Misophonie : quand les sons du quotidien deviennent insupportables

Source: The Conversation – in French – By Mercedeh Erfanian, Research assistant professor, ESSCA School of Management

L’ESSENTIEL

  • Chez les personnes souffrant de misophonie, certains sons déclenchent des réactions automatiques d’aversion et de stress.

  • Handicapante au quotidien, cette affection ne résulte pas d’une simple sensibilité auditive aux sons.

  • La misophonie se traduit par un large éventail de symptômes et de troubles touchant plusieurs domaines, affectifs comme cognitifs.

Pleurs de bébés, sirènes d’alarme, bruits de marteaux-piqueurs… il est des sons que la plupart des gens s’accordent à trouver désagréables, en raison de leurs caractéristiques acoustiques, notamment leur fréquence et leur intensité sonore.

Cependant, chez certaines personnes, des sons plus anodins, tels que des bruits de mastication, de reniflement, de déglutition, de tapotement de doigts sur une table ou le déclic d’un stylo à bille, peuvent aussi déclencher une réaction de stress immédiate, intense et difficile à contrôler. Ces individus sont atteints d’un trouble appelé misophonie.

Une affection bien réelle

La misophonie ne consiste pas simplement à être « agacé par le bruit ». Il s’agit d’une condition médicale bien réelle, généralement définie comme une diminution de la tolérance à certains sons ou aux caractéristiques qui leur sont associés.

Chez les personnes misophones, ces sons peuvent provoquer des réactions émotionnelles, physiques et comportementales très fortes : colère, dégoût, anxiété, panique, tensions musculaires, accélération du rythme cardiaque, envie de fuir ou de faire cesser le bruit et, plus rarement, réactions verbales ou physiques agressives.

Le plus souvent, ce n’est pas le volume du son qui pose problème. La réaction dépend davantage de la nature du son, de sa signification, du contexte dans lequel il survient, voire de la personne qui le produit. Ainsi, un bruit de mastication peut être insupportable lorsqu’il est produit par une personne en particulier, dans un contexte donné, mais beaucoup plus facile à supporter dans une autre situation. Les personnes concernées remarquent souvent que leurs réactions sont automatiques, particulièrement intenses et bien plus fortes que celles des autres.

La misophonie peut avoir un impact important sur la vie quotidienne : partager un repas en famille, assister à un cours, travailler dans un open space ou dans un bureau partagé, prendre les transports en commun ou entretenir des relations intimes peut devenir très difficile.

Certaines personnes misophones réagissent non seulement aux sons, mais aussi à certains indices visuels qui y sont liés. Le fait de voir quelqu’un mâcher ou effectuer des mouvements répétitifs peut alors déclencher chez elles une réaction automatique. Ce phénomène est appelé misokinésie.

Les personnes atteintes de misophonie, en particulier celles qui présentent des symptômes sévères, peuvent être davantage susceptibles de développer de l’anxiété et une dépression au fil du temps, en raison de la détresse persistante associée à leurs symptômes et de leur impact sur la vie quotidienne.

Par ailleurs, la misophonie est fréquemment associée à divers troubles psychiatriques, notamment le trouble obsessionnel compulsif (TOC), le trouble de stress post-traumatique (TSPT), la dépression ou les troubles anxieux.

Des traces en imagerie cérébrale

Les travaux d’imagerie suggèrent que, chez les personnes misophones, l’activité et la connectivité de certaines régions cérébrales impliquées dans la saillance émotionnelle, c’est-à-dire dans le fait d’identifier certains sons comme particulièrement importants ou menaçants, peuvent être atypiques. Cela pourrait expliquer pourquoi des sons déclencheurs provoquent des réactions émotionnelles disproportionnées.

Ces sons peuvent également entraîner des réponses autonomes, comme une augmentation du rythme cardiaque, de la respiration ou de la transpiration.

Ils peuvent aussi entraîner une plus forte implication des régions motrices, notamment lorsque les sons sont liés à des actions telles que mâcher ou respirer. En effet, certaines études suggèrent que les régions cérébrales impliquées dans le contrôle des mouvements pourraient être davantage sollicitées chez les personnes atteintes de misophonie.

Normalement, lorsque nous entendons ou observons une autre personne effectuer une action, comme mâcher, notre cerveau peut activer en partie les mêmes systèmes moteurs que ceux impliqués lorsque nous réalisons nous-mêmes cette action, même si nous ne sommes pas en train de l’accomplir à cet instant ; ce processus est souvent associé au système des neurones miroirs.

Dans la misophonie, des sons déclencheurs, tels que la mastication ou la respiration, pourraient activer ces représentations motrices plus fortement que d’ordinaire, donnant au son un caractère plus immédiat, intrusif ou difficile à ignorer. Cette activation motrice accrue pourrait ainsi contribuer à l’intensité des réactions émotionnelles et physiques ressenties par les personnes misophones.

À la recherche des causes de la misophonie

Depuis de nombreuses années, les chercheurs tentent de mieux comprendre la misophonie.

En audiologie, elle a souvent été étudiée parmi les troubles de diminution de la tolérance aux sons, aux côtés de l’hyperacousie et de la phonophobie. Pourtant, ces troubles sont différents. L’hyperacousie est principalement liée à une sensibilité excessive au volume sonore, pouvant parfois provoquer une douleur. Quant à la phonophobie, elle se caractérise principalement par une peur de certains sons.

D’autres chercheurs pensent que la misophonie résulte d’un fonctionnement anormal des liens entre les sons et les émotions. Le cerveau perçoit normalement le son, mais la réponse émotionnelle et physique qui en résulte est disproportionnée.

Certains spécialistes ont également proposé de considérer la misophonie comme un trouble psychiatrique, car elle peut entraîner une souffrance importante, des comportements d’évitement, de la colère, de l’anxiété et une altération de la qualité de vie.

Cependant, cette question fait toujours l’objet de débats scientifiques et, à ce jour, la misophonie n’est pas encore reconnue comme un trouble distinct dans les principales classifications médicales internationales. Cependant, une proposition visant à établir une classification officielle de ce trouble est actuellement examinée par des experts.

Les recherches les plus récentes suggèrent toutefois que la misophonie ne se limite pas à une simple sensibilité aux sons.

Un problème d’adaptation et de régulation des émotions ?

Les sons qui déclenchent une réaction chez les personnes misophones font souvent partie de situations tout à fait ordinaires : quelqu’un qui mange, respire, tapote avec un stylo ou produit un bruit répétitif.

Pour une personne non misophone, ces sons peuvent facilement passer inaperçus ou être ignorés. Chez une personne misophone, en revanche, une fois que le son a capté l’attention, il peut devenir très difficile de s’en détacher.

Le problème ne semble donc pas concerner uniquement l’intensité de la réaction initiale. Certaines personnes peuvent aussi avoir du mal à calmer cette réaction une fois qu’elle a commencé : détourner leur attention du son, réduire leur colère ou leur détresse ou retrouver rapidement un état émotionnel plus calme peut être difficile.

Cela suggère que la misophonie pourrait impliquer non seulement une sensibilité accrue à certains sons, mais aussi une difficulté à s’y adapter et à réguler les émotions qu’ils déclenchent.

Flexibilité cognitive et affective altérée ?

Un autre élément important est que la réaction dépend fortement du contexte. Un même son peut être tout à fait supportable dans une situation et devenir insupportable dans une autre. Par exemple, certaines personnes misophones peuvent mieux tolérer un son lorsqu’il est produit par un animal ou un jeune enfant que lorsqu’il est produit par un adulte, en particulier par un proche.

Pour mieux comprendre pourquoi certaines personnes ont plus de mal à s’adapter à ces situations ou à sortir de la réaction émotionnelle qu’elles provoquent, nous avons mené une étude pour savoir si la misophonie était liée à la flexibilité cognitive et à la flexibilité affective. La flexibilité cognitive correspond à la capacité d’adapter sa façon de penser lorsqu’une situation change. La flexibilité affective correspond à la capacité de déplacer son attention ou d’ajuster sa réaction émotionnelle lorsque la situation évolue.

Nos résultats suggèrent qu’une misophonie plus sévère pourrait être associée à une diminution de ces deux formes de flexibilité. Concrètement, une fois qu’un son déclencheur attire l’attention, certaines personnes misophones peuvent avoir plus de mal à « passer à autre chose ». Elles peuvent, par exemple, avoir du mal à détourner leur attention, à se rappeler que le son n’est pas intentionnel, à voir la situation d’une manière moins négative ou à retrouver un état émotionnel plus calme.

Cela pourrait aussi expliquer pourquoi la réaction continue parfois après la disparition du son. Une personne peut rester en colère, tendue ou en détresse, ou continuer à repenser à l’événement longtemps après qu’il s’est terminé.

Une flexibilité réduite pourrait également rendre certaines attentes concernant le comportement des autres plus rigides. Par exemple, si une personne s’attend fortement à ce qu’un proche ne mâche pas bruyamment, ne tapote pas de manière répétée ou ne fasse pas certains bruits de respiration, le fait que cette attente ne soit pas respectée peut être plus difficile à accepter et renforcer la réaction émotionnelle.

Ainsi, la difficulté pourrait résider non seulement dans la force de la réaction initiale, mais aussi dans la capacité à s’en détacher : déplacer son attention, revoir son interprétation de la situation et laisser progressivement retomber l’émotion.

Une question de comportement perçu ?

Ces observations soulèvent une autre question importante : la manière dont nous interprétons le comportement des autres joue-t-elle un rôle dans la misophonie ?

En effet, la plupart des sons déclencheurs qui provoquent des réactions chez les personnes misophones sont produits par d’autres personnes, le plus souvent avec le nez ou la bouche, même si une sensibilité peut aussi se développer à d’autres sons, tels que le fait de faire craquer ses doigts, de tapoter avec un stylo ou de claquer des doigts. Parfois, la réaction peut aussi résulter de bruits ambiants, tels que ceux produits par un ventilateur.

Ici, la question n’est plus seulement de savoir si la personne parvient à se détacher de sa réaction, mais aussi comment elle interprète le comportement à l’origine du son. La réaction pourrait donc dépendre non seulement des caractéristiques du son, mais aussi de la façon dont le comportement de l’autre est perçu. Le bruit semble-t-il inutile, évitable ou intentionnel ? Est-il perçu comme irrespectueux ?

