LVMH Kering : quelles bascules stratégiques attendre chez les conglomérats du luxe ?

Source: The Conversation – in French – By Perrine Desmichel, Assistant Professor of Marketing, ESCP Business School

L’ESSENTIELCliquez pour lire les trois points à retenir
Les groupes de luxe français, LVMH et Kering, voient leur croissance s’affaisser. L’annonce prochaine des résultats semestriels sera examinée de près.
Le secteur a connu une valse des créatifs qui interroge, d’autant que les groupes comptent beaucoup de maisons.
La stratégie de hausse des prix pour signifier la hausse de la valeur des produits montre peut être ses limites. Le contre-exemple d’Hermès est à surveiller.
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Au premier trimestre 2026, LVMH et Kering ont connu une nouvelle baisse de revenus sur leur secteur phare, la mode et accessoires, de 2 % pour le leader du luxe et de 3 % pour son rival. Tandis que certaines maisons familiales, à l’instar d’Hermès, poursuivent leur croissance (+ 6 % pour la maison du Faubourg Saint-Honoré).

Ces résultats ravivent les débats sur les choix stratégiques opérés par les plus grands conglomérats de luxe ces dernières années. Acquisition et exploitation de petites marques prometteuses, forte montée des prix, starification et tournus des directeurs artistiques, aussi bien que des ambassadeurs de marque aux premiers rangs des défilés. Les recettes magiques d’hier ne semblent plus mener à la prospérité d’antan. Alors que faire ?




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Un tournus chez les directeurs artistiques

Historiquement, les marques de luxe se sont fortement appuyées sur un directeur artistique pour piloter leur désirabilité. Certaines figures emblématiques (Karl Lagerfeld chez Chanel, Hedi Slimane chez Céline, ou Tom Ford chez Gucci par exemple) ont joué un rôle déterminant dans le développement de leur maison. Figures charismatiques, les directeurs créatifs incarnent la marque aux yeux du grand public et réinterprètent l’héritage du fondateur pour en proposer une lecture contemporaine. Ils peuvent également adresser les tensions sociétales de leur époque. Ainsi Maria Grazia Chiuri, en mettant à l’honneur Catherine Dior comme source d’inspiration, a adopté une posture délibérément féministe, dans l’air du temps à l’heure du mouvement #MeToo.

Cette dépendance reste néanmoins source d’instabilité, comme en témoigne le changement, en 2025, des directeurs créatifs au sein d’une dizaine de maisons leaders. Fragilité humaine (le décès d’Alexander McQueen, le dérapage de John Galliano chez Dior), dissonance créative (Alessandro Michele chez Gucci), ou épuisement face au rythme des défilés (Raf Simons chez Dior) : les causes sont multiples. Cela a conduit certains dirigeants à remettre en cause l’omnipotence de cette figure (Le Figaro, 2025).

D’autres maisons ont depuis longtemps fait le choix d’une vision écosystémique de la créativité. Hermès, qui brille par sa résilience, a toujours mis en valeur le collectif plutôt qu’un directeur créatif en particulier. Les artisans y sont garants de l’excellence, les directeurs créatifs se présentent comme des passeurs d’histoires, et l’objet constitue l’incarnation ultime de la marque. De nombreux artistes, aux quatre coins du monde, relaient localement cette vision artisanale et humaine. La vision créative émerge ainsi de l’articulation de multiples voix et ressources, matérielles ou symboliques (comme le cheval), telle une poésie qui reflète l’esprit de la maison tout en limitant son exposition à une seule figure créative.

Quand la rareté ne crée plus seule la valeur

Les maisons de luxe sont créatrices de rareté, mais de quelle rareté parle-t-on ? Historiquement dans le secteur, la rareté est un corollaire de la valeur : Si on prend l’exemple iconique du sac Kelly d’Hermès, très peu d’artisans de la maison sont formés à fabriquer le modèle, la réalisation de ce produit s’effectue en grande partie à la main et demande du temps, aussi le consommateur est prêt à attendre pour obtenir son article. Certaines maisons de luxe cultivent encore davantage cette rareté en limitant l’accès aux produits les plus précieux de leur gamme à une liste restreinte de clients fidèles, c’est usuellement le cas dans l’automobile et l’horlogerie haut de gamme. Toutefois, les grands groupes, que sont LVMH et Kering, ont adopté une approche toute différente du luxe.

Tout d’abord, leurs maisons ont démocratisé l’accès au luxe depuis la fin des années 90. Aujourd’hui, une maison comme Louis Vuitton vend des dizaines de millions de pièces par an et les prix d’entrée sont en dessous de la barre symbolique du millier d’euros.

Depuis la crise de la Covid-19, certaines maisons ont choisi d’élever leurs prix (principalement sur les marchés asiatiques). Brutale, cette hausse pouvant aller jusqu’à un doublement des prix en cinq ans a été mal perçue par les consommateurs qui ne percevaient pas d’augmentation de la valeur produit équivalente. D’autres maisons ont fait le choix d’harmoniser les prix entre les marchés, afin d’éviter le risque de marchés gris.

Stabilisation des prix

Aujourd’hui les prix semblent se stabiliser (d’après la plate-forme de suivi des prix LY Price, par Luxurynsight). Certaines maisons ont pu élever significativement la barre de leur prix d’appel, à l’instar de Dior, qui comme Chanel ne vend plus de modèles en dessous de 1500 Euros en France. Le défi pour les conglomérats de luxe est donc de repenser la désirabilité de leur offre, sans perdre leur clientèle jeune.

Cela passera sûrement, comme c’est de plus en plus le cas, par la coexistence d’une double logique dans ces maisons : d’un côté, un regain de valeur par le développement de savoir-faire extrêmes, comme Louis Vuitton l’a fait sur le segment des montres ces dernières années ; d’un autre côté une innovation décuplée pour inventer un luxe accessible capable de défier le marché attractif de la seconde main.

Des portefeuilles de marques à optimiser

Les difficultés récentes rencontrées par les conglomérats de luxe posent également la question de la stratégie de portefeuille de marques initiée par ces derniers durant les 30 dernières années. À ce jour, le groupe LVMH comprend 75 entreprises, dans des secteurs allant des spiritueux à la mode. De plus petite taille, Kering met en avant 12 marques dans son portefeuille, principalement en mode et joaillerie.

La logique de construction des portefeuilles de marques a souvent été concentrée autour d’une ou de quelques marques phares, comme Gucci pour Kering, ou Louis Vuitton et Dior pour LVMH. Les conglomérats ont grossi en rachetant de plus petites entreprises, souvent familiales, sans repreneur direct ou dans un secteur ou la survie était liée à des investissements financiers conséquents. Les grands groupes ont ainsi tour à tour endossé le rôle de sauveurs (e.g.Christian Dior) ou de prédateurs (e.g. Gucci).

Les limites du conglomérat

Le type de marques rachetées a également varié : tantôt des marques lancées par de jeunes créateurs en vogue, comme Alexander McQueen, acquis par Kering (PPR à l’époque) en 2001 ; tantôt des marques dormantes mais avec un potentiel de relance (e.g. Balenciaga, racheté en 2001 par PPR). Certaines de ces acquisitions ont permis de lancer des extensions de marque avec l’expertise acquise dans d’autres domaines (e.g. joaillerie ou beauté) pouvant servir au développement de certaines de leurs marques en portefeuille. Enfin, on note la possibilité de faire des collaborations inédites (e.g. Rimowa avec Dior pour LVMH), entre des marques qui auraient pu être, sans lien capitalistique, en compétition ou de taille trop différente pour collaborer.

France 24 – 2026.

La stabilité et la viabilité des stratégies de conglomérat peut toutefois montrer des limites sur le long terme, comme le montre généralement la littérature en stratégie. Les conglomérats ne bénéficient pas toujours, sur le long court, de primes de taille et de marchés multiples dus à la multiplication des secteurs d’activité mais au contraire, parfois, d’un malus. En effet, la pression des actionnaires peut pousser ces derniers à déconstruire le conglomérat au fur et à mesure du temps. C’est ce qu’ont entamé certains des conglomérats, LVMH annonçant récemment la mise en vente de Marc Jacobs.

En définitive, à quelques jours de la publication des résultats semestriels de Kering et LVMH, il est intéressant de se demander comment les géants du luxe vont réagir face aux tumultes du marché. Nous pourrions nous attendre à des ajustements stratégiques, en termes de prix, de portefeuille de marques, d’innovation produits et de surexposition des directions artistiques.

The Conversation

Clara Lecerf est Senior Research Officer chez Luxurynsight

Ben Voyer et Perrine Desmichel ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur poste universitaire.

ref. LVMH Kering : quelles bascules stratégiques attendre chez les conglomérats du luxe ? – https://theconversation.com/lvmh-kering-quelles-bascules-strategiques-attendre-chez-les-conglomerats-du-luxe-284576

A quoi ressemblaient les premiers congés payés, en 1936, pour les ouvriers bretons ?

Source: The Conversation – in French – By François Prigent, agrégé et docteur en histoire contemporaine (histoire des gauches en Bretagne ; football et politique en Bretagne ; au 20e siècle), Université Rennes 2

Dans un département breton comme les Côtes-du-Nord (devenu Côtes-d’Armor), marqué par la prépondérance des campagnes, à quoi ressemblaient les premiers congés en 1936 ? La question mérite que l’on s’y attarde, archives à l’appui, pour déconstruire un certain nombre de représentations, si mythifiées qu’elles finissent par faire mémoire.


L’histoire des congés payés remonte évidemment au Front populaire et, en la matière, la Bretagne connaît un mouvement social sans précédent, sans commune mesure non plus avec ce qui se passe à l’échelle nationale, au regard de l’inclinaison conservatrice de la région. En outre, la conflictualité sociale donne à voir une chronologie décalée, dans les Côtes-du-Nord comme dans les autres départements bretons.

En effet, les premières grèves en Bretagne interviennent après les accords Matignon, signés le 7 juin 1936, sous l’égide du gouvernement Blum, par les représentants syndicaux et patronaux. Le texte prévoit une augmentation des salaires, une première institutionnalisation des délégués syndicaux dans les entreprises, une réduction du temps de travail hebdomadaire à 40 heures et 2 semaines de congés payés, une mesure devenue emblématique dans la mémoire collective, au-delà du seul peuple de gauche.

