La perte du « goût » est en réalité souvent une perte d’odorat

Source: The Conversation – in French – By Thierry Thomas-Danguin, Directeur de recherche – Centre des sciences du goût et de l’alimentation (UMR CSGA), Inrae


L’ESSENTIEL

  • Notre système gustatif ne perçoit que cinq saveurs : le sucré, le salé, l’acide, l’amer et l’umami.

  • Les goûts que nous percevons résultent de l’intégration de ces informations avec celles issues de la détection de molécules odorantes par le nez, et de sensations « chimiques » provoquées par diverses molécules spécifiques.

  • Les véritables pertes sensorielles du goût, qui concernent les cinq saveurs, sont beaucoup moins fréquentes que les pertes olfactives.


Un café devenu presque indiscernable d’une tasse d’eau chaude, une pêche dont il ne reste que la douceur et la texture : c’est souvent ainsi que l’on se rend compte d’une « perte du goût ».

Tout le monde peut être concerné, temporairement ou durablement, que ce soit à la suite d’une infection, d’un traumatisme, de la prise de certains traitements, ou encore simplement en raison de l’avancée en âge.

Il faut pourtant savoir qu’il est très rare que ce que l’on appelle « perte du goût » en soit vraiment une, autrement dit que cette expression ne désigne qu’une incapacité à percevoir les saveurs. En réalité, le plus souvent, il s’agit d’une altération de l’odorat.

Pour comprendre pourquoi une même expression peut recouvrir plusieurs troubles sensoriels, il faut se pencher sur la façon dont fonctionne le système qui nous permet de percevoir, non pas uniquement les goûts, mais plutôt les « flaveurs ». Explications.

De la bouche au cerveau, où se construit la flaveur ?

Dans le langage courant, le mot « goût » désigne l’ensemble des sensations éprouvées lorsque nous mangeons. Cependant, pour les scientifiques, cette perception globale correspond en réalité à la « flaveur ».

Ce terme désigne le résultat de l’intégration de trois types principaux d’informations : les saveurs, les odeurs et les sensations « trigéminales ». Ces dernières sont transmises par le nerf trijumeau, un nerf crânien dont les terminaisons sensitives innervent notamment les muqueuses de la bouche et du nez.

Avant tout, rappelons que c’est le système gustatif, situé dans la sphère orale, qui permet de percevoir les saveurs : le sucré, le salé, l’acide, l’amer et l’umami. Les molécules responsables de ces saveurs, libérées par les aliments et dissoutes dans la salive, stimulent les bourgeons gustatifs localisés principalement sur la langue.

Qu’est-ce que l’umami ?
Le terme japonais umami peut se traduire approximativement par « savoureux ». Il désigne notamment la saveur caractéristique du dashi, un bouillon traditionnel japonais préparé à partir d’algue kombu. Cette saveur est principalement liée au glutamate, un composé naturellement présent dans les tomates mûres, les champignons, les fromages affinés ou certains bouillons.

Mais alors, pourquoi les goûts que nous percevons ne se limitent-ils pas à ces cinq saveurs ? Parce que d’autres informations sont également collectées lorsque nous mangeons.

Ainsi, le nerf trijumeau est lui aussi activé par certaines molécules, notamment celles responsables des sensations, telles que le piquant du piment, la fraîcheur de la menthe. Ces perceptions relèvent de la « chemesthésie ». Ce terme désigne l’ensemble des sensations provoquées par l’action de certaines molécules sur les terminaisons sensitives du nerf trijumeau. La chemesthésie exprime donc une notion de « sensibilité chimique ». Elle comprend, par exemple, le piquant du piment, la fraîcheur de la menthe, le pétillant d’une boisson gazeuse ou la sensation brûlante de l’alcool.

Les aliments libèrent également des molécules odorantes, qui sont détectées dans le nez par le système olfactif. Ces molécules sont transportées par les flux d’air liés à la respiration et atteignent la partie supérieure de la cavité nasale, où elles activent des récepteurs portés par les neurones sensoriels olfactifs. Ces derniers transmettent ensuite l’information au bulbe olfactif, puis à différentes régions cérébrales.

Ce sont ces molécules odorantes qui contribuent largement à l’identité aromatique de ce que nous goûtons, qu’il s’agisse d’une pêche, d’un café ou du bouquet d’un vin. En effet, avant même qu’un aliment n’entre dans la bouche, certaines molécules volatiles atteignent la cavité nasale lorsque nous respirons son odeur. Cette première activation olfactive, qui se produit lorsque les molécules parviennent au nez via l’air ambiant inspiré, est dite « orthonasale ».

Pendant la mastication, d’autres molécules sont libérées dans la bouche, puis remontent vers le nez par l’arrière-gorge, où elles vont être détectées : on parle alors d’olfaction rétronasale. Celle-ci joue un rôle essentiel dans la perception des aliments.

Pourtant, lorsque nous attribuons au café que nous buvons son arôme torréfié, nous n’avons pas forcément conscience que cette information est détectée dans le nez : elle semble provenir de la bouche, comme les saveurs !

Ces trois sortes d’informations (gustatives, trigéminales et olfactives) sont transmises au cerveau par des voies nerveuses distinctes. Elles y sont ensuite traitées conjointement, dans différentes régions cérébrales. C’est ainsi que le cerveau construit la représentation d’une flaveur, et fait d’une perception multisensorielle une expérience cohérente.

Point intéressant à souligner : la flaveur peut être influencée par la texture, la température et la couleur des aliments, ainsi que – c’est plus surprenant – par certains sons.

Dans un dessert, une texture plus épaisse peut, par exemple, diminuer la perception de la saveur sucrée ou l’intensité de l’arôme de vanille ; sa température agit également sur la libération des molécules odorantes et sur la perception de certaines saveurs.

La vision intervient elle aussi. Ainsi, un vin blanc artificiellement coloré en rouge peut être décrit à l’aide du vocabulaire associé à l’univers des fruits rouges (cassis, framboise…). Enfin, les sons produits lors de la mastication d’une chips participent à la perception de son caractère croustillant.

Pas « une » mais « des » pertes du goût

« Perdre le goût » peut donc correspondre à plusieurs situations. L’hyposmie et l’anosmie correspondent, par exemple, aux atteintes de l’odorat.

Une personne anosmique, dont l’odorat n’est plus fonctionnel, peut ainsi reconnaître qu’un aliment est sucré, salé, acide ou amer, tout en éprouvant des difficultés à l’identifier. L’aliment conserve ses saveurs et sa texture, mais perd une grande partie de son identité aromatique. Une plainte de « perte de goût » révèle donc souvent une perte d’odorat.

D’autres personnes peuvent souffrir d’hypogueusie, un terme désignant une diminution de la perception des saveurs, ou d’agueusie, dans le cas où ces dernières ont complètement disparu.

Les troubles ne se limitent pas toujours à une baisse de sensibilité. Les patients atteints de parosmie, perçoivent, par exemple les odeurs de manière déformée : le café ou le chocolat peuvent ainsi sembler systématiquement avoir une odeur de plastic brûlé.

La phantosmie correspond à une odeur perçue sans source présente. Enfin, la dysgueusie désigne une perception gustative modifiée, comme une saveur amère ou métallique persistante.

On comprend pourquoi l’expression « perte du goût » ne suffit pas, à elle seule, à identifier le problème. Pour orienter l’évaluation clinique, il est crucial de distinguer ces troubles, qui peuvent par ailleurs être transitoires ou persister.

La validation d’un test olfactif à visée clinique, auprès de personnes âgées de 15 à 91 ans, a permis de caractériser les déficits de détection et d’identification des odeurs.

Qui est concerné ?

Il faut souligner que les véritables pertes gustatives – c’est-à-dire celles qui concernent les cinq saveurs – sont beaucoup moins fréquentes que les pertes olfactives.

Une altération de l’odorat ou de la gustation peut néanmoins survenir à tout âge. Elle peut être brutale. C’est le cas lorsqu’elle résulte, par exemple, d’une infection respiratoire, de maladies nasales, sinusiennes ou neurologiques, ou d’un traumatisme crânien. Elle peut aussi s’installer progressivement. Enfin, il arrive qu’elle soit présente dès la naissance : certaines personnes viennent en effet au monde sans odorat.

Cette anosmie congénitale, qui peut être isolée ou associée à un syndrome génétique, comme le syndrome de Kallmann, reste toutefois très rare, puisqu’elle concernerait environ une personne sur 10 000. Elle est parfois découverte tardivement, lorsque la personne compare son expérience à celle de son entourage. Une telle anosmie réduit la perception des arômes et la capacité à détecter certains dangers, mais les personnes concernées développent souvent précocement des stratégies de compensation.

Les capacités olfactives tendent également à diminuer avec l’âge, en fonction de l’état de santé et des médicaments consommés (certains médicaments et traitements altèrent en effet l’odorat ou la gustation).

Le Covid-19, révélateur des troubles chimiosensoriels
Le Covid-19 n’a pas créé les pertes olfactives, mais les a fait connaître à une échelle sans précédent. Dès le début de la pandémie, la disparition soudaine de l’odorat, parfois sans nez bouché, est apparue comme un signe évocateur de l’infection.

Une enquête internationale menée auprès de plus de 4 000 personnes déclarant avoir reçu un diagnostic de Covid-19 a étudié séparément l’odorat, la gustation et la chemesthésie. Les participants rapportaient une forte diminution de l’odorat et de la gustation ainsi qu’une altération moindre des sensations trigéminales. Le Covid-19 pouvait donc toucher plusieurs composantes de la perception chimiosensorielle.

Chez la plupart des personnes, les perceptions se sont progressivement rétablies. Mais une étude de suivi conduite jusqu’à onze mois après l’infection a montré que certains participants conservaient une diminution de l’odorat ou développaient une parosmie ou une phantosmie. Recommencer à percevoir des odeurs ne signifie donc pas toujours retrouver celles d’avant la maladie.

Pourquoi est-il important d’en parler ?

La perte ou la déformation de la perception de la flaveur ne constitue pas seulement une curiosité sensorielle. Lorsque les aliments deviennent fades ou méconnaissables, le plaisir associé aux repas peut diminuer, tout comme l’envie de cuisiner ou de manger avec d’autres personnes, ce qui peut dégrader la qualité des relations sociales.

Certains patients concernés mangent moins et perdent du poids, ce qui est préoccupant chez les personnes âgées, malades ou déjà fragilisées. D’autres compensent en privilégiant des aliments plus sucrés ou salés, les épices, le croquant ou les contrastes de température. Dans une telle situation, il faut en effet réapprendre à choisir, préparer et apprécier ce que l’on mange.

La parosmie entraîne quant à elle des difficultés particulières : des aliments appréciés peuvent devenir insupportables. Or, leur éviction peut réduire la diversité alimentaire. S’y ajoutent la perte d’un plaisir quotidien, le sentiment d’isolement et la difficulté à partager les repas.

Enfin, n’oublions pas que l’odorat contribue aussi à la détection de potentiels dangers, qu’il s’agisse d’une odeur de fumée, de gaz ou d’aliment altéré. Sa disparition peut donc exposer à des risques qui dépassent l’alimentation.

En définitive, perdre le goût ne signifie donc pas toujours perdre les saveurs des aliments. Identifier la composante sensorielle atteinte est essentiel pour en comprendre la cause et limiter ses conséquences sur l’alimentation, la qualité de vie et la sécurité.


Cet article est publié dans le cadre de la Fête de la science (qui a lieu du 2 au 12 octobre 2026), dont The Conversation France est partenaire. Cette nouvelle édition porte sur la thématique « Saveurs savantes ». Retrouvez tous les événements de votre région sur le site Fetedelascience.fr.

