Source: The Conversation – in French – By Lucien Crombez, Doctorant en STAPS, Université de Lille

Dans l’imaginaire collectif, les années étudiantes sont souvent associées à une période d’insouciance et d’émancipation. Pourtant, les recherches récentes nuancent fortement ce tableau. À Lille, une enquête menée auprès d’environ 3 000 étudiants de première année met en évidence une forte hétérogénéité des états de santé, avec plus d’un sur deux présentant une vulnérabilité physique et/ou psychologique.
L’entrée à l’université est souvent présentée comme une période d’émancipation. Pour de nombreux jeunes, elle marque l’accès à une plus grande autonomie, à de nouvelles rencontres et à davantage de liberté. Mais cette transition s’accompagne également de nombreux défis : éloignement du cadre familial, nouvelles responsabilités, augmentation des dépenses, premiers emplois, charge de travail accrue ou encore incertitudes concernant l’avenir.
Ces changements ne sont pas sans conséquences et, depuis plusieurs années, la littérature scientifique alerte sur la dégradation de la santé des étudiants. À l’échelle mondiale, près d’un étudiant sur cinq présenterait un trouble de santé mentale. Dans le même temps, plusieurs études montrent une diminution de l’activité physique et une augmentation des comportements sédentaires lors du passage à l’enseignement supérieur.
Pourtant, tous les étudiants ne traversent pas cette période de la même manière. Comprendre cette diversité constitue une étape essentielle pour mieux accompagner les jeunes à leur arrivée à l’université.
Une majorité d’étudiants déjà fragilisés à leur arrivée
Afin de mieux cerner ces fragilités, nous avons conduit, fin 2025, une étude auprès d’environ 3 000 étudiants de première année à l’Université de Lille.
Les participants ont réalisé des tests permettant d’évaluer leur condition physique (endurance, vitesse, force musculaire…). Ils ont également répondu à des questionnaires portant sur leur anxiété, leur dépression et leur qualité de vie.
L’analyse des données a permis d’identifier trois grands profils de santé.
Le premier profil, représentant 28 % des étudiants, rassemble des jeunes présentant principalement une vulnérabilité physique. Leur condition physique est significativement plus faible que celle des deux autres profils et ils présentent plus souvent une situation de surpoids ou d’obésité par rapport au reste de la cohorte.
Le deuxième profil, qui concerne 26 % des étudiants, se caractérise surtout par une vulnérabilité psychologique. Les niveaux d’anxiété et de symptômes dépressifs y sont significativement plus élevés que dans les deux autres profils, tandis que la qualité de vie apparaît plus dégradée chez ces étudiants.
Enfin, le troisième profil, représentant 46 % des étudiants, affiche des indicateurs favorables à la fois sur le plan physique et sur le plan mental, se caractérisant par de meilleurs résultats que les premier et deuxième profils.
Par conséquent, le constat est inquiétant : plus d’un étudiant sur deux entre à l’université avec une vulnérabilité préoccupante, qu’elle soit physique ou psychologique.
Une même activité ne répond pas aux besoins de toutes et tous
Face à ces fragilités, l’activité physique apparaît comme un levier particulièrement intéressant. Ses bénéfices sont désormais largement documentés, tant sur la santé physique que sur la santé mentale. Mais encore faut-il parvenir à engager les étudiants dans une activité physique régulière leur permettant de respecter les recommandations de l’OMS (au moins 150 minutes d’activité modérée ou 75 minutes d’activité soutenue par semaine). Pour mieux comprendre leur relation vis-à-vis de l’activité physique, nous avons également interrogé les étudiants sur ce qu’ils recherchaient lorsqu’ils envisagent de pratiquer une activité physique. Les réponses montrent que les attentes diffèrent fortement selon le profil de santé et le sexe.
Chez les étudiantes, les attentes sont principalement liées au bien-être psychologique : réduire le stress, se détendre ou retrouver un équilibre personnel. Les aspects organisationnels jouent également un rôle important, notamment la proximité des installations ou la compatibilité avec l’emploi du temps universitaire.
Chez les hommes, les attentes apparaissent plus hétérogènes. Les étudiants en bonne santé mettent en avant les bénéfices physiques et la progression des performances. À l’inverse, ceux qui présentent une vulnérabilité psychologique recherchent avant tout le bien-être psychologique lié à l’activité physique, rejoignant ainsi les attentes exprimées par de nombreuses étudiantes.
Ces différences ne sont pas anecdotiques. Elles suggèrent qu’il n’existe pas de « profil type » et que, pour engager durablement les étudiants et étudiantes dans une activité physique, il faut tenir compte de la spécificité de leur situation.
La fin du modèle « une solution pour tous »
Pendant longtemps, les programmes de promotion de l’activité physique ont majoritairement reposé sur une logique uniforme : proposer les mêmes activités à l’ensemble des étudiants, indépendamment de leur état de santé, de leurs attentes ou de leur expérience sportive antérieure.
Cette approche peut produire certains effets positifs, mais elle atteint rapidement ses limites. Les besoins d’un étudiant sportif cherchant à améliorer ses performances sont très différents de ceux d’un étudiant souffrant d’anxiété ou d’un jeune adulte souhaitant simplement retrouver confiance en son corps. Il est donc essentiel de développer des interventions qui répondent à l’ensemble des besoins des individus.
Vers une activité physique sur mesure
Depuis plusieurs années, les études scientifiques montrent que les interventions en activité physique sont plus efficaces lorsqu’elles tiennent compte des caractéristiques des individus auxquels elles s’adressent. Parallèlement, les outils numériques occupent une place croissante dans le domaine de la santé. Par exemple, les applications mobiles, objets connectés ou plateformes de suivi permettent aujourd’hui d’offrir un accompagnement plus individualisé, en adaptant les recommandations aux caractéristiques et aux objectifs de chacun.
Nos résultats illustrent l’intérêt d’une telle approche chez les étudiants. Plutôt que de prescrire une activité générique, l’enjeu réside dans l’adaptation des contenus de séances. Une étudiante présentant une vulnérabilité psychologique pourrait se voir proposer des situations d’apprentissages centrées sur le bien-être et la gestion du stress. À l’inverse, un étudiant physiquement vulnérable pourrait bénéficier d’un accompagnement visant à améliorer son endurance, sa force, ou encore sa souplesse.
Le développement de telles approches dans le cadre universitaire pourrait constituer une réponse particulièrement pertinente aux défis actuels. Au-delà de la seule question de l’activité physique, l’enjeu est la capacité des universités à accompagner une génération confrontée à des vulnérabilités croissantes. Nos résultats soulignent l’intérêt d’identifier les besoins et les caractéristiques spécifiques des étudiants afin de les orienter vers des dispositifs adaptés à leur profil et à leurs problématiques de santé.
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Lucien Crombez a reçu des financements par le programme France 2030, géré par l’Agence Nationale de la Recherche (ANR), sous la référence ANR-23-EXES-0006
Jérémy Coquart a reçu des financements par le programme France 2030, géré par l’Agence Nationale
de la Recherche (ANR), sous la référence ANR-23-EXES-0006.
Clément Llena ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.
– ref. Santé des étudiants : plus d’un sur deux entre à l’université avec une fragilité physique ou mentale – https://theconversation.com/sante-des-etudiants-plus-dun-sur-deux-entre-a-luniversite-avec-une-fragilite-physique-ou-mentale-286054
