Source: The Conversation – in French – By Shannon Gibson, Professor (Teaching) of Environmental Studies, Political Science and International Relations, USC Dornsife College of Letters, Arts and Sciences

L’ESSENTIEL
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Aux États-Unis, après la capture du dernier condor de Californie sauvage en 1987, élevages et lâchers ont ramené des centaines d’oiseaux en liberté, non sans controverses.
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Dans le monde, selon une étude de 2025 sur plus de 14 000 projets de conservation, cinq groupes de mammifères ont reçu 86 % des financements disponibles, tandis que les plantes et les invertébrés n’ont reçu que 6,6 % du soutien financier.
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À Erevan, en Arménie, à l’occasion de la COP17 sur la biodiversité, qui se tient jusqu’à ce 30 octobre 2026, les pays doivent à s’accorder quant au fonctionnement de l’organe créé en 2024 pour faire entendre les peuples autochtones et les communautés locales, notamment sur leur rôle dans les prises de décision.
En 1987, des biologistes capturaient le dernier condor en liberté pour le placer en captivité, et la plus grande espèce d’oiseau volant d’Amérique du Nord était officiellement déclarée éteinte à l’état sauvage. Aujourd’hui, après des décennies d’efforts coordonnés et des millions de dollars dépensés pour l’élevage en captivité et la réintroduction, plus de 300 condors ont été rendus à leur milieu naturel.
C’était une victoire pour la survie de l’espèce, mais ce triomphe a été contesté presque à chaque étape.
Les défenseurs de la nature se sont affrontés avec acharnement pour savoir si capturer tous les oiseaux relevait du sauvetage ou de la capitulation. Des critiques jugeaient que cet argent serait mieux employé pour d’autres espèces menacées. Des communautés rurales de l’Utah et de l’Arizona, aux États-Unis, s’inquiétaient des restrictions fédérales sur l’utilisation des terres. Des groupes de chasseurs, comme la National Rifle Association (association états-unienne de défense du droit de posséder et de porter des armes, ndlr), se sont opposés à l’interdiction des munitions au plomb, l’une des principales causes de mortalité des condors.
Le retour du condor illustre plusieurs questions auxquelles les gouvernements et les organisations de conservation sont aujourd’hui confrontés, notamment celles de savoir quelles espèces reçoivent des fonds et qui supporte les coûts.
Ces questions figurent parmi celles débattues lors de la conférence de la Convention sur la diversité biologique des Nations unies, la 17ᵉ Conférence des parties (COP17), du 19 au 30 octobre 2026, à Erevan, en Arménie.
En 2022, les pays du monde entier ont adopté, lors de la conférence sur la biodiversité de cette année-là, un accord visant à enrayer et à inverser la perte de biodiversité : le Cadre mondial de la biodiversité de Kunming-Montréal. Il fixe notamment pour objectifs de mobiliser 200 milliards de dollars américains (environ 179 milliards d’euros) par an, issus de sources publiques et privées du monde entier, d’ici à 2030, afin de conserver et de gérer au moins 30 % des terres, des zones côtières et des océans de la planète, de mettre fin aux extinctions causées par l’humain et d’aider les espèces en difficulté à survivre.
L’accord ne choisit pas lui-même les espèces à sauver, mais ses règles sont conçues pour orienter les priorités nationales de conservation et les fonds qui la financent.
Sauver une espèce comme le condor touche les communautés locales et les entreprises dont les activités ont mis ces espèces en péril. Sans adhésion locale, injecter de l’argent dans les programmes de rétablissement peut se solder par un échec, et pourtant les communautés locales sont souvent tenues à l’écart des discussions.
Décider des espèces qui méritent d’être protégées
On estime qu’un million d’espèces sont actuellement menacées d’extinction dans le monde, et les premières évaluations suggèrent que le monde est en retard sur la plupart des objectifs mondiaux de biodiversité fixés par l’accord.
Les ressources étant limitées, les spécialistes de la conservation doivent faire des arbitrages pour décider quelles espèces protéger et de quelle manière. Faut-il financer des opérations de sauvetage coûteuses pour une espèce proche de l’extinction ou des interventions susceptibles de profiter à plusieurs espèces à la fois ? ou bien protéger des organismes propres à une région précise ? ou encore une espèce qui fait vivre les populations locales ?
Certaines espèces sont valorisées pour ce qu’elles apportent à l’humanité, comme la pollinisation des cultures ou la purification de l’eau, ce que l’on appelle les « services écosystémiques ». Les abeilles mellifères, par exemple, pollinisent chaque année plus de 15 milliards de dollars de cultures (13,5 milliards d’euros) rien qu’aux États-Unis.
D’autres espèces revêtent une importance culturelle et spirituelle, comme le condor pour la tribu yurok, en Californie. De nombreux spécialistes de la conservation soutiennent que les espèces vivantes possèdent un droit inhérent à exister, indépendamment de leur utilité pour les humains.
