Un nouveau PDG « multilingue »… mais moins de français sur des vols long-courriers : le vrai défi linguistique d’Air Canada

Source: The Conversation – in French – By John Gradek, Faculty Lecturer and Academic Program Co-ordinator, Supply Network and Aviation Management, McGill University

Lorsque Air Canada a nommé Anko van der Werff à sa tête, plus tôt cette semaine, le ministre québécois de la Langue française, Jean-François Roberge, a salué le multilinguisme du nouveau dirigeant. Mais il a aussitôt ajouté l’essentiel : au-delà de la langue parlée par le PDG, sa responsabilité est d’assurer l’accès à des services en français partout au pays — et là-dessus, il reste du travail à faire.

Le ministre a en effet mis le doigt sur ce que la couverture médiatique a presque entièrement occulté. Pendant que les manchettes soulignaient que le Néerlandais, dirigeant depuis 2021 de Scandinavian Airlines (SAS), « maîtrise » le français, la vraie histoire linguistique de la semaine était ailleurs — dans une directive interne qu’Air Canada venait d’émettre.

Quelques jours plus tôt, le transporteur avait réduit de deux à un le nombre minimal d’agents de bord parlant français sur certains vols internationaux long-courriers au départ de Toronto et de Vancouver — vers Manille, Hong Kong ou Tokyo, notamment. Son vice-président aux communications l’a confirmé à Radio-Canada, parlant d’une mesure temporaire liée à une pénurie de personnel bilingue, et précisant que ces vols — une dizaine par jour sur plus de 1 100 — ne font pas partie de ceux où l’entreprise est légalement tenue d’offrir un service bilingue.

C’est là que se loge la vraie histoire, car cette affirmation est à la fois exacte et trompeuse.




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Dépasser le plancher légal

L’affirmation est exacte parce que les obligations d’Air Canada sont propres à chaque liaison.

Le transporteur est assujetti à la Loi sur les langues officielles par la Loi sur la participation publique au capital d’Air Canada, adoptée en 1988 lors de sa privatisation. Le règlement exige un service bilingue là où, sur une période d’un an, au moins 5 % de la demande sur une liaison est dans la langue minoritaire. Une couverture est automatique pour les vols touchant Montréal, Ottawa ou Moncton.

Certaines liaisons long-courriers en partance de Toronto et de Vancouver passent sous ce seuil. Sur la stricte question juridique, Air Canada n’est pas en défaut.

Mais sur le plan des engagements, c’est moins clair. Pendant des années, Air Canada a affirmé devant le Parlement qu’elle faisait bien plus que la règle des 5 %. Lors de ses témoignages sur cette question devant les élus, le transporteur a confirmé qu’il affectait des agents de bord bilingues dans tous les vols qu’il opère directement, que la demande atteigne ou non le seuil. Même sa convention collective garantissait un nombre minimal d’employés bilingues selon le type d’appareil.

Dépasser le plancher légal n’était pas un hasard : c’était un engagement dont l’entreprise s’est vantée, à répétition, devant un comité des Communes.

Un dangereux recul

La directive émise cet été est un recul sur cet engagement. Air Canada n’enfreint pas la règle des 5 %. L’histoire est ailleurs, dans l’abandon, discret, de la norme qu’elle avait elle-même dictée au Parlement. Et en présentant ce recul comme une « exemption technique » dont elle disait pourtant ne pas avoir besoin.

Ce qui ramène au nouveau PDG, Anko van der Werff, et aux manchettes sur sa maîtrise du français. Air Canada ne l’affirme jamais par ailleurs : le communiqué le décrit prudemment comme « capable de s’exprimer en français ». La nuance a son importance. Elle correspond à ce qu’indique sa propre biographie chez SAS. Les manchettes ont arrondi vers le haut ce que l’entreprise, elle, formule avec soin.

Son bilan positif chez SAS — restructuration, faillite évitée, retour à la rentabilité — est bien réel. Mais il n’a jamais dirigé une entreprise qui a un statut d’institution bilingue de par la loi, et où une simple note d’horaire d’équipage devient une affaire politique de dimension nationale, confirmée par un vice-président à la radio publique. Son prédécesseur, Michael Rousseau a été bien malgré lui au cœur de polémiques à la suite de ses aveux gênants.

Compagnie bilingue à court d’employés bilingues

Chez Air Canada, le français n’est pas une compétence qu’on évalue lors d’une allocution. C’est à la fois une obligation légale, une contrainte de main-d’œuvre et un piège politique.


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La directive émise en juillet relativement aux agents de bord démontre que le transporteur aérien peine déjà sur ces trois éléments, avant même l’arrivée de son nouveau patron. On saura bien assez tôt s’il peut commander son repas en français. Mais la question qui définira son mandat sera plutôt celle que le ministre Jean-François Roberge a soulevée dès le premier jour : peut-il diriger une compagnie bilingue qui est déjà à court d’employés bilingues ?

Le moment pour faire ces deux annonces mérite aussi qu’on s’y attarde. La compression de services en français et la nomination du nouveau PDG sont tombées le même jour… la mauvaise nouvelle le matin, la bonne l’après-midi. Des observateurs y ont vu une mécanique de communication classique. Peut-être. Mais on ne corrige pas les erreurs du passé avec la production d’une vidéo promotionnelle. On va de l’avant en tenant ses engagements. Un visage bilingue au sommet ne compense pas un service bilingue amputé en cabine.

Et serait-il possible qu’Air Canada se prépare à déplacer son siège social de Montréal vers une autre ville canadienne ? Il s’agirait indéniablement d’un autre pas vers la diminution de l’importance du français chez le transporteur national. En tant qu’observateur de l’industrie aérienne canadienne depuis des décennies, je crois que cette éventualité est bien réelle.

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John Gradek ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

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Présomption de légitime défense pour les policiers : une proposition de loi qui pose problème ?

Source: The Conversation – France in French (3) – By Olivier Cahn, Professeur de droit, Université Paris Nanterre

Déposée en décembre 2024 au Parlement, rejetée en commission une première fois début 2026, la « proposition de loi visant à reconnaître une présomption de légitime défense pour les forces de l’ordre dans l’exercice de leurs fonctions » a été adoptée à l’Assemblée nationale, le 7 juillet. Revendiquée de longue date par les syndicats de police, elle fait polémique et a réuni contre elle en deux jours plus de 500 000 signatures dans une pétition déposée sur le site de l’Assemblée. Pour le professeur de droit Olivier Cahn, ce texte fragilise l’exercice du contrôle judiciaire sur l’activité des gendarmes et policiers. Entretien.


The Conversation : Il y a eu des modifications entre la version initiale de la proposition de loi sur la présomption de légitime défense des forces de l’ordre, portée par Les Républicains, et le texte voté par l’Assemblée nationale. Que dit finalement le texte adopté le 7 juillet ?

Olivier Cahn : La « petite loi », c’est-à-dire le texte adopté par l’Assemblée nationale et désormais transmis au Sénat, prévoit que les policiers et les gendarmes, lorsqu’ils font usage de leur arme, sont présumés avoir agi dans l’un des cas autorisés par l’article L435-1 du Code de la sécurité intérieure, et conformément aux conditions d’absolue nécessité et de stricte proportionnalité.

Les policiers ne sont donc plus présumés – comme le souhaitait le député qui avait fait la proposition de loi – agir en état de légitime défense. Néanmoins, il y a une petite ambiguïté puisque le législateur, s’il a changé le contenu du texte, a omis de changer son titre, qui reste celui d’une proposition de loi « créant une présomption de légitime défense pour les forces de l’ordre ».

Quel était jusque-là le cadre légal concernant le recours aux armes des forces de l’ordre ?

O. C. : En 2017, le législateur a clarifié les règles d’usage des armes par les agents de la force publique. L’article L435-1 du Code de la sécurité intérieure, applicable à l’ensemble des agents de la force publique, prévoit deux choses. La première, c’est que les agents de la force publique revêtus des marques de leur autorité, soit le brassard, soit l’uniforme, peuvent faire usage de leur arme de manière absolument nécessaire et avec une stricte proportionnalité.

Deuxième chose, ils doivent être dans l’un des cas suivants : la légitime défense, la conservation d’une position, le fait d’arrêter un fuyard, la situation de refus d’obtempérer créatrice d’un danger et ce qu’on appelle le périple meurtrier, c’est-à-dire l’individu en train de commettre un massacre et qui va pouvoir être neutralisé sans attendre qu’il soit directement menaçant pour les agents.

Avec la proposition de loi adoptée par l’Assemblée nationale le 7 juillet, les agents seront présumés avoir agi dans ce cadre-là quand ils feront usage de leur arme. Ainsi, il appartiendra soit au ministère public, soit aux victimes ou à leurs ayants droit de montrer que les policiers ou les gendarmes n’ont pas respecté les dispositions de l’article L435-1.

Que change ce texte ?

O. C. : On a entendu beaucoup de discours autour de la création d’un « permis de tuer ». C’est faux : le texte de l’article L435-1 n’est pas modifié, et les agents restent bien soumis à un cadre légal contraignant pour faire usage de leur arme, d’autant qu’ils sont aussi soumis à la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l’homme, très exigeante en la matière.

De sorte que ce qui change fondamentalement est principalement la manière dont l’enquête consécutive à l’usage de son arme par un agent de la force publique pourra être menée. En effet, selon l’article 62-2 du Code de procédure pénale, la garde à vue est « une mesure de contrainte décidée par un officier de police judiciaire, sous le contrôle de l’autorité judiciaire, par laquelle une personne, à l’encontre de laquelle il existe une ou plusieurs raisons plausibles de soupçonner qu’elle a commis ou tenté de commettre un crime ou un délit puni d’emprisonnement, est maintenue à la disposition des enquêteurs ».

Or, si les policiers sont présumés avoir agi légalement, ils ne peuvent plus être soupçonnés d’avoir commis une infraction et être placés en garde à vue. Et c’est là que réside le problème.

Pouvez-vous nous en dire plus sur les problèmes que cela soulève ?

