Comment négocier avec un partenaire qui ne tient pas parole

Source: The Conversation – in French – By Jean Poitras, Professeur titulaire en gestion de conflits, HEC Montréal

Toute négociation repose implicitement sur l’idée que les parties s’engageront à respecter l’accord ou, à défaut, qu’un tiers (tribunal, régulateur, autorité contractuelle) pourra en imposer l’exécution. Or, cette idée échoue souvent : collaborateur qui revient sur des conditions acceptées, fournisseur qui marchande après chaque livraison, État qui rouvre des accords signés.


La difficulté augmente quand le partenaire peu fiable reste incontournable. On dialogue avec quelqu’un qu’on ne peut pas contraindre, mais avec qui l’on doit continuer à traiter.

Le premier ministre canadien Mark Carney en fait aujourd’hui l’expérience dans sa relation avec le président américain Donald Trump. Les États-Unis, principal partenaire commercial du Canada, demeurent incontournables, mais les règles du jeu sont devenues beaucoup moins prévisibles. Malgré l’ACEUM déjà en vigueur, Washington a imposé de nouveaux droits de douane sur des biens canadiens.

De plus, les négociations d’août 2026 ont échoué alors que les deux parties semblaient proches d’une entente. Selon Ottawa, l’administration Trump aurait présenté des conditions supplémentaires à la toute fin des pourparlers. Le gouvernement canadien a suspendu les pourparlers plutôt que d’accepter les modalités proposées. La question se pose directement du côté du Canada : pourquoi s’engager dans un accord si l’on a l’impression que l’autre partie pourrait, à tout moment, revenir sur sa parole ?

Cette situation se retrouve également dans d’autres secteurs. Comment une entreprise peut-elle gérer une situation où elle dépend d’un fournisseur dominant ou, à l’opposé, comment un parent peut-il négocier un couvre-feu avec son adolescent récalcitrant ?

Quand la confiance ne suffit plus

Le réflexe s’avère souvent moral lorsqu’on se trouve face à un tel négociateur : « Il manque de crédibilité », « on peut difficilement lui faire confiance » ou « il négocie de mauvaise foi ». Ces jugements peuvent se révéler équitables, mais ils aident peu. On ne force personne à devenir digne de confiance.

La question utile devient alors : pourquoi cette personne respecterait-elle sa parole si le coût de sa trahison se révèle presque nul ? Au lieu de se demander pourquoi l’autre ne tient pas parole, on peut se demander comment créer des mesures motivantes pour qu’il la tienne.

Les travaux sur la coopération répétée, la théorie des jeux et les accords auto-exécutoires montrent qu’en l’absence d’une perception de bonne foi chez le partenaire, la probabilité qu’il respecte ses engagements dépend moins de sa parole que des conséquences crédibles attachées à un manquement – d’autant plus lorsqu’aucun tiers ne peut imposer l’accord. Trois leviers permettent d’agir sur ce calcul.

Premier levier : réduire sa dépendance

Le BATNA (Best Alternative to a Negotiated Agreement) (la meilleure alternative à un accord négocié) a été popularisé par les Américains Roger Fisher, professeur de droit à Harvard et pionnier de la recherche en négociation, et William Ury, anthropologue et spécialiste de la négociation, dans Getting to Yes, publié en 1981. Plus cette solution est bonne, plus on a de pouvoir dans la négociation, puisqu’on peut refuser une mauvaise offre sans grand risque. C’est, en clair, notre plan B.

Considérons un exemple concret. Une entreprise dépendante d’un seul grand marché voisin subit chaque taxe ou chaque changement de politique de plein fouet, faute d’autres débouchés. Le partenaire ne gagnera pas grand-chose à se modérer. Mais le calcul change si l’entreprise développe aussi des marchés en Europe ou en Asie : le partenaire sait qu’il pourrait perdre une partie de ce commerce au profit d’un concurrent étranger.

C’est toute la logique du BATNA : on cherche d’abord à corriger ses propres vulnérabilités, et non pas à faire du mal à notre vis-à-vis. Une fois qu’on détient une véritable porte de sortie, le manquement de l’autre finit par lui coûter quelque chose, sans qu’on ait besoin de le dire à voix haute. Nous pouvons tout simplement aller voir ailleurs et il risque alors de nous perdre s’il exagère.




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Deuxième levier : limiter les risques

Le deuxième levier agit sur le risque. Des travaux ont montré que la coopération peut émerger et se maintenir dans des relations répétées, même en l’absence d’une autorité extérieure. La répétition permet notamment aux parties d’ajuster leur comportement en fonction de ce qu’elles observent chez l’autre.

Le principe du « starting small » prolonge cette logique. Lorsque la fiabilité d’un partenaire se révèle incertaine, on commence par un engagement limité et on l’accroît progressivement à mesure que sa fiabilité se confirme.

Par conséquent, on divise un gros accord en étapes, et l’accès aux étapes suivantes est conditionné au respect des précédentes.

Deux pays négocient la levée de tarifs douaniers. Ils procèdent par paliers : l’acier d’abord, puis l’automobile, puis d’autres secteurs. Chacun doit respecter ses engagements à l’étape précédente pour passer à l’étape suivante. Si l’un des pays revient rapidement sur sa parole, l’autre ne perd que l’accès aux phases suivantes, souvent les plus avantageuses.

Le risque change. On ne punit pas nécessairement le tricheur, mais on limite ses gains. Son calcul devient moins attrayant : ce n’est plus « je peux obtenir un gros avantage, puis me défiler », mais « si je me défile maintenant, je renonce aux gains plus importants qui viendraient ensuite ». Cela ne dissuade pas autant qu’une véritable sanction, mais cela réduit l’intérêt du manquement et protège surtout l’autre partie.

Troisième levier : attacher un coût au manquement

Le troisième levier va plus loin : il fait dépendre directement les bénéfices futurs du respect des engagements actuels. Il s’ancre dans la littérature sur les accords auto-exécutoires. On peut choisir de respecter un accord non par crainte d’une sanction judiciaire, mais parce que tricher aujourd’hui fait perdre les bénéfices futurs de la relation.

Concrètement, le respect de l’entente donne accès à un bénéfice réel – taux préférentiel, accès privilégié, condition avantageuse – renouvelé automatiquement à intervalles courts, par exemple chaque mois ou chaque trimestre. Le bénéfice est automatiquement renouvelé tant que les promesses sont respectées. S’il y a un défaut, il n’est tout simplement pas prolongé.

Encore faut-il que cette conséquence soit crédible. Menacer son partenaire d’une mesure que l’on n’a pas intérêt à appliquer risque d’avoir peu d’effets. Une bonne conséquence doit donc être connue à l’avance, mais aussi suffisamment réaliste et peu coûteuse à mettre en œuvre pour que celui qui l’a prévue ait effectivement intérêt à la maintenir.


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Cette différence entre « retirer » et « ne pas renouveler » peut sembler mince, et l’autre partie pourra toujours y voir une punition. Mais elle change une chose importante : personne n’a à décider de la sanction au moment du conflit. La règle a été établie à l’avance et la conséquence découle automatiquement du comportement convenu.




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Des conséquences, pas des punitions

Ces trois leviers n’agissent pas de la même façon : le premier nous donne une meilleure porte de sortie, le deuxième limite ce que nous risquons de perdre et le troisième fait dépendre les avantages futurs du respect des engagements. Leur point commun consiste à faire en sorte que le non-respect d’un engagement entraîne enfin des conséquences concrètes.

Face à une partie dominante, leur effet reste réel, mais marginal. Ils ne renversent pas le rapport de force : ils modifient simplement le calcul du manquement. Introduire une conséquence réelle ne supprime pas l’asymétrie de pouvoir, mais la rend moins absolue.

Cette approche ne transforme pas non plus un partenaire peu fiable en allié loyal. Elle permet plutôt de poursuivre les négociations lorsque la confiance, la contrainte juridique ou les solutions de rechange font défaut. Ce sont, en somme, des stratégies de survie pour une relation qu’on ne peut ni quitter ni assainir.

Face à un partenaire dont la parole ne suffit plus, l’objectif vise donc autre chose qu’une meilleure promesse. Il consiste à construire une relation où respecter sa promesse devient le choix le plus avantageux.

La Conversation Canada

Jean Poitras ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

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Surveiller vos employés ne les rend pas plus productifs

Source: The Conversation – in French – By Nick Turner, Professor and Croft Chair in Management, Haskayne School of Business, University of Calgary

En juin, la TD Bank a annoncé à son personnel qu’elle allait commencer à installer un logiciel appelé WorkIQ sur leurs ordinateurs professionnels, afin de suivre le temps passé sur les navigateurs, les messageries instantanées internes et les applications de réunion. Ce déploiement a relancé le débat public sur la surveillance sur le lieu de travail. Mais la question dépasse largement le cadre d’une seule banque.


De nombreux emplois sont devenus plus numériques, hybrides et dispersés. Les responsables peuvent avoir l’impression de ne plus être en mesure de voir directement le travail effectué, et peuvent se tourner vers des logiciels qui promettent une vision plus claire de ce que font les employés tout au long de la journée : temps passé sur les applications, utilisation du navigateur, activité liée aux réunions et autres traces numériques du travail.

Pour les employeurs, l’intérêt est facile à comprendre. Ils veulent savoir où le travail rencontre des blocages et comment le temps est utilisé. Mais la question ne se limite pas à savoir si la surveillance améliore les performances. Il s’agit également de savoir quel type d’environnement de travail cela crée, et si les employés peuvent fournir un travail de qualité tout en se sentant en confiance et respectés.

L’idée selon laquelle le fait d’être observé modifie le comportement n’est pas nouvelle non plus. Le philosophe anglais Jeremy Bentham a imaginé au XVIIIᵉ siècle le « panoptique », une prison dans laquelle les détenus pouvaient être surveillés sans savoir à quel moment ils l’étaient. L’intérêt ne résidait pas seulement dans le fait que les personnes pouvaient être surveillées, mais dans le fait que la simple possibilité d’être surveillées pouvait modifier leur comportement.




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Visibilité contre compréhension

La surveillance sur le lieu de travail est souvent présentée comme un moyen d’améliorer la productivité et de prendre de meilleures décisions en matière de personnel et de ressources. TD a présenté WorkIQ sous cet angle, qualifiant son déploiement de « pratique courante dans le secteur » et affirmant que l’outil aiderait les responsables à « gérer avec plus de précision les flux de travail, la capacité des équipes et leurs performances ».

Ce sont là des objectifs raisonnables pour une entreprise. La difficulté réside dans le fait que documenter davantage le travail ne signifie pas toujours mieux le comprendre.

Les traces numériques peuvent montrer qu’un salarié travaillait sur une feuille de calcul, dans un navigateur ou sur une application de réunion. Elles permettent beaucoup moins de déterminer si le travail était réfléchi, créatif, exigeant sur le plan émotionnel, voire nécessaire.

Un employé qui semble inactif est peut-être en train de réfléchir à un problème complexe, d’aider un collègue ou de composer avec un système lent. Une personne qui semble constamment active est peut-être occupée sans pour autant effectuer un travail particulièrement utile.

