L’histoire de l’IA, faite de cycles entre attentes démesurées et réelles avancées

Source: The Conversation – in French – By Nicolas P. Rougier, Directeur de Recherche en neurosciences computationelles, Inria; Université de Bordeaux

L’ESSENTIEL

  • Plonger dans son histoire permet de mettre en perspective les avancées de l’IA, ses promesses et sa rhétorique. Déjà en 1970, Marvin Minsky, mathématicien, annonçait : « D’ici trois à huit ans, nous disposerons d’une machine dotée d’une intelligence générale équivalente à celle d’un être humain moyen. » Ça vous rappelle quelque chose ?

  • L’« effet IA », expliqué par Rodney Brooks, un roboticien, dès 1987 : « Tant qu’on ne sait pas faire, c’est de l’IA. Dès qu’on sait faire, c’est du calcul. » Tiens, tiens.

  • Sans oublier la « loi d’Amara », énoncée en 1978 : « Nous avons tendance à surestimer l’effet d’une technologie à court terme et à le sous-estimer à long terme. » Oups.


Il est difficile aujourd’hui d’ignorer l’expression « intelligence artificielle » (IA) tant elle est présente dans les médias, sur les réseaux sociaux et, dans une moindre mesure, dans le monde industriel. Ce phénomène d’hypermédiatisation (hype) n’est pas nouveau pour l’intelligence artificielle, car on a déjà connu de telles périodes d’emballement médiatique, même si l’épisode actuel est particulièrement sévère.

Cette hypermédiatisation s’accompagne, aujourd’hui comme hier, d’une promesse de révolution technologique dont les effets se font pourtant attendre, menant certains à douter de son « avènement ». Dans le même temps, les investissements faramineux ne semblent pas soutenables sur le court terme selon des économistes, faisant craindre un éclatement de la bulle qui pourrait avoir des conséquences dévastatrices sur l’économie mondiale.

Pour comprendre cette situation, il faut se replonger brièvement dans la longue histoire de l’IA.

Une définition ambiguë par choix délibéré

Les termes d’« intelligence artificielle » naissent officiellement en 1955 sous la main de John McCarthy (un des pères fondateurs de l’IA), en préparation de la conférence de Dartmouth aux États-Unis en 1956, qui est considérée par beaucoup comme l’instant zéro de l’IA – quand bien même elle n’aurait pu exister sans les travaux précurseurs d’Alan Turing (père fondateur de l’informatique moderne), de Norbert Wiener (père fondateur de la cybernétique) et de bien d’autres encore.

La formulation, « intelligence artificielle », se voulait explicitement très vendeuse, au grand dam des collègues de McCarthy, qui la trouvaient déjà trop connotée.

Si les premiers résultats furent très encourageants, les pères fondateurs ont rapidement fait des promesses irréalisables à l’époque et, pour certaines, irréalisables encore aujourd’hui. Ainsi, Marvin Minsky écrivait déjà en 1970 dans le magazine Life :

« D’ici trois à huit ans, nous disposerons d’une machine dotée d’une intelligence générale équivalente à celle d’un être humain moyen. »

Un demi-siècle plus tard, nous n’avons toujours pas cette intelligence artificielle générale qui serait équivalente à notre propre intelligence, ce qui n’empêche pourtant pas les nouveaux apôtres de l’IA de la promettre pour très bientôt.

Sam Altman (le PDG d’OpenAI) l’a, par exemple, annoncée en 2024 pour 2025, Elon Musk (xAI) en 2025 pour la fin 2026, Dario Amodei (le PDG d’Anthropic) en 2026 pour 2027-2030 et Demis Hassabis (le DG de Google DeepMind) en 2026 pour 2029.

La toute-puissance de la force brute

Pour autant, les progrès et les avancées de la bonne vieille IA (dite « GOFAI » pour Good old fashioned artificial intelligence) sont avérés, et il y a aujourd’hui un ensemble des techniques issues de l’IA qui sont désormais entrées dans notre quotidien sans même que l’on y fasse encore attention. Vous souhaitez :

Ces résultats, majeurs à leur époque, ne nous impressionnent plus guère aujourd’hui. Cela explique peut-être pourquoi, pour le grand public, l’IA commence avec les IA génératives (texte, image, son) et, en particulier, avec ChatGPT, qui est un grand modèle de langage (LLM) mis en ligne en 2022 par OpenAI.




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Cette révolution de l’IA s’est véritablement faite en deux temps

En 2012, durant la conférence Neural Information Processing Systems (NIPS), Geoffrey Hinton (lauréat du prix Turing en 2018 et du prix Nobel de physique en 2024) et ses collègues présentent les résultats d’une architecture neuronale pour la reconnaissance d’images.

Les performances de ce modèle sont tout simplement époustouflantes comparées aux techniques standards de l’époque. Là où la communauté pensait qu’il fallait des modèles spécifiques, astucieux, incluant des connaissances fines sur la reconnaissance d’images, Hinton montre au contraire que la force brute marche bien mieux.

Ce qu’il faut donc retenir de ce modèle, ce n’est pas tant son originalité, car son architecture avait été imaginée quelques décennies auparavant par d’autres chercheurs, mais bien l’énorme puissance de calcul qui a été mise en œuvre pour le faire tourner et obtenir ce résultat majeur.

C’est sur ce même principe de « force brute » que Google fera, lui aussi, une avancée majeure dans la traduction automatique au cours de l’année 2016. Là où les linguistes s’acharnaient depuis longtemps à tenter d’introduire les grammaires de nombreux langages, Google a mis en œuvre un véritable rouleau compresseur fondé sur d’immenses volumes de données.

C’est encore ce même principe de force brute qui amènera à ChatGPT et d’autres grands modèles de langage. En exploitant ces mêmes principes de réseaux de neurones profonds, de volumes de données gigantesques et d’une puissance de calcul hors norme, OpenAI a, en quelque sorte, libéré le kraken, aidé en cela par une avancée majeure sur le plan architectural : les transformers, dont l’article original est l’un des plus cités de toute l’histoire de la recherche, toutes disciplines confondues.

Les mêmes causes produiront-elles les mêmes effets ?

Tout en reconnaissant ces avancées majeures, on ne peut s’empêcher de faire le parallèle entre la situation actuelle et ce que l’on appelle « les deux hivers de l’IA ».

Le premier hiver de l’IA, que l’on situe entre 1974 et 1980, est une conséquence directe des promesses non tenues (traduction automatique, reconnaissance vocale, etc.), soulignées par le rapport (assassin) du mathématicien britannique James Lighthill en 1973, et des limites de la puissance de calcul de l’époque. Cela se concrétisa par des coupes budgétaires sévères.

Au début des années 1990, l’IA renaît de ses cendres avec l’idée des systèmes experts (raisonnement à partir de règles), avec, là aussi, des attentes démesurées qui conduiront à un deuxième hiver de l’IA, et ce, jusqu’au début des années 2010.

Pour autant, la recherche en IA ne s’est pas complètement arrêtée durant cette période et de nombreux résultats ont été intégrés dans différentes technologies de la vie courante (reconnaissance automatique de caractères, correction automatique, aide à la décision, navigation routière, etc.), mais ont souffert de l’« effet IA » , comme expliqué par Rodney Brooks dans un article qui a marqué la communauté… à la fin des années 1980 :

« Tant qu’on ne sait pas faire, c’est de l’IA. Dès qu’on sait faire, c’est du calcul. »

Pour qui a travaillé dans le monde académique au début des années 2000, la période actuelle est assez savoureuse. Imaginez un instant qu’il y a un quart de siècle, les mots « intelligence artificielle » étaient bannis des conversations et surtout (auto)censurés de toutes les demandes de subvention, tant les deux hivers de l’IA avaient marqué les esprits. Aujourd’hui, la simple mention du terme IA suffit à faire pétiller les yeux des financeurs et du grand public, même si cet « effet waouh » tend à s’estomper, voire à devenir contre-productif.

Le futur de l’IA reste donc à écrire, mais comme nous l’explique la loi d’Amara, formulée en 1978 :

« Nous avons tendance à surestimer l’effet d’une technologie à court terme et à le sous-estimer à long terme. »

Nul doute que les nouvelles technologies d’IA modifient et modifieront notre quotidien (pour le meilleur ou pour le pire), mais nous ne sommes pas à l’abri d’un troisième hiver de l’IA qui pourrait engendrer des réajustements assez drastiques. C’est en partie ce qui est en train de se passer avec des entreprises qui réembauchent des salariés licenciés auparavant au nom de l’IA.

Quant à l’idée d’une intelligence artificielle générale, elle est pour le moment hors de portée.

The Conversation

Nicolas P. Rougier a reçu des financements de l’ANR.

ref. L’histoire de l’IA, faite de cycles entre attentes démesurées et réelles avancées – https://theconversation.com/lhistoire-de-lia-faite-de-cycles-entre-attentes-demesurees-et-reelles-avancees-285291

Enfants de la rue en Afrique de l’Ouest : ce que révèlent huit années de terrain

Source: The Conversation – in French – By Drahmane Fondo, Associate Researcher (LIRCES, Université Côte d’Azur) & Founder, Réseau EnfanceAfrique.org, Université Côte d’Azur

Des enfants en situation de mendicité aux abords de la circulation routière à Bamako, Mali. Drahmane Fondo, Fourni par l’auteur

L’expression “enfants de la rue” cache une réalité plus complexe qu’il n’y paraît. À l’origine de ce phénomène, se trouve un système de solidarité qui s’est transformé sous l’effet de l’urbanisation, de la pauvreté et de la marchandisation des relations sociales.

Dans beaucoup de pays d’Afrique de l’Ouest, comme au Mali, certains y passent la journée avant de retourner chez eux. D’autres ont été confiés à des proches en ville et se retrouvent progressivement exposés à l’exploitation, à la rupture avec leur famille ou à la mendicité.