Obtenus sous la pression des grèves avec occupation d’usines, au plan national, les congés payés déclenchent, en Bretagne, une nouvelle vague de grèves visant à obtenir et à faire appliquer ces nouveaux droits. C’est ce qui se passe dans la métallurgie briochine (trois semaines de conflits aux Forges et Laminoirs de Saint-Brieuc). Des accords, sans grève, sont signés chez Chaffoteaux, dans la ville préfecture (Saint-Brieuc), ouvrant une tradition des loisirs prégnante notamment en matière sportive dans l’entreprise.

En juillet 1936, le secteur du bâtiment se met en mouvement à son tour, la revendication faisant tache d’huile pour l’ensemble du département. En août 1936, les îlots ouvriers des carrières de l’Ile Grande et de Ploumanac’h s’engagent dans des grèves, avec son cortège de symboles : poings levés et drapeaux rouges, les ouvriers des carrières de granit rose défilent sur la plage de Trestraou, à Perros-Guirec, le 15 août 1936.

Portrait de groupe des grévistes du bâtiment syndiqués à la CGT lors des conflits trégorrois du Front populaire, fin juin 1936.
Archive familiale, M. Pasquiou, Fourni par l’auteur

Une façon de s’approprier l’espace côtier, investi jusqu’ici par l’entre-soi des élites aristocrates et bourgeoises, parfois venues de loin, disposant du luxe d’avoir du temps libre et le consommant de façon ostentatoire en s’adonnant aux plaisirs de la plage et du bord de mer depuis l’invention du tourisme à la fin du XIXᵉ siècle. Si l’ensemble des Côtes-du-Nord est finalement touché par un puissant mouvement social à la fin de l’été 1936, il faut signaler une 3e vague de grèves, singulière, plus tardive aussi, celle des teilleurs de lin, en octobre 1936, dans un tout autre contexte social et politique : après l’euphorie de l’été, le Front populaire est en difficulté au plan national.

Un temps libéré, mais peu de déplacements

Comme le montre l’étude des archives départementales des Côtes-d’Armor – archives de la Commission départementale des loisirs (1936-1939) et diverses enquêtes sur les loisirs et le tourisme populaire – les congés payés n’ont pas fait irruption en 1936 comme une évidence. Le mythe des premières vacances en 1936 ne résiste pas à l’analyse des documents, pour le cas des Côtes-du-Nord. Certes, l’obligation d’accorder 2 semaines de congés payés fait l’objet de négociations, pied à pied, et certains patrons refusent tout simplement. Pour 1936, la réalité est surtout, comme toujours en histoire, plus complexe qu’il n’y paraît.

Partir en vacances, en train, en tandem, c’est une réalité vécue, mais qui vaut plutôt pour la région parisienne et les grandes villes françaises. Dans les Côtes-du-Nord, les billets de train Léo Lagrange ont peu existé. Les « vacances » recouvrent d’autres pratiques, bien loin de l’imaginaire collectif de la grande embellie, du récit a posteriori aussi, qui s’est imposé, écrasant au passage une autre réalité : profiter d’un temps libéré des contraintes du travail usinier. C’est cette situation, radicalement nouvelle, que vivent les travailleurs costarmoricains. Difficile, dans les dépouillements d’archives, de savoir exactement si le changement affecte, un tant soit peu, les milieux paysans.

Mais revenons aux milieux populaires ouvriers des Côtes-du-Nord, qui n’ont pas les moyens de réellement partir en vacances, loin de chez eux, faute de salaires trop bas et du coût des hébergements conjugués aux difficultés matérielles de transport – ce qui n’est pas sans faire écho aux enjeux contemporains de ce sujet…

Pour autant, ils profitent pleinement de ce temps de non-travail avec un champ des possibles très divers : à domicile (petits déplacements à la mer et à la campagne, enclenchant un processus de découverte, autrement, de ces espaces si proches mais rarement investis en temps normal) ; dans les familles (moments festifs, parfois en réaffirmant des liens de solidarité avec le monde rural, par une aide aux travaux agricoles durant les moissons, qui rythment le temps communautaire bien avant l’invention de la saison de l’été) ; par la pratique de loisirs populaires, récréatifs, parasportifs ou productifs (pêche, jardinage, bricolage voire repas calqué sur le pique-nique jusqu’ici l’apanage des classes aisées). Différentes des premières vacances « nationales », cet été du Front populaire entre dans l’histoire, localement, par l’intensité de ce temps libéré, de cet autre rapport au temps (pour soi, choisi), vécu et gardé en mémoire par ces milieux populaires.

Encadrer les loisirs

Dans le sillage d’une dynamique nationale, les forces organisées du mouvement ouvrier se posent la question d’une réflexion et d’un encadrement des loisirs dès l’été 1936. À la CGT, une commission loisirs, mise en place fin 1936, s’empare du sujet pour le penser et être force de proposition concrète dans plusieurs domaines (sport, bibliothèque, musique). Se délasser, se divertir, se développer, autant de demandes déjà au cœur du projet politique porté 30 ans auparavant par la Bourse du Travail de Saint-Brieuc, jusqu’à la crise municipale de 1908. Plus original, le développement de colonies de vacances, à destination des milieux populaires, s’intensifie.

Il y a bien sûr, d’émanation laïque, le cas extraordinaire par son ampleur et sa portée, de Nos P’tits Gâs, à Bréhec, une aventure collective initiée par Georges Voisin et les instituteurs socialistes du club de football d’En Avant de Guingamp, appuyés par l’éphémère sous-secrétaire d’État à l’éducation physique du 30 janvier au 6 février 1934, André Lorgeré, député-maire radical de Guingamp, converti à l’idée du sport pour tous. Avec des jeunes filles aussi, d’ailleurs. Côté chrétien, symétriquement, le patronage du Stade Charles-de-Blois sur pied sa propre colonie, à Landrellec, toujours en bord de mer. Des réalités comparables sont repérées à Loudéac par exemple. Embryonnaire, le mouvement des auberges de jeunesse, en revanche, reste cantonné aux pôles urbains (Saint-Brieuc, Dinan), sous l’impulsion d’un noyau militant composé d’enseignants syndicalistes.

En parallèle, la politique pensée et voulue par Léo Lagrange, volontariste mais sans réels moyens financiers, se décline par département, à partir de l’automne 1936 puis surtout courant 1937, ne serait-ce que par la création de nouvelles instances. Dans les Côtes-du-Nord, un Comité départemental des loisirs, réunissant toutes les forces qui gravitent autour des loisirs, siège à plusieurs reprises. Au-delà des documents produits, recensant les équipements sportifs et les outils à destination des loisirs, le bilan des réunions reste modeste. D’indépassables divergences d’intérêts opposent les différents acteurs réunis dans cette structure, pionnière et appelée à jouer un rôle plus important, sous le régime de Vichy puis à la Libération.

Un été historique ?

Pour toutes ces raisons, les vacances de l’été 1937 diffèrent, dans les Côtes-du-Nord, du modèle national. Plusieurs enquêtes touristiques rappellent les réticences, voire la peur des hôteliers à l’idée d’accueillir des « cong’ pay’ » dans un secteur en cours de structuration, tourné vers la mer, ce qui s’avère un tournant historique pour l’économie de la Bretagne.

D’autres paramètres entravent les choses. À Chaffoteaux à Saint-Brieuc, dans les usines Tanvez à Guingamp, des conflits sociaux très durs se heurtent à la contre-offensive d’un patronat revanchard, désireux de revenir sur les accords Matignon pour les réviser et les renégocier. Les tensions propres à la coalition des gauches et la chute du gouvernement de Front populaire invitent à resituer cet été 1937 dans un tout autre contexte que celui des luttes et des rêves de l’été 1936.

L’accueil des réfugiés espagnols, notamment les Basques à Saint-Brieuc,imprime une autre direction à cette séquence chronologique, et ce jusqu’à la Retirada, l’exode des réfugiés espagnols à partir de février 1939. Avec la fin du Front populaire en 1938 et le choc de la guerre en 1939, on peut considérer que la norme française des vacances d’été s’applique peu dans les Côtes-du-Nord pour la période 1936-1939. En vérité, il faut attendre l’été 1945 pour que la pratique s’impose pour elle-même, ce dont témoignent les contributions Tourisme et Travail dans les cahiers de doléances des États généraux de la Résistance…


Cet article a été coécrit avec Alain Prigent, historien spécialiste des Côtes-du-Nord.

The Conversation

François Prigent ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. A quoi ressemblaient les premiers congés payés, en 1936, pour les ouvriers bretons ? – https://theconversation.com/a-quoi-ressemblaient-les-premiers-conges-payes-en-1936-pour-les-ouvriers-bretons-285127

Un « super El Niño » se profile : cinq leçons durement acquises que le monde peut tirer de l’Afrique

Source: The Conversation – in French – By Tafadzwanashe Mabhaudhi, Professor of Climate Change, Food Systems and Health and Director of The Lancet Countdown in Africa, London School of Hygiene & Tropical Medicine

Le groupe d’entraide Toben Gaa, au Kenya, discute de son projet d’agroforesterie, qui aide les petits exploitants agricoles à s’adapter au changement climatique. Joseph Gachoka/World Agroforestry/Flickr. , CC BY-NC

Les climatologues ont annoncé en juin 2026 que le phénomène El Niño, un cycle climatique qui se produit tous les deux à sept ans, s’était formé. Selon eux, il pourrait devenir l’un des épisodes les plus puissants jamais observés, un « super El Niño ».

El Niño se produit lorsque la surface de l’océan Pacifique devient anormalement chaude. Il peut modifier les conditions météorologiques à l’échelle mondiale, entraînant souvent des phénomènes extrêmes tels que des sécheresses, des inondations et des vagues de chaleur.

En Afrique australe, il entraîne généralement des conditions climatiques plus chaudes et plus sèches. Lors d’un précédent épisode, il a plongé 18 millions de personnes dans l’insécurité alimentaire.

En Afrique de l’Est et en Afrique centrale, il a provoqué de fortes pluies et des inondations qui ont détruit plus de 600 000 habitations, ainsi que des terres agricoles et des infrastructures de santé. En Afrique de l’Ouest, il a réduit les récoltes, fait grimper les prix des denrées alimentaires et laissé des familles confrontées à l’insécurité alimentaire pendant des années après la fin du phénomène.

Un « super El Niño » se produit lorsque les températures de l’océan Pacifique sont supérieures à la normale. Certaines zones du Pacifique devraient afficher une température supérieure d’environ 3 °C à la moyenne d’ici fin 2026.

Les archives modernes (depuis 1982) ne recensent que trois autres épisodes de « super El Niño ». Le plus récent, en 2015-2016, a plongé plus de 36 millions de personnes dans l’insécurité alimentaire en Afrique de l’Est et en Afrique australe. Ses répercussions se sont fait sentir sur la sécurité alimentaire et nutritionnelle, les ressources en eau, l’accès aux soins de santé et les moyens de subsistance.