The Conversation

Thierry Thomas-Danguin ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

– ref. La perte du « goût » est en réalité souvent une perte d’odorat – https://theconversation.com/la-perte-du-gout-est-en-realite-souvent-une-perte-dodorat-291502

Trump peut-il acheter les midterms ?

Source: The Conversation – in French – By Frédérique Sandretto, Adjunct assistant professor, Sciences Po


L’ESSENTIEL

  • Donald Trump a promis 5 000 dollars à chaque citoyen des États-Unis si les républicains conservent la majorité au Congrès à l’issue des élections de mi-mandat du 3 novembre.

  • Cette approche relève d’une « politique-business » propre au magnat new-yorkais : l’État est présenté comme une entreprise dont les citoyens sont les actionnaires, qui ont donc droit à un « dividende » quand l’État fait des bénéfices.

  • Or, les États-Unis affichent un déficit budgétaire colossal et le financement de cette promesse semble pour le moins douteux. D’ailleurs, les électeurs semblent peu enclins à y croire…


La scène était exceptionnelle à plus d’un titre. À Dallas, le 10 septembre dernier, Donald Trump a transformé la première convention républicaine organisée à l’occasion des élections de mi-mandat en un immense meeting à sa gloire.

À l’approche des midterms du 3 novembre, le président ne s’est pas contenté de soutenir les candidats de son parti. Il a voulu faire de cette élection un référendum sur sa propre personne. Il a même demandé aux électeurs de voter comme si son nom lui-même figurait sur le bulletin de vote. Pendant près de deux heures, le locataire de la Maison-Blanche a occupé la scène, multipliant les attaques contre les démocrates et affirmant que son bilan était exceptionnel et devait nécessairement se traduire par une victoire de sa formation.

Surtout, il a dégainé un argument massue : si les républicains conservent la majorité à la Chambre des représentants et au Sénat, chaque citoyen états-unien adulte recevra 5 000 dollars (l’équivalent de 4 500 euros).

Un dividende de 5 000 dollars

Trump a choisi un mot extrêmement révélateur pour désigner cette somme : le « dividende ».

Le terme n’est pas anodin. Un dividende est normalement une somme versée aux actionnaires d’une entreprise lorsque celle-ci réalise des bénéfices. En utilisant ce vocabulaire, le chef de l’État se place une nouvelle fois dans une posture de chef d’entreprise. Il présente les États-Unis comme une immense société dont les citoyens seraient les actionnaires, invités à reconduire l’équipe dirigeante s’ils souhaitent bénéficier d’un joli chèque.

Mais de quelle somme parle-t-on réellement ? Le pays comptant environ 260 millions de citoyens adultes, une allocation de 5 000 dollars représenterait potentiellement près de 1 300 milliards de dollars. À titre de comparaison, le budget de la défense des États-Unis, premier poste de dépense du gouvernement fédéral, sera de 1 150 milliards de dollars en 2027, un montant jamais atteint jusqu’ici.

La question du financement surgit donc immédiatement. Or Trump n’a pas expliqué précisément comment ce programme serait financé. Il n’a pas présenté de dispositif législatif détaillé, alors qu’un tel versement nécessiterait l’intervention du Congrès. Le président ne peut pas décider seul de distribuer 1 300 milliards de dollars aux citoyens. Le caractère spectaculaire de l’annonce est donc très supérieur, pour le moment, à sa traduction juridique et budgétaire.

Cette promesse rappelle surtout les précédents de la politique économique trumpienne. En 2025, l’idée d’un DOGE dividend avait déjà circulé. Le principe était alors de reverser aux contribuables une partie des économies que l’éphémère Department of Government Efficiency, dirigé pendant les premiers mois de son activité par Elon Musk, devait permettre de réaliser. Le chiffre de 5 000 dollars avait déjà été évoqué. Donald Trump avait lui-même repris l’idée, mais elle ne s’était jamais transformée en programme concret.

Vers un modèle de « politique-business »

Ce précédent est important parce qu’il permet de comprendre la mécanique politique actuelle. L’idée n’est pas simplement de distribuer de l’argent, mais de transformer des instruments de politique publique en produits politiques immédiatement compréhensibles.

Les économies réalisées par le DOGE deviennent un dividende. Les recettes douanières deviennent un remboursement. Les bons résultats économiques deviennent une prime. Et maintenant, la victoire républicaine aux élections devient la condition permettant d’obtenir 5 000 dollars.

Cette « politique-business » repose sur une conception très transactionnelle du pouvoir. La politique est présentée comme un contrat. Trump affirme qu’il apporte de la croissance, de la puissance, des investissements, des emplois ou des économies ; en échange, l’électeur lui doit sa confiance et surtout son vote.

Une promesse risquée

La question est évidemment de savoir si une telle promesse peut réellement faire pencher la balance du côté du parti républicain.

La réponse est plus complexe qu’il n’y paraît. Sur le plan psychologique, 5 000 dollars représentent une somme suffisamment importante pour attirer l’attention de millions d’électeurs. Dans une période où le coût de la vie, l’inflation et le prix de l’énergie préoccupent fortement les Américains, la promesse d’un versement direct peut avoir un impact immédiat. D’autant qu’elle permet également à Donald Trump de déplacer la campagne sur un terrain qui lui est favorable : celui de l’argent, du pouvoir d’achat et de la capacité à obtenir des résultats concrets.

Mais cette promesse comporte également plusieurs risques.

Le premier est sa crédibilité. Les électeurs ont déjà entendu parler du DOGE dividend et du tariff dividend (en novembre 2025, Trump avait promis de redistribuer aux Américains au moins 2 000 dollars par personne, ce qui représentait selon lui une partie des recettes supplémentaires provenant des droits de douane qu’il avait instaurés) sans jamais recevoir les sommes annoncées. La promesse des 5 000 dollars peut donc être reçue avec un certain scepticisme.

D’ailleurs, d’après un sondage conduit mi-septembre, seuls 21 % des personnes interrogées croient que, en cas de victoire, Trump mettra réellement cet engagement en œuvre. Et selon une autre enquête, conduite quelques jours plus tard, la promesse de Trump ne change rien aux intentions de vote de 52 % des électeurs, tandis que 32 % affirment qu’elle les rend moins susceptibles de voter en faveur des candidats républicains, et 15 % seulement reconnaissent qu’elle peut les inciter à déposer dans l’urne un bulletin du parti du président.

Le deuxième risque est budgétaire. Le gouvernement fédéral affiche déjà un déficit extrêmement important. Le Bureau du budget du Congrès américain (CBO) prévoit un déficit annuel d’environ 2 100 milliards de dollars. Verser plus de 1 000 milliards de dollars supplémentaires supposerait soit d’obtenir de nouvelles recettes, soit de réduire massivement certaines dépenses, soit d’accroître la dette. Les économistes soulignent également qu’une injection aussi importante de liquidités dans une économie déjà confrontée à des tensions inflationnistes pourrait alimenter de nouvelles hausses de prix.

Le troisième risque est politique. Juridiquement, la promesse de Trump ne relève pas d’un achat de vote au sens strict, puisque le versement serait destiné à tous les citoyens, indépendamment de leur vote individuel et ne constituerait pas une récompense pour avoir personnellement voté républicain. Mais politiquement, l’annonce place plus que jamais Trump, en sa qualité de chef de l’État fédéral, au cœur de la campagne, ce qui peut, certes, mobiliser son électorat le plus fidèle, mais aussi éloigner les indépendants et certains électeurs modérés – et galvaniser l’électorat démocrate, qui pourrait aller voter plus massivement que si le président s’était tenu à l’écart de la campagne.

Quels enjeux pour le 3 novembre prochain ?

La question des prochaines semaines ne sera donc plus seulement de savoir si Donald Trump peut promettre 5 000 dollars à 260 millions de personnes, mais combien d’électeurs américains croiront à la promesse d’un tel dividende. Jusqu’où les électeurs sont-ils encore prêts à miser sur Trump ?

Le 3 novembre, l’Amérique dira si elle est encore prête à investir dans l’entreprise politique de Donald Trump ou si elle estime désormais que le rendement promis ne justifie plus le risque.

The Conversation

Frédérique Sandretto ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

– ref. Trump peut-il acheter les midterms ? – https://theconversation.com/trump-peut-il-acheter-les-midterms-293621

Pourquoi le prix du bois chute-t-il après un incendie ou une tempête ?

Source: The Conversation – in French – By Marielle Brunette, Directrice de recherche, Inrae

Coupes massives après l’incendie de La Teste-de-Buch (Gironde), en 2022. Source : Marielle Brunette. , Fourni par l’auteur

L’ESSENTIEL

  • Après une tempête ou un incendie, de nombreux arbres endommagés peuvent être vendus si on agit rapidement.

  • Un afflux de bois à écouler dans les plus brefs délais sur le marché fait alors baisser les prix.

  • Quelques années plus tard, l’inverse peut survenir : la production d’arbres a diminué et les prix remontent.


C’est un phénomène qui peut parfois surprendre : après des événements catastrophiques de type incendie ou tempête, le prix du bois a tendance à chuter. Le grand public peut souvent s’étonner de cette réalité, en pensant qu’il y a sûrement moins de bois disponible après ces fléaux et que la rareté de cette matière première en augmente forcément les prix. La réalité est tout autre, voici pourquoi.

Beaucoup de bois à écouler rapidement

Après une catastrophe de grande ampleur, beaucoup d’arbres sont endommagés simultanément. Mais cela ne signifie pas que le bois est perdu. S’il est récolté rapidement, il reste exploitable pour la plupart des usages, de la construction à l’énergie, même s’il perd l’accès aux débouchés les plus valorisants.

Une partie ne sera jamais récoltée, non parce qu’elle est inutilisable, mais parce que ce ne sera pas rentable. Le reste doit cependant être exploité rapidement afin de limiter leur dégradation et de préserver leur valeur commerciale. Il en résulte un afflux potentiel de bois sur le marché, mais la filière forêt-bois ne peut pas nécessairement absorber une telle quantité en peu de temps.

Un exercice périlleux en temps limité

Le premier verrou se situe en forêt, où les capacités d’exploitation habituelles, en bûcherons, en engins et en accès aux parcelles, ne suffisent pas à récolter dans le temps imparti l’afflux d’arbres abattus par une catastrophe. Prélever le bois endommagé en forêt est, dans la grande majorité des cas, le travail des entreprises de travaux forestiers (ETF), qui réalisent environ 80 % des travaux d’exploitation en France. Or, le Conseil général de l’alimentation, de l’agriculture et des espaces ruraux (CGAAER) souligne que la profession est confrontée à des difficultés d’attractivité et de recrutement. Les travaux de récolte sont en outre décrits comme physiquement exigeants et dangereux par l’interprofession nationale.

Dans le cas d’une tempête, par exemple, l’exploitation des chablis (les arbres renversés ou brisés par le vent) est particulièrement contraignante : enchevêtrés au sol, ils présentent des difficultés techniques et de sécurité spécifiques pour les exploitants (cf. photo ci-dessous). Pour cette raison, les [pouvoirs publics] ont notamment retenu un surcoût forfaitaire d’exploitation des chablis de 10 euros par mètre cube, déductible du revenu forestier des propriétaires sinistrés, après les tempêtes de 1999 et, dans le Sud-Ouest, après la tempête Klaus en 2009.

Dans ce contexte, la capacité effective de récolte peut être réduite au moment même où le volume à exploiter augmente fortement.

Arbres enchevêtrés en forêt de Haye (Meurthe-et-Moselle) à la suite des tempêtes Lothar et Martin (1999).
Alain André/ONF, Fourni par l’auteur

Une logistique complexe et des scieries de moins en moins nombreuses

Le deuxième verrou concerne la logistique. Les bois doivent être abattus, façonnés, débardés (sortis des parcelles jusqu’en bord de route), transportés et, lorsque leur conservation l’exige, stockés dans des conditions permettant de ralentir leur dégradation.