En tant qu’ethnologue, j’ai mené une étude de terrain dans les rues de Bamako entre 2017 et 2025. J’ai combiné desentretiens semi-directifs – de jour comme de nuit, en maraude – avec les enfants rencontrés, et une observation participante prolongée. C’est cette combinaison, notamment le travail nocturne, qui m’a permis de comprendre cette réalité complexe.

Il existe en réalité plusieurs catégories d’enfants qui se croisent dans le même espace, sans que la frontière entre elles soit toujours visible au premier regard.

Les catégories d’enfants dans la rue

Dès 1985, le Forum de Grand-Bassam, organisé en Côte d’Ivoire par le Bureau international catholique de l’enfance (Bice) et l’Unicef, avait déjà tenté de clarifier les choses en distinguant les « enfants dans la rue » (qui y passent la journée avant de regagner un foyer le soir) des « enfants de la rue », en rupture totale avec toute famille, qui y vivent et y dorment.

Cette distinction reste juste, mais elle demeure difficile à observer dans la journée. Les filles, par exemple, investissent elles aussi l’espace public (vente de rafraîchissements, de fruits, de petite restauration ambulante) avant d’en disparaître à la tombée de la nuit. Les garçons, eux, se répartissent alors entre ceux qui rentrent chez eux et ceux qui restent.

Pour comprendre ce phénomène, il faut remonter à sa source : la pratique traditionnelle appelée confiage, répandue dans de nombreuses sociétés d’Afrique de l’Ouest. Un enfant n’y appartient pas seulement à ses parents biologiques, mais à toute une parenté élargie. Celle-ci peut légitimement décider de le confier à un autre membre de la famille, souvent en ville, pour lui offrir une meilleure éducation, un apprentissage artisanal ou simplement un avenir que le village ne peut plus lui garantir.

La logique quasi-marchande s’impose

Cette pratique, autrefois fondée sur un principe de réciprocité et de solidarité au sein des familles, est aujourd’hui profondément mise à l’épreuve par l’urbanisation et la monétarisation des rapports sociaux. Et c’est peut-être le résultat le plus important de mes enquêtes de terrain.

Contrairement à l’idée d’une dégradation progressive, provoquée par un choc ultérieur (un décès, un remariage, une difficulté économique), la rupture est souvent présente dans le confiage lui-même, dès l’arrivée de l’enfant chez ses hôtes.

Cette observation rejoint les travaux de l’anthropologue Mélanie Jacquemin, qui a montré, en Côte d’Ivoire, que les familles villageoises elles-mêmes hésitent désormais à confier leurs filles, faute d’être assurées d’une quelconque réciprocité en retour.

De leur côté, de nombreuses familles urbaines préfèrent aujourd’hui embaucher une aide domestique salariée plutôt que d’accueillir une nièce ou une petite-cousine du village. La relation de travail y est jugée plus simple, sans les obligations affectives et sociales qu’implique un lien de parenté. Le confiage traditionnel se trouve ainsi concurrencé par une logique quasi marchande, dès l’origine du placement – et non plus seulement dans ses dérives ultérieures.

Risque de rupture

Ce basculement n’est pas propre au Mali. Au Sénégal, la mendicité des enfants talibés, confiés à des maîtres coraniques, s’est intensifiée depuis l’exode massif de nombreux maîtres coraniques vers les villes, dans les années 1970, à la suite d’une grande sécheresse. Kadessa Arissabe Sané, qui a consacré sa thèse de doctorat à ce phénomène en 2017, montre que cette mendicité s’est muée en un véritable ordre social, entretenu paradoxalement par une population qui continue d’y voir un acte d’aumône religieusement valorisé.

Au Bénin et au Togo, un phénomène comparable existe sous le nom de vidomégon (littéralement « enfant placé ») avec les mêmes dérives d’exploitation domestique lorsque la pratique échappe à tout cadre protecteur.

Les enfants qui basculent véritablement dans la rue, en rupture totale, restent exposés à des dangers considérables : accidents de la circulation, maladies non soignées, parfois la mort, sans qu’il soit toujours possible d’identifier leurs proches.

Pourtant, il serait faux de croire que la majorité des enfants circulant traditionnellement entre les familles soient dans cette situation extrême. La plupart conservent un foyer où rentrer, même lorsque leurs journées se passent dans la rue. Ce constat n’échappe pas aux législateurs.

Dans la plupart de ces pays d’Afrique de l’Ouest, des textes de loi existent bel et bien pour sanctionner les dérives de la solidarité traditionnelle par le confiage. Au Mali, par exemple, la mendicité et son incitation sont interdites par la loi.

Des sanctions inefficaces

Mais l’écart entre le droit et son application reste considérable. Faute de sanctions effectives, ces dispositions peinent à produire les effets escomptés. Le phénomène des enfants et familles qui mendient dans les rues s’est ainsi banalisé, devenant un phénomène de société aussi répandu que les législations censées l’encadrer.

Rien de durable ne pourra cependant être construit sans l’implication résolue des autorités et de l’État, à tous les échelons de la hiérarchie administrative. Cette mobilisation doit être conjuguée à l’action constante de la société civile -organisations non gouvernementales et associations locales.

Elle doit également s’appuyer sur l’apport de réseaux universitaires produisant, à partir de leurs propres enquêtes de terrain, des connaissances scientifiques directement mobilisables sur la protection de l’enfance, la médiation communautaire et la sécurité nutritionnelle. Le Réseau Enfance Afrique en est un exemple.

C’est précisément cette nuance qui ouvre la voie à des réponses plus finement adaptées aux réalités du terrain, capables de cibler les moments réels de bascule plutôt que de traiter cette population de manière uniforme.

Il faut comprendre une société avant de vouloir la transformer. C’est une évidence trop souvent oubliée des politiques de protection de l’enfance. C’est pourtant la seule voie vers des solutions qui durent.

Que peut-on faire ?

Deux leviers concrets se dégagent de ce constat. D’une part, il faut différencier l’accompagnement selon la nature du placement et selon le degré de rupture déjà installé. La majorité des enfants, dont les liens familiaux demeurent actifs, nécessite un accompagnement préventif visant à préserver ces liens plutôt qu’une réponse limitée à la crise.

Les placements par intermédiaires sans lien familial, eux, s’apparentent déjà, dans les faits, à une forme de travail informel appelant un cadre juridique dédié.

D’autre part, il faut resserrer l’écart entre le droit et son application suppose une coordination encore largement absente aujourd’hui entre l’État, la société civile et les réseaux de recherche de terrain. Cette combinaison est la seule susceptible de documenter, avec la précision qu’exige ce sujet, les situations qui basculent réellement dans le danger.

The Conversation

Je suis fondateur et président du Réseau EnfanceAfrique.org et de l’AMAPISE, association mentionnée dans cet article, mais je ne reçois aucune rémunération financière de cette structure et n’en tire aucun bénéfice commercial.

ref. Enfants de la rue en Afrique de l’Ouest : ce que révèlent huit années de terrain – https://theconversation.com/enfants-de-la-rue-en-afrique-de-louest-ce-que-revelent-huit-annees-de-terrain-288949

Una paradoja rural: los habitantes del campo español lo tienen más difícil para comer de forma sostenible

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Ana Belén López Tárraga, Profesora sustituta en el Departamento de Geografía, Universidad Complutense de Madrid

Cuando pensamos en comer de forma saludable y cuidar el medio ambiente, solemos creer que todo depende solo de nuestra propia decisión. Nos imaginamos que basta con tener ganas de comprar fruta ecológica o querer apoyar a los pequeños agricultores de la zona. Sin embargo, el lugar en el que vivimos y el mapa juegan un papel importantísimo del que casi nadie habla.

Comsumir productos ecológicos y a un precio justo en la España rural se ha convertido hoy en un auténtico reto. Sobre todo por las grandes distancias y los elevados costes de transporte. Aunque parezca una contradicción, los propios pueblos y zonas del campo donde se cultiva y produce la mayor parte de esta comida sostenible son los lugares que más problemas tienen para poder comprarla y comerla en su día a día.

La huerta rural frente al consumo urbano

Entre 2021 y 2026, el equipo del proyecto Las redes alimentarias sostenibles como cadenas de valores para la transición agroecológica y alimentaria: implicaciones para las políticas públicas territoriales (ALISOS) –compuesto por investigadores de las universidades de Salamanca, Valladolid o la Autónoma de Madrid, y por el Instituto de Economia, Geografía y Demografía del CSIC, entre otros centros– analizó más de 1 200 proyectos de alimentación sostenible repartidos entre Castilla y León y la Comunidad de Madrid. Su estudio demuestra que existen dos realidades completamente diferentes según la zona del mapa:

  • Castilla y León (415 proyectos): Cuenta con una enorme producción de agricultura y ganadería ecológica. El problema es que la población vive muy repartida en pueblos y localidades pequeñas. Esto provoca que haya pocos compradores cerca y que el reparto de los alimentos sea muy caro, ya que se gasta mucha gasolina por cada kilo de comida que se transporta.

  • Comunidad de Madrid (790 proyectos): Reúne a unos siete millones de personas viviendo en un territorio relativamente pequeño. Esta gran cantidad de vecinos en pocos kilómetros ha hecho que funcionen de maravilla los grupos de familias que se organizan para comprar juntas, las tiendas de barrio y los supermercados cooperativos, ya que siempre tienen clientes asegurados.

Distribución de la superficie ecológica sobre la superficie agraria útil en las comunidades autónomas de Castilla y León y Madrid.

Costes elevados y despoblación: la paradoja rural

En las zonas de la España vaciada, el hecho de que viva tan poca gente impide que se creen grupos grandes de compradores. Si un pequeño agricultor ecológico tiene que llevar sus verduras a cinco pueblos diferentes que están separados por decenas de kilómetros, el tiempo que pierde en la carretera y lo que se gasta en gasolina y transporte hacen que todo sea demasiado caro.

