Source: The Conversation – in French – By Ava Kalinauskas, Senior Research Associate, United States Studies Centre, University of Sydney

L’ESSENTIEL
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Le 3 novembre, les citoyens des États-unis sont appelés à renouveler la Chambre des représentants et un tiers du Sénat, où les républicains n’ont qu’une courte majorité.
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Le parti du président est presque toujours sanctionné à mi-mandat et, selon les sondages, les démocrates semblent en position de rivaliser dans des bastions républicains.
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Si les démocrates font basculer une chambre du Congrès ou les deux, ils obtiendront le pouvoir de lancer des enquêtes à la Chambre et de bloquer des nominations.
La semaine prochaine, des dizaines de millions d’Américains se rendront aux urnes pour élire leurs représentants au 120ᵉ Congrès des États-Unis. La course à la présidence états-unienne attire tous les quatre ans l’attention des médias du monde entier, mais les élections de mi-mandat façonnent de manière décisive la seconde moitié des mandats présidentiels.
Le scrutin de cette année intervient dans une cocotte-minute politique, faite de poursuites judiciaires, de contestations électorales et d’accusations d’ingérence venues de tous les bords politiques.
Après presque deux ans avec un pouvoir législatif docile, contrôlé par les républicains, le président Donald Trump se prépare à passer le premier test électoral national de son second mandat.
Alors, qu’est-ce que les élections de mi-mandat, et comment les résultats du 3 novembre pourraient-ils façonner les États-Unis jusqu’à ce qu’un nouveau président prête serment, le 20 janvier 2029 ?
Que sont les élections de mi-mandat ?
Tous les deux ans, la composition des deux chambres du Congrès est rebattue. Les 435 membres de la chambre basse, la Chambre des représentants, sont tous soumis à réélection. Environ un tiers des 100 sénateurs qui siègent à la chambre haute, le Sénat, affrontent eux aussi les électeurs. Lors de ce scrutin, 36 postes de gouverneur sont également en jeu, ainsi qu’une poignée de sièges au niveau des États pour des parlementaires et des élus locaux.
Lorsqu’elles tombent une année sans élection présidentielle, ces élections sont appelées « midterms » : elles marquent à peu près le milieu du mandat de quatre ans d’un président.
En tant qu’organe législatif principal du gouvernement états-unien, le Congrès, par sa composition, détermine la capacité de chaque parti à faire adopter des lois fédérales et à contrôler le président. La plupart des présidents de l’histoire états-unienne moderne ont, à un moment ou à un autre, composé avec un Congrès divisé, dans lequel le parti d’opposition contrôle l’une des deux chambres législatives, voire les deux.
À quoi faut-il s’attendre ?
L’histoire nous enseigne que le parti du président est presque toujours sanctionné lors des élections de mi-mandat.
Lors des élections de 2006, sous la présidence de George W. Bush, les républicains ont perdu 30 sièges à la Chambre. Quatre ans plus tard, les démocrates ont subi une retentissante « raclée » (shellacking), avec une perte nette de 63 sièges, lors du premier test des élections de mi-mandat de Barack Obama en tant que président.
Le Parti républicain a peu de chances de déjouer cette tendance en 2026. Charlie Cook, l’un des meilleurs spécialistes des prévisions électorales, a qualifié de « chose acquise » un balayage démocrate à la Chambre en novembre. Les analystes prévoient que les démocrates gagneront au moins 5 et jusqu’à 30 sièges à la Chambre – de quoi remettre en question la majorité fragile détenue actuellement par le Grand Old Party (GOP, le surnom du Parti républicain, ndlr) et prendre le contrôle de la chambre pour la seconde moitié du mandat de Trump.
Cependant, la majorité républicaine au puissant Sénat états-unien pourrait être plus difficile à renverser et se jouer à l’arraché. Les démocrates ont besoin d’un gain net de quatre sièges pour reprendre la chambre, ce qui dépendra probablement des résultats d’environ sept scrutins très disputés à l’issue incertaine.
Pourquoi les républicains sont-ils sur la défensive ?
Si ces élections de mi-mandat suivent un scénario familier, elles pourraient aussi rompre avec des schémas historiques.
Au Sénat, les sondages laissent penser que les démocrates pourraient être en passe de réaliser des gains importants, y compris dans des États traditionnellement rouges (républicains) qui ont voté pour Trump avec un écart à deux chiffres en 2024.