Le suivi peut faciliter la quantification de certains aspects du travail, tout en rendant d’autres aspects plus faciles à négliger.

Les gains de productivité ne sont pas garantis

Le principal attrait de la surveillance électronique réside dans la promesse d’une amélioration des performances. Une méta-analyse récente portant sur 94 études et impliquant plus de 23 000 participants n’a révélé aucun lien global entre la surveillance électronique des performances et une amélioration de celles-ci. Ce constat s’est vérifié que les performances soient mesurées en termes de rapidité ou de quantité de travail, de comportements favorables ou de comportements contre-productifs.

Cela ne signifie pas pour autant que la surveillance ne peut jamais être utile. Dans certains contextes, notamment lorsque les tâches sont répétitives et faciles à mesurer, elle peut inciter les personnes à travailler plus rapidement ou mettre en évidence des processus inefficaces.

De nombreux métiers exigent toutefois du discernement, une capacité à résoudre des problèmes et de la confiance. Ces qualités sont plus difficiles à saisir à travers des indicateurs d’activité. Lorsque les organisations considèrent l’activité numérique comme un indicateur de performance, elles risquent de mesurer ce qui est facile plutôt que ce qui compte vraiment.




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Les employés s’adaptent également à ce qui est mesuré. Ils peuvent apprendre à donner l’impression d’être occupés plutôt qu’à bien travailler. Une étude menée dans une grande usine de téléphones portables en Chine a révélé que les chaînes de production protégées de la vue directe par des rideaux présentaient moins de défauts que des chaînes comparables qui restaient visibles. L’explication avancée n’était pas que les travailleurs se désintéressaient de la qualité. Elle tenait plutôt au fait qu’avec un peu d’intimité, ils n’avaient plus besoin de dissimuler des méthodes informelles, mais plus efficaces, pour accomplir leur travail.

La surveillance peut accroître l’activité. Elle n’améliore pas nécessairement la qualité du travail et peut décourager le type de résolution informelle des problèmes qui permet aux opérations de bien fonctionner.


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La surveillance peut éroder la confiance

Les données sont plus cohérentes en ce qui concerne la manière dont les salariés perçoivent la surveillance.

La surveillance électronique est associée à un niveau de stress plus élevé, à une moindre satisfaction professionnelle, à une perception moins favorable de l’équité et à un sentiment plus marqué d’atteinte à la vie privée. Ces effets négatifs ne sont pas toujours très marqués, mais ils ont leur importance, car la surveillance peut modifier l’atmosphère d’un lieu de travail.

Elle peut donner aux salariés le sentiment d’être surveillés, de ne pas inspirer confiance et d’être contraints de rendre compte de chaque minute de leur journée. Cela peut affaiblir le sentiment que le travail est décent, respectueux et fondé sur la confiance mutuelle.

Le contexte a son importance. Les employés sont susceptibles de réagir différemment selon que les données sont agrégées pour identifier les goulots d’étranglement dans la charge de travail ou qu’elles sont utilisées à titre individuel pour les évaluer ou les classer. La surveillance a également tendance à être plus préjudiciable lorsqu’elle est intrusive ou mal expliquée.

Les employeurs devraient poser de meilleures questions

Les organisations ont besoin d’informations pour bien fonctionner. Mais avant d’adopter des outils de surveillance, les employeurs doivent clairement cerner le problème qu’ils cherchent à résoudre.

Un problème lié à la charge de travail peut en réalité être dû à un excès de travail, à un manque de ressources ou à des systèmes mal conçus. Un problème de performance nécessite des indicateurs de performance pertinents, et pas seulement des données sur l’activité numérique. Et si le problème est une question de confiance, la surveillance a peu de chances d’y remédier.

Les employeurs doivent également préciser clairement quelles données seront collectées, qui y aura accès, si elles seront utilisées pour la gestion des performances individuelles et quelles garanties existent contre toute utilisation abusive. Quelqu’un doit décider de la signification des données, des moments où elles sont pertinentes et de ceux où elles doivent être ignorées.

Ces questions relèvent du droit, de la technologie et de l’organisation du travail, et la législation canadienne n’y apporte que des réponses partielles. L’Ontario, par exemple, impose aux employeurs comptant au moins 25 salariés dans la province de disposer d’une politique écrite précisant s’ils surveillent électroniquement leurs salariés, comment ils le font et à quelles fins.

Mais ces règles portent principalement sur la transparence. Elles ne créent pas de droit général de refuser la surveillance, ni ne limitent la manière dont les employeurs peuvent utiliser les informations recueillies grâce à celle-ci.

La surveillance sur le lieu de travail doit être considérée comme une intervention significative dans la relation de travail. Si elle permet d’identifier les goulots d’étranglement, de réduire le travail superflu et d’améliorer la gestion des effectifs, elle peut jouer un rôle constructif. Si elle devient un outil de microgestion des salariés ou de pression visant à les obliger à justifier chaque instant de leur journée de travail, les coûts risquent de l’emporter sur les avantages.

Le défi pour les employeurs ne consiste pas simplement à en savoir plus sur ce que font leurs salariés. Il s’agit de comprendre suffisamment bien le travail pour l’améliorer, sans donner l’impression que le travail quotidien est soumis à une surveillance constante.

La Conversation Canada

Nick Turner reçoit un financement de recherche de la part de Cenovus Energy Inc., de la Chaire Croft en gestion et du Conseil de recherches en sciences humaines du Canada (CRSH).

Justin Weinhardt bénéficie d’un financement du Conseil de recherches en sciences humaines du Canada (CRSH).

ref. Surveiller vos employés ne les rend pas plus productifs – https://theconversation.com/surveiller-vos-employes-ne-les-rend-pas-plus-productifs-289099

Pourra-t-on un jour refroidir nos maisons en envoyant leur chaleur dans le vide interstellaire ?

Source: The Conversation – in French – By Virginie Ponsinet, Chercheuse CNRS sur des matériaux innovants pour le refroidissement radiatif, Université de Bordeaux


L’ESSENTIEL

  • Avec les canicules à répétition, la question du refroidissement des bâtiments se pose, en particulier en évitant les méthodes qui aggravent l’effet de serre, le changement climatique et, donc, les pics de chaleur.

  • Le « refroidissement radiatif » est une piste : il s’agit d’exploiter le rayonnement thermique que tout objet envoie vers l’extérieur. Dans le cas des bâtiments, il faudrait optimiser ce rayonnement pour qu’il soit plus intense et dirigé vers le ciel.

  • Ce phénomène ne résoudra pas tous les problèmes d’un coup, mais il est passif (il n’utilise pas d’électricité) et est assez efficace pour provoquer parfois l’apparition de givre alors qu’il n’a pas gelé la nuit précédente !


Douches à répétition, bouteilles glacées devant les ventilateurs, blanc de Meudon sur les fenêtres, nous cherchons tous des moyens pour nous rafraîchir lors des canicules. Il a fait très chaud cet été, et ça ne va pas aller en s’arrangeant.

Les vagues de chaleur nous forcent à nous interroger, individuellement et collectivement : comment adapter nos conditions de vie à ces hausses de températures sans augmenter notre impact carbone ? Alors qu’il apparaît que refroidir les bâtiments est indispensable à la santé des êtres qui y vivent, le moyen d’y parvenir n’est pas évident. En particulier, la climatisation, très efficace pour refroidir, pose de nombreux problèmes environnementaux (consommation électrique, îlots de chaleur, gaz réfrigérants au potentiel de réchauffement très élevé en cas de fuite…). À tel point que l’Agence internationale de l’énergie estime que les climatiseurs traditionnels représenteront 18 % de l’augmentation mondiale des émissions de gaz à effet de serre entre 2016 et 2050.

Il est donc urgent de développer des technologies permettant de diminuer notre usage de la climatisation classique. L’une d’elles pourrait être le refroidissement radiatif.




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Les maisons blanches autour de la Méditerranée, ou comment être moins réchauffé par le soleil

On a tous en tête les images des villages blancs de Grèce. Dans ces régions très ensoleillées, les toits sont peints en blanc pour réfléchir la lumière du soleil. La peinture blanche réfléchit environ 90 % de la lumière du soleil au lieu de l’absorber et de s’échauffer, comme le ferait un toit plus sombre.

Pour maximiser la réflexion des rayons du soleil, le plus efficace serait d’utiliser des miroirs, mais cela créerait un risque d’éblouissement par la réflexion directe du soleil.

La peinture blanche, au contraire, réfléchit de façon diffuse : bien que venant d’une direction unique, les rayons du soleil sont réfléchis dans toutes les directions. On dit que le toit blanc est « rétro-diffusant ».

Utiliser des toits rétrodiffusants peut réduire la température intérieure de 1 à 4 °C. Cette stratégie permet également de diminuer la température à l’extérieur des bâtiments, jusqu’à 2 °C, ce qui peut permettre de contrer l’effet des îlots de chaleur dans les villes.

Refroidir en envoyant la chaleur vers l’espace

Le refroidissement radiatif est un phénomène différent de la rétrodiffusion. Avez-vous déjà remarqué la présence de givre blanc sur un pare-brise ou sur l’herbe d’un jardin au petit matin alors qu’il n’a pas gelé pendant la nuit ? Cela est dû au « refroidissement radiatif ».

Cet effet est lié au fait que tous les corps ou objets émettent spontanément et continûment un rayonnement électromagnétique dû à l’agitation permanente des atomes qui les constituent (le « rayonnement thermique »). Les longueurs d’onde du rayonnement thermique dépendent de la température de l’objet qui l’émet. Pour certaines températures, il est visible par l’œil humain. Par exemple, autour de 1 000 °C, cette radiation est jaune, rouge et infrarouge et correspond à l’incandescence du fer chauffé au rouge ou de la lave d’un volcan. La surface du soleil, à 6 000 °C, émet entre 0,25 et 2,5 micromètres : des ultraviolets, des couleurs visibles (que nous percevons) et du proche infrarouge.

Au contraire, les objets à température terrestre émettent des infrarouges invisibles pour l’œil humain (entre 8 et 14 micromètres) : si nous pouvions voir ces longueurs d’onde, tous les êtres et objets qui nous entourent seraient lumineux ! Sauf le ciel qui paraîtrait entièrement noir : en effet, d’une part, l’atmosphère terrestre absorbe et émet très peu aux longueurs d’onde comprises entre 8 et 14 micromètres, c’est une « fenêtre de transparence » de l’atmosphère terrestre. D’autre part, l’espace intersidéral est à -270 °C, proche du zéro absolu, et n’émet quasiment pas de rayonnement thermique : il constitue un puits d’énergie. Ainsi, lorsqu’un objet est placé sous le ciel, il envoie vers l’espace un rayonnement – donc de l’énergie – ce qui refroidit légèrement l’objet.

