Faut-il se fier aux accréditations et aux classements pour évaluer la qualité d’un établissement ?

Source: The Conversation – France (in French) – By Laurent Mériade, Professeur des universités en sciences de gestion – Agrégé des facultés – IAE – CleRMa, Université Clermont Auvergne (UCA)

Avant de s’inscrire dans un établissement, les étudiants sont à l’affût d’indicateurs de qualité. Mais les labels, les accréditations ou les classements peuvent-ils renseigner sur les atouts pédagogiques d’un cursus ? Et en mesurant la conformité à des procédures, que disent-ils des performances réelles d’une école ou d’une université ?


Chaque année, des milliers de futurs étudiants scrutent les sites des grandes écoles et des universités à la recherche d’un sésame : le bon label, la bonne accréditation, la bonne place dans un classement. AACSB, EQUIS, classement de Shanghai, Times Higher Education – autant de sigles qui promettent l’excellence. Mais que mesurent-ils réellement ?

La réponse est moins rassurante qu’il n’y paraît. L’accréditation, c’est la reconnaissance officielle qu’un établissement respecte un ensemble de normes et de procédures définies par avance. La labellisation, c’est l’attestation de conformité à des critères de qualité dans des domaines précis (internationalisation, insertion professionnelle, innovation…).

Ces dispositifs évaluent donc avant tout le respect de règles, non la performance effective de l’établissement. Un glissement qui n’est pas anodin.

Le « paradoxe de la conformité »

Conforme et performant : ces deux qualificatifs ne sont pas synonymes. Un établissement peut afficher des résultats médiocres tout en respectant à la lettre toutes les procédures d’une accréditation ou d’un label – par exemple, à l’université, le label « HR Excellence in Research » (HSR4R) de la Commission européenne qui valorise les établissements signataires de la « Charte européenne des chercheurs » et du « Code de conduite de recrutement des chercheurs », ou encore le Label Développement durable et responsabilité sociale DD&RS, lancé en 2015 par un collectif coordonné par France Universités et la Conférence des grandes écoles.

À l’inverse, un établissement innovant peut s’éloigner des standards requis sans pour autant offrir un enseignement de moindre qualité ou un impact sociétal insatisfaisant.

La conformité déterminerait la performance : voilà le raccourci trompeur que nos recherches mettent en lumière.

Ce que nous appelons le « paradoxe de la conformité » désigne ce phénomène troublant : plus un établissement accumule les labels et les accréditations, moins sa performance réelle – mesurée par la réussite des étudiants, la qualité des enseignements ou l’impact de la recherche – tend à progresser.

Par exemple, les établissements accrédités AACSB optimisent leur conformité, pas forcément leurs services aux étudiants et à la société. Selon une étude portant sur plus de 2 300 étudiants dans vingt-quatre business school accrédités, 45 % des étudiants interrogés ne signalent aucune amélioration significative de leurs compétences clés – pensée critique, raisonnement complexe et rédaction – au cours de leurs deux premières années et 36 % après 4 ans.

Des risques d’uniformisation et de mésusages

Les classements universitaires – qu’il s’agisse du classement de Shanghai, du Times Higher Education ou du QS World University Rankings – amplifient ce paradoxe en lui ajoutant plusieurs risques spécifiques, que nous documentons dans une publication scientifique récente.

Premier risque : une hiérarchisation souvent infondée. Ces classements reposent sur un nombre limité d’indicateurs – nombre de publications scientifiques, réputation académique, ratio étudiants/enseignants – qui favorisent mécaniquement les grandes universités anglo-saxonnes, richement dotées. Les universités françaises, essentiellement financées par l’État et de taille régionale, s’y retrouvent structurellement pénalisées.

Paradoxalement, beaucoup d’entre elles continuent de prendre ces classements pour boussole, alors qu’elles n’ont objectivement que peu de chances dans cette compétition. Elles se retrouvent à courir une course dont les règles ont été écrites pour d’autres. La League of European Research Universities (LERU), qui regroupe les meilleures universités européennes, se positionne d’ailleurs clairement contre ces classements.

Deuxième risque : l’uniformisation. En imposant les mêmes critères à toutes les universités du monde, ces accréditations et classements poussent les établissements à se ressembler, au détriment de leurs spécificités. Ce phénomène conduit à l’émergence d’un « idéal unique d’université » qui ne correspond à la réalité que d’une poignée d’établissements mondiaux.

Les universités de proximité (nombreuses en France et dans le monde), investies dans la réussite étudiante et le développement régional, n’ont guère intérêt à sacrifier leurs missions fondamentales pour grimper quelques places dans un palmarès mondial ou obtenir une accréditation internationale.

Troisième risque : les déviances et les mésusages. Lorsqu’un indicateur devient un objectif stratégique, les comportements s’adaptent pour l’optimiser – pas toujours de manière éthique. Des organismes d’accréditation proposent des prestations de conseil aux établissements qu’ils évaluent, créant un conflit d’intérêts manifeste.

Aller au-delà des apparences de performance ?

Derrière la vitrine des accréditations et des classements, la réalité est souvent moins reluisante. Les évaluations scolaires et universitaires nationales et internationales – comme le programme PISA de l’OCDE ou les enquêtes du Haut Conseil de l’évaluation de la recherche et de l’enseignement supérieur (HCERES) suggèrent que la performance réelle des élèves ou étudiants stagne, voire recule dans des établissements pourtant couverts de distinctions.

Les accréditations produisent des « apparences de performance » : l’établissement semble performant parce qu’il est conforme, non parce que ses étudiants progressent davantage ou que sa recherche impacte la société. Cela correspond à un « découplage » entre conformité et performance souvent permis par le « cérémonialisme » des accréditations et classements.

Or, l’« effet établissement » sur les salaires à la sortie de l’université, voire des grandes écoles, se réduit sensiblement : c’est d’abord le profil individuel de l’étudiant et le contexte du marché du travail qui déterminent son insertion. La réputation de l’établissement, construite sur des classements, des accréditations et des labels, perd beaucoup de sa substance à ce niveau d’analyse.

Critiquer les classements ou les accréditations ne revient pas pourtant à plaider contre l’évaluation des universités. Bien au contraire : les organisations publiques se doivent de rendre compte de leurs activités à leurs parties prenantes. Des dispositifs comme le HCERES, l’ANR ou les accréditations institutionnelles participent déjà utilement à ces évaluations. Mais une évaluation pertinente devrait être spécifique aux objectifs de chaque établissement, et non uniformément appliquée à des organisations de nature, de taille et de missions très différentes.

Le « paradoxe de la conformité » décrit ici ne concerne d’ailleurs pas que l’enseignement supérieur. Dans de nombreuses organisations publiques – hôpitaux, lycées, collèges, administrations, collectivités locales – la multiplication des normes et des procédures d’accréditation ou de classement est devenue un objectif en soi, parfois au détriment de la qualité effective du service rendu. La leçon est simple mais essentielle : être conforme, ce n’est pas être nécessairement bon. Avant de choisir un établissement – ou de lui faire confiance – cela vaut la peine de regarder derrière l’arbre des accréditations et des classements pour observer la forêt de la réalité.

The Conversation

Laurent Mériade ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Faut-il se fier aux accréditations et aux classements pour évaluer la qualité d’un établissement ? – https://theconversation.com/faut-il-se-fier-aux-accreditations-et-aux-classements-pour-evaluer-la-qualite-dun-etablissement-282625

L’IA marchande, nouvel objet transitionnel et instrument de prolétarisation des consommateurs

Source: The Conversation – France (in French) – By Benoît Heilbrunn, Professeur de marketing, ESCP Business School

Pour rassurer et guider le consommateur, la marque a eu un rôle de repère cognitif. C’est d’ailleurs l’un des dispositifs « inventé » par le capitalisme pour stimuler la consommation. En mobilisant des outils d’intelligence artificielle, il ne s’agit pas seulement d’une puissance décuplée, mais d’un changement de nature qui, très rapidement, rejaillit sur le consommateur. Bienvenue (ou pas) dans l’ère de l’empathie artificielle au service de la médiation marchande.


Les outils d’intelligence artificielle ne se contentent plus d’orienter nos achats. Ils répondent, accompagnent et… peuvent même rassurer. À mesure que les interfaces marchandes deviennent conversationnelles, une question se pose : sont-elles en train d’occuper, pour des consommateurs fragilisés, une place psychique, à savoir une fonction de réassurance, de stabilisation identitaire et de médiation affective face à l’incertitude du monde autrefois assumée par certains objets, notamment les marques ?

Longtemps, les dispositifs marchands ont surtout cherché à capter l’attention, orienter le choix et accélérer la décision d’achat. Avec l’essor des interfaces conversationnelles et des outils d’intelligence artificielle, un déplacement s’opère. Il ne s’agit plus seulement de rendre la transaction plus efficace, mais de produire les formes d’une présence attentive et rassurante. L’interface ne se contente plus d’informer : elle reformule, accompagne et rassure. Cette évolution prend place dans un contexte de fragilité psychologique croissante des individus.

Ce qui se transforme ici n’est pas seulement la technique de vente, mais la nature même de la médiation marchande. L’acte d’achat prend alors la forme d’une interaction continuelle, plus fluide, et plus enveloppante. Les recherches récentes sur les compagnons numériques montrent d’ailleurs que les interfaces d’IA sont de plus en plus présentées comme des amis, des conseillers ou des partenaires émotionnels.




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Au-delà du doudou

Pour comprendre ce qui se joue, la notion d’objet transitionnel élaborée par le psychanalyste Donald Winnicott s’avère précieuse. Encore faut-il ne pas la réduire à l’image un peu rapide du doudou rassurant. Chez Winnicott, l’objet transitionnel apparaît dans un moment très précis du développement : lorsque l’enfant commence à faire l’expérience que la mère n’est pas la prolongation immédiate de son désir, qu’elle ne coïncide pas parfaitement avec lui, qu’elle est extérieure, intermittente, séparée. L’objet transitionnel (morceau de tissu, peluche) l’aide alors à traverser cette première épreuve de l’absence.