Como la población está tan repartida, ocurre algo muy curioso: la mayor parte de los alimentos ecológicos que se cultivan en el campo terminan viajando directamente hacia las grandes ciudades, lo que deja a los propios vecinos de esos pueblos sin opciones sencillas para comprar la comida que se produce al lado de sus casas.




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Hibridación adaptativa: Cambiar para sobrevivir

Con el fin de aguantar la subida de precios, estos proyectos sostenibles se han reinventado. También lo hacen para competir contra los grandes supermercados. Los investigadores llaman a este cambio “hibridación adaptativa”.

En la práctica, usan herramientas del comercio tradicional, con lo que consiguen llegar a muchos más clientes. Por ejemplo, crean tiendas en internet, contratan empresas de transporte externo y amplían sus zonas de reparto.

Aplican estas estrategias sin perder sus valores principales: siguen cuidando el planeta con dedicación y pagan un precio justo a los agricultores. Así ganan el dinero necesario para no cerrar, mantienen el negocio abierto y apoyan al mundo rural.

Estrategias públicas: El apoyo institucional que falta

El avance hacia una alimentación sostenible no puede depender únicamente del esfuerzo de los agricultores o del bolsillo de las familias. Las políticas públicas son una pieza fundamental.

El proyecto demuestra que existen experiencias de éxito local, como el apoyo institucional a la producción ecológica en provincias como Zamora y en ciudades como Fuenlabrada o Rivas-Vaciamadrid, ambas de la Comunidad de Madrid.

Zamora celebra su mercado ecológico mensual el tercer sábado de cada mes.
Ana Belén López Tárraga

Sin embargo, en muchos otros municipios existe desinterés o trabas burocráticas. Favorecer la venta directa del productor al consumidor y promover que los comedores escolares o de hospitales compren producto local son herramientas clave que aún necesitan impulsarse.

Una cuestión de justicia territorial

Asegurar que la gente de la España vaciada pueda comer de forma sana y justa no es solo un problema de dinero, sino un asunto clave de igualdad entre las distintas regiones.

Resulta del todo absurdo que las zonas donde se cultiva la mayor parte de la comida fresca tengan tantas barreras para consumirla en sus propios municipios, solo porque el transporte y el comercio están pensados para enviar todo a las grandes ciudades.

Para cambiar esta situación, es necesario crear un plan que mejore el reparto de comida en el campo, le ponga las cosas fáciles a los pequeños agricultores para vender sin intermediarios y enseñe la importancia de la alimentación a los jóvenes.

Solo consiguiendo que cualquier persona pueda comprar productos locales se logrará que la gente se quede a vivir en los pueblos, se reactive su economía y se devuelva la justicia social a estas zonas rurales.

The Conversation

Ana Belén López Tárraga ha recibido fondos del proyecto I+D+i «Gobernanza Urbano-Rural y Transición Alimentaria en Regiones de Baja Densidad: Castilla y León» (2021-2025), Referencia PID2020-112980GB-C21, financiado por MCIN/ AEI/10.13039/501100011033. Entidades participantes: Universidad de Salamanca, Universidad de Valladolid, Universidad
de Múnich y Fundación Entretantos. Se trata de un subproyecto integrado en el Proyecto Coordinado «Las redes alimentarias sostenibles como cadenas de valores para la transición agroecológica y alimentaria. Implicaciones para las políticas públicas territoriales».

José Luis Sánchez Hernández recibe fondos del proyecto I+D+i «Gobernanza Urbano-Rural y Transición Alimentaria en Regiones de Baja Densidad: Castilla y León» (2021-2025), Referencia PID2020-112980GB-C21, financiado por MCIN/ AEI/10.13039/501100011033.

Lourdes Moro Gutiérrrez recibe fondos del proyecto I+D+i «Gobernanza Urbano-Rural y Transición Alimentaria en Regiones de Baja Densidad: Castilla y León» (2021-2025), Referencia PID2020-112980GB-C21, financiado por MCIN/ AEI/10.13039/501100011033.

Marta Potente Castro recibe fondos del proyecto I+D+i «Gobernanza Urbano-Rural y Transición Alimentaria en Regiones de Baja Densidad: Castilla y León» (2021-2025), Referencia PID2020-112980GB-C21, financiado por MCIN/ AEI/10.13039/501100011033..

ref. Una paradoja rural: los habitantes del campo español lo tienen más difícil para comer de forma sostenible – https://theconversation.com/una-paradoja-rural-los-habitantes-del-campo-espanol-lo-tienen-mas-dificil-para-comer-de-forma-sostenible-288767

Por qué el récord de generación solar no arregla la factura energética de España

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Enrique Parra Iglesias, Profesor Titular de Universidad, Universidad de Alcalá

Paneles solares cerca de Almaraz, Cáceres, España. GobyOneKenobi/Shutterstock

El 1 de agosto de 2026, España generó 259 gigavatios hora de electricidad solar, un récord absoluto. A pesar de ello, esa misma semana el precio mayorista de la electricidad superó los 100 euros por megavatio hora, y julio cerró como el segundo mes más caro de la historia: 104,7 euros de media, un 50 % más que un año antes.

La paradoja ha dado mucho de sí estas semanas. La explicación técnica es conocida: el mercado marginalista (ver páginas 20-26 de esta guía del mercado eléctrico español), el gas fijando el precio de la hora punta y la falta de almacenamiento de la energía renovable. Pero la discusión tiene un problema de escala que rara vez se menciona.

Toda ella ocurre dentro del sistema eléctrico. Y la electricidad es apenas una cuarta parte de la energía que consume España: el 23,1 % del consumo final en 2024. Estamos hablando sobre el cuarto pequeño de la factura energética del país mientras los otros tres cuartos siguen funcionando, casi sin cambios, con petróleo y gas.

El récord, a escala

Cuando la fotovoltaica lidera el mix eléctrico con el 28 % de la generación mensual –como lleva haciendo cuatro meses seguidos–, está cubriendo alrededor del 7 % de la energía final del país. El logro es real: España ha desplegado la generación más barata de su historia a una velocidad que pocos anticipaban. Pero la parte descarbonizada de la economía nacional es la más fácil y la más pequeña.

Los otros tres cuartos son mucho más resistentes. Según la Revisión Estadística de la Energía Mundial del Energy Institute, en 2025 el petróleo, el gas y el carbón supusieron el 75 % del suministro energético español: 51 %, 22 % y 2 % respectivamente. Y el detalle importa más que el porcentaje: tras un año de récords solares encadenados, el suministro de petróleo no bajó ni una décima y el de gas creció, mientras las renovables apenas se movieron. Mover camiones, aviones y maquinaria agrícola; generar calor en hornos industriales; alimentar la petroquímica: nada de eso se resuelve instalando más paneles, porque no está enchufado a la red.

La distinción no es un tecnicismo contable: ahí se localiza la exposición económica del país. El precio del gasóleo se traslada al coste de transportar cualquier mercancía, y de ahí al IPC; el del gas, a los costes de la industria de proceso. Ambos se fijan en mercados sobre los que España no tiene influencia. España puede batir todos los récords solares del mundo y seguir igual de vulnerable a una crisis en Ormuz, porque la vulnerabilidad no está en el enchufe.




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Por qué la fotovoltaica no se refleja en el recibo

Dentro del cuarto eléctrico, además, el abaratamiento tampoco se traslada al precio limpiamente.

El 5 de agosto el mercado mayorista marcó su precio más bajo entre las tres y las cuatro de la tarde: 4,50 euros por megavatio hora. Cinco horas después cotizaba a 194,69: más de cuarenta veces más caro. Y no fue un día excepcional: la punta de las nueve de la noche ha vuelto a superar los 240 euros varias veces en la segunda semana de agosto.

El precio se fija por un mecanismo marginalista: cada hora, la última fuente de generación necesaria para cubrir la demanda marca el precio de todas las demás. A mediodía es un panel solar; a las nueve de la noche, un ciclo combinado de gas.

Gráfica que muestra cómo la demanda cae cuando hay mayor generación solar y aumenta por la noche con otras fuentes no renovables
La demanda neta del sistema peninsular y el precio horario del 5 de agosto de 2026. El precio sigue el perfil de la demanda que queda por cubrir: se hunde en el valle solar del mediodía y se dispara en la punta de la noche.
Enrique Parra Iglesias con datos de ESIOS/REE y OMIE, CC BY-SA

El consumidor no paga la media del día: paga sobre todo las horas caras, aquellas en que la solar no produce. El récord se diluye, por tanto, en un recibo dominado por la noche, por el gas y por los peajes, cargos e impuestos.

Producimos sin consumir

Hay un desajuste de fondo que conecta las dos partes del problema. La demanda eléctrica española lleva estancada desde 2020 mientras la generación sin emisiones crecía un 15,6 % en cuatro años. Producimos más electricidad limpia sin haber construido la demanda que debería absorberla ni un sistema para almacenarla.




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Gráfico de barras que muestra cómo la demanda eléctrica no ha subido demasiado desde 2018
Evolución de la demanda eléctrica en España.
REE

El resultado: 5,4 teravatios hora desperdiciados en 2025, el 3,6 % de toda la generación renovable. Electricidad limpia producida y tirada.

Y aquí se encuentran las dos mitades. La demanda que falta está, precisamente, en los tres cuartos no eléctricos: camiones que podrían ser eléctricos, calderas industriales que podrían ser bombas de calor, procesos térmicos de baja temperatura que podrían electrificarse. Electrificar esos usos daría salida al excedente solar del mediodía y reduciría a la vez la exposición al petróleo y al gas.