Principe du refroidissement radiatif d’un bâtiment.
Zoé Lecomte, Fourni par l’auteur

Ce refroidissement est particulièrement intéressant car il est spontané et ne demande pas d’électricité pour fonctionner. Mais il n’est que de faible intensité et, en général, très largement compensé par l’énergie reçue du soleil. Si on fait un bilan d’énergie simplifié sur une surface d’un mètre carré en plein soleil, on peut dire qu’elle reçoit entre 200 et 1 000 watts d’énergie solaire (selon la météo) alors qu’elle n’émet qu’entre 20 et 100 watts par rayonnement thermique, en fonction de la nature chimique de la surface, de sa topographie, de sa température, etc. On voit que, pour que le bilan corresponde à un refroidissement effectif, la surface doit réfléchir la quasi-totalité de ce qu’elle reçoit du soleil.

Utiliser le refroidissement radiatif pour les bâtiments

Afin de réduire notablement nos besoins en climatisation, on peut envisager de placer sur nos toits des matériaux qui émettent beaucoup entre 8 et 14 micromètres et rétrodiffusent tout ce qui vient du soleil. Les efforts de recherche les plus récents se concentrent sur l’optimisation des matériaux pour augmenter le refroidissement accessible.

Le premier groupe à avoir réussi l’exploit de concevoir un matériau capable de se refroidir sous la température ambiante malgré une exposition au soleil a été le groupe du professeur Shanhui Fan à Stanford (Californie) en 2014. Ces scientifiques ont développé un matériau à base de couches alternées de dioxyde de silice et de dioxyde d’hafnium, capable d’émettre 40 watts par mètre carré et de se refroidir jusqu’à 4,9 °C sous la température ambiante.

Heureusement, des matériaux plus communs peuvent également être efficaces, comme un film de silicone contenant des microbilles de verre, capable de dissiper 93 watts par mètre carré, même en plein soleil. Ce matériau a même été produit à une échelle de plusieurs mètres carrés, pour démontrer la capacité à le manufacturer.

Récemment, des entreprises ont émergé de ces innovations technologiques. En particulier, des revêtements pour toits ont été proposés à base de peinture blanche additionnée de grains de sable ou de coquillages broyés, dont la nature chimique est favorable à un fort rayonnement thermique, afin d’en réduire la température.

Dépasser les limites du refroidissement radiatif

Cependant, les peintures de toit permettant un refroidissement radiatif ont plusieurs limites, qui rendent difficile un développement commercial à grande échelle.

Un inconvénient majeur, dans les climats tempérés, est que le refroidissement existe également l’hiver et risque d’augmenter les besoins en chauffage. De plus, ce type de toits se salit vite et demande un entretien qui n’est pas toujours aisé. Enfin, un inconvénient, plutôt commercial celui-ci, est qu’il est difficile d’anticiper la performance du dispositif, car elle dépend de la configuration du bâtiment, et en particulier l’exposition du toit, mais aussi la façon dont le froid du toit va se propager vers l’habitation.

Une solution intéressante est de concevoir un « panneau refroidisseur » à poser sur le toit, qui rayonne de l’énergie vers le ciel et refroidit un fluide caloporteur transportant ce froid dans le bâtiment. La circulation du fluide refroidit l’intérieur de façon contrôlée et peut être interrompue lorsqu’il n’y a pas besoin de refroidir, notamment l’hiver. Actuellement sujet de recherches et de développement, ce type de panneaux présente encore deux défis principaux.

Le premier, intrinsèque au phénomène, est qu’il est moins efficace si les concentrations atmosphériques en humidité, en CO₂ ou en polluants augmentent. En effet, ces composés absorbent une partie des infrarouges entre 8 et 14 micromètres et les renvoient vers la Terre. L’impact des pollutions atmosphériques reste à étudier. Ceci restreindra peut-être cet usage aux régions arides et semi-arides et non polluées.

Le second est un défi à relever pour les scientifiques : il faut optimiser la nature, la topographie et la structure interne de la surface supérieure du panneau pour maximiser son rayonnement thermique, et ceci avec des matériaux bon marché et non toxiques.

Aujourd’hui, le refroidissement radiatif garde une amplitude modeste, et ne peut pas entièrement remplacer la climatisation, et surtout pas partout. Cependant, dans beaucoup de situations, refroidir de quelques degrés suffit à rétablir un confort intérieur.

L’association de « panneaux refroidisseurs » et d’une circulation fluide pourrait constituer un dispositif vertueux, silencieux et presque passif, puisque seule la circulation demande de l’énergie, contrairement à la climatisation. Des efforts sont désormais nécessaires pour convaincre usagers et professionnels du bâtiment que cette technologie passive peut être développée et déployée pour éviter de recourir exclusivement à la climatisation.

The Conversation

Virginie Ponsinet a reçu des financements de l’Université de Bordeaux.

Zoé LECOMTE a reçu des financements de l’Université de Bordeaux.

Camille Courtine ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Pourra-t-on un jour refroidir nos maisons en envoyant leur chaleur dans le vide interstellaire ? – https://theconversation.com/pourra-t-on-un-jour-refroidir-nos-maisons-en-envoyant-leur-chaleur-dans-le-vide-interstellaire-290362

Internet, réseaux mobiles : nos télécommunications sont-elles à bout ?

Source: The Conversation – in French – By Pierre Dal Zotto, Professeur Assistant en Systèmes d’Information, GEM

Au fil des décennies, nos réseaux de communications se sont toujours plus complexifiés afin de monter en puissance. Mais ce chemin ne sera pas viable éternellement. Allons-nous bientôt devoir changer d’approche ?


Pendant des décennies, ingénieurs et chercheurs en télécommunications ont poursuivi un seul objectif : transmettre plus d’information, plus vite et avec le moins d’erreurs possible. Qu’il s’agisse d’un appel vocal, d’une vidéo, d’un message ou même de la mesure d’un capteur, toutes ces données sont encodées numériquement en suites de 0 et de 1, qu’on appelle des bits. Cette suite est elle-même convertie en signaux électromagnétiques transmis par des ondes radio. Dit simplement, les réseaux actuels ne transportent pas le sens d’un message, mais une représentation binaire.

Cette logique a été extraordinairement efficace. Elle a permis l’avènement de la 2G et des SMS, de la 3G avec l’Internet mobile, de la 4G et la vidéo en ligne, puis de la 5G, qui améliore les débits, diminue la latence et permet de connecter de nombreux objets. Mais elle rencontre aujourd’hui une limite : continuer à gagner en performance exige toujours plus de bande passante, d’antennes, de calcul, d’énergie et d’infrastructures, dans un monde pourtant limité. Voyons-nous le bout de notre modèle ?

Optimiser, mais jusqu’à un certain point

À partir des années 1950, une grande partie de l’ingénierie des télécommunications s’est construite autour d’une question fondamentale : quelle quantité d’information peut-on transmettre par seconde et de manière fiable ? La principale difficulté est qu’une transmission subit toujours des perturbations extérieures, ce qu’on appelle le bruit. Ce bruit peut avoir de nombreuses causes : la chaleur des composants électroniques, les interférences avec d’autres communications, les réflexions sur les bâtiments, l’absorption par les murs, les obstacles…

Mis en équation, ce problème donne le théorème de Shannon–Hartley. Il a été formulé après à la fin des années 40 dans le prolongement des travaux de Claude Shannon, et donne une réponse fondamentale à cette question pour un cas idéal. Le débit maximal fiable dépend alors principalement de deux facteurs : la largeur de bande passante disponible, c’est-à-dire l’ensemble des fréquences que l’on peut exploiter pour communiquer, et le rapport entre le signal reçu et le bruit ambiant. Notons que, pour établir cette limite théorique, Shannon suppose un bruit « idéal » : il est aléatoire, indépendant du signal transmis et ses variations suivent une courbe statistique appelée loi normale (ou loi gaussienne). Cette hypothèse représente assez bien de nombreuses sources de bruit physique, sans rendre compte de toutes les perturbations observées dans les réseaux réels…

Pour bien comprendre ce théorème, on peut comparer la télétransmission des 0 et des 1 (les bits) au passage de véhicules. La bande passante peut se comprendre comme la largeur d’une route : plus elle est large, plus on peut faire circuler de véhicules en parallèle. Le rapport signal/bruit indique, lui, à quel point le récepteur distingue clairement le signal utile des perturbations. Il peut être comparé à la visibilité sur la route : avec une bonne visibilité, on peut mettre les véhicules plus proches et les faire circuler plus vite. Lorsque le signal est plus propre, on peut utiliser des codages plus efficaces et transmettre davantage de bits.

Mais ce gain n’est pas illimité ! Au-delà d’un certain point, améliorer encore la qualité du signal rapporte de moins en moins, tout en coûtant de plus en plus. On pourrait dire qu’une fois que la visibilité est bonne, il faudrait rajouter des radars et des instruments de télémétrie, ce qui est plus complexe et coûteux.

Plus de fréquences, plus d’antennes, plus de complexité

C’est cette stratégie qui a porté les générations successives de réseaux mobiles. Pour augmenter le débit, les chercheurs, les opérateurs et les industriels ont mobilisé davantage de fréquences, densifié les réseaux et utilisé des antennes et des algorithmes toujours plus sophistiqués. La 5G s’inscrit pleinement dans cette trajectoire.

Plusieurs technologies illustrent cela. Une onde radio ne suit pas toujours un trajet direct : elle peut rebondir sur une façade, contourner un obstacle, arriver avec un léger retard ou depuis plusieurs directions. Pour résoudre ce problème, une solution est d’utiliser plusieurs antennes à l’émission et à la réception, afin que le réseau puisse exploiter des trajets multiples. Il peut renforcer le signal vers un utilisateur, réduire certaines interférences ou transmettre plusieurs flux de données en parallèle lorsque l’environnement le permet.

Une autre technologie, qu’on appelle le beamforming, repose sur la même logique : coordonner plusieurs antennes pour concentrer l’énergie radio dans une direction donnée, plutôt que de l’émettre dans toutes les directions. Cela améliore la réception, mais suppose de mesurer l’état de la communication, de suivre les déplacements des utilisateurs, de choisir les bons faisceaux et d’adapter en permanence les paramètres de transmission. La performance augmente, mais la complexité matérielle et logicielle aussi.

Cette complexité devient encore plus visible lorsque l’on utilise des fréquences plus élevées, ce qui est pourtant intéressant. Monter en fréquence permet d’accéder à des bandes plus larges, donc potentiellement plus de débit. Cependant, plus la fréquence augmente, plus les pertes augmentent, la pénétration dans les bâtiments diminue et la sensibilité aux obstacles s’accroît. Pour regagner en qualité de signal et en robustesse, il devient alors nécessaire d’installer les antennes plus près des usagers et de diriger l’énergie radio avec des faisceaux plus intelligents.

Cela signifie, très concrètement, plus d’équipements réseau, plus de capacité de calcul, et donc des coûts plus importants et plus de consommation de ressources. On améliore certes les performances, mais au prix d’une complexité matérielle et logicielle croissante et d’un gain d’efficacité énergétique moindre.

Pour la 6G, une approche nouvelle et moins lourde ?