Si tel est le cas, des notions comme la théorie de l’esprit, qui permet de comprendre les pensées et les intentions d’autrui, et l’empathie, c’est-à-dire la capacité à comprendre ou à partager les émotions des autres, pourraient jouer un rôle important dans les futures recherches sur la misophonie.

Ces travaux devront tenter de dépasser les explications trop simplistes qui réduisent la misophonie à une simple sensibilité au bruit ou à de l’irritabilité. Il s’agira de contribuer à améliorer la sensibilisation à cette condition médicale, sa compréhension clinique et l’accompagnement des personnes concernées.

Pour aller plus loin

Si vous pensez être concerné par la misophonie et souhaitez en savoir plus sur ces recherches ainsi que sur les possibilités de participer à de futures études, vous pouvez contacter Mercedeh Erfanian.

The Conversation

La plupart des références citées dans ce texte renvoient à mes travaux scientifiques (évalués par les pairs), qui portent soit sur le paysage sonore, soit sur les neurosciences auditives, soit plus spécifiquement sur la misophonie.

ref. Misophonie : quand les sons du quotidien deviennent insupportables – https://theconversation.com/misophonie-quand-les-sons-du-quotidien-deviennent-insupportables-289837

Allocation de rentrée scolaire : ce que les familles modestes font de cet argent

Source: The Conversation – France in French (3) – By Hélène Ducourant, Sociologue, Laboratoire Territoires Techniques et Sociétés, CNRS, Ecole des ponts, Université Gustave Eiffel


L’ESSENTIEL

  • L’allocation de rentrée scolaire, ARS, est versée aux familles modestes ayant des enfants scolarisés de 6 à 18 ans. Son montant varie de 426 à 466 euros.

  • Cette allocation fait parfois l’objet de polémiques : que font les familles modestes de cet argent ?

  • Une enquête menée auprès de parents vivant sous le seuil de pauvreté nous renseigne sur l’usage de cette allocation.


Le 18 août 2026, près de trois millions de familles recevront l’allocation de rentrée scolaire (ARS). Créée en 1974, cette prestation est versée sous condition de ressources aux familles ayant des enfants scolarisés de 6 à 18 ans. Son montant varie, cette année, de 426 à 466 euros par enfant selon l’âge. Pour les familles modestes, cette somme constitue un apport important dans un budget contraint tout au long de l’année et son versement donne le signal de départ des courses de rentrée.

Mais cette allocation fait aussi, rituellement, l’objet de controverses. Les figures du soupçon ont évolué : au parent autrefois accusé de boire l’allocation au bistrot a succédé celui qui achèterait un magnétoscope, un écran plat, puis un smartphone ou encore une console de jeux. À ces procès en mauvais usage s’ajoute un autre débat, portant sur l’écart entre le montant de l’aide et le coût réel de la rentrée. Après tout, quelques cahiers, une trousse et un agenda ne devraient pas coûter si cher !

Avec l’Observatoire Emmaüs des budgets contraints et les associations SOS Familles Emmaüs, nous avons réalisé une enquête par entretiens auprès de 20 parents vivant sous le seuil de pauvreté. Dix-neuf enquêté·es sont des femmes et 12 élèvent seul·es leurs enfants. L’objectif : comprendre comment se prépare la rentrée lorsque le budget est contraint toute l’année et comment l’ARS est utilisée.

« C’est pour les enfants »

L’ARS n’est pas une prestation affectée, son usage n’est pas contrôlé, et les familles peuvent en disposer comme elles le souhaitent. Pourtant, sa destination ne fait guère de doute. Dimitry, ancien magasinier-cariste aujourd’hui sans emploi et père seul de deux enfants, le dit spontanément :

« Ah oui, c’est pour les enfants ! Dès que ça arrive, c’est “ça” pour les vêtements, “ça” les affaires scolaires (…). »

Cette séparation fait écho aux travaux de la sociologue états-unienne Viviana Zelizer sur le « marquage » de l’argent : toutes les sommes d’un ménage ne sont pas pensées comme fongibles ou interchangeables. Ici, l’ARS est d’abord de l’argent fléché vers les enfants.

Acheter du neuf pour la rentrée

Un résultat frappant de l’enquête concerne la « tenue de rentrée ». Pour les familles qui recourent autant que possible à la seconde main ou à la récupération, l’ARS permet d’acheter du neuf. Fatima, agente de service hôtelier en clinique et mère de trois enfants, explique :

« Je suis sur Vinted, mais pas pour la rentrée. Pour le premier jour de la rentrée, voilà, je lui fais plaisir. »

Il s’agit aussi d’éviter que les enfants se sentent en décalage avec leurs camarades. Samia, accompagnante d’élèves en situation de handicap (AESH) en arrêt maladie de longue durée et mère célibataire de trois enfants, résume :

« Presque la même chose que tout le monde, c’est pas plus bas, c’est pas plus haut, mais voilà, je reste raisonnable. »

Cette préoccupation s’accentue avec l’âge. Au collège et au lycée, vêtements, baskets ou cartable participent à la possibilité d’être « comme les autres ».

La sociologue états-unienne Patricia Berhau souligne que deux adolescents peuvent porter des baskets comparables alors que, pour l’un, l’achat a été banal et sans enjeu et que, pour l’autre, il a fallu économiser, arbitrer et trouver la bonne affaire. Dans les familles enquêtées, il a souvent fallu attendre l’ARS.

Beaucoup de calculs derrière les achats

Ces dépenses n’ont rien d’un achat compulsif. La rentrée suppose de trier, de récupérer, d’établir des listes, de comparer les enseignes, de repérer les promotions et de parcourir plusieurs magasins.

Les travaux d’Ana Perrin-Heredia sur les budgets populaires ont montré l’importance au quotidien de ces compétences budgétaires, très souvent mises en œuvre par les femmes. On les retrouve activées à propos du choix des fournitures, par exemple. Dominique, inventoriste de nuit à mi-temps et mère de deux enfants, sait par exemple que certains crayons d’une grande enseigne de loisirs créatifs s’usent trop vite. Les produits des marques distributeurs des hypermarchés sont particulièrement recherchées par les enquêté·es.

Les baskets, un achat fréquent

L’achat de baskets revient dans plusieurs entretiens. Mélanie, infirmière scolaire en mi-temps thérapeutique et maman solo de deux garçons adolescents, explique :

« Ils sont super raisonnables. Ils aiment bien avoir une bonne paire de baskets, sinon le reste ils s’en foutent. Je les ai élevés comme ça. »

Le prix élevé des baskets de marque est aussi parfois au cœur des controverses sur les usages de l’ARS. La sociologue Lindsay DuBois l’a observé en Argentine au sujet de l’Asignación Universal por Hijo, une allocation destinée aux familles pauvres créée en 2009. Cette dernière est souvent utilisée pour acheter des baskets et entraîne bien des discussions, elles peuvent être vues par les familles comme participant à la dignité et à l’intégration des enfants, mais par les détracteurs comme la preuve d’un mauvais usage de l’argent public.

L’anxiété de voir les enfants grandir

L’enquête met enfin en évidence une anxiété budgétaire liée à l’avancée dans la scolarité. Elle existe aussi dans les classes moyennes ou supérieures, mais se concentre souvent plus tard sur la période des études supérieures : logement, frais de scolarité, mobilité. Dans les familles rencontrées, elle apparaît dès l’école primaire ou le collège. Mariam, employée de ménage et maman solo de quatre enfants, explique :

« Je vois un peu plus loin, je vois que les enfants, ils vont grandir (…) de temps en temps, je me dis : “Est-ce que j’arriverai à être prête pour acheter les choses que, eux, veulent ou non ?” »

Les poussées de croissance rendent cette inquiétude très concrète. Daniela, qui effectue ponctuellement des missions d’intérim et élève quatre enfants, plaisante :

« Ah oui, je sais pas comment ils font pour grandir comme ça ! Surtout aussi les pieds. (…) j’ai dit [à mon fils] : “Mais arrête s’il te plaît, s’il te plaît arrête, j’en peux plus !” »

Ainsi, les dépenses de rentrée ne se réduisent pas aux seules fournitures scolaires, parfois prises en charge par les municipalités. Les usages de l’ARS décrits ici montrent comment les familles profitent du desserrement ponctuel de la contrainte budgétaire pour faire plaisir aux enfants, mais aussi pour atténuer les écarts matériels qui les séparent de leurs camarades.


L’étude a été réalisée par Hélène Ducourant, Fanta Koné, Nicolas Boisard, Léonie Clarac-Dutillieux, Margot Klein, Gwenaëlle Vincelle.

The Conversation

Hélène Ducourant ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Allocation de rentrée scolaire : ce que les familles modestes font de cet argent – https://theconversation.com/allocation-de-rentree-scolaire-ce-que-les-familles-modestes-font-de-cet-argent-289931

Le monde a changé : les pays africains doivent repenser leur modèle de croissance économique

Source: The Conversation – in French – By Jonathan Munemo, Professor of Economics, Salisbury University

La perturbation prolongée du trafic maritime dans le détroit d’Ormuz a mis en évidence la vulnérabilité des économies africaines face aux chocs géopolitiques. Les prix des carburants sont restés élevés, mettant à rude épreuve les économies qui dépendent fortement des importations de pétrole en provenance du Moyen-Orient. C’est le cas notamment de l’Éthiopie, du Kenya, du Mozambique, de l’Afrique du Sud, de la Tanzanie et de l’Ouganda.

Cette vulnérabilité met également en péril les efforts du continent pour sortir de la pauvreté grâce à ce que les économistes appellent la transformation structurelle. Il s’agit de faire passer les travailleurs d’activités à faible productivité, telles que l’agriculture de subsistance, vers des emplois plus productifs dans l’industrie manufacturière et les services modernes.

Le continent n’a jamais pleinement participé à la vague d’industrialisation axée sur l’exportation qui a transformé l’Asie de l’Est à partir des années 1960. Et aujourd’hui, les ambitions d’industrialisation de l’Afrique sont devenues encore plus difficiles à concrétiser, alors que les rivalités géopolitiques, la fragmentation des chaînes d’approvisionnement et l’intelligence artificielle redessinent l’économie mondiale.