El límite: potencia firme

Conviene no subestimar la dificultad. La noche del 11 de agosto Red Eléctrica activó el mecanismo que permite pedir a la gran industria que reduzca su consumo. Lo mismo que el 15 de julio, con una ola de calor, un reactor nuclear parado y poca eólica. Fue la cuarta vez en el año. El operador subrayó que la continuidad del suministro no se vio comprometida, y conviene tomarle la palabra: ese mecanismo existe para no llegar a un apagón, y funciona.

Pero ilustra el orden de magnitud del reto. España tiene unos 155 gigavatios instalados para una punta que rara vez supera los 40, y aun así hay tensión en la hora crítica: lo que escasea no es potencia instalada, sino potencia firme a las diez de la noche. Si trasladamos al sistema eléctrico buena parte de los tres cuartos fósiles, esa punta crecerá, y el recurso de emergencia no puede seguir siendo pedirle a la industria que pare. Precisamente a la que queremos electrificar.




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La asignatura pendiente

Nada de esto es un argumento contra la energía solar, probablemente la mejor inversión energética de España en décadas. Es un análisis para determinar dónde queda el problema por resolver.

España importa todavía cerca de dos tercios de la energía que consume, y eso no pueden solucionarlo récords renovables como el del 1 de agosto, porque estos ocurren en el compartimento que ya teníamos medio resuelto (la electricidad). Lo que falta –almacenamiento, interconexiones, demanda flexible, tarifas que premien consumir cuando hay sol– sirve para que el cuarto eléctrico funcione mejor. Pero la partida grande se juega fuera: en el gasóleo de los camiones, el gas de los hornos y el crudo de la petroquímica.

Ahí está ahora el reto: en lograr una economía más eléctrica y menos fósil.

The Conversation

Enrique Parra Iglesias no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

ref. Por qué el récord de generación solar no arregla la factura energética de España – https://theconversation.com/por-que-el-record-de-generacion-solar-no-arregla-la-factura-energetica-de-espana-289635

Impuestos y tasas turísticas sí, pero adaptados a cada destino y objetivo

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Juan Ignacio Pulido Fernández, Catedrático de Economía Aplicada (Economía del Turismo), Universidad de Jaén

Edu Mangas/Shutterstock

En un momento de creciente preocupación por la masificación turística, los expertos debaten acerca de las mejores opciones para una adecuada gestión de la demanda y un mayor control sobre los impactos del turismo.

Se recupera en este contexto el viejo dilema “impuestos sí versus impuestos no”. Desde la economía pública y la economía del turismo, la función principal de la fiscalidad turística no es precisamente la de reducir visitantes, sino corregir externalidades, financiar bienes públicos locales, redistribuir costes y reforzar la legitimidad social de la actividad turística cuando esta genera presiones sobre el territorio.




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Impuestos y tasas para contener el turismo masivo


Turismo y corresponsabilidad

El planteamiento de que los tributos turísticos deben utilizarse solo cuando han fallado todas las demás herramientas resulta discutible. Si el turismo genera costes públicos (limpieza, residuos, agua, movilidad, seguridad, conservación patrimonial, presión sobre vivienda, uso intensivo del espacio público, sostenibilidad o adaptación climática), retrasar la fiscalidad implica mantener una subvención implícita al consumo turístico: el visitante disfruta de bienes colectivos, pero una parte del coste queda desplazada hacia residentes y administraciones locales.

Desde el principio de beneficio (“los ciudadanos deben pagar impuestos o financiar los servicios públicos en proporción directa a los beneficios que reciben de ellos”), quien disfruta, aunque sea temporalmente, de los servicios colectivos del destino también debe contribuir, al menos parcialmente, a financiarlos. Esta lógica no penaliza al visitante, introduce corresponsabilidad.

La cuestión clave, por tanto, es determinar si existe una presión turística identificable que justifique asignar mejor los costes.

La visión de los expertos

La Organización para la Cooperación y el Desarrollo Económicos (OCDE) ya advirtió en 2024 de que muchos destinos tienen dificultades para gestionar la demanda y sus impactos ambientales y sociales, y que para diseñar acciones locales integrales y sostenibles se requieren recursos suficientes y mejor evidencia. A su vez, la Oficina para el Turismo de Naciones Unidas insiste en integrar la medición económica, social y ambiental del turismo.

No es correcto valorar la fiscalidad turística solo por su capacidad para contener el flujo de turistas: su eficacia debe medirse en función de su contribución a financiar mejor el destino, compensar territorios tensionados y sostener los bienes públicos que hacen posible la propia actividad turística.

No existe una única figura fiscal aplicable a todos los destinos. Hay impuestos sobre estancias, recargos municipales, contribuciones de acceso, gravámenes sobre cruceristas, tributos ambientales y fondos finalistas. Cada instrumento responde a una presión diferente.

Algunos ejemplos

Este 2026, Venecia está aplicando, en días y franjas horarias concretas, un contributo di accesso a sus visitantes de día, con una lógica de gestión de flujos urbanos.

Ámsterdam mantiene una imposición del 12,5 % sobre el precio de la pernoctación y un Day Tourist Tax de 15 euros por pasajero de crucero, lo que permite gravar también formas de visita que no generan pernoctación pero sí una gran presión urbana.

Cataluña ha reformado en 2026 la atribución de su impuesto sobre estancias turísticas para destinar el 25 % de la recaudación a políticas de vivienda y el 75 % al Fondo para el Fomento del Turismo.

Estos tres ejemplos muestran que el debate no se puede reducir a “impuestos sí o no”, sino a qué instrumento corresponde a cada presión turística.

Maldivas, Manchester, Estados Unidos

Uno de los argumentos más frecuentes contra la fiscalidad turística es que puede perjudicar la competitividad. Sin embargo, los datos muestran que la realidad es mucho más compleja y que su impacto depende de la elasticidad de la demanda, la cuantía, la gradualidad, la comunicación, la existencia de destinos sustitutivos y el uso de la recaudación.

Por ejemplo, una investigación de 2023 estimó que en Maldivas, un aumento del impuesto turístico puede reducir la demanda internacional, especialmente en un destino insular muy dependiente del turismo. Sin embargo, en Manchester no se detectan efectos significativos del gravamen de 1 libra por habitación y noche sobre ocupación.

Por último, en Estados Unidos los efectos de los impuestos sobre alojamiento varían por segmento, siendo más sensibles a ellos los grupos que los viajeros individuales.

¿A qué se destinan los impuestos que pagan los turistas?

El uso final de los impuestos turísticos (su afectación) es decisivo. Si los ingresos se diluyen en el presupuesto general, el tributo puede percibirse como una carga adicional sin retorno. En cambio, cuando la recaudación se vincula a proyectos visibles aumenta su aceptación.

El caso balear es ilustrativo: el Impuesto de Turismo Sostenible se define como un tributo finalista cuyos recursos alimentan el fondo para favorecer el turismo sostenible.

Nueva Zelanda ofrece otro ejemplo de lógica finalista con el International Visitor Conservation and Tourism Levy, fijado en 100 dólares neozelandeses para cada turista que viaje al país, que contribuye a los sistemas de turismo y conservación.

En Andalucía, la aceptación del impuesto aumenta cuando el visitante entiende el destino de los fondos y percibe una relación razonable entre el pago realizado y la mejora del destino.




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Un mejor diseño

Defender la fiscalidad turística no significa ignorar sus riesgos. Los hay de regresividad (cuando los impuestos representan un porcentaje mayor de los ingresos para los viajeros de menores recursos), economía sumergida, costes administrativos, acumulación de gravámenes, rechazo empresarial, captura presupuestaria o sustitución de gasto ordinario. Pero estos problemas no justifican relegarla a la última opción. Justifican diseñarla mejor.

Por ello, la fiscalidad turística debe ser un instrumento temprano, selectivo y evaluable de gobernanza económica del destino, y aplicarse cuando existan impactos verificables, con diseño proporcional, recaudación finalista, transparencia y mecanismos periódicos de seguimiento. Su legitimidad no reside en esperar al colapso, sino en contribuir a evitarlo.

En definitiva, la fiscalidad turística no debe plantearse como una barrera contra el visitante, sino como un pacto de corresponsabilidad. Quien disfruta de un destino también debe contribuir a sostenerlo. Y si aspiramos a destinos competitivos, habitables y socialmente aceptados, la fiscalidad turística debe ser justa, eficaz y útil para el territorio.

The Conversation

Las personas firmantes no son asalariadas, ni consultoras, ni poseen acciones, ni reciben financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y han declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado anteriormente.

ref. Impuestos y tasas turísticas sí, pero adaptados a cada destino y objetivo – https://theconversation.com/impuestos-y-tasas-turisticas-si-pero-adaptados-a-cada-destino-y-objetivo-285675

Así podemos entrenar el sistema nervioso para reducir el estrés

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Francisco Manuel Ocaña Campos, Profesor Titular. Investigador Principal Grupo Neurociencia del Bienestar. Área de Psicobiología, Universidad de Sevilla

Una sesión de _biofeedback_. Microgen/Shutterstock

Son las 6:30 de la mañana. Suena el despertador. Antes incluso de levantarnos ya empezamos a repasar la reunión de primera hora, los correos pendientes, las tareas domésticas, las facturas, los mensajes sin responder y todo lo que no dará tiempo a hacer. Aún no hemos salido de la cama y ya nos sentimos agotados.

El día acaba de comenzar, pero el sistema nervioso ya se ha puesto en modo alerta. Ni corremos delante de un depredador ni huimos de una amenaza vital, pero el cerebro activa el mismo mecanismo de supervivencia que permitió sobrevivir a nuestros antepasados durante miles de años.

Lo preocupante es que esta respuesta ya no dura unos minutos. Para muchas personas se mantiene activa durante buena parte del día, e incluso durante meses o años. Cuando el organismo pierde la capacidad de recuperar el equilibrio, el estrés deja de ser una herramienta para sobrevivir y comienza a convertirse en un problema de salud.

