Source: The Conversation – in French – By Justin Roberts, Professor of Nutritional Physiology, Anglia Ruskin University

L’ESSENTIEL
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Des travaux ont démontré que, chez l’animal, réduire les apports énergétiques en diminuant la quantité de nourriture augmente l’espérance de vie.
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Chez l’être humain, cependant, les données disponibles ne confirment pas ces résultats pour l’instant.
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L’adoption d’une alimentation variée et équilibrée, conjuguée à la pratique d’une activité physique adaptée et régulière, demeure la meilleure façon d’améliorer ses chances de vieillir en bonne santé.
Incitations à suivre des programmes de jeûne, prise de compléments alimentaires, routines quotidiennes minutieuses… Scroller sur les réseaux sociaux nous expose rapidement à une foule de conseils censés nous faire vivre plus longtemps. Mais vivre jusqu’à un âge avancé n’est pas systématiquement synonyme de bonne santé ni de vie en autonomie.
Avec l’âge, on constate une diminution de la masse musculaire et de la force, celle de l’aptitude physique aérobie (évaluée par la mesure de la consommation maximale d’oxygène – ou VO₂ max –, la condition aérobie commence à décroître entre 20 et 30 ans, NDT), ou encore l’existence d’une « inflammation liée à l’âge » (une inflammation chronique de bas grade). Si ces évolutions concernent tout le monde, elles varient considérablement d’une personne à l’autre. On sait aujourd’hui que l’activité physique et le sommeil peuvent notamment influer sur la manière dont nous vieillissons, et que les revenus, la qualité du logement, l’accès aux soins ainsi que l’environnement (au sens large) jouent eux aussi des rôles importants, tout comme l’alimentation.
En ce qui concerne cette dernière, l’une des pistes les plus étudiées pour agir sur le vieillissement est la restriction calorique : il s’agit de réduire l’apport énergétique d’environ 20 à 40 % tout en continuant de couvrir les besoins en nutriments essentiels. Si la restriction calorique a déjà fait ses preuves chez l’animal, les résultats sont moins probants en ce qui concerne l’être humain, mais les recherches se poursuivent. Voici ce qu’il faut en retenir.
Espérance de vie, vieillissement en bonne santé : de quoi parle-t-on ?
Les chercheurs font la distinction entre l’espérance de vie en bonne santé à la naissance et l’espérance de vie en bonne santé, autrement dit le nombre d’années pendant lesquelles une personne peut s’attendre à vivre en « pleine santé », sans incapacité ni maladie chronique. En 2021, selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), l’espérance de vie mondiale s’établissait à 71,4 ans, contre 61,9 ans pour l’espérance de vie en bonne santé, soit un écart de neuf ans et demi. Une autre étude estime que cet écart s’est creusé dans 203 des 204 pays et territoires étudiés entre 1990 et 2023.
(En France, les chiffres de la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques indiquent que, depuis 2008, l’espérance de vie sans incapacité à la naissance progresse à un rythme proche de celui de l’espérance de vie : les femmes peuvent espérer vivre 64,1 ans sans incapacité et les hommes 63,7 ans. Des durées supérieures respectivement de dix et huit mois aux moyennes européennes – 63,3 ans pour les femmes et 62,8 ans pour les hommes, NDT).
La notion de « vieillissement en bonne santé » de l’OMS adopte quant à elle une définition un peu plus large, centrée sur les capacités qui permettent à chacun de faire ce à quoi il tient : accomplir les tâches du quotidien, entretenir des relations, apporter sa contribution à la société. De ce point de vue, vieillir en bonne santé signifie que l’on vit tout en étant capable de composer avec un (ou plusieurs) problème de santé.
Enfin, la notion de « durée de vie en bonne santé fonctionnelle » désigne ainsi la période pendant laquelle une personne conserve les capacités nécessaires pour vivre de manière autonome.
Pourquoi la restriction calorique intéresse-t-elle les chercheurs ?
Les travaux scientifiques ont démontré que la restriction calorique peut allonger la durée de vie d’organismes allant de la levure aux rongeurs, même si ses effets varient selon l’espèce, le patrimoine génétique, le sexe, l’âge et l’alimentation. En ce qui concerne notre espèce, cependant, les données sont moins probantes.
Le plus vaste essai de longue durée consacré à la restriction calorique chez l’être humain, baptisé CALERIE (Comprehensive Assessment of Long-term Effects of Reducing Intake of Energy, en français l’Évaluation globale des effets à long terme d’une réduction de l’apport énergétique), a suivi, pendant deux ans, 218 adultes en bonne santé, sans obésité. Les participants affectés au groupe « restriction » ont réduit leurs apports énergétiques de 12 % en moyenne.