Mais sa fonction ne consiste pas simplement à calmer l’angoisse. Ce que Winnicott met au jour est plus profond. L’existence d’une aire transitionnelle est une aire intermédiaire d’expérience qui n’est ni purement subjective ni purement objective. L’objet transitionnel appartient à cette zone paradoxale où le sujet commence à supporter l’écart entre sa réalité intérieure et le monde extérieur. Il est ce par quoi l’enfant peut jouer, symboliser, supporter l’absence, entrer progressivement dans le réel partagé sans être brutalement précipité dans la séparation. En ce sens, l’objet transitionnel ne vaut pas par ses qualités propres, mais par la fonction psychique qu’il remplit : il médie le passage entre dépendance et autonomie.

Du produit à la marque

C’est pourquoi la bonne question est de savoir où se loge, à un moment donné, la fonction transitionnelle. Sous cet angle, une partie de l’histoire de la consommation peut être appréhendée comme un déplacement de cette fonction. Certains produits ont pu l’héberger affectivement : un vêtement, un parfum, un téléphone peuvent devenir des supports de mémoire et de réassurance. Les marques ont ensuite cherché à capter cette fonction sur un plan symbolique, en proposant des univers familiers et des récits identitaires. D’où la fameuse théorie du produit ou de la marque comme extension du soi que l’on doit à Russel Belk.

Mais avec l’IA, quelque chose change de nature. La médiation ne passe plus seulement par un objet possédé ni par un imaginaire de marque auquel s’identifier. Elle passe par une interface qui répond. Ce n’est plus seulement un support mais une présence interactive. L’IA reformule, anticipe, accompagne, suggère. Elle s’insinue dans l’espace même de l’hésitation, là où le sujet cherche à se repérer dans un réel complexe, fatigant ou anxiogène.

C’est ici que le travail du psychiatre et psychanalyste Serge Tisseron permet d’aller plus loin. Dans Le jour où mon robot m’aimera, il ne décrit pas seulement des machines utiles ou performantes. Il décrit des objets connectés qui détectent nos réactions, s’adaptent à nous, orientent parfois nos choix à notre insu, et pourraient demain déchiffrer nos émotions, nous parler et nous manifester de l’affection, voire de l’amour. Son point n’est pas seulement technique ; il est anthropologique. La technologie ne s’avance plus seulement comme instrument et tend à prendre la forme d’un partenaire émotionnel apparent.

Une empathie artificielle

Dès lors, l’IA marchande ne doit plus être pensée comme un simple perfectionnement de la recommandation commerciale. Elle relève d’une empathie artificielle mise au service de la médiation marchande. L’interface ne propose pas seulement un choix plus rapide ou plus pertinent ; elle donne aussi l’impression d’une écoute et d’une disponibilité sans faille. Elle se présente comme une présence douce, presque caressante qui allège le poids psychique de la décision.

Cette hypothèse est étayée par une étude selon laquelle les individus les plus affectés par la solitude expriment une préférence plus marquée pour une compagnie humaine virtuelle plutôt que réelle, l’anxiété sociale jouant un rôle de médiation. Cela ne signifie évidemment pas que toute interaction artificielle remplace la relation humaine. Mais cela suggère clairement qu’une interface artificielle peut être psychiquement préférée lorsqu’elle paraît plus contrôlable.

C’est pourquoi il serait insuffisant de ne voir dans ces dispositifs qu’une amélioration de la fluidité du parcours marchand. Ce qui se joue ici touche à l’économie psychique même de la consommation. Plus une interface prend en charge nos hésitations, plus elle risque de devenir le lieu où nous déposons une part de notre vulnérabilité. Le problème advient lorsque la fonction d’allègement des tâches devient inséparable d’une fonction de captation.

RTS, 2017.

Une médiation qui organise la dépendance

Une interface qui peut anticiper mes préférences ne se borne pas à fluidifier une décision : elle contribue à configurer la manière même dont cette décision se forme. L’aide n’est jamais neutre lorsqu’elle intervient au plus près de l’hésitation. Tisseron le suggère très bien : le danger n’est pas seulement celui d’une machine qui calcule, mais celui d’une machine qui paraît nous aimer. La question n’est donc pas de dénoncer naïvement toute technologie d’accompagnement. Il serait absurde de nier que ces outils puissent rendre des services réels. La vraie question est de savoir comment distinguer une médiation qui aide à l’autonomie d’une médiation qui organise la dépendance.

Chez Winnicott, l’aire transitionnelle aide le sujet à entrer dans le monde commun. Elle ne remplace pas le réel : elle permet d’y accéder sans être écrasé par lui. Toute la question est donc de savoir si les interfaces contemporaines remplissent encore une telle fonction d’autonomisation, ou si elles deviennent au contraire un milieu protecteur qui dispense d’affronter pleinement le monde tout en organisant une nouvelle forme de dépendance douce.

Le lieu du véritable basculement

Peut-être est-ce là le véritable basculement. Le produit pouvait autrefois consoler. La marque pouvait offrir une familiarité symbolique. L’IA propose désormais une présence interactive à laquelle on s’adresse pour être guidé, rassuré, parfois presque reconnu. Et c’est précisément pour cela qu’elle ne peut pas être pensée comme un simple outil. Car une société dans laquelle les fonctions les plus intimes de médiation sont progressivement prises en charge par des interfaces marchandes est une société où la vulnérabilité risque de devenir, plus que jamais, un marché.

Cette évolution rejoint très directement les analyses du philosophe Bernard Stiegler sur la fragilisation du consommateur. Pour lui, le problème du marketing ne tient pas seulement à son pouvoir de persuasion, mais à son emprise sur les capacités psychiques elles-mêmes. Ce que Stiegler appelle la « prolétarisation du consommateur », c’est le fait que le sujet ne produit plus ses propres modes d’existence : ceux-ci lui sont de plus en plus prescrits par des dispositifs industriels de captation de l’attention et d’orientation du désir.

L’interface marchande s’inscrit dans ce que Stiegler appelle un « psychopouvoir » : il ne s’agit plus seulement d’agir sur les comportements de l’extérieur, par la publicité ou par l’incitation visible, mais d’investir les circuits psychiques eux-mêmes, c’est-à-dire l’attention, le désir, les habitudes perceptives, la capacité de juger et, plus largement, ce que Stiegler nomme parfois les savoir-vivre.

Avec le psychopouvoir, le marché ne s’adresse plus seulement à un sujet déjà constitué ; il contribue à configurer les conditions mêmes de sa disponibilité. Ce qui est capté n’est pas seulement le temps de cerveau disponible, mais la faculté d’orienter son attention, de différer une impulsion, de relier un désir à une histoire personnelle, de faire la différence entre ce que l’on veut, ce que l’on croit vouloir et ce qui est induit.

C’est en ce sens que l’IA marchande peut accentuer la fragilisation du consommateur. Non parce qu’elle l’empêcherait mécaniquement de penser, mais parce qu’elle risque de le déposséder d’une part de son autonomie psychique en le déshabituant à exercer par lui-même certaines opérations de tri, de jugement, de mise à distance et d’élaboration du désir.

The Conversation

Benoît Heilbrunn ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. L’IA marchande, nouvel objet transitionnel et instrument de prolétarisation des consommateurs – https://theconversation.com/lia-marchande-nouvel-objet-transitionnel-et-instrument-de-proletarisation-des-consommateurs-281771

Taxe sur les petits colis : anatomie d’un fiasco français

Source: The Conversation – France (in French) – By Éric Pichet, Professeur et directeur du Mastère Spécialisé Patrimoine et Immobilier, Kedge Business School

La taxe sur les petits colis, entrée en vigueur le 1<sup>er</sup>&nbsp;mars 2026, n’a un rendement que de 2,3&nbsp;millions d’euros par mois, contre les 50&nbsp;millions d’euros attendus. Azrinaziri/Shutterstock

Pour lutter contre la déferlante de l’importation de produits chinois à bas prix, le Parlement a établi une taxe sur les petits colis. Cette dernière est entrée en vigueur le 1er mars 2026 pour un rendement mensuel attendu de 50 millions d’euros. L’ennui ? La manœuvre législative a très vite tourné au fiasco budgétaire et économique. Analyse.


La France, tout comme les autres pays de l’Union européenne, fait face ces dernières années à une envolée des importations de petits colis, ces envois de marchandises d’une valeur intrinsèque de moins de 150 euros (hors TVA, frais de port et d’assurance) en provenance de pays tiers à l’Union européenne.

Les douanes françaises ont recensé 170 millions d’articles importés pour un montant total de 1,9 milliard d’euros en 2022 et 773 millions pour 5,3 milliards d’euros en 2024, la Chine représentant 97 % des articles en volume et 89 % en valeur. Dans le même temps, le prix moyen par article passait de 11,3 euros en 2022 à 6,4 euros en 2025.

Prérogative de Bruxelles

Dans tous les pays européens, cet afflux de paquets importés sans aucune taxe douanière est régulièrement dénoncé comme une forme de concurrence déloyale. Elle l’est en particulier dans le commerce et l’industrie de l’habillement en France, sur fond d’aberration environnementale et sociale.

Or, le commerce extracommunautaire (en dehors de l’Union européenne) est une prérogative de Bruxelles depuis la création de l’Union douanière en 1968. Cette dernière organise à la fois la libre circulation des marchandises à l’intérieur de l’espace douanier européen et l’application de règles communes aux frontières extérieures, caractérisées par un tarif douanier unique vis-à-vis des pays tiers.

Pour répondre aux inquiétudes des agents économiques, gérer et maîtriser ces flux croissants, la Commission européenne, organe exécutif permanent et force de proposition de l’Union européenne, a suggéré, le 5 février 2025, la mise en place d’un mécanisme de frais de traitement pour les envois de petits colis en provenance de pays tiers. Sur cette base, le Conseil de l’Union européenne, qui représente les États membres et fait modifier le droit européen, a autorisé le 12 décembre 2025 le prélèvement d’une redevance de gestion forfaitaire de 3 euros par catégorie d’articles dès le 1er juillet 2026.