La perspective que cela se reproduise suscite, à juste titre, des inquiétudes.




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Mes recherches ont montré comment l’Afrique, marquée par des niveaux élevés de pauvreté, de sous-développement et d’infrastructures défaillantes, est très exposée aux risques climatiques qui nuisent systèmes alimentaires et à la santé.

Se concentrer uniquement sur les risques ne donne toutefois qu’une vision partielle de la situation.

Les pays africains ont passé des décennies à faire face et à s’adapter à des cycles répétés de sécheresses, d’inondations, de fortes variations des précipitations et d’insécurité alimentaire. Le continent a ainsi acquis une expérience précieuse dans la gestion de ces défis multiples.

Le monde doit accorder davantage d’attention aux connaissances, aux pratiques et aux stratégies d’adaptation que les communautés, les institutions et les chercheurs africains ont développées grâce à leur expérience. Alors que les impacts climatiques s’intensifient à l’échelle mondiale, ces expériences offrent des enseignements précieux pour renforcer la résilience.

Les cinq leçons durement acquises

1. Mieux vaut prévenir que guérir : Partout en Afrique, les gouvernements, les chercheurs, les organisations humanitaires et les communautés ont reconnu l’intérêt d’agir avant que les catastrophes ne se produisent.

La mise en place de systèmes d’alerte précoce, l’élaboration de plans d’urgence et le déploiement de dispositifs de soutien peuvent contribuer à limiter les pertes avant qu’elles ne se transforment en crises humanitaires.

Des lacunes subsistent dans les systèmes d’alerte précoce, mais, dans l’ensemble, le Système africain d’alerte précoce et d’action rapide multirisque
ainsi que les systèmes nationaux se renforcent. Le principal frein à ces progrès reste le manque de financement.

Lors d’un « super El Niño », les sécheresses, l’insécurité alimentaire et les dommages causés aux systèmes de santé sont bien plus graves. Être préparé signifie que les communautés peuvent protéger leurs moyens de subsistance et éviter d’avoir à épuiser toutes leurs économies ou à emprunter de l’argent pour se remettre sur pied.




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2. Les cultures autochtones résilientes au changement climatique font partie de la solution : L’avenir agricole de l’Afrique ne peut continuer à dépendre d’un nombre limité de cultures de base, comme le maïs et le blé, de plus en plus vulnérables au stress climatique. Mes recherches ont mis en évidence le potentiel de cultures négligées et sous-utilisées, telles que le sorgho, le millet, l’arachide bambara et le niébé. Les communautés africaines les cultivent depuis des siècles. Elles sont mieux adaptées à des conditions de culture difficiles que nombre de cultures de base conventionnelles.




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3. L’eau, l’énergie, l’alimentation et la santé ne peuvent pas être traitées séparément : Les impacts climatiques se limitent rarement à un seul secteur. Une sécheresse affecte la production agricole. La baisse des récoltes a des répercussions sur les prix des denrées alimentaires et la nutrition. Les pénuries d’eau exercent une pression sur les systèmes de santé. Les perturbations énergétiques peuvent affecter l’irrigation, la prestation des soins de santé et l’activité économique. Les effets d’El Niño se répercutent en cascade sur l’agriculture, l’accès à l’eau, la nutrition et la santé.

L’eau, l’énergie, l’alimentation, la durabilité environnementale et la santé sont étroitement liées. Comme ces enjeux se manifestent souvent simultanément en Afrique, de nombreux pays ont compris que les solutions les plus efficaces consistent à les aborder de manière intégrée, plutôt que séparément.




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4. La principale contrainte réside dans le financement, et non dans les connaissances : Partout en Afrique, des chercheurs, des agriculteurs, des professionnels et des institutions ont mis au point des solutions pour mieux se préparer aux risques climatiques. Ce qui manque avant tout, ce sont des financements supplémentaires. Le financement du développement, les subventions destinées à l’adaptation au changement climatique et les prêts concessionnels pourraient aider les pays et les communautés les plus vulnérables, qui n’ont pas accès aux financements aux conditions normales du marché, à mobiliser les ressources nécessaires pour investir dans l’irrigation, les infrastructures de santé et les réseaux routiers.

Des financements sont également nécessaires pour permettre aux petits exploitants agricoles d’assurer leurs récoltes et leur bétail. Les gouvernements ont aussi besoin de ressources pour financer les programmes de protection sociale et les transferts monétaires. Ces dispositifs constituent des filets de sécurité en période de catastrophe, en évitant que les familles ne soient contraintes de vendre leurs biens ou de retirer leurs enfants de l’école.

Bon nombre de ces solutions sont déjà connues et ont fait leurs preuves. Le principal défi consiste désormais à les déployer à plus grande échelle.

Le financement de l’adaptation au changement climatique en Afrique reste très inférieur aux besoins. Les fonds promis sont débloqués lentement, les conditions d’accès demeurent strictes, les gouvernements sont souvent tenus d’apporter une contribution financière et les mécanismes de gestion financière ne sont pas toujours adaptés aux réalités locales.

Cela empêche souvent des interventions qui ont fait leurs preuves d’atteindre les communautés qui en ont le plus besoin.

5. Le partenariat doit remplacer le paternalisme : La résilience climatique ne peut se construire à travers des relations unilatérales où les solutions sont conçues ailleurs puis imposées aux communautés africaines.

Une résilience durable repose sur l’appropriation locale, des institutions dignes de confiance et la capacité des pays et des communautés à concevoir ou à adapter des solutions à leur propre contexte.

L’Afrique a besoin de partenariats fondés sur l’apprentissage mutuel, des objectifs communs et la reconnaissance des compétences existantes. Cela suppose de renforcer les institutions, de développer les capacités, de soutenir les réseaux d’acteurs et de mettre en place des mécanismes de financement plus souples et plus diversifiés.

Un « super El Niño » mettra une nouvelle fois à l’épreuve les systèmes, les institutions et les communautés africaines. Mais il pourrait aussi démontrer que l’Afrique est une source de connaissances sur le climat, d’expertise en matière d’adaptation et de solutions concrètes, élaborées dans certaines des conditions les plus difficiles au monde.

The Conversation

Tafadzwanashe Mabhaudhi bénéficie d’un financement du Wellcome Trust

Mendy Ndlovu receives funding from the Wellcome Trust.

ref. Un « super El Niño » se profile : cinq leçons durement acquises que le monde peut tirer de l’Afrique – https://theconversation.com/un-super-el-nino-se-profile-cinq-lecons-durement-acquises-que-le-monde-peut-tirer-de-lafrique-286923

Non, « L’Odyssée » de Christopher Nolan ne trahit pas l’oeuvre d’Homère

Source: The Conversation – in French – By Benjamin Demassieux, Docteur en langues et littératures anciennes, Université de Lille

L’Odyssée se prête aux interprétations et aux captations par d’autres auteurs depuis sa création. Allociné

Depuis la sortie de la bande-annonce du prochain film de Christopher Nolan, une même rengaine circule : le péplum trahirait Homère. Costumes trop propres, accents américains, casting jugé « infidèle », aucun acteur grec au programme – chacun y va de son verdict au nom d’une vérité antique – mais laquelle, au juste ? De quelle fidélité parle-t-on, et à quel original ?


Les études de réception sont un champ des études littéraires qui étudie comment chaque époque refaçonne ses classiques : loin d’y voir des trahisons à corriger, il y voit la manière dont un texte continue d’exister – chaque relecture, chaque adaptation constituant rétrospectivement l’œuvre plutôt qu’elle ne la corrompt, comme l’ont montré Charles Martindale et Richard F. Thomas dans l’ouvrage collectif Classics and the Uses of Reception.

Rappelons d’abord ce que les hellénistes appellent, depuis l’Antiquité même, les « problèmes homériques ». Qui est Homère ? Un poète, plusieurs, une figure symbolique recouvrant des siècles de tradition orale ? Le texte que nous lisons, fixé par écrit au VIe siècle avant notre ère sous l’autorité de Pisistrate, mélange des strates disparates : une société de rois mycéniens, des pratiques funéraires de l’époque géométrique, des objets et institutions bien postérieurs à la guerre de Troie qu’il prétend raconter. Ces incohérences ne sont pas des erreurs de copiste : elles sont la preuve d’un texte composite, retravaillé sur la longue durée. Chercher dans un tel poème une « fidélité historique » à restituer au cinéma, c’est se tromper d’objet dès le départ.

L’homme aux mille tours

Il y a mieux : Ulysse lui-même est une figure difficile à opposer aux libertés de Nolan. Polytropos – l’homme aux mille tours –, il est maître du déguisement, du mensonge, de la fiction. Il est aussi le seul témoin de tous les épisodes merveilleux du poème : rien ne garantit que le Cyclope ou Circé ne soient pas la reconstruction d’un homme épuisé et traumatisé par la guerre, remaniant son vécu en récit pour mieux le supporter. Cette instabilité de la mémoire, ce jeu sur le témoignage et l’identité, est précisément le terrain que Nolan travaille depuis Inception et Interstellar. L’Odyssée n’est pas linéaire ; la vision de Nolan non plus. Ce n’est pas une coïncidence de studio, mais une affinité de structure.

Même l’armure d’Agamemnon, déjà chez Homère (chant XI de l’Iliade), n’a rien de « réaliste » : bronze, argent, or mêlés, décor de dragons et de Gorgone, accumulation ostentatoire – une armure poétique, faite pour signifier la terreur et la souveraineté, non pour documenter un équipement de guerre. Que le casque du film évoque, dans la bande-annonce, la silhouette d’un certain justicier masqué n’est pas une faute de costumier : c’est le signe qu’un cinéaste ne peut filmer qu’avec son propre backcatalogue iconographique, tout comme l’aède ne composait qu’avec des formules et motifs déjà là. Lui reprocher de « ressembler à un super-héros » révèle surtout qu’on ignore à quel point l’armure homérique était déjà un spectacle avant d’être un équipement. Et quant à la langue d’Homère, certains s’offusquent de l’utilisation de familiarités par Nolan, telle que l’expression “papa” à la place de “père” pour désigner Ulysse dans la bouche du prétendant Antinoos. Qu’on se le dise ; de telles familiarités existent bien dans la poésie homérique, elles sont courantes et Nausicaa elle-même appelle son père « papa chéri » (pappa phile). La poésie homérique était destinée au grand public, malgré un dialecte spécifique. Et le film de Nolan a exactement la même ambition.

