Pourquoi les défis qui consistent à manger des aliments ultrapimentés sont des jeux dangereux

Source: The Conversation – France in French (3) – By Sandra Sinno-Tellier, Médecin de santé publique, spécialisée en épidémiologie et en toxicologie, Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses)


L’ESSENTIEL

  • Des défis, qui consistent à consommer des produits extrêmement pimentés, sont popularisés sur les réseaux sociaux.

  • Sans le savoir, les participants à ces jeux s’exposent à des risques réels pour leur santé.

  • Les centres antipoison ont recensé plus d’une centaine d’intoxications ces cinq dernières années, principalement chez des adolescents et des jeunes adultes.


Longtemps utilisé pour relever les plats et conserver les aliments, le piment connaît depuis quelques années un détournement de son usage culinaire qui a alerté l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses). Sur les réseaux sociaux, des défis mettant en scène l’ingestion de produits ultrapiquants séduisent un public souvent jeune, au prix parfois de conséquences médicales préoccupantes.




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Au cœur de ces produits se trouve la capsaïcine, une substance chimique (son nom scientifique est 8-méthyle N-vanillyle 6-nonénamide) qui est naturellement présente dans les piments du genre Capsicum. Responsable de la sensation de brûlure caractéristique, elle agit sur des récepteurs nerveux (les TRPV1 pour transient receptor potential vanilloide 1) qui transmettent au cerveau un signal similaire à celui d’une élévation de température.

Résultat : rougeurs, transpiration, larmoiements et impression de « bouche en feu », alors même qu’aucune augmentation réelle de température ne se produit.

Des effets parfois sévères après ingestion ou contact avec la peau ou les yeux

Si les effets d’une consommation modérée restent généralement transitoires, des quantités plus importantes peuvent provoquer des douleurs intenses tout au long du tube digestif. Brûlures buccales, douleurs gastriques, nausées, vomissements ou diarrhées figurent parmi les symptômes les plus fréquemment observés. Dans certains cas, des manifestations plus générales peuvent apparaître, comme une augmentation de la pression artérielle, des palpitations ou une perte de connaissance.

Les risques ne se limitent pas à l’ingestion. Le contact avec la peau ou les yeux peut entraîner des irritations parfois importantes. Quant aux aérosols contenant de la capsaïcine, comme certains sprays de défense, ils sont susceptibles de provoquer des troubles respiratoires chez les personnes sensibles.

Les enfants ainsi que les personnes souffrant de pathologies digestives ou cardiovasculaires figurent parmi les populations les plus vulnérables. Des réactions allergiques ont également été rapportées.

L’effet viral des challenges

Le phénomène a pris une ampleur internationale avec l’apparition de défis reposant sur la consommation de snacks extrêmement concentrés en capsaïcine. L’un des plus connus, le « One-Chip Challenge », invitait les participants à manger une chips ultrapiquante puis à résister le plus longtemps possible sans boire ni manger, tout en filmant leur réaction.

En 2023, aux États-Unis, un adolescent de 14 ans est décédé après avoir participé à un challenge de ce type. Le produit contenait notamment du Carolina Reaper, considéré comme l’un des piments les plus puissants au monde, avec une intensité pouvant dépasser deux millions d’unités sur l’échelle de Scoville qui mesure le niveau de piquant d’un piment et s’exprime en unité thermique de Scoville. À titre de comparaison, le Tabasco classique atteint généralement entre 2 500 et 5 000 unités.

L’échelle de Scoville pour mesurer l’intensité d’un piment

  • La concentration de capsaïcine varie largement d’une variété de piments à l’autre. Plus un piment contient de capsaïcine, plus il est piquant. On a recours à l’échelle thermique de Scoville pour mesurer le niveau de piquant d’un piment.

Classification simplifiée des piments les plus connus, du moins au plus piquant, selon leur intensité moyenne sur l’échelle de Scoville (SHU, Scoville Heat Units)

En Europe, des produits similaires commercialisés sous le nom de « Hot Chip Challenge » ont suscité plusieurs alertes sanitaires à l’automne 2023. À la suite de signalements en Allemagne et en Suisse, ces produits ont fait l’objet de rappels, y compris en France.