Ainsi, un paquet comprenant 3 T-shirts identiques subira une taxe de 3 euros, mais un colis contenant un T-shirt, un jean et une paire de chaussettes subira une taxe de 9 euros.

Modalités de la taxe française

Parallèlement, le gouvernement français introduisait dans le projet de loi de finances pour 2026 du 14 octobre 2025 une taxe de 2 euros pour les petits colis en provenance d’un pays extra-européen. Le gouvernement envisageait bien une baisse de 60 % du trafic, mais estimait son rendement à 600 millions d’euros par an. Ces recettes devaient financer l’achat de scanners pour contrôler les colis et l’embauche de douaniers.

Cette dérogation aux prérogatives de Bruxelles relatives aux importations en provenance de pays tiers se fondait sur l’article 52 du Code des douanes de l’Union européenne. Ce dernier autorise les États membres à exiger le paiement de frais, à récupérer les coûts de services spécifiques ou à mettre en œuvre de mesures exceptionnelles de contrôle – au vu de la nature des marchandises ou d’un risque.

C’est dans ce contexte déjà tendu qu’a éclaté, en France, l’affaire des poupées pédopornographiques sur la place de marché de Shein, le 31 octobre 2025. Ce scandale a mis le feu aux poudres, la classe politique exigeant une riposte ferme et immédiate juste avant les débats en première lecture du budget de l’État, les 19 et 20 novembre 2025.

Aussitôt, les professionnels, comme La Fédération du e-commerce et de la vente à distance (Fevad) ou la Poste, ont signalé à l’unisson que la taxe n’aurait aucun impact sur le volume de colis expédiés sur le territoire français. Au contraire, elle détournerait à coup sûr les flux vers nos voisins.

Malgré cette mise en garde, les députés ont massivement suivi les exhortations d’Amélie de Monchalin, alors ministre du budget :

« Ceux qui, ce soir, ne voteront pas cette taxe […] n’ont pas choisi la France, ils n’ont pas choisi nos commerçants, ils auront choisi la Chine et sa submersion. »

Lors de l’examen en première lecture du budget de l’État, 208 députés ont voté pour. Seuls les 87 députés du Rassemblement national (RN) ont voté contre, non par clairvoyance sur le destin de la taxe, mais au nom du pouvoir d’achat de leurs électeurs.

Cette taxe applicable au 1er mars 2026 est en vigueur jusqu’à ce que l’Union européenne supprime totalement la franchise douanière, soit au plus tôt en novembre 2026. Ces effets ne se sont pas fait attendre…

Près de 2,3 millions euros par mois

Comme annoncé par les professionnels, les grandes plateformes visées par cette taxe, comme Temu, Shein et AliExpress, ont fait preuve d’une redoutable réactivité. Elles ont immédiatement détourné les petits paquets vers des hubs européens, comme Liège ou Amsterdam, pour les acheminer ensuite par la route vers la France ; d’autant que les quelques pays qui envisageaient de suivre cette initiative française, comme l’Italie, la Belgique et les Pays-Bas, ont prudemment préféré temporiser en attendant l’entrée en vigueur de la taxe européenne commune le 1er juillet 2026.

« Le déport de volume » découlant de cette stratégie est « de l’ordre de 90 % depuis le 1er mars », a déclaré le directeur général des douanes, le 13 mai 2026, devant les députés, le rendement de la taxe se limitant à seulement 2,3 millions euros par mois.

La demande étant restée stable, les colis arrivent toujours en France, mais ils sont moins contrôlés puisque les hubs étrangers sont débordés. L’aéroport de Vatry (à 150 kilomètres de Paris, dans la Marne) est l’incarnation de ce désastre économique : son activité, concentrée à 75 % sur le fret, dont 80 % par le commerce en ligne, est passée de 1 000 tonnes de fret en février à 200 tonnes en mars. Son propriétaire, le Département de la Marne, s’interroge même sur sa fermeture et la disparition de 120 emplois directs. Le risque est bien celui d’un détournement pérenne des flux d’autant que la redevance européenne de 3 euros par catégories d’articles du 1er juillet 2026 s’ajoutera à la taxe française.

Comme pour l’impôt sur la fortune français (ISF), imposition très minoritaire dans l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) qui a généré des pertes de recettes fiscales a minima du double de son rendement, cette nouvelle taxe improvisée et sans étude d’impact sérieuse constitue un cas d’école.

Dans un espace de libre circulation des marchandises des personnes et des capitaux, le fisc français ne peut, sans effets pervers, faire cavalier seul. Toute mesure fiscale doit prendre en compte la compétitivité fiscale d’un pays. C’est pourquoi le Parlement serait bien avisé de l’abroger au plus tard le 1er juillet 2026, date d’entrée en vigueur de la redevance de l’Union européenne de 3 euros par article qui, en s’ajoutant à la taxe française, aggravera la situation.

The Conversation

Éric Pichet ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Taxe sur les petits colis : anatomie d’un fiasco français – https://theconversation.com/taxe-sur-les-petits-colis-anatomie-dun-fiasco-francais-283836

Martha and the Vandellas, les divas engagées de la Motown

Source: The Conversation – France (in French) – By Austin McCoy, Assistant Professor of History, West Virginia University

Martha and the Vandellas, du label Motown, ont inspiré les générations suivantes de groupes de filles dans la musique pop, notamment En Vogue, SWV et Destiny’s Child. Michael Ochs Archives/Getty Images

Formant le groupe emblématique du label Motown devenu symbole de l’« empowerment » féminin, Martha and the Vandellas ont interprété bon nombre de tubes, dont « Dancing in the street », titre qui incarnait parfaitement l’esprit de la lutte pour les droits civiques des Afro-Américains aux États-Unis, sorti en juillet 1964.


Le 28 juin 1965, l’émission télévisée de CBS « It’s What’s Happening Baby » diffusait un clip vidéo mettant en scène Martha and the Vandellas interprétant leur tube « Nowhere to Run » pour lancer son émission nationale consacrée à Détroit.

Dans la vidéo, le trio originaire de la ville chantait l’incapacité à oublier un ancien amant après une rupture, assis dans une Mustang blanche avançant lentement sur la chaîne de montage de l’usine Ford River Rouge.

En 1965, CBS diffuse le clip de Martha and the Vandellas pour leur chanson « Nowhere to Run », tourné à l’intérieur d’une usine d’assemblage Ford.

En tant qu’historien de la culture et du travail, je considère le clip de « Nowhere to Run » comme un témoignage emblématique de la réputation de Détroit en tant que « Motor Town » et du rôle de l’ouvrier de l’automobile dans l’imaginaire américain.

Le fondateur et PDG de la Motown, Berry Gordy Jr, a travaillé sur la chaîne de montage de Ford et s’en est inspiré pour créer Hitsville U.S.A., le célèbre siège social et studio d’enregistrement qui servait à former les artistes et perfectionner le « son Motown » destiné au grand public. Le nom Motown est la contraction de Motor Town, « la ville des moteurs », le surnom de Détroit qui était alors la capitale de la production automobile.

Martha and the Vandellas faisaient partie de l’illustre liste d’artistes de la Motown dans les années 1960. Initialement composées de Martha Reeves, Rosalind Ashford et Annette Beard, et avec des changements de membres au cours des trois décennies suivantes, elles ont contribué à établir le girl group noir. Elles se présentaient comme issues de la classe ouvrière dans des clips comme « Nowhere to Run ».

Leur hymne classique « Dancing in the Street » reflétait l’esprit révolutionnaire des manifestants pour les droits civiques, en particulier des Afro-Américains des années 1960. En tant que chanteuse principale, Reeves s’est également imposée comme une « diva » pionnière du R&B, contribuant à ouvrir la voie à des chanteuses noires qui ont fait une carrière en solo telles que Whitney Houston, Janet Jackson, Mary J. Blige et Beyoncé.

Un parcours patient vers la célébrité

Martha Reeves est née à Eufaula, en Alabama, le 18 juillet 1941. Peu après, sa famille s’installa dans l’est de Détroit (Michigan). La musique occupait une place centrale dans sa vie depuis son enfance.

Dans ses mémoires publiées en 1994, Dancing in the Street: Confessions of a Motown Diva, Martha Reeves raconte que son père chantait des sérénades à sa mère avec sa guitare alors qu’elle était enceinte d’elle. Sa mère, Ruby, chantait également. Les parents de Reeves lui ont transmis leur amour de la musique ; elle chantait dans la chorale de son église et aspirait à monter sur scène.

« À cet âge, j’étais déjà accro à l’idée de ravir le public avec mon chant », écrit-elle dans ses mémoires.

Reeves était titulaire d’un diplôme à la Northeastern High School. Adolescente, elle utilisait de fausses cartes d’identité pour entrer dans des boîtes de nuit et voir des chanteurs se produire, et elle chantait lors de scènes ouvertes et de concours de talents. Elle a décroché sa première opportunité après avoir décroché trois soirées de concert au 20 Grand, une boîte de nuit populaire de Détroit située au croisement de la 14e Rue et de Warren Avenue.

C’est après l’une de ces représentations qu’elle rencontra William Stevenson, le responsable de la découverte de nouveaux talents chez Motown Records. Stevenson l’a invitée au siège du label.

Reeves s’est rendue au studio, mais elle n’a pas passé d’audition, pour des raisons qui ne sont pas tout à fait claires aujourd’hui. Au lieu de cela, Stevenson lui a proposé de répondre au téléphone. C’est ainsi qu’elle a décroché un poste au département A&R (Artists and Repertoire, la division d’un label discographique responsable de la découverte de nouveaux artistes ou de groupes à qui proposer un contrat, NDLR) et a commencé à travailler avec d’autres artistes de la Motown.

Une résidence de construction solide arbore une enseigne indiquant « Hitsville USA » sur sa façade
Le célèbre studio d’enregistrement et siège social de Motown, situé au 2648 W. Grand Blvd. à Détroit (Michigan).
Leni Sinclair/Getty Images

En 1957, Reeves a rejoint son premier groupe, les Del-Phis. Formé par Edward « Pops » Larkins, le groupe comprenait également la leader Gloria Jean Williamson, Rosalind Ashford et Annette Beard.

