur la question de savoir si les membres du Congrès ou le président sont des « employés » fédéraux au sens de l’immunité souveraine. Mais les cours d’appel fédérales (les juridictions de second degré, réparties en treize « circuits », NdT) qui ont eu à trancher cette question estiment que les parlementaires sont protégés. Et une cour d’appel fédérale a expressément jugé que le président bénéficie lui aussi de cette protection (en 2022, dans l’affaire qui opposait la journaliste E. Jean Carroll à Donald Trump).

Ces juridictions ont également retenu une interprétation large de l’immunité souveraine pour les propos diffamatoires tenus par des parlementaires fédéraux sur les réseaux sociaux. Elles ont jugé que publier sur les réseaux sociaux relève du cadre de leurs fonctions. Cette activité est considérée comme faisant partie du « large éventail de “missions” légitimes accomplies pour les électeurs », qui sont « destinées à servir les intérêts […] des électeurs en les informant des positions des membres du Congrès sur un sujet d’actualité ».

Concrètement, cela signifie que les membres du Congrès, et peut-être le président, sont au-dessus des lois en matière de diffamation. Et ils le restent même lorsque leurs propos risquent d’induire les électeurs en erreur sur des sujets qui pèsent sur leur vote.

Cela met en lumière le paradoxe de l’immunité souveraine. Dans une démocratie fondée sur le principe selon lequel le peuple est souverain, l’immunité souveraine permet aux agents de l’État, ceux-là mêmes qui servent le peuple, d’échapper à leur responsabilité pour des fautes commises au détriment de ce même peuple.

Ainsi, quel que soit le bien-fondé d’une plainte, l’immunité souveraine interdit aux tribunaux de l’examiner. Elle soustrait de fait les employés fédéraux aux lois qui s’appliquent à tous les autres.

Néfaste pour la démocratie américaine

L’un des problèmes les plus évidents de l’immunité souveraine est qu’elle est incompatible avec le principe premier du cadre constitutionnel américain selon lequel nul n’est au-dessus des lois (selon la formule de l’arrêt United States v. Lee, rendu par la Cour suprême en 1882, NdT). Et il est particulièrement déroutant que la Cour suprême ait tiré l’immunité souveraine directement de la notion britannique d’immunité de la Couronne, alors que les États-Unis se sont fondés sur le rejet explicite de la monarchie anglaise.

Les juges critiquent souvent l’immunité souveraine dans ce domaine, en particulier ses origines dans l’immunité de la Couronne. Comme l’a relevé un juge fédéral en 1954, si les États-Unis empruntent beaucoup aux Britanniques en matière d’immunité, « en Grande-Bretagne, le gouvernement, c’est-à-dire la Couronne et le Parlement, est le souverain », tandis que dans le système américain, « le peuple est le souverain originel, et aussi le souverain résiduel ». Il en concluait : « Après quelques variations, la Cour suprême s’est refusée ces dernières années à figer la théorie fondamentale de la souveraineté dans notre système. »

Et comme l’a souligné un juge fédéral en 2011 : « Deux cent trente-cinq ans après nous être débarrassés du roi George III et de son emprise despotique sur l’Amérique coloniale, nous nous accrochons à une doctrine fondée à l’origine sur l’idée médiévale selon laquelle “le roi ne peut mal faire”. »

La décision de la Cour suprême de s’accrocher à la doctrine de l’immunité souveraine a produit, dans le climat politique actuel, une bien sombre réalité pour les Américains. « Nous, le peuple » (les premiers mots de la Constitution des États-Unis, NdT) n’avons que peu ou pas de recours contre les attaques diffamatoires de ceux qui sont chargés de faire respecter les lois des États-Unis et la Constitution fédérale.

The Conversation

Eliza Bechtold ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

– ref. Le vieux principe du droit anglais qui protège Donald Trump des plaintes en diffamation – https://theconversation.com/le-vieux-principe-du-droit-anglais-qui-protege-donald-trump-des-plaintes-en-diffamation-295694

Une information scientifique peut être vraie… et prendre la forme d’une histoire trompeuse

Source: The Conversation – in French – By Tom van Laer, Professor of Persuasive Language and Storytelling, SKEMA Business School

Les récits de découvertes, pour être intègres, doivent tenir compte de la complexité inhérente au travail des scientifiques. Wikimédia/Niki Odolphie, CC BY

L’ESSENTIEL

  • Des faits exacts peuvent former un récit trompeur lorsqu’une découverte prometteuse devient une histoire de réussite sans nuances.

  • L’intégrité narrative consiste à raconter les découvertes en respectant la complexité, le temps de la recherche, les désaccords, les méthodes, les incertitudes et la possibilité de révision.

  • Un récit scientifique digne de confiance fait comprendre ce que l’on sait, mais aussi ce qui reste à établir.


Une histoire peut ne contenir aucune information fausse et pourtant donner une image trompeuse de la science. Dans un article publié dans Science Communication, nous proposons un concept pour comprendre ce phénomène : l’« intégrité narrative ».

Car il ne suffit pas que les faits rapportés soient exacts. Encore faut-il que la manière de les raconter respecte le fonctionnement des sciences humaines et des sciences dures, avec ses incertitudes, ses désaccords et ses révisions.

Pourquoi les histoires nous convainquent-elles si facilement ?

Les histoires ont un pouvoir considérable : elles rendent les informations abstraites concrètes, établissent des liens de causalité et nous entraînent vers une conclusion, mais cette force de persuasion comporte aussi des risques. Les recherches sur l’immersion dans le récit montrent que lorsque nous sommes absorbés par une histoire, nous avons tendance à moins examiner de manière critique les affirmations qu’elle contient.

Prenons le cas de KJ Muldoon, un bébé atteint d’une maladie génétique rare qui, en 2025, a reçu un traitement expérimental conçu spécialement pour lui. Le reportage sur le site de Sky News, site d’information britannique associé à la chaîne de télévision du même nom, décrit ses progrès et donne la parole à sa mère : chaque nouvelle capacité de son enfant, jusqu’à un simple geste de la main, représente pour elle un événement. La découverte scientifique devient une histoire familiale, concrète et émouvante.

Or, à ce stade, il est bien trop tôt pour comprendre pleinement les effets du traitement. Pourtant, l’émotion oriente notre lecture. Nous retiendrons l’histoire d’un enfant sauvé plutôt que celle d’un premier résultat encourageant, dont la portée reste à établir.

Le témoignage des parents n’est pas en cause. C’est le passage, dans l’esprit du lecteur, d’un cas individuel à une promesse générale qui pose problème. Raconter fidèlement cette découverte suppose donc de donner aux incertitudes une place aussi réelle qu’à l’espoir.

Quand la science devient une histoire à succès

Nous aimons les histoires qui ont un début, un développement et une fin. Dans les médias, le récit d’une application de la recherche peut prendre cette forme : un problème individuel, une intervention, puis une amélioration concrète. L’Irish Times raconte ainsi en mai 2024 comment une petite fille née sourde a retrouvé une audition presque normale après une thérapie génique expérimentale.

Si ce progrès est bien réel, le titre s’ouvre toutefois sur une exclamation de la mère, « It was bonkers » (« C’était complètement fou »), et le récit met en relief une intervention de seize minutes suivie de la découverte, pour l’enfant, du plaisir de faire du bruit. Cette construction donne à l’histoire un dénouement heureux.

Pourtant, comme dans le récit précédent, ce dénouement individuel ne constitue pas l’aboutissement de l’évaluation scientifique : celle-ci doit encore établir la durabilité des bénéfices et préciser l’efficacité et la sécurité du traitement chez d’autres enfants concernés. L’enjeu est donc de distinguer deux temporalités : celle d’une amélioration déjà vécue et celle d’une recherche qui se poursuit. Un récit peut rendre pleinement justice à la première tout en laissant la seconde ouverte.

Plus largement, cette mise en scène des avancées scientifiques se retrouve jusque dans des médias réputés pour leur sérieux, comme la BBC. En 2022, dans un article consacré au lécanémab, un traitement contre la maladie d’Alzheimer, celle-ci relaie des qualifications enthousiastes : « avancée majeure » et « historiques ». Cette construction peut placer au premier plan l’idée d’un tournant décisif, alors que les bénéfices observés concernent un ralentissement du déclin chez certains patients à un stade précoce de la maladie. L’enjeu n’est pas de nier l’importance de cette avancée, mais de veiller à ce que la promesse mise en avant reste proportionnée aux résultats.