Lors des grandes tempêtes, une partie des troncs abattus (les grumes) a été conservée par aspersion : un arrosage continu maintient le bois saturé en eau, ce qui limite l’apport d’oxygène et ralentit le développement des champignons et insectes responsables de sa dégradation (cf. photo ci-dessous). Cette technique a permis notamment de réguler l’afflux de chablis sur le marché.

Stockage sous aspersion en Moselle, novembre 2025.
Marielle Brunette, Fourni par l’auteur

La tempête Caetano, en novembre 2024, illustre cette contrainte dans la vallée de la Tarentaise, en Savoie : l’Office national des forêts (ONF) estimait à environ 60 000 mètres cubes le volume de chablis à exploiter, soit, pour la seule commune des Allues, l’équivalent d’environ vingt années d’exploitation habituelle. Un an après, en novembre 2025, l’essentiel de ces bois avait été évacué, façonné et écoulé auprès d’acheteurs partout en France, grâce à des contrats d’approvisionnement mobilisés en urgence.

Le troisième verrou est industriel. Selon l’Agreste, la France comptait 1 214 scieries en 2022, contre 9 000 en 1973, selon la Cour des comptes. La Cour des comptes souligne surtout le sous-dimensionnement de l’outil français : avec une surface forestière inférieure d’environ un tiers, l’Allemagne produit plus de deux fois plus de sciages.

S’y ajoute un décalage structurel, le « paradoxe français » : les sciages portent à 80 % sur des résineux alors que la forêt est feuillue à environ deux tiers. La France importe ainsi chaque année environ 2 millions de mètres cubes de sciages résineux.

Un choc d’offre

Il résulte de cette situation un décalage : après une tempête, un incendie ou une infestation de scolytes (des petits coléoptères qui coupent la circulation de la sève de certains conifères en creusant des galeries dans le bois), la quantité de bois qui pourrait être vendue dépasse largement la quantité qui peut effectivement être récoltée, transportée et transformée dans la fenêtre de temps où ce bois conserve sa valeur. Les prix s’effondrent, tandis qu’une partie des volumes se dégrade sur pied ou en forêt avant d’avoir pu être mobilisée.

En langage économique, on dit que l’offre est supérieure à la demande. Dans ce contexte, la réaction du marché, c’est une chute des prix. En effet, plus un produit est disponible, plus son prix est bas et, inversement, plus un produit est rare, plus il est cher. Il n’est donc pas surprenant qu’un afflux massif de bois sur le marché génère ce que l’on appelle un « choc d’offre ».

Un tel choc fut observé à la suite des tempêtes de 1999 et de 2009. D’après le Centre d’études et de prospectives (CEP) du ministère de l’agriculture, le prix du pin maritime a ainsi chuté de près de 60 % après la tempête Klaus de 2009.

Ce phénomène a également été observé, dans une moindre mesure, dans l’est de la France, en 2018 à la suite des ravages des scolytes. Les conséquences économiques de ces ravages ont été encore plus manifestes dans d’autres pays, en République tchèque par exemple, où la crise des scolytes de 2018 a provoqué une hausse de 340 % des quantités de bois endommagés, engendrant une chute des prix du bois de 73 %.

Un contrecoup possible

Un choc d’offre, cela signifie une urgence à traiter immédiatement, mais aussi des problèmes d’approvisionnement à anticiper. En effet, beaucoup de bois maintenant, cela signifie moins de bois plus tard, car les arbres mettent du temps à pousser. Par conséquent, une baisse brutale des prix peut être suivie après quelques années par une hausse brutale, puisque le bois devient plus rare. On l’observe clairement sur le graphique ci-dessous avec le prix du pin maritime qui s’est effondré à la suite de la tempête Klaus de 2009 avant de remonter progressivement jusqu’à atteindre deux fois le prix d’avant tempête (environ 25 euros par mètre cube en 2005 versus 50 euros en 2018).

Certaines caractéristiques peuvent contribuer à accentuer cette chute de prix. Tout d’abord, si les dommages sont concentrés dans une zone assez restreinte, le marché local va s’effondrer. De plus, la baisse du prix est plus importante quand le bois est homogène en essence et en usage.

Ces deux caractéristiques ont été rencontrées lors de la tempête Klaus de 2009. Cette tempête a touché essentiellement le sud-ouest de la France, endommageant principalement du pin maritime. La chute de prix qui s’est ensuivie fut spectaculaire, atteignant un prix de zéro en 2009-2010. Dans ce cas précis, il devient urgent d’alimenter un marché plus large, d’évacuer les bois vers d’autres régions, voire d’autres pays. Si la catastrophe avait touché plusieurs régions et des essences variées, l’impact aurait été moindre, comme ce fut le cas avec la tempête de 1999 (cf. graphique).

Peut-on minimiser la baisse des prix ?

Comment, dès lors, limiter ces chutes et hausses des prix ?

Les propriétaires peuvent utiliser des contrats d’approvisionnement qui stipulent une date de récolte et un prix, de manière à ne pas subir la volatilité courante des prix du bois. Toutefois, cet instrument ne fonctionne pas en cas d’aléa, car le propriétaire impacté n’est pas en mesure de respecter les clauses du contrat, notamment en matière de qualité et de diamètre.

Une pratique souvent mise en œuvre est de demander aux propriétaires d’être solidaires. En effet, on va suggérer aux propriétaires qui n’ont pas été touchés d’attendre, de décaler leur récolte afin de limiter les bois disponibles sur le marché. Par exemple, après les incendies de 2022 dans le Sud-Ouest, les ventes d’automne par appel d’offres ont été annulées afin de permettre la récolte des bois sinistrés dans les meilleures conditions.

Ensuite, plusieurs politiques publiques peuvent être mises en œuvre, dont certaines ont déjà été testées. Par exemple, une politique de stockage a déjà été mise en œuvre à la suite des tempêtes de 1999 et de 2009. Il s’agit d’entreposer les bois sur des aires de stockage spécifiques, ce qui permet de lisser l’offre de bois dans le temps, c’est-à-dire d’écouler les bois sur le marché plus lentement.

Des subventions au transport ont également déjà été mises en place après les mêmes tempêtes. Elles ont pour objectif de favoriser la circulation des bois sur le territoire et au-delà, c’est-à-dire d’élargir le marché. Enfin, la fixation d’un prix plancher est également une mesure disponible, mais qui, à notre connaissance, bien que parfois discutée, n’a jamais été décidée. Cette fois, il s’agit d’imposer un prix minimum de vente afin d’éviter la ruine du vendeur.

Des aléas de plus en plus fréquents

Sous l’effet du changement climatique, les aléas naturels deviennent plus fréquents et plus intenses. On observe notamment une récurrence d’aléas dans les mêmes zones géographiques. Le Sud-Ouest a ainsi subi une sécheresse en 2021, des incendies de l’été 2022 et les attaques de scolytes qui ont suivi. Ou encore, plus récemment, avec l’arrivée de la nématode du pin à Seignosse dans les Landes en novembre 2025, suivie de la tempête Nils en février 2026, et des grands incendies de l’été 2026. Ces risques multiples et en cascade vont encore accentuer l’instabilité du marché du bois et accroître la volatilité des prix.

The Conversation

Ce travail a bénéficié de l’appui de l’Observatoire pour L’Economie de la Forêt (OLEF) – https://doi.org/10.17180/hk4v-2a37, plateforme de l’UMR BETA. Les auteurs remercient Alexandra Niedzwiedz pour ses conseils et la réalisation du graphique.
Ce travail a reçu le soutien du MP XRisques d’INRAE et du projet X-RISKS du PEPR FORESTT (ANR-24-PEFO-0005).

Ce travail a bénéficié de l’appui de l’Observatoire pour L’Economie de la Forêt (OLEF) – https://doi.org/10.17180/hk4v-2a37, plateforme de l’UMR BETA. Les auteurs remercient Alexandra Niedzwiedz pour ses conseils et la réalisation du graphique. Ce travail a reçu le soutien du MP XRisques d’INRAE et du projet X-RISKS du PEPR FORESTT (ANR-24-PEFO-0005).

– ref. Pourquoi le prix du bois chute-t-il après un incendie ou une tempête ? – https://theconversation.com/pourquoi-le-prix-du-bois-chute-t-il-apres-un-incendie-ou-une-tempete-292838

Près de 2,7 € de retombées économiques pour chaque euro investi : les universités, moteurs de croissance des territoires

Source: The Conversation – France (in French) – By Yannick L’Horty, Économiste, professeur des universités, Université Gustave Eiffel

En étoffant les compétences des étudiants, les universités investissent dans le capital humain. Jessica Olivella/Pexels, CC BY

L’ESSENTIEL

  • Par leurs dépenses et les publics qu’elles attirent, les universités irriguent le tissu économique.

  • Si ces retombées se repèrent vite, leurs effets sur la compétitivité sont plus difficiles à mesurer localement.

  • Un champ de recherche en essor permet d’estimer plus clairement l’apport des universités aux territoires.


Les retombées économiques des établissements d’enseignement supérieur et de recherche (ESR) sur leurs territoires sont souvent peu identifiées par les citoyens.

Le programme Investigation socio-économique sur l’impact territorial des universités (In Situ) permet de les mettre en lumière, en procédant à une réévaluation systématique de la mesure de leur impact local. Déployé en 2025 sur les 6 universités membres de l’association L’initiative, il concernera plus de 10 universités fin 2026.

Ces travaux révèlent qu’1 € investi par l’État dans les universités implique 2,7 euros de retombées économiques pour les collectivités. Il s’agit là d’un résultat robuste, confirmé pour toutes les universités où ce type de calcul a été réalisé.

Différents canaux d’impact

Par leur mission d’enseignement, ces établissements améliorent les compétences des étudiants, ce qui s’apparente, d’un point de vue économique, à un investissement en capital humain. Par leur mission de recherche, ils produisent et diffusent des innovations, des brevets et des connaissances scientifiques qui alimentent le progrès technique, la compétitivité et l’efficacité globale de l’économie.

Ces relais majeurs améliorent les conditions de l’offre de biens et services et jouent un rôle de premier plan dans un contexte de transitions technologique, écologique et sociétale. Mais ils sont spatialement diffus et, bien souvent, ne sont ni perceptibles ni même mesurables à une échelle locale.

Il n’en va pas de même des relais du côté de la demande. Une université est aussi un agent économique et, comme toutes les entreprises ou les acteurs institutionnels, elle engage des dépenses qui ont un effet direct sur la croissance économique et la création d’emplois. L’université réalise par elle-même des dépenses de fonctionnement et d’investissement dans le cadre de ses missions. Ses personnels génèrent des dépenses là où ils résident, en matière de logement, de transport et de consommation. Les étudiants sont aussi des consommateurs et ils peuvent occuper des emplois salariés pendant leur formation, en cas d’alternance. Ces flux irriguent le tissu économique local et méritent d’être objectivés.

Des régions de plus en plus investies

Les collectivités l’ont bien compris et elles investissent depuis plusieurs années dans le financement de l’enseignement supérieur et de recherche (ESR). Si la région est la collectivité territoriale la plus contributrice, à hauteur de 67 %, entre 2018 et 2021, les communes, les intercommunalités et les départements contribuent également alors même que la compétence de l’ESR y est facultative ou optionnelle.

L’État demeure néanmoins le financeur principal de l’ESR, avec la subvention pour charge de service public (SCSP), introduite en 2001, qui représente près de 70 % du budget des universités, auquel s’ajoutent les frais d’inscription et les recettes issues du secteur économique (apprentissage, formation continue, partenariats).