O. C. : Régulièrement, les rapports de l’inspection générale de la police nationale, l’IGPN, indiquent que l’un des problèmes que posent les policiers dans le cadre des procédures judiciaires est qu’ils n’hésitent pas à mentir, c’est-à-dire à faire de faux procès-verbaux, à falsifier les circonstances de faits pour essayer de leur donner l’apparence de la légalité. Aujourd’hui, lorsqu’un policier ou un gendarme fait un usage suspect de son arme, il peut être immédiatement placé en garde à vue, ce qui permet de l’entendre avant qu’il ait pu se coordonner avec les autres policiers présents au moment des faits.

Par la réforme envisagée, on supprime cette possibilité. Les agents vont ainsi disposer d’un temps pour visionner leurs images, discuter entre eux et se mettre d’accord sur une version « légale » des faits. Le contrôle judiciaire susceptible d’être exercé sur le tir litigieux en sera compliqué d’autant.

Y avait-il une forte demande au sein de la police en faveur de l’instauration de cette présomption de légitime défense ?

O. C. : C’est une proposition ancienne, partagée par de nombreux syndicats, et qui a connu un regain depuis quelques années, en réaction au développement de la diffusion de vidéos des interventions policières. Politiquement, jusqu’à une période récente, elle n’était soutenue que par l’extrême droite. Mais l’actuel ministre de l’intérieur Laurent Nuñez, ancien préfet de police, s’est déclaré, à titre personnel, favorable à ce texte.

La proposition de loi, déposée en décembre 2024, inscrite à l’ordre du jour de l’Assemblée nationale seulement en janvier 2026, retoquée par la commission des lois et enlisée au Parlement est, par l’intermédiaire d’un amendement gouvernemental, revenue à l’Assemblée. Et pour s’épargner un débat parlementaire houleux et incertain, le ministre de l’intérieur a eu recours au vote bloqué, prévu par l’article 44 de la Constitution qui dit que le texte est mis au vote selon la rédaction voulue par le gouvernement (seuls sont intégrés les amendements qu’il a acceptés).

Le texte est désormais transmis au Sénat où la forte majorité de Républicains devrait permettre son adoption.

La défenseure des droits Claire Hédon s’est alarmée des risques que comporte le texte. Elle dit aussi que cela va complexifier un cadre juridique déjà dérogatoire et protecteur. Que dire à ce sujet ?

O. C. : En effet, l’article L435-1 du Code de la sécurité intérieure est un texte compliqué, qui laisse une importante marge d’appréciation, parce que les définitions des situations dans lesquelles l’agent peut faire usage de son arme ne sont pas nécessairement très claires.

Or, outre les difficultés que pose l’appréciation des circonstances, il faudra, si la réforme est adoptée, se demander s’il existe des éléments qui permettent de renverser la présomption de légalité de l’acte accompli par le policier, ce qui va évidemment complexifier la procédure.

La réforme est justifiée par une prétendue « insécurité juridique », à laquelle seraient confrontés les agents. Il existe un moyen de la résoudre, qui consiste, d’une part, à ramener l’article L435-1 à son premier alinéa : quelles que soient les circonstances, un tir n’est légal que s’il est effectué en état d’absolue nécessité et qu’il est strictement proportionné ; et, d’autre part, à conserver l’exception de la neutralisation de l’auteur d’un périple meurtrier – ce que prévoit au demeurant la réforme en ajoutant un II à l’article L435-1.

Mais le ministre et les soutiens du texte ont choisi une autre voie, plus politique. En premier lieu, dans le rapport Boucard remis à la commission des lois, il est à nouveau argué que ces règles, en créant une sorte d’« insécurité juridique », inhibent les policiers, qui peuvent se trouver dans une situation où ils n’osent pas faire usage de leur arme. Cet argument avait déjà été invoqué, en 2017, devant la commission des lois, par le sénateur Grosdidier. Et, après l’entrée en vigueur de l’article L435-1, les tirs policiers ont fortement augmenté, jusqu’à obliger la direction générale de la police à rappeler à l’ordre les agents. Les tirs ont alors subitement diminué.

En deuxième lieu, le texte adopté le 7 juillet tend à satisfaire la revendication des syndicats de police majoritaires de limiter la judiciarisation de l’activité des agents et le contrôle exercé par les magistrats.

La réglementation du recours aux armes par les forces de police est-elle très différente dans d’autres pays d’Europe ? La France est-elle une exception ?

O. C. : Dans les pays voisins, par exemple le Royaume-Uni, la Belgique ou l’Allemagne, les règles qui s’appliquent sont simplement celles qui découlent de la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l’homme. L’usage des armes par la police ne fait pas débat et la volonté d’assouplir les règles reste un marqueur de l’extrême droite. En Angleterre et en Allemagne, les policiers ont refusé d’être dotés de certaines armes et de voir les autorisations de tirer élargies. Il y a une pression des syndicats de policiers français dont on ne trouve pas nécessairement l’écho dans d’autres États.

Le seul pays qui connaisse une évolution comparable à celle voulue par le législateur français est l’Italie, à la suite des réformes élargissant le champ de la légitime défense, adoptée en 2019 et en 2024, à l’initiative de M. Salvini, ministre d’extrême droite et chef de la Ligue du Nord, et de la création d’un « bouclier pénal » au profit des policiers. Il en a principalement résulté l’accroissement des condamnations de l’Italie par la Cour européenne des droits de l’homme pour des faits de violence de la part des policiers.


Propos recueillis par Aurélie Djavadi.

The Conversation

Olivier Cahn ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Présomption de légitime défense pour les policiers : une proposition de loi qui pose problème ? – https://theconversation.com/presomption-de-legitime-defense-pour-les-policiers-une-proposition-de-loi-qui-pose-probleme-287244

Les Vikings étaient bien plus que des pillards barbus : pourquoi les musées scandinaves entretiennent encore cette image ?

Source: The Conversation – in French – By Julia Håkansson, Postdoctoral fellow in Museology, Lund University

Guerrier barbu, navigateur intrépide, conquérant : cette image du Viking domine encore les musées nationaux scandinaves… (« Vikings Heading for Land », tableau de Frank Bernard Dicksee, 1873) Wikimedia

Des salles d’exposition de Copenhague à Oslo, les Vikings occupent une place centrale dans le récit national. Mais derrière les objets archéologiques se joue aussi une bataille contemporaine autour de l’identité, de la mémoire et de la politique.


Si vous voyagez en Scandinavie, il y a de fortes chances que vous visitiez une exposition consacrée aux Vikings. Et vous n’aurez que l’embarras du choix. À Copenhague, le Musée national d’histoire du Danemark propose une importante exposition permanente sur les Vikings. À Stockholm, le Musée historique suédois abrite la plus grande exposition au monde consacrée à cette époque. Quant au nouveau Musée de l’âge viking d’Oslo, dont l’ouverture est prévue en 2027, il ambitionne de devenir la référence mondiale sur le sujet. En attendant, une exposition temporaire au Musée d’histoire culturelle de la ville présente quelques-unes des plus remarquables découvertes archéologiques de l’époque viking.

Il va de soi que les musées nationaux scandinaves s’attendent à ce que les visiteurs, qu’ils soient locaux ou étrangers, viennent y découvrir des objets et des récits liés aux Vikings. Mais cette omniprésence des Vikings dans les musées nationaux ne répond pas seulement à une demande du public. Les musées utilisent aussi l’histoire pour façonner les représentations de l’identité nationale, et les Vikings servent souvent de miroir aux valeurs et aux besoins de chaque époque.

Au XIXe siècle, alors que les projets de construction nationale se multipliaient, l’époque viking est devenue un élément central de la construction des identités nationales en Scandinavie. Depuis, les Vikings sont devenus des symboles si puissants qu’ils sont aujourd’hui reconnus dans le monde entier. Dans l’imaginaire collectif, le Viking est un homme grand, robuste, l’épée à la main, arborant parfois une coupe de cheveux très contemporaine, comme un dégradé (« skin fade »), ou couvert de tatouages. Une image pourtant largement fabriquée de toutes pièces.

Les équipes scientifiques des musées nationaux scandinaves savent pourtant que les Vikings formaient un groupe très divers, bien loin du mythe du guerrier exclusivement masculin. Malgré cela, la figure du guerrier continue de s’imposer. Elle attire les visiteurs tout en revenant sans cesse hanter les galeries des musées.

Dans les trois expositions, l’homme viking apparaît tour à tour comme guerrier, navigateur et marchand. Il est aussi régulièrement présenté comme agriculteur, travaillant la terre au quotidien. Cette dimension apporte davantage de nuance, mais la scénographie continue de privilégier l’image la plus spectaculaire et la plus populaire, au détriment d’une réalité plus complexe.

L’exposition suédoise en offre un bon exemple : elle rappelle que de nombreux hommes et femmes libres possédaient des armes, mais que seuls quelques-uns se considéraient véritablement comme des guerriers. Malgré cette mise au point, les navires, les épées et les objets liés au commerce et aux voyages restent les pièces maîtresses du parcours, occupant le devant de la scène.

Tenues et bijoux vikings au Musée national du Danemark
Tenues et bijoux vikings au Musée national du Danemark.
The National Museum of Denmark, CC BY

À Copenhague, le Musée national invite les visiteurs à découvrir « notre exposition sur les Vikings, où nous explorerons un monde vieux de plus de mille ans, façonné par une culture guerrière et par les dieux Odin, Thor et Freyja ». On voit ici comment l’histoire documentée se heurte aux attentes nourries par les légendes nordiques, les guerriers et les dieux.

Les conservateurs semblent ainsi tiraillés entre la volonté d’offrir au public ce qu’il est venu chercher et celle de présenter une histoire fidèle aux connaissances historiques. Cette tension apparaît également dans la manière dont les femmes vikings sont représentées. Si ces institutions cherchent à réintégrer les femmes dans une vision de l’époque viking longtemps dominée par les figures masculines, les descriptions de leur vie quotidienne ou de leur influence sociale et culturelle restent souvent limitées.