Cette tendance à simplifier ne commence pas nécessairement dans les médias. Elle peut apparaître dès le résumé ou la discussion d’un article scientifique avant d’être amplifiée par les communiqués de presse, les articles de vulgarisation et les réseaux sociaux.

Six principes pour raconter la science autrement

Faut-il pour autant renoncer aux histoires pour communiquer la science ? Certainement pas. La mise en récit reste essentielle pour rendre les connaissances accessibles, susciter l’intérêt et permettre au public de s’approprier des questions complexes.

L’enjeu n’est donc pas de moins raconter, mais de mieux raconter. Nous proposons six principes d’intégrité narrative pour construire des récits à la fois captivants et fidèles au fonctionnement de la science.

1. Faire une place à la complexité À propos des incendies de Los Angeles de janvier 2025, France Inter explique comment le réchauffement, les vents de Santa Ana et une végétation abondante puis desséchée ont favorisé la catastrophe. Le récit permet ainsi de comprendre comment plusieurs facteurs se combinent. Un contre-exemple serait le discours de Donald Trump attribuant les difficultés d’approvisionnement en eau des pompiers à la protection d’un poisson menacé, une erreur factuelle ainsi qu’une simplification narrative.

2. Respecter le temps de la recherche Dans une vidéo consacrée aux thérapies géniques contre certaines surdités, Universcience fait remonter l’amélioration de l’audition d’une enfant aux recherches qui l’ont rendue possible : identification du gène en 1999, développement de souris modèles, résultats expérimentaux publiés en 2019, puis essais chez l’être humain. L’avancée apparaît comme les étapes d’un processus qui se construit dans la durée, plutôt que comme des révélations soudaines et définitives.

3. Rendre les désaccords visibles Après l’annonce de possibles indices de vie sur l’exoplanète K2-18b, le Monde détaille les objections d’autres chercheurs : signal incertain, choix des molécules recherchées et possibilité d’explications non biologiques. Le désaccord devient compréhensible parce que l’article explique pourquoi des chercheurs peuvent interpréter différemment certains résultats, sans pour autant donner artificiellement le même poids à toutes les positions.

4. Montrer comment les connaissances sont produites En février 2025, National Geographic présente une étude sur les microplastiques en précisant que les chercheurs comparent des échantillons de tissus cérébraux prélevés à différentes dates. L’article rappelle aussi que les concentrations plus élevées observées chez des personnes atteintes de démence ne prouvent pas que les particules ont causé la maladie. Ne pas présenter uniquement les conclusions, mais aussi expliquer ce qui a été mesuré et quelles comparaisons ont été effectuées permet de comprendre les limites de l’étude.

5. Prévoir la possibilité d’une révision. Par exemple, TF1 Info rapporte que le risque de collision entre l’astéroïde 2024 YR4 et la Terre, auparavant jugé préoccupant, est devenu infime. Les nouvelles observations ont permis de préciser sa trajectoire. Présenter les conclusions scientifiques comme le meilleur état des connaissances disponibles à un moment donné, et non comme des vérités immuables, aide la compréhension.

6. Intégrer l’incertitude au récit En mars 2025, le Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA) présente des observations suggérant que l’énergie noire pourrait évoluer au cours du temps. Il explique que leur force statistique reste insuffisante pour conclure et indique comment les prochaines données de DESI (Dark Energy Spectroscopic Instrument) et du télescope Euclid permettront d’affiner les mesures. Plutôt que d’ajouter en conclusion une formule de précaution comme « des recherches supplémentaires sont nécessaires », expliquer ainsi ce que nous ignorons encore, pourquoi et ce qui permettrait d’en savoir davantage aide à mieux cerner l’incertitude.

Ces principes ne visent pas à rendre les récits scientifiques plus compliqués. Ils invitent au contraire à raconter la science avec toutes les nuances qui lui donnent son sens.

Dire ce qu’on ignore peut aussi inspirer confiance

On pourrait craindre que, en exposant ses incertitudes et ses désaccords, la science perde en crédibilité auprès du public. Après tout, n’accordons-nous pas plus facilement notre confiance à ceux qui semblent sûrs d’eux ? La réalité est plus nuancée.




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Ose-t-on encore dire « Je ne sais pas » ?


Des recherches montrent que communiquer l’incertitude ne réduit pas nécessairement la confiance du public. La manière de la présenter compte.

Dans une expérience, les participants lisaient un texte annonçant une baisse du nombre de chômeurs au Royaume-Uni estimée à 116 000 personnes. Une version précisait une fourchette allant de 17 000 à 215 000 personnes ; une autre indiquait simplement que le chiffre pouvait être un peu plus élevé ou plus faible. À travers l’ensemble des expériences, les fourchettes chiffrées rendaient l’incertitude perceptible tout en affectant peu la confiance. Les formulations verbales imprécises entraînaient davantage de diminution de la confiance, même si cet effet restait limité. Préciser les limites d’une estimation peut donc permettre d’être transparent sans perdre sa crédibilité.

L’intégrité narrative ne consiste donc pas à accumuler les précautions au point de rendre la science incompréhensible. Elle repose sur une idée plus simple : simplifier les connaissances sans en déformer le sens.

Cette responsabilité ne concerne pas seulement les journalistes. Elle s’adresse aussi aux scientifiques, aux institutions, aux communicants et aux créateurs de contenus. Tous participent, à leur manière, à la façon dont les connaissances scientifiques circulent et sont comprises.

Face à une histoire scientifique convaincante, nous devrions donc nous poser deux questions. Les faits présentés sont-ils exacts ? Et la manière dont ils sont racontés reflète-t-elle fidèlement ce que nous savons réellement ? C’est tout aussi important.

Car une histoire ne mérite pas notre confiance simplement parce qu’elle paraît crédible, ni même parce que chacun des faits qu’elle rapporte est exact. Elle doit aussi respecter les preuves, les limites et les incertitudes sur lesquelles repose notre connaissance du monde.

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

– ref. Une information scientifique peut être vraie… et prendre la forme d’une histoire trompeuse – https://theconversation.com/une-information-scientifique-peut-etre-vraie-et-prendre-la-forme-dune-histoire-trompeuse-293960

Du nudge au boost : comment aider les utilisateurs à réduire leur empreinte numérique

Source: The Conversation – in French – By Andrea Guido, Professeur en Management, PSB Paris School of Business


L’ESSENTIEL

  • La prise de conscience de l’impact environnemental des activités numériques est compliquée par la dimension immatériele de bien des comportements.

  • L’information des utilisateurs/consommateurs ne suffit pas. Au mieux, elle provoque, le plus souvent, un changement non durable.

  • Pour une modification durable, les incitations doivent contribuer à se fixer des objectifs personnels.


Regarder une vidéo 4K en streaming, scroller des shorts sur les réseaux sociaux, ou demander à une intelligence artificielle de rédiger un texte, ce sont des gestes que nous répétons plusieurs fois dans une journée. Ils peuvent sembler immatériels. Pourtant, chacun d’eux mobilise une chaîne bien réelle : des serveurs, des réseaux 4G et 5G, et des centres de données dont le fonctionnement consomme une quantité d’énergie considérable. Le numérique représente aujourd’hui près de 4 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre, soit autant que le transport aérien, et cette part pourrait doubler d’ici à 2030.

Mais cette pollution reste largement invisible. Aucune fumée ne s’échappe de nos écrans. Nos usages ne paraissent ni sales ni coûteux. D’ailleurs, plus d’un utilisateur sur deux pense encore que le numérique contribue positivement à l’environnement. Cette illusion d’immatérialité rend le changement de comportement particulièrement difficile : nous n’ajustons pas ce que nous ne percevons pas. Comment, alors, encourager des usages plus sobres ?




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De nombreuses initiatives reposent sur l’information : affichage de l’empreinte carbone d’un courriel, conseils pour éteindre sa box la nuit ou réduire la qualité des vidéos. Ces dispositifs partent d’une intuition selon laquelle un consommateur, un citoyen mieux informé pourra mieux choisir. Pourtant, la recherche en économie comportementale montre que l’information seule produit rarement un changement durable.

Le nudge, un coup de pouce décisif ?

Pour combler ce problème, les sciences comportementales proposent des solutions appelées nudges. Ces coups de pouce modifient subtilement notre environnement de décision sans restreindre la liberté de choix. Il s’agira, par exemple, de paramétrer par défaut les vidéos en basse définition, de rendre visible la consommation de données (on parle alors de nudges informationnels), ou encore d’inciter l’utilisateur à définir ses propres limites de consommation.

