Le coup d’État manqué au Niger rappelle aux dirigeants militaires leurs promesses

Source: The Conversation – in French – By Salah Ben Hammou, Nonresident Research Fellow, Rice University

Le régime militaire du Niger, dirigé par le général Abdourahamane Tchiani, a dû faire face à son plus grand défi le 29 août 2026 depuis son arrivée au pouvoir en 2023. Pendant plusieurs heures, des soldats se sont affrontés avec les forces loyales à la junte dans toute la capitale, Niamey, dans ce qui semblait être une tentative de prise de pouvoir. La situation s’est ensuite stabilisée et les autorités militaires ont affirmé avoir repris le contrôle des sites stratégiques.

Cet épisode est survenu après une année au cours de laquelle la violence djihadiste a atteint à plusieurs reprises la capitale nigérienne. Mais cette fois-ci, la menace provenait de l’intérieur même des forces armées.

Plus précisément, l’implication présumée de jeunes officiers subalternes et de soldats de première ligne met en évidence une vulnérabilité inhérente aux juntes militaires.

En tant que spécialiste des coups d’État militaires ayant publié des travaux sur l’Afrique de l’Ouest et au-delà, je considère le récent coup d’État au Niger comme s’inscrivant dans un cercle vicieux dangereux où le régime militaire se heurte à une insurrection prolongée.

À mesure que les juntes centralisent le pouvoir sans parvenir à améliorer la sécurité, elles peuvent susciter un mécontentement au sein même de l’institution qui soutient leur régime. Les officiers subalternes supportent les coûts d’un conflit non résolu tout en n’ayant que peu d’influence sur la manière dont il est mené. La frustration sur le champ de bataille peut se transformer en mécontentement politique dans les rangs de l’armée.

Des pressions similaires sont apparues au Burkina Faso et au Mali, où les auteurs des coups d’État ont eu du mal à tenir leurs promesses en matière de sécurité. Le problème peut devenir autoentretenu : plus les insurrections persistent, plus il devient difficile pour les juntes de maintenir la cohésion au sein des forces armées.

Les événements récents suggèrent que la crise sécuritaire au Niger a généré précisément ce type de pression au sein de l’armée. Plus largement, ils montrent que les guerres qui ont contribué à porter les juntes du Sahel au pouvoir pourraient désormais menacer leur maintien au pouvoir.

Insécurité persistante et pouvoir personnalisé

Lorsque le président démocratiquement élu Mohamed Bazoum a été renversé en 2023, Tchiani, l’ancien commandant de sa Garde présidentielle, a accusé le gouvernement de corruption et d’incapacité à contenir l’insurrection menée par le Jama’at Nusrat al-Islam wal-Muslimin (JNIM) et la Province de l’État islamique au Sahel (ISSP).

Tchiani a déclaré que « l’approche sécuritaire de Bazoum n’a pas apporté la sécurité au pays malgré de lourds sacrifices ». Sa prise de pouvoir était nécessaire pour sauver le Niger d’une « disparition progressive et inévitable », a-t-il fait valoir.

Trois ans plus tard, ces paroles résonnent encore. La situation sécuritaire sous le régime militaire s’est fortement dégradée, le JNIM et l’ISSP étendant la portée de leurs attaques. Le nombre de victimes civiles et militaires a bondi depuis le coup d’État de 2023, approchant les 2 000 rien qu’en 2025.

Les violences se sont également rapprochées du centre du pouvoir. En janvier et juin 2026, des attaques ont touché Niamey, notamment l’aéroport.

La détérioration de la situation sécuritaire contraste avec le renforcement et la personnalisation du pouvoir par Tchiani.

En 2025, il a officialisé son emprise en devenant président de transition, prolongeant de fait le régime militaire mis en place par le coup d’État de 2023 jusqu’en 2030 au moins.