No se trata de una situación excepcional. Es la realidad cotidiana de millones de personas y uno de los mayores retos sanitarios del siglo XXI.

La pregunta, por tanto, ya no es si vivimos demasiado estresados. La verdadera cuestión es si podemos enseñar a nuestro sistema nervioso a recuperar la calma. La respuesta empieza con una característica extraordinaria del cerebro: su capacidad para aprender.

Igual que aprendemos un idioma, a conducir o a tocar un instrumento, el sistema nervioso también aprende a responder al entorno. Puede acostumbrarse a vivir en un estado de alerta casi permanente, pero también puede entrenarse para recuperar el estado de calma.

Durante décadas hemos intentado reducir el estrés actuando sobre nuestros pensamientos, nuestras emociones o nuestra conducta. Hoy la neurociencia propone un enfoque complementario: entrenar directamente los mecanismos fisiológicos que participan en la respuesta al estrés. Es precisamente aquí donde el biofeedback y el neurofeedback han despertado un enorme interés.

Entrenar el sistema nervioso

El biofeedback y el neurofeedback son dos de las herramientas más prometedoras para entrenar la capacidad de autorregulación del sistema nervioso. Aunque comparten este objetivo, no son exactamente lo mismo. Ambas parten de una idea sencilla: convertir señales fisiológicas que normalmente pasan desapercibidas en información que la persona puede observar en tiempo real para aprender a regular su organismo.

En el biofeedback se registran mediante sensores variables como la respiración, la tensión muscular, la temperatura de la piel o la variabilidad de la frecuencia cardíaca. Esta última es un biomarcador que refleja la capacidad del sistema nervioso autónomo para adaptarse a las demandas del entorno y la recuperación fisiológica tras una situación de estrés.

El neurofeedback, por su parte, utiliza la actividad eléctrica cerebral registrada mediante electroencefalografía.

En ninguno de los dos casos el dispositivo de medida actúa directamente sobre el cerebro o el organismo: funciona como un espejo fisiológico. Al observar en tiempo real cómo cambia su actividad corporal o cerebral, la persona puede identificar qué estrategias favorecen un estado de mayor equilibrio y entrenarlas de forma progresiva.

¿Funciona realmente?

Esta es la pregunta importante. Porque una cosa es que podamos observar lo que hace nuestro organismo y otra muy distinta que el entrenamiento cambie nuestra salud. La evidencia científica disponible permite responder afirmativamente, aunque con importantes matices.

La eficacia de estas técnicas depende de tres factores: el problema que se pretende tratar, el protocolo utilizado y la experiencia del profesional que dirige el entrenamiento. Por eso no es posible afirmar simplemente que funcionan o no.

En primer lugar, el biofeedback es una de las técnicas que más se ha investigado para mejorar la regulación del estrés. Los mejores resultados se han obtenido utilizando la variabilidad de la frecuencia cardíaca. Cuando la persona aprende a respirar de una forma determinada y recibe información inmediata sobre cómo responde su organismo, mejora su capacidad para regular la respuesta de estrés.

Además, también se han descrito cambios en la actividad de regiones cerebrales implicadas en la regulación emocional, la atención y el control cognitivo, lo que sugiere que sus efectos van más allá de la respuesta fisiológica inmediata.

En segundo lugar, la investigación sobre neurofeedback también ha mostrado resultados prometedores en problemas relacionados con la regulación emocional, como el trastorno por estrés posttraumático, algunos trastornos de ansiedad o el insomnio. Sin embargo, la calidad de la evidencia todavía es variable y depende en gran medida del protocolo empleado y de la población estudiada.

Eso significa que estas técnicas no son milagrosas. Tampoco sustituyen a la psicoterapia, a la medicación cuando es necesaria o a los cambios en el estilo de vida. Son una herramienta más. Cuando se utilizan bien pueden ayudar a que la persona aprenda a regular mejor su propio sistema nervioso.

La importancia de medir bien

En los últimos años han aparecido relojes, pulseras y aplicaciones capaces de registrar nuestra frecuencia cardíaca, el sueño y la actividad física. Nunca habíamos tenido acceso a tanta información sobre nuestro organismo. Pero existe un problema: medir no siempre significa comprender.

Una frecuencia cardíaca elevada puede deberse al estrés, pero también al ejercicio, al calor, a la falta de sueño o simplemente a haber subido unas escaleras. Lo mismo ocurre con muchos otros biomarcadores. Sin una interpretación adecuada, los datos pueden generar más preocupación que tranquilidad.

Por eso, el biofeedback y el neurofeedback no consisten únicamente en colocar unos sensores. Antes hay que saber qué se quiere entrenar, por qué y cómo hacerlo. La tecnología proporciona información. El profesional es quien la convierte en una intervención útil.

Mañana volverá a sonar el despertador. Seguirán esperándote los correos, las reuniones y las facturas. Lo que puede cambiar es la forma en la que el sistema nervioso responde a todo ello. Y esa capacidad, como tantas otras del cerebro, también puede entrenarse.

The Conversation

Francisco Manuel Ocaña Campos no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

ref. Así podemos entrenar el sistema nervioso para reducir el estrés – https://theconversation.com/asi-podemos-entrenar-el-sistema-nervioso-para-reducir-el-estres-282673

El hallazgo que amenaza el reinado del cobre en la electrónica moderna

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Paula Lamo, Profesora e investigadora, Universidad de Cantabria

Floren Horcajo/Shutterstock

Hay una escena que se repite en la industria tecnológica con una regularidad casi cómica. Un equipo diseña un sistema más potente: una unidad de procesamiento gráfico (GPU) para IA, un módulo de potencia para coche eléctrico o un procesador para satélite. Todo encaja. Las simulaciones salen bien. El prototipo funciona. Y, entonces, aparece el enemigo que nadie quiere en la película: el calor.

No es un problema elegante. No suena a futuro. Es un problema de cocina. En muchos casos, la electrónica moderna no está limitada por la capacidad de cálculo, ni por el algoritmo, ni siquiera por el semiconductor. Está limitada por algo mucho más prosaico: la capacidad de evacuar calor, sin que el sistema se estrangule o envejezca antes de tiempo.

En este contexto, un hallazgo reciente ha captado la atención de los expertos en materiales y electrónica. Los investigadores han encontrado un material metálico con una conductividad térmica tan alta que deja al cobre (que es el estándar industrial de referencia para conducción térmica) en una posición incómoda.

El material es el nitruro de tántalo (TaN), en una fase cristalina conocida como θ-TaN., cuya importancia radica en su conductividad térmica: 1.100 W/m·K (el orden de magnitud del cobre ronda los 400 W/m·K). La diferencia no es marginal. Es como pasar de una carretera convencional a una autopista de varios carriles: el tráfico térmico, que hoy se atasca en puntos críticos, podría circular con mucha menos resistencia.

En ciencia de materiales, batir un récord no es raro. Lo raro es que ese récord toque un nervio industrial real. Y aquí lo toca.

No es un metal “nuevo”, pero sí una noticia importante

Este metal no se ha “descubierto” como si fuese una veta desconocida o un nuevo elemento de la tabla periódica. El tántalo existe desde hace décadas y lleva años dentro de teléfonos, satélites y electrónica de alta fiabilidad. Lo que cambia aquí es su estructura cristalina. El nitruro de tántalo en fase θ no aparece “porque sí”: es un material que se obtiene en el laboratorio. Y la pregunta importante es si puede escalarse su producción.

Aquí aparece el detalle que hace que esta historia sea más interesante de lo que parece. En una industria, validar un material nuevo puede llevar años. Sin embargo, el TaN, como familia de materiales, no es un desconocido para la microelectrónica. Se ha usado durante años como barrera de difusión y en capas funcionales dentro de procesos de fabricación. Aunque eso no significa que esta fase concreta esté lista para entrar mañana en una fábrica, no parte desde cero.

El verdadero cuello de botella es el calor

¿Por qué importa tanto conducir calor mejor que el cobre? Porque, aunque no lo parezca, la electrónica moderna no está en una carrera para ser más inteligente. Está, sobre todo, en una carrera para no derretirse.

La inteligencia artificial es el ejemplo más visible y de moda. Hoy el debate público gira alrededor de modelos, chips, datos y geopolítica. Sin embargo, en el mundo físico, el drama cotidiano está en los aceleradores que usan las IA porque trabajan con densidades de potencia enormes. En ellos, el calor, en vez de generarse de forma uniforme, se concentra en hotspots, es decir, pequeños puntos del circuito donde la temperatura se dispara.

Los hotspots no se resuelven con un ventilador más grande, sino repartiendo el calor antes de que se convierta en un pico local. Cuando un chip se calienta demasiado en una zona, la electrónica reacciona reduciendo rendimiento. Es un mecanismo de autoprotección. Y esa es la parte que casi nunca se cuenta: muchas veces solo vemos el máximo rendimiento del hardware que la temperatura permite.

Un material con una conductividad térmica mucho mayor puede actuar como un repartidor rápido que reduzca picos. La consecuencia es, aparte de “más frío”, un rendimiento más estable, menos necesidad de sobredimensionar refrigeración y menos energía dedicada al enfriamiento.

De la IA al coche eléctrico y el espacio

Si saltamos a la electrónica de potencia, la historia se vuelve todavía más tangible. Los nuevos avances han permitido conmutación más rápida, mayor eficiencia y sistemas más compactos. Pero la miniaturización tiene una trampa: la densidad de potencia aumenta. Y cuando esto ocurre, el problema, más allá de la temperatura media, es el estrés térmico.