La question de l’appropriation

La polémique autour du casting d’Hélène (interprétée par l’actrice Lupita Nyong’o) est plus révélatrice encore : elle projette sur l’Antiquité une catégorie – la race, telle qu’elle a été inventée sous couvert de biologie au XIXe siècle – que la pensée grecque n’organise pas en système, elle qui pense l’altérité en termes culturels et politiques (Grec/barbare), et non en termes de couleur de peau. L’image d’une Antiquité « blanche » est d’ailleurs une construction tardive, celle du marbre néoclassique qu’on sait aujourd’hui avoir été peint, dans une Méditerranée antique traversée de circulations intenses entre Grèce, Égypte et Levant. Ce n’est pas le casting qui trahit l’Antiquité, mais bien l’indignation contemporaine qui lui prête une pureté qu’elle n’a jamais eue.

Le mot qui revient le plus dans ces polémiques – appropriation – permet de se demander, légitimement, qui a les moyens et a le droit de raconter, aujourd’hui, l’histoire des autres. Mais il présuppose aussi une propriété originelle du mythe que l’histoire de la littérature dément.

Horace, célèbre poète de l’Antiquité romaine, renversait déjà le rapport de force : « Graecia capta ferum victorem cepit » – « la Grèce vaincue a vaincu son farouche vainqueur » (Épîtres, II, 1, 156), écrivait-il – autrement dit, la Grèce militairement soumise a colonisé culturellement Rome, plutôt que l’inverse. Rome s’approprie la Grèce et forge son propre récit. L’Éneide de Virgile en est un bel exemple. En passant de Troie au Latium (la région de Rome), Virgile légitime l’héritage grec : Énée emmène les divinités et le sang troyen en Italie.

Pierre de Ronsard, grand poète français du XVIe siècle, fit de même avec la Franciade, calquant l’origine française de la monarchie sur un héros troyen fictif, Francion (ou Francus). Le poème, inachevé, se rêvait épopée nationale, par la réappropriation de la matière épique grecque.

La Franciade, première édition, 1572.
Wikimedia, CC BY

Toute l’Europe s’est construite en se réclamant héritière d’Homère, siècle après siècle. Nolan n’invente rien, il ajoute un maillon à une chaîne d’appropriations et de captations croisées revendiquées depuis vingt-cinq siècles. Il n’y a pas de vol possible là où la capture, depuis toujours, circule dans les deux sens.

Qu’il s’agisse d’une couleur de peau, de l’apparence d’un casque, ou d’un pseudo vol culturel, les critiques outrées reposent sur le fantasme d’une Antiquité pure, stable, propriétaire d’elle-même. La philologie et l’histoire de la réception des œuvres démontent ce fantasme point par point. Voir L’Odyssée de Nolan, ce n’est donc pas vérifier s’il a bien « recopié » Homère, mais repérer ce qu’il garde, ce qu’il transforme, et ce que ce choix dit de notre présent – ce que fait, à sa manière, chaque génération depuis l’Antiquité romaine.

The Conversation

Benjamin Demassieux ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Non, « L’Odyssée » de Christopher Nolan ne trahit pas l’oeuvre d’Homère – https://theconversation.com/non-lodyssee-de-christopher-nolan-ne-trahit-pas-loeuvre-dhomere-287225

Comment Londres, Paris et New York faisaient face aux canicules avant la climatisation

Source: The Conversation – in French – By Chloe Duteil, Postdoctoral Research Associate, School of Histories, Languages and Cultures Faculty of Humanities and Social Sciences, University of Liverpool

Les canicules qui frappent aujourd’hui Londres, Paris et New York ne sont pas inédites. Dès le XIXe siècle, les habitants de ces métropoles inventaient déjà des stratégies pour échapper à la chaleur, révélatrices des profondes inégalités sociales.


Paris, Londres et New York évoquent plus spontanément la culture, la finance ou l’histoire que les canicules. Pourtant, chaque été, ces trois métropoles sont de plus en plus confrontées à des températures extrêmes auxquelles elles n’ont jamais été conçues pour résister.

Comme de nombreuses zones urbaines denses, elles amplifient la chaleur en raison de ce que l’on appelle l’« îlot de chaleur urbain ». Ce phénomène tient au fait que le béton, l’asphalte et le verre emmagasinent la chaleur, transformant les journées chaudes en épisodes potentiellement dangereux.

Avec ses gratte-ciel de verre et d’acier, ses chaussées recouvertes de béton et ses immenses ensembles résidentiels, New York retient la chaleur comme peu d’autres métropoles. La ville présente d’ailleurs l’un des effets d’îlot de chaleur urbain les plus marqués des États-Unis, un indicateur qui mesure l’écart de température entre les zones urbaines et les zones rurales. Chaque année, la chaleur tue plus de 500 New-Yorkais. Un lourd bilan qui aggrave encore les inégalités sociales et raciales.

Alors que beaucoup fuient vers le littoral ou la campagne pour trouver un peu de fraîcheur, d’autres restent en ville, où la chaleur est plus difficile à éviter et souvent plus éprouvante. Pourtant, ces expériences très inégales de la chaleur urbaine ne datent pas d’hier. Dans des villes comme Londres, Paris ou New York, la capacité à supporter les étés chauds a toujours été profondément marquée par les inégalités.

Au cours des XIXe et XXe siècles, les citadins ont développé toute une série de stratégies pour faire face aux fortes chaleurs dans des environnements très urbanisés. Nos recherches menées dans le cadre du projet Melting Metropolis s’intéressent aux expériences quotidiennes de la chaleur. Voici quelques-unes des solutions adoptées autrefois et ce qu’elles nous apprennent sur la manière de vivre avec la chaleur en ville.

Londres

Pour la plupart des citadins d’autrefois, quitter leur logement était le meilleur moyen d’échapper à la chaleur. Au milieu du XXe siècle, certains Londoniens montaient sur le toit de leur immeuble pour profiter des courants d’air plus frais qui circulaient au-dessus des rues de la ville.

Depuis le XIXe siècle, les espaces publics ont constitué pour beaucoup le principal refuge contre la chaleur de leur logement. Les Londoniens recherchaient l’ombre des arbres dans les parcs, se rafraîchissaient dans les fontaines ou allaient se baigner dans les piscines de plein air (lidos) et les étangs.

D’autres tentaient de mieux supporter la chaleur chez eux. Contrairement à ceux qui trouvaient un peu de fraîcheur dans les espaces publics, les Londoniens les plus aisés utilisaient leur fortune et les technologies de l’époque pour rester au frais. Au XIXe siècle, ils achetaient de la glace importée de Norvège ou faisaient appel à des domestiques pour actionner des éventails.

Paris

Lors des vagues de chaleur du XIXe siècle, les Parisiens cherchaient eux aussi à fuir la chaleur. Comme les Londoniens, ils profitaient largement des parcs aménagés par les urbanistes lors des grands travaux de transformation de la capitale menés par Haussmann à la fin du XIXe siècle. Mais les espaces verts n’étaient pas les seuls refuges : les arbres plantés le long des avenues offraient également une protection bienvenue contre les rayons du soleil pendant les chaudes journées d’été.

Si la Seine offrait un formidable potentiel pour se rafraîchir, la baignade y a été interdite au milieu du XIXe siècle. Malgré cette interdiction, des photographies d’époque montrent que certains Parisiens, en quête de fraîcheur, n’hésitaient pas à enfreindre la loi pour piquer une tête.

À l’intérieur des logements, les Parisiens les plus aisés utilisaient de la glace importée des régions septentrionales ou récoltée localement pendant l’hiver, puis conservée dans des glacières jusqu’au retour des fortes chaleurs. La glace est toutefois restée un produit de luxe jusqu’à la fin des années 1870, lorsque les progrès de la réfrigération artificielle en ont fait baisser le coût et l’ont rendue accessible à un public plus large.

Au milieu du XXe siècle, la vie quotidienne à Paris, y compris pendant l’été, s’était profondément transformée. La climatisation commençait à se diffuser, mais certaines pratiques plus anciennes sont restées au cœur de l’art de vivre estival : les terrasses de café continuent de faire le plein, les quais de Seine restent envahis par les promeneurs, et les fontaines publiques héritées du XIXe siècle servent toujours à remplir les gourdes et les bouteilles d’eau.

New York

Au XIXe siècle, les immeubles populaires de New York voyaient leurs toits se remplir de personnes venues dormir à la belle étoile, tandis que d’autres s’installaient sur les escaliers de secours pour échapper à la chaleur étouffante des appartements. Les plus riches, eux, quittaient simplement la ville pour leurs résidences à la campagne. Les journaux qualifiaient ces migrants saisonniers de « réfugiés de la chaleur ».

Pour trouver un peu de fraîcheur à l’extérieur, la plupart des New-Yorkais du XIXe siècle se rendaient à la plage – après tout, la ville est construite sur des îles. Au XXe siècle, ils ont aussi commencé à organiser des fêtes de quartier, avec de grandes quantités de glace achetées dans les bodegas, les petites épiceries de proximité. Il leur arrivait également d’ouvrir les bouches d’incendie pour créer des jets d’eau rafraîchissants, une pratique devenue l’un des grands classiques des étés new-yorkais.

Les futures vagues de chaleur

Depuis que les épisodes de chaleur extrême affectent la vie urbaine, les citadins ont imaginé des moyens de s’y adapter. Aujourd’hui, les villes prennent davantage en compte ce risque et mettent en œuvre des stratégies pour mieux y faire face. La canicule meurtrière de 2003 a notamment servi d’électrochoc à Paris, qui a lancé un plan canicule dès l’année suivante et poursuit depuis ses efforts pour rendre la capitale plus vivable pendant l’été.

À New York, la climatisation est au cœur des stratégies de résilience climatique de la ville. Elle est aussi devenue un enjeu politique, les organisations de défense de la justice environnementale militant pour la reconnaissance d’un « droit à la fraîcheur » (right to cooling), à travers un ensemble de propositions législatives.

Si elle peut aggraver le changement climatique en augmentant la consommation d’énergie, la climatisation sauve aussi des vies à mesure que nous cherchons à nous adapter à des chaleurs toujours plus intenses. En mai 2026, le Comité britannique sur le changement climatique (Climate Change Committee) a averti que le mode de vie des Britanniques était désormais menacé par la chaleur.

The Conversation

Ces travaux ont été financés par le Wellcome Trust, dans le cadre de la subvention n° 225843/Z/22/Z.