Dans le même temps, les partis politiques ont été dissous. Des officiers de haut rang proches de Tchiani ont accédé à des postes politiquement sensibles et acquis de l’influence au sein de l’administration.

La consolidation du pouvoir par l’armée ne signifie pas pour autant que la junte bénéficie d’un soutien durable au sein de ses propres rangs.

Les coups d’État, comme celui de 2023, peuvent dans un premier temps susciter un large soutien, mais ce soutien peut s’éroder lorsque les nouveaux dirigeants ne tiennent pas leurs promesses. Cela vaut tout particulièrement pour les officiers subalternes, qui subissent de plein fouet l’aggravation de l’insurrection.

Le Niger avait déjà montré des signes de ce fossé grandissant. En 2025, un officier subalterne a publiquement mis en cause le général Moussa Salaou Barmou, un haut responsable de la junte, au sujet de la conduite de la lutte contre l’insurrection et des ressources mises à la disposition des troupes.

Plus tôt dans l’année, des soldats d’une garnison de Termit se sont mutinés en raison de leurs mauvaises conditions de vie, de la pénurie de fournitures essentielles et d’un sentiment d’abandon par la capitale. Lorsque des officiers supérieurs se sont rendus sur place par avion pour négocier, les soldats les ont retenus, ce qui constituait une violation flagrante de la chaîne de commandement.

Parmi les putschistes d’août 2026 figuraient des soldats de première ligne déployés dans le sud-ouest du Niger, où l’ISSP a infligé certaines des pertes les plus lourdes aux forces armées. Comme à Termit, les pénuries de ravitaillement et d’autres ressources ont alimenté la frustration parmi les troupes.

Un défi régional ?

Le Niger n’est pas le seul pays confronté à ce dilemme. Des officiers de l’armée au Mali et au Burkina Faso, membres de l’Alliance des États du Sahel, sont arrivés au pouvoir en promettant de résoudre les crises sécuritaires qui avaient miné gouvernements qu’ils ont renversés.

Au Burkina Faso, le capitaine Ibrahim Traoré et d’autres officiers subalternes ont renversé le lieutenant-colonel Paul-Henri Sandaogo Damiba en septembre 2022 après l’avoir accusé de ne pas avoir réussi à endiguer l’insurrection.

Traoré est désormais confronté à un défi similaire, après avoir fait l’objet d’allégations répétées de projets de coup d’État.

Au Mali, une offensive menée par le JNIM et le Front de libération de l’Azawad a atteint Bamako le 25 avril 20226 et a coûté la vie au ministre de la Défense, le général Sadio Camara, ce qui a conduit le chef de la junte, Assimi Goïta, à assumer lui-même le portefeuille de la Défense.

Les juntes ont également modifié leur manière de mener ces guerres. Le Mali, le Burkina Faso et le Niger se sont retirés de la Communuauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao), abandonnant ainsi un cadre régional important pour la coopération en matière de sécurité, tout en se tournant de plus en plus vers la Russie et son Africa Corps pour obtenir un soutien militaire.

Ce nouveau partenariat a aidé les régimes à se protéger contre les défis, mais n’a guère contribué à endiguer les insurrections.

C’est là le cercle vicieux auquel sont confrontés ces régimes. Les insurrections prolongées exercent une pression croissante sur les chefs militaires qui accèdent au pouvoir en promettant d’y mettre fin. Une gouvernance de plus en plus personnalisée laisse aux officiers subalternes et aux soldats de première ligne peu de prise sur la conduite de la guerre, alors même qu’ils en paient le prix le plus lourd. Le mécontentement remonte la chaîne de commandement, incitant les soldats à contester l’autorité de leurs supérieurs.

The Conversation

Salah Ben Hammou does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ref. Le coup d’État manqué au Niger rappelle aux dirigeants militaires leurs promesses – https://theconversation.com/le-coup-detat-manque-au-niger-rappelle-aux-dirigeants-militaires-leurs-promesses-291929