Los ciclos térmicos provocan fatiga, y la fatiga provoca fallos, que son eventos críticos en potencia. Por eso, un material que conduzca el calor mucho mejor puede tener una utilidad directa como capa de reparto térmico o elemento estructural dentro de módulos, reduciendo picos y gradientes. Si el calor se reparte antes, el sistema envejece más despacio. Y eso, en industria, es una moneda valiosa.

Por ejemplo, en un vehículo eléctrico, inversores, cargadores y convertidores DC/DC –que transforman corriente continua a distintos niveles de tensión– trabajan con restricciones duras de espacio, vibración y fiabilidad. La térmica condiciona el tamaño de los módulos, el tipo de refrigeración y la vida útil del sistema. Un material con conductividad térmica superior puede permitir que el calor se reparta mejor y que la refrigeración sea más efectiva sin crecer en volumen.

Otro caso de uso lo encontramos en el espacio, donde no hay convección. Es decir, no hay aire ni ventiladores para enfriar la electrónica; el calor se gestiona por conducción interna y radiación. Aquí, una mejora en conductividad puede traducirse en menos masa, rutas térmicas más eficientes y electrónica más densa. Y, en una constelación de satélites satélites de órbita terrestre baja (LEO), cada gramo cuenta.

Del laboratorio a la fábrica

¿Qué impide que mañana todo sea de θ-TaN? La historia de la ciencia de materiales está llena de descubrimientos espectaculares que nunca salieron del laboratorio. El problema es que la industria necesita que sea bueno dentro de un mundo real. Y, ahí, se mezclan costes, procesos, ciclos térmicos, tensiones mecánicas, compatibilidad con otros materiales, disponibilidad y geopolítica.

El hallazgo importa porque, durante mucho, tiempo se asumió que, en metales, el cobre estaba cerca del techo práctico de conductividad térmica. Ha sido la columna vertebral de la gestión térmica en la electrónica moderna por su coste-beneficio. Así que el nuevo hallazgo sugiere que quizá, en el futuro, puede dejar de ser así.

Eso no significa que el cobre vaya a desaparecer, pues sigue siendo barato, excelente y ubicuo. Pero abre una puerta a que, en piezas específicas, aparezcan materiales capaces de superar al estándar.

Este invento puede desbloquear arquitecturas enteras. Porque, al final, la industria tecnológica no suele caerse por falta de ideas. Se cae por falta de rutas térmicas. Y si un material permite que el calor circule mejor, está ampliando el espacio de diseño de toda la electrónica moderna.

The Conversation

Este trabajo ha sido apoyado por el Gobierno Regional de Cantabria y financiado por la UE bajo el proyecto de investigación 2023-TCN-008 UETAI. También, fue financiado por el Ministerio de Ciencia e Innovación de España MICIU/AEI/10.13039/501100011033 y por FEDER, UE bajo el proyecto de investigación PID2021-128941OB-I00, “Transformación Energética Eficiente en Entornos Industriales”. Además, fue financiado parcialmente por la Consejería de Educación, Formación y Universidades del Gobierno de Cantabria a través del Contrato Programa del Gobierno de Cantabria y la Universidad de Cantabria a través del proyecto 04.50.00.VQ25.541A.646.62, “Habilitando entornos residenciales más sostenibles mediante la transformación inteligente y activa de la energía eléctrica”.

ref. El hallazgo que amenaza el reinado del cobre en la electrónica moderna – https://theconversation.com/el-hallazgo-que-amenaza-el-reinado-del-cobre-en-la-electronica-moderna-281248

Relire Edgar Morin pour comprendre la complexe expérience canadienne

Source: The Conversation – in French – By Christophe Premat, Professor, Canadian and Cultural Studies, Stockholm University

Le grand sociologue français Edgar Morin, mort au printemps dernier à 104 ans, a entretenu des liens parfois très personnels avec le pays, notamment avec le Québec. Et, même s’il n’a jamais fait du Canada un objet central de ses recherches, le pays apparaît aujourd’hui comme l’une des illustrations les plus concrètes des questions auxquelles il a consacré sa vie.


La disparition d’Edgar Morin à l’âge de 104 ans marque la fin d’une œuvre qui aura profondément influencé les sciences humaines et sociales contemporaines. Tout au long de sa carrière, le sociologue et philosophe français s’est efforcé de dépasser les approches simplificatrices du réel pour promouvoir une « pensée complexe », capable de relier les phénomènes plutôt que de les isoler.

Si Morin n’a jamais fait du Canada un objet central de ses recherches, son œuvre offre pourtant des clés particulièrement fécondes pour comprendre ce pays. Plus encore, le Canada apparaît aujourd’hui comme l’une des illustrations les plus concrètes des questions auxquelles Morin a consacré sa vie : comment faire tenir ensemble des différences multiples sans les réduire à une identité unique ? Comment construire une communauté politique à partir de la diversité ? Comment articuler des savoirs différents dans un monde marqué par l’interdépendance ?

En tant que chercheur en études culturelles francophones, je viens d’écrire un ouvrage sur l’idée d’autonomie qui met en dialogue les réflexions de plusieurs penseurs francophones sur cette question.

Des liens à la fois intellectuels et très personnels

Les affinités entre la pensée de Morin et le Canada ne sont pas seulement analytiques ; elles s’inscrivent aussi dans l’histoire de sa vie. Il entretenait plusieurs liens avec le pays, notamment avec le Québec. En 2006, l’Université Laval lui décerna un doctorat honoris causa en reconnaissance de sa contribution exceptionnelle à la réflexion contemporaine.

Son attachement au Québec était aussi d’ordre personnel. Entre 1970 et 1980, il fut marié à Johanne Harrelle, mannequin, comédienne et artiste ayant marqué l’histoire culturelle du Québec moderne.

Cependant, l’intérêt de relire Morin à partir du Canada réside moins dans ces éléments biographiques que dans les affinités profondes entre sa pensée et l’expérience canadienne.




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Morin considérait que les sociétés modernes ne pouvaient plus être comprises à travers des catégories simples et homogènes. Elles sont traversées par des dynamiques multiples, parfois contradictoires, qu’il convient de penser ensemble.

Le Canada, société complexe par excellence

Sous cet angle, le Canada constitue un terrain particulièrement intéressant pour la pensée complexe. Loin de former un ensemble homogène, le pays est traversé par des logiques parfois complémentaires, parfois contradictoires. Le fédéralisme canadien repose sur un équilibre constamment renégocié entre le gouvernement fédéral, les provinces, les territoires et les nations autochtones, dont les revendications d’autonomie interrogent les fondements mêmes de l’État canadien.

Cette complexité ne se réduit pas à une simple diversité culturelle. Elle s’exprime dans les débats récurrents sur la place du Québec, dans les tensions entre politiques multiculturelles et affirmation de cultures minoritaires, ainsi que dans le difficile processus de réconciliation avec les peuples autochtones. Le Canada apparaît ainsi comme une société où coexistent plusieurs récits historiques, plusieurs conceptions de l’appartenance et plusieurs visions du vivre-ensemble.

Une telle situation rejoint l’intuition fondamentale de Morin selon laquelle les sociétés humaines ne peuvent être comprises à partir d’un principe unique d’explication. Elles sont constituées d’éléments interdépendants qui entretiennent à la fois des relations de coopération, de concurrence et parfois de conflit. La cohésion canadienne ne procède donc pas de l’effacement des différences, mais de la recherche permanente d’un équilibre entre des aspirations collectives qui ne convergent pas toujours.

Dépasser les cloisonnements intellectuels

L’une des dimensions les plus actuelles de l’œuvre de Morin concerne sa critique de la fragmentation des connaissances. Selon lui, les grands défis contemporains ne peuvent être appréhendés à partir d’un seul point de vue disciplinaire. Ils exigent au contraire une capacité à relier des savoirs différents et à penser leurs interactions.

Cette réflexion trouve un écho particulier dans le contexte canadien. Les débats sur la réconciliation avec les peuples autochtones ont contribué à remettre en question certaines hiérarchies traditionnelles du savoir, et à reconnaître davantage la valeur de connaissances longtemps marginalisées dans les politiques publiques et la recherche. Dans les domaines de la gestion environnementale, de la protection des territoires ou de l’adaptation aux changements climatiques, les savoirs autochtones sont de plus en plus mobilisés aux côtés des sciences naturelles et des sciences sociales.

Sans avoir abordé directement ces questions, Morin offre des outils conceptuels permettant d’en saisir les enjeux. Son appel à la « reliance » invite à dépasser les cloisonnements intellectuels et à penser les complémentarités possibles entre différentes traditions de connaissance. Le dialogue entre savoirs autochtones, sciences naturelles, sciences sociales et action publique illustre ainsi de manière concrète l’actualité de cette pensée de la reliance.

Les études canadiennes : un laboratoire de l’interdisciplinarité

La pensée de Morin permet également de mieux comprendre la nature particulière des études canadiennes elles-mêmes.




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Depuis leur développement dans les universités européennes et internationales, les études canadiennes occupent une position singulière. Elles constituent à la fois un champ scientifique et un instrument de diplomatie culturelle. Elles participent à la diffusion des connaissances sur le Canada tout en contribuant à la compréhension de ses réalités sociales, politiques et culturelles. Elles se trouvent ainsi au croisement d’une logique scientifique de production de connaissances et d’une logique de rayonnement culturel et diplomatique.

Cette double dimension explique leur caractère profondément interdisciplinaire. Les chercheurs en études canadiennes mobilisent l’histoire, la sociologie, la littérature, la science politique, la géographie, les études autochtones ou encore les études environnementales pour éclairer un même objet.

Une telle démarche correspond presque parfaitement à l’idéal intellectuel défendu par Morin. Pour lui, les phénomènes complexes ne peuvent être saisis à travers une seule discipline. Ils exigent au contraire des approches capables de faire dialoguer les savoirs et de restituer les interactions qui structurent la réalité.