Il existe par ailleurs une longue tradition consistant à ne mettre en avant que des femmes vikings hors du commun, comme les nobles dames ou les shieldmaidens (guerrières), reléguant les femmes ordinaires à l’arrière-plan. Ailleurs, les représentations restent marquées par des stéréotypes de genre, insistant surtout sur leur rôle au sein du foyer ou sur leur apparence vestimentaire. Ainsi, dans l’exposition danoise, on peut lire que « les invités étaient accueillis par la maîtresse de maison, qui veillait à ce que tout soit réuni pour assurer le succès de la réception. Les femmes jouaient un rôle actif dans la gestion de la ferme et voyageaient également beaucoup. » Une autre légende précise : « Les bijoux et les objets découverts dans les tombes de nombreuses femmes riches et aristocrates témoignent de la complexité des rôles qu’elles occupaient. »

Le baptême de Harald à la Dent bleue par l’évêque missionnaire Poppo, vers 960
Le baptême de Harald à la Dent bleue par l’évêque missionnaire Poppo, vers 960.
Anagoria, CC BY-SA

La scénographie est également façonnée par les grands récits fondateurs des nations scandinaves. Dans les trois expositions, sous des formes diverses, revient l’idée que l’époque viking a constitué un moment décisif dans la naissance des nations et des cultures scandinaves. Le récit est le suivant : c’est durant cette période que la Scandinavie serait passée d’un ensemble de tribus païennes dispersées et décentralisées à des royaumes chrétiens unifiés et distincts. Aujourd’hui, les Scandinaves n’adhèrent pas tous avec le même enthousiasme à cette lecture de leur histoire. Elle continue néanmoins de structurer, en toile de fond, le récit proposé par les expositions sur cette période.

Au Danemark, l’histoire se confond presque avec l’identité nationale. Cette vision est renforcée par la légende fondatrice de Harald à la Dent bleue. Père de Sven à la Barbe fourchue et grand-père de Knut le Grand, Harald se serait converti au christianisme après avoir assisté au miracle du moine Poppo, qui aurait porté un morceau de fer chauffé à blanc sans se brûler les mains.

Plusieurs chercheurs ont montré que, depuis les années 1980, l’époque viking est mobilisée pour construire des récits contemporains répondant à des enjeux actuels. C’est le cas, par exemple, des récits qui mettent en avant les échanges fructueux entre Scandinaves et musulmans, en s’appuyant sur des découvertes archéologiques attestant de ces contacts. Cette relecture du passé reflète la volonté, en Suède et en Norvège, de proposer un contre-récit face aux usages nationalistes de l’époque viking, souvent mobilisés dans des discours hostiles aux musulmans.

Comme le montrent ces exemples, concevoir une exposition muséale relève d’un exercice d’équilibriste : il faut composer avec des récits profondément ancrés dans l’imaginaire collectif tout en proposant une représentation fidèle des connaissances historiques. L’omniprésence des Vikings dans les musées nationaux scandinaves s’explique peut-être, au fond, par leur volonté de raconter un passé qui en dit davantage sur les préoccupations de la société contemporaine que sur ce que l’on sait réellement du monde viking.

The Conversation

Julia Håkansson a reçu un financement de la fondation Gunvor och Josef Anérs Stiftelse (subvention n° FB23-0180).

ref. Les Vikings étaient bien plus que des pillards barbus : pourquoi les musées scandinaves entretiennent encore cette image ? – https://theconversation.com/les-vikings-etaient-bien-plus-que-des-pillards-barbus-pourquoi-les-musees-scandinaves-entretiennent-encore-cette-image-287196

La « malédiction » du « Titanic » et la vie oubliée de la fille du capitaine

Source: The Conversation – in French – By Caroline Cauchi, Reader in Creative Writing, University of Hull

Réduite pendant des décennies au rôle de « fille du capitaine du Titanic », Helen Melville Smith fut aussi une pionnière de l’aviation, une passionnée d’automobile et une femme qui refusa de se laisser définir par le deuil. Son histoire révèle les angles morts de notre mémoire collective.


Un paquebot réputé insubmersible, un iceberg et une catastrophe entrée dans la culture populaire : le naufrage du Titanic est l’un des événements les plus souvent racontés de l’histoire moderne. Mais cette familiarité a un prix. À force d’être répétés, les récits simplifient ce qui s’est réellement passé et réduisent les personnes qui l’ont vécu à une histoire trop schématique.

Les récits du naufrage du Titanic se concentrent souvent sur le drame lui-même, en oubliant ce qui s’est passé ensuite. Bien après la catastrophe, celle-ci a continué de marquer profondément de nombreuses vies, y compris celles de personnes qui n’étaient même pas à bord du navire.

L’une d’elles est Helen Melville Smith, la fille du capitaine Edward Smith, qui commandait le paquebot lors de son voyage inaugural. En menant les recherches pour mon nouveau roman, Daughter of the Titanic (non traduit), j’ai été de plus en plus frappée non par l’ampleur de la catastrophe elle-même, mais par les vies silencieusement façonnées par ses conséquences. Melville avait 14 ans lorsque son père disparut avec le navire, en avril 1912. Du jour au lendemain, elle hérita non seulement d’un deuil intime, mais aussi d’une identité publique qu’elle n’avait pas choisie : celle de « la fille du capitaine », à jamais associée à une tragédie dont elle n’avait pas été témoin, mais à laquelle elle ne pouvait échapper.

La suite de son existence est souvent racontée sous l’angle de la fatalité. Au cours des décennies suivantes, son mari mourut dans un accident, sa mère fut tuée dans un accident de la route, son fils trouva la mort pendant la Seconde Guerre mondiale et sa fille succomba à la poliomyélite.

Pris ensemble, ces événements peuvent facilement être interprétés comme une prétendue « malédiction du Titanic ». Aussi récemment qu’en juillet 2025, un article du Daily Mail revenait sur la vie de Melville en suivant cette logique, présentant des drames sans lien entre eux comme les chapitres d’un destin inexorable.

Les travaux en psychologie et les recherches sur la construction narrative du sens montrent depuis longtemps que les êtres humains sont naturellement enclins à rechercher des motifs et des liens, en particulier après des événements traumatiques. Comme l’a montré le psychologue Jerome Bruner, nous donnons du sens à notre expérience en la transformant en récit, en organisant les événements dans une histoire qui leur confère une cohérence. Lorsque plusieurs tragédies surviennent, nous avons tendance à les relier pour en faire une suite porteuse de sens.

Le Titanic renforce encore cette tendance. Parce que la catastrophe occupe une place si importante dans la mémoire collective, elle exerce une sorte de gravité narrative. Les vies qui lui sont liées sont happées dans son orbite, interprétées à travers son prisme et réduites à de simples prolongements de son histoire. Le naufrage est ainsi devenu, à bien des égards, un mythe moderne : un événement historique transformé en récit symbolique, à travers lequel on interprète des existences bien postérieures.

Pourtant, Melville ne se résume pas à la catastrophe. Elle apprit à piloter des avions à une époque où l’aviation en était encore à ses débuts et demeurait particulièrement dangereuse. Elle conduisait des voitures de sport, fréquentait les milieux mondains et artistiques, et conserva une certaine notoriété qui nuance l’image d’une vie entièrement écrasée par le drame. Les photographies prises plus tard la montrent élégante, sûre d’elle et pleinement engagée dans la vie publique, malgré les épreuves qu’elle avait traversées.

À l’époque, l’aviation et l’automobile étaient associées à la modernité, au glamour et au goût du risque. L’enthousiasme de Melville pour ces deux passions laisse entrevoir une femme attirée par l’expérience plutôt que par le repli sur soi. Il se dessine ainsi le portrait non seulement d’une fille, d’une épouse et d’une mère endeuillée, mais aussi d’une femme restée curieuse, socialement active et déterminée à vivre pleinement.

Les récits publics cherchent souvent à figer les individus dans un rôle, en particulier lorsqu’ils sont liés à un grand événement historique. Pourtant, les personnes concernées continuent de façonner leur existence d’une manière qui déborde ces récits. L’histoire de Melville n’est donc pas seulement celle d’une succession de pertes. C’est aussi celle d’une négociation permanente entre l’expérience intime et les attentes du public, entre une identité héritée et la volonté de tracer sa propre voie.

La vie après la catastrophe

La vie de Melville met aussi en lumière un problème plus général dans notre manière de raconter l’histoire. Les catastrophes ne s’achèvent pas lorsque la crise immédiate prend fin. Elles continuent longtemps à façonner les représentations, les réputations, les identités et les interprétations, parfois sur plusieurs générations. Pourtant, les récits populaires privilégient presque toujours le moment de l’impact plutôt que ses conséquences. Le Titanic est sans cesse reconstruit comme un spectacle (le naufrage, l’héroïsme, les défaillances) tandis que les effets plus discrets et durables passent au second plan.

En privilégiant l’événement plutôt que ce qui lui succède, nous réduisons l’histoire à une succession de moments spectaculaires, au lieu de la considérer comme un processus qui se prolonge dans le temps. La vie de Melville offre un contrepoint à cette vision en déplaçant le regard de la catastrophe elle-même vers ses effets persistants. Pourquoi sommes-nous si enclins à voir, dans une succession de drames, les signes du destin, d’une malédiction ou d’une fatalité ? Et que se passe-t-il lorsque ces schémas narratifs sont plaqués sur des vies bien réelles ?

Dans le cas de Melville Smith, l’idée d’une « malédiction du Titanic » impose une cohérence là où il n’y en a peut-être aucune, condensant des décennies d’existence en un récit unique, simple à comprendre. Ce faisant, elle en vient à présenter le simple fait d’avoir survécu comme une forme de malheur.

Ce processus n’a rien de neutre. Les historiens, les journalistes et les romanciers – dont je fais partie – contribuent à façonner la manière dont les vies sont retenues par la mémoire collective et, parfois, réduites à un récit simplificateur. Cela nous confère une responsabilité éthique : résister à la tentation d’imposer des schémas narratifs qui rendent les existences plus cohérentes ou plus satisfaisantes qu’elles ne l’ont réellement été, et rester attentifs à leurs contradictions, à leur complexité et à leur réalité.