Des difficultés méthodologiques à considérer

Les travaux qui se proposent de mesurer l’impact économique d’une Université se situent dans un champ qui s’est développé depuis plus d’une cinquantaine d’années, principalement aux États-Unis, depuis l’étude de Caffrey et Isaacs Estimating the Impact of a College or University on the Local Economy, publiée en 1971, puis en Europe et notamment en France où un grand nombre de travaux ont été menés à bien selon la même perspective.

Une signature de ce champ de littérature est de distinguer des effets directs et indirects, en adoptant une approche quasi-comptable, et des effets induits, en faisant alors appel à une modélisation d’inspiration keynésienne.

Cette littérature est toutefois marquée par plusieurs limites bien identifiées. D’une part, la grande hétérogénéité des multiplicateurs régionaux retenus et leurs niveaux parfois très élevés (valeurs allant de 1 à 7 selon les études) reflètent des choix méthodologiques et des hypothèses souvent peu harmonisés.

D’autre part, la plupart des applications reposent sur des données agrégées et sur des matrices input-output construites à des niveaux géographiques relativement larges, ce qui limite la capacité à suivre finement les flux de dépenses selon l’identité des fournisseurs ou la localisation précise des étudiants et des personnels.

Dépense publique et effets de proximité

Le programme In Situ repose quant à lui sur l’exploitation de données internes de gestion exhaustives et localisées à la commune, combinées à des données d’enquête et à des simulations, selon une méthode harmonisée permettant de comparer les établissements entre eux, dans l’espace et dans le temps. L’étude pilote sur le périmètre de l’Université Gustave-Eiffel illustre la force des effets de proximité en montrant que sa commune d’implantation, Champs-sur-Marne, capte à elle seule 30,5 % de l’effet emploi de la communauté d’agglomération de Paris-Vallée de la Marne, alors qu’on y dénombre 12,5 % des emplois. La communauté capte elle-même 34,9 % de l’effet départemental, alors qu’elle en représente 17 % des emplois. Le département de Seine-et-Marne capte 40,2 % de l’effet régional alors qu’il représente 8 % de l’emploi de la région Île-de-France.

Ce programme a d’ores et déjà couvert les six universités membres de l’association l’Initiative. Sur ce périmètre qui correspond à une cohorte de 206 000 étudiants, l’impact économique total atteint près de 4 milliards d’euros au niveau national, soit environ 0,13 point de PIB, pour 83 500 emplois en équivalent temps plein, soit l’équivalent d’un grand groupe industriel.

Cette mesure d’impact a été rapportée à la subvention pour charge de service public, pour conclure que chaque euro investi par l’État dans ces universités génère en moyenne 2,7 euros d’activité économique dans les territoires, avec un effet multiplicateur compris entre 2,3 et 3,4 selon les établissements.

Ce résultat central est très solide. Il repose sur des données de gestion localisées et sur très peu d’hypothèses. Surtout, environ 80 % de cet effet transite uniquement par le canal des dépenses des étudiants, ce qui rend la dépense publique universitaire tout à fait singulière : l’université est le seul établissement public qui détermine la mobilité résidentielle de ses usagers, les étudiants, et les concentre durablement dans l’espace, conduisant à des effets économiques de proximité de grande ampleur, sans équivalent dans d’autres établissements publics.

Cet effet d’entraînement territorial unique mériterait d’être mieux pris en compte dans les arbitrages budgétaires sur le financement de l’enseignement supérieur et de la recherche.


Cet article est publié à l’occasion du Congrès 2026 de France Universités, autour de la question « Quel pacte universitaire pour la France de demain ? », organisé le 15 octobre 2026.

The Conversation

Yannick L’Horty a reçu des financements de l’ANR et de plusieurs agences publiques. Le programme In Situ est soutenu par L’initiative, qui réunit 6 universités lauréates I-Site.

Laetitia Challe a reçu des financements de l’ANR.

– ref. Près de 2,7 € de retombées économiques pour chaque euro investi : les universités, moteurs de croissance des territoires – https://theconversation.com/pres-de-2-7-de-retombees-economiques-pour-chaque-euro-investi-les-universites-moteurs-de-croissance-des-territoires-293061

Grand âge : comment les Ehpad repensent leurs liens avec la vie locale

Source: The Conversation – France in French (3) – By Manon Labarchède, Docteure en sociologie – Architecte D.E. Postdoctorante en sociologie, Projet ANR-COMPAC | Laboratoire Passages (UMR CNRS 5319), Centre national de la recherche scientifique (CNRS)


L’ESSENTIEL

  • Longtemps conçus comme des lieux autonomes de vie et de soins, les Ehpad cherchent à mieux s’ancrer dans leurs territoires.

  • Tiers-lieux et services ouverts aux habitants transforment progressivement leur relation à l’extérieur.

  • Cette ouverture oblige aussi à repenser l’architecture et les usages des établissements.


Aujourd’hui, en France, l’accompagnement des personnes âgées les plus dépendantes repose en majorité sur les établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad). Loin de faire l’unanimité, ces structures sont souvent considérées comme des solutions par dépit lorsque le maintien à domicile, solution d’accompagnement largement privilégiée par les personnes âgées elles-mêmes et par les politiques publiques, n’est plus envisageable.

Cette image négative s’est renforcée au cours des dernières années sous l’effet d’une médiatisation importante des difficultés rencontrées par les établissements, notamment lors de la crise du Covid-19, mais aussi avec la parution de l’ouvrage les Fossoyeurs, de Victor Castanet (2022), qui dénonce les conditions de vie et de prise en charge au sein d’un groupe d’établissements privés lucratif. Dans ce contexte, la question de l’avenir des Ehpad fait l’objet de débats nourris.

Des établissements historiquement conçus pour favoriser l’autarcie résidentielle

Héritiers des hospices du XXᵉ siècle, les Ehpad ont connu, au cours des quarante dernières années, de profondes transformations visant à améliorer les conditions de vie des personnes âgées accueillies. Ces évolutions cherchaient notamment à faire de ces structures des lieux de vie, et non plus uniquement des lieux de soins.




À lire aussi :
Personnes âgées : une solidarité familiale trop souvent passée sous silence


Dans cette perspective, les établissements se sont peu à peu efforcés de recréer, autant que possible, les conditions de vie que les résidents connaissaient à leur domicile en cherchant à leur offrir l’ensemble des services, qu’ils soient médicaux ou sociaux, dont ils ont besoin pour vivre. Ainsi, des services habituellement accessibles à l’extérieur ont été intégrés au sein même des établissements (coiffeur, restaurant, lieu de culte, espace bien-être, etc.) afin d’en faciliter l’accès aux résidents.

Si cette logique répond à des objectifs légitimes d’amélioration de la qualité de vie des résidents, elle produit également des effets ambivalents.

D’un point de vue architectural, elle implique une diversification et une augmentation des surfaces à intégrer au programme : aux chambres et espaces de vie des résidents s’ajoutent de nombreux espaces collectifs, médicaux, techniques et logistiques dédiés à l’accompagnement de la vie quotidienne des résidents.

De même, la concentration au sein d’un même espace de l’ensemble des services nécessaires à la vie quotidienne favorise les logiques d’entre-soi et limite les occasions d’interactions avec l’extérieur.

L’amélioration de la qualité de vie peut alors s’accompagner d’un sentiment de mise à l’écart du reste de la société vécus par les résidents, comme perçu par le reste de la société.




À lire aussi :
Tout sauf l’Ehpad ? Les ambiguïtés de la politique du grand âge


Surtout, cette logique d’autarcie tend à limiter les liens entre l’établissement et son environnement d’implantation. L’Ehpad est alors pensé comme un modèle largement reproductible, relativement indépendant des spécificités locales et territoriales. Cette standardisation contribue à rendre ces établissements facilement identifiables, mais aussi à les distinguer du tissu social et urbain dans lequel ils s’inscrivent, participant à une forme de stigmatisation des personnes qui y sont hébergées.

Des établissements qui s’ouvrent progressivement sur l’extérieur

En avril dernier, Camille Galliard-Minier, ministre déléguée chargée de l’autonomie et des personnes en situation de handicap, a annoncé un projet de transformation des Ehpad à travers la labellisation de l’ensemble des établissements en « Maisons France Autonomie » d’ici 2027. L’objectif est d’« accompagner la transformation des établissements en des maisons ouvertes sur l’extérieur, en lieux de vie ».

Présentée comme une des six priorités du plan France Autonomie, cette proposition s’inscrit dans la continuité du « virage domiciliaire » engagé par les différents gouvernements depuis une dizaine d’années. Il désigne la réorientation des politiques publiques vers le maintien à domicile, afin de permettre aux personnes âgées de rester autant que possible dans leur environnement de vie. Il repose sur le développement et la coordination des services d’aide et de soins à domicile, l’adaptation des logements, le développement de solutions d’habitat intermédiaires (habitat inclusif, résidences autonomie, etc.) et le soutien aux proches aidants.

Le virage domiciliaire interroge aussi la place de l’Ehpad. S’il ne conduit pas nécessairement à sa disparition, il implique la redéfinition de sa fonction et de son rôle dans les parcours des individus. Ainsi, les réflexions sur l’« Ehpad du futur », portées par les acteurs du champ et les politiques publiques, ne se limitent pas à l’évolution de l’organisation et de modes d’accompagnement des établissements, jugés trop rigides, médicalisés et ne respectant pas toujours les volontés et libertés des personnes. Elles interrogent aussi l’inscription de l’Ehpad dans des dynamiques territoriales à travers l’ouverture des établissements.

L’explosion du nombre des seniors en perte d’autonomie d’ici 2050 : où vont-ils vieillir ?

En ce sens, une première approche vise à ouvrir davantage les Ehpad sur leur territoire en étendant leurs interventions au-delà du périmètre des établissements.

Dans un premier temps, les expérimentations de dispositifs d’ « Ehpad hors les murs » ont ainsi permis de développer des services externalisés et une prise en charge renforcée afin de favoriser le maintien à domicile des personnes âgées : accès à des professionnels spécialisés dans le champ de la gérontologie, solutions de répit, téléassistance, transport, activités sociales, etc.

Plus récemment, les centres de ressources territoriaux (CRT), financés par appels à projets des Agences Régionales de Santé, ont prolongé et élargi cette dynamique. À l’accompagnement renforcé des personnes âgées à domicile s’ajoute à présent un appui aux professionnels libéraux du territoire intervenant à domicile, à travers par exemple des actions de formation, la mise à disposition d’équipements ou encore le partage d’expertise.

Dans une approche davantage centrée sur la dimension sociale que sanitaire, le développement de tiers-lieux au sein des établissements, largement soutenu et financé par la Caisse nationale de solidarité pour l’autonomie (CNSA) est pensé dans l’optique de créer :

« Un lieu, dans l’enceinte de l’établissement, qui soit librement accessible aux résidents comme aux habitants des environs, et qui permette les échanges, les rencontres, les animations entre personnes de tous âges. »

Restaurant, épicerie, jardin partagé, médiathèque ou même bistrot, sont autant d’espaces, qui voient le jour au sein des établissements.

Si elle peut paraître très institutionnalisée, l’ouverture des établissements sur leur environnement est aussi pensée par les acteurs de terrain et s’appuie sur une multitude d’initiatives plus informelles, développées localement par les établissements, les associations ou les habitants eux-mêmes afin de favoriser la rencontre et l’échange.

À Bordeaux, par exemple, l’Ehpad Village Terre-Nègre a ouvert un café associatif destiné à accueillir à la fois les résidents et les habitants du quartier, faisant entrer des activités ordinaires de la vie locale au sein de l’établissement. À Brest, c’est le restaurant de l’Ehpad qui accueille une clientèle nouvelle et élargie.