Reeves a rapidement eu une autre chance de se distinguer. En septembre 1962, Stevenson l’a appelée pour remplacer Mary Wells lors d’une session d’enregistrement avec Marvin Gaye. Reeves a fait appel aux autres membres des Del-Phis, et elles ont si bien chanté qu’elles sont devenues le groupe vocal d’accompagnement de Gaye.

Après que les Del-Phis eurent tourné avec Gaye et enregistré « I’ll Have to Let Him Go », Gordy proposa un contrat d’enregistrement à Reeves, Beard et Ashford. Le groupe prit également un nouveau nom, Martha and the Vandellas.

Martha and the Vandellas a rapidement connu le succès commercial, avec des chansons comme « Come and Get These Memories « , « Quicksand » et « Heatwave ».

Un hymne à la révolution sur un rythme entraînant

« Dancing in the Street », écrit par Gaye, Stevenson et Ivy Jo Hunter, sort à l’été 1964 et devient un tube emblématique de Martha and the Vandellas.

Reeves a écrit dans son autobiographie qu’elle n’aimait pas « Dancing in the Street ». Cependant, elle se l’est appropriée, et elle a reconnu plus tard que la chanson incarnait l’esprit des manifestations pour les droits civiques.

« Elle est devenue l’hymne de la décennie », a écrit Reeves.

Elle avait raison.

Au moment de la sortie de la chanson, le mouvement des droits civiques battait son plein. Les Afro-Américains de Harlem (New York) sont descendus dans la rue pour protester contre le meurtre de James Powell, 15 ans par un policier new-yorkais en dehors de ses heures de service.

Les années 1960 ont marqué le début d’une série de « longs et chauds étés », alors que les tensions raciales s’intensifiaient. Les Noirs du quartier de Watts à Los Angeles (Californie) en 1965 ont manifesté dans les rues pour dénoncer les violences policières.

Plus de 100 manifestations ont été organisées en réaction à l’assassinat de Martin Luther King en 1968, de Chicago à Washington et Baltimore.

The Conversation

Austin McCoy ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Martha and the Vandellas, les divas engagées de la Motown – https://theconversation.com/martha-and-the-vandellas-les-divas-engagees-de-la-motown-284099

Néandertal utilisait-il les dents de rhinocéros comme outils ?

Source: The Conversation – France in French (2) – By Camille Daujeard, Archéozoologue, chargée de Recherche, Muséum national d’histoire naturelle (MNHN)

Le crâne de rhinocéros blanc dont les dents ont été extraites à Peaugres, avec l’aide de Benjamin Drouet, vétérinaire. Photo Camille Deaujeard, Fourni par l’auteur

Le projet RINO est né de la découverte de traces singulières observées sur des dents de rhinocéros d’un site préhistorique de la vallée du Rhône. L’étude des restes dentaires de rhinocéros du site paléolithique moyen de Payre (vers 250 000-130 000 ans avant le présent) a en effet permis de mettre en évidence des marques qui pourraient indiquer leur utilisation comme outils par Néandertal – un comportement inédit.


À l’inverse de la figure emblématique du mammouth, la place du rhinocéros dans les comportements de subsistance des humains préhistoriques et les relations qu’ils ont entretenues tout au long du paléolithique sont peu connues. Pourtant, bien avant les représentations pariétales de la grotte Chauvet (Ardèche), il y a plus de 30 000 ans, cet animal a été consommé et utilisé à d’autres fins qu’alimentaires. La découverte de marques inhabituelles sur des dents de rhinocéros dans plusieurs sites du paléolithique du sud de la France soulève une question : ces marques pourraient-elles être le résultat d’une activité humaine intentionnelle ?

L’utilisation d’ossements de grands herbivores, y compris de rhinocéros, comme outils pour retoucher et raviver les tranchants de pierres taillées (« retouchoirs ») est un comportement bien connu, dès les périodes anciennes du paléolithique. Les dents de rhinocéros sont nombreuses dans les sites du paléolithique d’Europe et d’Asie et seules quelques rares études font l’hypothèse d’une récupération intentionnelle de celles-ci par les groupes humains.

Des fractures et des marques singulières

Il y a plus de 200 000 ans, à Payre, dans le sud-est de la France, ou encore sur le site de Panxian Dadong, en Chine, qui a livré une centaine de dents isolées de rhinocéros asiatique (Rhinoceros sinensis), des dents de rhinocéros présentant des fractures et des marques récurrentes ont été retrouvées. Ces observations ont conduit à s’interroger sur leur utilisation comme outils, et à explorer d’autres assemblages à rhinocéros de cette période du paléolithique en Europe. Serait-on là face à un comportement encore inconnu chez Néandertal ?

Cette question est à l’origine du projet RINO et de la publication qui vient de paraître dans la revue Journal of Human Evolution : « Elucidating the use of rhinoceros teeth by Neanderthals: Between experiments and the fossil record » (« Élucider l’utilisation des dents de rhinocéros par Néandertal : entre registres expérimental et fossile »), issue d’une collaboration scientifique internationale.

Il s’agit de la première étude approfondie et interdisciplinaire sur l’utilisation des dents de rhinocéros par Néandertal. Cette étude combine des analyses de restes fossiles et des expérimentations archéologiques sur des dents de rhinocéros actuels.

Localisation des sites archéologiques du paléolithique moyen et de sites paléontologiques ayant fourni des restes de rhinocéros étudiés dans le projet RINO. Carte réalisée avec QGIS 3.40.6, données de fond ESRI (Environmental Systems Research Institute).
D’après Sanz-Royo et coll., 2026, Fourni par l’auteur

Les dents de rhinocéros possèdent en effet des caractéristiques morphologiques (taille, poids, caractère préhensible, surface occlusale plane et résistance à la fracturation) qui ont pu motiver leur usage à des fins techniques.

Méthode de recherche

Dans le cadre du projet RINO, 12 sites archéologiques ont été sélectionnés pour leurs traces d’activité humaine et leur abondance en dents de rhinocéros.

Afin d’avoir un référentiel de comparaison permettant de distinguer des traces naturelles de traces d’origine anthropique, comme suspectées, nous avons également inclus dans cette étude des séries dentaires provenant de sites paléontologiques d’Europe de l’Ouest et de collections ostéologiques de rhinocéros actuels. Ces séries comprennent au total 168 dents de rhinocéros provenant de quatre sites paléontologiques du Pléistocène en Europe occidentale : Wasserbillig (Luxembourg), Oetrange (Luxembourg), Cova del Rinoceront (Espagne) et Les Plumettes (Saône-et-Loire).

Nous avons également analysé 236 dents provenant de la collection comparative de la salle d’anatomie comparée du Muséum national d’histoire naturelle (MNHN) à Paris, avec l’objectif de reconnaître les altérations susceptibles d’avoir affecté les dents de rhinocéros tout au long de leur vie.

Une analyse des microtraces d’usure dentaire liées aux processus de mastication a été menée sur les dents de rhinocéros fossiles, afin de pouvoir écarter l’hypothèse d’une origine liée à l’alimentation du vivant de l’animal.

Par ailleurs, une part importante du projet concernait la démarche expérimentale. L’utilisation de molaires et de prémolaires de rhinocéros comme percuteurs par des tailleurs experts devaient permettre d’établir un référentiel complet des marques obtenues, et d’identifier la fonction de ces outils.

La principale difficulté rencontrée a été celle de l’acquisition de dents actuelles de rhinocéros pour effectuer ces expérimentations. Après de nombreuses recherches, avec l’aide d’Alexis Lécu, vétérinaire au Muséum national d’histoire naturelle, trois parcs zoologiques nous ont prêté du matériel dentaire, les zoos de Peaugres (Ardèche), de Sigean (Audes) et Montpellier (Hérault). Les extractions ont été effectuées par Benjamin Drouet à Peaugres et par Antoine Joris à Sigean.

Les expérimentations de percussion (retouche, taille, utilisation comme enclume) ont pu ainsi être menées sur 18 dents de rhinocéros, à l’aide d’outils lithiques en quartz et en silex. L’objectif était de reconnaître et d’identifier les traces laissées par l’action humaine.

Exemples d’activités expérimentales reproduites dans cette étude : A) Retouche du quartz ; B) Taille du silex ; C) Utilisation d’une dent comme enclume avec un éclat de quartz.
D’après Sanz-Royo et coll., 2026, Fourni par l’auteur
Modifications sur des dents de rhinocéros lors d’expérimentations archéologiques, accompagnées de reproductions 3D obtenues par microscope confocal.
D’après Sanz-Royo et coll., 2026, Fourni par l’auteur

Un dernier volet de référentiel expérimental visait à reproduire des phénomènes naturels d’abrasion (sédiments) et de compaction que peuvent subir des dents durant leur fossilisation. Ces expérimentations ont été menées au sein du laboratoire de taphonomie de Madrid (LeaT laboratory).

Instruments utilisés lors des expériences taphonomiques au sein du laboratoire de Madrid (Espagne). À gauche, essai d’abrasion ; à droite, essai de compactage.
D’après Sanz-Royo et coll., 2026, Fourni par l’auteur

Les résultats obtenus révèlent la présence de marques similaires à celles de Payre ainsi qu’à celles produites lors des expérimentations archéologiques, dans deux autres sites néandertaliens : El Castillo (Espagne) et Pech-de-l’Azé II (Dordogne). Dans ces deux sites, qui comptent au total 281 dents analysées, les espèces de rhinocéros concernées sont le rhinocéros de prairie (Stephanorhinus hemitoechus) et le rhinocéros de Merck (Stephanorhinus kirchbergensis). Ce dernier représente la plus grosse forme de rhinocéros fossile européen connue pour cette période.

Les traces observées sur le matériel dentaire diffèrent en revanche clairement des altérations de surface observées dans les collections de référence paléontologiques et modernes ainsi que de celles générées lors des expérimentations d’abrasion et de compaction sédimentaire. Par ailleurs, l’analyse des microtraces d’usure confirme qu’elles ont été produites après la mort de l’animal.