La vie de Melville résiste à ce type de conclusion toute faite. Elle est marquée par l’indépendance, la persévérance et les contradictions, autant de dimensions qui s’accordent mal avec le récit qu’on a voulu lui imposer. Prendre cette réalité au sérieux, ce n’est pas seulement redonner sa place à une figure oubliée, c’est aussi reconnaître les limites des grilles de lecture à travers lesquelles nous cherchons à la comprendre.

L’histoire du naufrage du Titanic se poursuit dans les existences qu’il a façonnées – des vies qui ne peuvent être réduites à cette seule tragédie sans perdre ce qui faisait leur profonde humanité.

The Conversation

Caroline Cauchi ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. La « malédiction » du « Titanic » et la vie oubliée de la fille du capitaine – https://theconversation.com/la-malediction-du-titanic-et-la-vie-oubliee-de-la-fille-du-capitaine-286331

Avant Epstein, le scandale sexuel qui a forcé la Grande-Bretagne à changer sa loi

Source: The Conversation – in French – By Claire Cunnington, Research associate, University of Sheffield

L’enquête du « Pall Mall Gazette » fut reprise dans de nombreuses publications. Ici l’Illustrated Police News du 2 mai 1885. Royal Historic Society

Loin d’être une spécificité de notre époque, les scandales mettant en cause des hommes puissants pour des abus sexuels existaient déjà au XIXe siècle. Retour sur une affaire qui a transformé le droit britannique tout en laissant la plupart des responsables impunis.


Des médias mettent au jour un scandale : un réseau d’hommes riches et puissants abuse de jeunes adolescentes. L’indignation se propage rapidement et l’opinion publique exige des autorités qu’elles rendent les preuves publiques et traduisent les responsables en justice. Pourtant, le système protège nombre d’entre eux et rares sont ceux qui subissent de véritables conséquences. Il ne s’agit pas de Jeffrey Epstein, mais d’un scandale qui a éclaté dans le Londres victorien.

Nos recherches s’intéressent aux femmes et aux jeunes filles au cœur de cette affaire. En juillet 1885, le Pall Mall Gazette publie une série d’articles sous le titre « The Maiden Tribute of Modern Babylon » (« Le sacrifice des jeunes filles de la Babylone moderne »). Ils révèlent l’existence d’un système d’abus et de traite de jeunes filles. Dès leur publication, le scandale éclate. Le Parlement est submergé de pétitions et une immense manifestation est organisée à Hyde Park.

Les députés sont contraints de réagir en adoptant une loi qui relève de 13 à 16 ans l’âge légal du consentement des jeunes filles aux relations sexuelles. Les archives de ces événements sont conservées à la Women’s Library de la London School of Economics, dont une partie est présentée dans l’exposition actuelle, The Women’s Library at 100.

William Thomas Stead en 1881.
The W.T. Stead Resource Site

Le scandale marquait l’aboutissement de plusieurs années de campagne en faveur d’un relèvement de l’âge du consentement. Jusque-là, les projets de loi allant dans ce sens étaient restés lettre morte au Parlement. Selon les rumeurs qui circulaient parmi les militants et les responsables politiques, certains députés étaient eux-mêmes coupables d’abus sur de jeunes filles. Certains opposants soutenaient même ouvertement qu’une telle réforme risquerait d’exposer leurs propres fils à des poursuites judiciaires.

Face à l’inaction des pouvoirs publics, les militants se tournèrent vers W.T. Stead, rédacteur en chef du Pall Mall Gazette. La militante féministe Josephine Butler, des responsables de l’Armée du Salut et Stead menèrent une enquête sur l’exploitation sexuelle des enfants, se rendant aussi bien dans des maisons closes que dans des foyers d’accueil. Pour démontrer que le recrutement et la traite de très jeunes filles étaient bien une réalité, Stead alla jusqu’à « acheter » une adolescente de 13 ans, Eliza Armstrong, avant de l’envoyer en France, où elle fut prise en charge par l’Armée du Salut.

Josephine Butler le résume ainsi dans une lettre à une amie : « Oh ! Quelles horreurs nous avons vues ! »

Le scandale londonien

Les articles entraînaient les lecteurs au cœur du mécanisme de recrutement et d’exploitation de jeunes filles. Ils décrivaient toute une industrie organisée autour de leur exploitation : des recruteurs et tenanciers de maisons closes, des médecins qui « certifiaient » leur virginité, ainsi que des sages-femmes chargées de soigner leurs blessures après les abus.

La série fut rapidement reprise par des journaux du monde entier sous le nom de « scandale de Londres », suscitant toutes les spéculations sur l’identité des hommes mis en cause. À New York, on racontait que de nombreuses personnalités américaines fréquentaient les établissements de la célèbre tenancière de maisons closes Mrs Jeffries. Le journal militant The Sentinel alla jusqu’à désigner certains de ses clients : des députés, des lords, des ducs, le prince de Galles et le roi Léopold II de Belgique.

Le portrait de Mrs Jeffries publié par le journal.
Sheffield Gender History

Sous la pression de l’indignation populaire, les députés adoptèrent dès le mois d’août le Criminal Law Amendment Act. Outre le relèvement de l’âge du consentement des jeunes filles, cette loi créa dans l’urgence de nouvelles infractions liées au recrutement de jeunes filles à des fins d’exploitation sexuelle et à la tenue de maisons closes.

Certaines de ces dispositions eurent toutefois pour effet d’accroître la répression contre les femmes plutôt que contre ceux qui les exploitaient. Ainsi, lorsque deux travailleuses du sexe ou plus partageaient un même logement pour assurer leur sécurité, elles pouvaient être poursuivies pour tenue de maison close — une disposition toujours en vigueur aujourd’hui. Un amendement de dernière minute présenté par le député Henry Labouchere criminalisa également toute relation sexuelle consentie entre hommes. C’est sur le fondement de cette nouvelle infraction que le écrivain Oscar Wilde fut condamné une dizaine d’années plus tard.

Ironie de l’histoire, seuls Stead et plusieurs de ses collaborateurs furent finalement condamnés à l’issue de cette affaire. Ils furent emprisonnés pour l’enlèvement d’Eliza Armstrong. Pendant ce temps, les hommes accusés par les militants d’avoir exploité sexuellement des mineures ne furent ni poursuivis ni sanctionnés.

Les leçons pour aujourd’hui

Cette histoire offre plusieurs enseignements. Le premier est que certaines personnes très puissantes n’ont aucun intérêt à voir disparaître l’exploitation sexuelle des enfants, ce qui rend les réformes réellement efficaces particulièrement difficiles à mettre en œuvre. Ce n’est que sous la pression de l’opinion publique que de nouvelles lois furent finalement adoptées en 1885. Mais élaborée dans l’urgence, marquée par le conservatisme de l’époque et la volonté de préserver les intérêts des élites masculines, cette législation demeurait profondément imparfaite et empreinte de moralisme.

Le deuxième enseignement est que les victimes et les survivantes de violences sont trop souvent accusées, ignorées ou instrumentalisées à des fins politiques. La couverture médiatique du scandale du « Maiden Tribute » servit ainsi différents objectifs. En France comme aux États-Unis, elle fut présentée comme la preuve de la décadence de l’aristocratie. Quant aux jeunes filles exploitées, la bonne société les considérait comme des « filles perdues ». Comme l’affirmait le député Charles Hopwood à la Chambre des communes, les jeunes filles des classes populaires « qui se retrouvaient dans la rue […] étaient familiarisées avec ces choses dès leur plus jeune âge et étaient tout à fait capables de se débrouiller seules ».

MP Charles Hopwood
Le député Charles Hopwood affirmait que les jeunes filles des classes populaires « qui allaient dans les rues […] étaient familiarisées avec ces choses dès leur plus jeune âge et étaient parfaitement capables de se débrouiller seules ».
WikiCommons

En rejetant la faute sur les victimes, l’attention se détournait des recruteurs, comme Mrs Jeffries, qui offraient aux jeunes filles une échappatoire à l’extrême pauvreté ou les attiraient avec de fausses promesses d’emplois légitimes. Les méthodes de recrutement et de contrainte décrites dans les années 1880 ressemblent fortement à celles utilisées aujourd’hui dans les réseaux de traite. Même les jeunes filles qui tiraient un bénéfice financier de leur exploitation en subissaient de lourdes conséquences sur leur santé physique et mentale.

Troisième enseignement : les institutions déploient souvent des efforts considérables pour dissimuler ce type d’abus. Dans le Londres victorien, des policiers étaient achetés, et l’un de ceux qui refusa de se laisser corrompre fut poussé vers la sortie. Plus tôt en 1885, des militants avaient engagé des poursuites privées contre Mrs Jeffries après que la police eut refusé d’aller plus loin dans l’enquête. Pendant le procès, le juge rappela à plusieurs reprises aux témoins de ne pas citer le nom des clients, et Mrs Jeffries plaida coupable avant la fin des débats, évitant ainsi que sa clientèle prestigieuse ne soit révélée. Elle s’en tira avec une simple amende au lieu d’une peine de prison. En 1887, elle fut de nouveau poursuivie en vertu de la nouvelle loi ; ses clients, eux, ne le furent jamais.

Il n’est jamais facile d’amener les puissants à rendre des comptes. Parmi les principales figures mises en cause dans le scandale du Maiden Tribute, une seule personne finit en prison : Mary Jeffries. Les hommes, eux, n’eurent jamais à répondre de leurs actes, si ce n’est à travers les rumeurs qui circulaient sur leur implication.

Cette histoire livre ainsi plusieurs enseignements pour aujourd’hui : exercer une pression constante sur les responsables politiques afin qu’ils agissent rapidement et efficacement, se méfier des dirigeants qui instrumentalisent les affaires d’abus pour conquérir le pouvoir, enquêter sans relâche sur les mécanismes de corruption institutionnelle et veiller à ce que l’argent et l’influence ne permettent pas aux auteurs de violences d’échapper aux conséquences de leurs actes. Plus que tout, il faut écouter les victimes et les survivantes, et placer leur parole au cœur de toute réponse.