Chez eux, plusieurs indicateurs liés à la santé cardiovasculaire et métabolique se sont améliorés, parmi lesquels la pression artérielle, la sensibilité à l’insuline et les marqueurs sanguins de l’inflammation. Les participants ont également perdu environ 5,4 kg de masse grasse et 2 kg de masse maigre, tandis que leur densité minérale osseuse diminuait légèrement au niveau du rachis et de la hanche.
Si l’essai a bien porté sur des biomarqueurs du vieillissement, il n’a toutefois pas permis d’établir que la restriction calorique prolonge la durée de vie, en bonne santé ou non. Par ailleurs, maintenir sur le long terme une telle restriction peut s’avérer difficile.
Pour cette raison, certains chercheurs s’intéressent aussi à des composés capables d’agir sur les processus cellulaires impliqués dans le vieillissement. L’idée serait d’agir sur les mécanismes activés par la restriction calorique, mais sans qu’il soit nécessaire de manger nettement moins. De tels composés sont qualifiés de « mimétiques de la restriction calorique », et il s’en trouve un certain nombre dans notre alimentation.
Ces mimétiques pourraient atténuer certains signaux associés à la croissance cellulaire, stimuler l’autophagie – le processus par lequel les cellules recyclent leurs composants endommagés –, influer sur la manière dont les cellules perçoivent leur statut énergétique, sur leur fonctionnement métabolique ou encore sur la capacité des mitochondries à produire de l’énergie (les mitochondries sont les « centrales énergétiques » des cellules).
Toutefois, pour l’instant, les résultats obtenus proviennent pour l’essentiel d’études sur des cellules et des animaux. Il faut garder à l’esprit que le fait qu’un composé soit capable d’agir sur un mécanisme cellulaire donné ne suffit pas nécessairement à améliorer la santé ou à allonger la durée de vie.
Que montrent les études chez l’être humain ?
Penchons-nous sur quelques études qui ont été menées chez l’être humain. Premier exemple : la spermidine. Ce composé est présent dans le germe de blé, les champignons, les légumineuses et les fruits à coque. Une étude observationnelle (étude durant laquelle les scientifiques suivent les participants sans modifier leurs traitements ou modes de vie habituels, contrairement aux études interventionnelles, NDT) menée auprès de 23 894 adultes américains a révélé qu’un apport estimé plus élevé en spermidine était associé à un moindre risque de décès au cours du suivi, que ce soit « toutes causes confondues » ou en raison de problèmes cardiovasculaires uniquement.
Ce résultat n’établit pas pour autant de lien de cause à effet : il se pourrait en effet que les personnes qui consomment davantage d’aliments riches en spermidine aient une alimentation globalement plus saine, ou qu’ils se distinguent des autres participants par diverses caractéristiques susceptibles d’expliquer ces résultats.
En 2018, un petit essai pilote d’une durée de trois mois, portant sur un effectif de 30 personnes âgées, avait un temps laissé penser que la spermidine pouvait améliorer la mémoire. Mais un essai randomisé de plus grande ampleur, mené sur douze mois et 100 personnes âgées présentant un déclin cognitif n’a pas permis de confirmer ce résultat : publiés en 2022, ces nouveux travaux ont révélé que la prise d’un complément riche en spermidine n’améliorait pas le critère principal de l’essai, à savoir les performances en matière de mémoire, par rapport au placebo.
Outre la spermidine, d’autres composés ont été proposés comme potentiels mimétiques de la restriction calorique, car on les pense capables de reproduire certains de ses effets cellulaires : le resvératrol, présent dans le raisin et les baies, les catéchines, que l’on trouve dans le thé vert et le cacao, ou encore la quercétine, qui proviennent de l’oignon et de la pomme.
En 2017, des travaux menés sur un effectif de 30 adultes âgés de 65 à 80 ans (12 hommes et 18 femmes) suggèrent qu’une supplémentation en resvératrol associée à de l’exercice physique pourrait améliorer plusieurs paramètres concernant la force musculaire, la puissance et la résistance à la fatigue. Une autre étude, menée sur 36 personnes âgées prenant de la quercétine tout en suivant un programme de renforcement musculaire de six semaines, a révélé que les muscles des genoux des participants développaient davantage de force. Cependant, ce résultat ne s’est pas traduit, dans les faits, par une amélioration en matière de résolution de tâches physiques. Les consommateurs de quercétine n’avaient, par exemple, pas plus de facilité que les autres à se lever d’une chaise.