Plus de 100 intoxications recensées en France

Entre 2021 et 2025, les centres antipoison français ont enregistré 124 cas d’intoxication liés à la consommation d’aliments particulièrement pimentés. Les personnes concernées étaient âgées en moyenne de 18 ans, et plus d’un tiers des cas impliquaient des adolescents de 10 à 15 ans. Les hommes étaient légèrement majoritaires.

Le piment consommé directement en tant que plante représentait le produit le plus souvent impliqué, devant les chips ultrapiquantes et différentes sauces pimentées.

Répartition par classe d’aliments des intoxications à la capsaïcine enregistrées par les Centres antipoison de 2021 à 2025

Dans près de quatre cas sur dix, la consommation s’inscrivait dans le cadre d’un défi. Les adolescents étaient particulièrement représentés dans ces situations.

Les symptômes observés étaient principalement des douleurs digestives ou buccales, des irritations et des vomissements. Si la quasi-totalité des cas sont restés bénins, une femme de 28 ans a présenté un œdème de Quincke après avoir participé à un défi impliquant une chips pimentée (l’œdème de Quincke correspond à une réaction inflammatoire ou allergique qui se traduit par un gonflement rapide de la peau et des muqueuses au niveau de la tête et du cou, ndlr). Elle a dû être prise en charge aux urgences avant une évolution favorable.

Que faire en cas de brûlure intense après ingestion de piment ou de produits pimentés ?

  • La capsaïcine étant soluble dans les graisses et non dans l’eau, les produits gras comme le lait ou les yaourts atténuent la sensation de brûlure, contrairement à l’eau.
  • Les aliments riches en amidon (pain, pomme de terre, riz) peuvent également s’avérer efficaces pour soulager la sensation de brûlure.
  • Enfin, toute difficulté respiratoire ou gonflement du visage doit conduire à contacter immédiatement les secours (composer le 15, le 112, ou le 114 pour les personnes malentendantes). Dans les autres cas, il est conseillé d’appeler un centre antipoison ou de consulter un médecin si la douleur persiste ou s’aggrave.

La réglementation européenne sur les produits pimentés appelée à évoluer

À ce jour, la capsaïcine naturellement présente dans les aliments ne fait pas l’objet de restrictions spécifiques au sein de l’Union européenne. Toutefois, plusieurs produits ont déjà été retirés du marché en raison de concentrations jugées trop élevées ou d’un étiquetage insuffisant.

Face à la multiplication des signalements, l’Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa) mène actuellement une évaluation des risques liés à la consommation de capsaïcine. Les données recueillies par les centres antipoison français ont été intégrées à ces travaux, dont les conclusions sont attendues d’ici à la fin de l’année 2027. Elles pourraient déboucher sur un renforcement de la réglementation applicable aux produits les plus concentrés.

Prudence face aux produits « ultra-hot », « superpiquants » ou « extrêmes »

Dans l’attente de nouvelles recommandations, les autorités sanitaires rappellent l’importance de la vigilance. Les mentions « ultra-hot », « superpiquant » ou « extrême » doivent alerter les consommateurs, tout particulièrement lorsqu’il s’agit de produits commercialisés dans le cadre de défis viraux sur les réseaux sociaux.

Les autorités sanitaires recommandent également d’éviter ces challenges, en particulier chez les adolescents, de conserver les produits très pimentés hors de portée des enfants et de porter des gants lors de la manipulation de piments particulièrement forts.


Pour en savoir plus, consulter l’article qui lui est consacré dans le numéro 29 du bulletin Vigil’Anses de juillet 2026, édité par l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses).

The Conversation

Sandra Sinno-Tellier ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

– ref. Pourquoi les défis qui consistent à manger des aliments ultrapimentés sont des jeux dangereux – https://theconversation.com/pourquoi-les-defis-qui-consistent-a-manger-des-aliments-ultrapimentes-sont-des-jeux-dangereux-295277