En tant qu’économiste ayant écrit sur la manière dont l’utilisation du commerce mondial comme arme affecte les économies africaines, je pense que la transformation structurelle reste d’actualité. Mais elle doit être repensée autour de quatre priorités :

  • des marchés plus vastes

  • une alimentation électrique fiable

  • les avantages comparatifs de l’Afrique

  • l’agriculture.

Pourquoi l’ancien modèle fonctionnait

Le Japon, la Corée du Sud, Taïwan, la Chine et le Vietnam se sont tous industrialisés à peu près de la même manière. Ils ont développé leurs exportations de produits manufacturés à forte intensité de main-d’œuvre, tels que les vêtements, les chaussures, les meubles et l’électronique. Ces industries ont créé des millions d’emplois pour des travailleurs ayant un niveau d’éducation formelle limité, tout en développant progressivement des capacités technologiques, des entreprises performantes et des réseaux logistiques efficaces.

Ce qui a rendu cela possible, c’est un système commercial mondial relativement stable. Les barrières commerciales ont globalement disparu, la demande de produits manufacturés s’est accrue et les pays riches se sont progressivement détournés des industries à bas salaires à mesure que les revenus augmentaient. Les gouvernements ont pu se concentrer sur l’amélioration de leur compétitivité car les règles du commerce international étaient relativement prévisibles.

L’Afrique n’a jamais pleinement tiré parti de cette opportunité. L’industrie manufacturière ne représente qu’environ 10 % du PIB en Afrique subsaharienne, contre environ 22 % en Asie de l’Est et dans le Pacifique. La part du continent dans l’industrie manufacturière mondiale est passée d’environ 3 % dans les années 1970 à moins de 2 % aujourd’hui.

Le continent a eu du mal à développer une industrie manufacturière compétitive à l’échelle internationale, même lorsque l’environnement commercial mondial était relativement ouvert. Plusieurs facteurs l’ont freiné :

  • un approvisionnement électrique peu fiable

  • des coûts de transport et de logistique élevés

  • des marchés intérieurs restreints et fragmentés

  • de faibles capacités industrielles

  • un accès limité au financement

  • des politiques publiques imprévisibles.

En conséquence, de nombreuses économies sont restées dépendantes des exportations de matières premières tout en important la plupart des produits manufacturés.

Ces contraintes de longue date n’ont pas disparu. Au contraire, l’Afrique est désormais confrontée à un double défi. Elle doit surmonter les obstacles structurels qui ont empêché le modèle traditionnel de développement axé sur l’industrie manufacturière de décoller par le passé, et s’adapter à une économie mondiale qui a radicalement changé. Ce défi ne rend pas la transformation structurelle impossible. Il signifie simplement que l’ancien modèle ne fonctionnera plus.

Quatre changements ont boulversé les règles du jeu

Le premier changement est que le commerce lui-même est devenu un outil géopolitique. Les pays recourent aux contrôles à l’exportation, aux sanctions financières et au contrôle des technologies stratégiques pour atteindre leurs objectifs de sécurité nationale. Les perturbations dans le détroit d’Ormuz en sont une illustration.

Le deuxième changement est que l’industrie manufacturière ne peut plus créer autant d’emplois qu’auparavant. L’automatisation a réduit la demande d’emplois peu qualifiés dans les usines, qui employaient autrefois des millions de travailleurs.

C’est un enjeu majeur, car, d’ici 2030, l’Afrique subsaharienne devrait représenter environ la moitié de tous les nouveaux arrivants sur le marché du travail mondial. Cela représente environ 15 millions de jeunes chaque année. Pour créer des emplois productifs, il faudra miser sur la croissance dans l’industrie manufacturière, les services modernes et une agriculture à plus forte valeur ajoutée, plutôt que de compter uniquement sur les usines.

Troisièmement, la Chine est restée compétitive dans l’industrie manufacturière à forte intensité de main-d’œuvre. La hausse des salaires avait conduit de nombreux économistes à s’attendre à ce que la production de vêtements, de textiles et de chaussures se délocalise vers des pays à faibles revenus. Au lieu de cela, la Chine domine toujours. Il est donc beaucoup plus difficile pour les producteurs africains de pénétrer les secteurs qui ont servi de points d’entrée aux pays industrialisés plus tôt.

Le quatrième changement concerne l’intelligence artificielle. L’IA est en train de devenir une technologie à usage général capable d’aider les économies à réorienter la main-d’œuvre et les capitaux vers des activités plus productives. Par exemple :

  • Les outils basés sur l’IA peuvent aider les agriculteurs à prendre de meilleures décisions concernant la météo, les ravageurs, l’utilisation des intrants et les prix du marché.

  • Les entreprises peuvent utiliser l’IA pour réduire leurs coûts, améliorer la qualité et s’intégrer dans les chaînes de valeur régionales et mondiales.

Comment les gouvernements devraient réagir

Le continent africain a encore besoin de millions d’emplois mieux rémunérés et d’une productivité bien plus élevée pour réduire la pauvreté et améliorer le niveau de vie. Ce qui a changé, c’est la voie à suivre pour atteindre ces objectifs.

Premièrement, il faut viser la sécurité économique collectivement et non pays par pays. La transformation structurelle exige que les entreprises investissent dans de nouvelles industries. Or, elles sont moins enclines à le faire si les marchés d’exportation sont incertains ou si les chaînes d’approvisionnement sont facilement perturbées. Un marché intégré plus vaste peut réduire ces risques.

Agir ensemble confère également aux pays africains un plus grand pouvoir de négociation, alors que les États-Unis, la Chine et les pays du Golfe se livrent à une concurrence pour investir dans les infrastructures numériques et physiques du continent. La mise en œuvre complète de la Zone de libre-échange continentale africaine est plus urgente que jamais.

Deuxièmement, investir dans l’électricité. C’est le fondement tant de l’industrialisation que de l’économie numérique. L’industrie manufacturière, les services numériques et les secteurs reposant sur l’intelligence artificielle ne peuvent se développer sans un approvisionnement électrique fiable. Pourtant, l’électricité reste l’un des principaux freins. En Afrique subsaharienne, 78 % des entreprises subissent des coupures de courant régulières. En conséquence, elles perdent en moyenne 8,4 % de leur chiffre d’affaires annuel, contre une moyenne mondiale de 5,2 %. Au Nigeria, 86 % des entreprises possèdent ou partagent un groupe électrogène. Au Kenya, ce chiffre est de 65 % ; en Afrique du Sud, de 63 %.

Cette dépendance vis-à-vis des groupes électrogènes diesel accroît la dépendance vis-à-vis des importations de carburant : un point faible.

Troisièmement, il faut se positionner là où l’Afrique dispose de véritables avantages comparatifs : les industries liées aux ressources naturelles et aux marchés intérieurs en pleine croissance. En voici quelques exemples :

Enfin, il faut reconnaître que l’agriculture est au cœur de la transformation structurelle, et qu’elle n’en est pas distincte. Près de la moitié de la main-d’œuvre de l’Afrique subsaharienne est employée dans l’agriculture. Une productivité agricole plus élevée augmente les revenus ruraux, libère de la main-d’œuvre pour des activités productives et crée une demande pour l’industrie manufacturière et les services.

L’IA peut accélérer ce processus en aidant les agriculteurs.

Les pays qui parviendront à relier ces nouvelles réalités à l’objectif de longue date consistant à réorienter la main-d’œuvre et les ressources vers des activités à plus forte productivité seront les mieux placés pour parvenir à une croissance durable et inclusive.

The Conversation

Jonathan Munemo does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Le monde a changé : les pays africains doivent repenser leur modèle de croissance économique – https://theconversation.com/le-monde-a-change-les-pays-africains-doivent-repenser-leur-modele-de-croissance-economique-289439

Sobra petróleo en los mercados pero faltan refinerías, por eso no baja el precio del gasóleo

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Enrique Parra Iglesias, Profesor Titular de Universidad, Universidad de Alcalá

dongfang/Shutterstock

Quien solo mire las cotizaciones del petróleo podría pensar que el alivio en los precios de la energía está a la vuelta de la esquina. El Brent, la referencia europea, ha caído un 36 % desde los máximos de abril, cuando la crisis del estrecho de Ormuz lo llevó a 138 dólares. Sin embargo, los precios del gasóleo en el surtidor apenas han bajado. ¿Por qué?

La respuesta tiene un nombre técnico, crack spread, y unas implicaciones económicas que van mucho más allá de lo que pagamos al repostar. El crack spread es la diferencia entre lo que cuesta un barril de crudo y lo que valen los productos que salen de la refinería. Cuando esa diferencia se dispara, el mercado está indicando que falta producto refinado: el consumidor paga más aunque el petróleo baje.

Según los datos spot (del mercado al contado) de la agencia oficial de estadística y análisis del Departamento de Energía de los Estados Unidos (EIA), el crack del gasóleo (el margen de beneficio bruto que obtienen las refinerías al transformar el petróleo crudo en gasóleo) en el golfo de México frente al Brent ha pasado de 20 dólares por barril en febrero a un pico de 92 dólares a finales de julio: más de cuatro veces. En Europa, el margen del gasóleo superó los 60 dólares por barril y el de la gasolina los 41, cifras que baten incluso las del verano de 2022, tras la invasión de Ucrania.

Refinerías: un sistema complejo

Para entender por qué ocurre esto conviene recordar que una refinería es un complejo industrial con decenas de unidades de proceso –destilación, craqueo catalítico, hidrocraqueo, coquización, desulfuración– cuya combinación determina qué crudos puede procesar y qué productos obtiene. Operan en el mundo unas 820 refinerías y ninguna es igual a otra: cada una tiene su complejidad, su dieta de crudos, su logística y sus contratos.

La Agencia Internacional de la Energía (AIE) publica cada mes unos indicadores de márgenes de refino que son la referencia mundial del sector. Pero su interpretación exige cautela. Lo que calcula la AIE es un margen teórico a coste variable para una refinería hipotética, combinando tres factores: un tipo de proceso de refino (simple, de craqueo o de coquización), un solo crudo de referencia (Brent, Dubai o WTI, según la región) y un mercado de destino para los productos (Rotterdam, Singapur o el golfo de México).