Ces travaux ont été financés par le Wellcome Trust, dans le cadre de la subvention n° 225843/Z/22/Z.

ref. Comment Londres, Paris et New York faisaient face aux canicules avant la climatisation – https://theconversation.com/comment-londres-paris-et-new-york-faisaient-face-aux-canicules-avant-la-climatisation-287599

Regards croisés sur l’histoire des Kalmouks, peuple mongol de Russie

Source: The Conversation – France in French (3) – By Virginie Tellier, Membre associée du laboratoire Écoles, mutations, apprentissages (EMA), CY Cergy Paris Université; Université Sorbonne Nouvelle, Paris 3

François Fortuné Ferogio, «&nbsp;Campement de nuit dans les Steppes de la mer Caspienne&nbsp;», Atlas historique, 1845, planche 16. Illustration accompagnant le récit de voyage en Kalmoukie des époux Hommaire de Hell, au milieu du XIX<sup>e</sup>&nbsp;siècle.
BnF

Seule région d’Europe où le bouddhisme est majoritaire, la Kalmoukie, région du nord du Caucase, est aujourd’hui une république de la Fédération de Russie, après avoir appartenu à l’URSS et auparavant à l’Empire russe. Trois Européens — un jésuite tchèque en 1700, un pasteur letton en 1802, une voyageuse belge en 1878 — ont présenté dans leurs récits des regards croisés qui éclairent la constitution progressive de la Russie contemporaine.


La Russie d’aujourd’hui, héritière de l’Empire russe des XVIIIe et XIXe siècles, est composée de près de 200 « nationalités ». Chacune a une histoire singulière qui rend difficile la construction d’un récit global capable de rendre compte de la situation présente. Mais chacune dit aussi quelque chose de cette histoire globale et en donne des clés de compréhension.

Les Kalmouks, dont le nombre est estimé à environ 180 000 personnes, constituent l’une de ces nationalités. Ils vivent aujourd’hui, dans leur grande majorité, sur le territoire de la République de Kalmoukie, dans le Sud de la Russie d’Europe, entre la mer Noire et la mer Caspienne. À la différence de la plupart des peuples de Sibérie ou du Grand-Nord, les Kalmouks ne constituent pas un peuple autochtone : ces Mongols occidentaux, de religion bouddhiste, se sont installés dans la région au début du XVIIe siècle, alors que de nombreux peuples habitaient déjà cette zone.

Comment aborder leur histoire ? La présence de voyageurs européens dans la région apporte des éléments de réponse et éclaire la formation de l’Empire russe. La lecture de leurs récits oblige à la prudence : l’interprétation des faits par les voyageurs est liée à leur propre histoire et à leur propre culture ; ils ne nous donnent pas accès à la réalité, mais seulement à la manière dont ils ont perçu cette réalité. Mais c’est aussi ce qui fait leur richesse : leur lecture nous offre plusieurs points de vue, qui échappent en partie à la manière dont l’État russe a pris en charge l’écriture de sa propre histoire. Le croisement de ces regards permet également d’intégrer l’histoire des Kalmouks à l’histoire du continent européen pour mieux la comprendre.

Le voyage de Jan Milan en 1700

Jan Milan est un jésuite tchèque. Il est envoyé en mission en 1700 sur les rives orientales de la mer Noire, à Taganrog (Taganrok sur la carte ci-dessous) pour évangéliser les habitants. Son ministère s’exerce, pendant dix mois environ, dans un vaste espace multi-ethnique.

Guillaume Delisle, Carte de Tartarie (détail), 1706.
Gallica (BnF)

C’est dans ce contexte qu’il rencontre des Kalmouks. Dans son récit de voyage manuscrit, rédigé en latin et conservé à la Bibliothèque de Prague, Milan montre qu’il n’existe pas une seule et même communauté de Kalmouks, mais plusieurs groupes distincts, dirigés par des chefs qui peuvent entrer en désaccord sur la politique à tenir à l’égard des autres peuples.

Dessin de Jan Milan. Cliquer pour zoomer.
Bibliothèque nationale de la République tchèque

Milan est accueilli par l’un de ces groupes, les Derbets, qui s’est installé dans la région du Don. Leur chef, Menko-Temir entretient des relations complexes avec Ayuki, le chef d’un autre groupe plus important, les Torguts. Le khan Ayuki règne alors sur les Kalmouks de la Volga qui forment alors un khanat.

Milan, qui discute de théologie avec un dignitaire religieux polyglotte, décrit un peuple bouddhiste et nomade qui n’a « aucune ville », et représente par le dessin la musique et la danse de ses hôtes. Il raconte que les Kalmouks font parfois la guerre aux Russes, mais qu’ils nouent également des relations diplomatiques avec le tsar (il s’agit alors de Pierre le Grand, qui fondera l’Empire russe en 1721). Ils entretiennent aussi des relations complexes avec d’autres groupes, comme les Turcs, les Cosaques et les Tatars de Crimée. Les Kalmouks sont incontestablement moins puissants que l’État russe, mais constituent néanmoins une entité politique relativement indépendante, qui négocie ses alliances.

Le voyage de Benjamin Bergmann en 1802-1803

Benjamin Bergmann est un pasteur letton qui effectue un séjour de quinze mois chez les Kalmouks, avec lesquels il nomadise, tout en apprenant leur langue. En 1804-1805, il publie à Riga, en allemand, un grand récit de voyage encyclopédique qui offre des informations essentielles sur la culture des Kalmouks : leur organisation politique, leurs modes de vie, mais aussi leur littérature et leur religion.

Au moment où Bergmann se rend dans la steppe, un événement majeur dans l’histoire des Kalmouks a eu lieu. En 1771, sous le règne de Catherine II, la plus grande partie des Kalmouks a quitté la Russie, sans doute pour échapper à une administration impériale de plus en plus pesante. Les Kalmouks se rendent sur leur territoire d’origine, la Djoungarie, où a régné un autre khanat de Mongols occidentaux, que les Mandchous ont anéanti en 1757. À la suite de cette migration, les Kalmouks restés sur le territoire russe sont privés de leur autonomie politique et militaire par la tsarine, qui vient de conquérir l’Ukraine et de soumettre les Cosaques.

Lorsque Catherine II meurt en 1796, son fils et successeur Paul Ier accorde aux Kalmouks le rétablissement de la dignité de vice-khan, dont est alors investi le prince petit-derbet Tchoutcheï Tundutov. Le 13 juillet 1802, une cérémonie officielle est organisée dans la steppe pour entériner cette décision : Bergmann y assiste et la décrit.

Intérieur du livre de Bergmann, 1825.
Gallica

La cérémonie a lieu en présence du dignitaire religieux bouddhiste devant un autel orné des représentations des divinités, mais un drapeau impérial a été placé à côté. Le drapeau de l’empire flotte au milieu de deux drapeaux kalmouks. Le vice-khan et le représentant de l’empereur s’avancent côte à côte, cependant le vice-khan porte le portrait du tsar sur sa poitrine, comme pour signifier que c’est bien l’empereur qui le désigne pour diriger les Kalmouks. Les fils du vice-khan portent les parchemins qui légitiment le pouvoir de leur père en vertu des règles d’ascendance propres aux Kalmouks.

La cérémonie montre toute l’ambiguïté du statut des Kalmouks au sein de l’Empire et la fragilité des équilibres de pouvoir : cette nomination par la puissance russe d’un prince petit-derbet, au mépris des descendants légitimes d’Ayuki, ne fait pas l’unanimité parmi les Kalmouks. Bergmann précise que seuls cinq des seize chefs des différents groupes se présentent sans retard à la cérémonie. Intégré au groupe petit-derbet où il séjourne, Bergmann adopte le point de vue de Tchoutcheï et déplore cette absence : à ses yeux, ce comportement semble par avance vouer à l’échec le fragile équilibre qui aurait pu garantir une forme d’indépendance aux Kalmouks au sein de l’Empire russe.

Cette modeste autonomie ne survit pas au décès de Tchoutcheï, le 23 mai 1803. Le fils du défunt Paul Ier, Alexandre Ier, entend bien reprendre à son compte la politique impérialiste de sa grand-mère Catherine II.

Le voyage de Carla Serena en 1878

Brun, La noïone, dans Carla Serena, Seule dans les steppes, 1883, pp. 92-93. Cliquer pour zoomer.
Gallica (BnF)

Carla Serena découvre la Kalmoukie à l’automne 1878, au retour d’un grand voyage en Orient. Le témoignage de cette Belge francophone, qui voyage seule dans le Caucase, juste après la guerre russo-turque de 1877-1878, est publié en 1883. Avant elle, Adèle Hommaire de Hell avait voyagé dans la région avec son époux Xavier (voir illustration de couverture).

Serena rencontre à Astrakhan la tutrice du descendant de Tchoutcheï, le prince David Tundutov, alors âgé de dix-huit ans. Le groupe petit-derbet a maintenant un centre politique sédentaire, le village de Malye-Derbety. Celui-ci a été fondé en 1803, après l’érection d’un monument funéraire destiné à accueillir les restes de Tchoutcheï.

Ce village, qui existe encore, jouxte le village de Tundutovo, de peuplement russe à l’époque où Serena le visite : le XIXe siècle voit le renforcement de l’impérialisme russe et de la colonisation des terres par des colons russes, en vue de leur exploitation. Serena, qui accompagne son hôtesse dans ses obligations politiques, sociales et religieuses, a l’occasion de pénétrer dans des lieux peu fréquentés des étrangers. Son statut de femme voyageant seule lui permet de dialoguer avec la tante du jeune David et d’accéder à son point de vue.

Serena insiste sur la soumission des Kalmouks au sein de l’Empire. Elle montre que l’administration russe prédomine désormais sur l’administration locale. Elle écrit que les fonctionnaires russes « maltraitent rudement ces pauvres gens, surtout ceux qui n’ont pas les moyens de leur graisser la patte. Les Kalmouks sont souvent battus sans pouvoir se plaindre. En cela, les Russes agissent, d’ailleurs, comme la plupart des Européens en Orient, qui, forts des privilèges dont ils jouissent, ne se font pas faute d’accabler les indigènes. » Pour Serena, le traitement réservé aux Kalmouks en cette fin du XIXe siècle relève d’une forme de colonisation, qu’elle met en relation avec la politique expansionniste des Européens en Orient.

Jardin zoologique d’Acclimatation. Kalmoucks, affiche, 1883. Cliquer pour zoomer.
Gallica (BnF)

Cette réflexion est d’autant plus remarquable qu’en 1883 une petite troupe de Kalmouks est exposée au Jardin d’Acclimatation, à Paris, pour distraire les Parisiens qui viennent les observer derrière une barrière. L’engouement pour ces expositions d’êtres humains montre que les Français de cette fin de siècle étaient loin de tous partager le regard de Serena sur l’expansion européenne.

