Zona et douleurs chroniques : une nouvelle piste thérapeutique basée sur les exosomes

Source: The Conversation – in French – By Andrew Bubak, Associate Professor of Neurology, University of Colorado Anschutz

Le virus varicelle-zona (ici en fausses couleurs), également appelé herpèsvirus humain de type 3 (HHV-3), est responsable de la varicelle et du zona. BSIP/Universal Images Group via Getty Images

L’ESSENTIEL

  • Le zona peut provoquer des douleurs chroniques qui persistent des mois, voire des années.

  • Des exosomes, de minuscules vésicules, qui circulent dans le sang pourraient empêcher la régénération des neurones et entretenir la douleur.

  • Cette découverte pourrait ouvrir la voie à de nouveaux traitements contre les douleurs neuropathiques.


Le zona peut provoquer des douleurs notoirement difficiles à soulager, susceptibles de persister des mois, voire des années chez certaines personnes. Ces douleurs sont parfois si intenses qu’elles s’accompagnent d’une dégradation marquée de la qualité de vie, et peuvent entraîner une profonde détresse psychologique, voire faire émerger des pensées suicidaires.

Lorsque la douleur se prolonge au-delà de trois mois, les médecins parlent de névralgie post-zostérienne. Faute de connaître les mécanismes qui entretiennent cette douleur persistante, on se borne aujourd’hui à soulager les symptômes, avec des résultats très insuffisants, puisque moins de 50 % des patients rapportent être significativement soulagés.

De nouveaux travaux menés par mon équipe et publiés dans la revue Annals of Neurology révèlent que de minuscules vésicules circulant dans le sang, appelées exosomes, pourraient expliquer certaines des caractéristiques les plus déroutantes de cette douleur dite « neuropathique ». La découverte de ces cibles thérapeutiques potentielles pourrait mener à la mise au point de nouveaux traitements.

Quand la varicelle resurgit sous forme de zona

Le virus varicelle-zona, responsable de la varicelle, infecte plus de 90 % de la population mondiale. Dans les régions tempérées, la plupart des gens le contractent dès la petite enfance ; dans les régions tropicales, en revanche, la primo-infection survient généralement plus tard, à l’adolescence ou au début de l’âge adulte.

Après l’infection initiale, le virus entre en dormance dans les neurones qui détectent la douleur. Même les enfants vaccinés contre la varicelle hébergent le virus à l’état latent dans leurs neurones, car le vaccin contient une souche vivante atténuée – aux États-Unis, depuis 1995, les enfants sont systématiquement vaccinés (ce n’est pas le cas en France, où la vaccination contre ce virus n’est recommandée que dans certains cas – NDT).

Chez environ un tiers de la population mondiale, le virus se réactive des décennies plus tard, provoquant la redoutable et douloureuse éruption qui caractérise le zona. Soulignons que, pour des raisons encore inconnues, la fréquence du zona est en augmentation dans le monde entier.

Chez la plupart des individus, la douleur causée par le zona disparaît en deux ou trois semaines. Toutefois, 10 à 18 % des patients verront leur état évoluer vers une névralgie post-zostérienne, des mois après la disparition de l’éruption. Dans certains cas, la douleur peut durer des années, voire toute la vie.

Si toute personne ayant eu un zona est exposée au risque de névralgie post-zostérienne, ce risque augmente nettement avec l’âge.

Exosomes et neurones irrités

Les chercheurs et les cliniciens ne comprennent pas encore pleinement ce qui provoque la névralgie post-zostérienne. Chez les patients qui en sont atteints, l’éruption a disparu et la peau semble normale ; pourtant, les biopsies cutanées révèlent une raréfaction inexpliquée des fibres nerveuses sensitives dans les zones douloureuses.

Paradoxalement, cette diminution du nombre de fibres nerveuses dans la peau peut, chez de nombreux patients, exacerber la douleur. On ignore ce qui empêche ces fibres de se réparer une fois l’infection guérie.

Des chercheurs ont avancé l’hypothèse qu’une réplication virale continue ou intermittente au sein des neurones sensitifs les endommagerait, voire les tuerait. Et ce, des mois après la réactivation du virus. Pourtant, l’administration d’un traitement qui bloque la réplication virale ne permet ni de prévenir ni d’atténuer de façon fiable la névralgie post-zostérienne.