Ese margen se calcula a coste variable: descuenta el crudo, el flete y la energía consumida en el proceso, y ahí se detiene. Quedan fuera los costes fijos –personal, mantenimiento, seguros–, las amortizaciones de unas instalaciones que cuestan miles de millones, las provisiones por desmantelamiento y remediación ambiental, los gastos financieros de la deuda y de las líneas de crédito necesarias para comprar cada cargamento de crudo, y los impuestos. Sumados, esos conceptos pueden absorber entre 4 y 10 dólares por barril, de modo que un margen indicador de 5 dólares es compatible con pérdidas.

De marzo a julio: la crisis se agrava

El shock de marzo fue brutal. El cierre del estrecho de Ormuz interrumpió casi 20 millones de barriles diarios de exportaciones y disparó los indicadores de la Agencia Internacional de la Energía a niveles sin precedentes: el margen de craqueo en Singapur saltó de 2,7 a 42 dólares por barril en un solo mes.

Pero los resultados de julio han sido peores. La clave está en que la dinámica se ha invertido:

  • En marzo subieron a la vez crudo y productos, con los productos algo por delante.

  • En julio, la reapertura parcial del Estrecho ha permitido que el crudo fluya de nuevo y su precio baje, pero los productos siguen tensionados.

El Oil Market Report de la AIE de julio lo resume así: la desconexión entre unos mercados de crudo aparentemente bien abastecidos y unos mercados de productos tensionados ha llevado los cracks y los márgenes a máximos de cuatro años.

¿Por qué siguen tensionados los productos?

Porque la guerra no destruyó pozos sino refinerías. Las plantas de Oriente Medio no han podido reanudar su actividad y las rusas se enfrentan a los ataques ucranianos, hasta el punto de que en julio Rusia suspendió sus exportaciones de diésel –entre 0,8 y 1 millón de barriles diarios– para abastecer su propio mercado.

Sobre esos daños bélicos se acumulan otros problemas previos: Estados Unidos ha perdido 1,2 millones de barriles diarios de capacidad por cierres y conversiones desde 2019, y Europa lleva una década cerrando refinerías por falta de rentabilidad. El resultado es que hoy hay crudo disponible, pero no dónde convertirlo en gasóleo.

Lo que paga el transportista

El gasóleo no es solo lo que echamos al coche: mueve el transporte de mercancías, la maquinaria agrícola, la construcción y la flota pesquera. Cuando sube, el coste se traslada a toda la cadena productiva, desde la lechuga que viaja en camión frigorífico hasta el cemento.

Y lo que paga el transportista no es lo que marca el surtidor. Deduce el IVA (21 %) pero abona el Impuesto Especial de Hidrocarburos (IEH) del qe solo recupera 4,9 céntimos por litro mediante la devolución del gasóleo profesional. Calculado sobre los datos del Weekly Oil Bulletin de la Comisión Europea, ha pasado de 1,11 euros el litro en febrero a 1,43 en agosto: un 29 % más, unos 11 000 euros anuales adicionales para un transportista autónomo.

Atascos en la refinería

Medido de forma comparable, el abaratamiento del crudo no ha llegado al consumidor, se ha quedado en el camino porque el cuello de botella ya no está en el pozo sino en la refinería.

Entre el 23 de marzo y el 3 de agosto el Brent, convertido a euros por litro con los tipos diarios del BCE, bajó 11 céntimos por litro, un 18 %.

En ese mismo periodo, en España, el gasóleo antes de impuestos bajó dos décimas de céntimo: un 0,2 %. En el surtidor la caída fue del 5 %, pero solo porque los impuestos, al ser una cantidad fija por litro, amortiguan el porcentaje.

Una precisión necesaria: entre la salida de refinería y el surtidor hay un eslabón que no es refino, sino comercialización, logística, almacenamiento, distribución capilar y margen minorista. El precio antes de impuestos del gasóleo en España ha subido un 58 % desde febrero, frente al 39 % del crudo en euros: el diferencial entre ambos ha pasado de 42 a 73 céntimos por litro.

Ese diferencial engloba refino y comercialización, y separarlos exigiría comparar el precio español con la cotización del gasóleo CIF Mediterráneo (una cotización de referencia internacional para el precio del gasóleo entregado en puertos del mar Mediterráneo), algo que la estadística pública no permite hacer directamente con rapidez. Cuánto se ha quedado cada eslabón es una pregunta abierta, aunque hemos visto que el crack spread del gasóleo ha subido con fuerza.

Precios al alza más allá de los tipos

Una diferencia amplia y persistente entre lo que cuesta un barril de crudo y lo que valen los productos que salen de la refinería (crack spread) significa que, incluso si el crudo baja, los precios de los combustibles –y con ellos los de transporte, alimentación y manufacturas– pueden mantenerse altos.

Es una presión inflacionista cuyo origen no está en un exceso de demanda sino en un cuello de botella físico: no hay suficientes refinerías operativas para transformar el crudo disponible en los productos que el mundo necesita.

Los resultados del segundo trimestre de 2026 de las grandes petroleras lo confirman. Repsol, TotalEnergies, Shell, BP y Eni han declarado beneficios de refino entre dos y cuatro veces superiores a los del año anterior. Pero las propias compañías advierten de que sus márgenes realizados han quedado por debajo de los indicadores teóricos: Shell y Eni lo dicen textualmente, y BP señala que los márgenes capturados “pueden diferir significativamente” por los diferenciales de crudo, los fletes y el mix de producto. Es la mejor prueba de que esos indicadores, útiles como señal de tendencia, no son la cuenta de resultados de ninguna refinería.




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Evitar la lectura fácil

Lo que está encareciendo el gasóleo no es una decisión empresarial, sino una restricción física: hay crudo de sobra pero falta capacidad para transformarlo.

El problema es que construir una refinería lleva entre cinco y diez años, y pocos inversores comprometen miles de millones a muchos años vista en un activo que la transición energética condena a una vida útil incierta.

Mientras esa capacidad no se reponga, la inflación energética no se resolverá solo porque baje el precio del barril Brent.

The Conversation

Enrique Parra Iglesias no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

ref. Sobra petróleo en los mercados pero faltan refinerías, por eso no baja el precio del gasóleo – https://theconversation.com/sobra-petroleo-en-los-mercados-pero-faltan-refinerias-por-eso-no-baja-el-precio-del-gasoleo-289450

Matemáticas, dibujos animados y vacaciones: a veces, la combinación perfecta

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Pablo Beltrán-Pellicer, Profesor del área de Didáctica de la matemática, Universidad de Zaragoza

La serie británica de vídeos de animación ‘Numberblocks’. Blue-Zoo / Alphablocks Ltd

Durante las vacaciones de verano, muchas familias confían en los cuadernillos para que los más pequeños mantengan hábitos de estudio y repasen contenidos.

Pero las vacaciones son, y deberían ser sobre todo, un período de descanso. Además, pueden ser un tiempo en que explorar nuevos campos y generar curiosidad. En el caso de las matemáticas, a lo largo del curso escolar ocurre que pocas veces se toca, de forma genuina, la dimensión “apreciativa” de las matemáticas.

Esta dimensión es la que nos hace capaces de apreciar las matemáticas como disfrute, además de como una recreación en sí mismas, y como una forma de interpretar el mundo que nos rodea. Esto se puede lograr con excursiones al aire libre o paseos por la naturaleza (por ejemplo, mediante rutas matemáticas), pero también en casa, a través de juegos de mesa o viendo la tele.

Nuevos contenidos de entretenimiento educativo

En la actualidad hay producciones de dibujos animados con un tratamiento de las matemáticas espectacular. Los Numberblocks son un claro ejemplo de ello.

¿Cómo describirlos brevemente? Muy fácil, es como si los policubos, esos objetos tridimensionales formados al unir varios cubos idénticos por sus caras, cobrasen vida. No solo ello, sino que cada “numberblock” tiene su personalidad… relacionada con las propiedades matemáticas del número en cuestión.

Los episodios, de menos de cinco minutos de duración y disponibles en YouTube, normalmente giran alrededor de ideas propias de la aritmética. Sin embargo, nos encontramos también con la geometría o la probabilidad.




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A vueltas con la probabilidad

Uno, Dos y Tres están en la playa, sedientos, y solo hay una máquina de agua helada. ¿Quién va primero? Lo echan a suertes con un dado estándar. Sale un cuatro. Problema: Cuatro no ha venido a la playa. Y tampoco Cinco ni Seis, así que la mitad de las caras del dado no sirven para nada.

Uno, Dos y Tres, con la máquina de agua fresca y el dado estándar
Uno, Dos y Tres, con la máquina de agua fresca y el dado estándar.
Numberblocks 6×03

Así arranca Hielo y dados, título que tiene más gracia en el inglés original, Ice and Dice, que contiene más didáctica de la probabilidad que muchas páginas de libro de texto y, por supuesto, muchos cuadernillos de verano. Es, hasta donde sabemos, el único capítulo de la serie dedicado al azar.

Un dado ¿justo?

Para resolver el problema, Seis les ofrece una máquina de fabricar dados personalizados donde basta con colocar los números en los seis huecos. El reparto que eligen parece lógico: Uno se lleva una cara; Dos, dos caras; y a Tres le quedan las tres caras restantes. Todos ellos están de acuerdo con esta lógica aplastante.

La máquina de hacer dados
La máquina de hacer dados.
Numberblocks 6×03

En efecto, lanzan el dado cinco veces y salen un tres, un dos, un tres, un dos y otro tres. Uno no llega a beber ni una vez y lo verbaliza como lo haría cualquier niño de cinco años: “Algo no está bien. Ya tuvieron muchos turnos y a mí no me ha tocado ninguno”. Eso es el significado intuitivo de la probabilidad.




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Aquí hay ya una idea potente, y es que los números de las caras no están funcionando como cardinales, sino como etiquetas: podrían sustituirse tranquilamente por colores o por pegatinas con la cara de cada personaje sin que el juego cambiara lo más mínimo. Confundir esos dos usos del número es exactamente lo que lleva a los personajes al desastre.