Dents de rhinocéros d’El Castillo et de Pech-de-l’Azé II présentant des traces d’origine anthropique.
D’après Sanz-Royo et coll., 2026, Fourni par l’auteur

Des dents qui ont probablement servi d’outils percuteurs

Nous pouvons donc conclure que les traces identifiées sur les dents de rhinocéros de ces deux sites du paléolithique moyen – El Castillo (Espagne) et Pech‑de‑l’Azé II (France) – sont d’origine humaine. Ces dents ont probablement servi comme percuteurs dans la confection d’outils lithiques (silex, quartz), jouant un rôle dans la chaîne opératoire au paléolithique moyen. Au vu de l’état d’usure des dents utilisées, les Néandertaliennes et Néandertaliens semblent avoir eu une préférence pour des dents de rhinocéros âgés. Il est possible qu’ils se soient concentrés sur de vieux animaux, parce qu’ils représentaient potentiellement des proies plus faciles, ou des charognes. Leur morphologie dentaire, plus aplatie, était sans doute aussi plus adaptée à leur utilisation.

Dessin des traces observées sur les dents n° 2754 et n° 8557 provenant d’El Castillo (dessins de Sophie Guégan).
D’après Sanz-Royo et coll., 2026, Fourni par l’auteur

Cette étude permet d’élargir nos connaissances sur les comportements néandertaliens, leurs choix techniques et la diversité des matières premières collectées et utilisées, tout en apportant un nouvel éclairage sur leur utilisation des ressources animales. Malgré cette nette avancée dans le champ de nos connaissances, cette découverte ouvre également de nouvelles et nombreuses questions, qui restent pour le moment encore en suspens :

  • Qu’est-ce que cette découverte apporte à nos connaissances de Néandertal et de ses relations à son environnement ?

  • Quelles étaient les stratégies d’acquisition (chasse, charognage, piégeage) et d’utilisation des rhinocéros par Néandertal ? Étaient-elles les mêmes pour tous les types de rhinocéros rencontrés à ces périodes en Europe ? Leurs particularités morphologiques, éthologiques et écologiques et leur disponibilité au sein des biotopes ont-elles influé sur ces comportements ?

Le caractère inédit des marques mises en évidence montre tout l’intérêt de ces recherches, qui ouvrent comme on l’a vu beaucoup de questions qui restent encore à explorer. Il est par ailleurs peu probable qu’une utilisation de dents de rhinocéros comme matière première ait été un comportement limité dans le temps et dans l’espace. C’est pourquoi une révision majeure des séries dentaires de rhinocéros issues des nombreuses collections de sites paléolithiques doit être engagée à la lumière de ces nouvelles observations.

Actuellement, nous ne savons pas si c’est un comportement général ou spécifique aux groupes néandertaliens d’Europe de l’Ouest. Mais que l’on mette en évidence le caractère « universel » ou original de l’utilisation de ces dents, cette découverte ouvre des perspectives en lien avec la connaissance de l’étendue, de la fonction et de la portée symbolique de ce comportement.


Nous remercions le projet RINO (Sorbonne Université et Muséum national d’histoire naturelle) et l’IRN TaphEN (CNRS) pour leur soutien financier. Nous tenons également à exprimer notre gratitude envers toutes les personnes qui nous ont autorisés à accéder aux collections archéologiques et paléontologiques et aux laboratoires qui nous ont accueillis. Enfin, nous adressons nos sincères remerciements aux parcs zoologiques de Peaugres, Sigean et Montpellier (France) pour nous avoir fourni les dents de rhinocéros utilisées lors des expérimentations, avec une mention spéciale à Alexis Lécu, vétérinaire au MNHN, pour son aide précieuse dans cette recherche.

The Conversation

Camille Daujeard a reçu des financements de Sorbonne Université, du Muséum national d’Histoire naturelle, et de l’IRN Taphen (CNRS).

ref. Néandertal utilisait-il les dents de rhinocéros comme outils ? – https://theconversation.com/neandertal-utilisait-il-les-dents-de-rhinoceros-comme-outils-281909

Voici pourquoi le Canada doit transformer son système de soins de longue durée

Source: The Conversation – in French – By Denise Suzanne Cloutier, Professor, Health Geography and Social Gerontology, University of Victoria

Si la plupart des personnes âgées pourront « vieillir à domicile », chez elles et en relativement bonne santé, environ 8 % d’entre elles auront besoin de soins de longue durée. (Unsplash), CC BY-NC-ND

Comme les Canadiens vivent plus longtemps que jamais, la question de savoir qui prendra soin d’eux et dans quelles conditions lorsqu’ils ne seront plus en mesure de le faire constitue l’un des enjeux les plus pressants du pays.

Selon les données du recensement de 2021, la population de 85 ans et plus, ainsi que celle de 100 ans et plus, connaissent une croissance beaucoup plus rapide que les autres groupes d’âge.

Or, plus nous vivons vieux, plus nous risquons de souffrir de maladies chroniques multiples et complexes telles que l’hypertension, l’arthrose, les maladies cardiaques, l’ostéoporose, les maladies pulmonaires chroniques, le diabète, le cancer et la démence.


Cet article fait partie de notre série La Révolution grise. La Conversation vous propose d’analyser sous toutes ses facettes l’impact du vieillissement de l’imposante cohorte des boomers sur notre société, qu’ils transforment depuis leur venue au monde. Manières de se loger, de travailler, de consommer la culture, de s’alimenter, de voyager, de se soigner, de vivre… découvrez avec nous les bouleversements en cours, et à venir.


Si la plupart des personnes âgées pourront « vieillir à domicile », chez elles et en relativement bonne santé, environ 8 % d’entre elles, soit 528 000 personnes, auront besoin de soins spécialisés dispensés dans des établissements de soins de longue durée (ESLD) ou des établissements d’hébergement.

C’est particulièrement vrai si elles souffrent d’une maladie, d’un handicap ou d’une blessure, et si les soins à domicile et le soutien familial sont limités.

Le personnel soignant des ESLD sous pression

Environ 14 % du personnel de santé canadien, soit plus de 50 000 personnes, travaille dans les soins de longue durée. Ce chiffre ne tient pas compte de l’ensemble des membres de l’équipe soignante, mais uniquement de ceux qui passent le plus de temps à prodiguer des soins aux résidents.

Les préposés aux bénéficiaires, les infirmières auxiliaires, les infirmières autorisées, les infirmières praticiennes ainsi que les ergothérapeutes et physiothérapeutes sont compris dans cette catégorie. Plusieurs sont des femmes issues de la diversité raciale. Elles sont nombreuses à se sentir dépassées et ignorées.

Prendre soin des soignants

C’est une idée reçue, mais toujours d’actualité, que la pandémie a mis en lumière les défis auxquels sont confrontés les établissements de soins de longue durée, notamment la tendance croissante à la privatisation et la rigidité des structures organisationnelles hiérarchiques.

Selon l’Institut canadien d’information sur la santé, le nombre d’infirmières auxiliaires, d’infirmières autorisées et d’ergothérapeutes a respectivement diminué de 6,1 %, 2,1 % et 9,1 % en 2023. Malgré ces conditions, le personnel des SLD est connu pour aller au-delà de ses obligations dans la prestation des soins.

La même année, une consultation gouvernementale visant à élaborer des normes nationales en matière de qualité des soins et de sécurité dans les établissements de soins de longue durée a révélé que les infirmières auxiliaires, les aides-soignants et les professionnels paramédicaux réclamaient des mesures concernant leurs conditions de travail. Ils soulignaient notamment l’importance de la stabilité de l’emploi, de salaires équitables, de formations, de possibilités d’avancement, de charges de travail raisonnables et de limites aux heures supplémentaires obligatoires, afin de soutenir leur santé, leur bien-être et leur satisfaction au travail.

La sociologue Pat Armstrong, experte canadienne dans le domaine de la transformation des soins aux personnes âgées, a affirmé : « Les conditions de travail sont les conditions de soins. » Cette déclaration met en lumière la relation entre les travailleurs et l’environnement de SLD dans lequel ils évoluent en ce qui concerne les soins prodigués aux résidents.

Ces paroles révèlent une réalité crue : si cette relation n’est pas prise en compte de manière adéquate, la qualité des soins se trouve compromise.

Un nouveau modèle pour vieillir dans la dignité

Les coûts liés à la prestation de soins de longue durée dans les grands établissements méritent d’être examinés de plus près.

Selon le Conference Board du Canada, il faudra 199 000 lits supplémentaires en soins de longue durée de 2018 à 2035, ce qui nécessitera un investissement de 64 milliards de dollars en capital et de 130 milliards de dollars en dépenses de fonctionnement.

Un sondage mené en 2021 par Ipsos auprès d’environ 2 000 Canadiens et rapporté par l’Association médicale canadienne a révélé que 97 % des personnes âgées de 65 ans et plus s’inquiètent de l’état du système de soins de longue durée au Canada. Plus de 95 % d’entre elles ont également déclaré qu’elles feraient tout leur possible pour éviter d’emménager dans un établissement de soins de longue durée.


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Les personnes âgées souhaitent rester chez elles le plus longtemps possible. Mais ce n’est pas toujours envisageable. Pour répondre à ce besoin, un mouvement mondial en pleine croissance préconise l’élaboration d’environnements plus petits, moins institutionnels et plus familiaux, comme des communautés pour les personnes atteintes de démence, afin de bien prendre soin des personnes âgées.

Ces nouveaux modèles se développent partout au Canada, sur la base du concept De Hogeweyk, conçu aux Pays-Bas dans les années 1990, avec la création d’un premier village en 2009. Ces villages offrent un cadre favorisant les interactions sociales et la participation à la vie quotidienne. Ils donnent accès à des espaces extérieurs et à des jardins, et aident les personnes à conserver leur dignité et leur autonomie aussi longtemps que possible.

Pour les gens atteints de démence et les personnes âgées qui souhaitent rester chez elles le plus longtemps possible, cela constitue une lueur d’espoir.

