Source: The Conversation – in French – By Samuel J. White, Associate Professor & Head of Projects, York St John University

Pendant des années, les scientifiques ont cru que l’inflammation augmentait inévitablement avec l’âge, alimentant silencieusement des maladies comme les maladies cardiaques, la démence et le diabète. Une nouvelle étude menée auprès de populations autochtones vient ébranler cette idée, au point de bouleverser notre conception du vieillissement.
Depuis des décennies, les scientifiques ont identifié l’inflammation chronique de faible intensité, appelée « inflammaging », comme l’un des principaux facteurs responsables des maladies liées à l’âge. Imaginez que le système immunitaire de votre corps soit en hyperactivité, menant constamment des combats qui n’existent pas, usant progressivement vos organes et vos systèmes.
Mais l’inflammaging n’est peut-être pas une caractéristique universelle du vieillissement. Il pourrait plutôt être un effet secondaire de notre mode de vie dans la société moderne.
Cet article fait partie de notre série La Révolution grise. La Conversation vous propose d’analyser sous toutes ses facettes l’impact du vieillissement de l’imposante cohorte des boomers sur notre société, qu’ils transforment depuis leur venue au monde. Manières de se loger, de travailler, de consommer la culture, de s’alimenter, de voyager, de se soigner, de vivre… découvrez avec nous les bouleversements en cours, et à venir.
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La recherche, publiée dans Nature Aging, a comparé les schémas d’inflammation dans quatre communautés très différentes à travers le monde. Deux groupes provenaient de sociétés modernes et industrialisées : des personnes âgées vivant en Italie et à Singapour.
Les deux autres étaient des communautés autochtones menant un mode de vie plus traditionnel : le peuple Tsimane de l’Amazonie bolivienne et les Orang Asli des forêts de Malaisie.
Les chercheurs ont analysé des échantillons sanguins prélevés sur plus de 2 800 personnes, en examinant un large éventail de molécules inflammatoires appelées cytokines. Leur objectif était de déterminer si un schéma observé dans des études antérieures, selon lequel certains signes d’inflammation augmentent avec l’âge et sont liés à des maladies, se retrouve également dans d’autres régions du monde.
Il s’avère que la réponse est à la fois oui et non.
Chez les participants italiens et singapouriens, les chercheurs ont observé un modèle d’inflammaging assez constant. Avec l’âge, les taux de marqueurs inflammatoires dans le sang, tels que la protéine C-réactive et le facteur de nécrose tumorale, augmentaient simultanément. Des taux plus élevés étaient associés à un risque accru de maladies chroniques, notamment les maladies rénales et cardiaques.
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Mais chez les populations Tsimane et Orang Asli, le modèle d’inflammaging était absent. Les mêmes molécules inflammatoires n’augmentaient pas de manière constante avec l’âge et n’étaient pas fortement liées aux maladies liées à l’âge.
En effet, chez les Tsimane, qui sont exposés à des taux élevés d’infections parasitaires et d’autres agents pathogènes, les niveaux d’inflammation étaient souvent élevés. Pourtant, cela n’a pas entraîné les mêmes taux de maladies chroniques que ceux observés dans les pays industrialisés.
Malgré des marqueurs inflammatoires élevés, les Tsimane présentent des taux très faibles de maladies telles que les maladies cardiaques, le diabète et la démence.
L’inflammaging n’est peut-être pas universel
Ces résultats soulèvent d’importantes questions. Une possibilité est que l’inflammaging, du moins tel qu’il est mesuré par ces marqueurs sanguins, ne soit pas une caractéristique biologique universelle du vieillissement. Il pourrait plutôt résulter d’un mode de vie moderne : alimentation riche, sédentarité et faible exposition aux infections.
En d’autres termes, l’inflammation chronique liée au vieillissement et à la maladie pourrait ne pas résulter simplement d’un processus biologique inévitable, mais plutôt d’un décalage entre notre physiologie ancestrale et l’environnement moderne.
L’étude suggère que dans les communautés ayant des modes de vie plus traditionnels, où les gens sont plus actifs, mangent différemment et sont exposés à davantage d’infections, le système immunitaire pourrait fonctionner différemment. Dans ces groupes, des niveaux d’inflammation plus élevés pourraient être une réponse normale et saine à leur environnement, plutôt qu’un signe de déclin physique lié à l’âge.
Il se pourrait aussi que l’inflammaging touche tous les humains, mais prenne des formes différentes qui ne sont pas détectées par la mesure des molécules inflammatoires dans le sang. Il pourrait se produire au niveau cellulaire ou tissulaire, où il reste invisible aux tests sanguins utilisés dans cette recherche.

(Nattakorn_Maneerat/Shutterstock)
Pourquoi est-ce important ?
Si ces résultats sont confirmés, ils pourraient avoir des conséquences importantes.
Tout d’abord, ils remettent en question la manière dont nous diagnostiquons et traitons l’inflammation chronique chez les personnes âgées. Les biomarqueurs utilisés pour définir l’inflammaging dans les populations européennes ou asiatiques pourraient ne pas s’appliquer dans d’autres contextes, voire parmi tous les groupes au sein des pays industrialisés.
Deuxièmement, ils suggèrent que les interventions sur le mode de vie visant à réduire l’inflammation chronique, telles que l’exercice physique, les changements alimentaires ou les médicaments ciblant des molécules inflammatoires spécifiques, pourraient avoir des effets différents selon les populations. Ce qui fonctionne pour les personnes vivant en ville pourrait être inutile, voire inefficace, pour celles qui ont un mode de vie traditionnel.
Enfin, cette recherche nous rappelle qu’une grande partie de nos connaissances sur la santé humaine et le vieillissement provient d’études menées dans des pays riches et industrialisés. Les résultats obtenus auprès de ces groupes ne peuvent pas être automatiquement transposés à l’échelle mondiale.
Les chercheurs sont clairs : cette étude n’est qu’un début. Ils exhortent les scientifiques à approfondir leurs recherches à l’aide de nouveaux outils capables de détecter l’inflammation non seulement dans le sang, mais aussi dans les tissus et les cellules, où se déroule peut-être le véritable processus du vieillissement. Tout aussi important, ils appellent à des recherches plus inclusives, couvrant toute la gamme des expériences humaines, et pas seulement les populations riches et urbanisées du monde.
À tout le moins, cette étude offre une leçon importante. Ce que nous pensions être une vérité universelle sur la biologie du vieillissement pourrait en fait être une réalité locale, façonnée par notre environnement, notre mode de vie et notre façon de vivre.
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Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.
– ref. Le vieillissement n’est pas le même partout – pourquoi l’inflammation peut être un problème lié au mode de vie – https://theconversation.com/le-vieillissement-nest-pas-le-meme-partout-pourquoi-linflammation-peut-etre-un-probleme-lie-au-mode-de-vie-260625