Lo que viene después es una pequeña joya de guion que lleva esta intuición inicial a la representación estadística y cuyo desenlace permite entender que un juego es equitativo cuando todos los jugadores tienen la misma probabilidad de ganar el mismo premio; o, si las probabilidades difieren, cuando se igualan las esperanzas de ganancia.

El recuento de dados, el triple de treses que de unos, y el doble de doses que de unos
El recuento de dados.
Numberblocks 6×03

¿Lados o caras?

Por cierto, un aviso para navegantes: el doblaje al español de este episodio traduce faces por “lados” en lugar de por “caras”. Buena excusa para verlo también en inglés, porque la confusión da algo de juego.

En geometría, lado designa el segmento que delimita una figura plana (un cuadrado tiene cuatro lados), mientras que cara designa cada una de las superficies que delimitan un cuerpo tridimensional (un dado, al ser un cubo, tiene seis caras). Traducir faces por lados echa a perder esta riqueza de vocabulario que lleva justo a la distinción entre dos y tres dimensiones que estas series se esfuerzan en transmitir con cuidado.

La probabilidad en las primeras etapas

Todo esto no es anecdótico. La probabilidad y la estadística forman parte, en los currículos españoles vigentes, del llamado sentido estocástico, presente desde las primeras edades. Y las orientaciones internacionales insisten en lo mismo.

Los juegos de azar son ,precisamente, el contexto donde los niños toman conciencia de que hay resultados impredecibles y empiezan a construir significados propios sobre la probabilidad mucho antes de recibir instrucción formal. Las investigaciones muestran que suelen tener intuiciones correctas sobre lo que es un juego justo, pero se atascan al justificarlo: razonan de forma aditiva (“me han tocado tres turnos menos”) cuando la situación exige pensar en proporciones.

Otros contenidos audiovisuales

Poner dibujos animados a niños de cinco años es perfectamente compatible con un uso saludable de las pantallas. Cuatro minutos de una serie escrita por expertos y una conversación posterior en el sofá o su uso como recurso didáctico en el aula, con objetivos claramente definidos, es una actividad edificante y cognitivamente valiosa.

Lo mismo ocurre con otras series estupendas en su tratamiento matemático. Peg + Gato está pensada para niños y niñas de 3 a 7 años y trabaja conceptos matemáticos básicos -conteo, formas, medida, patrones- a través de las aventuras de Peg y Gato. Cada episodio, de unos 10 minutos, está dedicado a un contenido primario y otro secundario.

Por otro lado, Cyberchase se dirige a edades de entre 8 y 11 años y plantea contenidos más avanzados -fracciones, geometría, lógica- en una trama de aventuras en un universo digital. No están pensadas, por tanto, para las mismas edades: una es una introducción muy temprana y la otra ya exige cierta base, en línea con la etapa de primaria.

Apostar por la curiosidad

Si, como padres y madres comprometidos con la educación de nuestros hijos, sentimos la tentación de comprar cuadernillos de refuerzo en verano, quizá compense más reservar esos mismos veinte minutos para una pantalla bien elegida (Numberblocks, Peg + Gato o Cyberchase, según la edad) y una charla en familia sobre ello. En otras palabras, se trata de conseguir que las matemáticas entren por la puerta del disfrute.

The Conversation

Las personas firmantes no son asalariadas, ni consultoras, ni poseen acciones, ni reciben financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y han declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado anteriormente.

ref. Matemáticas, dibujos animados y vacaciones: a veces, la combinación perfecta – https://theconversation.com/matematicas-dibujos-animados-y-vacaciones-a-veces-la-combinacion-perfecta-289066

Un algoritmo para restaurar ecosistemas y conectar paisajes mediante corredores verdes

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Gabriel del Barrio Escribano, Científico Titular del CSIC, Ecología Terrestre, Estación Experimental de Zonas Áridas (EEZA – CSIC)

Vista de la sierra de Ricote (Murcia), que pertece a una Zona de Especial Conservación (ZEC). Antonio Lopez Velasco/Shutterstock

El paisaje europeo es un mosaico abigarrado de usos del suelo cuya dinámica se ha acelerado en las últimas décadas. En un escenario dominado por la productividad y la rentabilidad económica, los sistemas naturales han sido progresivamente recortados, encogidos y atravesados para acomodar industrias, sistemas agroforestales y urbanizaciones. La fragmentación resultante establece una cuenta atrás para la persistencia de muchos hábitats y especies nativas, que podrían acabar desapareciendo silenciosamente por pura inestabilidad ecológica.

Las redes de conservación pueden ser una solución viable para ese problema. Consisten en conjuntos de espacios protegidos que albergan representaciones de los hábitats y especies identificados en sus objetivos de conservación.

La Red Natura 2000 es paneuropea y una de las mayores redes de conservación del mundo. En España incluye el 27 % del territorio nacional, distribuido en 1468 Zonas de Especial Conservación (ZEC), y protegiendo 118 tipos de hábitat y 263 especies de interés comunitario.




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Islas de biodiversidad

Es importante entender que la Red Natura 2000 no puede ser un archipiélago de biodiversidad en medio de un océano hostil. Sus espacios protegidos suelen ser pequeños, y frecuentemente han sido designados de manera oportunista sobre áreas marginales. El sistema sólo puede ser operativo si el paisaje no protegido en su entorno permite la conectividad entre ellos. Esta conexión ocurre como intercambios de individuos o genes, y ayuda a mantener la estabilidad demográfica y la diversidad genética de las poblaciones implicadas.

El papel del paisaje no protegido es, por tanto, esencial para el funcionamiento de la Red Natura 2000. Tanto, que el subconjunto de zonas naturales y seminaturales que da apoyo espacial a la Red y mantiene servicios ambientales es conocido como Infraestructura Verde.

El proyecto MEDCONECTA está impulsado por la Fundación Biodiversidad. Su fin es identificar una red de corredores que maximicen la continuidad espacial de la Infraestructura Verde. Además, identifica los niveles de conservación o restauración necesarios para asegurar la funcionalidad del sistema.

MEDCONECTA realiza dos actividades sucesivas para lograr este objetivo. La primera es computacional y detecta áreas alrededor de las ZEC que se parecen a su interior. La red de corredores verdes se define a partir de estas áreas. La segunda especifica actuaciones de restauración ecológica. Busca especialmente pequeñas áreas que, por su posición geográfica, tienen el potencial de conectar grandes extensiones con un mínimo de intervención.




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Identificar corredores verdes con un algoritmo

Se puede suponer que cualquier migración entre ZEC próximas se dará más fácilmente si el paisaje intermedio es parecido al existente en los extremos del tránsito. Cuando decimos ‘parecido’, nos referimos a propiedades ecológicas. Por ejemplo, el grado de madurez ecológica de la vegetación, es decir, el nivel de desarrollo y complejidad que alcanza un ecosistema a lo largo del tiempo.

Expresado en términos de producción primaria neta y biomasa, el grado de madurez recoge bien la polaridad entre explotación y conservación, permitiendo identificar desde los estados ecológicos más degradados hasta la vegetación de referencia.

Para ello hemos usado una versión del Mapa de Condición de la Tierra (MCT), actualizada para el período 2011-2019. El MCT es un producto cartográfico y de análisis utilizado en España para evaluar estados y tendencias de procesos de degradación y desertificación.

El algoritmo CatGrowing identifica una red de corredores verdes en dos pasos. Primero, delinea las zonas periféricas de cada ZEC que son parecidas a su interior. Estos márgenes de afinidad crecen progresivamente, de tal modo que una localización es incorporada si las frecuencias de estados de madurez en sus inmediaciones son similares a las encontradas en el interior de la ZEC.

El crecimiento es irregular según la composición del paisaje. Por ejemplo, una ZEC boscosa que encuentre bosques más allá de sus límites tenderá a crear márgenes de afinidad muy amplios en esa dirección. Por el contrario, donde encuentre explotaciones agrarias, el parecido entre el interior y el exterior decaerá rápidamente y el margen de afinidad resultará estrecho.

Una vez delineados los márgenes de afinidad de todas las ZEC, CatGrowing los superpone formando una red inicial de corredores verdes. Esta red será tanto más continua cuanto mayor sea el parecido entre los paisajes no protegidos y el interior de las ZEC. Es decir, se formará un corredor allí donde se toquen o superpongan los márgenes de dos ZEC vecinas.

Áreas candidatas para restauración ecológica

Los corredores verdes así formados no garantizan la continuidad entre todas las ZEC del área de estudio. Ni deben hacerlo, ya que lo que se busca es, precisamente, detectar las condiciones de aislamiento o integración que se dan entre la Red Natura 2000 y su entorno.

Corredores de continuidad espacial entre Zonas de Especial Conservación de la Región de Murcia, formados por superposición de los márgenes exteriores de afinidad ecológica detectados por el algoritmo CatGrowing. Los corredores trascienden los límites de la Comunidad Autónoma, lo que facilita vertebrar espacialmente la Infraestructura Verde a nivel nacional o incluso internacional. Este escenario debe ser revisado a continuación por los técnicos de medio ambiente de las administraciones concernidas.
CC BY

Si consideramos esta red de corredores verdes como un diagnóstico, lo que sí podemos hacer es tratar de mejorarlo. Concretamente, podemos buscar pequeñas áreas que se encuentren entre manchas disjuntas de los corredores. Lo más probable es que dichas áreas estén ligeramente más degradadas que las ZEC cercanas, y por ello CatGrowing no las haya incluido en ningún margen de afinidad. Podemos, por tanto, explorar una restauración virtual de esas áreas.




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Soluciones basadas en la Naturaleza

En MEDCONECTA, las áreas con potencial para mejorar la continuidad espacial de la red se analizan según ese criterio. Para cada una se define su estado actual de madurez ecológica, el estado mínimo que debería alcanzar y el tipo de estructura vegetal o fisionomía más adecuada en función del contexto territorial.