De nombreuses données montrent que ces milieux inclusifs, adaptés aux personnes âgées et offrant une atmosphère familiale, procurent aux résidents un sentiment accru de confort, de contrôle et d’autonomie. Ils fournissent également un environnement dans lequel les membres du personnel soignant peuvent s’épanouir et accomplir un travail significatif qui améliore leur vie et celle des personnes dont ils s’occupent au quotidien.

La création de lieux favorisant de bonnes conditions de soin – qualité de vie des résidents et des employés, reconnaissance, respect et rémunération adéquate du travail de soin dans tous les secteurs, possibilités de formation et d’avancement professionnel – encouragera les travailleurs à rester dans le secteur et incitera les nouveaux diplômés en soins de santé à considérer les soins de longue durée comme un choix de carrière viable et gratifiant.

Pour garantir la dignité des personnes âgées, le Canada doit envisager le travail de soin comme une infrastructure essentielle.

La Conversation Canada

Denise Suzanne Cloutier fait partie du projet collaboratif C.A.R.I.N.G Dementia Collaborative financé par l’université de Victoria, dans le cadre de l’initiative Aspiration 2030.

ref. Voici pourquoi le Canada doit transformer son système de soins de longue durée – https://theconversation.com/voici-pourquoi-le-canada-doit-transformer-son-systeme-de-soins-de-longue-duree-271063

Un produit biodégradable permet d’éliminer les pesticides et de préserver la fraîcheur des fruits

Source: The Conversation – in French – By Tianxi Yang, Assistant Professor, Food Science, University of British Columbia

Ce produit élimine les pesticides des aliments tout en préservant leur fraîcheur, ce qui incite à les consommer. (Unsplash/Melissa Askew)

De nombreuses personnes rincent et sèchent les fruits et légumes en rentrant des courses dans l’espoir qu’ils resteront frais jusqu’au moment de les manger. Mais les produits frais sont fragiles. Les raisins flétrissent, les tranches de pomme brunissent et les baies peuvent se gâter rapidement.

Les consommateurs peuvent également s’inquiéter de ce qui se trouve sur les fruits qu’ils achètent, notamment les résidus de pesticides.

La propreté et la fraîcheur sont généralement considérées comme deux aspects nécessitant des traitements distincts. Laver les aliments est un geste simple qui donne le sentiment d’avoir du contrôle. Mais c’est plus complexe qu’il n’y paraît.

Aux États-Unis, la Food and Drug Administration recommande de rincer les fruits et légumes à l’eau courante et précise que l’emploi de savon, de détergent ou de produits de lavage commerciaux n’est pas conseillée. L’eau est bel et bien utile, mais elle ne résout pas tous les problèmes.

Notre récente étude indique qu’il est possible d’allier nettoyage et fraîcheur. Nous avons mis au point un produit biodégradable à double fonction : il élimine les résidus de pesticides à la surface des fruits et forme une fine pellicule protectrice qui prolonge leur fraîcheur.




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Il est essentiel d’agir au bon moment. Chaque année, environ un quart des fruits et légumes sont perdus ou gaspillés dans le monde. Pour les produits frais, dont la qualité peut se dégrader rapidement lors du transport, du stockage ou de leur utilisation à la maison, de modestes améliorations apportées après la récolte peuvent changer la donne.

Que contient-il et comment fonctionne-t-il ?

Tianxi Yang, professeure en science des aliments, explique le fonctionnement de ce produit biodégradable. (UBC).

Le produit mis au point dans le cadre de notre étude est constitué de nanoparticules d’amidon, d’acide tannique et de fer. L’amidon est une matière d’origine végétale souvent utilisée en science des aliments, car il peut former un film. L’acide tannique est un composé végétal présent dans de nombreux aliments et plantes. Et le fer permet de lier l’acide tannique afin de former un réseau délicat à la surface des particules d’amidon.

En termes simples, l’amidon sert de base, l’acide tannique apporte des composés végétaux bénéfiques et le fer aide à maintenir la structure. Lors du rinçage, cette structure peut interagir avec des molécules de pesticide qu’on trouve à la surface des fruits et contribuer à les éliminer.

Une fois l’aliment immergé, le produit forme une fine couche protectrice. Il ne s’agit pas d’un épais enrobage comme ceux en cire, mais plutôt d’une fine pellicule qui permet de ralentir la perte d’eau et de préserver l’aspect du fruit. C’est important, car les gens décident souvent de manger ou de jeter un fruit en fonction de son apparence et de sa texture.

Élimination des résidus de pesticides

Notre produit offre d’excellents résultats en termes de nettoyage. Il a éliminé plus de 85 % du thiabendazole sur la surface des pommes, contre 48 % pour l’eau du robinet, 65 % pour le bicarbonate de soude et 61 % pour l’amidon naturel.

Le thiabendazole est un fongicide utilisé sur certains fruits et légumes frais comme traitement post-récolte. Nous avons également fait des tests avec deux autres pesticides. Notre produit a permis d’éliminer 93 % des résidus d’acétamipride et 89 % de l’imidaclopride présents à la surface des pommes. Ces résultats donnent à penser que notre solution peut être efficace contre plusieurs types de résidus de pesticides et pas seulement contre un composé spécifique.

Cependant, il faut garder à l’esprit que l’étude s’est concentrée sur les résidus qui se trouvent à la surface des aliments. Certains pesticides peuvent pénétrer dans les tissus végétaux pendant la croissance du fruit, ce qui les rend beaucoup plus difficiles à éliminer après la récolte.

On ne doit pas attendre d’un bon produit de lavage qu’il enlève toute trace de pesticides. Il sert principalement à réduire les résidus présents à la surface des fruits et des légumes.

Prolonger la fraîcheur

un morceau de raisin et une tranche de pomme à différents stades de décomposition
Les raisins et les pommes trempés dans la solution de lavage de l’UBC se sont moins desséchés et ont bruni plus lentement que les échantillons non traités.
(Tianxi Yang/UBC Media Relations)

La deuxième partie de notre étude portait sur la fraîcheur. En 15 jours, les raisins non traités ont perdu environ 45 % de leur poids, tandis que ceux lavés avec notre produit n’en ont perdu que 21 %. Les pommes fraîchement coupées ont également perdu moins de poids en 48 heures, soit 9 %, contre 17 % pour les échantillons non traités.

Ces changements peuvent influencer les choix des consommateurs. Les raisins traités semblaient plus frais après stockage et les tranches de pomme conservaient leur couleur claire plus longtemps. De tels résultats ont une importance en dehors du laboratoire, car les consommateurs préfèrent des fruits et légumes qui ne sont ni flétris ni brunis.


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La pellicule a également démontré sa capacité à ralentir l’oxydation et à inhiber une bactérie testée en laboratoire. Cela ne signifie pas que le produit a passé avec succès tous les tests de sécurité requis pour être commercialisé, mais cela indique qu’il pourrait avoir une action plus profonde que de simplement recouvrir la surface de l’aliment.

Et cela donne quoi, en pratique ?

Pour l’instant, notre solution semble plus adaptée aux installations de transformation post-récolte qu’aux cuisines des particuliers. Ces installations sont en effet mieux à même de contrôler la durée du lavage, la concentration du produit, la gestion de l’eau et l’évacuation des eaux usées que les ménages. Nous avons estimé que le coût des matières premières était inférieur à 0,032 dollar américain par pomme. Parallèlement, nous travaillons à la mise au point d’une formule en vaporisation destinée à un usage domestique.

Nous avons encore du travail à faire. Notre produit doit être testé sur un plus grand nombre de fruits et de légumes, dans des conditions commerciales et en suivant l’ensemble des étapes réglementaires requises avant sa mise en œuvre.

Le concept n’en demeure pas moins utile, car il aborde le problème sous un angle nouveau. Un produit de lavage ne doit pas se limiter à permettre un simple rinçage. Tout en offrant un meilleur nettoyage, il doit avoir un effet continu, afin de préserver la fraîcheur des aliments et de les rendre plus appétissants.

La Conversation Canada

Les travaux évoqués dans cet article ont bénéficié d’un financement du Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada (CRSNG).

Ling Guo et Tzu-Cheng (Ivy) Chiu ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur poste universitaire.

ref. Un produit biodégradable permet d’éliminer les pesticides et de préserver la fraîcheur des fruits – https://theconversation.com/un-produit-biodegradable-permet-deliminer-les-pesticides-et-de-preserver-la-fraicheur-des-fruits-283014

Objetivo prioritario: detener el ébola y evitar que los sistemas de salud colapsen a su alrededor

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Raúl Rivas González, Catedrático de Microbiología. Miembro de la Sociedad Española de Microbiología, Universidad de Salamanca

Traslado de una víctima de la epidemia de ébola en la República Democrática del Congo. RTVE

El ébola sigue sin dar tregua. En la República Democrática del Congo ya ha provocado en pocas semanas uno de los brotes más grandes jamás registrados, con al menos 1 077 casos sospechosos y 246 muertes asociadas.

Evitar el colapso sanitario

Más allá de detener al virus, ahora mismo el objetivo principal debe de ser evitar que colapse el sistema sanitario de la región, lo cual provocaría un desastre sin precedentes. En el brote de ébola en África Occidental ocurrido entre 2014 y 2016, que provocó más de 28 000 casos notificados y más de 11 000 muertes, murieron más personas por malaria debido al colapso del sistema de salud que por el propio ébola. Así, en Guinea, los casos de malaria no tratados o tratados de forma inadecuada provocaron un exceso de mortalidad, dificultando a su vez la respuesta contra el propio virus del Ébola.

De hecho, en 2015, los Centros para el Control y Prevención de Enfermedades de Estados Unidos (CDC) estimaron que una reducción del 50 % en el acceso a los servicios sanitarios durante el brote de ébola exacerbó significativamente las tasas de mortalidad por malaria, VIH/sida y tuberculosis. Debemos tener en cuenta que la República Democrática del Congo registra el segundo mayor número de casos y muertes por malaria a nivel mundial, y que la enfermedad sigue siendo la principal causa de morbilidad y mortalidad en el país, con 35,1 millones de casos y 24 880 muertes en 2024.