La question n’est donc pas seulement de savoir si un nudge fonctionne, mais lequel produit un effet durable. En effet, un simple rappel peut provoquer un changement momentané.Il capte l’attention un instant, puis s’efface : une fois la nouveauté passée, les vieilles habitudes reprennent le dessus.

C’est cette question que nous avons testée dans une étude de terrain menée auprès de plusieurs milliers d’utilisateurs de smartphones. Un premier groupe recevait simplement une information sur l’empreinte carbone de sa consommation de données mobiles et des conseils pour la réduire – privilégier le wifi à la 4G ou à la 5G dès que possible, par exemple. Un second groupe recevait la même information, mais était en plus invité à se fixer lui-même un objectif personnel de réduction.

Informer ne suffit pas

Résultat : l’information seule n’a produit aucun effet mesurable sur la consommation. En revanche, le groupe invité à se fixer un objectif a réellement modifié ses habitudes, basculant une part significative de sa consommation vers le wifi. Concrètement, la part de wifi dans la consommation totale a progressé d’environ 9 %. Cet effet qui peut sembler d’apparence modeste est cohérent avec ce qu’on observe généralement pour ce type d’intervention. Cet effet persistait plusieurs semaines après la fin de l’expérience, alors que la plupart des interventions ponctuelles s’estompent dès que le rappel disparaît.

Pourquoi l’objectif fonctionne-t-il là où l’information seule échoue ? Une enquête complémentaire montre que ce n’est pas parce que les participants ont activé un outil automatique de gestion des données. C’est parce qu’ils y ont pensé davantage, et surtout qu’ils s’en sont souvenus plus longtemps. Se fixer un objectif transforme une information abstraite (par exemple, « le numérique pollue ») en un repère concret et personnel, que l’on garde en tête au moment de lancer une vidéo ou de télécharger un fichier.

Ancrer durablement l’information

Ce mécanisme rapproche notre intervention d’une famille cousine des nudges : les « boosts ». Là où le nudge classique agit sur l’environnement de choix sans rien demander à la personne – un réglage par défaut en basse définition, un rappel ponctuel –, le boost cherche à renforcer la capacité de la personne elle-même à décider. Il pourra s’agir d’améliorer sa compréhension de sa propre consommation, l’entraîner à repérer ses usages les plus coûteux, plutôt que choisir à sa place. Se fixer un objectif emprunte aux deux logiques : ce n’est pas une solution par défaut imposée, mais ce n’est pas non plus une formation complète – juste assez d’engagement actif pour que l’information s’ancre durablement dans la mémoire.

Un exemple de boost peut être vu dans le domaine de la santé : apprendre à des patients à lire des fréquences naturelles (« 10 personnes sur 100 », plutôt qu’un pourcentage abstrait) améliore durablement leur compréhension d’un risque médical, sans qu’on ait besoin de décider à leur place. Transposée au numérique, la logique serait la même. Plutôt que d’imposer une qualité vidéo par défaut, donner à chacun les moyens de comprendre et de piloter sa propre empreinte.

Des pistes d’action concrète

Cette distinction n’est pas seulement académique. Elle trace une piste concrète pour les opérateurs télécoms, les plates-formes vidéo ou les fabricants de terminaux. Plutôt que d’empiler les campagnes d’informations, concevoir des interfaces qui invitent les utilisateurs à s’engager, même modestement, sur leurs propres usages. Une notification qui demande « voulez-vous réduire votre consommation de 10 % ce mois-ci ? » plutôt qu’un simple « saviez-vous que… » pourrait suffire à transformer une prise de conscience passagère en habitude durable.

France 3 Hauts-de-France 2025.

Rendre visible ce qui reste par nature invisible – l’électricité derrière une vidéo, les data centers derrière une conversation avec une intelligence artificielle – est un premier pas nécessaire. Mais notre étude suggère que ce n’est pas le pas décisif. Ce qui fait la différence, c’est de transformer cette prise de conscience en un engagement qui nous appartient.

Une question éthique

L’utilisation des incitations douces soulève aussi des questions éthiques quant à la manière de définir les « bons » comportements, l’identification des critères d’évaluation et la gestion des conflits d’intérêts potentiels. De plus, ces techniques comportent un risque de manipulation condescendante des utilisateurs, parfois qualifiée de dark nudges.

Reste une question ouverte, que nos données ne permettent pas encore de trancher : cet engagement doit-il rester individuel, ou peut-il devenir collectif – un objectif fixé à l’échelle d’un foyer, d’une entreprise, voire d’un territoire ? À l’heure où le numérique continue de croître plus vite que les efforts pour le rendre sobre, c’est sans doute par ce type de dispositifs, modestes mais durables, que passera une bonne partie de la réponse.

The Conversation

Andrea Guido a reçu des financements de Orange Innovation Research.

– ref. Du nudge au boost : comment aider les utilisateurs à réduire leur empreinte numérique – https://theconversation.com/du-nudge-au-boost-comment-aider-les-utilisateurs-a-reduire-leur-empreinte-numerique-267127

Vinted, Too Good To Go… : quand la consommation responsable encourage à consommer plus

Source: The Conversation – in French – By Hela Hassen, Lecturer in Marketing, Kedge Business School


L’ESSENTIEL

  • Les applications de seconde main ou anti-gaspi se sont démocratisées. Elles permettent de faire des économies tout en donnant le sentiment de consommer de manière plus responsable.

  • Cependant, la possibilité d’y faire de bonnes affaires peut nous inciter à consommer davantage ou bien à acheter des choses dont on n’aura pas besoin.

  • Une étude menée auprès de jeunes utilisateurs d’applications de partage alimentaire révèle qu’un usage plus fréquent est associé à une proportion plus élevée d’aliments achetés puis jetés.


Une veste à 8 euros sur Vinted. Un panier de viennoiseries à 4 euros sur Too Good To Go. Difficile de résister à ces bonnes affaires, surtout lorsqu’elles donnent aussi le sentiment de consommer de manière plus responsable.

En quelques années, ces applications ont considérablement simplifié des pratiques qui demandaient autrefois davantage d’efforts : acheter d’occasion, prolonger la vie des objets ou éviter de jeter des aliments encore consommables.

Le succès est au rendez-vous. Aujourd’hui, 42 % des Français achètent des vêtements sur des plateformes de seconde main et, parmi eux, 90 % utilisent Vinted. Un autre chiffre nous interpelle : 30 % des personnes qui revendent leurs vêtements sur ces plateformes utilisent ensuite l’argent gagné pour en acheter de nouveaux.

Nos placards sont pourtant déjà bien remplis : selon une enquête de l’Agence de la transition écologique (Ademe) publiée en 2025, les Français pensent posséder en moyenne 79 vêtements, alors qu’ils en détiennent réellement 175.




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Ces chiffres soulèvent une question : ces applications nous amènent-elles réellement à moins consommer ou changent-elles surtout notre manière de consommer ?

Nos recherches sur les plateformes numériques mettent en lumière cette contradiction. D’un côté, ces applications rendent les pratiques plus durables beaucoup plus faciles à adopter. De l’autre, les prix attractifs, la simplicité d’achat et le plaisir de dénicher une bonne affaire peuvent aussi nous inciter à multiplier nos achats.

Un achat peut donc sembler plus responsable sans que notre consommation, dans son ensemble, le devienne nécessairement.

L’écologie n’est pas toujours la première motivation

Pour mieux comprendre ce paradoxe, il faut d’abord regarder ce qui nous incite à utiliser Vinted, Too Good To Go ou d’autres plateformes associées à la consommation durable.

Ce n’est pas nécessairement pour protéger l’environnement. Nos recherches sur les utilisateurs de Vinted et Too Good To Go montrent que les motivations écologiques coexistent avec des raisons très pragmatiques : faire des économies, accéder à des produits moins chers ou profiter d’une bonne affaire. Sur Vinted, notamment, les motivations financières prennent souvent le pas sur les préoccupations environnementales. Un rapport réalisé en 2023 par Vaayu pour Vinted rapporte ainsi que 47 % des acheteurs interrogés citent les prix accessibles parmi leurs motivations, contre 20 % qui évoquent des préoccupations environnementales et sociales.

Ce n’est pas forcément un problème. On peut commencer à acheter d’occasion pour dépenser moins, puis adopter progressivement cette pratique dans son quotidien. De la même manière, récupérer des invendus parce qu’ils sont proposés à petit prix peut conduire à prendre davantage conscience du gaspillage alimentaire.

