Source: The Conversation – France in French (3) – By Jorge Jacob, Professor of Behavioral Sciences, IÉSEG School of Management
L’ESSENTIEL
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La présidentielle brésilienne, en octobre prochain, se jouera sans aucun doute entre le sortant Lula (centre gauche), en lice pour un dernier mandat, et Flávio Bolsonaro, fils de Jair et, comme ce dernier, représentant de la droite dure.
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Ce duel est suivi avec la plus grande attention dans de nombreux pays du monde, à commencer par les États-Unis.
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Dans un scrutin qui s’annonce très serré, les soutiens étrangers (ou l’exaspération qu’ils peuvent susciter au sein de l’électorat brésilien) pourraient contribuer à faire pencher la balance en faveur de l’un ou l’autre candidat.
La campagne électorale brésilienne a officiellement commencé le 16 août. Le premier tour aura lieu le 4 octobre et le second, si nécessaire, le 25.
Derrière le duel entre les deux principaux candidats – le président sortant Lula et Flávio Bolsonaro, fils de son prédécesseur Jair Bolsonaro (condamné il y a quelques mois à vingt-sept ans de prison pour son rôle dans la tentative de coup d’État de décembre 2023 et autorisé depuis mars dernier à purger sa peine à son domicile pour raisons de santé) – se joue une bataille de réseaux politiques, médiatiques et diplomatiques internationaux.
Le camp Bolsonaro bénéficie de soutiens visibles au sein de la droite et de l’extrême droite internationales, tandis que Lula dispose de relais importants au sein des forces progressistes et de plusieurs gouvernements étrangers.
Alexandre de Moraes, cible du camp Bolsonaro… et de Washington
Cette internationalisation a commencé à prendre forme en 2025, lorsque le frère cadet de Flavio Eduardo Bolsonaro, alors député fédéral de l’État de São Paulo depuis 2015 (il a depuis perdu son mandat en décembre 2025, à la suite d’une décision de la Chambre des députés), s’est installé aux États-Unis.
Selon The Guardian, Eduardo Bolsonaro aurait essayé de convaincre les responsables de l’administration Trump d’imposer des sanctions à Alexandre de Moraes, le juge de la Cour suprême chargé de l’enquête visant son père. Depuis mai 2025, Eduardo était aussi lui-même visé par la justice brésilienne, et a d’ailleurs été condamné en juin 2026 – en son absence puisqu’il se trouve toujours sur le territoire états-unien – à quatre ans de prison : il lui est reproché d’avoir cherché à obtenir de la part de Donald Trump qu’il prenne des sanctions économiques contre le Brésil afin de faire pression sur la justice brésilienne et de favoriser son père dans le cadre de son procès.
Or, Moraes se trouvait déjà dans le collimateur de l’entourage de Donald Trump pour avoir ordonné, en 2024, la suspension de Twitter/X au Brésil à la suite du refus de la plateforme de se conformer à des décisions judiciaires lui ordonnant notamment de bloquer certains comptes accusés de diffuser de fausses informations des discours haineux, et refusé de nommer un nouveau représentant légal. Elon Musk avait alors dénoncé une entrave à la « liberté d’expression ».
En février 2025, l’entreprise de médias de Donald Trump (Trump Media & Technology Group) et la plateforme vidéo Rumble ont déclenché des poursuites contre Moraes aux États-Unis, contestant ses décisions de blocage de comptes et de contenus. Le dossier brésilien se retrouvait ainsi directement lié à l’écosystème politique et technologique de Trump, rapprochant deux intérêts jusque-là distincts : la volonté des Bolsonaro de faire pression sur la justice brésilienne et celle des plateformes de contester les règles imposées à leurs contenus.
En juillet 2025, l’administration Trump a sanctionné Alexandre de Moraes au titre du Global Magnitsky Act, l’accusant notamment de violations des droits humains et de répression de la liberté d’expression.
Ces sanctions ont été levées en décembre après un rapprochement entre Donald Trump et Lula. Toutefois, l’administration Trump étudierait actuellement l’opportunité de promulguer de nouvelles sanctions contre le juge.
Chacun compte ses soutiens
Entre-temps, le 26 mai, Flávio et Eduardo Bolsonaro ont rencontré Donald Trump à la Maison-Blanche.
Depuis juillet 2026, Washington a progressivement renforcé la pression sur le gouvernement de Lula par des mesures commerciales et diplomatiques afin, selon le Washington Post, de le contraindre à mettre fin aux poursuites contre Jair Bolsonaro. Ces tensions commerciales se sont poursuivies en août, lorsque le Brésil a à son tour ouvert une procédure de réciprocité contre la hausse des droits de douane décidée par Washington.

Truth Social
Lula et Flávio Bolsonaro se sont mutuellement accusés d’être responsables des tensions avec Washington, mais selon une enquête de l’institut de sondages Datafolha, la majorité des Brésiliens estiment que les droits de douane imposés par Donald Trump visent à aider Flávio Bolsonaro dans sa campagne présidentielle.
Les deux camps brésiliens disposent désormais de relais internationaux. Mais ce relais international se déroule sous des formes distinctes. Le camp Bolsonaro s’appuie sur des soutiens individuels de dirigeants étrangers : Javier Milei était présent en personne au lancement de la campagne et Benyamin Nétanyahou est intervenu par vidéo, tandis que Lula s’inscrit dans un réseau plus institutionnel de gouvernements et de mouvements progressistes.
En avril, il a participé, à Barcelone, à la Global Progressive Mobilisation, aux côtés notamment du premier ministre espagnol Pedro Sánchez, de la président mexicaine Claudia Sheinbaum et du président sud-africain Cyril Ramaphosa, lors d’un rassemblement consacré à la lutte contre la montée de l’extrême droite.
La polarisation internationale s’impose aux campagnes nationales
C’est dans ce climat que s’amorce la campagne électorale. La légère avance de Lula sur Flávio Bolsonaro dans les sondages s’est réduite, et les deux hommes sont désormais au coude-à-coude. Il est possible que, ces prochaines semaines, les déclarations et actions de l’administration Trump joueront un rôle déterminant dans l’issue du scrutin.
Le cas brésilien pourrait ainsi devenir un laboratoire d’une nouvelle géographie de la polarisation politique, dans laquelle les conflits électoraux nationaux sont de plus en plus connectés à des réseaux transnationaux. Pour la France et pour l’Europe, la question est peut-être moins de savoir si cette dynamique existe déjà que de comprendre jusqu’où elle pourrait s’étendre à nos propres démocraties.
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Jorge Jacob ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.
– ref. Quand la polarisation internationale s’invite dans la présidentielle brésilienne – https://theconversation.com/quand-la-polarisation-internationale-sinvite-dans-la-presidentielle-bresilienne-289957