Est-ce pour autant la fin du théorème de Shannon-Hartley ? Non : les limites physiques de la transmission demeurent. Aucun réseau, même « intelligent », ne supprimera le bruit, l’atténuation ou les interférences. En revanche, la stratégie dominante consistant à chercher toujours plus de débit brut fait face à des rendements décroissants. On peut continuer à améliorer les réseaux, mais chaque amélioration devient plus coûteuse en énergie, en infrastructures et en coordination que les précédentes.

C’est dans ce contexte que les recherches sur la 6G posent une question différente. La 6G ne supprimera pas les 0 et les 1. Elle ne s’affranchira pas non plus des lois physiques de la transmission. Mais si l’on continue à raisonner uniquement en termes de bits transmis, ne risque-t-on pas de construire des réseaux toujours plus puissants, mais aussi toujours plus lourds ? L’enjeu n’est plus de se demander « combien peut-on transmettre ? », mais plutôt « qu’est-il réellement utile de transmettre pour atteindre l’objectif ? »

C’est justement le changement de paradigme proposé par ce que l’on nomme les communications sémantiques. Au lieu de chercher à transmettre fidèlement tous les bits d’un message, ces approches visent à transmettre uniquement le sens utile pour accomplir une tâche. Concrètement, l’émetteur et le récepteur partageraient des modèles leur permettant, grâce à de l’IA, de reconstruire l’information pertinente sans échanger toutes les données brutes.

L’objectif est de réduire les besoins en bande passante, en énergie et en calcul, tout en améliorant l’efficacité pour une grande diversité d’usages, comme les robots collaboratifs ou les véhicules connectés. Cette approche est aujourd’hui explorée dans plusieurs projets 6G, mais elle soulève encore des défis majeurs concernant la définition du « sens », la façon d’évaluer la qualité de la transmission, ainsi que le fait d’adapter les modèles d’IA nécessaires à cette technologie à l’ensemble des systèmes qui en auraient l’usage.


Cet article a été rédigé avec l’aide du Dr Quentin Lampin, chercheur senior et co-directeur du laboratoire commun Orange-CEA « AI-Native Communications ».

The Conversation

Ce travail (ou une partie de ce travail) a été réalisé avec le soutien du projet 6GARROW, financé par la Smart Networks and Services Joint Undertaking (SNS JU) dans le cadre du programme-cadre de recherche et d’innovation Horizon Europe de l’Union européenne (convention de subvention n° 101192194), ainsi que par une subvention de l’Institute for Information & Communications Technology Promotion (IITP) financée par le ministère coréen des Sciences et des Technologies de l’Information et de la Communication (MSIT) (référence n° RS-2024-00435652)

ref. Internet, réseaux mobiles : nos télécommunications sont-elles à bout ? – https://theconversation.com/internet-reseaux-mobiles-nos-telecommunications-sont-elles-a-bout-289586

France, première destination touristique mondiale : des retombées inégalement réparties dans la restauration

Source: The Conversation – France (in French) – By Nathalie Louisgrand, Enseignante-chercheuse, GEM


L’ESSENTIEL

  • En 2025, plus de 100 millions de touristes ont été accueillis en France.

  • Les répercussions économiques sur le secteur de la restauration sont importantes, mais tous les types de restaurants n’en profitent pas de la même façon.

  • Cette mondialisation de la clientèle a bouleversé l’économie de la recommandation notamment. Il n’est désormais plus possible d’ignorer le numérique.


Avec 102 millions de visiteurs internationaux accueillis en 2025, la France confirme sa position de première destination touristique mondiale. Le secteur génère 77,5 milliards d’euros de recettes internationales, soit une augmentation de 9 % par rapport à 2024, ce qui représente un record historique.

Dans cette dynamique, la restauration occupe une place centrale. En 2023, selon le compte satellite du tourisme (CST) de l’Insee, les sommes consacrées aux « restaurants et cafés » ont atteint 20,6 milliards d’euros, ce qui place ce poste de consommation au troisième rang après l’hébergement et les transports et souligne son importance économique.

Ces données témoignent du rôle majeur de la restauration en France. Toutefois, les retombées économiques associées à cette consommation demeurent très inégalement réparties. Elles varient fortement selon les territoires, les emplacements et les types d’établissements, ce qui crée d’importants écarts entre les acteurs du secteur.




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De l’importance d’être au bon endroit

Les restaurants qui tirent le plus profit du tourisme sont ceux situés dans les destinations les plus fréquentées comme Paris, de la Côte d’Azur, du littoral atlantique, des grandes stations alpines et des principales villes patrimoniales.

Grâce à l’afflux de visiteurs, les établissements de restauration implantés dans ces zones profitent d’un volume de clientèle plus soutenu, ce qui favorise la croissance de leur activité. La présence de consommateurs français et internationaux contribue également à diversifier la demande et à réduire la dépendance envers le marché local.

Si la France est réputée être mondialement reconnue pour sa gastronomie, les établissements étoilés ne représentent qu’une part limitée de l’offre de restauration. En 2025, le guide Michelin recensait 654 restaurants étoilés, tandis que l’Insee dénombrait plus de 171 000 entreprises dans ce domaine.

Des touristes qui cherchent leurs repères

De nombreux visiteurs privilégient aujourd’hui les enseignes connues et les chaînes de restauration rapide, telles que McDonald’s ou Burger King, car elles offrent des repères familiers en matière de menus, de qualité perçue, de prix, de langue et de façon de commander. Par ailleurs, les voyageurs recherchent de plus en plus des solutions simples, accessibles et faciles à organiser.

Portées par un modèle standardisé, des marques fortes et le développement de la franchise, les chaînes de restauration continuent ainsi de gagner des parts de marché. Selon les données de la Fédération française de la franchise, près d’un restaurant sur trois appartient à une chaîne de restauration.

Un casse-tête financier pour la restauration traditionnelle

Les restaurants indépendants sont particulièrement exposés à la hausse des coûts de l’énergie, des matières premières et de la main-d’œuvre. Faute de pouvoir répercuter intégralement ces augmentations sur leurs prix, beaucoup voient leurs marges se réduire.

De plus, l’attractivité touristique contribue à renforcer la valeur des emplacements commerciaux situés dans les zones les plus fréquentées. Cette dynamique se traduit souvent par une augmentation des loyers, ce qui tend à transférer une partie des bénéfices vers les détenteurs de foncier commercial plutôt que vers les exploitants.

L’atout « local »

Enfin, de nombreux établissements demeurent fortement dépendants de la saison touristique, car une part importante de leur activité est concentrée sur quelques mois de l’année. Cette dépendance les expose davantage aux fluctuations de la fréquentation, et aléas économiques, climatiques ou sanitaires susceptibles d’affecter le nombre de visiteurs.

Pour faire face à ces contraintes, de nombreux restaurateurs indépendants misent sur leur ancrage territorial. Produits du terroir, recettes régionales et savoir-faire locaux constituent autant de leviers de différenciation en réponse à la recherche d’authenticité des visiteurs. Cette stratégie est en phase avec l’évolution des comportements touristiques pour lesquels les expériences locales et immersives jouent désormais un rôle déterminant dans les choix de voyage et de consommation.

La réputation numérique : un atout stratégique

La capacité à attirer les touristes dépend de plus en plus de la visibilité en ligne. Avant de choisir un restaurant, les voyageurs consultent massivement les plateformes de réservation, les moteurs de recherche et les avis des consommateurs. La réputation numérique est ainsi devenue un facteur déterminant de fréquentation et de performance économique.

France 3 Provence-Alpes-Côte-d’Azur, 2026.

Dans cette concurrence, les établissements les mieux référencés bénéficient d’un avantage important. Les grandes chaînes disposent généralement de moyens marketing plus développés et d’une présence numérique plus forte que les restaurants indépendants, ce qui leur permet de toucher plus facilement la clientèle touristique.

Les avis en ligne, les recommandations et les distinctions des guides gastronomiques contribuent fortement à la visibilité des restaurants et influencent le choix des visiteurs. Les établissements qui bénéficient d’une bonne réputation et d’une forte présence numérique disposent ainsi d’un avantage concurrentiel susceptible de renforcer leur fréquentation.

Cependant, cette évolution contribue à accentuer les écarts entre les restaurateurs indépendants. Ceux qui parviennent à valoriser leur image attirent davantage de clientèle tandis que les autres profitent plus difficilement de la croissance touristique.

Le tourisme apparaît ainsi moins comme un facteur de croissance partagé que comme un révélateur des inégalités économiques qui traversent le secteur de la restauration.

The Conversation

Nathalie Louisgrand ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. France, première destination touristique mondiale : des retombées inégalement réparties dans la restauration – https://theconversation.com/france-premiere-destination-touristique-mondiale-des-retombees-inegalement-reparties-dans-la-restauration-288730

Droit de vote des étrangers : pourquoi les socialistes n’ont-ils jamais tenu leur promesse ?

Source: The Conversation – France in French (3) – By Pierre-Nicolas Baudot, Maître de conférences, Université de Rouen Normandie


L’ESSENTIEL

  • En 1972, le Parti socialiste promet le « droit de vote aux étrangers aux élections locales ». Il y renoncera en 1990.

  • Depuis, cette mesure est régulièrement annoncée, mais jamais mise en œuvre. Comment expliquer le destin de ce projet avorté ?

  • À partir de la fin des années 1980, la pression exercée par la droite et l’extrême droite sur le thème de l’immigration place les socialistes en position défensive.


En 1972, Changer la vie – le programme de gouvernement du Parti socialiste (PS) – promet le « droit de vote aux étrangers aux élections locales ». En 1981, il constitue la 80ᵉ des 110 propositions du candidat François Mitterrand. Sept ans plus tard, ce dernier estime que « l’état des mœurs » ne le permet pas, avant que le PS entérine finalement son renoncement en 1990.

Rituellement annoncée depuis, mais systématiquement ajournée, cette mesure demeure irrémédiablement associée dans le commentaire politique à un « serpent de mer », une « Arlésienne » ou « un rendez-vous manqué ».

À travers sa trajectoire au sein du PS, elle apparaît comme un révélateur de la fabrique et du destin des promesses en politique.

Un « produit d’appel » ?

Si la présence du droit de vote des étrangers dans le programme de François Mitterrand est souvent évoquée, le processus qui l’y conduit dans les années 1970 est moins connu. Sa présence résulte d’une trajectoire heurtée, qui traduit la position complexe du PS entre les milieux syndicaux et associatifs et la compétition politique, entre la « deuxième gauche » et le partenaire communiste.

Le droit de vote des étrangers aux élections locales est porté, dans les années 1970, par le mouvement associatif. Il est directement lié à la sédentarisation de l’immigration, mais également à une approche culturelle des immigrés qui encourage des revendications ne se limitant pas au monde du travail. Outre les mobilisations d’immigrés en faveur de « l’égalité des droits », cette proposition est défendue par des associations, comme la Fédération des associations de soutiens aux travailleurs immigrés (Fasti) ou la Ligue des droits de l’homme (LDH), et des acteurs syndicaux comme certaines franges de la CFDT. Ensemble, ils constituent une galaxie engagée dans le « militantisme de solidarité » avec les immigrés.