La course au Kansas – actuellement à égalité parfaite – pourrait conduire l’État à élire son premier sénateur démocrate depuis presque un siècle. Les démocrates semblent être en position de rivaliser dans des bastions républicains : l’Ohio, l’Alaska et l’Iowa. Les sondages suggèrent même qu’ils pourraient avoir une chance au Texas, où le parti n’a remporté aucun poste à l’échelle de l’État depuis 1994.
À mesure que la carte des États décisifs s’élargit, les républicains injecteraient des millions de dollars dans la publicité pour défendre des sièges jugés sûrs qui pourraient désormais être menacés.
Alors, pourquoi ces bastions républicains – que l’on jugeait jusqu’ici imprenables pour les démocrates – sont-ils entrés dans la partie lors de ce cycle électoral ?
Bien sûr, des dynamiques locales propres à chaque scrutin jouent un rôle, comme les scandales qui minent la campagne de Ken Paxton (candidat républicain au Sénat) au Texas et ceux qui touchent le sénateur sortant Roger Marshall au Kansas. En Alaska, les républicains craignent qu’un challenger homonyme ne sème la confusion chez les électeurs et ne détourne des voix du sénateur républicain Dan Sullivan dans une course serrée.
Mais les élections de mi-mandat sont en définitive un référendum sur le président en exercice. Or, en ce moment, la cote de popularité de Trump est négative dans 47 des 50 États du pays.
Les Américains ne lui font pas confiance sur le commerce, l’immigration ou l’économie. Sept sur dix pensent que le pays est engagé dans la mauvaise direction. Une enquête a montré que 48 % des Américains estiment être dans une situation financière plus mauvaise qu’au moment où Trump est revenu au pouvoir en 2025.
Les sondeurs prévoient aussi qu’un important écart d’enthousiasme pourrait faire le jeu des démocrates le jour du scrutin. Près de la moitié des électeurs de la candidate démocrate à la présidentielle de 2024, Kamala Harris (48 %), se disent très enthousiastes à l’idée de voter en novembre. Moins d’un tiers des partisans de Trump en disent autant.
Les républicains indéfectibles ont peu de chances de changer de camp pour rejoindre les démocrates. Mais cela pourrait être tout aussi dommageable pour le Parti républicain s’ils ne votent pas du tout.
Les jeux sont-ils faits ?
Si de nombreux commentateurs prédisent qu’un « tsunami bleu » (le bleu est la couleur des démocrates, ndlr) balaiera les républicains, d’autres estiment qu’il y a des raisons d’être prudent quand on pronostique le résultat de ces élections.
Les démocrates restent profondément impopulaires. Le redécoupage électoral partisan (gerrymandering) a fait pencher la carte électorale en faveur des républicains.
Et dans ce qui constitue déjà les élections de mi-mandat les plus coûteuses de l’histoire, les républicains conservent un net avantage financier. Elon Musk à lui seul a donné plus d’un quart de milliard de dollars (plus de 200 millions d’euros) à des groupes républicains, dont sa propre opération de mobilisation des électeurs.
Par ailleurs, même si les sondages ont été justes lors des derniers cycles de mi-mandat, ils se sont notoirement trompés par le passé.
Si Trump est si puissant, les élections de mi-mandat comptent-elles vraiment ?
Alors que Trump exerce un niveau de pouvoir exécutif sans équivalent dans l’histoire politique moderne des États-Unis, les élections de mi-mandat peuvent sembler une distraction mineure, sans grand effet durable sur sa présidence. En mai de cette année, il a déclaré :
Pourtant, si les démocrates parviennent à faire basculer l’une des chambres ou les deux, ils obtiendront le pouvoir de lancer des enquêtes à la Chambre et de bloquer des nominations aux plus hauts postes judiciaires et gouvernementaux. Le Congrès peut aussi adopter des lois qui prennent le pas sur les décrets présidentiels ou en restreignent le financement. Cela pourrait même ouvrir la voie à une troisième procédure de destitution (impeachment) sans précédent contre Trump.
Les résultats donneront aussi une indication précoce – bien qu’imparfaite – du « sens dans lequel soufflent les vents partisans », alors que les deux partis lorgnent sur les primaires présidentielles (les élections internes qui désignent le candidat de chaque parti), qui démarreront début 2028.
Que le président dise ou non que les élections de mi-mandat lui importent, le 3 novembre, des millions d’Américains montreront qu’elles comptent pour eux.
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Ava Kalinauskas ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.
– ref. « Midterms » aux États-Unis : pourquoi les républicains sont sur la défensive, jusque dans leurs bastions – https://theconversation.com/midterms-aux-etats-unis-pourquoi-les-republicains-sont-sur-la-defensive-jusque-dans-leurs-bastions-295383
