Des organes indispensables mais peu connus : à quoi servent vraiment nos reins ?

Source: The Conversation – France in French (3) – By Mickaël Bobot, Professeur des Universités – Praticien Hospitalier en Néphrologie, Aix-Marseille Université (AMU)


L’ESSENTIEL

  • Les reins filtrent les déchets de notre organisme et produisent l’urine en filtrant le sang, mais ce n’est pas leur seul rôle.

  • Ils sont essentiels à de nombreuses fonctions du corps humain et produisent plusieurs hormones cruciales, dont la forme active de la vitamine D et l’érythropoïétine (EPO), importante pour la fabrication des globules rouges.

  • Si les reins dysfonctionnent, de nombreux autres organes subissent des dommages.


Situés à l’arrière de notre abdomen, de part et d’autre de la colonne vertébrale, les reins sont des organes discrets. Tellement discrets que leurs fonctions sont généralement mal connues des non-spécialistes. Souvent, les reins sont seulement considérés comme des « filtres » permettant d’éliminer les déchets de l’organisme. C’est vrai, mais ce n’est pas leur unique rôle.

Nos reins filtrent quotidiennement environ 180 litres de liquide, pourtant, lorsque nous urinons, nous n’en éliminons qu’un à deux litres par jour. Où passent les 178 litres restants ? Cette différence entre le volume de liquide entrant et le volume sortant témoigne de la complexité du fonctionnement rénal.

Ces deux petits organes jouent un rôle central dans le corps humain, car ils permettent de réguler de nombreuses fonctions de l’organisme. Ils influent non seulement sur la concentration d’un grand nombre de molécules présentes dans le sang, mais aussi sur la production d’hormones. Ce qui explique que lorsqu’ils dysfonctionnent, tout le corps va mal.

Un filtre et, surtout, un centre de tri

Les reins sont des organes de taille modeste : chez l’adulte, ils pèsent en moyenne 150 grammes, pour 10 à 13 centimètres de longueur et 4 à 6 centimètres de large. Ils comportent environ 1 million de minuscules unités fonctionnelles appelées « néphrons ». Chaque néphron est composé du glomérule et du tubule. Le glomérule est le filtre du rein.

Le rein est un organe très vascularisé, qui reçoit 20 % du débit sanguin total de l’organisme. À partir de ce sang, il filtre chaque jour 180 litres d’urine, grâce aux glomérules rénaux. Le glomérule laisse passer l’eau, les ions et certaines petites molécules présentes dans le sang pour former l’urine primitive.

La perméabilité de l’appareil glomérulaire est régulée par plusieurs sortes de cellules spécialisées, qui agissent comme des filtres physiques et électrochimiques complexes, repoussant les grosses molécules afin qu’elles restent dans le sang.

En cas de besoin, les glomérules peuvent augmenter leur capacité de filtration, ce qui explique que l’on peut vivre avec un seul rein en gardant une fonction rénale normale.

Nous n’éliminons pas 180 litres d’urine par jour. Cela est dû au fait qu’une grande partie de ce volume est réabsorbée par le rein. Cette réabsorption se passe au niveau du tubule du rein, qui agit comme un centre de tri et de réglage. Celui-ci est constitué de plusieurs segments, dans lesquels l’urine primitive transite après avoir été filtrée par le glomérule.

L’importance de la réabsorption

Dans le tubule, sous l’influence de transporteurs moléculaires extrêmement finement régulés situés dans la membrane des cellules, une partie de l’eau et des ions est réabsorbée, en fonction des besoins de l’organisme. Cette élimination très sélective permet au rein de réguler les taux de sodium, de potassium, de calcium et le pH de l’organisme, en s’ajustant aux besoins.

Ainsi, en cas de déshydratation – que celle-ci soit due à une journée chaude durant laquelle nous avons beaucoup transpiré, ou à une infection ayant provoqué des diarrhées –, le rein augmente la réabsorption tubulaire de sodium et d’eau. En réduisant drastiquement les pertes de ces deux éléments, il évite que la tension artérielle chute.