Si ces deux études suggèrent certains bénéfices pouvant influer sur la durée de vie en bonne santé, il est important de souligner qu’elles ont toutes deux testé uniquement des compléments alimentaires, et non des aliments entiers. En outre, aucune n’a cherché à savoir si les mécanismes supposés de la restriction calorique étaient bel et bien à l’origine des changements observés.
Parmi les autres composés mimétiques de la restriction alimentaire figure l’urolithine A, produite par certaines bactéries intestinales capables de dégrader des substances appelées ellagitanins (ou tanins ellagiques), présentes notamment dans la grenade et la noix. Un essai mené sur 66 adultes âgés de 65 à 90 ans, révèle qu’une supplémentation en urolithine A a amélioré l’endurance musculaire et certains indicateurs de la santé mitochondriale, sans toutefois améliorer significativement les critères principaux de l’étude, à savoir la distance parcourue lors d’un test de marche de 6 minutes et la capacité des muscles à produire de l’énergie.
Enfin, un autre essai financé par l’industrie et mené chez des adultes d’âge mûr a fait état d’une amélioration de la force musculaire, de l’aptitude physique aérobie et de la vitesse de marche sous urolithine A, mais pas de la puissance musculaire maximale. Ces résultats témoignent de bénéfices fonctionnels, mais ils ne démontrent pas que la consommation de grenades ou de noix produirait des effets similaires ni que l’urolithine A soit capable d’allonger la durée de vie en bonne santé.
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En l’état actuel des connaissances, que retenir ?
Les recherches sur ces composés pourraient aider les scientifiques à comprendre comment les cellules réagissent à certains nutriments et améliorer les connaissances en matière de vieillissement. Toutefois, actuellement, aucune donnée scientifique ne plaide pour la consommation de fortes doses d’un composé ou d’un autre, a fortiori sous forme de compléments alimentaires.
En revanche, les connaissances scientifiques actuelles concernant les habitudes de vie sont claires. Une étude publiée en 2025, menée sur plus de 105 000 adultes suivis sur une période allant jusqu’à 30 ans, a démontré que plusieurs régimes étaient associés au fait d’atteindre un âge avancé sans maladie chronique majeure, tout en restant en bonne santé cognitive, physique et mentale.
Ces régimes faisaient généralement la part belle aux fruits, aux légumes, aux céréales complètes, aux fruits à coque, aux légumineuses et aux acides gras insaturés (comme les oméga-3). Un apport en protéines de bonne qualité est également important pour préserver la masse musculaire, en particulier lorsque cet apport s’accompagne d’exercices de renforcement musculaire.
Il s’agit là d’un autre point important : l’activité physique est essentielle pour préserver les capacités fonctionnelles. Au Royaume-Uni, il est préconisé aux personnes âgées de pratiquer au moins deux jours par semaine des activités qui améliorent la force, l’équilibre et la souplesse, en complément d’une activité aérobie régulière.
(en France, des exercices de souplesse (de souplesse (yoga, tai chi, étirements, voire simplement faire le ménage…) sont préconisées durant au moins dix minutes et au moins deux fois par semaine, en complément de renforcement musculaire (marche, gymnastique dans l’eau, gymnastique d’entretien, vélo, jardinage)).
En matière d’alimentation, les régimes méditerranéens et régimes traditionnels d’Okinawa ont été associés à des chances plus élevées de vieillissement en bonne santé (sans toutefois que ces associations permettent d’attribuer leurs bienfaits à tel ou tel mimétique en particulier). Les premiers privilégient généralement les légumes, les fruits, les légumineuses, les céréales complètes, les fruits à coque et l’huile d’olive. Les seconds reposent quant à eux sur la patate douce et les légumes, accompagnés de produits dérivés du soja ainsi que de petites quantités de poisson.
Des aliments contenant des mimétiques présumés de la restriction calorique peuvent aussi trouver leur place dans une alimentation variée et nourrissante, si on le souhaite. Il reste néanmoins encore à démontrer que ces composés reproduisent chez l’humain les effets de la restriction calorique ou allongent la durée de vie en bonne santé, raison pour laquelle ils continuent de susciter l’intérêt des scientifiques.
En définitive, pour qui souhaite améliorer ses chances de vieillir en bonne santé, les données les plus solides actuellement disponibles pointent plutôt en faveur de l’adoption d’une alimentation variée et nutritive conjuguée à la pratique d’une activité physique régulière.
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Le professeur Roberts a bénéficié de financements de recherche sans rapport avec cet article.
– ref. Restriction calorique : Certains nutriments présents dans les aliments peuvent-ils allonger la durée de vie en bonne santé ? – https://theconversation.com/restriction-calorique-certains-nutriments-presents-dans-les-aliments-peuvent-ils-allonger-la-duree-de-vie-en-bonne-sante-292806