Repenser l’architecture des Ehpad pour les ouvrir sur leur territoire

Dans la conception même des établissements, l’ouverture implique un changement profond. Celui-ci repose à la fois sur une meilleure prise en compte du contexte local d’implantation (services disponibles à proximité, desserte des établissements, offre manquante sur le territoire) et sur l’organisation des espaces au sein des établissements. L’ouverture ne peut être envisagée comme une simple caractéristique fonctionnelle ; elle constitue un principe structurant de production de l’espace institutionnel.

Elle influence non seulement la relation de l’établissement à son environnement immédiat et le traitement de ses interfaces avec l’extérieur, mais également l’organisation des espaces intérieurs et les usages qui s’y déploient entre accès au public et intimité. Une logique d’autant plus importante, que l’analyse des établissements, tels qu’ils sont construits aujourd’hui, souligne déjà des incohérences obligeant par exemple les résidents à passer par les espaces collectifs pour se rendre aux douches communes, ou encore les visiteurs à traverser l’ensemble du couloir desservant les chambres pour se rendre dans un lieu collectif.

L’ouverture des établissements poursuit donc un objectif commun : renforcer les interactions entre l’Ehpad et son environnement de proximité. Il s’agit de faire de l’établissement non plus seulement un lieu d’hébergement et de soins, mais également un lieu inscrit dans une dynamique sociale et d’offre de proximité du territoire.

Dans cette perspective, il est nécessaire de ne pas oublier qu’ouvrir l’Ehpad sur son environnement ne consiste pas seulement à proposer de nouveaux services ou à faire entrer des acteurs extérieurs dans l’établissement. Il s’agit aussi de permettre aux résidents de bénéficier davantage des ressources déjà présentes sur le territoire : activités culturelles et sportives, commerces, services publics, associations ou lieux de sociabilité.


Le projet COMPAC sur lequel s’appuie cet article est soutenu par l’Agence nationale de la recherche (ANR), qui finance en France la recherche sur projets. L’ANR a pour mission de soutenir et de promouvoir le développement de recherches fondamentales et finalisées dans toutes les disciplines, et de renforcer le dialogue entre science et société. Pour en savoir plus, consultez le site de l’ANR.

The Conversation

Manon Labarchède a reçu des financements de la Fondation Médéric Alzheimer pour sa thèse de doctorat en sociologie “Les espaces de la maladie d’Alzheimer: conditions de vie, hébergement et hospitalité” (Université de Bordeaux, 2021)

– ref. Grand âge : comment les Ehpad repensent leurs liens avec la vie locale – https://theconversation.com/grand-age-comment-les-ehpad-repensent-leurs-liens-avec-la-vie-locale-285955

Programmes déclarés « sérieux » ou « intenables » : rendre les hypothèses économiques discutables est un enjeu démocratique pour 2027

Source: The Conversation – France in French (3) – By Kilian Rouge, Doctorant au CIRED, AgroParisTech – Université Paris-Saclay


L’ESSENTIEL

  • En 2027, les programmes économiques des candidates et candidats à la présidentielle seront chiffrés et comparés à l’aide de modèles macroéconomiques.

  • Ces modèles peuvent aboutir à des conclusions très différentes, sans que leurs hypothèses soient discutées publiquement.

  • L’enjeu est démocratique : avant même le débat politique, ces hypothèses déterminent ce qui paraîtra « sérieux » ou « intenable ».


En 2022 puis en 2024, deux modèles macroéconomiques appliqués à des programmes de gauche très proches concluaient, l’un à une hausse de la dette publique de plus de cinq points de PIB, l’autre à une baisse de dix points. L’écart tenait en grande partie aux modèles eux-mêmes et à leurs hypothèses, restées hors du débat. En 2027, les programmes présidentiels passeront à leur tour au crible de modèles macroéconomiques, et leurs hypothèses pèseront sur ce qui paraîtra « sérieux » ou « intenable ».

Concrètement, un modèle macroéconomique est une représentation de la réalité mettant en cohérence des informations telles que l’emploi, le produit intérieur brut ou l’inflation. Il peut servir à estimer les effets d’une réforme avant sa mise en œuvre, mais également à mieux comprendre les mécanismes économiques, à arbitrer entre objectifs contraires et à évaluer les incertitudes.

En France, ces outils sont mobilisés par les ministères, l’Insee, la Banque de France ou les laboratoires de recherche. Ces modèles macroéconomiques ne sont pas neutres. Des choix techniques orientent la manière dont les problèmes économiques sont appréhendés ; ils contribuent à définir le champ des politiques jugées possibles.

Nous avons consacré à ces outils un chapitre de la feuille de route remise au Conseil des droits de l’homme en juin 2026. Nous y montrons que les hypothèses retenues pour construire un modèle influencent ses résultats, alors même qu’elles restent largement absentes du débat public.

L’enjeu est démocratique : en amont des choix politiques, ces hypothèses décident déjà de ce qui paraîtra réaliste ou impossible.

Choix des modèles

« Tous les modèles sont faux, mais certains sont utiles », résumait le statisticien George Box. Un modèle isole certains mécanismes et écarte les autres. Ce qui importe est de comprendre ce que le modèle macroéconomique choisit de représenter et comment il le fait. Trois choix sont à prendre en compte :

Ce que le modèle représente

Un modèle ne produit de résultat que sur ce qu’il représente.

Par exemple, de nombreux modèles d’équilibre général utilisés en France réduisent l’ensemble des ménages et des entreprises à un agent représentatif, un « Français moyen ». Une réforme peut ainsi, à première vue, sembler bénéfique pour Monsieur ou Madame Tout-le-Monde, alors que ses effets sont en réalité très inégalement répartis entre les ménages riches et pauvres.

Comportement des Français et des Françaises

Les modèles macroéconomiques font des hypothèses sur la manière dont les ménages et les entreprises adaptent leurs comportements lorsque leur situation économique change.

De nombreux modèles utilisés pour la transition écologique supposent par exemple que la hausse du prix des énergies fossiles conduit les entreprises à leur substituer des énergies décarbonées. Cette réponse à l’évolution des prix dépend d’un paramètre fixé à l’avance appelé élasticité de substitution ; plus il est élevé, plus la transition paraît simple et bon marché.

Qui s’ajuste à qui ?

Les équations comptables ne suffisent pas à elles seules à déterminer l’ensemble des variables. Il faut décider quelles variables sont fixées et lesquelles doivent s’ajuster. C’est ce qu’on appelle la « clôture du modèle ».

Deux exemples : est-ce l’épargne disponible qui limite l’investissement, ou l’investissement qui crée ensuite l’épargne ? Les salaires s’ajustent-ils pour préserver l’emploi, ou sont-ils rigides ?

Ces règles déterminent qui supporte les effets d’un choc. Face à la même crise, un modèle fera baisser les salaires, un autre supprimera des emplois.

Le cas de la transition écologique

Prenons un exemple pour illustrer l’enjeu de ces hypothèses. Pour construire sa stratégie de neutralité carbone 2050, la Commission européenne évalue les mêmes scénarios – mêmes objectifs climatiques et mêmes montants d’investissement – avec plusieurs modèles :

L’un d’eux, GEM-E3, suppose par construction une économie sans ressource inemployée, où l’investissement dans la rénovation empêche l’investissement productif ailleurs. L’économie tourne déjà à plein régime : mobiliser des travailleurs et de l’argent pour la transition revient donc à les retirer à d’autres secteurs.

Un autre, E3ME, suppose au contraire l’existence de moyens inutilisés – chômeurs, et usines au ralenti – et que l’investissement peut être financé sans qu’une épargne préalable soit nécessaire. Dans ce cas, la même dépense permet de faire travailler des personnes qui étaient sans emploi ou d’utiliser des capacités de production qui restaient disponibles. Elle contribue à relancer l’activité sans réduire celle des autres secteurs.

En 2050, le PIB est inférieur de 1,3 % au scénario de référence avec le premier modèle, et supérieur de 2,2 % avec le second. Même scénario, deux verdicts opposés.

Aucun modèle n’est parfait

Il n’existe pas de modèle parfait. Chacun est plus ou moins adapté à la question posée. L’enjeu est de rendre explicites les hypothèses retenues et de permettre la confrontation des résultats obtenus.

Alors, comment rendre leur usage plus démocratique ?

Besoin de transparence

Les institutions tiendraient un inventaire public des modèles qu’elles emploient et indiqueraient lesquels ont servi à chaque évaluation. Chaque modèle serait documenté par une fiche standardisée précisant son type, son usage prévu, ses conditions de calibration, ses hypothèses structurantes et ses limites connues.

Besoin de pluralisme

L’évaluation gagnerait à s’appuyer sur au moins deux traditions de modélisation distinctes. Si le recours à un modèle unique peut se justifier par la comparabilité qu’il assure au cours du temps, cet avantage ne doit pas empêcher la confrontation à des modèles différents.

Ce type d’exercice existe déjà. C’est le cas des travaux de la plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES) mobilisant treize modèles de nature très différente – modèles de processus écologiques, approches statistiques, évaluation des services écosystémiques – pour l’évaluation des tendances en matière de biodiversité et de services écosystémiques.

Décrypter la fabrique de l’expertise économique

Comme on l’a vu, un modèle n’informe que sur ce qu’il représente. Tout comme les modèles d’équilibre utilisés avant 2008 n’ont pas vu venir la crise, faute de représenter en détail le fonctionnement du secteur financier et la possibilité d’un défaut de paiement, un modèle où ne figurent ni la santé ni les inégalités ni l’état des écosystèmes ne peut pas dire si une politique les améliore ou les dégrade.

C’est au regard de ces dimensions qu’il faudrait évaluer la viabilité de la transition.

Documenter et confronter les modèles ne les rendra pas neutres ; ils ne peuvent pas l’être. Cela rendra leurs hypothèses lisibles et discutables. Derrière les chiffres se trouve toujours une certaine représentation de l’économie : la finance est-elle un simple intermédiaire ? Les inégalités freinent-elles la croissance ? Les limites écologiques transforment-elles le fonctionnement même de l’économie ?

Décrypter la fabrique de l’expertise économique, c’est lever le brouillard technique au profit du débat démocratique.

The Conversation

Matthieu Bordenave est membre de Ecohésion France.

Kilian Rouge ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

– ref. Programmes déclarés « sérieux » ou « intenables » : rendre les hypothèses économiques discutables est un enjeu démocratique pour 2027 – https://theconversation.com/programmes-declares-serieux-ou-intenables-rendre-les-hypotheses-economiques-discutables-est-un-enjeu-democratique-pour-2027-285978

« Dark kitchens » : comment les cuisines fantômes transforment nos villes et notre manière de manger

Source: The Conversation – France (in French) – By Khuong Nguyen Huy, Doctorant en Sciences de Gestion, Université Paris-Panthéon-Assas


L’ESSENTIEL

  • Cuisines sans salle ni vitrine, les « dark kitchens » prospèrent dans les grandes villes avec l’essor des plateformes de livraison.

  • Ces établissements suivent d’autres logiques d’implantation que les commerces traditionnels. La proximité des zones à livrer compte plus que la visibilité de la façade.

  • Ce basculement dépasse l’urbanisme. Il dissocie la préparation, la commande et la consommation du repas. Et interroge ce qu’il reste de la coprésence alimentaire.


Vous avez peut-être déjà commandé un repas de cuisine fantôme sans le savoir. On ne peut pas s’y attabler, il n’y a aucune salle à l’adresse indiquée sur l’application. Ni terrasse, ni vitrine, ni enseigne. Dans la rue, on passe sans le savoir devant ces restaurants invisibles, qui redessinent nos villes depuis plusieurs années.