À l’inverse, après un apport important en sel ou en potassium – par exemple, lors d’un repas trop riche –, les tubules rénaux s’adaptent pour augmenter l’élimination dans les urines, et éviter les complications liées à l’accumulation de ces éléments dans le sang.

Une fois passée dans le tubule, l’urine primitive devient l’urine définitive, laquelle transite dans les voies urinaires jusqu’à la vessie pour être éliminée.

Lorsque ces mécanismes de réabsorption et d’élimination ont été altérés par une maladie rénale, l’organisme perd progressivement cette capacité d’adaptation. Les conséquences alors peuvent dépasser largement le rein lui-même.

Dans une telle situation, l’eau et le sel s’accumulent dans le corps, occasionnant un œdème qui peut s’accumuler sous la peau, notamment au niveau des membres inférieurs, ou dans les poumons (ce qui peut entraîner une détresse respiratoire).

Le sang devient plus acide et les concentrations sanguines en potassium peuvent également augmenter, ce qui peut engendrer des troubles graves du rythme cardiaque.

Épuration des toxines

Le rein permet d’éliminer de nombreuses toxines, dites toxines urémiques (on en dénombre plus d’une centaine), provenant essentiellement de l’alimentation.

L’élimination de ses toxines par le rein, lorsqu’il est en bonne santé, permet d’éviter qu’elles exercent leur effet néfaste sur l’organisme.

En effet, lorsque cette capacité d’épuration est altérée, au cours de la maladie rénale chronique, on va observer des conséquences néfastes sur d’autres organes du corps, comme le cœur, les vaisseaux sanguins ou le cerveau.

Une véritable glande endocrine

En plus de ses fonctions d’épuration, le rein produit également plusieurs hormones cruciales qui régulent de nombreuses fonctions de l’organisme :

  • la rénine, qui permet de réguler la tension artérielle, en s’adaptant aux variations de l’état d’hydratation ;

  • la vitamine D : le rein joue un rôle dans la production de la forme active de la vitamine D, appelée « calcitriol ». Lorsque la peau est exposée au soleil, de la vitamine D « native » (ou cholécalciférol) est produite. Elle est ensuite transformée une première fois au niveau du foie (pour donner du calcidiol ou calcifédiol), puis une seconde fois dans le rein pour aboutir au calcitriol. Cette forme active de la vitamine D régule les concentrations de calcium dans le sang, et participe ainsi à maintenir la solidité des os ;

  • l’érythropoïétine, ou EPO : devenue célèbre dans le monde du sport pour ses propriétés dopantes, qui est surtout l’hormone qui permet à l’organisme de produire des globules rouges dans la moelle osseuse, indispensables au transport de l’oxygène aux différents organes de l’organisme. Sans l’EPO produite par les reins, les patients insuffisants rénaux peuvent développer des anémies parfois sévères.

Le rein n’est donc pas seulement un filtre. Son activité varie en fonction de notre état : il ajuste les fonctions de notre organisme en fonction de ce que nous mangeons, de ce que nous buvons, de ce que nous perdons par la sueur et les selles, de notre activité physique, de notre état cardiovasculaire, de notre équilibre acido-basique.

Si discret soit-il, cet organe ne se comporte pas moins en véritable chef d’orchestre, communiquant avec le reste du corps humain et l’adaptant continuellement à son environnement. Sans que nous en ayons conscience.

The Conversation

Mickaël Bobot a reçu des financements de la Société Francophone de Néphrologie, Dialyse et Transplantation, de la Fondation du Rein et de l’Assistance Publique – Hôpitaux de Marseille, pour ses travaux de recherche. Il est membre de la Société Francophone de Néphrologie, Dialyse et Transplantation, de l’European Renal Association (Société Européenne de Néphrologie).

– ref. Des organes indispensables mais peu connus : à quoi servent vraiment nos reins ? – https://theconversation.com/des-organes-indispensables-mais-peu-connus-a-quoi-servent-vraiment-nos-reins-284999