Este enfoque introduce un criterio adicional para priorizar la restauración ecológica. Tradicionalmente, las actuaciones se orientan hacia espacios con alto valor intrínseco o elevada degradación. Aquí, en cambio, se añade una dimensión sistémica: se priorizan aquellas intervenciones que, aun siendo de pequeña extensión, generan un aumento significativo de la conectividad global de la red.

En términos prácticos, puede tratarse de restaurar una franja agrícola abandonada, recuperar vegetación de ribera o mejorar la estructura de un mosaico agroforestal si su localización permite unir dos lóbulos de corredor actualmente desconectados.

Área candidata para restauración (en amarillo) identificada en Murcia entre las Zonas de Especial Conservación ‘Lomas del Buitre y Río Luchena’ y ‘Sierra de la Torrecilla’, e intervenciones potenciales con enfoque SbN. Un aumento moderado de su madurez ecológica facilitaría la continuidad entre ambas áreas protegidas.
CC BY

La restauración deja así de concebirse como una acción aislada de conservación y pasa a integrarse en una estrategia territorial más amplia. La coherencia espacial de la Infraestructura Verde se convierte en un marco que orienta inversiones públicas y decisiones de planificación, alineando biodiversidad, adaptación climática y funcionalidad del paisaje.

El resultado final del proceso no es únicamente un mapa de corredores verdes, sino un inventario priorizado de áreas candidatas a intervenciones bajo el enfoque de soluciones basadas en la naturaleza (SbN), acompañado de objetivos ecológicos concretos y realistas. Esta priorización se basa en la contribución de cada área a la coherencia del sistema, no solo en su valor local. Se trata, por tanto, de introducir una lógica de red en la restauración ecológica.

Así, MEDCONECTA combina modelización geomática, revisión experta e integración del Estándar Global de la UICN para SbN, con el fin de transformar un diagnóstico espacial en una hoja de ruta (UICN, 2026).

Restaurar ecosistemas para conectar paisajes no es únicamente una cuestión de conservación. Es una estrategia para reforzar la resiliencia territorial, sostener los servicios ecosistémicos y anticipar los efectos de un clima cambiante en regiones especialmente vulnerables como el Mediterráneo árido.

The Conversation

Gabriel del Barrio Escribano recibe fondos de la Fundación Biodiversidad a través del proyecto MEDCONECTA. Este proyecto cuenta con el apoyo de la Fundación Biodiversidad del Ministerio para la Transición Ecológica y el Reto Demográfico (MITECO) en el marco del Plan de Recuperación, Transformación y Resiliencia (PRTR), financiado por la Unión Europea – NextGenerationEU. Las opiniones y conclusiones expresadas en esta publicación no reflejan necesariamente los puntos de vista de las entidades que apoyan económicamente el proyecto.

Alberto Ruiz-Rancaño recibió fondos de la Fundación Biodiversidad a través del proyecto MEDCONECTA. Este proyecto cuenta con el apoyo de la Fundación Biodiversidad del Ministerio para la Transición Ecológica y el Reto Demográfico (MITECO) en el marco del Plan de Recuperación, Transformación y Resiliencia (PRTR), financiado por la Unión Europea – NextGenerationEU. Las opiniones y conclusiones expresadas en esta publicación no reflejan necesariamente los puntos de vista del CSIC, de las demás organizaciones participantes ni de las entidades que financian el proyecto.

Catherine Numa Valdez recibió financiación de la Fundación Biodiversidad del Ministerio para la Transición Ecológica y el Reto Demográfico (MITECO) a través del proyecto MEDCONECTA, financiado por la Unión Europea – NextGenerationEU en el marco del Plan de Recuperación, Transformación y Resiliencia. Las opiniones y conclusiones expresadas en esta publicación no reflejan necesariamente los puntos de vista de las entidades que apoyan económicamente el proyecto.

Faye Weaver recibió financiación de la Fundación Biodiversidad del Ministerio para la Transición Ecológica y el Reto Demográfico (MITECO) a través del proyecto MEDCONECTA, financiado por la Unión Europea-NextGenerationEU en el marco del Plan de Recuperación, Transformación y Resiliencia. Las opiniones y conclusiones expresadas en esta publicación no reflejan necesariamente los puntos de vista de la UICN, de las demás organizaciones participantes ni de las entidades que financian el proyecto.

ref. Un algoritmo para restaurar ecosistemas y conectar paisajes mediante corredores verdes – https://theconversation.com/un-algoritmo-para-restaurar-ecosistemas-y-conectar-paisajes-mediante-corredores-verdes-278046

Carabelas portuguesas, algas tóxicas y otros nuevos habitantes del mar Cantábrico

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Sergio Seoane Parra, Profesor Pleno de Ecología, Universidad del País Vasco / Euskal Herriko Unibertsitatea

Ramon grosso dolarea/Shutterstock

Si un veraneante de la década de 1980 fuese transportado en el tiempo a una playa cántabra o vasca actual, no daría crédito a lo que ven sus ojos. Más allá de los cambios urbanísticos, le impactarían los nuevos “habitantes” que hoy nos acompañan de forma habitual: carabelas portuguesas, microalgas tóxicas y otras especies invasoras.

Sin embargo, quizá, antes de sorprenderse por esto, le resultaría curiosa la facilidad para entrar en el agua de los bañistas. No sería una sensación subjetiva: según el Informe 2025 del Estado del Clima en Euskadi, la temperatura de la superficie del mar en el golfo de Vizcaya desde los años 1980 ha aumentado en torno a 0,25 °C por década. En 2023, las anomalías –desviaciones significativas de los valores medios o normales del clima– superaron el umbral de 1 °C respecto al periodo 1991-2020. Y estos datos de 2023 se quedan muy por debajo de los que hemos observado desde entonces.

El Cantábrico se mediterraneiza

Los registros observados en la demarcación noratlántica este 2026 muestran que la tendencia no remite, especialmente en los meses estivales. Sirva como ejemplo el registro observado a finales de julio de este año en la boya costera de Bilbao, donde se llegó a la máxima temperatura observada desde que hay registros: 25,4 grados.

Estas temperaturas dan la razón a aquellos expertos que vienen hablando de la mediterraneización del mar Cantábrico como una tendencia clara en los ecosistemas del norte de España en los últimos años.

El alga asiática que huele a podrido

Alga asiática, Rugulopteryx_okamurae.
Quintaro Okamura.

Pero a ese hipotético viajero en el tiempo no solo le sorprendería el aumento de la temperatura del agua. Es posible que, en determinados arenales, le llegara un olor putrefacto de materia orgánica en descomposición, proveniente del alga invasora Rugulopterix Okamurae, conocida como alga asiática.

Tras varios años arribando a las playas del sur de la península, esta alga comienza a expandirse por la región cantábrica. Ha protagonizado episodios como el del verano pasado en la playa de Tregandín (Noja, Cantabria), donde se recogieron miles de toneladas en pocos días. En menor medida, el mismo escenario se ha repetido estos días, con su aparición en distintos lugares de la costa guipuzcoana.

La facilidad de traslocación de organismos marinos a través del agua de lastre, unida a la degradación de los ecosistemas y a las capacidades invasoras de algunos organismos, nos hacen pensar que no vaya a tratarse de una invasión aislada.

Carabela portuguesa, Physalia physalis.
Wikimedia Commons., CC BY

La urticante carabela portuguesa

Mientras, al acercarse a la orilla, esperan decenas de estructuras transparentes y azuladas sobre la arena, convertidas en el foco de fotos y alertas en los grupos de WhatsApp: es la carabela portuguesa, Physalia physalis.

A diferencia de lo que se suele creer, no es una medusa, sino una colonia flotante de pólipos, también del filo de los cnidarios. Sus tentáculos suelen medir entre 10 y 20 metros de longitud y están dotados de células urticantes llamadas nematocistos, que contienen un cóctel de toxinas capaz de provocar intensas quemaduras cutáneas. En casos graves, debido a la variedad de toxinas presentes, pueden desencadenar problemas neuronales, gastrointestinales y respiratorios.

Estos organismos son arrastrados por el viento gracias a su vela, una estructura que flota por encima del agua. Los vientos que las arrastran hasta el golfo de Vizcaya se han intensificado en los últimos años con el desplazamiento del anticiclón de las Azores hacia el Norte, y este factor es clave para que haya aumentado su presencia entre nosotros.

Lesiones por Carabela portuguesa Physalia physalis.
CC BY-SA

Respirar microalgas tóxicas desde el paseo marítimo

Si el bañista de los ochenta tuviera visión microscópica, descubriría además un diminuto organismo que también ha elegido nuestras costas para proliferar en verano y que interfiere con la calma y el bienestar de los veraneantes. Nos referimos al género de microalgas Ostreopsis, microorganismos que viven sobre las macroalgas o sobre fondos someros y rocas donde incide la luz solar.

Desde finales de la pasada década, el vértice del golfo de Vizcaya registra concentraciones elevadas de Ostreopsis durante el verano, que han llegado a provocar problemas de salud pública. Lo más preocupante de esta microalga es su vía de afectación. Al romper las olas en la orilla, sus toxinas se integran en los aerosoles marinos, es decir, las microgotas que flotan en el aire. Su inhalación provoca afecciones respiratorias, tos e irritación ocular y cutánea, incluso, a las personas que pasean por el paseo marítimo sin tocar el agua.

Célula de Ostreopsis.
Sergio Seoane Parra.

Para combatir y anticipar sus riesgos, la comunidad científica coordina iniciativas como el proyecto Ostreobila, enfocado en descifrar la ecología, fisiología y distribución de estos pequeños microorganismos para diseñar sistemas de alerta temprana.

Como vemos, la estampa actual de nuestras costas dista mucho de la que disfrutaron las generaciones pasadas. La mediterraneización del Cantábrico ha transformado el ecosistema. Esperemos que los esfuerzos científicos actuales den frutos y eviten que el veraneante del año 2080 termine añorando, con melancolía, las playas que tenemos hoy.

The Conversation

Sergio Seoane Parra no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

ref. Carabelas portuguesas, algas tóxicas y otros nuevos habitantes del mar Cantábrico – https://theconversation.com/carabelas-portuguesas-algas-toxicas-y-otros-nuevos-habitantes-del-mar-cantabrico-289823

Las ficciones no dejan de mirar al pasado para entender qué sucede en el presente

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Gabriel Ares Cuba, Profesor de literatura española, Universidade da Coruña

Imagen de una escena de _Barry Lindon_, de Stanley Kubrick. Warner Bros.