L’étude des récits de voyage en Kalmoukie nous permet ainsi de mieux comprendre l’histoire des Kalmouks, leur intégration progressive à l’Empire russe, mais aussi les relations qu’ils ont établies avec des voyageurs européens. Celles-ci éclairent également la construction progressive des États, processus long et complexe, qui met en jeu des individus singuliers. La lecture attentive de ces récits permet de restituer, ne serait-ce que partiellement, la pluralité de leurs points de vue.

The Conversation

Virginie Tellier ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Regards croisés sur l’histoire des Kalmouks, peuple mongol de Russie – https://theconversation.com/regards-croises-sur-lhistoire-des-kalmouks-peuple-mongol-de-russie-285398

La Guerra Civil en las aulas: ¿la estamos enseñando bien?

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Néstor Banderas Navarro, Profesor de Didáctica de las Ciencias Sociales, Universitat de València

EF Stock/Shutterstock

La Guerra Civil es un episodio de la historia reciente de España que dio lugar a la implantación de un sistema dictatorial represivo de casi cuarenta años. A noventa años de su inicio, forma parte de la memoria colectiva como un hecho traumático y conflictivo, y aún está presente en los debates ideológicos y políticos.

Su enseñanza resulta fundamental no solo para entender el pasado más o menos cercano, sino como conocimiento básico sobre el que construir una educación cívica y democrática antes de abandonar el sistema educativo.

Pero ¿es así? ¿Salen los chicos y chicas de la educación obligatoria entendiendo y habiendo estudiado este episodio del pasado, sus orígenes y sus efectos?




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¿Una asignatura pendiente?

Las leyes educativas han cambiado a menudo en los últimos años en España, pero todas han coincidido en no dar a este contenido histórico el tiempo y peso académico que merece.

Si bien se han dado algunos pasos en la última ley educativa, la realidad es que se puede dedicar muy poco tiempo en el aula a enseñar qué fue, cómo se desarrolló y por qué sucedió la guerra civil.

Únicamente se toca en 4º de la ESO, el último curso de educación secundaria obligatoria, dentro de la asignatura de Historia, que tiene tres horas semanales. En ese tiempo el temario incluye no solo la Historia Contemporánea española, sino también la europea, incluyendo movimientos e hitos en el campo del arte. En algunas autonomías como Madrid, Murcia o Extremadura se reduce el contenido al siglo XX, permitiendo más tiempo para trabajar estos procesos.




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Los estudiantes que continúan con Bachillerato más allá de la secundaria obligatoria se encuentran en el segundo curso la materia de Historia de España. En este nivel se centra en los siglos XIX y XX, aunque algunas autonomías incluyen también contenidos previos (por ejemplo, desde la prehistoria, en el caso de Madrid, o Edad Antigua en Murcia).

En este contexto, es muy difícil tratar contenidos como el de la guerra y la dictadura con la debida atención y profundidad. De ahí las importantes carencias formativas del alumnado en torno a estos temas: confusiones sobre ubicación cronológica básica, desconexión de la Guerra Civil con el contexto europeo, equiparación moral de los contendientes, desconocimiento del significado profundo de la represión…

Esta falta de conocimientos se traduce en ocasiones en una interpretación benévola por parte de la población española hacia el franquismo.

Carencias clave más allá del tiempo de clase

Además de estas dificultades estructurales en el tratamiento de la Guerra Civil, existen también otro tipo de factores limitantes.

En primer lugar, los libros de texto, que son los recursos más utilizados en las aulas de historia. A pesar de los avances innegables en la calidad de sus textos y recursos, siguen sin introducir con amplitud cuestiones clave como la represión, la perspectiva de género o los efectos de la guerra a nivel social.

Por ejemplo, todavía falta un tratamiento más claro de la realidad local de la represión, con ejemplos vinculados al contexto del alumnado, así como de la represión específica de género o la existencia de resistencias y transgresiones cuando se incluye a mujeres en el relato histórico.

En segundo lugar, la formación del profesorado, fundamental para suplir las carencias de los manuales escolares, depende mucho de los planes de estudio de los grados universitarios. Por ejemplo, en los estudios universitarios de Historia, en muchos casos, reproducen problemas similares a los que se ven en 4º de la ESO: temarios inabarcables y atención insuficiente a la conflictiva historia reciente.

Es decir, tampoco los docentes de Historia han estudiado en profundidad este periodo histórico en su formación universitaria.

Narrativas acríticas

Además de enseñarse poco, cuando se enseña, el tratamiento que se hace en el aula, en ocasiones, presenta problemas de reproducción de narrativas acríticas: que el conflicto era inevitable, o que la II República, el régimen durante el que se produjo el levantamiento que dio lugar a la guerra, fue responsable en parte o en la misma medida que los sublevados. Unos relatos que fueron apuntalados por la dictadura franquista en aras de construir su legitimidad.

Por último, la reciente consolidación de las extremas derechas a nivel mundial y español supone también un desafío. Especialmente por las posturas ambiguas o de abierta simpatía hacia el franquismo y por el rechazo a las políticas de memoria. Ello ha contribuido a normalizar y a legitimar la aparición de actitudes de conflictividad y reactividad en las aulas, dando por buenos discursos presentes en redes sociales sobre la guerra que distan mucho de lo investigado durante décadas desde la academia.




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Posibilidades y buenas prácticas

Ante esta realidad, resulta fundamental atender a las buenas prácticas que el profesorado está llevando a cabo en las aulas, tal y como se recoge en la reciente obra publicada Franquismo enseñado. Historia reciente y memoria democráticas en las aulas.

Una parte del profesorado, especialmente el comprometido con el tratamiento de la memoria democrática y con una historia escolar que contribuya a una ciudadanía crítica, toma decisiones didácticas conscientes al abordar la guerra.

Por ejemplo, haciéndolo desde el plano internacional, desde la historia sociocultural, teniendo en cuenta la agencia individual y colectiva, incorporando la experiencia de soldados, mujeres, niños y niñas, exiliados o focalizando la atención en la represión.

Todo ello mediante la inclusión de fuentes históricas diversas que se alejen del canon bélico con que a menudo ha sido enseñada la guerra. Por ejemplo, a partir de la introducción de fuentes orales disponibles en multitud de repositorios, examinando fotografías históricas, realizando itinerarios educativos con el fin de rastrear vestigios en nuestros pueblos y ciudades de la guerra (trincheras, edificios…), utilizando novelas gráficas, etc.

En definitiva, estas buenas prácticas muestran la necesidad de una acción consciente del profesorado para suplir carencias estructurales e insertar la historia reciente de España como contenido, posiblemente conflictivo, pero imprescindible para dotar de herramientas democráticas al alumnado.

The Conversation

Néstor Banderas Navarro no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

ref. La Guerra Civil en las aulas: ¿la estamos enseñando bien? – https://theconversation.com/la-guerra-civil-en-las-aulas-la-estamos-ensenando-bien-285076

Cómo aprovechar nuestros residuos para combatir el calor nocturno

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Juan Miguel Requena Mullor, Docente e Investigador en el Área de Ecología, Universidad de Almería

Stokkete/Shutterstock

En invierno, el despertador nos obliga a abandonar el refugio de unas sábanas calientes. En verano ocurre lo contrario: retrasamos la hora de acostarnos porque la cama parece conservar el calor del día. Después de todo, en las noches tropicales, cada vez más frecuentes, la temperatura mínima no baja de 20 ºC.

Cuando las sábanas “queman”, encendemos el ventilador o el aire acondicionado. Pero dormir fresco consume energía. Para que nos hagamos una idea, un equipo que demande de media 1,2 kilovatios/h (3 000 frigorías) durante ocho horas consumiría 9,6 kilovatios: unos 1,54 euros por noche y 46,08 euros al mes, suponiendo un precio de 0,16 euros por kilovatio/h. Un ventilador de 50 vatios costaría unos 0,12 euros al mes, una reducción del coste considerable, pero no reduce realmente la temperatura de la estancia.

Son cifras orientativas, ya que el consumo real depende del equipo, la vivienda y la tarifa eléctrica.

Aire acondicionado y consumo energético

El impacto no acaba en la factura ni afecta igual a todos los hogares. Las noches tropicales son cada vez más habituales en el Mediterráneo y el mayor uso del aire acondicionado podría elevar el consumo energético global un 72 %. Si esa energía procede de combustibles fósiles, enfriar nuestras casas alimenta el mismo calentamiento que hace necesario refrigerarlas.

La buena noticia es que podemos recurrir a otras fuentes energéticas. En un nuevo estudio en Andalucía mostramos que estas noches se producen antes en zonas costeras densamente pobladas y los principales núcleos urbanos del interior y que, en muchos de esos lugares, existe un elevado potencial energético derivado de residuos de biomasa para cubrir la creciente demanda del aire acondicionado. Así, el problema y su posible solución coinciden en el espacio.

Dos realidades que se superponen

Nuestra investigación partió de una pregunta: ¿podemos identificar dónde llegará antes la presión energética asociada a las noches tropicales y comprobar si allí existe una fuente renovable capaz de ayudar a cubrirla?

Analizamos 3 194 localizaciones pobladas de Andalucía y calculamos cuándo se produjo la primera noche tropical de 2023. Que esta llegue antes puede alargar la temporada de noches tropicales y, con ella, la necesidad de refrigeración. Combinamos esa información con imágenes térmicas nocturnas satelitales y con estimaciones municipales del potencial energético de la biomasa residual.

La primera noche tropical llegó antes a las zonas costeras y, entre las grandes ciudades del interior, a Sevilla y Córdoba. Los espacios urbanos con vegetación y agua se asociaron a un retraso de su aparición.

El resultado más impactante fue que las zonas con mayor potencial energético de biomasa tendían también a experimentar antes su primera noche tropical, con una tasa de ocurrencia temprana estimada 2,4 veces mayor. Es decir, lugares con mayor necesidad potencial de refrigeración coinciden con áreas de elevado potencial energético a partir de residuos.




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Noches que matan: cuando el calor no da tregua aunque caiga el sol


Residuos para generar frío y calor

Poda de olivo, hueso de aceituna o cáscaras de frutos secos son ejemplos de biomasa generada como residuo en Andalucía. Su energía puede transformarse en electricidad para alimentar equipos de refrigeración o aprovecharse térmicamente en sistemas de climatización de frío y calor. La idea no es puramente teórica. En la Universidad de Minnesota Morris (EE UU ), residuos del cultivo de maíz alimentan un sistema de biomasa que produce calefacción y refrigeración.