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

ref. Avant Epstein, le scandale sexuel qui a forcé la Grande-Bretagne à changer sa loi – https://theconversation.com/avant-epstein-le-scandale-sexuel-qui-a-force-la-grande-bretagne-a-changer-sa-loi-281457

3I/Atlas, une comète venue d’une autre étoile qui ne ressemble à rien de connu dans le Système solaire

Source: The Conversation – France in French (2) – By Matthew Hopkins, Postdoctoral Fellow, University of Canterbury

Une image de 3I/Atlas prise par le télescope spatial Hubble montre le cocon de poussière en forme de goutte qui s’échappe de son noyau solide et glacé. NASA, ESA, David Jewitt (UCLA); Image Processing: Joseph DePasquale (STScI)

Troisième objet interstellaire jamais détecté, 3I/Atlas ne ressemble à aucune comète du Système solaire. Sa composition et son âge exceptionnel en font un précieux témoin de la jeunesse de notre galaxie.


Des astronomes viennent de révéler de nouveaux détails sur la composition et l’âge d’une comète de passage, née autour d’une étoile lointaine. Ils concluent de leurs travaux que la composition de 3I/Atlas est radicalement différente de celle de tous les objets connus de notre Système solaire.

Trois études, publiées récemment et ici, apportent ainsi un nouvel éclairage sur les origines de cette comète hors du commun. 3I/Atlas semble s’être formée dans un environnement très froid, il y a environ 12 milliards d’années.

La comète est un objet interstellaire (interstellar object, ou ISO), c’est-à-dire un astéroïde ou une comète provenant de l’extérieur du Système solaire. Il s’agit du troisième objet de ce type jamais identifié, après 1I/ʻOumuamua et 2I/Borisov. Elle a été découverte il y a presque exactement un an, alors qu’elle arrivait de l’espace interstellaire sur une trajectoire traversant le Système solaire interne avant de s’en éloigner de nouveau.

Ces origines lointaines rendent les objets interstellaires particulièrement fascinants pour les astronomes, car ils constituent des fragments matériels d’autres systèmes planétaires, apportés jusqu’à nous par les courants gravitationnels de la galaxie et que nous pouvons étudier sans quitter le confort de notre propre Système solaire.

En tant que comète, 3I/Atlas contenait des glaces qui se sont sublimées, c’est-à-dire qu’elles sont passées directement de l’état solide à l’état gazeux. En se réchauffant sous l’effet du Soleil, ces gaz se sont échappés de la comète, donnant naissance à une spectaculaire chevelure (ou coma), l’enveloppe lumineuse qui entoure son noyau, ainsi qu’à une longue queue.

Une comète ne possède pas de source de lumière propre. La poussière présente dans sa chevelure réfléchit la lumière du Soleil, tandis que ses composés volatils (des substances qui se vaporisent ou se subliment facilement) émettent une fluorescence.

Mais il ne s’agit pas d’un simple spectacle lumineux : chaque molécule fluorescente laisse une empreinte spectrale dans la lumière qui parvient jusqu’à nos télescopes. Ces signatures permettent d’identifier les composés chimiques présents dans la comète.

Pour les révéler, les astronomes décomposent la lumière en ses différentes longueurs d’onde grâce à une technique appelée spectroscopie. Ils peuvent ainsi déterminer la composition chimique de la comète.

Un cocktail chimique inédit

Les observations ont révélé que 3I/Atlas renferme un mélange d’eau, de dioxyde et de monoxyde de carbone, de méthane, de cyanures, de sulfures, ainsi que d’atomes de fer et de nickel à l’état libre. Pris séparément, ces composés n’ont rien d’inhabituel : ils sont régulièrement détectés dans les comètes de notre propre Système solaire. En revanche, leurs proportions diffèrent nettement dans 3I/Atlas. Sa forte teneur en dioxyde de carbone (CO2) et sa faible abondance en ammoniac (NH3) trahissent son origine extérieure au Système solaire.

Les molécules constituées d’atomes appartenant à différents isotopes (des variantes d’un même élément chimique) présentent également des signatures spectrales légèrement différentes. Grâce à l’éclat de 3I/Atlas et à la puissance des plus grands télescopes, les astronomes ont pu distinguer ces signatures et mesurer les rapports isotopiques de la comète.

L’une des nouvelles études, publiée dans Nature, s’appuie sur les signatures spectrales de l’eau et du dioxyde de carbone mesurées par le télescope spatial James Webb pour déterminer le rapport entre les deux principaux isotopes du carbone, le 12C et le 13C, présents dans 3I/Atlas, ainsi que son rapport deutérium/hydrogène (D/H), le deutérium étant une forme lourde de l’hydrogène.

Ces résultats sont particulièrement enthousiasmants, car les rapports isotopiques d’un objet interstellaire comme 3I/Atlas sont censés refléter ceux du disque protoplanétaire dans lequel il s’est formé. Ils permettent donc de reconstituer avec une grande précision les conditions de sa formation, ainsi que les caractéristiques de l’étoile autour de laquelle il est né.

L’eau de 3I/Atlas présente un rapport deutérium/hydrogène (D/H) d’environ 1 %, soit une valeur nettement supérieure à celle mesurée dans toutes les comètes connues du Système solaire.

De telles concentrations en deutérium ne se rencontrent que dans des environnements extrêmement froids, où la température est inférieure à 30 kelvins (-243 °C). Dans ces conditions, les atomes d’hydrogène « ordinaires » sont progressivement remplacés par des atomes de deutérium, plus lourds, dans la glace d’eau qui recouvre de minuscules grains de poussière. Avec le temps, ces grains glacés s’agglomèrent pour former des comètes.

Une voyageuse venue des premiers âges de la galaxie

Le rapport 12C/13C de 3I/Atlas est lui aussi exceptionnel, bien supérieur à toutes les valeurs mesurées dans le Système solaire. Ce rapport isotopique fonctionne comme une véritable horloge cosmique. Au début de l’histoire de l’Univers, la première génération d’étoiles produisait un carbone très riche en 12C par rapport au 13C. Puis, au fil des cycles de naissance et de mort des étoiles, ce rapport a progressivement diminué. Si 3I/Atlas présente une valeur aussi élevée, c’est qu’elle s’est formée très tôt dans l’histoire de la Voie lactée, il y a environ 12 milliards d’années.

Des études menées peu après sa découverte avaient déjà suggéré que 3I/Atlas était probablement âgée d’au moins 7 milliards d’années, d’après sa vitesse. Son ancienneté est donc désormais étayée par plusieurs indices indépendants.

Si le ciel nocturne, au-delà des confins du Système solaire, peut sembler immuable, l’Univers comme notre galaxie évoluent bel et bien, à l’échelle de milliards d’années.

NEO Surveyor
La future mission NEO Surveyor de la NASA devrait permettre de découvrir d’autres objets interstellaires.
NASA

Lorsque 3I/Atlas s’est formée, l’Univers était encore dans sa prime jeunesse et la Voie lactée était encore en train de se construire, au gré de violentes collisions et fusions avec d’autres galaxies.

Si l’étoile autour de laquelle 3I/Atlas s’est formée avait une masse comparable à celle du Soleil, elle a probablement déjà achevé son existence. Les objets interstellaires qu’elle a éjectés peu après sa naissance, comme 3I/Atlas, lui ont ainsi survécu.

Au cours des dix prochaines années, de nouveaux télescopes de pointe dédiés à la découverte d’objets célestes, comme le NEO Surveyor de la NASA et l’observatoire Vera C. Rubin, au Chili, devraient multiplier par dix le nombre d’objets interstellaires connus. Cette moisson offrira aux astronomes une véritable archive fossile de l’évolution des systèmes planétaires tout au long de l’histoire de la Voie lactée.

The Conversation

Matthew Hopkins a reçu une bourse Elaine P. Snowden Fellow à l’université de Canterbury, en Nouvelle-Zélande.

ref. 3I/Atlas, une comète venue d’une autre étoile qui ne ressemble à rien de connu dans le Système solaire – https://theconversation.com/3i-atlas-une-comete-venue-dune-autre-etoile-qui-ne-ressemble-a-rien-de-connu-dans-le-systeme-solaire-286883

Les algues ne sont pas des plantes… et six autres faits surprenants sur la flore aquatique

Source: The Conversation – France in French (2) – By Alexander Bowles, Glasstone Research Fellow, Plant Science, University of Oxford

L’utriculaire est une plante carnivore aquatique rare.
Maximillian cabinet/Shutterstock

Des plantes sans racines, d’autres carnivores, certaines capables de fleurir sous l’eau… Les plantes aquatiques ont développé des adaptations spectaculaires qui défient notre vision du monde végétal.


À l’abri des regards, sous la surface des eaux, se déploie un monde végétal d’une étonnante inventivité et parmi les plus importants sur le plan écologique.

Comme je le souligne dans une publication récente, les plantes aquatiques ont développé une extraordinaire diversité d’adaptations pour vivre sous l’eau. Certaines fleurissent sous la surface, d’autres capturent des animaux grâce à d’ingénieux pièges. Voici sept faits qui montrent à quel point ces organismes remarquables bousculent nos idées reçues sur ce qu’est une plante et sur les stratégies qu’elle déploie pour survivre.

1. Les plantes n’en finissent pas de retourner à l’eau

Quand on pense aux plantes, on imagine spontanément les forêts, les prairies ou les champs. Pourtant, au cours de leur histoire évolutive, les plantes sont retournées à de nombreuses reprises dans le milieu aquatique, là même où elles sont apparues. Il y a environ 500 millions d’années, elles ont conquis les terres émergées. Depuis, nombre d’entre elles ont fait le chemin inverse. Les scientifiques estiment que le mode de vie aquatique est apparu indépendamment plus de 100 fois au sein de différents groupes de plantes.

Les nénuphars font flotter leurs feuilles à la surface, les lentilles d’eau dérivent librement et les herbiers marins vivent entièrement immergés dans l’océan. Certains de ces groupes sont retournés à l’eau il y a plus de 100 millions d’années. Cette réapparition répétée des plantes aquatiques constitue l’un des exemples les plus spectaculaires de l’évolution convergente dans la nature.

2. Les plantes qui n’en sont pas

Parmi les organismes les plus visibles sous la surface de l’eau figurent les algues. Elles réalisent la photosynthèse et ressemblent souvent à des plantes sous-marines. Pourtant, malgré les apparences, les algues ne sont pas de véritables plantes.

