Qu’est-ce que le « bear market » pour les cryptomonnaies ?

Source: The Conversation – France (in French) – By Taher Hamza, Professeur en Finance, EM Normandie


L’ESSENTIEL

  • Après un record à plus de 126 000 dollars (environ 108 500 euros) en octobre 2025, le bitcoin a perdu plus de la moitié de sa valeur au premier semestre 2026.

  • Ces périodes prolongées de baisse des prix, ou bear market, sont symptomatiques d’une remise en question des croyances dans les cryptomonnaies.

  • Les bear market agissent comme des filtres en supprimant certains acteurs et en en renforçant d’autres.


En attaquant, un ours (bear en anglais) frappe avec ses pattes de haut en bas, à l’opposé du taureau (bull en anglais), qui propulse ses cornes vers le haut. En finance, le bear market consiste en une baisse des prix ; le bull market en une hausse des prix.

Depuis le record historique du bitcoin à plus de 126 000 dollars en octobre 2025, le marché des cryptomonnaies a connu une nouvelle phase de forte baisse. Au premier semestre 2026, cet « or numérique » a perdu plus de la moitié de sa valeur.

Ces épisodes racontent une tout autre histoire. Ils constituent un moment privilégié pour comprendre ce que valent réellement les promesses qui ont accompagné l’essor des cryptomonnaies. Dès 2008, le bitcoin est présenté comme un système de paiement électronique permettant d’échanger directement, sans passer par une institution financière. Par la suite, d’autres promesses se sont ajoutées : réserve de valeur comparable à un « or numérique », finance décentralisée ou encore nouveaux usages de la blockchain.

Comme d’autres innovations financières et technologiques avant elles, les cryptomonnaies sont mises à l’épreuve lorsque l’enthousiasme des débuts laisse place au doute.

Dans une étude, nous nous demandions ce que nous apprennent les crises sur les cryptomonnaies elles-mêmes, notamment en phase de bear market. Et ces monnaies numériques trouveront-elles des usages durables et s’imposeront-elles dans le système financier ?

Promesses espérées

Un bear market consiste en une phase durable de baisse des prix après un sommet.

Le mécanisme est le suivant : après une forte hausse, les premiers doutes apparaissent et certains investisseurs vendent. Si la baisse se prolonge, d’autres réduisent à leur tour leurs positions. Dans les cryptomonnaies, le recours à l’endettement peut amplifier ce mouvement. Lorsque les prix baissent fortement, certaines positions sont automatiquement liquidées, ce qui entraîne de nouvelles ventes.

Le bitcoin a connu plusieurs phases de bear market depuis sa création.
Boursorama

Cette définition ne dit pas l’essentiel. Lorsque les cours reculent fortement, les investisseurs ne réévaluent pas seulement la valeur des cryptomonnaies, mais les promesses espérées dans cette nouvelle forme de monnaie ou la création d’une finance décentralisée.

La baisse rapide des prix est la partie visible d’un bear market. La véritable évolution est souvent invisible ; les convictions des investisseurs qui avaient alimenté la hausse évoluent, elles, beaucoup plus lentement.

Usages durables des cryptomonnaies

Une correction désigne conventionnellement une baisse d’au moins 10 % de la valeur d’un actif depuis un récent sommet, tandis qu’une baisse de 20 % ou davantage est généralement qualifiée de bear market.

Ces seuils, largement utilisés par les professionnels des marchés, constituent des conventions plutôt que des frontières économiques précises. Au-delà de son ampleur, celui-ci remet en question les scénarios qui avaient nourri l’enthousiasme initial des investisseurs.




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La valeur d’un actif dépend des anticipations des investisseurs. Pour une innovation comme les cryptomonnaies, dont les usages futurs restent incertains, ces anticipations jouent un rôle fondamental. Pendant les phases de hausse, leurs promesses attirent de nouveaux investisseurs, les capitaux affluent et la progression des prix renforce la confiance. Pendant les phases de baisse, c’est l’inverse.

« Crypto-hiver » de 2022

Le « crypto-hiver » de 2022 en offre une illustration saisissante. Aux États-Unis, la Réserve fédérale (FED) relève son principal taux directeur de 0-0,25 % à 4,25-4,50 % au cours de l’année, rendant les placements risqués, et de facto les cryptomonnaies, moins attractifs. En mai, TerraUSD, un stablecoin censé maintenir sa parité avec le dollar, s’effondre.

En novembre, FTX, l’une des principales plateformes d’échange, fait faillite. Ces épisodes révèlent la fragilité de certains acteurs et modèles de l’écosystème. Sur l’ensemble de l’année 2022, le marché des cryptoactifs perd 60 % de sa valorisation et le bitcoin 66 % de sa valeur.

Que les meilleures gagnent

Pourquoi les bear markets sont-ils souvent plus violents que sur les marchés d’actions ?

Le marché financier fonctionne vingt-quatre heures sur vingt-quatre et le recours à l’endettement peut amplifier les mouvements. En 2022, ces mécanismes ont favorisé un véritable effet domino dans l’écosystème : l’effondrement de Terra/Luna a été suivi par les difficultés ou les défaillances de Three Arrows Capital, Celsius, BlockFi, puis FTX.




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Certains usages ont perduré. Les stablecoins, conçus pour maintenir une valeur relativement stable par rapport à une monnaie comme le dollar, ont continué à être utilisés pour échanger des cryptoactifs ou comme support aux opérations de prêt et d’emprunt dans la finance décentralisée. Leur part dans la capitalisation totale du marché des cryptoactifs est ainsi passée d’environ 7 % à près de 20 % en 2022.

Ce qui résiste n’est donc pas nécessairement ce qui avait été promis à l’origine. Le bitcoin reste peu utilisé comme moyen de paiement, tandis que les stablecoins ont trouvé une fonction plus concrète au sein même de l’écosystème crypto. En ce sens, un bear market agit comme un filtre. Il révèle les acteurs qui résistent, mais aussi les usages qui survivent lorsque l’optimisme s’efface.

Règles renforcées

Les bear markets transforment également les marchés financiers. En janvier 2024, les autorités états-uniennes ont autorisé onze produits financiers permettant de s’exposer directement au bitcoin, notamment ceux de BlackRock et Fidelity. Les investisseurs peuvent ainsi y investir sans acheter ni conserver eux-mêmes la cryptomonnaie.

En Europe, le règlement Mica transforme également le marché. Depuis la fin de la période transitoire, le 1er juillet 2026, les plateformes qui veulent proposer leurs services dans l’Union européenne doivent disposer d’une autorisation conforme à Mica. Elles sont soumises à des exigences de gouvernance, de transparence et de protection des clients.

Au final, les bull markets racontent les espoirs des investisseurs. Les bear markets racontent la réalité des marchés.

Quand surviendra la prochaine phase baissière ? Il est impossible de la dater avec certitude. Mais lorsqu’elle arrivera, l’enjeu sera peut-être moins de savoir jusqu’où les cryptomonnaies peuvent chuter que d’observer quelles fonctions, quels acteurs et quels modèles résisteront à une nouvelle mise à l’épreuve.

The Conversation

Taher Hamza ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Qu’est-ce que le « bear market » pour les cryptomonnaies ? – https://theconversation.com/quest-ce-que-le-bear-market-pour-les-cryptomonnaies-287122