Cette approche entretient une profonde parenté avec la pensée circumpolaire, qui ne procède pas par oppositions binaires mais par interactions, circulations et rétroactions entre des espaces, des savoirs et des acteurs. Comme la pensée complexe de Morin, elle privilégie les relations plutôt que les essences, les dynamiques plutôt que les catégories figées, faisant de la rétroaction un principe d’intelligibilité des réalités nordiques et des sociétés qui les habitent.

Des questions qui dépassent les frontières nationales

La pertinence de Morin se manifeste enfin dans les grands enjeux auxquels le Canada est aujourd’hui confronté. Qu’il s’agisse du changement climatique, de l’avenir de l’Arctique, des migrations, de la diversité culturelle ou des transformations géopolitiques, ces questions dépassent largement les frontières nationales.

Morin parlait d’une « communauté de destins » pour désigner l’interdépendance croissante des sociétés humaines. Cette intuition trouve une résonance particulière dans un pays qui se définit à la fois comme nord-américain, atlantique, pacifique et circumpolaire.


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À l’heure où de nombreuses démocraties occidentales sont confrontées à des formes renouvelées de polarisation et de repli identitaire, l’expérience canadienne rappelle les difficultés, mais aussi les possibilités, de faire coexister plusieurs appartenances au sein d’un même cadre politique.

Relire Edgar Morin à travers le Canada ne consiste donc pas seulement à rendre hommage à un grand intellectuel disparu. C’est aussi reconnaître que plusieurs des interrogations qui ont traversé son œuvre sur la diversité, l’interdépendance, la reliance des savoirs ou la coexistence des différences trouvent dans l’expérience canadienne un terrain d’observation particulièrement éclairant.

Plus qu’un simple objet d’étude, le Canada apparaît alors comme l’une des expressions contemporaines de cette complexité que Morin n’a cessé d’inviter à penser.

La Conversation Canada

Christophe Premat a récemment publié “L’autonomie improbable. Fragilité et contingence d’une invention humaine” (Anibwe, 2026), un essai consacré aux théories de l’autonomie. Ses recherches portent notamment sur les pensées de l’autonomie développées par Cornelius Castoriadis et Edgar Morin. Il déclare cet intérêt académique et scientifique en rapport avec la thématique abordée.

ref. Relire Edgar Morin pour comprendre la complexe expérience canadienne – https://theconversation.com/relire-edgar-morin-pour-comprendre-la-complexe-experience-canadienne-284252

Ward c. Gabriel : retour sur une affaire qui a déclenché un affrontement national sur la liberté d’expression

Source: The Conversation – in French – By Danielle Bobker, Professor, English, Concordia University

Même si les propos des humoristes controversés constituent pour le public une source inépuisable de discussions et de débats, « ne jamais s’en prendre aux plus faibles » demeure la règle d’or de l’humour pour de nombreux Canadiens et Canadiennes.

Ainsi, lorsque la Cour suprême du Canada s’est prononcée en 2021 sur les blagues de l’humoriste québécois Mike Ward au sujet du chanteur Jérémy Gabriel, les juges ont mis la population au défi de réfléchir à ce qu’est véritablement l’humour.

Jérémy Gabriel est né avec le syndrome de Treacher Collins, maladie qui affecte son ossature faciale et son audition. Après avoir reçu des implants cochléaires, il a appris à parler, puis à chanter. Il s’est ensuite produit devant le pape et aux côtés de Céline Dion. À l’âge de 10 ans, il avait déjà lancé un album et publié son autobiographie. Ses admirateurs le surnommaient affectueusement « le petit Jérémy ».

Lorsque Mike Ward s’est mis à faire des blagues au sujet de Jérémy Gabriel, en 2010, il avait près de 40 ans et le jeune garçon en avait 13. Pendant trois ans, Mike Ward s’est moqué de Jérémy Gabriel en ligne ainsi qu’à l’occasion d’un spectacle d’humour en direct et enregistré intitulé Mike Ward s’eXpose.

Mike Ward parodiait la voix de Jérémy Gabriel et plaisantait sur l’apparence et le diagnostic médical de celui-ci : « Tu sais ce qu’il a ? Il est laid ! » Il a également dit à la blague qu’après avoir découvert que la maladie du jeune homme n’était pas mortelle, il a essayé de le noyer dans une piscine publique. « J’ai pas été capable, j’ai pas été capable. Il est pas tuable », a déclaré l’humoriste, comme on peut le lire dans une transcription du spectacle Mike Ward s’eXpose.

En 2012, les parents de Jérémy Gabriel déposent une plainte, et le Tribunal des droits de la personne du Québec condamne Mike Ward à verser 42 000 $ à titre de dommages moraux et punitifs. En 2019, l’humoriste porte l’affaire devant la Cour d’appel du Québec, qui statue de nouveau en faveur de Jérémy Gabriel. Mais deux ans plus tard, une décision rendue à cinq juges contre quatre par la Cour suprême du Canada donne raison à l’humoriste en invoquant la liberté d’expression, et annule les condamnations précédentes.

Quatre juges concluent à la discrimination

Pour quatre des neuf juges de la plus haute instance du pays, les tribunaux québécois ont vu juste. Dans l’arrêt Ward c. Québec rendu en 2021, ils affirment que l’humour ne confère pas une liberté d’expression accrue et que, en tant que mineur en situation de handicap, Jérémy Gabriel était doublement vulnérable aux insultes. Selon eux :

Monsieur Ward a utilisé le handicap de Jérémy Gabriel et ses manifestations pour faire rire son auditoire […] causant une atteinte grave à la dignité.

En bref, Mike Ward a frappé très fort sur une personne plus faible, ce qui allait bien au-delà des limites permises par la loi.

En revanche, pour cinq des neuf juges de la Cour suprême, ce sont les tribunaux du Québec qui ont outrepassé leurs pouvoirs. Dans leur argumentaire, les cinq juges majoritaires insistent sur le fait que la discrimination ne dépend pas seulement de la personne visée, mais aussi de la manière dont elle l’est et des conséquences qui en découlent.

Considérant la Charte des droits et libertés du Québec trop vague dans sa manière d’assurer la protection de la dignité humaine, les juges s’appuient largement sur un arrêt rendu en 2013 par la Cour suprême concernant un cas de discours haineux, dans lequel le tribunal avait conclu que « le droit canadien s’assure de la protection du statut social de la victime tout délaissant la protection de sa sérénité émotive ».

Selon la loi, ont-ils fait valoir, un discours ne peut être considéré comme haineux ou discriminatoire que lorsqu’il entraîne un préjudice « social et non point moral, collectif et non pas individuel ».

S’en prendre à des égaux, et non aux plus faibles

Aux yeux des cinq juges majoritaires, le fait que certains petits tyrans d’écoles secondaires aient repris les propos de Mike Ward pour narguer Jérémy Gabriel, et même que Jérémy Gabriel ait parfois eu des pensées suicidaires à l’adolescence ne permet aucunement de conclure à l’existence de discrimination.

Ils ont plutôt affirmé qu’en matière de discrimination, les réactions les plus significatives aux blagues de Ward ont eu lieu dans la sphère de la fiction.

« Le critère de la personne raisonnable », qui est au cœur du droit canadien, consiste à imaginer comment une personne d’intelligence et de sensibilité moyennes, qui comprend parfaitement une situation sans y être personnellement impliquée, serait susceptible de l’interpréter. Est-ce que Monsieur et Madame Tout-le-Monde comprendraient que Mike Ward n’essayait pas vraiment de susciter de l’animosité envers Jérémy Gabriel ?

Les cinq juges majoritaires étaient convaincus que ce serait le cas. Et pour eux, cette hypothèse semblait validée par le fait que de nombreuses personnes avaient bel et bien ri des blagues de Ward sans pour autant perpétrer massivement des crimes haineux par la suite.

Les blagues de Mike Ward à l’égard de Jérémy Gabriel provenaient d’un numéro plus long intitulé Les intouchables, qui prenait à partie le public québécois et son adoration pour les célébrités locales. Pour les cinq juges majoritaires, ce contexte avait son importance. En effet, étant donné que Mike Ward s’en prenait explicitement à Jérémy Gabriel en raison de sa renommée, ils ont estimé dans leur jugement que ses railleries « n’étaient pas fondées sur un motif interdit ».

À leur avis, l’humoriste s’en était pris à un égal, et ses propos étaient ceux d’un personnage bien connu s’adressant à un autre.

Conséquences de la décision

Depuis que le tribunal a tranché, certains défenseurs des droits de la personne ont affirmé que la décision rendue dans l’affaire Ward c. Québec reflète « un stupéfiant manque de compréhension et une déconsidération de l’importance de l’égalité des personnes en situation de handicap ». Ils soutiennent qu’elle a porté atteinte aux mesures de protection contre « le phénomène croissant et nébuleux du harcèlement en ligne et de la publication de propos offensants sur les plates-formes virtuelles ».

Fo Niemi, directeur général du Centre de recherche-action sur les relations raciales, a inventé l’expression « l’effet Ward » pour illustrer les répercussions défavorables de cette décision de la Cour suprême sur l’accès à la justice pour des centaines de Québécoises et Québécois issus de minorités ayant fait l’objet d’insultes racistes.

D’autres juristes ont toutefois salué cette décision, la considérant comme une victoire importante contre toute forme de censure.

Dans une vidéo publiée sur YouTube juste après avoir eu gain de cause au procès, Mike Ward a déclaré que même si le fait de défendre la liberté d’expression pendant une décennie l’avait fait vieillir prématurément, cela en valait la peine : « Je pense que c’est un grand jour pour l’humour. Selon moi, on assiste à un certain retour du balancier. »

Une question qui demeure sans réponse

En tant que professeure d’anglais qui enseigne et mène des recherches dans le domaine des études critiques sur l’humour, je suis perplexe face à ce qui a été omis dans la décision partagée de la Cour suprême.


