Source: The Conversation – in French – By Ramos Emmanuel Mabugu, Professor, Sol Plaatje University
La jeunesse africaine est souvent décrite comme un « dividende démographique » : un avantage économique potentiel si les jeunes parviennent à acquérir les compétences nécessaires pour trouver des emplois productifs et contribuer à l’économie. Mais pour de nombreux jeunes, cette promesse s’éloigne. Ils quittent l’école ou leur formation et entrent sur des marchés du travail où les emplois formels se font rares et où les programmes publics échouent trop souvent à atteindre ceux qui en ont le plus besoin.
Trop de programmes sont sous-financés, mal ciblés, souvent déconnectés des employeurs.
M’appuyant sur plus de trois décennies de recherche en économie appliquée et en politiques publiques, avec une expertise particulière dans les domaines des marchés du travail, des finances publiques, de l’évaluation des politiques et des programmes d’emploi des jeunes en Afrique, j’ai récemment coédité un ouvrage intitulé Youth Employment Programmes in Africa. Cet ouvrage s’appuie sur des données provenant d’Éthiopie, du Ghana, du Kenya, du Niger, du Nigeria, du Rwanda, du Sénégal, d’Afrique du Sud et d’Ouganda pour montrer que ces programmes ne peuvent pas réussir s’ils fonctionnent de manière isolée. Ils doivent également :
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être liés à une demande réelle de main-d’œuvre
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être soutenus par des ressources publiques adéquates
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être mis en œuvre par des institutions compétentes
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être protégés contre toute mainmise politique.
Les dépenses consacrées au marché du travail et à l’emploi des jeunes représentent en moyenne environ 0,35 % du PIB dans ces neuf pays, contre environ 0,95 % dans les pays de l’OCDE et les pays développés. Les incitations à l’emploi dans le secteur privé représentent en moyenne environ 0,04 % du PIB, contre environ 0,64 % dans les pays développés. Ces calculs s’appuient sur des données concernant les pays de l’OCDE, les autres pays développés et les neuf pays africains étudiés.
La principale leçon à en tirer est claire : les programmes en faveur de l’emploi des jeunes ne créeront pas d’emplois décents s’ils ne sont pas conçus en fonction de la demande réelle de main-d’œuvre, d’institutions efficaces et des jeunes qui se heurtent aux plus grands obstacles à l’emploi.
Pourquoi les programmes en faveur de l’emploi des jeunes sont importants
De nombreux pays africains tentent de transformer leur importante population jeune en une main-d’œuvre productive, alors même que les budgets publics sont serrés et que les marchés du travail ne parviennent pas à créer suffisamment d’emplois stables. L’Afrique affiche un âge médian d’environ 19 ans, bien inférieur à celui de l’Asie (environ 33 ans), de l’Amérique du Nord (39 ans) et de l’Europe (43 ans). Cela souligne l’ampleur du défi que représente l’emploi des jeunes.
Les programmes pour l’emploi sont souvent considérés comme une solution technique : former les jeunes, soutenir les start-ups et espérer que les emplois suivront. Les données indiquent un problème plus vaste. Ces programmes nécessitent :
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des institutions publiques compétentes
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des employeurs disposés à embaucher de jeunes travailleurs
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une conception rigoureuse
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l’inclusion sociale
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un soutien politique
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des mécanismes de redevabilité publique
Des programmes mal ciblés peuvent aggraver l’exclusion au lieu de la réduire.
Principales conclusions
L’étude s’appuie sur une base de données particulièrement vaste : neuf études nationales menées en Afrique entre 2022 et 2024. Elle combine des analyses des politiques publiques, du cadre juridique, des programmes et des travaux universitaires avec des entretiens menés auprès de jeunes femmes et hommes, y compris des groupes vulnérables, des informateurs clés et des décideurs politiques. Avec plus de 500 entretiens et 1 500 participants aux groupes de discussion, l’étude montre comment les programmes en faveur de l’emploi des jeunes fonctionnent réellement.
Trois conclusions ressortent.
Premièrement, les programmes en faveur de l’emploi des jeunes sont désormais courants dans les documents d’orientation, mais beaucoup d’entre eux sont d’une portée trop limitée, insuffisamment financés et mal mis en œuvre pour être à la hauteur de l’ampleur du défi.
Deuxièmement, la plupart des programmes se concentrent sur l’amélioration des compétences des jeunes ou le soutien à l’entrepreneuriat, tout en faisant beaucoup moins pour encourager les employeurs à créer des emplois.
Troisièmement, le ciblage est insuffisant. Les jeunes les plus pauvres, issus de zones rurales, moins scolarisés et exclus du numérique sont ceux qui ont le plus de mal à accéder à l’aide. Ces problèmes sont aggravés par une coordination fragmentée, des systèmes de données défaillants, un suivi limité et l’impression que les relations politiques influencent l’accès aux programmes.
Des situations différentes selon les pays
Les neuf pays sont confrontés à des problèmes différents sur le marché du travail. D’après les estimations de la Banque mondiale et de l’Organisation internationale du travail, l’Afrique du Sud affiche le taux de chômage des jeunes le plus élevé des neuf pays – environ 59,4 %, et près de 60,9 % selon des estimations récentes. Cela révèle une grave pénurie d’emplois formels accessibles aux nouveaux entrants.