À la même période, le PS est marqué par une dynamique de centralisation et d’expertisation qui le conduit à multiplier ses domaines d’intervention pour capter de nouveaux espaces sociaux et politiques. L’activisme d’une partie du mouvement social auprès des immigrés fait ainsi du droit de vote aux étrangers une opportunité politique pour un parti en quête de nouveaux relais électoraux. Cependant, le PS est à la même période engagé dans une union avec le Parti communiste français (PCF). Or, celui-ci entretient dans les années 1970 un rapport avec les immigrés que Johanna Siméant a pu qualifier de « problématique ». Le parti peine à les mobiliser, tandis que la gestion de leur logement entraîne des tensions dans les municipalités communistes. Dans les organisations communistes, les immigrés sont souvent invités « soit à lutter dans [leur pays d’origine], soit à se diluer dans la classe ouvrière française », selon Olivier Milza.

Dès lors, le rapport du PS au droit de vote des étrangers fluctue en fonction de son entente avec le PCF. S’il le défend en 1972, le PCF s’en tient au même moment à « des droits d’expression et d’organisation ». Le Programme commun de gouvernement, qui scelle l’union du PS, du PCF et des radicaux la même année, se limite alors à « la consultation régulière des associations représentatives de toutes les catégories d’habitants et d’usagers, y compris les étrangers dans des conditions à définir ». Tant que dure l’union, jusqu’en septembre 1977, le PS calque son discours sur cette formulation et cesse ses références au droit de vote.

Il faut attendre la rupture de l’union de la gauche pour que le droit de vote, comme le droit d’association, réapparaissent dans le discours socialiste. Ils sont tous deux défendus dans la proposition de loi déposée par le groupe socialiste à l’Assemblée nationale en 1978 (article 3 et article 6) et portés à la tribune du congrès de Metz en 1979. Alors que le PS s’engage dans une stratégie de distinction avec le PCF, le droit de vote contribue à signaler l’originalité socialiste, singulièrement auprès des classes moyennes salariées et des milieux de solidarité.

La présence de la promesse du droit de vote des étrangers aux élections locales dans le programme socialiste de 1981 dépend donc en particulier de l’adresse qu’elle permet aux milieux de soutien aux travailleurs immigrés et à une partie de la « deuxième gauche ». Elle relève d’un contexte politique précis, déterminé par la position du PS dans l’opposition et le rapprochement sensible des perspectives d’alternance.

La crainte d’une instrumentalisation

L’arrivée au pouvoir des socialistes, le 10 mai 1981, s’accompagne de mesures symboliquement fortes, comme la régularisation de quelque 130 000 travailleurs immigrés. Cependant, le droit de vote des étrangers n’est pas mis en œuvre. Cette nouvelle décennie voit même une montée des tensions politiques autour de l’immigration, qui a pour conséquence d’éloigner un peu plus les perspectives d’application de cette promesse.

La sédentarisation de l’immigration, l’apparition d’une « seconde génération » et la croissance de discours qui y sont hostiles ont pour conséquence de multiplier des réflexions sur l’unité culturelle du pays – y compris en lien avec l’évolution du paysage religieux. Les effets de ce contexte sur la valeur politique de l’immigration prennent un tour particulier à partir des élections municipales de 1983 et européennes de 1984. Celles-ci marquent l’émergence politique du Front national, notamment sur des thématiques d’immigration et d’insécurité. En miroir, la multiplication de mobilisations antiracistes contribue également à accroître la visibilité des immigrés et à encourager la polarisation des débats à leur sujet.

Ce contexte incite une partie du PS à promouvoir l’antiracisme, mais il conduit également certains élus à souligner la sensibilité de leurs électeurs aux arguments de l’extrême droite et l’inanité des discours moraux pour les contrer. Si elle continue d’être promue dans le secteur associatif, la promesse du droit de vote des étrangers se trouve prise au PS dans des désaccords stratégiques internes quant à la gestion de la « question des immigrés » et à son instrumentalisation par la droite et l’extrême droite. À la fin des années 1980, la place de l’immigration dans le débat politique et la pression objective qu’exercent la droite et l’extrême droite alimentent le sentiment de vulnérabilité des socialistes sur ce thème. En 1989, la conquête d’une première mairie FN aux élections municipales (_ Saint-Gilles, dans le Gard, ndlr_) puis l’affaire de Creil (Oise) – première affaire du « voile » – ne font que renforcer cette situation.

Au printemps 1990, Michel Rocard, premier ministre, réunit l’ensemble des partis (hors FN) en amont du débat sur l’immigration à l’Assemblée nationale. Le Bureau national du PS observe alors que « [l’immigration n’est] pas un thème où nous pouvons positiver ». Il appelle, en réponse, à « ne pas parler que de cela [et à] trouver autour de l’action du gouvernement, de la campagne du parti de quoi décaler les axes ». Plus précisément sur le droit de vote, il estime qu’« on est en train de commettre une erreur. Ce sera l’élément qui pourra fédérer la droite et l’extrême droite. Un argument pour récupérer une partie de notre base sociale ».

Le cabinet de Pierre Mauroy, premier secrétaire du PS, constate également qu’il « paraît inopportun de créer un abcès de fixation sur une question importante mais non décisive ». La direction du parti annonce dans la foulée renoncer à cette promesse – suscitant toutefois des contestations en interne. La croissance électorale de l’extrême droite et la crainte du profit que la droite pourrait en tirer conduisent finalement les dirigeants socialistes à se déprendre d’une proposition progressivement perçue comme une opportunité offerte à ses adversaires.

En définitive, le droit de vote des étrangers paraît finalement pour ce qu’il n’a cessé d’être dans l’offre socialiste : un produit d’appel électoral.

Valorisé dans les années 1970 pour l’adresse qu’il permet aux milieux de solidarité et aux défenseurs du libéralisme culturel, il est démonétisé dans les années 1980 et 1990 lorsqu’il apparaît comme coûteux au sein des milieux populaires et bénéfiques pour les adversaires politiques.

La trajectoire du droit de vote des étrangers à gauche dépend donc des potentiels de mobilisation qui lui sont associés et de la valeur attribuée plus largement à l’immigration dans le débat public. Si ce changement de valeurs s’ancre dans la compétition politique, il tient également à la trajectoire du PS lui-même. Au cours de cette période, ses relations avec le monde associatif et syndical s’érodent. Dans le même temps, ses ressources institutionnelles progressent. Les intérêts électoraux s’en trouvent alors maximisés au sein du parti, autant que la place des professionnels de la politique.


Une version longue de article a été publiée dans la revue Parlements.

The Conversation

Pierre-Nicolas Baudot ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Droit de vote des étrangers : pourquoi les socialistes n’ont-ils jamais tenu leur promesse ? – https://theconversation.com/droit-de-vote-des-etrangers-pourquoi-les-socialistes-nont-ils-jamais-tenu-leur-promesse-282812

Quand la polarisation internationale s’invite dans la présidentielle brésilienne

Source: The Conversation – France in French (3) – By Jorge Jacob, Professor of Behavioral Sciences, IÉSEG School of Management


L’ESSENTIEL

  • La présidentielle brésilienne, en octobre prochain, se jouera sans aucun doute entre le sortant Lula (centre gauche), en lice pour un dernier mandat, et Flávio Bolsonaro, fils de Jair et, comme ce dernier, représentant de la droite dure.

  • Ce duel est suivi avec la plus grande attention dans de nombreux pays du monde, à commencer par les États-Unis.

  • Dans un scrutin qui s’annonce très serré, les soutiens étrangers (ou l’exaspération qu’ils peuvent susciter au sein de l’électorat brésilien) pourraient contribuer à faire pencher la balance en faveur de l’un ou l’autre candidat.


La campagne électorale brésilienne a officiellement commencé le 16 août. Le premier tour aura lieu le 4 octobre et le second, si nécessaire, le 25.

Derrière le duel entre les deux principaux candidats – le président sortant Lula et Flávio Bolsonaro, fils de son prédécesseur Jair Bolsonaro (condamné il y a quelques mois à vingt-sept ans de prison pour son rôle dans la tentative de coup d’État de décembre 2023 et autorisé depuis mars dernier à purger sa peine à son domicile pour raisons de santé) –  se joue une bataille de réseaux politiques, médiatiques et diplomatiques internationaux.

Le camp Bolsonaro bénéficie de soutiens visibles au sein de la droite et de l’extrême droite internationales, tandis que Lula dispose de relais importants au sein des forces progressistes et de plusieurs gouvernements étrangers.

Alexandre de Moraes, cible du camp Bolsonaro… et de Washington

Cette internationalisation a commencé à prendre forme en 2025, lorsque le frère cadet de Flavio Eduardo Bolsonaro, alors député fédéral de l’État de São Paulo depuis 2015 (il a depuis perdu son mandat en décembre 2025, à la suite d’une décision de la Chambre des députés), s’est installé aux États-Unis.

Selon The Guardian, Eduardo Bolsonaro aurait essayé de convaincre les responsables de l’administration Trump d’imposer des sanctions à Alexandre de Moraes, le juge de la Cour suprême chargé de l’enquête visant son père. Depuis mai 2025, Eduardo était aussi lui-même visé par la justice brésilienne, et a d’ailleurs été condamné en juin 2026 – en son absence puisqu’il se trouve toujours sur le territoire états-unien – à quatre ans de prison : il lui est reproché d’avoir cherché à obtenir de la part de Donald Trump qu’il prenne des sanctions économiques contre le Brésil afin de faire pression sur la justice brésilienne et de favoriser son père dans le cadre de son procès.

Or, Moraes se trouvait déjà dans le collimateur de l’entourage de Donald Trump pour avoir ordonné, en 2024, la suspension de Twitter/X au Brésil à la suite du refus de la plateforme de se conformer à des décisions judiciaires lui ordonnant notamment de bloquer certains comptes accusés de diffuser de fausses informations des discours haineux, et refusé de nommer un nouveau représentant légal. Elon Musk avait alors dénoncé une entrave à la « liberté d’expression ».

En février 2025, l’entreprise de médias de Donald Trump (Trump Media & Technology Group) et la plateforme vidéo Rumble ont déclenché des poursuites contre Moraes aux États-Unis, contestant ses décisions de blocage de comptes et de contenus. Le dossier brésilien se retrouvait ainsi directement lié à l’écosystème politique et technologique de Trump, rapprochant deux intérêts jusque-là distincts : la volonté des Bolsonaro de faire pression sur la justice brésilienne et celle des plateformes de contester les règles imposées à leurs contenus.

En juillet 2025, l’administration Trump a sanctionné Alexandre de Moraes au titre du Global Magnitsky Act, l’accusant notamment de violations des droits humains et de répression de la liberté d’expression.

« Trump annonce des taxes de 50 % pour le Brésil – en soutien à l’ex-président Bolsonaro », France 24, 11 juillet 2025.

Ces sanctions ont été levées en décembre après un rapprochement entre Donald Trump et Lula. Toutefois, l’administration Trump étudierait actuellement l’opportunité de promulguer de nouvelles sanctions contre le juge.