Andalucía parte de una posición destacada. Los últimos datos de la Agencia Andaluza de la Energía muestran que cuenta con 17 instalaciones de generación eléctrica a partir de biomasa que suman 274 megavatios de potencia. Sin embargo, esta cifra permanece estancada desde 2019, mientras que la potencia fotovoltaica ha pasado de 1 808,2 MW en 2019 a 11 695,6 MW en 2025.

La biomasa mantiene, además, una fuerte tradición ligada a la industria oleícola, la calefacción y el agua caliente. La pregunta es: ¿estamos planificando su uso pensando en la creciente demanda de refrigeración durante las noches tropicales?




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Antes de ocupar más suelo, optimicemos el uso de la biomasa

La transición energética no puede recurrir solo a unas pocas tecnologías, como la fotovoltaica. Andalucía dispone también de un elevado potencial energético en sus residuos agrícolas, forestales, ganaderos, industriales y urbanos.

Nuestro estudio muestra que parte de ese potencial se concentra donde las noches tropicales llegan antes y la demanda de refrigeración puede prolongarse. Esto convierte a la biomasa residual en un actor primario de la transición energética.

Aprovechar residuos que ya generamos para producir electricidad permitiría diversificar la oferta de renovables, reduciendo la actual presión de ocupación del territorio con infraestructuras fotovoltaicas. Además, frente a la solar o la eólica, la biomasa puede almacenarse y gestionarse con mayor flexibilidad. La clave está en planificar su aprovechamiento según la disponibilidad del recurso, la logística, la sostenibilidad y la capacidad de la red.

Producir energía es solo una mitad de la respuesta. Nuestro estudio también mostró que la presencia de vegetación y agua se asociaba con una reducción del 17 % en la tasa diaria de aparición de la primera noche tropical. Necesitamos producir energía de otra manera, pero también diseñar ciudades que necesiten menos energía para enfriarse.

Si durante las noches tropicales las sábanas “queman”, podemos encontrar parte de la energía que necesitamos para dormir más frescos en los residuos que ya generamos. Solo falta aprovechar más su potencial.

The Conversation

Juan Miguel Requena Mullor está financiado por la Universidad de Almería y el Ministerio de Ciencia, Innovación y Universidades.

ref. Cómo aprovechar nuestros residuos para combatir el calor nocturno – https://theconversation.com/como-aprovechar-nuestros-residuos-para-combatir-el-calor-nocturno-286601

Más allá del estrecho de Ormuz: los cuellos de botella que pueden hacer tambalear el control de los mares

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Enrique Parra Iglesias, Profesor Titular de Universidad, Universidad de Alcalá

Dipix/Shutterstock

Los grandes pasos marítimos del petróleo ya no se dividen entre importantes y secundarios, sino entre los que están bajo asedio, los que tienen dueño, los que están naciendo y los que sostienen todo el sistema.

Cuando los mercados temen un cierre en el estrecho de Ormuz, el precio del petróleo se dispara en cuestión de horas. Lo hemos visto muy de cerca en todo 2026 La razón es bien conocida: por ese angosto paso del golfo Pérsico transita cerca del 20 % del crudo y el 25 % del gas natural licuado (GNL) que consume el mundo, según la Agencia Internacional de Energía. Pero fijarse sólo en Ormuz es leer solo una página del atlas y creer que se ha entendido el mundo.

La Administración de Información Energética de Estados Unidos (EIA) estima que el 76 % del petróleo mundial viaja por mar. Ese océano de crudo y gas no fluye libremente: se estrangula en una docena de pasos que concentran los flujos en espacios de pocos kilómetros, a veces de pocos cientos de metros. Lo interesante no es catalogarlos, sino entender que se dividen en cuatro familias con lógicas de riesgo muy distintas: los pasos clásicos que están bajo asedio, los que tienen dueño con nombre y apellidos, los que están naciendo ante nuestros ojos y los que sostienen silenciosamente todo el edificio.

Los principales cuellos de botella energéticos globales (el tamaño del círculo es proporcional al tráfico de barriles de petróleo).
Fuente: elaboración propia con datos de la EIA (1H2025)., CC BY

Bajo el asedio de los drones y las lanchas rápidas

Durante medio siglo, la seguridad de los cuatro grandes pasos del petróleo –el estrecho de Ormuz, que conecta el golfo Pérsico con el Índico; el canal de Suez, que sirve de paso entre el Mediterráneo y el mar Rojo; el de Bab el-Mandeb, entre el mar Rojo y el Índico, y el paso de Malaca, que conecta el Índico con el Pacífico– descansó sobre una premisa simple: ningún actor racional se atrevería a desafiar a la marina estadounidense. Esa premisa ha muerto entre 2023 y 2026, y su certificado de defunción se firmó en el mar Rojo.

En 2023, los hutíes atacaron desde la costa yemení los buques comerciales estadounidenses y británicos en tránsito por Bab el-Mandeb, como una declaración de apoyo a Hamás en la guerra contra Israel. Entonces, las milicias demostraron que un arsenal de drones y misiles baratos bastan para desviar el comercio mundial. No necesitaron hundir ninguna flota: la mera amenaza disparó los seguros marítimos y obligó a las navieras a rodear África, elevando los fletes entre un 200 y un 300 %, y alargando cada viaje entre 10 y 15 días.

Tras los ataques, el canal de Suez –con apenas 313 metros de ancho en sus tramos críticos y por el que transitan unos 12 millones de barriles diarios– vio evaporarse buena parte de su tráfico sin que nadie lo bloqueara físicamente. Las flotillas navales multinacionales desplegadas en la zona, analizadas en detalle por la propia EIA, no lograron restaurar la confianza: la disuasión clásica no funciona contra quien no tiene nada que perder.

La misma lección se proyecta sobre los dos gigantes asiáticos del mapa. Ormuz mueve unos 20 millones de barriles diarios pero Malaca lo supera: 23,2 millones de barriles diarios en el primer semestre de 2025, el 29 % de todo el comercio marítimo mundial de petróleo, apretados en un pasaje de 2,5 kilómetros entre Malasia e Indonesia.

China importa por esa vía cerca del 80 % de su crudo y esa enorme dependencia genera el llamado “dilema de Malaca”.

Los pasos con dueño: donde el riesgo no es un misil, sino una firma

Otro tipo de riesgo está en los pasos controlados por un Estado concreto que puede –legalmente o de facto– condicionar el tránsito de terceros. Esta presión es menos espectacular que un ataque con drones, pero sus efectos pueden ser igual de profundos.

Un caso de manual son los estrechos turcos. La convención de Montreux de 1936 dio a Turquía las llaves del Bósforo y los Dardanelos, únicos accesos al mar Negro, por donde sale el crudo kazajo y ruso hacia el Mediterráneo.

Tras la invasión de Ucrania, Ankara aplicó Montreux con un doble rasero: cerró el paso a los buques de guerra pero lo mantuvo abierto a los petroleros rusos con crudo barato. El estrecho se convirtió en moneda de cambio de la política exterior turca y Europa descubrió que una de sus arterias de importación dependía de la buena voluntad de un socio indispensable e imprevisible.

Menos conocidos son los estrechos daneses –Gran Belt, Pequeño Belt y Øresund–, única salida del Báltico al Atlántico. Por ellos salía alrededor de un tercio de las exportaciones marítimas rusas de crudo, antes de las sanciones económicas a Rusia por la guerra de Ucrania. Aquí no hay Montreux: Dinamarca no puede negar el paso inocente que estipula el derecho marítimo, por el que los barcos de todos los Estados pueden navegar por el mar territorial de otro, siempre que se trate de un paso rápido y sin detenciones. Pero la geografía impone su propio peaje: el Øresund apenas alcanza 8 metros de calado en algunos puntos, lo que veta a los superpetroleros y obliga a Rusia a usar buques más pequeños y costosos.

A esta familia también pertenecen Gibraltar, 14 kilómetros entre Europa y África, y puerta del GNL atlántico hacia el Mediterráneo, y el canal de Panamá, que conecta las costas atlánticas y pacíficas del continente americano y da salida al GNL texano hacia Asia. Panamá añade una vuelta de tuerca: el clima se está convirtiendo en su dueño efectivo. La sequía de 2023-24 en la cuenca del lago Gatún redujo el calado, impuso colas de semanas y demostró que la infraestructura más sofisticada puede ser rehén del ciclo hidrológico. La retórica de la administración Trump sobre “recuperar el canal” hizo el resto: hasta los pasos más institucionalizados vuelven a estar en el mercado de la geopolítica.

El tablero que viene: deshielo, semiconductores y gas africano

La tercera familia no aparece en los manuales clásicos de seguridad energética porque está naciendo ahora mismo. Son los corredores que el cambio climático, la transición energética y la rivalidad entre China y EE. UU. están dibujando sobre el mapa.

El más literal es el Ártico. El deshielo está convirtiendo la Ruta del Mar del Norte, a lo largo de la costa siberiana, en una autopista estacional que podría operar todo el año hacia mediados de siglo, recortando 7 000 kilómetros entre Rotterdam y Shanghai. Rusia lleva una década preparándose con rompehielos nucleares, nuevos puertos y bases militares en la zona, mientras que en su flanco occidental está Groenlandia, con sus tierras raras y su posición dominante, lo que explica el insistente interés de Washington por la isla.Justo debajo, el GIUK Gap (el pasillo entre Groenlandia, Islandia y Reino Unido), que fue la línea antisubmarina de la Guerra Fría, se prepara para una segunda vida como corredor logístico vigilado.

En el otro extremo térmico del planeta, el canal de Mozambique se perfila como la arteria del gas africano: los yacimientos de Mozambique y Tanzania, entre los diez mayores del mundo, empezarán a exportar GNL a gran escala en la segunda mitad de la década, y sus metaneros tendrán que pasar entre la costa africana y Madagascar.

El corredor emergente más inestable no es nuevo en el mapa, sino en su significado: el estrecho de Taiwán. Por sus aguas transitan los petroleros y metaneros que abastecen a Japón, Corea del Sur y el norte de China. Pero también los semiconductores que alimentan la industria mundial y los cables submarinos que sostienen internet. Un conflicto en Taiwán no sería solo un shock energético sino también industrial y digital simultáneo, sin precedente histórico con el que compararlo. Es el único paso del mapa cuyo cierre no admite ruta alternativa que valga.