On appelle ces établissements des « dark kitchens » ou « cuisines fantômes ». Le principe est simple : on y prépare des repas uniquement pour la livraison. Des commandes arrivent par écran. Les préparateurs s’activent aux fourneaux. Enfin, des livreurs viennent récupérer les sacs de nourriture et repartent aussitôt.

Phénomène international

La Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) a contrôlé 646 établissements proposant des plats livrés en 2023, dont 103 dark kitchens, confirmant l’installation de ce modèle dans le paysage français.

Des rapports montrent aussi l’ampleur du phénomène à l’étranger. En Angleterre, les dark kitchens représenteraient environ 15 % des points de vente alimentaires référencés sur les trois principales plateformes de livraison, selon une étude publiée en 2025. Au Brésil, une enquête menée dans trois grandes villes a classé 27,1 % des établissements analysés comme cuisines fantômes.

Cet essor dépasse les questions d’urbanisme. Il touche quelque chose de plus profond : ce que le repas perd quand il n’a plus besoin d’un lieu commun.

Où installer son restaurant ?

Dans le commerce de restauration traditionnel, l’emplacement compte avant toute chose. L’attractivité du quartier. La visibilité de la façade. Le passage piéton à proximité.

Mais quelle est la valeur de l’emplacement lorsque le client ne se déplace plus ? Pour une dark kitchen, la localisation compte toujours. Mais ses critères changent de nature. La visibilité de la façade compte moins. Ce qui importe, c’est la capacité à couvrir rapidement une zone de livraison dense.




À lire aussi :
L’avenir de la gastronomie française ne se joue pas uniquement dans l’assiette


Un rapport de l’Assemblée nationale relève que l’implantation des dark kitchens dépend notamment de la densité de population et des conditions de desserte. L’Atelier parisien d’urbanisme observe quant à lui que ces établissements s’installent souvent dans d’anciens commerces ou restaurants, en rez-de-chaussée, au pied des immeubles parisiens. Certains s’implantent également dans des communes limitrophes, afin de bénéficier de surfaces plus importantes et d’une zone de livraison couvrant Paris et la proche banlieue.

Comment les dark kitchens transforment la rue

Une étude géographique publiée en 2025 confirme cette logique à plus large échelle. Les dark kitchens privilégient l’accessibilité logistique et les zones résidentielles denses plutôt que l’attractivité visuelle des rues. Leur implantation tient moins aux critères classiques du commerce. Elle s’explique surtout par la position dans les flux de livraison.




À lire aussi :
De Byzance à nos tables : l’étonnante histoire de la fourchette, entre moqueries, scandales et châtiment divin


Concrètement, cela change la nature de la rue. Une dark kitchen peut fonctionner derrière une façade parfaitement discrète. Elle peut même sembler fermée. Pourtant l’activité y est bien réelle. Les commandes arrivent, la préparation se fait, les livreurs vont et viennent… La différence n’est donc pas entre une activité présente et une activité absente. Elle est entre une activité conçue pour être vue et une activité qui n’a plus besoin de l’être. Plus un restaurant devient visible sur un écran, moins il a besoin de l’être dans la rue.

Ce que le repas perd sur le chemin de la livraison

Cette réorganisation spatiale ne se fait pas sans conséquences sociales. Car les cuisines fantômes défont ce qui réunissait la préparation, la commande, le service et la consommation d’un repas. Des étapes qui étaient souvent réunies dans un même lieu, au même moment.

Le sociologue Claude Fischler a montré comment la commensalité (c’est-à-dire le fait de partager son repas avec d’autres personnes) participe aux relations sociales et aux formes de sociabilité. On peut prolonger cette réflexion par une question. Que devient la coprésence des convives quand la production, la commande et la consommation sont séparées dans l’espace ?

Octobre 2022.

La dark kitchen contribue, à sa manière, à dissocier les différentes étapes du repas. La préparation se déroule dans une cuisine spécialisée. La commande passe par une interface numérique. Un livreur assure le déplacement physique du repas. La consommation a lieu ailleurs : dans un logement, un bureau ou n’importe quel espace privé.

Le repas circule ainsi entre plusieurs lieux et plusieurs étapes. Ce n’est pas seulement le restaurant qui perd sa localisation. C’est l’expérience synchrone et partagée du repas qui peut s’en trouver reconfigurée.

Isolement alimentaire

Faut-il pour autant accuser les dark kitchens d’avoir inventé l’isolement alimentaire ? Non, ce serait excessif. Le fait de manger seul fait, depuis longtemps, l’objet de recherches en sciences sociales. Des travaux consacrés au solo dining (le fait de manger seul au restaurant) montrent notamment que manger en solitaire ne signifie pas nécessairement rompre avec toute forme de sociabilité : cette pratique peut aussi donner lieu à de nouvelles formes de commensalité.

Plus largement, une revue de littérature a recensé 29 études consacrées aux liens entre solitude, isolement social et comportements alimentaires, confirmant que ces relations constituent désormais un objet de recherche bien identifié.

Les dark kitchens n’inventent rien. Elles offrent simplement à ces pratiques une infrastructure économique et spatiale sur mesure. Elles pourraient ainsi en accélérer la diffusion.

Une question qui dépasse chaque cuisine isolée

Le véritable enjeu concerne les collectivités publiques. Une dark kitchen isolée ne menace pas à elle seule la vie d’un quartier. Mais que se passe-t-il quand une part croissante de l’alimentation urbaine fonctionne sans jamais rassembler personne au même endroit au même moment ?

On peut alors se demander si la rue ne perd pas aussi une fonction plus discrète. Celle de mettre en présence, même brièvement, des personnes qui n’avaient pas prévu de se rencontrer.

D’autres aspects du phénomène méritent chacun un traitement à part. De la gestion des emballages aux conditions de travail des livreurs, le cadre réglementaire reste encore largement à construire.

L’essor des dark kitchens oblige à reconsidérer une évidence qu’on tenait pour acquise. Un repas n’est pas seulement une nourriture qu’on consomme. C’est un moment et un lieu partagés. Lorsque le restaurant cesse d’être un lieu où l’on se rend, c’est peut-être toute la fonction du repas dans la ville qu’il faut repenser.

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

– ref. « Dark kitchens » : comment les cuisines fantômes transforment nos villes et notre manière de manger – https://theconversation.com/dark-kitchens-comment-les-cuisines-fantomes-transforment-nos-villes-et-notre-maniere-de-manger-291912

Les animes du studio Ghibli et la culture du riz au Japon

Source: The Conversation – France (in French) – By Marica Gambina, Doctorante en études cinématographiques, Université de Lille

Chihiro est émue par de simples *onigiris*, boulettes de riz traditionnelles, qui lui rappellent son paysage natal (*Le Voyage de Chihiro, Hayao Miyazaki, 2001). Studio Ghibli

L’ESSENTIEL

  • Motif récurrent du quotidien nippon, le riz s’impose comme un marqueur culturel par excellence de la société japonaise.

  • Princesse Mononoke et le Voyage de Chihiro, notamment, produits par Ghibli, illustrent avec précision la pratique de la riziculture et la façon dont on consomme le riz au Japon.

  • Du point de vue culturel, ces films d’animation japonais du célèbre studio fondé en 1985 par Hayao Miyazaki et Isao Takahata font déjà partie des classiques du genre.


Le riz représente l’un des symboles du Japon par excellence tant à l’intérieur du pays qu’à l’international. Arrivée dans l’archipel vers 350 avant notre ère., la culture de cette céréale remplace progressivement le mode de vie des chasseurs-cueilleurs jusqu’à s’imposer comme l’un des piliers de l’identité japonaise. L’anthropologue Emiko Ohnuki-Tierney le résume ainsi :

« La symbolique du riz est double : d’une part, “le riz, notre nourriture” et, d’autre part, “les rizières, notre terre”, ces deux aspects se renforçant mutuellement. »

Les animes constituent l’un des principaux produits d’exportation du Japon et véhiculent de nombreuses représentations du riz, offrant au public non nippon un aperçu de ses implications sociales ainsi que historiques et territoriales. Les animes du studio Ghibli, sans doute parmi les plus appréciés à l’échelle globale, illustrent largement le riz. À travers des scènes allant de sa culture à sa consommation, inscrites dans divers contextes historiques, les films du studio Ghibli permettent de saisir l’importance du riz dans la société nippone.

La rizière : contexte agricole et développement urbain

Dans les animes (dessin animé japonais, ndlr) Ghibli, le paysage japonais d’autrefois se présente souvent avec une verdure luxuriante qui recouvre les montagnes encadrant la rizière entre ses flancs. Cette image du territoire japonais est présente jusque dans Princesse Mononoké (Hayao Miyazaki, 1997), dont l’intrigue se déroule à l’époque Muromachi (1337-1573).

La rizière y est déjà présente, mais avec une forme plutôt arrondie et des dimensions irrégulières. Bien qu’elle soit encore éloignée du modèle rectangulaire et homogène qui s’imposera au Japon au fil des siècles, sa présence encadre déjà le territoire japonais, tout en renvoyant aux bouleversements explorés dans le film, notamment la déforestation liée au développement technique et agricole.

Figure 1. Hayao Miyazaki, les rizières dans Princesse Mononoké, 1997.

Dans Mon voisin Totoro (Hayao Miyazaki, 1988), la rizière, en harmonie avec la forêt, est l’un des éléments fondamentaux de la représentation de l’univers narratif. Elle ne s’inscrit pas parmi les éléments perturbateurs du milieu naturel ; au contraire, elle participe à la description du paysage rural de la région de Tokyo dans les années 1950. Dans le film, cet espace rural, dernier témoignage de la vie traditionnelle nippone face au Japon de l’après-guerre en plaine modernisation, apparaît déjà profondément distinct de la ville, qui s’étendra et gagnera la campagne au cours des décennies suivantes.

La course à l’urbanisation pendant la Haute Croissance est au cœur de la narration dans Pompoko (Isao Takahata, 1994), où le paysage idyllique des rizières encadrées par les montagnes s’impose comme l’objet du désir, non pas des humains, mais des animaux menacés par l’expansion immobilière des années 1960.

Ce contexte rural constitue également un refuge pour les salariés qui quittent la grande ville. Dans Souvenirs goutte à goutte (Isao Takahata, 1991), il s’agit en effet d’échapper à une vie stable, mais dépourvue de passion, au profit d’un travail exigeant dans les champs, où le riz est cultivé selon des méthodes traditionnelles, les bottes et les mains plongées dans le fond aqueux de la rizière.

La préparation du riz et les changements alimentaires

La préparation du riz dans la Colline aux coquelicots (Gorō Miyazaki, 2011) intervient quelques secondes après le début du film, lors de la préparation du petit-déjeuner. Dans ce film, qui se déroule dans les Japon des années 1960, le riz apparaît immergé et vraisemblablement déjà lavé dans un donabe, cuiseur à riz traditionnel en terre cuite munie d’un couvercle en bois. Très présent dans les images des animes Ghibli, le donabe traditionnel renvoie non seulement au rituel quotidien de préparation du riz, mais également à l’omniprésence de cette céréale dans les repas, dont elle constitue un élément indispensable.

Les films Ghibli montrent également le remplacement progressif du donabe traditionnel par le rice cooker électrique ; ne relevant pas uniquement du progrès technique et du miracle économique nippon, sa présence témoigne également de l’évolution des habitudes alimentaires japonaise. En effet, le cuiseur électrique est souvent accompagné de produits alimentaires industriels – eux-mêmes issus du modèle d’importation conséquent au miracle économique – tels que le pain de mie et toute sorte de snacks et de boissons.