Chacun compte ses soutiens

Entre-temps, le 26 mai, Flávio et Eduardo Bolsonaro ont rencontré Donald Trump à la Maison-Blanche.

Depuis juillet 2026, Washington a progressivement renforcé la pression sur le gouvernement de Lula par des mesures commerciales et diplomatiques afin, selon le Washington Post, de le contraindre à mettre fin aux poursuites contre Jair Bolsonaro. Ces tensions commerciales se sont poursuivies en août, lorsque le Brésil a à son tour ouvert une procédure de réciprocité contre la hausse des droits de douane décidée par Washington.

Capture d’écran d’un post de Donald Trump sur son réseau Truth Social : « Ravi d’avoir accueilli Flávio Bolsonaro au bureau Ovale de la Maison-Blanche – un jeune homme intelligent qui aime beaucoup son pays, le Brésil ! », 2 juin 2026.
Truth Social

Lula et Flávio Bolsonaro se sont mutuellement accusés d’être responsables des tensions avec Washington, mais selon une enquête de l’institut de sondages Datafolha, la majorité des Brésiliens estiment que les droits de douane imposés par Donald Trump visent à aider Flávio Bolsonaro dans sa campagne présidentielle.

Les deux camps brésiliens disposent désormais de relais internationaux. Mais ce relais international se déroule sous des formes distinctes. Le camp Bolsonaro s’appuie sur des soutiens individuels de dirigeants étrangers : Javier Milei était présent en personne au lancement de la campagne et Benyamin Nétanyahou est intervenu par vidéo, tandis que Lula s’inscrit dans un réseau plus institutionnel de gouvernements et de mouvements progressistes.

En avril, il a participé, à Barcelone, à la Global Progressive Mobilisation, aux côtés notamment du premier ministre espagnol Pedro Sánchez, de la président mexicaine Claudia Sheinbaum et du président sud-africain Cyril Ramaphosa, lors d’un rassemblement consacré à la lutte contre la montée de l’extrême droite.

« Espagne : Pedro Sánchez convoque la gauche mondiale pour une réunion progressiste à Barcelone », France 24, 19 avril 2026.

La polarisation internationale s’impose aux campagnes nationales

C’est dans ce climat que s’amorce la campagne électorale. La légère avance de Lula sur Flávio Bolsonaro dans les sondages s’est réduite, et les deux hommes sont désormais au coude-à-coude. Il est possible que, ces prochaines semaines, les déclarations et actions de l’administration Trump joueront un rôle déterminant dans l’issue du scrutin.

Le cas brésilien pourrait ainsi devenir un laboratoire d’une nouvelle géographie de la polarisation politique, dans laquelle les conflits électoraux nationaux sont de plus en plus connectés à des réseaux transnationaux. Pour la France et pour l’Europe, la question est peut-être moins de savoir si cette dynamique existe déjà que de comprendre jusqu’où elle pourrait s’étendre à nos propres démocraties.

The Conversation

Jorge Jacob ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Quand la polarisation internationale s’invite dans la présidentielle brésilienne – https://theconversation.com/quand-la-polarisation-internationale-sinvite-dans-la-presidentielle-bresilienne-289957

Pourquoi il faut en finir avec le mythe de la forêt salvatrice

Source: The Conversation – France (in French) – By Guillaume Decocq, Professeur en sciences végétales et fongiques, Université de Picardie Jules Verne (UPJV)


L’ESSENTIEL

  • Face au changement climatique, les forêts sont souvent présentées comme de salvateurs « poumons verts ». Pourtant, de plus en plus de forêts françaises émettent plus de CO₂ qu’elles n’en séquestrent.

  • Pour le comprendre, il faut savoir faire la distinction entre stocks et flux de carbone, mais également regarder la forêt dans son ensemble, au-delà des arbres qui la constituent.

  • Selon les essences présentes, le mode de gestion, l’utilisation faite du bois prélevé, les forêts peuvent être plus ou moins résilientes face au changement climatique.


Face au changement climatique, les forêts vont-elles pouvoir nous sauver ? L’idée est rassurante, mais elle repose sur une mauvaise compréhension du cycle du carbone et de ce qu’est véritablement une forêt, au-delà des arbres qui la constituent.

Le contexte actuel plus qu’inquiétant doit de fait nous obliger à remettre en cause ce mythe de la forêt salvatrice, voici pourquoi.

Qu’est-ce que la fixation de CO₂ ?

Commençons tout d’abord par démythifier une première chose : si les forêts et toutes les plantes de la planète peuvent stocker du carbone, ce n’est rien comparé aux océans et aux eaux de surface qui capturent chaque année 29 000 gigatonnes (Gt) de CO₂, contre 2 000 Gt pour les organismes photosynthétiques, dont beaucoup, soit dit en passant, vivent dans l’eau.

Quant à la photosynthèse, parlons-en. Cette faculté des végétaux chlorophylliens est souvent mal comprise. Elle permet aux plantes de produire des sucres nécessaires à leur développement en utilisant pour cela à la fois des molécules d’eau principalement puisées dans le sol par les racines et des molécules de CO₂ captées dans l’air par les feuilles.

Une photosynthèse intermittente

Ce processus n’est pas permanent : il peut fortement diminuer et même s’arrêter, notamment en période de sécheresse quand l’eau vient à manquer, la nuit lorsqu’il n’y a plus de lumière, en période de canicule (en été) ou de gel (en hiver) quand la température trop haute ou trop basse empêche l’activité métabolique.

Enfin, quand certains arbres perdent leurs feuilles à l’automne, ils perdent du même coup, la voie d’entrée du CO₂.

Fixation et séquestration du carbone

Une autre confusion est fréquente : la photosynthèse permet l’entrée du carbone dans la plante, c’est ce qu’on appelle la fixation du carbone. Ce n’est pas la même chose que la séquestration du carbone, qui s’inscrit dans la durée.

Pour que les forêts puissent être des auxiliaires à l’heure du changement climatique, il faut que, dans la durée, elles séquestrent davantage de carbone qu’elles n’en émettent. On pourra alors les qualifier de puits de carbone.

Les émissions de CO₂ de l’arbre

Ici, certains fronceront peut-être les sourcils. Comment ça, une forêt émet du CO₂ ? Tout à fait. Pour comprendre comment, il faut regarder ce qu’il se passe après la photosynthèse.

Ce processus permet donc à l’arbre de produire des sucres grâce à du CO₂ capté dans l’air et de l’eau puisée dans le sol. Ces sucres sont ensuite oxydés (grâce à l’oxygène O₂ de l’air) pour fournir l’énergie et fabriquer les tissus, nécessaires à sa croissance et à son développement, c’est ce qu’on appelle la respiration.

En consommant ces sucres, l’arbre rejette alors de l’eau et du CO₂. Dans certaines situations, l’hiver ou la nuit par exemple, un arbre continuera de respirer mais arrêtera sa photosynthèse, il émet donc plus de CO₂ qu’il n’en fixe.

PHOTOSYNTHÈSE ET RESPIRATION : DE QUOI PARLE-T-ON ?

  • Schématiquement, la photosynthèse chez les plantes est le processus qui utilise l’énergie solaire pour casser des molécules d’eau H₂O puisées dans le sol, en récupérer les atomes d’hydrogène (H) pour les fixer à des molécules de dioxyde de carbone (CO₂) captées dans l’air (en se débarrassant des atomes d’oxygène de l’eau sous forme d’oxygène, O₂) et, ainsi, produire des sucres CHO, base de la matière organique. Elle est réalisée par tous les organismes possédant de la chlorophylle : les plantes et les cyanobactéries.
  • Inversement, la respiration qui concerne tous les organismes vivants (à l’exception de quelques bactéries capables de se passer d’oxygène, chez qui la respiration est remplacée par la fermentation), y compris les plantes, correspond à la dégradation de la matière organique par oxydation, qui libère du CO₂, de l’eau et de la chaleur.

Le carbone stocké par l’arbre n’est pas éternel

Cependant, la part de CO₂ captée lors de la photosynthèse qui est respirée par l’arbre lui-même est faible. La plus grande partie du carbone puisé dans l’atmosphère est incorporée dans l’amidon, la cellulose, la lignine (constituant fondamental du bois, ndlr), les racines, le tronc, les branches, les feuilles et les fruits de l’arbre.

Ce carbone-là sera donc stocké dans l’arbre tant que celui-ci sera en vie. Mais si ce dernier brûle, le CO₂ sera relargué dans l’atmosphère.

Si l’arbre meurt de maladie ou autre, il sera décomposé lentement, ce qui libérera également une grande partie du carbone sur le long terme.

Le rôle crucial de la biodiversité des sols

Mais si l’arbre pousse dans un écosystème en bonne santé, alors bactéries, champignons, vers de terre et autres organismes décomposeurs pourront également se nourrir du bois mort et incorporer une partie de son carbone dans la matière organique des sols et dans leur propre biomasse. Eh oui, en forêt, tous les organismes participent au stockage du carbone, pas seulement les arbres, d’où l’intérêt d’une biodiversité élevée.

C’est également ce qu’il se passe quand une feuille ou une branche morte tombe. Le sol forestier constitue ainsi souvent un stock de carbone bien plus important que la partie aérienne des arbres.

Quand une forêt devient source de carbone

Mais si une forêt brûle, si elle subit une sécheresse trop longue ou que trop d’arbres dépérissent à la suite d’attaques de pathogènes, elles peuvent se retrouver à être dans la durée une source de carbone, et non plus un puits.

C’est un phénomène inquiétant que l’on observe de plus en plus. On peut le constater, par exemple, en voyant le jaunissement des feuilles et leur chute en plein été ou les branches supérieures des arbres qui meurent : c’est du même coup la surface photosynthétique de l’arbre qui est réduite.

Un cercle vicieux qui s’installe

Affaiblis, les arbres deviennent également plus vulnérables aux infections et aux attaques de ravageurs, ce qui en accroît le taux de mortalité. Le cercle vicieux peut encore continuer : la surmortalité des arbres en forêt entraîne de facto une accumulation de combustible au sol et dans les airs. Par temps chaud et sec, même les végétaux vivants se dessèchent, ce qui en augmente l’inflammabilité.

En sachant cela, que peuvent donc les forêts et leurs sols à l’heure du changement climatique ? Celui-ci impose de réduire la quantité de CO₂ atmosphérique, le principal gaz à effet de serre. Pour cela, il faut nécessairement réduire les sources d’émissions de CO₂.

En parallèle, on peut également séquestrer durablement le CO₂ en favorisant la photosynthèse tout en préservant les stocks de carbone organique.

Comment favoriser la photosynthèse ?

La première question que l’on peut alors se poser est la suivante : comment favoriser la photosynthèse ? On ne peut pas augmenter le rendement de celle-ci, mais on peut augmenter la surface photosynthétique.

C’est l’objectif des politiques de reforestation et de lutte contre la déforestation, qui concernent surtout les forêts tropicales.