Des algues
Les algues ne sont pas des plantes.
divedog/Shutterstock

Les algues marines appartiennent en réalité à plusieurs lignées d’algues distinctes dans l’arbre du vivant. Les laminaires géantes, qui forment de véritables forêts sous-marines, sont des algues brunes. Le nori et la dulse sont des algues rouges, tandis que la laitue de mer appartient aux algues vertes.

Contrairement aux plantes, elles ne possèdent ni véritables racines, ni tiges, ni feuilles, et ne produisent ni fleurs ni graines. Leur ressemblance avec les plantes rappelle toutefois que l’évolution peut conduire à des formes très similaires chez des organismes pourtant très éloignés, lorsqu’ils sont confrontés aux mêmes contraintes environnementales.

3. Des plantes qui vivent dans les profondeurs

Les plantes ont besoin de lumière pour réaliser la photosynthèse, ce qui les cantonne généralement aux milieux terrestres ou aux eaux peu profondes. Pourtant, certaines mousses aquatiques survivent à des profondeurs étonnantes. La faucillette courbée (Drepanocladus aduncus) a ainsi été observée à 140 mètres sous la surface dans les eaux exceptionnellement limpides de Crater Lake, dans l’État américain de l’Oregon. Il s’agit de la plante aquatique connue poussant aussi sur terre qui vit à la plus grande profondeur, environ la hauteur de la cathédrale de Strasbourg.

Des mousses de grande profondeur ont également été recensées dans des lacs de Nouvelle-Zélande, d’Antarctique et d’autres régions. Elles prospèrent dans des environnements si profonds qu’ils sont presque totalement privés de lumière et où très peu d’animaux peuvent survivre.

4. Des plantes sans racines

Les racines sont l’une des caractéristiques emblématiques des plantes. Elles les ancrent dans le sol et y puisent l’eau ainsi que les nutriments. Pourtant, de nombreuses plantes aquatiques ont considérablement réduit leur système racinaire, et certaines semblent même avoir complètement perdu leurs racines.

La Wolffia est aussi surnommée le « caviar vert » en raison de ses qualités nutritionnelles.
Suphap Donwun/Shutterstock

La vie sous l’eau change les règles du jeu. L’eau et les nutriments dissous entourent directement la plante, rendant les vastes systèmes racinaires beaucoup moins utiles que sur terre. De nombreuses espèces aquatiques absorbent ainsi les nutriments directement par leurs feuilles et leurs tiges.

Les lentilles d’eau en offrent l’un des exemples les plus extrêmes. Certaines espèces ne possèdent qu’une seule racine, contrairement à des parentes comme la grande lentille d’eau, qui en développe plusieurs. Quant aux espèces du genre Wolffia – les plus petites plantes à fleurs du monde –, elles n’ont plus aucune racine et flottent librement à la surface de l’eau. Un individu mesure à peine un millimètre de long et ses fleurs ne dépassent pas 0,3 millimètre.

5. Des plantes carnivores sous l’eau

Toutes les plantes aquatiques ne se contentent pas de la lumière du Soleil et des nutriments dissous dans l’eau. Certaines complètent leur alimentation en capturant et en digérant de petits animaux.

Les exemples les plus spectaculaires sont les utriculaires (Utricularia), un groupe de plantes aquatiques dépourvues de racines que l’on trouve dans les eaux douces du monde entier. Leurs feuilles se sont transformées en minuscules pièges en forme de vessie qui créent un vide en expulsant l’eau contenue dans leur cavité.

Les utriculaires sont un véritable cauchemar pour les minuscules animaux.
JIANG TIANMU/Shutterstock

Lorsqu’un minuscule animal effleure les poils sensitifs situés à l’entrée du piège, une trappe s’ouvre brusquement et la proie est aspirée en moins d’une milliseconde. Les pièges des utriculaires figurent ainsi parmi les mouvements les plus rapides du règne végétal. S’ils capturent le plus souvent de petits invertébrés aquatiques, il leur arrive aussi de piéger des larves de poissons et des têtards.

Ce mode de vie carnivore permet aux utriculaires de prospérer dans des eaux pauvres en nutriments, où la plupart des autres plantes peinent à survivre.

6. Une pollinisation portée par les courants

Quand on pense à la pollinisation des plantes, on imagine volontiers des abeilles butinant de fleur en fleur par une belle journée ensoleillée. Mais sous l’eau, la pollinisation devient beaucoup plus compliquée. Au lieu de compter sur les insectes ou le vent, de nombreuses plantes aquatiques, comme les herbiers marins, utilisent directement les courants pour transporter leur pollen jusqu’à sa destination.

Sur terre, les plantes attirent leurs pollinisateurs en diffusant des parfums dans l’air. Sous l’eau, en revanche, ces signaux volatils sont inefficaces. Cette contrainte a conduit à un changement évolutif : les plantes entièrement aquatiques, comme les herbiers marins, ont perdu les gènes responsables de la production de ces composés odorants. Ne procurant plus d’avantage, ils ont progressivement disparu au cours de l’évolution.

7. Les herbiers marins et les mangroves, de puissants puits de carbone

Les herbiers marins et les mangroves capturent et stockent le carbone dans leurs tissus ainsi que dans les sédiments qui les entourent, ce qui les classe parmi les puits de carbone naturels les plus efficaces de la planète. Ensemble, ils emmagasinent ce que les scientifiques appellent le « carbone bleu » : le carbone piégé dans les écosystèmes côtiers, où il peut rester stocké pendant des siècles, voire des millénaires.

Les mangroves stockent des quantités de carbone insoupçonnées.
Ethan Daniels/Shutterstock

À l’échelle mondiale, ces écosystèmes – herbiers marins et mangroves – stockent 11,5 milliards de tonnes de carbone. Les mangroves représentent à elles seules le plus grand réservoir de carbone bleu, avec 6,5 milliards de tonnes.

Qu’elles capturent leurs proies en quelques fractions de milliseconde, poussent dans une quasi-obscurité ou stockent du carbone pendant des siècles, les plantes aquatiques témoignent de l’extraordinaire capacité du vivant à s’adapter.

The Conversation

Alexander Bowles a reçu une bourse « Glasstone Fellowship » à l’Université d’Oxford.

ref. Les algues ne sont pas des plantes… et six autres faits surprenants sur la flore aquatique – https://theconversation.com/les-algues-ne-sont-pas-des-plantes-et-six-autres-faits-surprenants-sur-la-flore-aquatique-286882

Más allá de las buenas intenciones: cómo donar a Venezuela de forma realmente útil

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Nieves Fernández Rodríguez, Profesora y coordinadora de la Cátedra de Migraciones y Derechos Humanos, Universidad Nebrija

Centro de recolección de ayuda establecido en la ciudad de Maracaibo, Venezuela, tras los terremotos ocurridos el 24 de junio de 2026. Humberto Matheus/Shutterstock

En los días posteriores al terremoto que sacudió Venezuela, miles de personas en España se movilizaron para ayudar. Ahora, mientras la emergencia entra en una nueva fase, surge la pregunta de cómo seguir haciéndolo. Tras un balance provisional de 3 811 personas fallecidas, 16 740 heridas y 17 907 personas sin vivienda, las necesidades siguen siendo urgentes: alojamiento temporal, atención sanitaria, alimentos, agua potable, apoyo psicosocial y recursos para reconstruir.

No existe una única forma correcta de ayudar, cada vía responde a necesidades distintas y presenta ventajas e inconvenientes. A partir de la evidencia disponible, este artículo ofrece algunas claves para decidir cómo ayudar desde España de forma segura, responsable y eficaz.

Donar dinero a organizaciones humanitarias

Las donaciones económicas a organizaciones humanitarias con experiencia constituyen la modalidad más recomendada por la evidencia y por organismos como la Agencia Española de Cooperación Internacional para el Desarrollo (AECID). A diferencia de la ayuda en especie, las donaciones monetarias permiten responder con mayor flexibilidad a una emergencia cambiante y a cubrir las necesidades más urgentes en cada momento, ya sea la compra de alimentos, medicamentos, agua potable o materiales para la reconstrucción.

En comparación con el envío de bienes desde España, las transferencias monetarias eliminan costes asociados al transporte, almacenamiento, aduanas y distribución internacional. En el caso venezolano, además, el envío de ayuda material desde el extranjero requiere complejos trámites de autorización y coordinación con las autoridades consulares y el Ministerio del Poder Popular para Relaciones Exteriores, lo que puede retrasar la llegada de la ayuda y aumentar sus costes. Además, estas donaciones permiten adquirir productos en el propio país o en regiones cercanas, contribuyendo a reactivar la economía local.

Existen, no obstante, excepciones. Cuando determinados medicamentos o material sanitario no están disponibles en el país, ni en otros cercanos, organizaciones especializadas coordinan envíos específicos. En el caso del terremoto de Venezuela, Farmamundi ha preparado desde su almacén logístico en Valencia (España) el envío de mochilas sanitarias y medicamentos especializados.

Para maximizar el impacto de la ayuda conviene canalizar las aportaciones a través de organizaciones con presencia consolidada en Venezuela o con socios locales de confianza, capaces de identificar las necesidades prioritarias conforme evoluciona la emergencia. Algunas cuentan con capacidad operativa propia y despliegan directamente equipos y servicios de emergencia, como Médicos Sin Fronteras o ACNUR. Otras trabajan mediante acuerdos de colaboración de largo plazo con organizaciones venezolanas –como Entreculturas, con Fe y Alegría o Manos Unidas con sus organizaciones socias–, con las que identifican necesidades, formulan y ejecutan proyectos y comparten procedimientos de gestión y rendición de cuentas.

Experiencias previas muestran que estas alianzas permiten movilizar fondos con rapidez, reducir los costes de coordinación y aprovechar la experiencia y capacidad de quienes ya trabajan sobre el terreno, un enfoque que en ayuda humanitarias se denomina “localización”.