La garantía de fondo: lo que sostiene el sistema cuando todo falla

Queda una última familia, la menos visible: las piezas que no mueven barriles pero hacen posible que los demás los muevan. Son el seguro del sistema, y como todo seguro, sólo se aprecia cuando hay siniestro:

  1. La pieza militar: Diego García, un atolón de 44 kilómetros cuadrados en mitad del océano Índico, que alberga desde los años setenta una base militar anglo-estadounidense desde la que se puede proyectar poder sobre los pasos de Ormuz, Bab el-Mandeb y Malaca a la vez. La lección es incómoda pero clara: el flujo energético global descansa, en última instancia, sobre infraestructura militar de proyección de poder.

  2. La pieza geográfica: el cabo de Buena Esperanza, que no puede cerrarse al ser mar abierto y que absorbe el tráfico cuando Suez o Bab el-Mandeb fallan. No obstante, cada activación añade dos semanas de travesía y millones de dólares por viaje que acaban en la factura del consumidor.

  3. La pieza industrial: los oleoductos que rodean los estrechos –como el Petroline saudí hacia el mar Rojo (con hasta 7 millones de barriles diarios de capacidad ampliada), el Habshan-Fujairah emiratí que esquiva Ormuz, el Bakú-Tiflis-Ceyhan que evita el Bósforo– son la redundancia planificada del sistema. Pero el sabotaje del Nord Stream, en 2022, mostró que los tubos también se atacan y ninguno puede absorber el volumen completo de los pasos que complementan. La redundancia atenúa la vulnerabilidad; no la elimina.

Leído así, el mapa de los cuellos de botella (chokepoints) es un mapa de poder.
Para los importadores netos de combustibles fósiles, la lección es que diversificar fuentes sin diversificar rutas es hacer la mitad del trabajo: depender de un único corredor equivale a firmar un pagaré geopolítico con vencimiento impreciso.

The Conversation

Enrique Parra Iglesias no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

ref. Más allá del estrecho de Ormuz: los cuellos de botella que pueden hacer tambalear el control de los mares – https://theconversation.com/mas-alla-del-estrecho-de-ormuz-los-cuellos-de-botella-que-pueden-hacer-tambalear-el-control-de-los-mares-287394

¿Por qué se pasea el segundo animal más grande del planeta por la costa mediterránea?

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Victor Gallego Albiach, Investigador Postdoctoral en Fauna Acúatica, Universitat Politècnica de València

Proyecto MysticMED. Imágenes de DRON obtenidas previa autorización del MITECO (SGBTM/BDM/AUTSPP/32/2025)

El mar Mediterráneo alberga algunas de las especies marinas más emblemáticas y de mayor tamaño del planeta. De entre las nueve especies de cetáceos que podemos encontrar en sus costas occidentales, la más grande es el rorcual común (Balaenoptera physalus). Concretamente, es el segundo animal más grande del mundo, solo por detrás de la ballena azul. Puede alcanzar entre 20 y 24 metros de longitud y llegar a pesar alrededor de 70 toneladas de peso.

Durante las últimas semanas, es posible que hayan leído muchas noticias de que se han avistado ballenas (o incluso hayan estado entre los privilegiados que las han visto) cerca de la costa de la Comunidad Valenciana, Murcia y Andalucía.

¿Por qué se producen tantos avistamientos por esta época?

Viaje en busca de comida

El rorcual común es una especie pelágica distribuida por todos los océanos, especialmente en aguas templadas y frías con alta productividad biológica. En el Mediterráneo es el único misticeto que se encuentra presente de forma regular, y constituye una población genéticamente diferenciada de las del Atlántico Norte.

Su alimentación se basa principalmente en pequeños organismos planctónicos, especialmente eufausiáceos (krill), que captura mediante alimentación por filtración o lunge feeding.

En la región mediterránea, el rorcual común realiza desplazamientos estacionales relacionados con la disponibilidad de alimento, un fenómeno normalmente conocido como migración. En el Mediterráneo occidental destaca su presencia en zonas como el Mar de Liguria, el Mar Balear y el Santuario Pelagos.

Rorcual común frente a las costas de Dénia (Alicante). Imágenes de dron obtenidas previa autorización del MITECO (SGBTM/BDM/AUTSPP/32/2025).
Victor Gallego (UPV)

Las costas levantinas y el canal de Ibiza constituyen importantes áreas de paso, donde se observan frecuentemente frente a la costa de la Marina Alta durante la primavera y principios del verano.

Todos esos rorcuales migrantes acaban atravesando el estrecho de Gibraltar para salir en búsqueda de comida a aguas atlánticas. En este sentido, las costas atlánticas de la península ibérica, particularmente Galicia, representan áreas relevantes de avistamiento por su elevada productividad marina.




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Cómo se estudia un animal de 20 metros ¡y en el agua!

El rorcual común presenta una madurez sexual tardía (6-10 años), baja tasa reproductiva (1 cría cada 2-3 años) y elevada longevidad (75-90 años). Estas características limitan la recuperación de sus poblaciones, mermadas por su caza durante el s. XX.

Entre las principales amenazas actuales del rorcual común destacan las colisiones con embarcaciones, la contaminación acústica generada por actividades humanas, y los efectos del cambio climático sobre la distribución de sus presas.

Aunque pueda parecer sencillo, el estudio de las ballenas es un reto para los científicos: son animales que viven en el océano y, a pesar de su gran tamaño, pasan la mayor parte del tiempo sumergidos (no se ven), por lo que detectarlos supone, la mayoría de las veces, un reto extraordinario. Sin embargo, las costas de la Marina Alta (Dénia y Xàbia) nos brindan a los investigadores una oportunidad excelente para estudiar estos animales, ya que es posible detectarlos desde tierra.

El estudio sobre rorcuales en el Proyecto MysticMED combina equipos de observación desde tierra y desde el mar, y la colaboración de estos equipos de trabajo es fundamental para obtener datos de las ballenas en migración.

Desde tierra, un equipo de observadores se sitúa en puntos elevados de la costa. En nuestro caso, lo hacemos desde los acantilados del cabo de San Antonio. Utilizando prismáticos de largo alcance y telescopios terrestres, los llamados spotters (localizadores) registran la presencia de cetáceos, su dirección de desplazamiento, velocidad, comportamiento y distancia aproximada a la costa.

Estas observaciones permiten detectar animales a grandes distancias y coordinar el trabajo con el equipo acuático, que se encuentra en las embarcaciones. Aunque parezca mentira, los spotters son fundamentales para la detección y posterior estudio de estos misticetos. ¡Un 90 % de las ballenas que estudiamos son detectadas por el equipo de tierra! Esto es debido a su posición privilegiada en lo alto de los acantilados.

Desde el mar, un segundo equipo trabaja desde una embarcación de investigación de pequeño tamaño. Una vez localizados los rorcuales, se aproxima siguiendo protocolos que minimizan las molestias a los animales. Desde el barco se realizan fotografías de alta resolución de la aleta dorsal, pero especialmente de la zona dorsal del animal.

Además, para conseguir imágenes aéreas del animal utilizamos drones que, durante las últimas décadas, se han convertido en una herramienta muy valiosa para el estudio de cetáceos. Su uso permite obtener información de alta calidad de forma no invasiva, superando algunas de las limitaciones de las observaciones realizadas desde embarcaciones o desde tierra.




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Alta tecnología aplicada a la conservación de la biodiversidad

En el caso del rorcual común, los drones han permitido observar con precisión los patrones de pigmentación de la cabeza y la región dorsal, especialmente los denominados blaze y chevron. Estas marcas naturales son fundamentales para diferenciar individuos y han permitido elaborar catálogos fotográficos, documentar recapturas y mejorar el conocimiento sobre sus movimientos, uso del hábitat y dinámica poblacional en el Mediterráneo occidental.

Además, el uso de drones permite contabilizar el número exacto de ejemplares si se encuentran migrando en grupo, observar la presencia de madres con crías (que desde embarcaciones son muy difíciles de detectar), e incluso recolectar muestras de soplo simplemente colocando un pequeño recipiente en el dron y acercándolo con precisión a ese soplo, que presenta entre 3 y 4 metros de altura.

Por último, una de las técnicas más avanzadas utilizadas en el estudio de los rorcuales comunes es el marcaje satelital. Esta metodología consiste en la colocación temporal de dispositivos de seguimiento sobre los animales, los cuales transmiten información sobre su posición y movimientos a través de satélites en tiempo real.

Gracias a esta tecnología, es posible conocer con gran precisión las rutas migratorias, las áreas de alimentación y los patrones de uso del hábitat a escalas espaciales y temporales difíciles de estudiar mediante observación directa.

Estos datos contribuyen a identificar áreas de especial importancia para la conservación de la especie, evaluar posibles amenazas derivadas del tráfico marítimo y mejorar la gestión de espacios marinos donde la presencia de rorcuales es frecuente.

¿Qué sabemos hasta el momento… y qué nos falta por saber?

La población mediterránea de rorcual común está genéticamente diferenciada de las poblaciones atlánticas y utiliza de forma habitual áreas de alta productividad del Mediterráneo occidental, como el mar Balear, el Santuario Pelagos o las costas del Garraf. Gracias a técnicas mencionadas, sabemos que hay una población de entre 1 300 y 1 700 individuos, conocemos sus rutas de desplazamiento y la fidelidad de algunos a determinadas zonas.

Sin embargo, todavía se desconocen aspectos fundamentales, como la localización exacta de sus posibles áreas de reproducción, las diferencias migratorias entre sexos y edades, y el grado de intercambio de individuos entre el Mediterráneo y el Atlántico.

Además, es necesario comprender mejor cómo afectarán el cambio climático, el tráfico marítimo, el ruido submarino y otras amenazas a sus movimientos y conservación. Por ello, resulta imprescindible continuar los programas de seguimiento a largo plazo mediante fotoidentificación, drones y marcaje satelital.

The Conversation

El proyecto MysticMED cuenta con el apoyo de la Fundación Biodiversidad del Ministerio para la Transición Ecológica y el Reto Demográfico (MITECO), a través de la cofinanciación del Fondo Europeo de Desarrollo Regional (FEDER).

Maria Giovanna Gavin recibe fondos de el proyecto MysticMED, cuenta con el apoyo de la Fundación Biodiversidad del Ministerio para la Transición Ecológica y el Reto Demográfico (MITECO), a través de la cofinanciación del Fondo Europeo de Desarrollo Regional (FEDER).

ref. ¿Por qué se pasea el segundo animal más grande del planeta por la costa mediterránea? – https://theconversation.com/por-que-se-pasea-el-segundo-animal-mas-grande-del-planeta-por-la-costa-mediterranea-286783