Les bienfaits des forêts stratifiées

On peut également agir sur la surface photosynthétique sans modifier la surface forestière en s’intéressant à la stratification de la végétation. Ainsi, un hectare de forêt avec une strate arborescente, une strate arbustive et une strate herbacée, a fortiori lorsqu’on privilégie les mélanges d’espèces aux caractéristiques morphologiques et physiologiques complémentaires (par exemple, de petits arbres d’ombre sous une canopée de grands arbres de lumière, avec un mélange feuillus-résineux), permet d’atteindre un rendement photosynthétique bien plus important qu’une plantation où tous les arbres sont de la même espèce et du même âge, surtout s’il s’agit d’un résineux exotique qui empêche le développement de strates arbustives et herbacées dans son sous-bois.

La stratification et la biodiversité des espèces arbustives permet ainsi de séquestrer jusqu’à 40 % de carbone en plus, tout en favorisant la biodiversité aérienne et souterraine.

De même, plus on diversifie les espèces d’arbre et plus on laisse de bois mort au sol, plus la diversité en espèces végétales, animales ou microbiennes sera élevée et plus le stockage de carbone dans les sols sera important.

Si on associe cette gestion des forêts à une restauration des zones humides, on multiplie les effets biodiversité, stockage de carbone et solutions anti-incendie.

Le stock de carbone et la filière bois

Le carbone séquestré par les arbres peut également avoir une seconde vie lorsque la forêt est exploitée pour produire diverses ressources à partir du bois. Le carbone peut alors être stocké durant plus ou moins longtemps selon la durée de vie des ressources produites.

C’est selon cette logique que les politiques publiques ont favorisé le matériau bois : parce que le bois de construction représente en théorie une forme durable de stockage de carbone organique. Ainsi, à l’heure du réchauffement climatique global, la forêt est présentée comme salvatrice : non seulement elle peut être un puits de carbone, mais elle stocke une partie du CO₂ séquestré dans un matériau qui peut se monnayer.

Pourtant, l’actualité nous montre que la réalité est tout autre et que le puits de carbone qu’elle était devient de plus en plus souvent une source.

Des plantations commerciales au bilan carbone questionnant

De fait, la volonté d’avoir des forêts résilientes face au changement climatique et rentables d’un point de vue économique génère le développement d’un certain modèle : celui de plantations commerciales d’arbres supposément mieux adaptés aux sécheresses, car provenant de zones du monde plus arides. La plantation de ces espèces (surtout des résineux, comme le cèdre de l’Atlas, le pin de Monterey, le pin à encens, etc.) nécessite un travail mécanique du sol accompagné d’une fertilisation et, parfois, de traitements herbicides.

Ces pratiques empruntées à l’agriculture sont évidemment dévastatrices pour l’écosystème, l’environnement et in fine le climat, d’autant plus qu’elles font appel à de lourds engins forestiers très émetteurs de CO₂ et d’autres polluants et provoquent un déstockage massif du carbone des sols – bien plus important que celui lié au dépérissement lui-même.

Des monocultures très fragiles

Plus grave, ces monocultures sont beaucoup plus vulnérables aux attaques de ravageurs, aux sécheresses et aux incendies, qui provoquent le relargage brutal du CO₂ stocké dans cette biomasse. Ce non-sens écologique est souvent un non-sens économique, puisque le taux de succès des plantations est souvent faible, les épisodes récurrents de sécheresse et de canicule tuant massivement les jeunes plants qui n’ont pas eu le temps de développer suffisamment leurs racines.

De plus, les jeunes plantations étant très attractives vis-à-vis des ongulés, les rares survivants échappent difficilement à la dent des herbivores en l’absence de coûteuses protections. S’ensuit un retour très lent de la forêt, qui mettra souvent plus de quinze ans à redevenir un puits plutôt qu’une source de carbone.

Ainsi, d’un cercle vicieux où la forêt dépérissante aggrave l’effet de serre plutôt que de le réduire, on passe très vite à une spirale infernale quand il s’agit d’intensifier la sylviculture et d’artificialiser la forêt pour tenter d’adapter la production de bois rémunérateur dans une périlleuse fuite en avant, sans recul sur l’écosystème forestier et ses fonctions climatiques.

L’utilisation du bois : un facteur déterminant

Le devenir du bois issu des forêts pose aussi question. Sur les 57 millions de mètres cubes de bois récoltés chaque année en France hexagonale, 39 millions (68,4 %) sont utilisés comme bois-énergie (en autoconsommation ou commercialisé comme tel ou sous forme des déchets des usines de première et seconde transformation).

Le carbone stocké de ce bois sera donc immédiatement relargué dans l’atmosphère dès qu’il sera brûlé. Dix autres millions (17,5 %) partent dans l’industrie du papier, carton panneaux, etc., ce qui représente un stockage de court-moyen terme. Donc finalement, la proportion du bois prélevé qui continue de stocker durablement le carbone (bois d’œuvre) est relativement faible (14 %).

Des rotations qui s’accélèrent

Les politiques extractivistes ont également favorisé le racourcissement des rotations des plantations forestières en arguant du fait que les jeunes arbres en pleine croissance séquestreraient davantage de CO₂. Ce n’est pas faux, mais cela occulte le fait que le rajeunissement favorise aussi le déstockage massif des peuplements plus âgés et des sols malmenés par l’exploitation et la replantation.

De plus, l’argument des adeptes de la sylviculture intensive selon lequel une forêt âgée – dont les arbres ont dépassé l’âge d’exploitabilité – ne séquestreraient plus de carbone, mais émettraient autant de CO₂ qu’elles en fixent, a déjà été largement infirmé par la recherche scientifique.

Bien sûr, le fait que l’essentiel du stock de carbone se trouve dans le sol forestier est également passé sous silence dans cette même logique, puisque les pratiques d’exploitation, de replantation et d’entretien provoquent son érosion.

Le bénéfice mensonger des arbres à croissance rapide

Une autre idée reçue est que les espèces d’arbre à croissance rapide seraient beaucoup plus efficaces à séquestrer le CO₂ que celles à croissance lente, un prétexte trompeur pour délaisser chênes, hêtres, sapins et autres essences spontanées de nos forêts au profit de résineux indigènes (comme le pin maritime « amélioré » génétiquement) ou exotiques (comme le sapin Douglas) et de feuillus à bois tendre (par exemple, les peupliers hybrides, les eucalyptus ou encore l’arbre « magique » Paulownia tomentosa).

Effectivement le volume de bois accumulé par ces arbres en quelques années est souvent impressionnant, mais il s’agit de bois « tendres », c’est-à-dire à densité très faible. Pour un même volume de bois, une espèce à croissance lente stocke donc une quantité de carbone bien plus importante. Il n’y a même aucun lien entre la quantité de carbone séquestrée et la vitesse de croissance d’un arbre, puisque c’est la longévité de l’arbre qui importe.

Quelles forêts pour demain ?

Que conclure de tous ces constats ? Il ne s’agit évidemment pas de remettre en cause le rôle de puits de carbone de la forêt française : il est crucial. Mais pour que la forêt continue d’assurer ce rôle, il est urgent de préserver les forêts (notamment les forêts anciennes et les forêts humides), de restaurer les écosystèmes dégradés (en favorisant le reboisement naturel), de favoriser l’économie circulaire et la réutilisation du matériau bois, d’éviter le greenwashing en améliorant les certifications sur des critères réactualisés à l’aune des données scientifiques et en mettant en place des bilans carbone complets des filières. La forêt est un écosystème complexe qui ne saurait être réduit à ses arbres.

Aujourd’hui, le défi est d’en accroître la résilience face aux changements climatiques, ce qui suppose d’inventer une nouvelle ingénierie forestière. Comme toute ingénierie, elle doit s’appuyer sur des bases scientifiques solides et actualisées, et suppose la confrontation de différents savoirs.

Face à la complexité, toute solution simple serait un leurre. Les arguments environnementaux de la « lutte contre l’effet de serre et les changements climatiques » ne devraient plus servir de caution écologique aux politiques publiques qui promeuvent le retour brutal d’une vision productiviste et non durable de la forêt, qui sert uniquement les intérêts des lobbies industriels et économiques, au détriment des autres usagers de la forêt.

Ils doivent au contraire intégrer les dimensions « écosystémique » et sociale de la forêt, même si les institutions détestent la complexité et que les politiques publiques procèdent toujours par simplification des enjeux qu’elles visent à réguler. Tout l’enjeu pour les scientifiques est d’éclairer les débats autour des politiques climatiques et économiques de la gestion forestière et de la filière bois.

The Conversation

Francois Criscuolo est membre du collectif des riverains de la scierie SIAT à Oberhaslach, qui a mené entre 2021 et 2023 un dialogue avec l’entreprise pour réduire les nuisances sonores et liées à la pollution.

Guillaume Decocq ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Pourquoi il faut en finir avec le mythe de la forêt salvatrice – https://theconversation.com/pourquoi-il-faut-en-finir-avec-le-mythe-de-la-foret-salvatrice-289909

Tsunami de tierra: ¿qué provocó la mortífera inundación glaciar en Nepal?

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Levan Tielidze, Research Fellow in Glacial Geomorphology, Monash University

Prakash Mathema/Getty

Más de 150 personas han fallecido y cientos más están desaparecidas después de que una enorme avalancha de agua, hielo, barro y rocas se precipitara más de 170 kilómetros por el valle del río Bhote Koshi, en Nepal. El valle es la principal vía de comunicación entre Katmandú, en Nepal, y Lhasa, en el Tíbet. Apenas hubo aviso previo.

Las imágenes de la crecida repentina cargada de escombros son impactantes. Por desgracia, no es de extrañar. Como experto en glaciares, he seguido de cerca su retroceso acelerado en todo el mundo a medida que se derriten, así como los desastres que pueden provocar. Los primeros análisis sugieren que el colapso repentino de un glaciar desencadenó la catástrofe.

A medida que el cambio climático se intensifica, los glaciares de todo el mundo se están derritiendo, incluso en regiones de gran altitud como el Himalaya. El Himalaya es especialmente vulnerable, ya que las empinadas laderas de muchas de estas montañas tan altas están formadas por permafrost –roca y suelo congelados desde hace siglos–. A medida que aumentan las temperaturas, estas laderas están empezando a derretirse o a desestabilizarse. Si se produce un terremoto o un deslizamiento de tierra, puede desencadenar un flujo de escombros repentino y devastador.

Es demasiado pronto para afirmar que esta fue la causa exacta. Pero sabemos que las grandes reservas de hielo del Himalaya –conocido como el “tercer polo” del mundo porque contiene la mayor cantidad de nieve y hielo después del Ártico y la Antártida– ya no son seguras.

¿Qué sabemos sobre esta catástrofe?

Lo ocurrido en Nepal se debe, probablemente, a un enorme deslizamiento de hielo y rocas que arrasó un puerto de montaña y arrastró hielo, agua, rocas, árboles y tierra.

El alud fue tan grande que, en un principio, se pensó que se trataba de un terremoto, ya que la energía sísmica se registró como un seísmo de magnitud 4,4 en los sismógrafos.