Asimismo, es recomendable desconfiar de mensajes difundidos por redes sociales o aplicaciones de mensajería que soliciten transferencias a cuentas personales, ya que tras las grandes catástrofes suelen proliferar intentos de fraude. Tras la dana de Valencia, por ejemplo, las autoridades detectaron páginas web falsas para captar donaciones y casos de personas que se hacían pasar por voluntarios de Cruz Roja para solicitar dinero en efectivo. Del mismo modo, conviene no difundir campañas cuya autenticidad no haya podido verificarse. Para ello existen mecanismos concretos como Fundación Lealtad, Charity Navigator o los directorios verificados donarseguro.com y rutadeayuda.org.

Además, las donaciones realizadas a entidades acogidas a la Ley 49/2002 pueden beneficiarse de deducciones fiscales en el IRPF. En la actualidad, los primeros 250 euros donados desgravan un 80 %. A partir de esa cantidad, la deducción es del 40 %, porcentaje que aumenta al 45 % en el caso de las donaciones recurrentes. Para ello, basta con conservar el certificado emitido por la organización. Al no existir un listado público único de las entidades acogidas a este régimen, en caso de duda conviene confirmarlo con la propia organización.

Los centros de acopio de la diáspora

Muchos de los inconvenientes de las donaciones en especie pueden mitigarse cuando se canalizan a través de centros de acopio organizados. Estas iniciativas, impulsadas con frecuencia por asociaciones de la diáspora venezolana, verifican y priorizan las donaciones antes de su envío, lo que evita la llegada de artículos innecesarios o en mal estado, facilita su distribución según las necesidades identificadas sobre el terreno y reduce los costes logísticos. Así, en colaboración con Refugiados Sin Frontera, Diáspora en Movimiento prepara cargamentos que se envían desde España mediante acuerdos con compañías aéreas. Posteriormente son recibidos y distribuidos en Venezuela por la Arquidiócesis de Caracas.

En un contexto de autoritarismo prolongado como el venezolano, donde parte de la diáspora expresa recelos hacia la independencia de algunas organizaciones que operan en el país y hacia los mecanismos estatales de recepción de ayuda, los centros de acopio ofrecen canales más cercanos y transparentes. Para localizar centros de acopio activos en España pueden consultarse directorios como Ayudaparavenezuela.com.

Para donar de forma eficaz, es fundamental entregar únicamente los productos solicitados por el centro de acopio y respetar sus indicaciones sobre estado, tipo y embalaje de los artículos. Esta precaución resulta especialmente importante con los medicamentos, que deben proceder de canales autorizados, encontrarse dentro de su periodo de validez y cumplir los requisitos de calidad y seguridad tanto del país donante como del receptor.

La experiencia acumulada en desastres internacionales muestra que las donaciones inadecuadas pueden saturar almacenes, retrasar la distribución de suministros prioritarios e incluso convertirse en un residuo que las propias organizaciones humanitarias deben gestionar. En distintas emergencias, se enviaron, por ejemplo, vaqueros a Darfur, donde apenas se utilizaban; queso fresco a Indonesia, pese a su difícil conservación; o beicon al Líbano, incompatible con las prácticas alimentarias de la mayor parte de la población.

En el caso venezolano, asociaciones de la diáspora han denunciado la recepción de ropa en mal estado o de prendas de fiesta y de etiqueta completamente inútiles para cubrir las necesidades más urgentes.

Donar directamente a personas afectadas

Una tercera vía consiste en apoyar directamente a personas o familias afectadas. Este tipo de donaciones puede ser útil para responder a una necesidad muy concreta –como una intervención médica, la reparación de una vivienda o la reposición de bienes esenciales– que difícilmente puede ser cubierta por los programas de las organizaciones humanitarias.

Si se opta por esta forma de micromecenazgo, se recomienda contribuir únicamente a campañas promovidas por personas a las que se conozca directa o indirectamente y utilizar plataformas que verifiquen la identidad de los organizadores, ofrezcan información sobre el destino de los fondos y permitan seguir la evolución de la campaña –como GoFundMe o WhyDonate–, en lugar de realizar transferencias directas a cuentas bancarias difundidas por redes sociales o aplicaciones de mensajería, un formato especialmente vulnerable al fraude.

La reconstrucción de Venezuela continuará durante meses, mucho después de que desaparezca la atención mediática. La evidencia muestra que la eficacia de una donación no depende solo de la generosidad de quien la realiza, sino también del canal a través del cual se hace llegar. Dedicar unos minutos a comprobar qué se necesita, quién canaliza la ayuda y cómo llegará a las personas afectadas puede tener una importancia crucial.

The Conversation

Nieves Fernández Rodríguez no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

ref. Más allá de las buenas intenciones: cómo donar a Venezuela de forma realmente útil – https://theconversation.com/mas-alla-de-las-buenas-intenciones-como-donar-a-venezuela-de-forma-realmente-util-286977

Sénégal : les leçons de trois alternances politiques depuis 2000

Source: The Conversation – in French – By Abdou Fattah Niane, ensiegnant-chercheur, Université Gaston Berger

Le Sénégal a connu trois changements de pouvoir depuis 2000. Le pays confirme ainsi sa capacité à organiser le transfert du pouvoir par les urnes, malgré des poussées de violence. Mais ces changements successifs ont-ils abouti aux transformations économiques, sociales, politiques et institutionnelles attendues par les citoyens ? Vingt-cinq ans après la première alternance, et alors que la troisième, portée par le parti Patriotes africains du Sénégal pour le travail, l’éthique et la fraternité (PASTEF) en 2024, semblait annoncer une nouvelle ère politique fondée sur la souveraineté et la rupture, des tensions sont apparues au sommet de l’État entre le président Bassirou Diomaye Faye et son Premier ministre Ousmane Sonko.

Dans cet entretien avec The Conversation Africa, le politiste Abdou Fattah Niane analyse les évolutions de la démocratie au Sénégal, ses manifestations, ses défis et ses limites.

Que révèlent les alternances successives au Sénégal depuis 2000 ?

On peut constater une tendance à la banalisation. L’alternance est intervenue trois fois. Mais on note des différences et des permanences.

Concernant les différences, le changement du personnel dirigeant a été relativement pacifique en 2000, tandis qu’il a été conflictuel en 2012 et violent en 2024. Il y aurait une accentuation de la violence, vue sous cet angle. Dans la même perspective, il convient de distinguer le mécanisme et le processus.

Si on considère uniquement le moment où le verdict des urnes est accepté et où le pouvoir change effectivement de mains, la rotation des élites gouvernantes est relativement pacifique. En revanche, si on porte l’attention sur le temps qui sépare deux élections présidentielles et / ou législatives, les différences apparaissent.

Il suffit de comparer les épisodes de violences électorales en 2011 et en 2023. Les violences ont été plus meurtrières en 2023 qu’en 2011. En fait, le champ politique, les acteurs, les attitudes et les pratiques politiques évoluent. C’est donc en fonction de ces évolutions qu’on apprécie la nature, la valeur et la portée des alternances sénégalaises.

Concernant les permanences, outre le caractère relativement pacifique du moment qui consacre la rupture, il y a surtout les limites des réponses apportées par les politiques publiques mises en œuvre après chaque alternance. En effet, au regard des attentes des populations, on constate des frustrations, se manifestant par un décalage entre les aspirations et les réalités.

L’insuffisance et la précarité des emplois, l’émigration clandestine, la réduction du pouvoir d’achat des populations montrent que les résultats des politiques publiques sont limités.

Avec Pastef au pouvoir, assiste-t-on à la reproduction de schémas observés après les alternances de 2000 et de 2012 ?

Tout dépend de la perspective privilégiée. Mais l’alternance est, en principe, porteuse de changement, de dynamiques nouvelles. Elle permet – in fine – le plein emploi des ressources humaines, intellectuelles d’un pays. Dès lors, avec PASTEF, il y a une plus forte présence des technocrates dans l’espace politique. Cela montre le caractère novateur de la troisième alternance au point qu’on a pu parler de « révolution ». Toujours est-il que dans une perspective démocratique, l’alternance oscille entre le changement et la continuité.

Par ailleurs, sur le plan opérationnel et par rapport aux performances économiques, les avancées restent insuffisantes. Les défis juridiques et politiques persistent également avec la méfiance entre acteurs politiques, le désaccord sur les institutions. Tout cela montre une certaine permanence offrant un scénario du déjà-vu. Mais le « ticket » au sommet de l’État entre le président Bassirou Diomaye Faye et son Premier ministre Ousmane Sonko laisse la place à une rupture politique majeure au sein de la majorité gouvernante.

Exception faite de la crise politique de 1962 ayant opposé le président Léopold Sédar Senghor au président du Conseil Mamadou Dia sur le partage du pouvoir, un tel schéma est inédit sur le plan strictement politique. Il reste à évaluer les impacts économiques et sociaux découlant de cette discordance entre les majorités gouvernantes.

Dans quelle mesure les tensions actuelles illustrent-elles les ambiguïtés institutionnelles que vous mettez en évidence dans votre étude ?

Il est surtout question du potentiel contestataire des populations qui s’accroît mais aussi d’un consensus a minima entamé en deux années seulement d’exercice du pouvoir. La conjonction de ces deux tendances installe un climat anxiogène de part et d’autre.

Le problème de la conservation du pouvoir se pose aussi. Les contextes sont différents. La prochaine élection présidentielle prévue en 2029 apparaît désormais comme un enjeu voire un point de discorde. Les élites dirigeantes ont du mal à mettre en œuvre leurs propres consensus.

Les divergences politiques impactent l’appareil administratif. Cela risque d’affecter les performances économiques et de créer un climat social délétère. Les tensions actuelles seraient porteuses de régressions sur plusieurs plans. Dans ce contexte, le potentiel de contestation des populations rendrait possible une action collective qui se poserait comme une alternative à une alternance mal négociée.

Quelles leçons les dirigeants actuels devraient-ils tirer des alternances précédentes pour éviter les erreurs du passé ?

Je crois que les populations sénégalaises sont devenues plus exigeantes. Le développement des réseaux sociaux et la transnationalisation des revendications ont eu un impact assez fort. Après un quart de siècle d’expérimentation de l’alternance au pouvoir, les citoyens sénégalais semblent être globalement conscients de leurs capacités et de leurs possibilités. Les dirigeants actuels ont la responsabilité historique de préserver la stabilité politique et de créer les conditions de l’épanouissement de ces populations.