C’est d’ailleurs l’une des forces de ces applications : elles permettent d’adopter des pratiques plus responsables sans avoir à bouleverser son quotidien. Elles nous simplifient aussi parfois la vie : sur Vinted, quelques clics suffisent pour trouver et acheter un vêtement, sans avoir à se déplacer en magasin. Un gain de temps et d’efforts qui peut aussi encourager à acheter plus souvent.




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Quand la bonne affaire pousse à acheter plus

Avec son catalogue de vêtements proposés par des particuliers, ses prix attractifs et ses fonctionnalités facilitant l’achat et la revente, Vinted a contribué à faire entrer la seconde main dans les habitudes de consommation. La platforme ne sert plus seulement à se débarrasser des vêtements que l’on ne porte plus : elle permet aussi de renouveler régulièrement sa garde-robe à moindre coût.

En effet, acheter un jean d’occasion à 20 euros sur Vinted plutôt qu’un jean neuf à 90 euros semble, à première vue, être un choix plus durable. Mais qu’en est-il si ce prix plus faible nous conduit finalement à acheter deux ou trois vêtements au lieu d’un seul ?

Les prix attractifs et certains mécanismes proposés par les plateformes de seconde main peuvent également encourager les achats impulsifs. Une étude publiée en 2025, reposant sur deux expérimentations menées en France, montre notamment que les offres promotionnelles en lots de Vinted peuvent favoriser la surconsommation, tandis que le temps passé sur la plate-forme est associé aux achats impulsifs.

La possibilité de revendre joue également un rôle. Se dire que « je pourrai toujours le remettre sur Vinted » peut rendre l’achat moins engageant et lever un frein supplémentaire. C’est ce que l’on appelle un effet rebond : une pratique devient plus avantageuse ou plus durable, mais les changements de comportement qu’elle provoque viennent réduire une partie des bénéfices attendus.

Acheter d’occasion n’est donc pas nécessairement synonyme de consommer moins car tout dépend de ce que cet achat remplace. Acheter un jean d’occasion plutôt qu’un jean neuf n’a évidemment pas le même effet qu’acheter trois jeans d’occasion que l’on n’aurait, sans Vinted, jamais achetés.

Mais la quantité n’est pas le seul élément à prendre en compte. Encore faut-il s’intéresser aux vêtements qui circulent sur ces plateformes. Un article de fast-fashion, parfois acheté à très bas prix puis rapidement revendu, ne devient pas automatiquement durable parce qu’il change de propriétaire. Tout dépend aussi de sa qualité et de sa durée de vie : un vêtement qui pourra être porté pendant plusieurs années n’a pas le même impact potentiel qu’un autre qui s’abîmera après quelques utilisations.

Un repas « sauvé » est-il toujours consommé ?

Avec Vinted, le risque est donc d’acheter davantage parce que les prix sont plus bas. Dans l’alimentaire, le paradoxe prend une autre forme : on peut éviter qu’un produit soit jeté par un commerçant sans pour autant éviter qu’il finisse à la poubelle.

Too Good To Go permet aux commerces de proposer leurs invendus à prix réduit sous forme de paniers surprise. Grâce à l’application, les utilisateurs réservent un panier auprès d’un commerce à proximité, puis viennent le récupérer sur place à un horaire défini, sans connaître précisément son contenu à l’avance. Sur le principe, tout le monde y gagne : le commerçant valorise ses invendus, le consommateur fait des économies et des aliments échappent à la poubelle. Mais que deviennent-ils une fois récupérés ?

Une étude publiée en 2026, menée auprès de 1 077 jeunes Italiens âgés de 18 à 25 ans, apporte un éclairage intéressant. Les chercheurs se sont notamment intéressés à 401 utilisateurs réguliers de ces applications. Contrairement à ce qu’ils anticipaient, les chercheurs ont constaté que, parmi ces utilisateurs, une utilisation plus fréquente des applications était associée à une proportion plus élevée d’aliments achetés par leur intermédiaire puis jetés.

Ce résultat suggère ici aussi un possible effet rebond. Les économies réalisées peuvent encourager à acheter davantage, tandis que le contenu parfois imprévisible des paniers peut compliquer leur consommation. Un panier surprise peut contenir trop de nourriture, des produits que l’on n’aurait pas choisis ou des aliments difficiles à intégrer aux repas prévus. Ces résultats ne signifient toutefois pas que l’utilisation de ces applications provoque davantage de gaspillage : l’étude ne permet pas d’établir un lien de causalité.

Le paradoxe peut même aller plus loin. Les paniers surprise peuvent réduire les invendus jetés par les commerces tout en générant du gaspillage chez les consommateurs. Et si la possibilité de valoriser facilement les invendus encourageait les commerçants à moins ajuster leur production à la demande ? Le bénéfice initial pourrait, là encore, être réduit.

Une autre question se pose : que seraient devenus ces invendus sans l’application ? Certains auraient pu être jetés, mais d’autres auraient peut-être été donnés à des associations d’aide alimentaire ou distribués gratuitement. Pour mesurer le gaspillage réellement évité, il faut donc aussi tenir compte de ce qui se serait passé en l’absence de l’application.

Au-delà du nombre de produits « sauvés »

Faut-il pour autant renoncer à Vinted ou Too Good To Go ? Pas nécessairement. Ces plateformes ont largement contribué à démocratiser la seconde main et à rendre la récupération des invendus beaucoup plus simple et accessible.

Mais leur impact ne peut pas se résumer au nombre de vêtements remis en circulation ou de repas « sauvés ». Pour réellement l’évaluer, il faut regarder au-delà de la transaction : qu’aurait acheté cette personne sans l’application ? Achète-t-elle désormais plus souvent ? Utilise-t-elle réellement ce qu’elle achète ? Et que devient ensuite le produit ?

Ces questions peuvent aussi nous aider, en tant que consommateurs, à prendre un peu de recul avant de profiter d’une bonne affaire. Ai-je réellement besoin de ce vêtement, ou suis-je surtout attiré par son prix ? Pourrai-je consommer tout le contenu de ce panier surprise ? Et aurais-je effectué cet achat sans l’application ?

Cette réflexion concerne également les plateformes elles-mêmes, car les mécanismes qui font leur succès – prix attractifs, notifications, facilité d’achat, plaisir de la bonne affaire – sont parfois les mêmes que ceux qui alimentent l’effet rebond.

L’enjeu pourrait donc être de ne plus seulement faciliter des transactions présentées comme plus durables, mais aussi d’aider les utilisateurs à faire évoluer leurs pratiques : mieux anticiper leurs besoins, limiter les achats impulsifs ou simplement prendre conscience de la fréquence de leurs achats.

Au fond, le véritable indicateur de réussite n’est peut-être pas le nombre de vêtements revendus ou de paniers récupérés, mais la capacité de ces applications à changer durablement nos habitudes : ce que nous achetons, en quelle quantité, ce que nous utilisons réellement et, finalement, ce que nous jetons.

The Conversation

Hela Hassen ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

– ref. Vinted, Too Good To Go… : quand la consommation responsable encourage à consommer plus – https://theconversation.com/vinted-too-good-to-go-quand-la-consommation-responsable-encourage-a-consommer-plus-295191

Football : les dessous du financement de la congélation des ovocytes des joueuses par la Fédération espagnole

Source: The Conversation – in French – By Allane Madanamoothoo, Associate Professor of Law, EDC Paris Business School

Marta Corredera, joueuse internationale de très haut niveau (85 sélections avec l’Espagne) est l’une des rares footballeuses professionnelles à avoir accouché pendant sa carrière. Elle a donné naissance en 2022, à 31 ans, à sa fille Ona (ici, une photo publiée sur ses réseaux sociaux pendant sa grossesse, au côté de son compagnon). Elle était alors encore sous contrat avec le Real Madrid. L’athlète a annoncé prendre sa retraite en 2023, sans avoir repris la compétition après son accouchement. Compte Instagram de Marta Corredera

L’ESSENTIEL

  • La Fédération espagnole de football va financer la congélation des ovocytes de ses internationales, ce qui leur permettra de reporter leur projet de maternité à leur après-carrière.

  • La clinique partenaire bénéficie d’une vitrine médiatique et d’une clientèle potentielle, tandis que la Fédération améliore une image qui s’était récemment détériorée et optimise la participation de ses joueuses aux compétitions.

  • L’existence de ce dispositif peut toutefois avoir des effets pervers sur les footballeuses : la congélation des ovocytes ne garantit pas une grossesse ultérieure, et cette nouvelle mesure peut être source de pression et de discrimination.