Le petit-déjeuner de la protagoniste de Si tu tends l’oreille (Yoshifumi Kondō, 1995), composé de pain industriel et dépourvu du traditionnel bol de riz, s’inscrit dans ces transformations des habitudes quotidiennes, comme le montre la présence du carton de lait (milk) à l’arrière-plan, qui témoigne de l’évolution de l’alimentation japonaise au XXᵉ siècle.

Yoshifumi Kondō, Si tu tends l’oreille, 1995.
Studio Ghibli

Cependant, les repas familiaux continuent d’inclure la préparation du riz. Par ailleurs, la distribution du riz par la mère, principale responsable du foyer, relève des coutumes sociales, puisqu’elle reflète la hiérarchie familiale.

Manger le riz : survie et identité

Dans le Tombeau des lucioles (Isao Takahata, 1988), la possibilité de consommer du riz détermine la survie des protagonistes dans le Japon vaincu de la fin de la Seconde Guerre mondiale. Les précieux kimonos de la mère des protagonistes deviennent alors la monnaie d’échange permettant de se procurer cet aliment humble et essentiel, nécessaire à la survie.

Cependant, le riz, le bien japonais par excellence, est lui-même rationné au sein du foyer : en raison de ses qualités nutritionnelles, il est réservé aux travailleurs de la nation qui, en contribuant au bien de la patrie, y ont davantage droit que les enfants.

Dans le Voyage de Chihiro (Hayao Miyazaki, 2001), les bols de riz constituent le repas des travailleurs du palais des bains de Yubaba. Miyazaki souligne ainsi la différence entre les mets de luxe souvent riches en protéines animales destinés aux kamis, les divinités clientes de Yubaba, et ceux réservés à la main-d’œuvre.

Toutefois, le riz est également l’un des éléments centraux de l’une des scènes les plus iconiques du film. Bouleversée par son arrivée dans ce monde parallèle au sien, où ses parents sont transformés en cochons, Chihiro perd son identité : en l’embauchant, Yubaba lui vole son prénom.

Son seul allié dans ce monde étranger est le dragon Haku, qu’elle retrouve en privé, à l’abri des massifs floraux. Le dragon la rassure en lui remettant des objets qui lui rappellent son identité, ainsi que des onigiris enchantés. Tout en dévorant les onigiris préparés par Haku, Chihiro fond en larmes.

Encas extrêmement simples, les onigiris que mange Chihiro sont des boulettes de riz triangulaires. L’enchantement de ces onigiris réside dans leur préparation manuelle, fondée sur le rituel préalable du lavage et de la cuisson du riz.

Destinés à réconforter Chihiro, ils dépassent ainsi la simple fonction alimentaire ; leur préparation ne relève pas seulement de l’acte culinaire, mais s’apparente à un geste d’amour. La simplicité de cet encas, dépourvu de toute sophistication de la matière, associée au don des objets personnels, contribue à raviver l’identité perdue de Chihiro par le biais du riz lui-même.

En effet, ces onigiris ne se limitent pas à leur statut de plat traditionnel ; leurs grains de riz évoquent le paysage natal – et idéalisé – des rizières, les efforts nécessaires pour se procurer un bol de riz pendant la guerre, le donabe (ou rice cooker) des repas familiaux… Les larmes de Chihiro coulent, car ces onigiris la ramènent symboliquement chez elle, au cœur d’un monde étranger.


Cet article est publié dans le cadre de la Fête de la science (qui a eu lieu du 2 au 12 octobre 2026), dont The Conversation France est partenaire. Cette nouvelle édition porte sur la thématique « Saveurs savantes ». Retrouvez tous les événements de votre région sur le site Fetedelascience.fr.

The Conversation

Marica Gambina ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

– ref. Les animes du studio Ghibli et la culture du riz au Japon – https://theconversation.com/les-animes-du-studio-ghibli-et-la-culture-du-riz-au-japon-288741

Navi Pillay, Premio Nobel de la Paz 2026: el derecho internacional frente a la ley del más fuerte

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Chloé Maurel, SIRICE (Université Paris 1/Paris IV), Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne

El 9 de octubre de 2026, en Oslo, el Comité Noruego del Nobel otorgó el Premio Nobel de la Paz a Navanethem “Navi” Pillay, jurista sudafricana de 85 años, por su compromiso con la paz y el derecho internacional. El presidente del comité, Jørgen Watne Frydnes, ha elogiado una trayectoria dedicada a hacer que los Estados y sus dirigentes rindan cuentas de sus actos, así como a devolver la esperanza a las víctimas de la violencia y los conflictos.

El comité destaca, en particular, la contribución de la galardonada a la consolidación de un orden jurídico internacional capaz de enjuiciar los crímenes de guerra, los crímenes contra la humanidad y el genocidio.

Este galardón va mucho más allá del reconocimiento de una carrera individual. Plantea una cuestión central de la ciencia política: ¿cómo construir la paz cuando las relaciones de fuerza militares, los intereses nacionales y los cálculos de las grandes potencias tienden a prevalecer sobre las normas comunes?

Al galardonar a Navi Pillay, el comité recuerda que la paz no se reduce ni a un cese momentáneo de los combates ni a la firma de acuerdos entre dirigentes. Implica también justicia, el reconocimiento de las víctimas y la existencia de mecanismos que permitan sancionar a los responsables de los crímenes. El Comité del Nobel destaca así los principios del derecho internacional defendidos por la ONU, que, por otra parte, no ha dejado de felicitarse rápidamente por la concesión del premio a una de sus antiguas responsables.

Una jurista nacida bajo el apartheid

Nacida el 23 de septiembre de 1941 en Durban, en el seno de una familia sudafricana de origen tamil indio, Navi Pillay creció bajo el régimen del apartheid, institucionalizado a partir de 1948. En aquella época, la segregación racial regulaba el acceso a la vivienda, la educación, el empleo y la representación política. Procedente de una comunidad sometida a múltiples discriminaciones, logró cursar estudios de Derecho y convertirse en abogada.

En 1967, abrió el primer bufete de abogados dirigido por una mujer en la provincia de Natal. En el ejercicio de su profesión, defendió a opositores al apartheid, en un contexto en el que los activistas políticos, las organizaciones de resistencia y sus simpatizantes se veían expuestos a la represión. Se comprometió tanto con el acceso de las mujeres a las profesiones jurídicas dominadas por los hombres como con la defensa de los derechos frente a un Estado racista y segregacionista.

La transición democrática sudafricana, iniciada a principios de la década de 1990 y consagrada por las elecciones multirraciales de 1994, abre una nueva etapa. En 1995, se convierte en la primera mujer de color en formar parte del Tribunal Superior de Sudáfrica. Y en mayo de 1995, pasó a ser jueza del Tribunal Penal Internacional para Ruanda (TPIR), creado por el Consejo de Seguridad de la ONU en noviembre de 1994, tras el genocidio de los tutsis que se cobró unas 800 000 víctimas mortales. A través de la jurisprudencia que sentó, contribuyó a que se reconociera la violación de guerra como un posible instrumento de destrucción colectiva.

Posteriormente, Pillay presidió el TPIR de 1999 a 2003. Se incorporó al Tribunal Penal Internacional (TPI) de La Haya, en 2003, antes de ser nombrada Alta Comisionada de las Naciones Unidas para los Derechos Humanos en 2008. Ocupó este cargo hasta 2014. Durante su desempeño defendió la universalidad de los derechos humanos, incluso cuando su protección implicaba cuestionar a gobiernos poderosos.

Su trayectoria confiere así una coherencia especial al galardón de 2026: desde la lucha contra el apartheid hasta los tribunales internacionales, la justicia se erige, con este premio, como una condición para la paz duradera, de conformidad con los principios de la ONU.

Un procedimiento independiente, no un concurso de popularidad

Concedido desde 1901, el Premio Nobel de la Paz responde a una lógica particular. En su testamento de 1895, Alfred Nobel confió la designación del galardonado a un comité de cinco personas elegidas por el Parlamento noruego, el Storting. Este Comité Noruego del Nobel es independiente de las instituciones suecas encargadas de los demás premios Nobel.

El proceso de selección se prolonga durante varios meses y las candidaturas deben presentarse antes del 31 de enero. Solo determinadas categorías de personas están facultadas para proponer nombres: parlamentarios y ministros, jefes de Estado, académicos que cumplan los criterios y antiguos galardonados o miembros del comité, entre otros. No es posible presentarse como candidato por iniciativa propia.

En 2026, el comité registró 287 candidaturas: 208 personas y 79 organizaciones. La tendencia reciente, y loable, es, de hecho, otorgar el premio a organizaciones en lugar de a una sola persona, con el fin de valorar el compromiso colectivo. Así, recientemente, el premio se concedió en 2017 a la Campaña Internacional para la Abolición de las Armas Nucleares (conocida por sus siglas en inglés, ICAN); en 2020, al Programa Mundial de Alimentos (PMA); y en 2022, a dos ONG (una ucraniana y otra rusa), así como al líder encarcelado de una tercera ONG, bielorrusa.

Tras comprobar su validez, las propuestas son examinadas por los cinco miembros del comité, que elaboran una lista de finalistas. Se puede recurrir a expertos noruegos e internacionales para aclarar los expedientes. Las deliberaciones continúan hasta la decisión final, que suele tomarse entre finales de verano y principios de otoño. Se busca el consenso, pero basta con una mayoría simple. Los nombres de los candidatos y los documentos relativos a las deliberaciones permanecen confidenciales durante cincuenta años.

Pillay y el informe sobre el genocidio en Gaza: un compromiso con implicaciones geopolíticas inmediatas

La historia del Premio Nobel de la Paz demuestra que sus elecciones no están exentas de polémica. La concesión del premio a Henry Kissinger en 1973 provocó duras críticas. También hubo polémicas en torno a las elecciones de Barack Obama en 2009, de la Unión Europea en 2012, del primer ministro etíope Abyi Ahmed en 2019 o incluso de la venezolana Corina Machado el año pasado, una opositora de extrema derecha y ultraliberal (que dedicó su premio a Donald Trump).

La designación de Navi Pillay, por su parte, no dejará de hacer rechinar los dientes a los más reaccionarios. Donald Trump, enemigo desde hace tiempo de las instituciones de la justicia internacional, había convertido la obtención del Premio Nobel de la Paz en un objetivo político declarado, y aún el 7 de octubre de 2026 se jactaba de haber “puesto fin a ocho guerras”. Pero al multiplicar las violaciones de los derechos fundamentales en Estados Unidos, al tiempo que defendía a nivel internacional una política de poder unilateral contraria al derecho internacional –ya fuera respecto a Venezuela o a Irán–, no podía aspirar razonablemente al Premio Nobel de la Paz.

La concesión del premio ya ha provocado una reacción vehemente por parte del Gobierno de Benyamin Netanyahu. De hecho, desde 2021 hasta noviembre de 2025, Navi Pillay presidió la Comisión Internacional Independiente de Investigación de las Naciones Unidas sobre el Territorio Palestino Ocupado, que publicó en septiembre de 2025 un informe (rechazado de inmediato por Tel Aviv, pero también por Washington) en el que se concluía que se había cometido un genocidio en Gaza y que algunos altos cargos israelíes eran responsables del mismo.

En cualquier caso, el Premio Nobel otorgado a quien fue, durante cuatro años, presidenta de esta comisión (dirigida ahora por el jurista indio Srinivasan Muralidhar) confiere una visibilidad adicional a la labor de determinación de los hechos y a la protección de la población civil de Gaza. Su objetivo es recordar que el derecho internacional humanitario y la Convención para la Prevención y la Sanción del Delito de Genocidio no pueden aplicarse de forma selectiva en función de la identidad de los presuntos autores o de sus alianzas estratégicas.