En 1982, Stanley Kubrick confesó en una entrevista que, desde principios de los años 70, rondaba por su imaginación la idea de filmar “una historia contemporánea que realmente comunicase cómo es esta época psicológicamente, sexualmente, políticamente, personalmente… Sería la película más difícil de realizar”.

Algunas críticas señalan que se refería a la futura Eyes Wide Shut, estrenada poco después de su fallecimiento en 1999. Sin embargo, otras apuntan a que Kubrick dedicó toda su carrera a filmar alguna versión de esa historia.

Sin ir más lejos, Barry Lyndon, estrenada en 1975, está construida sobre personajes arquetípicos que el público moderno podía reconocer. La intención de Kubrick nunca fue trazar los rasgos de la sociedad del XVIII, sino retratar una visión contemporánea sobre ella. El cineasta consideraba que, para que un espectador de finales del siglo XX empatizara con un personaje de casi dos siglos antes, era necesario recoger sus rasgos más intemporales y humanos. Esta idea incluso determina el lenguaje que se utiliza en la película, en donde se huye constantemente de fórmulas arcaicas como el voseo, las voces de germanía, el énfasis retórico, etc.

Las múltiples vidas de Alonso Quijano

Kubrick sistematizó un modelo de lectura histórica que, sin embargo, ya había sido descubierto por la literatura siglos antes. Solo así se puede explicar la capacidad de una novela como El Quijote para despertar la simpatía de épocas tan antagónicas como el Barroco, la Ilustración y el Romanticismo. Cada uno de estos siglos fue enriqueciendo, con su visión, el sentido de la novela.

Composición fotográfica en donde se retrata al Quijote a lomos de un caballo y con armadura, y a Sancho Panza a su lado a lomos de un burro.
Composición fotográfica de Luis de Ocharan, en la revista española La Esfera en donde se retrata al Quijote y a Sancho Panza.
Wikimedia Commons

Así, el lector barroco solo veía en ella una parodia de los libros de caballerías que, hacia principios del siglo XVI, eran el no va más del incipiente mercado editorial. Posteriormente, intelectuales ilustrados como Gregorio Mayans elogiaron su verosimilitud y su lenguaje, pero se distanciaron de su protagonista, a quien consideraban un ser extravagante, en cierto modo enemigo de los ideales ilustrados del buen gusto y el bienestar social. El Romanticismo, por su parte, rechazó esa visión satírica y ensalzó a Alonso Quijano como un exponente de libertad espiritual frente a una realidad material limitante.

La teoría de la literatura ya ha conceptualizado este fenómeno como “horizonte de expectativas”. Es decir, el conjunto de criterios utilizados por los lectores para juzgar textos literarios en un periodo determinado. Estos criterios están marcados por la sociedad del momento y definen aquello que debe ser considerado literario (un poema, una novela, etc.) y aquello que no (una receta de cocina, un manual científico, etc.). De esta manera, podemos afirmar que la cualidad literaria de una obra no depende de sus elementos intrínsecos, sino del estatus que se le otorgue en cada época.

Así, por ejemplo, la Odisea no era una obra literaria para la sociedad griega, sino un compendio de teorías sobre el mundo mezcladas con consideraciones ético-morales y estructuradas sobre una narrativa. Para la visión contemporánea, la Odisea es literatura porque la hemos despojado de su carácter teórico y la hemos interpretado como una sucesión de aventuras fantásticas.

Un hombre apunta con un arco desde la cubierta de un barco hacia algo fuera de campo.
Para los lectores (y, ahora, espectadores) contemporáneos la Odisea es una historia de aventuras.
Universal Pictures

El arte transformado en tiranía

Este mismo proceso es el que explica por qué los medios de la cultura pop, tales como el cine, las series o los videojuegos, no pueden retratar con absoluta fidelidad el sentir general de las épocas históricas que en teoría representan: porque hacerlo no aportaría nada. Cuanto más alejada es la época que se retrata, más protagonismo parece tener la mirada contemporánea. No nos interesan las sensibilidades del pasado, sino cómo sirve este de marco para nuestros intereses actuales.

Un ejemplo de ello es la saga cinematográfica de El señor de los anillos. Esta adaptación de la trilogía de novelas de principios del siglo XX muestra una sociedad medieval idealizada. Pero no idealizada por la presencia de dragones, trols, elfos o magia –que hasta cierto punto podríamos considerar herencias del medievo europeo–, sino por la finalidad que estos tienen en la obra.

En la Edad Media, los héroes eran humanos elegidos por Dios. Solo podían ser humanos, ya que es el único ser creado a imagen y semejanza de la divinidad omnipotente. El resto de criaturas mitológicas quedaban entonces relegadas al papel de monstruos, encarnaciones del demonio. Sin embargo, en El señor de los anillos, los enanos o los elfos son tan heroicos como los humanos. Trabajan codo a codo con ellos. La comunidad del anillo está formada por hombres, por hobbits, por enanos, por elfos.

La trilogía dirigida por Peter Jackson seculariza asimismo el conflicto. Los personajes no hacen ofrendas ni piden clemencia, sino que su destino depende de sus acciones en la tierra, en el mundo material. Además, trae conceptos contemporáneos, como nación o totalitarismo, incomprensibles bajo una mentalidad medieval, pero perfectamente entendibles a principios del siglo XXI, cuando se estrenó.

La mirada al Medievo

De hecho, la épica es el género medieval que más fortuna ha encontrado en la cultura actual. Así, aporta una estructura narrativa muy tensionada que enfrenta a un protagonista débil y vulnerable contra enemigos que parecen superar los límites humanos.

Los juegos y videojuegos basados en el juego de rol Dragones y mazmorras emulan esta dinámica a través de un personaje que tiene que ir acumulando puntos de experiencia para aumentar sus capacidades. Mientras en las narraciones medievales ese protagonista estaba destinado a vencer gracias a una fuerza metafísica, en videojuegos como Baldur’s Gate III son las propias acciones del jugador las que determinan su destino, que no tiene por qué ser positivo.

Cuatro personajes con armas medievales observan a lo lejos el paisaje en medio de una montaña.
Imagen del juego Baldur’s Gate III.
Larian Studios

En esta línea, hay que destacar el uso educativo de la saga Assassin’s Creed, que en ocasiones permite al jugador explorar épocas históricas como el antiguo Egipto, Grecia, la era vikinga o el mundo árabe medieval sin misiones. Aunque dichos escenarios estén supervisados por expertos, no necesariamente se trata de un fiel reflejo del sentir de sendas etapas históricas. Si bien el juego transmite con mucha fidelidad elementos materiales como la arquitectura, la tecnología o la geografía, en lo que respecta a los acontecimientos políticos está más limitado, debido a su componente narrativo. Esto no desvirtúa su potencial educativo, sino al contrario, porque siembra una curiosidad en el jugador que podrá ser saciada a posteriori.

La literatura, el cine y los videojuegos siguen utilizando el antiguo Egipto, el mundo grecorromano, la Edad Media o el viejo Oeste como ambientaciones para su ficción. ¿Es que no nos hemos cansado ya?

No. Porque lo que percibimos no es el sentir de una edad que ya conocemos a través de los libros e internet, sino nuestra mirada cambiante, que golpea la caja de resonancia del pasado.


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The Conversation

Gabriel Ares Cuba no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

ref. Las ficciones no dejan de mirar al pasado para entender qué sucede en el presente – https://theconversation.com/las-ficciones-no-dejan-de-mirar-al-pasado-para-entender-que-sucede-en-el-presente-285562

El declive de nuestra mejor herencia: por qué los jóvenes españoles están abandonando la dieta mediterránea

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Miriam Garrido Miguel, Profesora Titular de Universidad, Facultad de Enfermería de Albacete. Co-responsable del grupo de Investigación en Nutrición, Estilos de Vida y Salud Mental (Nutri&Mental), Universidad de Castilla-La Mancha

Julia Zavalishina/Shutterstock

La UNESCO reconoce la dieta mediterránea como una de las formas de comer más sanas y sostenibles del mundo. Basada en frutas, verduras, legumbres, aceite de oliva y pescado, sus beneficios están sobradamente probados: ayuda a pensar mejor y reduce el riesgo de obesidad, cáncer y enfermedades del corazón.

Y, sin embargo, en los propios países mediterráneos, empezando por España, los jóvenes se están alejando de ella.

Así lo muestra nuestro estudio, publicado en la revista Nutrition, Metabolism and Cardiovascular Diseases. Hemos revisado cómo comen más de 84 000 niños, adolescentes y jóvenes de entre 2 y 24 años, reuniendo los datos de 70 estudios realizados en España entre 2004 y 2023. Es la imagen más completa que existe hasta ahora sobre cómo ha cambiado la dieta mediterránea entre los más jóvenes, y lo que hemos encontrado debería preocuparnos.

Los datos del abandono

En las dos últimas décadas, solo el 38 % de los jóvenes españoles ha comido siguiendo bien ese patrón nutricional. La mitad, un 51 %, lo practica solo a medias, y un 11 % apenas lo hace.

El verdadero problema no está en la foto fija, sino en cómo ha evolucionado con el tiempo. Entre 2011 y 2014, y entre 2019 y 2023, el porcentaje de jóvenes que comía bien cayó del 41,4 % al 24,3 %. Al mismo tiempo creció el número de los que no siguen la dieta mediterránea. En poco más de diez años casi la mitad de los jóvenes que llevaban una buena alimentación ha dejado de hacerlo.

¿Quiénes son los más vulnerables?

En cuanto al rango de edad, los niños menores de 12 años comen algo mejor que los adolescentes y los jóvenes de más edad. Tiene sentido: al llegar a la adolescencia, empiezan a decidir por sí mismos con qué alimentarse, reciben mucha publicidad de comida poco sana, siguen modas que ven en redes sociales y sus padres dejan de vigilar tan de cerca lo que hay en su plato.