La congélation des ovocytes, également appelée « vitrification des ovocytes » depuis le développement des nouvelles technologies de cryoconservation (refroidissement à très basse température, jusqu’à – 196 °C), est une pratique qui consiste à prélever, congeler et conserver les ovocytes d’une femme en vue de les utiliser dans le cadre d’une procréation médicalement assistée (PMA) plus tard.

Début septembre, la Fédération espagnole de football (RFEF) a annoncé qu’elle prendrait désormais en charge l’intégralité des frais de la congélation des ovocytes pour les footballeuses ayant joué au moins deux fois en sélection nationale, ainsi que les coûts de leur conservation pendant cinq ans. Objectif affiché : aider les joueuses à préserver leur fertilité. Le pic de performance d’une footballeuse, généralement entre 20 et 30 ans, coïncide en effet avec la période où la femme est la plus fertile.

Un accord, valable jusqu’en 2029, a été officialisé le 8 septembre dernier avec la clinique de fertilité espagnole Tambré, pour mettre à la disposition des joueuses des informations relatives à la santé reproductive et pour leur faciliter l’accès à cette pratique. Saluée comme « un énorme progrès » par la désormais triple Ballon d’or Alexia Putellas, cette mesure soulève d’importants enjeux pour les différentes parties prenantes : la RFEF, les joueuses et la clinique. Pour en prendre la pleine mesure, il convient d’abord de rappeler l’objectif initial de la congélation des ovocytes et les différentes étapes de sa popularisation, qui ont conduit à l’apparition d’un marché lucratif.

La démocratisation de la congélation des ovocytes

La première grossesse réussie à partir d’un ovocyte congelé, décongelé, fécondé in vitro puis transféré chez une femme a eu lieu en 1986 en Australie grâce au professeur Christopher Chen. Cette pratique, conçue pour des raisons médicales, était alors destinée aux femmes devant subir de lourds traitements médicaux susceptibles d’altérer leur fertilité. Les patientes se trouvant dans ce cas se voyaient offrir la possibilité de congeler leurs ovocytes pour une utilisation ultérieure, afin d’augmenter leurs chances d’avoir un enfant biologique par la suite. Pendant les deux décennies suivantes, la technique est encore mal maîtrisée, et les naissances demeurent rares.

En 2003, les travaux des équipes japonaises permettent d’améliorer l’efficacité de cette technique. Sans attendre, une clinique new-yorkaise, Extend Fertility, la commercialise hors indication médicale dès 2004.

L’année 2012 marque un tournant important : la Société américaine de médecine reproductive considère que cette pratique n’est plus expérimentale. Toutes les autorités médicales à travers le monde adoptent, à sa suite, la même position.

S’ensuit la démocratisation de la conservation des ovocytes sans raison médicale, dite autoconservation « sociétale » ou « de précaution ». Étant donné que la fertilité féminine diminue avec l’âge, certaines femmes y ont alors recours afin de repousser leur projet de maternité, que ce soit pour des raisons personnelles (la poursuite de longues études, l’attente du « bon » conjoint ou d’une situation économique stable…) ou professionnelles, sachant que, sur un marché du travail de plus en plus compétitif, les discriminations économiques avant, pendant et après la grossesse, dénommées « pénalités de maternité », sont monnaie courante.

Fin 2014, Meta (anciennement Facebook) décide de financer la congélation des ovocytes de ses salariées à hauteur de 20 000 dollars, afin d’attirer et de fidéliser les meilleurs talents. Cette initiative est aussitôt suivie par Apple et Google, puis par d’autres entreprises américaines.

Ces dernières années, le « modèle de la Silicon Valley » a commencé à s’implanter dans le monde sportif. C’est notamment le cas du Racing Louisville, club de la National Women’s Soccer League (NWSL), depuis 2020, de la Ligue nord-américaine de basketball féminin (WNBA) depuis 2021, et depuis août dernier, du Chelsea Football Club Women, qui prennent tous en charge la congélation des ovocytes de leurs joueuses, mais à des montants différents.

Un marché lucratif

L’autorisation de l’autoconservation des ovocytes à des fins sociétales dans plusieurs pays, dont l’Espagne et la France (depuis la loi de bioéthique de 2021), a conduit au développement d’un marché mondial de la congélation des ovocytes en pleine expansion, dominé principalement par les centres de fertilité privés. Estimé à 5,78 milliards de dollars en 2025, il est passé à 6,46 milliards de dollars en 2026 et devrait atteindre 9,91 milliards de dollars (8,83 milliards d’euros) en 2030.

Le tourisme médical contribue à alimenter ce marché. Des femmes se rendent à l’étranger pour faire congeler leurs ovocytes, parfois parce que cette pratique est interdite ou en raison des délais d’attente dans leur pays d’origine, parfois pour une question de coût. Le financement de la congélation des ovocytes par les entreprises et les instances sportives, proposé aux salariées sous le prisme d’une nouvelle forme d’empowerment féminin (la pratique avait même fait la « Une » dans le magazine économique Bloomberg Businessweek avec le titre « Congelez vos ovocytes, libérez votre carrière » en avril 2014), favorise également l’essor de ce marché. Les cliniques de fertilité privées, de leur côté, n’hésitent pas à marketer l’autoconservation ovocytaire comme une assurance maternité à travers différents canaux de communication en ligne (réseaux sociaux, blogs, sites web…) pour stimuler la demande.

Pour la Fédération espagnole : un levier stratégique

Pour revenir au nouveau dispositif de la RFEF, la préservation de la fertilité des joueuses n’est sans doute pas la seule préoccupation de la fédération espagnole.

Souvenons-nous de l’affaire du baiser forcé après la finale de la Coupe du Monde de football féminin, le 20 août 2023 à Sydney. Ce jour-là, après la victoire de l’Espagne face à l’Angleterre (1-0), Luis Rubiales, alors président de la RFEF, avait embrassé sans son consentement la capitaine de l’équipe Jennifer Hermoso, suscitant une vague d’indignation chez la joueuse ainsi que dans le monde entier, et créant une polémique dans tout le pays.




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Ce geste déplacé avait eu d’autant plus de retentissement qu’il s’était produit dans une période de tensions avec une partie des joueuses de l’équipe nationale. Moins d’un an plus tôt, quinze joueuses internationales, dénonçant le management autoritaire de leur sélectionneur de l’époque, Jorge Vilda, avaient en effet annoncé qu’elles renonceraient à porter le maillot de la Roja tant que ce dernier resterait en poste. La RFEF avait pris le parti du sélectionneur, indiquant qu’elle « ne permettra pas que les joueuses remettent en doute la situation du sélectionneur national et de l’encadrement, car prendre cette décision n’entre pas dans le champ de leurs compétences » et ajoutant que les joueuses « ne pourront revenir en sélection que si elles assument leur erreur et si elles demandent pardon ».

En guise de sanction pour avoir exprimé leur mal-être, les quinze « rebelles de la Roja féminine » n’avaient pas été sélectionnées pour participer aux matchs de préparation du Mondial 2023, une décision soutenue par Rubiales. Finalement, seules trois d’entre elles avaient été convoquées pour prendre part à la compétition.

La polémique de l’affaire du baiser forcé aboutit au limogeage de Rubiales, à sa suspension pour trois ans par la FIFA et à une amende de 10 800 euros pour agression sexuelle infligée par la justice espagnole en appel. Vilda fut, quant à lui, renvoyé peu de temps après. Dans un tel contexte, la prise en charge de la congélation des ovocytes des joueuses par la RFEF permet à la fédération espagnole de redorer son image.

De plus, grâce à ce dispositif, la RFEF optimise la participation de ses joueuses dans la mesure où il est désormais moins probable que des grossesses surviennent au sein de la sélection nationale. La RFEF maximise donc aussi ses chances d’obtenir un prize money élevé lors des prochaines compétitions, à commencer par la Coupe du Monde 2027. Pour rappel, le sacre de l’Espagne au Mondial féminin 2023 avait permis à la RFEF d’empocher un pactole de 4,29 millions de dollars.

Pour les footballeuses : une mesure à double tranchant

Si les joueuses sont libres de choisir entre maternité et carrière ou de concilier les deux, congeler leurs ovocytes afin de repousser leur projet de maternité ne leur garantira pas une grossesse ultérieure, même si l’âge au moment du prélèvement et le nombre des ovocytes prélevés sont des facteurs importants pour augmenter les chances de grossesse plus tard.