Una señal para las grandes potencias y las instituciones multilaterales

La elección de Navi Pillay se inscribe en un contexto de crisis del orden internacional. Su trayectoria nos recuerda que las instituciones jurídicas internacionales, y en particular las de la ONU, constituyen espacios en los que las víctimas pueden hacer valer sus derechos, donde se registran los hechos y donde los dirigentes pueden verse obligados a cumplir con obligaciones que van más allá de sus intereses inmediatos.

Cabe destacar también que este galardón –el cuarto para Sudáfrica tras Albert John Luthuli (1960), Desmond Tutu (1984) y el “dúo” formado por Nelson Mandela y Frederik De Klerk (1993)– es el 21.º otorgado a una mujer, de un total de 113 galardonados, lo que supone menos de una quinta parte.

Al galardonar a una jurista que ha dedicado su vida a la lucha contra el apartheid, al enjuiciamiento de crímenes internacionales y a la defensa de los derechos humanos, en un mundo en el que líderes a menudo autoritarios y unilateralistas se atribuyen con gusto el mérito de los acuerdos alcanzados por la fuerza, el Comité Nobel recuerda que la paz también se mide por la capacidad colectiva de las sociedades para hacer respetar unas normas comunes y democráticas, conformes al derecho internacional. Aunque este concepto y sus interpretaciones sigan siendo a veces controvertidos, como demuestran algunas de las primeras reacciones al anuncio de la identidad de la galardonada…

The Conversation

Chloé Maurel no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

– ref. Navi Pillay, Premio Nobel de la Paz 2026: el derecho internacional frente a la ley del más fuerte – https://theconversation.com/navi-pillay-premio-nobel-de-la-paz-2026-el-derecho-internacional-frente-a-la-ley-del-mas-fuerte-294086

Navi Pillay, prix Nobel de la paix 2026 : le droit international contre la loi du plus fort

Source: The Conversation – in French – By Chloé Maurel, SIRICE (Université Paris 1/Paris IV), Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne


L’ESSENTIEL

  • En récompensant Navi Pillay, ancienne Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme et figure majeure de la justice pénale internationale, le comité Nobel place la défense des victimes et la responsabilité des États au cœur de la conception de la paix.

  • Ce choix est particulièrement significatif à l’heure où les institutions multilatérales sont fragilisées et où les crimes internationaux restent largement impunis.

  • Cette décision peut aussi être lue comme un désaveu infligé à Donald Trump, qui avait, comme l’année dernière, affirmé que le prix devait lui revenir.


Ce 9 octobre 2026, à Oslo, le Comité Nobel norvégien a attribué le prix Nobel de la paix à Navanethem « Navi » Pillay, juriste sud-africaine de 85 ans, pour son engagement en faveur de la paix et du droit international. Le président du comité, Jørgen Watne Frydnes, a salué un parcours consacré à faire répondre les États et leurs dirigeants de leurs actes, ainsi qu’à redonner espoir aux victimes de violences et de conflits. Le comité souligne notamment la contribution de la lauréate à la consolidation d’un ordre juridique international capable de poursuivre les crimes de guerre, les crimes contre l’humanité et le génocide.

Cette distinction dépasse largement la consécration d’une carrière individuelle. Elle pose une question centrale de science politique : comment construire la paix lorsque les rapports de force militaires, les intérêts nationaux et les calculs des grandes puissances tendent à l’emporter sur les règles communes ?

En distinguant Navi Pillay, le comité rappelle que la paix ne se réduit ni à l’arrêt momentané des combats ni à la conclusion d’accords entre dirigeants. Elle suppose aussi la justice, la reconnaissance des victimes et l’existence de mécanismes permettant de sanctionner les responsables de crimes. Le comité Nobel met ainsi en valeur les principes du droit international portés par l’ONU, laquelle n’a d’ailleurs pas manqué de se féliciter rapidement de l’attribution de la récompense à l’une de ses anciennes responsables.

Une juriste née sous l’apartheid, figure de la justice internationale

Née le 23 septembre 1941 à Durban, dans une famille sud-africaine d’origine tamoule indienne, Navi Pillay grandit sous le régime d’apartheid institutionnalisé à partir de 1948. La ségrégation raciale organise alors l’accès au logement, à l’éducation, à l’emploi et à la représentation politique. Issue d’une communauté soumise à de multiples discriminations, elle parvient à entreprendre des études de droit et à devenir avocate.

En 1967, elle ouvre le premier cabinet d’avocats dirigé par une femme dans la province du Natal. Dans l’exercice de son métier, elle défend des opposants à l’apartheid, dans un contexte où les militants politiques, les organisations de résistance et leurs soutiens sont exposés à la répression. Elle s’engage à la fois pour l’accès des femmes à des professions judiciaires dominées par les hommes, et pour la défense des droits face à un État raciste et ségrégationniste.

La transition démocratique sud-africaine, engagée au début des années 1990 et consacrée par les élections multiraciales de 1994, ouvre une nouvelle séquence. En 1995, elle est la première femme de couleur à siéger à la Haute Cour sud-africaine. Et en mai 1995, elle devient juge au Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR), créé par le Conseil de sécurité de l’ONU en novembre 1994, après le génocide des Tutsis qui a fait environ 800 000 morts. Par la jurisprudence qu’elle initie, elle contribue à faire reconnaître le viol de guerre comme un instrument possible de destruction collective.

Pillay préside ensuite le TPIR de 1999 à 2003. Elle rejoint la Cour pénale internationale (CPI), à La Haye, en 2003, avant d’être nommée Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme en 2008. Elle occupe cette fonction jusqu’en 2014. À ce poste, elle défend l’universalité des droits humains, y compris lorsque leur protection implique de mettre en cause des gouvernements puissants.

Son itinéraire donne ainsi une cohérence particulière à la distinction de 2026 : de la lutte contre l’apartheid aux tribunaux internationaux, la justice apparaît, avec ce prix, comme une condition de la paix durable, conformément aux principes de l’ONU.

Le Nobel de la paix : une procédure indépendante, pas un concours de popularité

Attribué depuis 1901, le prix Nobel de la paix répond à une logique particulière. Dans son testament de 1895, Alfred Nobel confie la désignation du lauréat à un comité de cinq personnes choisies par le Parlement norvégien, le Storting. Ce Comité Nobel norvégien est distinct des institutions suédoises chargées des autres prix Nobel.

Le processus de sélection s’étend sur plusieurs mois. Les candidatures doivent être soumises avant le 31 janvier. Seules certaines catégories de personnes sont habilitées à proposer des noms : parlementaires et ministres, chefs d’État, universitaires répondant aux critères, anciens lauréats ou membres du comité, notamment. Il n’est pas possible de se porter soi-même candidat. En 2026, le comité a enregistré 287 candidatures : 208 personnes et 79 organisations. La tendance récente, et louable, est en effet d’attribuer le prix à des organisations plutôt qu’à une seule personne, afin de valoriser l’engagement collectif. Ainsi, dernièrement, le prix a été attribué en 2017 à la Campagne internationale pour l’abolition des armes nucléaires (connue sous son sigle anglais ICAN), en 2020 au Programme alimentaire mondial (PAM) et en 2022 à deux ONG (une ukrainienne et une russe), ainsi qu’au chef emprisonné d’une troisième ONG, bélarusse.




À lire aussi :
Des médecins militant pour la prévention de la guerre nucléaire : l’IPPNW et son double prix Nobel de la paix


Après vérification de leur validité, les propositions sont examinées par les cinq membres du comité, qui établissent une liste restreinte. Des experts norvégiens et internationaux peuvent être sollicités pour éclairer les dossiers. Les délibérations se poursuivent jusqu’à la décision finale, généralement prise entre la fin de l’été et le début de l’automne. Le consensus est recherché, mais une majorité simple suffit. Les noms des candidats et les documents relatifs aux délibérations demeurent confidentiels pendant cinquante ans.

Pillay et le rapport sur le génocide à Gaza : un engagement aux implications géopolitiques immédiates

L’histoire du Nobel de la paix montre que ses choix ne sont pas exempts de controverses. L’attribution du prix à Henry Kissinger en 1973 avait provoqué de vives critiques. Des polémiques ont également accompagné les choix de Barack Obama en 2009, de l’Union européenne en 2012, du premier ministre éthiopien Abyi Ahmed en 2019 ou encore de la Vénézuélienne Corina Machado l’année dernière, opposante d’extrême droite et ultra-libérale (qui a dédié son prix à Donald Trump) – liste non exhaustive.




À lire aussi :
Les prix Nobel de la paix controversés, signe d’une réforme nécessaire ?


La désignation de Navi Pillay, elle aussi, ne manquera pas de faire grincer des dents chez les plus réactionnaires. Donald Trump, ennemi de longue date des institutions de la justice internationale, avait fait de l’obtention du Nobel de la Paix un objectif politique affiché, se vantant encore le 7 octobre 2026 d’avoir « mis fin à huit guerres ». Mais en multipliant les atteintes aux droits fondamentaux aux États-Unis, tout en défendant à l’international une politique de puissance unilatérale qui va à l’encontre du droit international, que ce soit vis-à-vis du Venezuela ou de l’Iran, il ne pouvait raisonnablement prétendre au Nobel de la Paix.

L’attribution du prix a déjà fait réagir avec véhémence le gouvernement de Benyamin Nétanyahou.

En effet, de 2021 à novembre 2025, Navi Pillay a présidé la Commission internationale indépendante d’enquête des Nations unies sur le Territoire palestinien occupé, qui a publié en septembre 2025 un rapport (immédiatement rejeté par Tel-Aviv, mais aussi par Washington) concluant qu’un génocide avait été commis à Gaza et que certains hauts responsables israéliens en portaient la responsabilité.

En tout état de cause, le Nobel attribué à celle qui a été, quatre ans durant, présidente de cette commission (dirigée désormais par le juriste indien Srinivasan Muralidhar) confère une visibilité supplémentaire au travail d’établissement des faits et à la protection des civils de Gaza. Il vise à rappeler que le droit international humanitaire et la Convention de 1948 pour la prévention et la répression du crime de génocide ne peuvent être appliqués à géométrie variable selon l’identité des auteurs présumés ou leurs alliances stratégiques.




À lire aussi :
Génocide à Gaza : le mot et la chose


Un signal adressé aux grandes puissances et aux institutions multilatérales

Le choix de Navi Pillay s’inscrit dans un contexte de crise de l’ordre international. Son parcours rappelle que les institutions juridiques internationales, et notamment celles de l’ONU, constituent des espaces où des victimes peuvent faire reconnaître leurs droits, où les faits sont consignés et où les dirigeants peuvent être confrontés à des obligations qui dépassent leurs intérêts immédiats.

Soulignons également que cette récompense, la quatrième pour l’Afrique du Sud après Albert John Luthuli (1960), Desmond Tutu (1984), et le « duo » Nelson Mandela/Frederik De Klerk (1993), est la 21ᵉ attribuée à une femme, sur 113 personnes lauréates, soit moins d’un cinquième.

En distinguant une juriste qui a consacré sa vie à la lutte contre l’apartheid, aux poursuites des crimes internationaux et à la défense des droits humains, dans un monde où des dirigeants souvent autoritaires et unilatéralistes revendiquent volontiers le mérite des accords conclus par la force, le Comité Nobel rappelle que la paix se mesure aussi à la capacité collective des sociétés à faire respecter des règles communes et démocratiques, conformes au droit international – quand bien même cette notion et ses interprétations demeurent parfois controversées, comme le montrent certaines des premières réactions à l’annonce de l’identité de la lauréate…

The Conversation

Chloé Maurel ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

– ref. Navi Pillay, prix Nobel de la paix 2026 : le droit international contre la loi du plus fort – https://theconversation.com/navi-pillay-prix-nobel-de-la-paix-2026-le-droit-international-contre-la-loi-du-plus-fort-294072