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Pourquoi les cinq juges majoritaires n’ont-ils pas tenu compte du fait que la visibilité publique est à la fois plus difficile à obtenir et plus coûteuse pour les personnes en situation de handicap ? Pourquoi n’ont-ils pas pris en compte les réalités entourant la violence psychologique que peut infliger l’humour et les préjudices qu’il peut causer ? N’ont-ils pas compris qu’ils créaient un dangereux précédent en définissant la discrimination de manière aussi étroite ?

Ce qui m’apparaît toutefois plus clairement que jamais aujourd’hui, c’est qu’il n’existe pas de dieux infaillibles du rire qui rendent des verdicts depuis les cieux, ni de formules à toute épreuve permettant d’évaluer les blagues. Pas même au Canada.

Certaines blagues peuvent-elles dépasser les bornes ? Loin de trancher ce débat, notre Cour suprême a plutôt montré à quel point cette question demeure encore véritablement sans réponse.

La Conversation Canada

Le projet de Danielle Bobker, intitulé « Ward c. Québec : une étude de cas pour les études sur l’humour dans la critique littéraire », bénéficie d’une subvention de développement « Insight » du Conseil de recherches en sciences humaines du Canada et a pu compter sur l’aide à la recherche de Yara Ajeeb, Maia Harris, Paola Lopez et Sophie Moulaiison, étudiantes en master d’anglais à l’université Concordia.

ref. Ward c. Gabriel : retour sur une affaire qui a déclenché un affrontement national sur la liberté d’expression – https://theconversation.com/ward-c-gabriel-retour-sur-une-affaire-qui-a-declenche-un-affrontement-national-sur-la-liberte-dexpression-287051

Le cerveau sous le capot : Repenser la mécanique de la maladie d’Alzheimer

Source: The Conversation – in French – By Rémi Lamontagne-Caron, Candidat au doctorat en sciences cliniques et biomédicales, Université Laval

La maladie d’Alzheimer est la forme de démence la plus fréquente. Pendant longtemps, les chercheurs ont cru que l’accumulation de protéines toxiques était sa principale cause. Toutefois, de récentes découvertes suggèrent que le problème pourrait avoir une autre origine, notamment dans le système sanguin.


Contrairement à la croyance populaire, la démence ne concerne pas que la mémoire. Imaginez le cerveau comme une voiture. Pour rouler adéquatement, ce système complexe dépend, entre autres, d’un moteur (nos neurones, la pièce centrale) et d’une tuyauterie (notre système vasculaire cérébral) chargée d’acheminer le carburant (l’oxygène et les nutriments) vers ce moteur.

Avec l’âge, cette mécanique s’use. Si les tuyaux s’abîment, la rouille s’installe ou le moteur se brise, ce qui affecte le fonctionnement du véhicule et mène inévitablement à une panne prématurée. Dans la maladie d’Alzheimer, cette rouille se caractérise par l’accumulation de deux protéines toxiques : les plaques d’amyloïdes et les fibres de tau, qui mènent au déclin des capacités cognitives, comme la mémoire.




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Toutefois, plusieurs observations remettent en question le rôle de ces protéines. Il devient alors essentiel de trouver la cause de cette rouille et de comprendre son origine.

L’hypothèse de l’amyloïde

Pendant longtemps, la recherche pharmaceutique s’est concentrée sur l’hypothèse de l’amyloïde, soit une des formes de rouille. Selon cette hypothèse, l’accumulation de protéines bêta-amyloïde dans le cerveau, sous la forme de plaques, serait la cause principale de la démence. Naturellement, la protéine bêta-amyloïde est évacuée par les systèmes sanguin et lymphatique ou est éliminée dans le cerveau par des cellules protectrices (microglies et astrocytes) et des enzymes. Un dysfonctionnement de ces mécanismes de nettoyage, combiné à la production de bêta-amyloïdes, engendrent son accumulation et la formation de plaques. L’exposition prolongée sur des décennies à cette protéine endommagerait les neurones et provoquerait les pertes de mémoire.

Toutefois, deux découvertes majeures ont bousculé cette hypothèse :

  • La présence de plaques chez des personnes saines : des accumulations de plaques importantes ont été découvertes chez des individus ne souffrant d’aucun problème cognitif. Il est aussi important de comprendre que l’amyloïde est une protéine qui peut être générée naturellement en réponse à une infection virale ou une inflammation.

  • Les limites des nouveaux traitements : Récemment, des médicaments, tels que lécanémab et aducanumab, ont été développés pour détruire directement ces plaques. Toutefois, bien que l’amyloïde soit presque totalement éliminée, le déclin cognitif se poursuit au même rythme qu’avec des traitements plus anciens, qui ont l’avantage d’être moins coûteux et mieux tolérés.

Ces constats suggèrent une idée nouvelle : les plaques d’amyloïde ne sont peut-être pas la source du problème, mais plutôt la conséquence d’une anomalie sous-jacente.

Mais alors, d’où provient cette inflammation initiale à l’origine de l’accumulation de protéines ?

Pour reprendre notre métaphore, s’acharner à nettoyer la rouille sur une voiture ne résout pas le problème qui la cause. Puisque le dommage est fait, la durée de vie du véhicule est modifiée de manière permanente. Par conséquent, l’accent doit être mis sur la prévention et la détection précoce des premiers signes d’usure.

C’est ici qu’entrent en jeu les biomarqueurs, des indices biologiques qui permettent de repérer la maladie avant l’apparition des symptômes, dans l’espoir de remonter à la véritable source du problème.

À la recherche de la cause : l’importance du système sanguin

C’est dans ce contexte que le système vasculaire cérébral s’est retrouvé sous la loupe des scientifiques. Comme dans notre métaphore, si les conduits qui acheminent le carburant sont endommagés, la performance du moteur chute et la mécanique finit par céder.




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Similairement, le bon fonctionnement du cerveau dépend du système vasculaire, lequel alimente les neurones en oxygène et en nutriments. Une nouvelle hypothèse a surgit dans la dernière décennie : certaines conditions, comme les maladies vasculaires, l’hypertension ou le diabète de type 2, endommagent les vaisseaux sanguins et créent des zones d’inflammation. En plus de restreindre l’arrivée de sang vers le cerveau, l’inflammation provoquerait l’accumulation de bêta-amyloïde, entraînant ultimement la mort des neurones.

Plusieurs découvertes importantes soutiennent cette hypothèse. Aujourd’hui, des anomalies vasculaires, comme des changements dans la dynamique du sang, c’est-à-dire une diminution du flux et du volume sanguin, ainsi que la présence d’hémorragies, sont reconnues comme des signes précoces de la maladie d’Alzheimer.

Plus encore, une des plus larges recensions des écrits sur la démence a récemment établi que certains facteurs de risque pourraient représenter jusqu’à 45 % des cas de démence. En observant la figure ci-contre, on constate qu’une proportion importante de ces risques est directement liée à notre santé vasculaire. Parmi eux, on retrouve un taux élevé de mauvais cholestérol, l’inactivité physique, le diabète de type 2, le tabagisme, l’hypertension, la consommation excessive d’alcool et l’obésité.

Ensemble, ces facteurs pèsent lourd dans la balance et contribuent significativement au risque de développer une forme de démence. Agir sur ces facteurs offre des leviers d’action concrets permettant de prévenir ou traiter ces conditions tout au long de la vie afin de réduire le fardeau sur notre cerveau.

Tous ces résultats indiquent un rôle crucial du système vasculaire dans le développement de la maladie d’Alzheimer. Le défi actuel ? Caractériser précisément le système vasculaire à un stade précoce, jusqu’à des décennies avant le diagnostic, pour identifier les changements qui s’enchaînent vers la maladie. En effet, puisque la relation entre le système vasculaire et la démence commence à être étudiée plus en profondeur, il y a un manque significatif de données précises sur le sujet.


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Vers une approche globale au-delà l’amyloïde

Heureusement, la recherche examine davantage les aspects non-amyloïdes qui pourraient être à la cause de la maladie. Entre autres, la protéine tau semble y jouer un rôle important, mais d’autres mécanismes suscitent également un intérêt de la communauté scientifique : le rôle du système immunitaire, le dysfonctionnement du métabolisme cellulaire, ainsi que les problèmes de communication entre les neurones. Aujourd’hui, de plus en plus de scientifiques proposent même une approche multifactorielle, où les différentes sphères de la maladie interagissent entre elles plutôt que d’agir de façon isolée.

L’avènement de nouveaux biomarqueurs vasculaires soutient l’idée que les dégâts du système sanguin cérébral sont liés à la maladie d’Alzheimer. Par exemple, la découverte que différentes cellules du système sanguin s’infiltrent dans le système nerveux central, un signe que notre tuyauterie fuit, est corrélée avec le déclin cognitif et la présence de plaques amyloïde.

De plus, avec l’amélioration des techniques d’imagerie et l’avènement de l’intelligence artificielle dans la recherche biomédicale, nous pouvons mesurer l’état de santé du cerveau beaucoup plus rapidement et avec une plus grande sensibilité que ce qui était précédemment possible.

Progressivement, nous nous rapprochons vers une manière de vaincre cette maladie !

En attendant le développement de ces nouvelles approches thérapeutiques, la meilleure façon de protéger son cerveau est d’agir sur ce que l’on contrôle, soit entretenir la mécanique de notre voiture en restant actif, autant physiquement que socialement, tout au long de sa vie.

La Conversation Canada

Rémi Lamontagne-Caron a reçu des financements des IRSC.

ref. Le cerveau sous le capot : Repenser la mécanique de la maladie d’Alzheimer – https://theconversation.com/le-cerveau-sous-le-capot-repenser-la-mecanique-de-la-maladie-dalzheimer-285997