L’Union africaine définit les jeunes comme les personnes âgées de 15 à 35 ans, mais cette tranche d’âge ne correspond pas toujours à celle utilisée par les gouvernements nationaux pour déterminer l’éligibilité aux programmes d’emploi destinés aux jeunes. Par exemple, l’Afrique du Sud définit officiellement les jeunes comme les personnes âgées de 15 à 34 ans.
Dans la plupart des autres pays, le problème majeur réside dans l’économie informelle : les jeunes travaillent, mais souvent dans des activités à faible productivité, précaires et mal protégées. (Dans le tableau 1, le taux d’emploi informel des jeunes varie de 77,3 % au Niger à 98,6 % au Sénégal, la plupart des pays affichant un taux supérieur à 90 %.)
Les taux élevés de jeunes qui ne sont ni en emploi, ni en études, ni en formation au Nigeria (NEET, pour Not in Employment, Education or Training), au Sénégal et en Afrique du Sud révèlent une autre forme d’exclusion. Ces taux s’élèvent à 36,3 % au Nigeria, 34,2 % au Sénégal et 32,9 % en Afrique du Sud (tableau 1, adapté de Youth Employment Programmes in Africa.)
Ces indicateurs mesurent différents aspects du problème du marché du travail des jeunes. Le taux d’emploi informel ne concerne que les jeunes qui travaillent déjà : au Sénégal, 98,6 % des jeunes actifs occupent des emplois informels, ce qui signifie que ces emplois sont, dans leur grande majorité, précaires, faiblement rémunérés ou peu protégés. Le taux de NEET concerne un groupe différent : 34,2 % des jeunes ne travaillent pas, ne font pas d’études et ne suivent aucune formation.
Pris dans leur ensemble, ces chiffres révèlent un double défi : de nombreux jeunes sont totalement exclus du monde du travail et de l’éducation, tandis que la plupart de ceux qui travaillent sont concentrés dans l’emploi informel. La politique en faveur de l’emploi des jeunes doit donc s’attaquer à la fois à l’accès à l’emploi et à la qualité des emplois disponibles.
Cela signifie que les programmes en faveur de l’emploi des jeunes ne peuvent pas simplement être transposés d’un pays à l’autre. Ils doivent s’adapter aux réalités locales du marché du travail.
Un décalage similaire apparaît lorsque l’on compare les pressions sur le marché du travail aux dépenses et au ciblage des programmes. Les pays confrontés aux pressions les plus fortes en matière d’emploi des jeunes ne disposent pas toujours de la couverture programmatique la plus étendue ni du soutien le plus efficace à la création d’emplois. Cela contribue à expliquer pourquoi l’engagement politique ne s’est pas toujours traduit par des changements mesurables sur le marché du travail.
Les mesures d’incitation à l’emploi dans le secteur privé sont particulièrement limitées. Celles-ci pourraient inclure des subventions salariales ciblées, des crédits d’impôt pour le premier emploi, des bourses d’apprentissage et un soutien aux entreprises qui conservent les jeunes travailleurs après leur formation.
La couverture reste modeste, et ce sont les jeunes les plus pauvres qui en bénéficient le moins. Les groupes qui ont le plus besoin d’aide sont ceux qui ont le moins de chances d’en profiter.
Ce que les gouvernements devraient faire
Les données indiquent un ensemble de réformes réaliste mais politiquement difficile à mettre en œuvre. Les gouvernements doivent investir plus sérieusement dans les programmes en faveur de l’emploi des jeunes. Mais le financement à lui seul ne suffira pas. Les programmes nécessitent également une mise en œuvre plus rigoureuse, une meilleure coordination entre les ministères et les agences, des données transparentes, un suivi et une évaluation crédibles, ainsi que des critères d’éligibilité visant délibérément les jeunes en situation de vulnérabilité.
Les politiques doivent aller au-delà d’une approche presque exclusivement axée sur la formation et l’entrepreneuriat, et créer des incitations plus fortes pour que les employeurs embauchent et soutiennent les jeunes travailleurs. Les jeunes devraient également avoir leur mot à dire directement sur la manière dont les programmes sont conçus et suivis. Cela contribuerait à transformer les programmes d’emploi des jeunes, qui ne sont actuellement que des projets fragmentés à portée limitée, en véritables outils d’opportunité, de confiance et de redevabilité.
Les bonnes intentions ne suffiront pas. Les programmes d’emploi des jeunes doivent s’articuler autour d’emplois réels, d’institutions efficaces et des jeunes auxquels ils sont destinés.
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Ramos Emmanuel Mabugu a été co-éditeur de l’ouvrage *Youth Employment Programmes in Africa*, publié chez Routledge. Cet article s’appuie sur les données et les arguments présentés dans cet ouvrage. Les travaux de recherche sur lesquels repose cet ouvrage ont été financés par le Partnership for Economic Policy, avec le soutien de la Fondation Mastercard.
– ref. Formation des jeunes à l’emploi : les enseignements tirés de 9 pays africains sur ce qui fait défaut – https://theconversation.com/formation-des-jeunes-a-lemploi-les-enseignements-tires-de-9-pays-africains-sur-ce-qui-fait-defaut-287540