Certes, les joueuses, comme beaucoup d’autres femmes, seront sans doute libérées pendant un certain temps de la pression de leur « horloge biologique ». Cependant, par la suite, elles devront faire face aux aléas de la fécondation in vitro (FIV). Plusieurs cycles de FIV sont en général nécessaires pour avoir, peut-être, un enfant par la PMA. À cet égard, des études publiées en 2024 et 2026 soulignent que les femmes ayant congelé leurs ovocytes ont seulement 28 % de chances d’avoir un enfant par cycle de FIV.

Dès lors, le nouveau dispositif de la RFEF visant à préserver la fertilité des joueuses durant leur pic de performance ne constitue pas, pour elles, une assurance maternité. D’où les critiques de certaines sportives (la triple-sauteuse Ana Peleteiro-Compaoré Brión, la joueuse de water-polo Maica García…) pour qui l’initiative de la RFEF s’apparente davantage à une mesure sexiste. Selon elles, celle-ci ne fait qu’inciter les sportives à reporter leur projet de maternité alors qu’il aurait été préférable de renforcer les conditions nécessaires pour les aider à concilier maternité et carrière, notamment protéger leur contrat, mettre à leur disposition des services de garde d’enfants et garantir leur retour post-partum. Autrement dit, le financement de la congélation des ovocytes des sportives consiste plutôt à « déplacer » les pénalités de maternité à leur après-carrière.

Par ailleurs, selon la littérature médicale, la congélation des ovocytes est une pratique contraignante qui n’est pas sans risques. D’une part, la femme doit s’injecter des hormones pendant une dizaine de jours afin de stimuler ses ovaires, ce qui peut entraîner des effets secondaires (fatigue, ballonnements, maux de tête, sautes d’humeur, syndrome d’hyperstimulation ovarienne…). D’autre part, la ponction des ovocytes, comme tout acte médical pratiqué sous anesthésie, n’est pas sans danger. Enfin, dans la mesure où cette pratique vise à repousser le projet de maternité, il ne faut pas non plus oublier que les risques de complications sont plus élevés en cas de grossesse tardive (prééclampsie, diabète gestationnel, risque d’accouchement par césarienne…). À ce propos, dans une étude publiée en 2021, les autrices révèlent que de nombreuses cliniques de fertilité privées en Angleterre présentent une vision biaisée de la congélation des ovocytes sur leurs sites web : si les avantages potentiels sont mis en avant, les risques sont minimisés ou ne sont pas abordés.

La nouvelle mesure de la RFEF est aussi conditionnée à ce que les joueuses aient joué au moins deux fois en sélection nationale, ce qui peut être une source de pression supplémentaire. La question de la dette morale se pose également : dans la perspective d’un nouveau sélectionneur au management similaire à celui de Vilda dans le passé, les joueuses oseraient-elles encore dénoncer les pratiques managériales autoritaires ?




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Pour la clinique de fertilité : un volume d’activités et une vitrine médiatique assurés

En Espagne les coûts des traitements d’une PMA varient entre 1 000 et 1 800 euros pour les médicaments liés à une stimulation ovarienne ; 1 800 et 3 000 euros pour la congélation des ovocytes par cycle ; 300 et 600 euros par an pour la conservation des embryons conçus in vitro ; 2 800 et 4 500 euros pour un cycle de FIV avec ses propres ovocytes ; et entre 1 500 et 2 500 euros pour le diagnostic préimplantatoire des embryons.

Le partenariat de la RFEF avec la clinique Tambre garantit donc à cette dernière un volume d’activités conséquent et lucratif pendant plusieurs années, d’autant plus que les joueuses de futsal et les arbitres féminines de la première division vont aussi bénéficier de ce dispositif.

De plus, la congélation des ovocytes n’étant souvent que la première étape dans le parcours d’une PMA, il est très probable que les bénéficiaires se tourneront naturellement vers la même clinique pour effectuer les FIV et les transferts d’embryons après les cinq ans de conservation de leurs ovocytes. Ce partenariat permet ainsi à la clinique Tambre de sécuriser une clientèle future à long terme.

En outre, certaines stars du football mondial féminin (Alexia Putellas, Olga Carmona, Patri Guijarro) se sont exprimées en faveur de ce dispositif, ce qui permet à la clinique de tirer profit d’un endorsement marketing (parrainage par les célébrités) indirect et d’accroître sa notoriété.

Enfin, cet accord avec la RFEF, médiatisé et relayé par la clinique, permet à celle-ci de renforcer considérablement son positionnement sur le marché national et international de la fertilité.

Quelles perspectives ?

La prise en charge de la congélation des ovocytes des footballeuses par la RFEF a été largement présentée comme une avancée pour la cause des femmes sportives. Pour autant, il convient de ne pas perdre de vue que cette décision risque d’affaiblir la portée des mesures prises par la FIFA en matière de maternité en 2021 et en 2024.

L’initiative de la RFEF pourrait en effet devenir la norme dans les fédérations nationales de football. Le président de la RFEF, Rafael Louzán, a affirmé que plusieurs fédérations étrangères avaient pris contact avec lui sur ce sujet. Dès lors, les footballeuses qui n’y adhéreraient pas ou qui tomberaient naturellement enceintes malgré leur adhésion pourraient être discriminées, surtout que les avancées de la FIFA pour garantir les droits des mères sportives ne sont pas toujours respectées.

En attestent les litiges de l’Islandaise Sara Björk Gunnarsdóttir et de la Suédoise Maja Gothberg avec leurs clubs (respectivement l’Olympique lyonnais et la Lazio de Rome) : la première, qui était partie poursuivre sa grossesse chez sa famille dans son pays d’origine avec l’accord de son employeur, n’avait pas reçu l’intégralité de son salaire pendant cette période ; la deuxième avait vu son contrat de travail rompu après l’annonce de sa grossesse. Fort heureusement, dans les deux cas, le Tribunal du football de la FIFA et le Tribunal arbitral du sport ont tranché en leur faveur.

Le nouveau dispositif de la RFEF ne réduira pas non plus les inégalités de genre dans le football. Bien au contraire, elles se creuseront encore plus. Non seulement les footballeurs professionnels ont souvent plusieurs enfants durant leur carrière, sans s’arrêter de jouer pour la plupart d’entre eux, mais ils sont sans doute moins victimes de « pénalités de paternité », du moins pas avant la naissance de leur enfant. Or, pour les footballeuses, la congélation de leurs ovocytes afin de repousser leur projet de maternité n’est, comme nous l’avons évoqué, ni une assurance maternité ni sans risques médicaux.

In fine, la nouvelle mesure de la RFEF ne sera pas sans contrecoup pour les joueuses ni pour toute la team…

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Allane Madanamoothoo ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

– ref. Football : les dessous du financement de la congélation des ovocytes des joueuses par la Fédération espagnole – https://theconversation.com/football-les-dessous-du-financement-de-la-congelation-des-ovocytes-des-joueuses-par-la-federation-espagnole-293921

« Sous-licenciement » : pourquoi une entreprise sauvegarde des emplois malgré une situation économique défavorable

Source: The Conversation – in French – By Assil Guizani, Enseignant chercheur en Finance, EDC Paris Business School


L’ESSENTIEL

  • Une vague de plans sociaux ressurgit en France comme un tsunami dont on avait oublié la puissance destructrice.

  • Plutôt que de procéder à des suppressions massives d’emplois, les entreprises familiales privilégient une politique de sous-licenciements.

  • Cela consiste à maintenir un niveau d’emploi supérieur à celui que la situation économique de ces entreprises pourrait justifier, avec la volonté de préserver la réputation familiale.


L’Agence nationale pour la formation professionnelle des adultes (Afpa) a annoncé un vaste plan de restructuration prévoyant plus de 800 suppressions de postes, dans un contexte de recul de son activité. Cette actualité remet les suppressions d’emplois au centre du débat.

Lorsqu’une organisation fait face à une baisse durable de son activité, réduire ses effectifs peut apparaître comme une décision économique logique. Pourtant, toutes les entreprises ne réagissent pas de la même manière. Certaines conservent davantage de salariés de ce que l’évolution de leur activité et de leur situation économique laisserait attendre.

Ce comportement s’appelle le sous-licenciement. À partir d’un échantillon d’entreprises françaises cotées à l’indice SBF 120 entre 2005 et 2021, nos travaux montrent qu’il est particulièrement présent dans les entreprises familiales.

Quand l’entreprise conserve plus de salariés que prévu

Une entreprise adapte généralement ses effectifs à son activité. Elle recrute lorsqu’elle se développe et peut les réduire lorsque sa situation se détériore.