Il peut toutefois être plus facile d’obtenir du soutien pour des mesures visant à sauver des espèces charismatiques que pour d’autres espèces. On pense à la campagne « Sauvons les baleines » de Greenpeace ou au logo panda du Fonds mondial pour la nature (WWF). Le visage adorable d’un panda peut contribuer à financer sa protection et, potentiellement, celle de l’habitat qui l’entoure, au bénéfice des autres espèces qui y vivent.
Une étude réalisée en 2025 a passé en revue plus de 14 000 projets de conservation centrés sur une espèce, menés de 1992 à 2016. Cinq groupes de mammifères (les primates, les carnivores, les baleines, les éléphants et les rhinocéros) ont reçu 86 % des financements disponibles, alors qu’ils ne représentaient qu’un tiers des projets consacrés aux mammifères menacés. Les plantes et les invertébrés, essentiels à la pollinisation, au cycle des nutriments et au maintien des réseaux trophiques, n’ont reçu que 6,6 % du soutien financier.
Des organisations de protection de la nature et des économistes du Paulson Institute (centre de réflexion états-unien, ndlr) estiment que le monde doit consacrer chaque année 1 300 milliards de dollars supplémentaires (environ 1 170 milliards d’euros) à la conservation et à la restauration de la biodiversité pour enrayer et inverser la perte de biodiversité.
Qui supporte les coûts ?
Lors de la conférence d’Erevan sur la biodiversité, cette année, les délégués aborderont aussi une autre question qui peut faire ou défaire le rétablissement d’une espèce : quand la conservation touche les populations locales, qui paie et qui a son mot à dire ?
Si les défenseurs de la nature se sont réjouis des efforts pour ramener les loups en Europe ces vingt dernières années, certains éleveurs ont perdu du bétail à cause de ces prédateurs et ont dû faire face à des coûts plus élevés pour protéger leurs troupeaux. Les programmes de financement actuels de l’Union européenne contribuent à soutenir la protection du bétail, mais la capacité des éleveurs à peser sur le rétablissement du loup fait aussi partie de l’équation.
La conservation peut très mal tourner si les communautés locales ne sont pas consultées lors de la planification. Dans l’aire de conservation du Ngorongoro, une zone protégée de Tanzanie, les Massaïs luttent depuis des années contre les ordres du gouvernement de quitter les terres où ils vivent depuis des générations, au nom de la conservation des lions. En mars 2026, deux commissions présidentielles ont recommandé de poursuivre les expulsions afin de protéger la faune, dans le cadre d’un processus qui a associé peu de Massaïs, selon les défenseurs des peuples autochtones de l’Oakland Institute (centre de réflexion états-unien, ndlr).
Protéger des espèces vulnérables suppose souvent de soutenir aussi les communautés qui vivent à leur côté. Lors du dernier cycle de négociations sur la biodiversité, en 2024, les pays ont créé un organe subsidiaire permanent chargé d’intégrer les connaissances et les décisions des peuples autochtones et des communautés locales dans celles du traité.
Lors de la conférence de cette année, la COP17, les pays doivent s’accorder sur le fonctionnement de cet organe, notamment sur la question de savoir si ces communautés auront un rôle officiel dans la prise de décision. Ils devraient aussi adopter des lignes directrices précisant comment les objectifs mondiaux de conservation de 30 % s’appliquent dans les territoires autochtones.
L’accord international ne peut pas dicter ce qui se passe sur le terrain, mais ses règles façonnent les priorités nationales de conservation et orientent les fonds qui la financent. C’est pourquoi le débat sur la consultation locale est au cœur des négociations de 2026. Une conservation conçue pour les populations, plutôt qu’avec elles, risque de perdre la confiance et la coopération locale qui rendent un rétablissement durable.
Les clés du succès
Deux enjeux majeurs de la conférence consistent à garantir que les peuples autochtones et les communautés locales aient leur mot à dire dans les décisions concernant leur territoire, notamment sur la conception des programmes de conservation et la répartition des ressources.
Le cadre mondial de la biodiversité appelle à une approche « pansociétale », qui reconnaît que protéger la nature exige plus que la seule action des gouvernements. Mais participer n’est pas la même chose que détenir un pouvoir de décision.
Les défenseurs des groupes autochtones affirment que les communautés sont trop souvent consultées une fois les priorités fixées, plutôt que d’être associées à leur définition. Le fait que l’éleveur qui paie les clôtures ou la communauté autochtone liée à une espèce contribue à fixer les priorités, ou que l’on ne lui demande son avis qu’une fois le projet approuvé, montre si la consultation est réelle ou non.
Le retour du condor met en évidence que des espèces au bord de l’extinction peuvent se rétablir avec de l’aide. Mais pour que ce rétablissement dure, il faut protéger les conditions, et soutenir les personnes, qui rendent leur survie possible.
Garrett Ordonez, chercheur et étudiant en études environnementales et relations internationales à l’Université de Californie du Sud (USC), a contribué à cet article.
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Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.
– ref. Le condor est de retour, mais qui a eu son mot à dire ? – https://theconversation.com/le-condor-est-de-retour-mais-qui-a-eu-son-mot-a-dire-295220