Cuando llegó al puerto de Gyirong –un paso fronterizo entre China y Nepal–, la pared de escombros se asemejaba a un tsunami de tierra. Las primeras estimaciones sugieren que la ola podría haber tenido 30 metros de altura.

La gente observa un tramo de autopista dañado por las inundaciones en Nuwakot, en el centro de Nepal.
Un tramo de autopista dañado por las inundaciones en Nuwakot, en el centro de Nepal.
Subaas Shrestha/Getty Images

¿Cuáles son las posibles causas?

A veces, desastres como estos pueden producirse cuando el agua de deshielo de un glaciar, atrapada en un lago por un deslizamiento de tierra, se desborda. Uno de estos fenómenos, conocido como “inundación por desbordamiento de un lago glaciar”, afectó a Nepal en 2024.

Sin embargo, los primeros análisis sugieren que ese no es el caso aquí. Las imágenes de satélite indican que el deslizamiento de tierra podría haber erosionado grandes partes de un glaciar, provocando su colapso.

Aún no sabemos qué provocó el colapso del glaciar. Sin embargo, los glaciares de todo el mundo se encuentran en general en retroceso, lo que puede dar lugar a desastres como inundaciones y flujos de escombros.




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Los peligrosos efectos del cambio climático en las masas glaciares


El año pasado, una inundación de menor magnitud afectó al mismo distrito de Nepal, causando la muerte de nueve personas. También el año pasado, el deshielo de un glaciar en Suiza provocó un enorme flujo de escombros que destruyó el pueblo de Blatten. En 2023, un deslizamiento de tierra y la posterior inundación en mi país natal, Georgia, causaron la muerte de 33 personas en una estación de montaña.

Pero este desastre es uno de los más graves hasta la fecha.

El permafrost es vulnerable

Los glaciares de gran altitud del Himalaya pueden responder al cambio climático de forma diferente a los glaciares situados a menor altitud o en regiones relativamente más cálidas. El deshielo y la degradación del permafrost también pueden contribuir a que las empinadas laderas del Himalaya sean menos estables.

El permafrost es un suelo compuesto por roca, tierra y hielo que se ha mantenido a una temperatura igual o inferior a 0 °C durante muchos años. A medida que el clima se calienta, el suelo puede descongelarse, lo que debilita el hielo que ayuda a unir la roca y la tierra.

En las laderas montañosas empinadas, esta pérdida de suelo congelado puede hacer que las laderas sean menos estables y aumentar la probabilidad de desprendimientos de rocas, deslizamientos de tierra y otras formas de movimiento del terreno. Un terremoto, un desprendimiento de rocas u otra perturbación puede entonces desencadenar un rápido movimiento cuesta abajo de rocas, tierra y escombros.

¿Se pueden prevenir estos desastres?

No hubo víctimas mortales cuando se derrumbó el glaciar suizo. Gracias a que existían sistemas de alerta temprana, las autoridades evacuaron a los residentes antes de que se produjera el derrumbe.




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La gran avalancha que sepultó el pueblo suizo de Blatten nos deja lecciones para un futuro más cálido


A medida que aumenten las temperaturas y los desastres relacionados con el clima se vuelvan más frecuentes o graves en algunas regiones, los sistemas de alerta temprana cobrarán cada vez más importancia para los pueblos y localidades situados cerca de glaciares o de permafrost en proceso de descongelación. Estos sistemas pueden monitorizar el rápido aumento del nivel de los ríos, las lluvias intensas y las ondas sísmicas para alertar a las autoridades antes de que se produzca una catástrofe.

Sin embargo, la instalación y el mantenimiento de sistemas de alerta temprana eficaces pueden requerir una inversión significativa, lo que supone un reto para los países de bajos ingresos y en desarrollo. La buena noticia es que el Fondo Verde para el Clima anunció el año pasado que destinaría financiación a mejorar los sistemas de vigilancia en Nepal.

Pero hay otro problema más. El agua procedente del deshielo de los glaciares del Himalaya alimenta ríos que son vitales para miles de millones de personas en Nepal, Pakistán, la India y China. A medida que el clima se calienta, el aumento del deshielo de los glaciares puede incrementar temporalmente el caudal de los ríos y, en algunos lugares, contribuir al riesgo de inundaciones.

Sin embargo, si en paralelo los glaciares siguen reduciéndose, su aportación podría disminuir con el tiempo y provocar una menor disponibilidad de agua, especialmente durante la estación seca.

La reducción rápida de las emisiones de gases de efecto invernadero, la inversión en sistemas de alerta temprana y una mejor vigilancia de las regiones montañosas vulnerables pueden ayudar a las comunidades a prepararse. Estas medidas no lograrán prevenir todos los desastres, pero pueden salvar vidas y ofrecer a las personas más oportunidades para adaptarse al cambio climático.

The Conversation

Levan Tielidze ha recibido financiación del Consejo Australiano de Investigación.

ref. Tsunami de tierra: ¿qué provocó la mortífera inundación glaciar en Nepal? – https://theconversation.com/tsunami-de-tierra-que-provoco-la-mortifera-inundacion-glaciar-en-nepal-290634

De helipuertos a vertipuertos: el futuro de la movilidad aérea en las ciudades

Source: The Conversation – (in Spanish) – By C. Alejandro Di Bernardi, Profesor Máster en Gestión de Sistemas Aeronáuticos, Universidad Politécnica de Madrid (UPM); Universidad Nacional de la Plata

Cuando se habla de movilidad aérea urbana, la atención suele centrarse en los vehículos de despegue y aterrizaje vertical (Vertical Take-Off and Landing, VTOL). La versión eléctrica de estas aeronaves (eVTOL) promete introducir una nueva dimensión al transporte urbano mientras reducen los tiempos de viaje, los costos y el ruido generado.

Sin embargo, detrás de esta revolución tecnológica existe una pregunta mucho menos visible aunque igual de importante: ¿desde dónde despegarán y dónde aterrizarán estas máquinas?

La respuesta está en los vertipuertos, una infraestructura destinada a los vehículos eléctricos de despegue y aterrizaje vertical que jugará el mismo papel que los aeropuertos desempeñan para los aviones, los helipuertos para los helicópteros o las estaciones para los trenes.

No es un helipuerto adaptado

Aunque vertipuertos y helipuertos permiten operaciones de despegue y aterrizaje vertical, un vertipuerto no debe entenderse como un simple helipuerto adaptado. La propia Agencia Europea de Seguridad Aérea (EASA) fue, en marzo de 2022, el primer organismo regulador en publicar una serie de especificaciones técnicas para este tipo de infraestructuras.

En ese documento, la EASA plantea el vertipuerto como una instalación concebida para operar aeronaves eléctricas VTOL, incorporando áreas de embarque y desembarque, sistemas de recarga eléctrica, espacios de mantenimiento y conexiones con otros modos de transporte. También la Administración Federal de la Aviación estadounidense (FAA) ha seguido el mismo camino y ha establecido las directrices de ingeniería y diseño que deberán cumplir los vertipuertos para garantizar la seguridad de las operaciones.

Por otra parte, en la asamblea de la Organización de Aviación Civil Internacional (OACI), celebrada en otoño de 2025 se trató el tema de los eVTOL y las diversas cuestiones que están en discusión en torno a su desarrollo (instalaciones, normativa, formación de personal, etc.).

El desafío de la movilidad aérea avanzada ha venido para quedarse, y ya no consiste únicamente en desarrollar nuevas aeronaves, sino también en planificar, diseñar y construir las infraestructuras e instalaciones que permitan operarlas.

Un nuevo paradigma en movilidad urbana

La mayoría de las noticias sobre movilidad aérea avanzada se centran en los prototipos de aeronaves. Sin embargo, pocas veces se habla de las infraestructuras necesarias para que puedan prestar un servicio regular o a demanda. En este ámbito, la NASA viene desarrollando desde hace años numerosos programas de investigación sobre movilidad aérea avanzada (Advanced Air Mobility, AAM) en los que analiza cómo deberían distribuirse las redes de vertipuertos, cuáles serían las mejores ubicaciones dentro de las ciudades, cómo integrar estas operaciones con el resto del transporte y qué demanda podrían absorber en el futuro.

Los futuros vertipuertos podrían instalarse prácticamente en cualquier lado: sobre edificios, junto a estaciones ferroviarias, en aeropuertos, puertos, hospitales, centros logísticos o incluso lugares turísticos. Pero su función irá mucho más allá del simple despegue y aterrizaje: la idea es que se conviertan en nodos multimodales en el que confluyan distintos medios de transporte pasando a formar parte de un nuevo equipamiento urbano.

Por ejemplo, un pasajero podría llegar en metro, continuar el viaje en un eVTOL y completar el último tramo mediante un vehículo autónomo o un servicio de micromovilidad. Esta integración permitiría reducir los tiempos de viaje, mejorar la conectividad y aprovechar una dimensión del espacio urbano hasta ahora prácticamente inexplorada: el espacio aéreo de baja altura.

Como muestran los resultados, el éxito de la movilidad aérea urbana dependerá de una simbiosis entre la planificación de las infraestructuras y el desarrollo de las propias aeronaves.

Los grandes interrogantes de la próxima movilidad urbana

La implantación de vertipuertos exigirá responder a numerosas preguntas: ¿dónde ubicarlos?, ¿cómo minimizar el ruido?, ¿cómo garantizar la seguridad operacional?, ¿cómo integrarlos con el urbanismo existente?, ¿cómo gestionar un tráfico aéreo mucho más intenso sobre las ciudades?.

No es casual que tanto la agencia de seguridad aérea europea como la estadounidense (EASA y FAA) continúen actualizando sus documentos técnicos. Por su parte, la NASA sigue ampliando sus investigaciones antes de que las operaciones comerciales alcancen una escala significativa, y la aviación civil busca darle impulso a los eVTOL.

La historia demuestra que las grandes transformaciones del transporte nunca han dependido solo de los vehículos, sino también de las infraestructuras desde las que operan. Un claro ejemplo de ello es el desarrollo del Airbus A380, que obligó al rediseño de las infraestructuras aeroportuarias para la aviación comercial.

La movilidad aérea urbana seguirá el mismo camino. Cuando dentro de unos años veamos despegar taxis aéreos sobre nuestras ciudades, probablemente la verdadera innovación no serán las aeronaves, sino la infraestructura que hará posible su operación diaria. Los vertipuertos no serán simplemente la evolución de los helipuertos: serán la puerta de entrada a un nuevo sistema de transporte urbano.

Como dijo una vez William Gibson, novelista de ciencia ficción y padre del cyberpunk:

«El futuro ya está aquí; simplemente no está distribuido de manera uniforme».


Este artículo se publicó originalmente en la revista Telos, de la Fundación Telefónica.


The Conversation

C. Alejandro Di Bernardi no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

ref. De helipuertos a vertipuertos: el futuro de la movilidad aérea en las ciudades – https://theconversation.com/de-helipuertos-a-vertipuertos-el-futuro-de-la-movilidad-aerea-en-las-ciudades-290578