Consecuencias en toda la región

El impacto, más allá de la alta mortalidad, también puede ser económico. La epidemia de ébola de 2014 se propagó a varios países africanos con recursos limitados, causando una importante carga financiera a sus sistemas de salud y afectando a la economía en su conjunto. Se ha estimado una pérdida de aproximadamente 32 600 millones de dólares en dos años en la región de África Occidental, lo que equivale al 3,3 % del producto interior bruto (PIB) regional.

Por desgracia, la República Democrática del Congo es propensa a sufrir epidemias recurrentes, como el cólera, el sarampión y la fiebre amarilla, que requieren asistencia de emergencia. En estos momentos, los centros de salud no funcionan u operan con graves limitaciones debido a la inseguridad en muchas zonas afectadas. Cuando los centros sanitarios no están disponibles, se destruyen los sistemas de alerta temprana para cualquier otra amenaza infecciosa.

Sin duda, si los sistemas sanitarios de este país llegaran a colapsar por completo debido a la actual crisis provocada por el ébola Bundibugyo, las consecuencias serían devastadoras no solo para el país, sino para toda la región de África Central: los centros sanitarios dejarían de atender partos, cesáreas de emergencia o los casos de malaria, mpox, cólera, sarampión, VIH y tuberculosis, entre otros.

Otras infecciones que hacen estragos

Para ser conscientes de las dimensiones, baste mencionar que en la República Democrática del Congo, en lo que va de 2026, se han notificado 25 418 casos sospechosos de cólera y 726 fallecimientos (tasa de letalidad del 2,86 %) en 12 de las 26 provincias del país. En 2025 se notificaron 71 646 casos y 2 028 fallecimientos.

Además, este país continúa siendo uno de los epicentros mundiales de la mpox. Desde principios de 2026, las autoridades han reportado 1 036 casos y una muerte, mientras que en 2025 fueron registrados más de 21 000 casos y casi 100 muertes. La falta de acceso a servicios de salud reproductiva torpedea los avances en la prevención de la transmisión de madre a hijo de enfermedades como el VIH y la sífilis.

Y por si fuera poco, el miedo al ébola puede provocar la suspensión de campañas de vacunación, porque el pánico al contagio y la falta de personal paralizarían las inmunizaciones infantiles, abriendo la puerta a brotes masivos de otras enfermedades prevenibles. Es el caso del sarampión, que sigue representando una grave amenaza para la salud pública en la República Democrática del Congo. Este año, se han notificado un total de 71 023 casos y 683 fallecimientos.

De momento, el núcleo de la crisis de ébola son las provincias de Ituri y Kivu del Norte, que comparten fronteras muy activas comercialmente y experimentan constantes movimientos de población debido al conflicto armado. Un colapso en la República Democrática del Congo podría facilitar que el virus viajara de forma masiva a Ruanda, Burundi, Tanzania, Sudán del Sur y Uganda, convirtiéndose en una catástrofe regional. Por eso, para intentar contener la propagación de la enfermedad, Uganda ha cerrado su frontera con la República Democrática del Congo.

Hambre, inseguridad, violencia…

Organizaciones como el Programa Mundial de Alimentos advierten que la crisis provocada por el ébola agrava la falta de comida. Un colapso total paralizaría los mercados, el transporte y la ayuda humanitaria, empeorando la desnutrición.

A esto hay que añadir que, históricamente, los brotes de ébola generan teorías conspirativas y choques entre la población civil y las autoridades, provocando ataques a centros de salud que debilitan aún más la seguridad en una zona ya muy golpeada por los conflictos armados. Por otra parte, la experiencia en crisis precedentes ha enseñado que el colapso de los mecanismos de protección básicos significa un aumento masivo de la violencia contra las mujeres y las niñas.

En escenarios de conflicto e inseguridad combinados con brotes de alto impacto como el ébola, el exceso de muertes causado por la falta de atención a la malaria, el sarampión, la tuberculosis y otras infecciones suele ser numéricamente muy superior a las muertes causadas por el virus del ébola en sí. El tejido sanitario tarda años, y a veces décadas, en recuperar los niveles de control previos a la crisis.

Desde luego, el colapso del sistema sanitario transformaría un brote difícil y complejo en una crisis humanitaria fuera de control. Es obligatorio evitar que ocurra.

The Conversation

Raúl Rivas González no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

ref. Objetivo prioritario: detener el ébola y evitar que los sistemas de salud colapsen a su alrededor – https://theconversation.com/objetivo-prioritario-detener-el-ebola-y-evitar-que-los-sistemas-de-salud-colapsen-a-su-alrededor-284085

Los 9 mensajes clave de la encíclica del papa León XIV sobre la inteligencia artificial

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Sara Lumbreras, Profesora e investigadora en el Instituto de Investigación Tecnológica, Universidad Pontificia Comillas

Este es el mensaje que quiere transmitirnos el papa en tiempos de inteligencia artificial: un mensaje de optimismo ante las posibilidades de una tecnología que, en sus palabras, es “un talento entregado a la humanidad para que lo haga fructificar”.

Sin embargo, la tecnología no es neutral: puede mejorar las condiciones de vida de las personas, pero también puede ampliar las desigualdades, el control y la exclusión social.

Con la encíclica Magnífica Humanitas, León XIV presenta una guía valiente que, en muchos casos, se atreve a interpelar a los más poderosos. Para comprenderla, conviene situarnos en el inicio mismo de su pontificado.

Algoritmos y datos entran en la categoría de bien común

León XIV escogió su nombre siguiendo la estela de León XIII, considerado el padre de la Doctrina Social de la Iglesia: la tradición desde la que la Iglesia católica reflexiona –siempre a la luz del Evangelio– sobre la realidad social de cada época. La Doctrina Social de la Iglesia se construye sobre la dignidad de la persona como fundamento, y sobre ciertos principios que permanecen constantes aunque cambie el contexto.

Uno de estos principios fundamentales es el destino universal de los bienes. Aunque la Iglesia reconoce la propiedad privada, esta queda supeditada al bien común. Es decir, los bienes que ha recibido la humanidad –como los recursos naturales o el capital– deben sostener a todos, tanto hoy como a las generaciones futuras. En la encíclica Magnifica Humanitas, León XIV reconoce ahora nuevos bienes que deben regirse por las mismas normas que los anteriores: bienes inmateriales y culturales, como patentes, algoritmos, plataformas digitales, infraestructuras tecnológicas y, por supuesto, los datos.

2. La defensa de la verdad en tiempos de desinformación

También la verdad se convierte en un bien común que cuidar y compartir, especialmente en un momento en el que la IA puede intensificar la desinformación. El Papa habla incluso de medidas concretas: por ejemplo, establecer reglas que hagan visibles los criterios con los que se seleccionan y amplifican los contenidos en las redes, o reconocer la importancia de la prensa y apoyarla.

3. Decisiones desde las personas

Otro gran principio de la Doctrina Social de la Iglesia es la subsidiariedad, que establece que las decisiones deben tomarse en el nivel más cercano posible a las personas. Es decir: lo que puede hacer una persona, una familia, una comunidad local o una pequeña asociación no debería ser absorbido por una institución superior, como el Estado. Pero, al mismo tiempo, las instituciones superiores sí deben intervenir cuando es necesario proteger la justicia y el bien común.

4. El mercado no basta para guiarnos

Y eso es precisamente lo que necesitamos ahora, en un momento en el que, nos dice, el mercado no basta por sí solo para guiarnos. Necesitamos leyes e instrumentos de redistribución del poder y de la riqueza que corrijan los desequilibrios, porque la justicia exige que todos puedan acceder a los beneficios de la automatización: cuidados, conocimiento, herramientas y oportunidades.

León XIV nos habla, así, de limitar el control que ejercen algunas empresas sobre las plataformas, la infraestructura, los datos y la capacidad de cálculo, hoy concentrados en manos de unas pocas corporaciones transnacionales.

5. Protección del empleo

El trabajo es otro de los puntos clave del documento, al que la Iglesia considera una dimensión clave de la existencia humana. El Papa apunta que no todo vale para reducir costes: preservar el empleo debe ser un objetivo que esté por encima de los beneficios empresariales. Nos dice que, necesariamente, “toda introducción de automatización debería ir acompañada de medidas verificables de protección del empleo, de recualificación y de participación de los trabajadores”.

6. Impacto de la tecnología en los jóvenes

Reflexiona también sobre el impacto que la tecnología tiene en los jóvenes, y subraya que es clave enseñarles a decidir cuándo y para qué no utilizarla. También advierte contra la posibilidad de generar dependencias, y nos recuerda que debemos estar siempre dispuestos a realizar las tareas de manera independiente, valorándonos frente a la máquina y protegiendo a los jóvenes “de esa sutil seducción que hace parecer inútil el pensamiento humano precisamente cuando más se necesita”.

7. La guerra es evitable

La encíclica también aborda la guerra, contraponiendo la cultura del poder a una civilización del amor. León XIV explica que hemos aprendido a resignarnos a la guerra como si fuera inevitable, en lo que llama un “falso realismo”. Pero la Iglesia sostiene que la paz no sólo es posible, sino que es una exigencia de la justicia. Además, de manera clara, reitera la superación de la doctrina de la guerra justa y afirma que la única violencia aceptable es la de la legítima defensa.

8. Desarmar la IA

El papa habla, además, de la necesidad de “desarmar la IA”: hacer que deje de seguir las lógicas de la guerra y de la fuerza. Y, por supuesto, se refiere al papel activo que la inteligencia artificial ya desempeña en los conflictos, rechazando de plano la posibilidad de automatizar decisiones sobre la vida humana y recordando que el juicio moral no puede reducirse a un cálculo. Lo dice de manera tajante: no pueden existir agentes morales artificiales, porque la máquina no puede distinguir el bien del mal.