Lorsque les effectifs restent supérieurs à ce que la situation économique de l’entreprise laisserait attendre, deux explications sont possibles :

  • elle a trop recruté (surrecrutement) ;

  • elle n’a pas suffisamment réduit ses effectifs (sous-licenciement).

C’est cette seconde situation qui est au cœur de notre étude. Le terme peut prêter à confusion : sous-licencier ne signifie pas ne pas licencier.

Prenons un exemple simple. Supposons que la détérioration de l’activité d’une entreprise la conduise à estimer une réduction de ses effectifs de 100 salariés. Si elle n’en supprime finalement que 30, elle a bel et bien licencié. Cependant, elle conserve 70 salariés de plus que ce que sa situation économique laisserait attendre. C’est précisément ce décalage que nous appelons sous-licenciement.

Notre étude montre précisément que les entreprises familiales ont davantage tendance à maintenir des effectifs supérieurs à ce que leur situation économique laisserait attendre.

Pourquoi une famille accepte ce coût

À première vue, maintenir des effectifs supérieurs aux besoins économiques de l’entreprise peut sembler paradoxal. Cette décision implique de continuer à supporter des charges salariales qui ne sont plus pleinement justifiées par le niveau d’activité.

Toutefois, dans les entreprises familiales, les décisions ne sont pas uniquement guidées par des considérations financières. Pour la famille propriétaire, l’entreprise représente souvent bien plus qu’un simple investissement : elle incarne également son identité, son histoire et sa réputation.

Protéger sa réputation

Dans ce contexte, les licenciements peuvent engendrer un coût moins visible, mais tout aussi important : le coût réputationnel. Lorsque l’image de l’entreprise est étroitement liée à celle de la famille qui la contrôle, préserver les emplois devient aussi un moyen de protéger la réputation et le prestige familial.

Cette logique est encore plus marquée lorsque le pouvoir de décision de la famille dépasse sa participation au capital. En d’autres termes, la famille peut exercer une influence considérable sur les décisions de l’entreprise grâce à ses droits de vote, sans pour autant détenir une part équivalente de son capital.




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Cette situation peut modifier la décision de licencier. En choisissant de conserver ses salariés, la famille protège sa réputation. En revanche, elle ne supporte pas seule le coût de ce choix. Puisque d’autres actionnaires possèdent également une partie de l’entreprise, le coût lié au maintien de ces emplois est partagé entre l’ensemble des actionnaires.

Nos résultats confirment cette tendance : plus le pouvoir décisionnel de la famille dépasse sa participation au capital, plus le sous-licenciement est important. Autrement dit, ceux qui tirent le plus grand bénéfice de la préservation de la réputation familiale ne sont pas nécessairement ceux qui en assument pleinement le coût.

Sauvegarde des emplois aujourd’hui, mais un coût demain

Le sous-licenciement ne peut donc être considéré comme une stratégie intrinsèquement bénéfique ou préjudiciable.

À court terme, ses avantages sont indéniables pour les salariés, dont les emplois sont préservés. Pour l’entreprise, cette stratégie contribue également à protéger sa réputation et à renforcer les relations de confiance avec ses collaborateurs et ses parties prenantes.

Ce choix n’est pas sans conséquences économiques. Le maintien d’effectifs supérieurs aux besoins réels de l’entreprise peut, à long terme, peser sur sa rentabilité et fragiliser sa capacité à maintenir durablement l’emploi.

C’est là tout le paradoxe du sous-licenciement. En cherchant à préserver aujourd’hui un capital immatériel précieux, notamment la réputation de la famille, l’entreprise peut compromettre demain son équilibre économique et sa pérennité.

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Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

– ref. « Sous-licenciement » : pourquoi une entreprise sauvegarde des emplois malgré une situation économique défavorable – https://theconversation.com/sous-licenciement-pourquoi-une-entreprise-sauvegarde-des-emplois-malgre-une-situation-economique-defavorable-292495

Comment sortir du « Si ça la dérangeait, elle l’aurait dit », ou pourquoi il est si difficile de dire non à son manager

Source: The Conversation – in French – By Mathieu Molines, Associate Professor in Organizational Behavior, Kedge Business School


L’ESSENTIEL

  • Depuis novembre 2025, le Code pénal précise, en matière d’agressions sexuelles, que le consentement ne peut être déduit du seul silence ou de la seule absence de réaction de la victime.

  • Mais si le silence ne dit pas oui, que dit-il ? La psychologie sociale étudie cette question depuis des décennies.

  • Ses travaux éclairent autant la portée du nouveau texte que ses limites, notamment dans un cadre professionnel, où règne le lien de subordination.


Jusqu’en novembre 2025, l’agression sexuelle supposait de caractériser une violence, une contrainte, une menace ou une surprise. L’incrimination reposait sur un acte positif de coercition. La notion de consentement demeurait absente du texte. Impulsée par #MeToo, mais aussi par deux condamnations de la Cour européenne des droits de l’homme, la nouvelle rédaction de l’article 222-22 du Code pénal est entrée en vigueur le 8 novembre 2025.

Elle définit l’agression sexuelle comme un acte sexuel non consenti et reprend les quatre hypothèses historiques (violence, contrainte, menace ou surprise) comme autant de cas d’absence de consentement. Surtout, elle ajoute un alinéa fondateur. Le consentement y est dit « libre et éclairé, spécifique, préalable et révocable ». Il s’apprécie au regard des circonstances et ne peut être déduit du seul silence ou de la seule absence de réaction de la victime.




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Ce principe s’inscrit dans le droit pénal, mais il éclaire des situations bien plus larges que celles qui arrivent devant un juge. Au travail, remarques déplacées, avances insistantes et pressions relèvent de qualifications distinctes. La psychologie montre pourtant qu’on y retrouve une même difficulté, celle d’exprimer clairement son refus et de comprendre correctement celui d’autrui.

L’illusion du courage

Nous pensons tous savoir comment nous réagirions face à une situation déplacée. Les psychologues Woodzicka et LaFrance ont mis cette certitude à l’épreuve. Elles ont demandé à des femmes d’imaginer un entretien d’embauche où le recruteur leur demanderait si elles ont un petit ami ou si elles portent un soutien-gorge au travail. Une large majorité affirmait qu’elle refuserait de répondre. Lors de vrais entretiens, aucune candidate n’a refusé. Celles qui imaginaient la scène anticipaient de la colère ; celles qui l’ont vécue ont surtout ressenti de la peur.

Le même type d’écart apparaît chez Stanley Milgram. Presque personne ne se croyait capable d’administrer des chocs électriques à un inconnu, mais près de deux participants sur trois l’ont fait. Le psychologue Leaf Van Boven parle d’« illusion de courage ». À froid, nous sous-estimons la force de l’embarras et de la peur.

Les conséquences professionnelles d’un refus

Au travail s’y ajoute la crainte d’une mise à l’écart, d’une relation professionnelle dégradée ou d’une opportunité perdue. Dire non n’est donc pas seulement décider de refuser une proposition. C’est parfois prendre le risque d’en assumer les conséquences.

Le nouveau texte ferme une porte : le mis en cause ne peut plus se prévaloir du seul silence de la victime pour soutenir qu’elle était consentante. Cette évolution est significative, car, au sein d’une relation hiérarchique, exprimer son refus n’est pas aussi aisé qu’il n’y paraît.

Hiérarchie et malentendu

L’erreur est symétrique. La psychologue Vanessa Bohns et ses collègues ont montré que les auteurs d’avances non désirées au travail surestiment nettement la facilité avec laquelle leur cible pourrait les refuser. Un sourire gêné passe alors pour de l’intérêt, une réponse évasive pour une invitation à insister.

La hiérarchie accentue ce malentendu. Les travaux du psychologue Adam Galinsky montrent que le sentiment de pouvoir réduit la capacité à adopter le point de vue d’autrui et rend moins sensible aux contraintes de la situation. Le manager pense faire une proposition, son collaborateur perçoit une attente difficile à refuser. Monica Lewinsky l’a raconté en 2018 dans Vanity Fair. Ce n’est qu’avec les années qu’elle a mesuré ce que l’écart de pouvoir entre un président et une stagiaire faisait à sa compréhension de cette relation.

Le texte ouvre aussi une autre voie. Apprécier le consentement « au regard des circonstances » permet de tenir compte de la nature de la relation entre le mis en cause et la victime, pour interpréter un silence, caractériser le défaut de liberté d’un consentement ou établir une contrainte. Le code du travail assimile par ailleurs au harcèlement sexuel toute pression grave, même non répétée, exercée pour obtenir un acte sexuel.