L’élection est un indicateur de l’expression démocratique. Elle est un moyen de conservation du pouvoir. Elle est aussi un procédé de réalisation de l’alternance. Elle contribue à stabiliser le régime politique. Il est donc important de respecter le calendrier électoral républicain.

Quant à l’action collective, elle permet certes d’envoyer des requêtes aux gouvernants entre deux alternances, mais les citoyens sénégalais gagneraient à activer et à insister sur le recours aux répertoires d’actions pacifiques. Ces derniers sont illimités. Faire preuve d’imagination et d’inventivité relativement aux contextes et aux circonstances, tel est le défi à relever.

Le bilan des trois alternances montre que les pertes en vies humaines sont excessives et il convient de prohiber de nouveaux abus.

Les profils des nouveaux dirigeants avaient suscité beaucoup d’espoirs. Mais le changement politique s’inscrit sur la longue durée, surtout dans un contexte international marqué par des incertitudes géopolitiques.

The Conversation

Abdou Fattah Niane does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Sénégal : les leçons de trois alternances politiques depuis 2000 – https://theconversation.com/senegal-les-lecons-de-trois-alternances-politiques-depuis-2000-285083

Con la sentencia dictada contra Marine Le Pen, el poder judicial deja en manos de los ciudadanos franceses la decisión final sobre su futuro político

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Luc Rouban, Directeur de recherches (CNRS) au Cevipof, Sciences Po


EN RESUMENHaga clic aquí para conocer las claves
Marine Le Pen ha anunciado que se presentará a las elecciones presidenciales por cuarta vez en 2027.
El Tribunal de Apelación de París confirmó la condena de la líder de extrema derecha por malversación de fondos de la UE, pero le redujo la pena y le rebajó la inhabilitación para ejercer cargos públicos.
Mientras el máximo tribunal civil de Francia examina el recurso de Le Pen, esta podrá hacer campaña sin dispositivo de seguimiento electrónico. La fecha en que se dicte la sentencia (lo que probablemente no ocurrirá antes de 2027) determinará si Marine Le Pen podrá llevar a cabo su campaña o si tendrá que ceder el testigo a Jordan Bardella..
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La líder del partido de extrema derecha francés Rassemblement National (RN), Marine Le Pen, fue condenada por el Tribunal de Apelación el martes 7 de julio de 2026 a tres años de prisión, de los que solo debe cumplir uno con una tobillera electrónica, así como a una multa de 100 000 euros en el caso relativo a los asistentes parlamentarios del Frente Nacional.

A la líder parlamentaria del RN en la Asamblea Nacional también se le impuso una inhabilitación de 45 meses para presentarse a las elecciones, de los cuales 30 meses son condicionales. Habiendo cumplido ya los quince meses transcurridos desde la sentencia en primera instancia, cumple los requisitos para presentarse como candidata a la presidencia y confirmó su intención de hacerlo en la televisión nacional horas después del veredicto. Marine Le Pen también anunció que recurriría ante el Tribunal de Casación “para agotar todas las vías legales”.

Luc Rouban, director emérito de investigación del Centro de Estudios Políticos de Sciences Po (Cevipof), analiza el veredicto.


En un comunicado de prensa, la Audiencia Provincial de París explicó su fallo afirmando que la inhabilitación para presentarse a las elecciones, que se le había impuesto a Le Pen, debe considerarse en el contexto de “la libertad de elección del votante, que es un requisito previo para el ejercicio del sufragio democrático”. ¿Supone esto reconocer que el veredicto de las urnas prevalece sobre el de los tribunales?

No, no lo creo, porque de este caso se desprende claramente que los jueces intentaron distinguir entre dos ámbitos muy diferentes: el jurídico y el político. La esfera jurídica, recientemente reforzada por todo tipo de medidas relativas a la transparencia en la vida pública –en particular la Alta Autoridad para la Transparencia en la Vida Pública–, ejerce ahora un control estricto sobre los políticos y la financiación de los partidos políticos. Y, junto a esto, está la esfera política, que también ha evolucionado hacia unas mayores expectativas de conducta moral por parte de los ciudadanos, centradas en lo que los romanos llamaban auctoritas, es decir, la capacidad de dar ejemplo, dotada de una cierta fuerza moral.

En última instancia, las directrices de imposición de penas contienen disposiciones que, si bien sirven sin duda para condenar el delito, lo hacen sin consecuencias políticas directas y transfiriendo la decisión política a la ciudadanía. Y es una muestra de la sabiduría del poder judicial haber separado estas dos esferas, sobre todo en un momento en el que se enfrenta a duras críticas por sus propios fallos, especialmente en relación con el caso Lyhanna.

Marine Le Pen anunció en la televisión francesa que recurriría ante el Tribunal de Casación, alegando que este procedimiento suspendería la sentencia dictada. ¿En qué medida complica esta decisión el caso?

La pregunta que sigue sin respuesta es cuándo dictará su sentencia el Tribunal de Casación. Cuanto más avanzada esté la campaña cuando se dicte dicha sentencia, más difícil resultará emitir un fallo que invalide la candidatura de Marine Le Pen. Y si eso llegara a suceder, la campaña ya habría comenzado, y Jordan Bardella no tendría más remedio que llevarla a término.

También es razonable suponer que la sentencia del Tribunal de Casación no se dictará antes del 2 de mayo de 2027, fecha de la segunda vuelta de las elecciones. Si Marine Le Pen resulta elegida, se le concederá la inmunidad presidencial. Si no resulta elegida, la sentencia ya no tendrá relevancia.

¿Puede alguien presentarse como candidato por un partido que ha hecho de la integridad uno de sus temas clave de campaña tras haber sido condenado por malversación de fondos públicos? ¿Podría esta decisión del Tribunal de Apelación costarle un número significativo de votos?

Este es un argumento que se utilizará en su contra, por supuesto, pero cuando se trata de la integridad, los votantes tienden a aplicar cierto matiz. En este caso concreto, no hubo enriquecimiento personal, a diferencia de, por ejemplo, el caso Fillon. Aquí se trata del uso fraudulento de fondos del Parlamento Europeo para pagar a asistentes. Moralmente reprochable, pero menos escandaloso que otros casos. Marine Le Pen sale, en última instancia, como ganadora de este episodio judicial, ya que puede demostrar que persigue su objetivo a pesar de todas las dificultades y pruebas. Tal y como afirmó en su intervención televisiva, siente que tiene una misión que cumplir y está adoptando una postura de abnegación. Pero esta estrategia es indicativa de una clara perspicacia política que sus adversarios políticos temen.

Lo que debemos tener en cuenta aquí es que las elecciones de 2027 son únicas y diferentes a todas las anteriores: se producen en un momento muy crítico en el que el pueblo francés tendrá que elegir entre perspectivas sociopolíticas muy diferentes. La visión soberanista y nacionalista de la Agrupación Nacional, centrada en la memoria y la identidad. La de La France insoumise (LFI, liderada por Jean-Luc Mélenchon) y su “Nueva Francia”, basada en la diversidad, la democracia directa y el bienestar social. El posmacronismo, ahora defendido por Édouard Philippe desde su mitin del domingo, que se centra en la adaptación a la globalización. Y, en cierto modo, no importa quién defienda estas visiones. Es desde este punto de vista desde el que se posiciona Marine Le Pen.

Marine Le Pen explicó que no se habría presentado a las elecciones presidenciales francesas si hubiera tenido que llevar una tobillera electrónica. ¿Supuso esto un verdadero obstáculo durante la campaña?

Obviamente, es difícil hacer campaña en estas circunstancias, y el agente de libertad condicional, al decidir las condiciones concretas de esta condena, habría desempeñado un papel importante. El dispositivo de tobillo habría servido como recordatorio de su condena, pero también podría haberlo utilizado en su beneficio, convirtiéndolo en un símbolo de la “luchadora de la resistencia encadenada” que, “desde lo más profundo de su celda”, clama “justicia para el pueblo”.

Incluso con sus movimientos restringidos, podría haberse presentado como una víctima que, aunque encadenada, hace un llamamiento al pueblo para que propicie un cambio radical en el sistema sociopolítico. En el clima actual, marcado por numerosas condenas de figuras políticas francesas, especialmente a nivel de ayuntamientos, parece, en cualquier caso, menos impactante de lo que habría sido si hubiera ocurrido hace veinte o treinta años.

Tras haber sido señalado, en medio de la incertidumbre de los últimos meses, como el probable candidato del RN a las elecciones presidenciales de 2027, ¿podrá Jordan Bardella retomar su papel de número dos en esta campaña?

Quizás con más facilidad que el papel de cabeza de lista, en realidad. En mi opinión, el verdadero rival del RN hoy en día será Édouard Philippe, que se está posicionando como un posmacronista con una inclinación descaradamente de derechas. Es, en cierto sentido, el candidato de una derecha liberal algo autoritaria. Sin embargo, Jordan Bardella, en una especie de “trumpismo” al estilo francés, también se está posicionando en una plataforma autoritaria-liberal, pero con menos experiencia que su oponente, Édouard Philippe. No ha sido primer ministro, no es alcalde de ninguna gran ciudad y no está familiarizado con el funcionamiento del Gobierno… Mientras que Marine Le Pen, que se describe a sí misma como ni de derechas ni de izquierdas, sino “de las bases” –en una especie de macronismo a la inversa–, bien podría atraer a un sector del electorado de izquierdas y a quienes suelen abstenerse. Ella supone una amenaza mucho mayor para Édouard Philippe que Jordan Bardella. En este escenario, Francia tendrá una oposición que equivaldrá prácticamente a un conflicto de clases.


Entrevista realizada por Laurent Bainier.

The Conversation

Luc Rouban no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

ref. Con la sentencia dictada contra Marine Le Pen, el poder judicial deja en manos de los ciudadanos franceses la decisión final sobre su futuro político – https://theconversation.com/con-la-sentencia-dictada-contra-marine-le-pen-el-poder-judicial-deja-en-manos-de-los-ciudadanos-franceses-la-decision-final-sobre-su-futuro-politico-287257