9. La apariencia de relación con las máquinas

Recoge la encíclica que, desde un punto de vista cristiano, la inteligencia humana es cualitativamente diferente, radicalmente superior a la inteligencia artificial. Aunque las máquinas sean capaces de calcular de manera mucho más rápida y amplia que nosotros, no experimentan la alegría ni el dolor ni están abiertas a la relación con el otro ni a la entrega que da sentido a nuestras vidas. Este es otro de los peligros que nos acechan: dejarnos engañar por la apariencia de una relación con la máquina, especialmente en situaciones de soledad. Ante esta perspectiva, y para cuidar nuestra humanidad, León XIV nos invita a cuidar nuestras relaciones.

El Papa nos llama a la acción –cristianos o no, hombres y mujeres de buena voluntad– con una convicción clara: “Necesitamos a todos”. Nos encontramos en una encrucijada que puede hacer florecer nuestra magnífica humanidad, pero también la amenaza. Es el momento de actuar y tenemos mucho que ganar. En sus palabras, “el tiempo de la inteligencia artificial puede ser un paso en el que el Espíritu haga madurar la civilización del amor en nuestras vidas”.

The Conversation

Sara Lumbreras no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

ref. Los 9 mensajes clave de la encíclica del papa León XIV sobre la inteligencia artificial – https://theconversation.com/los-9-mensajes-clave-de-la-enciclica-del-papa-leon-xiv-sobre-la-inteligencia-artificial-283491

Lorsque votre confident est un chatbot IA, votre santé mentale peut être à risque

Source: The Conversation – in French – By Alexandre Hudon, Medical psychiatrist, clinician-researcher and clinical assistant professor in the department of psychiatry and addictology, Université de Montréal

Plus de 987 millions de personnes dans le monde utilisent désormais des chatbots basés sur l’IA générative. Parmi les adolescents américains, cette proportion atteindrait 64 %, selon des estimations récentes. De plus en plus, les gens utilisent ces chatbots comme source de conseils, de soutien émotionnel, de thérapie et de compagnie.


Que se passe-t-il lorsque des personnes comptent sur des chatbots IA dans des moments de vulnérabilité psychologique ? Les médias se sont récemment penchés sur quelques cas tragiques, dont une poursuite alléguant qu’un chatbot IA aurait contribué à un décès. De plus, un jury de Los Angeles a récemment jugé Meta et YouTube responsables de fonctionnalités de conception addictives ayant entraîné des troubles de santé mentale chez un utilisateur.

La couverture médiatique reflète-t-elle les risques réels de l’IA générative pour notre santé mentale ?

Notre équipe a récemment mené une étude sur la manière dont les médias internationaux traitent l’impact des chatbots basés sur l’IA générative sur la santé mentale. Nous avons analysé 71 articles de presse décrivant 36 cas de crises de santé mentale associées à des conséquences graves, notamment le suicide, l’hospitalisation psychiatrique et des expériences de type psychotique.

Nous avons constaté que la couverture des grands médias sur les effets psychiatriques néfastes liés à l’IA générative se concentre sur les conséquences les plus graves, en particulier le suicide et l’hospitalisation. Les articles attribuent fréquemment ces événements aux réponses ou aux interactions des systèmes d’IA, malgré des preuves limitées.

Illusions de compassion

L’IA générative n’est pas simplement un outil numérique de plus. Contrairement aux moteurs de recherche ou aux applications statiques, des chatbots comme ChatGPT, Gemini, Claude, Grok ou Perplexity produisent des conversations fluides et personnalisées qui peuvent sembler remarquablement humaines.

Cela crée ce que les chercheurs appellent des « illusions de compassion » : l’impression d’interagir avec une entité capable de comprendre, d’éprouver de l’empathie et de répondre de façon significative.

Dans le domaine de la santé mentale, ces illusions ne sont pas sans conséquences. D’autant plus qu’une nouvelle vague d’applications conçues autour de la compagnie émotionnelle gagne en popularité, avec un accent explicite mis sur les relations affectives, comme Character.AI, Replika et d’autres.

Dans ce documentaire de la BBC, la présentatrice et mathématicienne Hannah Fry s’entretient avec Jacob au sujet de sa « petite amie » Aiva, un chatbot Replika.

Des études montrent que l’IA générative peut simuler l’empathie et répondre à des situations de détresse. Mais elle ne possède ni véritable jugement clinique, ni responsabilité, ni devoir de diligence.

Dans certains cas, les chatbots IA peuvent même fournir des réponses incohérentes ou inappropriées face à des situations à haut risque, comme des idées suicidaires.

C’est précisément dans cet écart — entre empathie perçue et capacités réelles — que le risque peut émerger.




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Ce que rapportent les médias

Parmi les articles que nous avons analysés, le suicide était l’issue la plus fréquemment rapportée. Il représentait plus de la moitié des cas dont la gravité était clairement décrite.

L’hospitalisation psychiatrique arrivait au deuxième rang. Les reportages impliquant des mineurs étaient aussi plus susceptibles de faire état d’issues mortelles.

Mais ces chiffres ne reflètent pas nécessairement l’incidence réelle des préjudices liés à l’IA. Ils reflètent surtout ce qui est jugé digne d’intérêt médiatique. En général, la couverture médiatique d’événements stressants tend à amplifier les cas graves et émotionnellement chargés, puisque les informations négatives et incertaines attirent davantage l’attention, suscitent des réactions émotionnelles plus fortes et alimentent des cycles de vigilance et d’exposition répétée. Cela peut ensuite renforcer les perceptions de menace et de détresse.

Dans les contenus liés à l’IA, les reportages s’appuient souvent sur des preuves partielles — comme des transcriptions de conversations — tout en incluant rarement des dossiers médicaux ou des documents officiels. Dans notre corpus, un seul cas faisait référence à des dossiers cliniques ou policiers.

Il en résulte une image à la fois incomplète et influente, qui façonne la perception du public, les préoccupations cliniques et les débats réglementaires.

Au-delà du « c’est l’IA qui en est la cause »

L’une de nos principales conclusions concerne la manière dont la causalité est présentée. Dans de nombreux articles analysés, les systèmes d’IA étaient décrits comme ayant « contribué à » ou même « causé » une détérioration de l’état psychiatrique d’une personne.

Or, les preuves avancées étaient souvent limitées. Les explications alternatives — comme une maladie mentale préexistante, la consommation de substances ou des facteurs de stress psychosociaux — étaient mentionnées de façon inégale, voire absentes.

En psychiatrie, la causalité est rarement simple. Les crises de santé mentale résultent généralement de plusieurs facteurs qui interagissent entre eux. L’IA peut jouer un rôle, mais celui-ci s’inscrit probablement dans un contexte plus large mêlant vulnérabilités individuelles et environnement social.

Une approche plus utile consiste donc à examiner les effets d’interaction : comment ces technologies influencent-elles la cognition et les émotions humaines ? Par exemple, l’IA conversationnelle peut renforcer certaines croyances, survalider certains propos ou brouiller les frontières entre réalité et simulation.




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Le problème de la dépendance excessive

Un autre élément récurrent dans les reportages médiatiques est l’intensité de l’usage. Plusieurs des cas analysés décrivaient des interactions longues et émotionnellement significatives avec des chatbots — parfois présentés comme des compagnons, voire des partenaires amoureux.

Cela soulève la question de la dépendance excessive.

Parce qu’ils sont constamment disponibles, réactifs et exempts de jugement, ces systèmes peuvent devenir une source principale de soutien émotionnel. Mais contrairement à un professionnel qualifié ou même à un proche attentif, ils ne peuvent pas reconnaître quand l’état d’une personne s’aggrave, mettre en pause ou réorienter des interactions nuisibles. Ils ne peuvent pas prendre de mesures pour s’assurer qu’une personne accède à des soins appropriés en cas de crise.

Sur le plan clinique, cela pourrait mener à une forme de substitution malsaine des mécanismes d’adaptation : des systèmes de soutien humains complexes remplacés par une interaction simplifiée et algorithmique.

Manque de données fiables

Malgré des inquiétudes croissantes, nous n’en sommes encore qu’aux débuts de la compréhension de l’impact des chatbots génératifs sur la santé mentale.

À l’heure actuelle, il n’existe aucune estimation fiable de la fréquence des préjudices liés à l’IA ni de leur éventuelle augmentation. Nous manquons aussi de données solides sur le nombre de personnes qui utilisent ces outils sans problème par rapport à celles qui vivent des expériences négatives. La majorité des éléments disponibles proviennent encore de rapports de cas ou de récits médiatiques, et non d’études cliniques systématiques.

Cette situation n’a rien d’inhabituel. Dans plusieurs domaines de la médecine, les premiers signaux d’alerte émergent souvent en dehors de la recherche formelle — à travers des rapports de cas, des poursuites judiciaires ou le débat public — avant d’être étudiés de manière rigoureuse.

Un exemple classique est la tragédie de la thalidomide : les premiers signalements de malformations congénitales chez des nourrissons ont précédé la confirmation épidémiologique formelle et ont finalement mené à la création des systèmes modernes de pharmacovigilance.

L’IA et la santé mentale pourraient suivre une trajectoire semblable

Aller de l’avant de manière responsable

Le défi n’est pas de céder à la panique, mais de réagir avec prudence et nuance.

Nous avons besoin de meilleures données : une surveillance plus systématique des événements indésirables, des normes de signalement plus claires et davantage de recherches permettant de distinguer corrélation et causalité. Les mécanismes de protection — comme la détection des crises, les protocoles d’intervention ou la transparence quant aux limites de ces outils — devront aussi être renforcés et évalués.

Les cliniciens comme le grand public auront également besoin de balises plus claires. Les patients utilisent déjà ces outils. Ignorer cette réalité risque d’accentuer le décalage entre la pratique clinique et l’expérience vécue.

Enfin, il faut reconnaître que l’IA générative n’est pas seulement une innovation technologique — c’est aussi une innovation psychologique. Elle transforme la manière dont les gens pensent, ressentent et interagissent.

Comprendre cette transformation pourrait devenir l’un des grands défis en santé mentale de la prochaine décennie.

La Conversation Canada

Alexandre Hudon ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Lorsque votre confident est un chatbot IA, votre santé mentale peut être à risque – https://theconversation.com/lorsque-votre-confident-est-un-chatbot-ia-votre-sante-mentale-peut-etre-a-risque-280417