Un dato nos sorprendió especialmente: los chicos comen algo mejor que las chicas, justo al contrario de lo que habían encontrado otros estudios. Una posible explicación es la presión que sufren muchas adolescentes en redes sociales, donde se idealizan cuerpos extremadamente delgados. Esa presión podría llevarlas a hacer dietas muy estrictas, en lugar de seguir una alimentación variada y equilibrada como la mediterránea.

Los verdaderos culpables

¿Qué está desplazando a las verduras, las legumbres y al aceite de oliva de la mesa? El principal sospechoso es el avance de la llamada dieta occidental, alta en grasas saturadas, azúcares y alimentos ultraprocesados. Además, estos últimos son promocionados con envases llamativos y a través de figuras influyentes en redes sociales que captan la atención de niños y adolescentes.

A esto se suma el factor económico. Tanto la crisis de 2008 como la que trajo la pandemia de covid-19 golpearon los bolsillos de muchas familias. Comprar pescado y verduras frescas se volvió más complicado. Durante el confinamiento, además, los jóvenes pasaron mucho más tiempo delante de pantallas, se movieron menos y comieron peor. No hemos podido comprobar directamente si el nivel económico de cada familia influye en todo esto, pero otros estudios apuntan a que sí, y de forma importante.

Una llamada urgente a la acción

Los datos no dejan lugar a dudas: España continúa situándose entre los países europeos con mayores prevalencias de sobrepeso y obesidad infantil (link text. Abandonar la dieta mediterránea no es solo perder una seña de identidad cultural. Es un problema de salud pública que alimentará enfermedades crónicas durante la edad adulta.

Revertir esta tendencia exige actuar en varios frentes:

  1. Reforzar la educación nutricional en las escuelas y las familias.

  2. Mejorar el etiquetado de los alimentos.

  3. Regular la venta de ultraprocesados en los centros educativos.

  4. Facilitar el acceso económico a productos frescos, como fruta, verdura, aceite de oliva, especialmente para las familias con menos recursos.

A esto se suman medidas, como fomentar las comidas en familia, cuidar el descanso nocturno y promover la actividad física.

Proteger la dieta mediterránea no es solo preservar un patrimonio cultural milenario: es proteger la salud y la calidad de vida de las próximas generaciones de españoles.

The Conversation

Las personas firmantes no son asalariadas, ni consultoras, ni poseen acciones, ni reciben financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y han declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado anteriormente.

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Le Canada vieillit. Ce sera sa plus grande force en 2067

Source: The Conversation – in French – By Parminder Raina, Scientific Director, McMaster Institute for Research on Aging, McMaster University

Le Canada franchira cette année le seuil d’une société « hyperâgée », avec au moins une personne sur cinq âgée de plus de 65 ans.


D’ici 2067, année où le Canada fêtera ses 200 ans, les personnes âgées représenteront une part bien plus importante de la population, tandis que la croissance de la tranche d’âge traditionnellement considérée comme « en âge de travailler » sera modeste. Cette évolution est souvent présentée comme une crise imminente pour les soins de santé et les systèmes de retraite.


Cet article fait partie de notre série La Révolution grise. La Conversation vous propose d’analyser sous toutes ses facettes l’impact du vieillissement de l’imposante cohorte des boomers sur notre société. Manières de se loger, de travailler, de consommer la culture, de s’alimenter, de voyager, de se soigner, de vivre… découvrez avec nous les bouleversements en cours, et à venir.


Il ne s’agit pas d’une crise. C’est la preuve que les Canadiens vivent plus longtemps et en meilleure santé, un exploit dont les générations précédentes n’auraient pu que rêver.

La véritable question n’est pas de savoir si le Canada a les moyens de vieillir. La question est de savoir si nous saurons saisir cette occasion pour faire du Canada le pays qui vieillit le mieux au monde.

Le vieillissement est un triomphe, pas un fardeau

La première étape consiste à s’attaquer de front à l’âgisme. Des termes tels que « tsunami gris » évoquent une vague destructrice imparable. Or, le vieillissement n’est pas une catastrophe naturelle ; c’est le résultat prévisible du progrès social.

Les pays qui vieillissent le plus rapidement, notamment le Canada, le Japon, la Corée du Sud et l’Italie, affichent une espérance de vie élevée, un niveau d’éducation élevé et des systèmes de protection sociale solides. En d’autres termes, le vieillissement de la population est un indicateur de réussite nationale, et non d’échec.

Pourtant, le débat public continue de considérer les personnes âgées avant tout comme un coût :

lits d’hôpital, places en établissement de soins de longue durée, aides au revenu.

Cette vision ignore ce que font réellement chaque jour de nombreux Canadiens âgés de 70, 80 et 90 ans : ils font du bénévolat, s’occupent de leur conjoint, de leurs petits-enfants et de leurs voisins, ont un emploi et dirigent des associations locales. De vastes études nationales, telles que l’Étude longitudinale canadienne sur le vieillissement, montrent que de nombreuses personnes âgées restent actives, engagées et résilientes jusqu’à un âge avancé.

Si une personne de 65 ans est autonome, engagée et heureuse, pourquoi voudrait-elle se sentir comme si elle en avait 40 ? L’objectif des politiques ne devrait pas être d’« inverser » le vieillissement, mais de veiller à ce que les personnes de tous âges puissent bien vivre.

Pourquoi les communautés comptent plus que les hôpitaux

Le vieillissement ne se produit pas dans une clinique ou un laboratoire. Il se produit dans les quartiers et les communautés, façonnés par le travail, le logement, les transports, les soins prodigués, la qualité de l’air et les revenus.

Des décennies de recherche montrent que ces conditions sociales et environnementales affectent la biologie elle-même : elles déterminent les processus inflammatoires et les maladies chroniques, et même la vitesse à laquelle les cellules vieillissent par le biais de processus tels que le raccourcissement des télomères, où la gaine protectrice des chromosomes s’amenuise à mesure que les cellules se divisent. Deux personnes du même âge chronologique peuvent vieillir de manière très différente selon l’endroit où elles vivent et leur mode de vie.

Cela a des implications majeures pour l’avenir du Canada. Notre système de santé a été en grande partie conçu dans les années 1960, à une époque où l’âge médian était d’environ 26 ans et où l’accent était mis sur les épisodes aigus de courte durée.

Ce modèle est mal adapté à un pays où de nombreuses personnes vivent avec plusieurs maladies chroniques.

Si le Canada veut prospérer en 2067, nous devons rééquilibrer nos investissements. Les hôpitaux et les spécialistes resteront toujours indispensables. Mais nous avons besoin d’investissements tout aussi importants dans les services sociaux et les services de proximité qui permettent aux personnes de rester en meilleure santé plus longtemps et de vivre chez elles pour un coût bien inférieur à celui des soins en établissement.

Imaginez un Canada où :

  • Les personnes âgées peuvent rester au sein de leur communauté, soutenues de manière abordable et dans la dignité ;

  • Les villes comme les zones rurales offrent un air pur, des transports en commun accessibles et des centres communautaires dynamiques ;

  • Les logements sont conçus pour favoriser la cohabitation intergénérationnelle, et non la ségrégation par âge ;

  • Les employeurs accordent autant d’importance aux responsabilités liées à la prise en charge d’un proche qu’au congé parental ;

  • Chaque mesure politique majeure concernant les personnes âgées est fondée sur des données concrètes, et non sur des hypothèses dépassées sur la dépendance.

Rien de tout cela n’est utopique. Il s’agit de choix de conception concrets.

La confiance, une infrastructure essentielle

Il existe cependant un élément moins visible qui déterminera si le Canada peut devenir un chef de file mondial en matière de vieillissement : la confiance.

Nous avons besoin de confiance pour concevoir de nouveaux modèles de soins, de nouvelles formes de logement et de nouveaux systèmes de revenus qui tiennent compte de l’allongement de la durée de vie. Nous en avons besoin pour partager des données sanitaires et sociales de manière à protéger la vie privée tout en permettant une recherche à grande échelle, notamment sur de vastes cohortes telles que l’Étude longitudinale canadienne sur le vieillissement. Et nous en avons besoin pour rétablir la confiance dans des institutions dont de nombreux Canadiens estiment qu’elles ne les servent plus.

Lorsque la confiance est faible, même des réformes modestes peuvent susciter des réactions négatives. Mais lorsque la confiance est forte, des changements ambitieux deviennent possibles.

Dans le domaine du vieillissement, instaurer la confiance pourrait permettre :

  • des aides aux aidants qui reflètent les réalités des familles modernes, et non le modèle dépassé d’un aidant unique restant à la maison ;

  • Des programmes de santé publique adaptés aux communautés à faibles revenus et aux communautés racialisées, qui supportent souvent un fardeau disproportionné en matière de santé ;

  • Des partenariats nationaux réunissant gouvernements, chercheurs, industries et organismes communautaires pour mettre à l’essai de nouvelles solutions ;

  • Des collaborations internationales qui font du Canada un chef de file en matière de longévité en bonne santé et d’« économie de la longévité ».

La confiance n’est pas une préoccupation secondaire ou accessoire. C’est une infrastructure essentielle d’une société vieillissante.


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Un autre récit pour l’avenir du Canada

Le changement démographique est inévitable ; le déclin ne l’est pas. Nous pouvons considérer le vieillissement de notre population comme une menace budgétaire, ou comme une occasion de repenser, pour le mieux, nos communautés, nos systèmes et nos attentes. Les projections démographiques récentes montrent à quel point ce choix est urgent.

Si nous faisons le second choix, le Canada pourrait être reconnu non seulement pour son système de santé universel d’ici 2067, mais pour quelque chose d’encore plus ambitieux : une société où les personnes de tous âges vivent plus longtemps, avec du sens, des liens et de la joie.

Cet avenir ne se produira pas par hasard. Mais il est à notre portée.

La Conversation Canada

Parminder Raina reçoit des financements des Instituts de recherche en santé du Canada, de la Fondation canadienne pour l’innovation, de la Fondation de la famille Weston, de l’Agence de la santé publique du Canada et du programme Horizon 2020 de l’Union européenne.

ref. Le Canada vieillit. Ce sera sa plus grande force en 2067 – https://theconversation.com/le-canada-vieillit-ce-sera-sa-plus-grande-force-en-2067-286427