Pour cette raison, certains neurovirologues, dont je fais partie, s’intéressent à d’autres facteurs, non infectieux, susceptibles de contribuer à cette affection.

Dans des travaux récemment publiés, j’ai étudié, avec mes collaborateurs, le rôle que pourraient jouer les exosomes dans l’apparition de la névralgie post-zostérienne. Ce type de particule microscopique, qui circule dans le sang, est libéré par toutes les cellules de l’organisme.

Les exosomes acheminent d’une cellule à l’autre une cargaison bioactive : constituée par exemple de protéines ou d’acides nucléiques, elle est capable de modifier le comportement d’une cellule réceptrice ou certains de ses processus. Ce mécanisme permet aux cellules de communiquer entre elles, et se révèle indispensable au bon fonctionnement de l’organisme.




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Au sein de mon laboratoire, nous avions déjà découvert que les exosomes présents dans le sang de patients atteints d’un zona en phase éruptive pouvaient accroître l’inflammation et le risque d’accident vasculaire cérébral. Nous avons donc supposé que les exosomes circulant dans le sang des patients souffrant de névralgie post-zostérienne pouvaient, eux aussi, contribuer à l’intensité de leur douleur.

Mon équipe et moi avons isolé les exosomes présents dans le sang de sept patients atteints de névralgie post-zostérienne et les avons comparés à ceux de sept patients qui n’en souffraient pas. Les exosomes des premiers contenaient des concentrations significativement plus élevées de protéines connues pour freiner la croissance des neurones.

Fallait-il conclure de cette observation que les patients atteints de névralgie post-zostérienne ont dans le sang des particules qui empêchent leurs neurones sensitifs impliqués dans la douleur de se régénérer complètement ?

Pour vérifier cette hypothèse, nous avons exposé des neurones sensitifs humains, cultivés en boîte de Petri, à des exosomes isolés du sang de personnes atteintes ou non de névralgie post-zostérienne. Grâce à des technologies d’imagerie de cellules vivantes, nous avons suivi et mesuré la capacité de ces neurones à faire croître leurs extensions et à interagir les uns avec les autres. Comme nous le soupçonnions, la croissance des neurones exposés aux exosomes de patients atteints de névralgie post-zostérienne s’est avérée fortement entravée, et les cellules nerveuses concernées se sont révélées incapables de former un réseau solide avec leurs voisines. À l’inverse, nous n’avons détecté aucune perturbation du fonctionnement des neurones exposés aux exosomes provenant de personnes indemnes.

L’analyse de l’activité des gènes des neurones sensitifs impliqués dans la douleur exposés à des exosomes de patients atteints de névralgie post-zostérienne a révélé que ces cellules subissent des modifications qui empêchent la formation de structures appelées « cônes de croissance », lesquelles sont indispensables à la croissance et à la réparation des neurones. Nous avons par ailleurs découvert que ces exosomes maintiennent les neurones de la douleur dans un état d’hyperactivité qui les rend hypersensibles aux signaux douloureux.

Quel avenir pour le traitement des neuropathies ?

Nos résultats suggèrent que l’on pourrait mettre au point des traitements plus efficaces contre la névralgie post-zostérienne en s’attaquant à la cause profonde de l’irritation des nerfs sensitifs et de l’échec de leur régénération, dont découle la douleur.

En outre, nous pensons que ce phénomène n’est pas propre à la névralgie post-zostérienne. Il pourrait fort bien concerner aussi d’autres neuropathies douloureuses, comme la neuropathie diabétique, qui est également liée à un défaut de régénération nerveuse.

Actuellement, mon équipe est procède à des prélèvements répétés d’échantillons sanguins, sur une période pouvant s’étendre jusqu’à un an, chez des patients atteints de zona développant une névralgie post-zostérienne, ainsi que chez des patients dont le zona guérit sans douleur résiduelle. La comparaison entre les contenus des deux types d’exosomes sera cruciale pour identifier précisément la nature de la cargaison contribuant au développement de cette douloureuse et invalidante affection chronique.

The Conversation

Andrew Bubak reçoit des financements des National Institutes of Health.

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