Public Sénat, 2025.

Là où droit et psychologie divergent

La nouvelle définition comble des lacunes certaines, mais elle crée un risque nouveau. L’absence de preuves matérielles, symptomatique de ces affaires, pourrait conduire à analyser le comportement de la victime pour y chercher un consentement. Le risque est particulièrement prégnant en entreprise, environnement propice à l’interprétation en raison de la proximité entre collègues, des codes de sociabilité professionnelle et du lien de subordination.

Ces facteurs favorisent des attitudes de conciliation, comme sourire, esquiver ou accepter « juste un verre ». La psychologie y voit des stratégies de protection alors qu’elles sont aisément relues a posteriori comme des signes de consentement. Entre 2012 et 2019, 83 % des affaires d’agressions sexuelles ont été classées sans suite, notamment pour absence de preuve. Il conviendra d’observer l’évolution de ce chiffre.

Arrêter d’attendre le « non »

Ni la personne exposée ni le juge ne peuvent porter seuls la charge du refus. La prévention revient donc d’abord à l’organisation, et le plus tôt possible. Elle peut former les managers aux effets du pouvoir, ouvrir des canaux de signalement sans confrontation directe et outiller les témoins pour qu’ils interviennent.

La question change alors de nature. Non plus « Pourquoi n’a-t-elle pas dit non ? », mais « Pouvait-elle le dire ? » Pour les managers, elle se résume ainsi. Si votre collaborateur pense ne pas pouvoir dire non, son silence vous dit-il vraiment oui ?

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

– ref. Comment sortir du « Si ça la dérangeait, elle l’aurait dit », ou pourquoi il est si difficile de dire non à son manager – https://theconversation.com/comment-sortir-du-si-ca-la-derangeait-elle-laurait-dit-ou-pourquoi-il-est-si-difficile-de-dire-non-a-son-manager-294191

Un nuevo dinosaurio británico de garras largas es el primero de su especie en Europa

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Charlie Scherer, PhD Candidate in Earth Sciences, UCL

El cráneo fosilizado de una nueva especie de misterioso dinosaurio carnívoro procedente de la Isla de Wight ha sido redescubierto en las colecciones del Museo de Historia Natural de Londres, tras pasar más de 100 años almacenado.

A lo largo de sus casi 150 años de historia, este centro museístico ha acogido más de 30 millones de especímenes, lo que hace que sea bastante fácil pasar por alto algún que otro fósil o roca aquí y allá. Esto es, casi con toda seguridad, lo que le ocurrió al único fósil conocido del dinosaurio más reciente del Reino Unido, un terópodo carnívoro bípedo (la familia de dinosaurios que incluye a las aves) al que hemos bautizado como Invictibellatrix amberina en un nuevo estudio.

En 2020, Paul Barrett, uno de los paleontólogos del museo, revisó las colecciones de fósiles y se topó con un pequeño trozo de hueso que reconoció como una parte importante del cráneo de un dinosaurio: la caja craneal. Tras revisar los registros del museo, se dio cuenta de que la caja craneal se había encontrado en una playa cerca de Sudmoor Point, en la Isla de Wight, situada frente a la costa sur de Inglaterra conocida por sus fósiles de dinosaurios de fama mundial.

Sabiendo que procedía de la Isla de Wight, Barrett recurrió a uno de los que firmamos este artículo (Cassius Morrison), que era estudiante de doctorado especializado en cajas craneales de dinosaurios en aquel momento, para que estudiara el fósil en detalle e intentara averiguar a qué dinosaurio pertenecía.

Un fósil que no se parecía nada al resto

Este trabajo demostró que el fósil, de unos 120 millones de años de antigüedad, no se parecía a nada de lo hallado anteriormente en la isla y pertenecía a una nueva especie de una misteriosa familia de carnívoros: los Megaraptora.

Los megarraptores son conocidos por sus cráneos esbeltos, sus esqueletos de complexión ligera y sus gigantescas garras en las manos. Algunas de las especies más grandes tienen garras de más de 30 centímetros de largo. Estos feroces depredadores se encuentran en todo el mundo, aunque la mayoría de las especies conocidas proceden de Sudamérica, en particular de Argentina.

Nuestra nueva especie británica, Invictibellatrix amberina, se situaba en el extremo más pequeño de los megarraptores, con unos 5 metros de longitud de la cabeza a la cola y un peso similar al de un tigre grande, lo que la convierte en el megarraptor más pequeño conocido.

Para estudiar la nueva especie, la comparamos directamente con los cráneos de otros carnívoros. Esto planteaba una versión científica del juego “encuentra las diferencias” para identificar las sutiles distinciones entre especies para determinar a qué nos enfrentábamos.

También utilizamos la tomografía computarizada (TC), que combina rayos X y procesamiento informático para crear imágenes detalladas, con el fin de examinar el interior de la cavidad craneal del Invictibellatrix y estudiar todo lo que pudiéramos de su cerebro. Introducir todos estos hallazgos en un algoritmo informático para determinar dónde se sitúa nuestra especie en el árbol filogenético nos ayudó a evitar sesgos en nuestras interpretaciones.

Nuestro trabajo sugiere que la nueva especie probablemente formaba parte de las primeras etapas de la evolución de los megarraptores, representando el aspecto que tenían estos animales antes de alcanzar tamaños gigantescos, similares a los de sus parientes, los tiranosaurios.

Invictibellatrix y su lugar en el árbol genealógico de los terópodos revisten especial importancia, ya que ahora comprendemos mejor cuándo y cómo se extendieron los megaraptoranos por todo el mundo. Antes del descubrimiento de Invictibellatrix, solo se conocían megarraptores a partir de especies del Cretácico Temprano (hace 130-120 millones de años) de Tailandia y Japón, además de múltiples especies de mayor tamaño del Cretácico Tardío (hace 85–66 millones de años) de Australia y Argentina.

El guerrero del ámbar

Las grandes distancias entre estos hallazgos indican que los megarraptores debieron de ser aún más comunes de lo que sugieren sus fósiles, ya que es imposible que animales de gran tamaño como estos pudieran cruzar a nado los océanos que separaban estos continentes durante el período Cretácico.

Como primer megarraptor europeo, el Invictibellatrix nos proporciona pruebas sólidas de que el grupo probablemente viajó a los continentes meridionales desde Asia, pasando por Europa y África. Posteriormente, es probable que se extendieran por Sudamérica y Australia en algún momento durante —o quizás incluso antes— del Cretácico Temprano. El fósil también sugiere que otros megarraptores podrían estar esperando a ser descubiertos en África e incluso en la Antártida.

Probablemente, el Invictibellatrix convivió con otros carnívoros como el Neovenator (un pariente del Allosaurus), el Ceratosuchops (un pariente del Spinosaurus) y el Eotyrannus, que, como su nombre indica, era un antepasado del Tyrannosaurus rex. Probablemente, estos cuatro dinosaurios se alimentaban de animales diferentes entre sí para sobrevivir. El espinosaurio se especializó en alimentarse de peces, mientras que los demás comían más bien de presas terrestres. El Invictibellatrix probablemente se alimentaba de pequeños dinosaurios, mamíferos, lagartos e incluso cocodrilos.

La historia de los megarraptores parece seguir el patrón de la mayoría de los éxitos de la naturaleza. Un pequeño oportunista que vivía a la sombra de animales mucho más grandes en todo el mundo, hasta convertirse en la fuerza dominante en unos pocos ecosistemas selectos hasta el final de la era de los dinosaurios.

Es esta historia la que dio nombre a la Invictibellatrix amberina, en homenaje al papel de los megarraptores como depredadores ápice en el Cretácico tardío de Sudamérica. Su nombre se traduce como “guerrera [hembra] invicta del ámbar”.

Aunque proporciona pistas interesantes, Invictibellatrix no nos lo cuenta todo. Los científicos aún no están seguros de cuándo evolucionaron por primera vez los megarraptores.

Queda mucho por descubrir sobre los dinosaurios. A veces, sus secretos no están enterrados, sino escondidos en las colecciones de los museos, esperando a que alguien venga y los examine más de cerca.

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Las personas firmantes no son asalariadas, ni consultoras, ni poseen acciones, ni reciben financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y han declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado anteriormente.

– ref. Un nuevo dinosaurio británico de garras largas es el primero de su especie en Europa – https://theconversation.com/un-nuevo-dinosaurio-britanico-de-garras-largas-es-el-primero-de-su-especie-en-europa-295527