Source: The Conversation – in French – By Andrea Radici, Modélisateur épidémiologique, Institut de recherche pour le développement (IRD)

L’ESSENTIEL
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Le moustique-tigre pourrait conquérir jusqu’à 96 % de la France hexagonale d’ici à 2085.
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Dengue mais aussi Zika et chikungunya pourraient ainsi émerger sur presque tout l’Hexagone, montre une nouvelle étude
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Les zones rurales et périurbaines seront les plus à risque.
Le moustique-tigre (Aedes albopictus) est arrivé accidentellement en France en 2004. Mais d’ici à 2085, on pourra le trouver dans tout l’Hexagone à l’exception des zones de haute montagne, et peut-être de certaines régions intérieures du nord. En conséquence, montre notre nouvelle étude, la dengue et les virus Zika et chikungunya transmis par cet insecte pourraient également se répandre dans toutes ces zones colonisées, hormis peut-être la côte de la Manche.
L’expansion de ces maladies est la conséquence directe du changement climatique, qui modifie la répartition géographique de différentes espèces, principalement par le biais de l’augmentation des températures, et continuera à le faire pendant encore plusieurs décennies.
Lorsque les températures de l’Hexagone se rapprochent de celles des régions tropicales, où le moustique-tigre a évolué pendant des milliers d’années, cet insecte se reproduit et se développe plus rapidement, vit plus longtemps et pique plus souvent. Comprendre ce changement est primordial pour prévenir le risque majeur qu’il représente pour la santé publique. C’est ce que nous avons voulu faire à travers notre nouvelle étude.
Comment ces prévisions ont-elles été réalisées ?
Pour cela, nous avons utilisé des modèles mathématiques qui permettent d’estimer la population de moustiques à un endroit donné à un moment précis. Ces modèles nous permettent de simuler l’évolution de ces peuplements de moustiques en utilisant des séries de projections météorologiques nous permettant de regrouper des paramètres comme la température, les précipitations, l’abondance des sites de reproduction…
Pour cette étude, nous avons utilisé des projections du GIEC pour les soixante prochaines années, qui varient en fonction des politiques climatiques futures : nous avons distingué un scénario « haute pression » (+ 3 °C et sur la période 2066-2085 par rapport à la période 1986-2005) et un scénario « moyenne pression » (+ 1,8 °C).
Ces deux trajectoires se traduisent directement sur l’expansion du moustique-tigre : dans le premier cas, entre 89 et 96 % du territoire deviendrait favorable à son implantation, dans le deuxième, cette expansion baisse à 72 %.
Ce que ces travaux nous permettent de comprendre
Si cette étude n’est pas la première à s’intéresser à l’impact du changement climatique sur les moustiques-tigres, elle propose cependant des prévisions d’une précision inédite pour le territoire hexagonal.
Elle nous permet ainsi de caractériser le risque épidémiologique en observant les différences de risque à différentes latitudes ainsi qu’entre les zones urbaines et périurbaines.
Bien que les villes hébergent davantage de moustiques, nos simulations montrent ainsi que les zones rurales et périurbaines seront plus vulnérables à la transmission que les grandes villes, car chaque moustique y pique un plus petit nombre de personnes de façon répétée, augmentant ainsi le potentiel de propagation.
Nous sommes également parmi les premiers à avoir étudié la possibilité de moustiques actifs toute l’année du fait d’hivers doux, qui leur permettraient de ne plus avoir besoin d’hiberner.
Comment poursuivre ces recherches ?
La France hexagonale va donc devoir composer avec le moustique-tigre. Pour minimiser les risques de transmission de maladie, des études à une échelle encore plus fines pourraient être d’une grande aide, afin de documenter l’interaction entre le moustique-tigre et l’humain en fonction de conditions locales telles que la végétalisation des villes, la gestion de l’eau, les pratiques de lutte contre les vecteurs. En comparant toutes ces données, nous pourrions ainsi identifier les pratiques qui minimisent les risques.
Parallèlement, il faut étudier la mise en œuvre opérationnelle des modèles, afin de mettre au point un outil que chaque citoyen pourrait consulter. À Montpellier (Hérault), la communauté des modélisateurs travaille en étroite collaboration avec les collectivités, les responsables de la santé publique et les agences de lutte contre les vecteurs afin de produire un outil adapté. Bientôt, nous pourrons ainsi, au-delà des prévisions météorologiques, proposer au public une « météo des moustiques ».
Tout savoir en trois minutes sur des résultats récents de recherches, commentés et contextualisés par les chercheuses et les chercheurs qui ont menées ces dernières, c’est le principe de nos « Research Briefs ». Un format à retrouver ici.
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Andrea Radici ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.
– ref. Moustique-tigre : le changement climatique étend le risque de dengue à presque toute la France – https://theconversation.com/moustique-tigre-le-changement-climatique-etend-le-risque-de-dengue-a-presque-toute-la-france-292062
