L’intolérance au lactose est en réalité la norme chez l’humain, mais le racisme, le gouvernement des États-Unis et les intérêts commerciaux en ont fait un trouble

Source: The Conversation – France in French (3) – By Hilary Smith, Professor of History, University of Denver


L’ESSENTIEL

  • Chaque organisme assimile le lait différemment et ne pas le digérer est la situation la plus couramment rencontrée à l’échelle mondiale.

  • La consommation du lait est pourtant promue auprès de populations majoritairement intolérantes au lactose, en Asie par exemple.

  • L’« impérialisme alimentaire » des États-Unis depuis l’après-guerre aide à comprendre pourquoi ce qui relève d’une diversité génétique est présenté comme une pathologie.


Quand on souffre d’intolérance au lactose, consommer du lait ou de crème glacée devient un véritable calvaire. Chez certaines personnes, la consommation d’un produit laitier peut entraîner des ballonnements, des nausées et de la diarrhée. Vous en avez peut-être déjà fait l’expérience vous-même. Si c’est le cas, vous considérez peut-être l’intolérance au lactose comme une anomalie plutôt que la norme.

Mais saviez-vous que désormais dans le monde la majorité des gens sont intolérantes au lactose – et que cette pathologie a été inventée dans les années 1960 ?

J’entends déjà votre objection : « Vous voulez sûrement dire “découvert”, et non “inventé” ». Eh bien non. En tant qu’historienne ayant retracé les origines des concepts de la science de la nutrition, j’ai choisi le mot « inventé » à dessein.

L’invention de l’intolérance au lactose

Les différences dans la capacité des individus à digérer le lactose ont attiré pour la première fois l’attention des scientifiques après que les producteurs laitiers étasuniens eurent trouvé un moyen, après-guerre, de se débarrasser d’un excédent de lait. Pour écouler ce qu’ils ne parvenaient pas à vendre, ils se sont tournés vers le gouvernement pour qu’il intervienne. Ce dernier a répondu présent, en rachetant les excédents et en les intégrant dans les cantines scolaires et autres lieux proposant des repas financés par des fonds publics.

Du jour au lendemain, de nombreuses personnes qui n’avaient pas l’habitude de boire du lait se sont mises à en consommer régulièrement, parmi lesquelles figuraient non seulement certains habitants des États-Unis, mais aussi des personnes vivant dans d’autres pays. Une partie de cet excédent laitier a été intégrée aux repas scolaires dans des pays comme le Japon et Taïwan dans les années 1950, pendant la guerre froide, quand le gouvernement étasunien a commencé à vendre du lait à ses alliés.

Photo en noir et blanc d’enfants en uniforme en train de déjeuner à leur table
En 1964, à Taïwan, les élèves de l’école primaire de Longshou prennent pour la première fois un déjeuner fourni dans le cadre de l’aide américaine.
Archives nationales de Taïwan, CC BY-NC-SA

Bon nombre des personnes qui buvaient du lait régulièrement pour la première fois n’appréciaient pas. En effet, cela les rendait malades. Intrigués, les scientifiques menèrent des expériences pour comprendre pourquoi. Dans une étude de 1966 comparant la façon dont les personnes noires et blanches incarcérées à Baltimore métabolisaient le lactose, les chercheurs ont découvert que les participants noirs présentaient des taux plus faibles de lactase – l’enzyme qui décompose le lactose – dans l’intestin.

Pour les scientifiques blancs qui menaient cette étude, les difficultés rencontrées par les détenus noirs pour digérer le lait s’apparentaient à un « défaut inné du métabolisme ». Ils partaient du principe que la tolérance au lactose constituait l’état normal chez l’humain et que les personnes intolérantes au lactose avaient hérité d’une mutation génétique.

Ce n’est qu’après des années supplémentaires de travail auprès de participants à ces recherches issus de nombreuses origines ethniques que les experts ont pris conscience du fait que, comme l’a formulé en 1981 un responsable des Instituts nationaux de la santé (ou NIH, la principale agence fédérale de santé aux USA, ndlr) : « l’intolérance au lactose est un état physiologique normal, commun à tous les animaux adultes, à l’exception de certains groupes ethniques et raciaux chez l’humain ».

Il s’est avéré que ce sont les personnes originaires d’Europe du Nord qui faisaient figure d’exception. Leurs ancêtres leur ont transmis une mutation génétique – précisément celle qui leur permet de digérer le lait après la petite enfance.

En résumé, ce que les scientifiques ont découvert dans les années 1960, c’est que chaque organisme assimile le lait différemment. Ce qu’ils ont inventé, c’est l’idée selon laquelle l’intolérance au lactose est un défaut. Accepter ce cadre de référence reviendrait à considérer que près des deux tiers de la population humaine – soit la prévalence estimée de l’intolérance au lactose dans le monde – présente un défaut.

Au lieu de reconnaître que les régimes sans produits laitiers peuvent être sains, les gens ont imaginé des moyens de surmonter ce prétendu handicap afin que tout le monde puisse en consommer davantage.

Impérialisme alimentaire

L’intolérance au lactose est un exemple de ce que j’appelle l’impérialisme alimentaire : une façon de penser qui considère les régimes alimentaires des Blancs comme la norme et ceux de tous les autres comme une aberration.

L’impérialisme alimentaire était monnaie courante au XXᵉ siècle, à une époque où les scientifiques estimaient que les régimes alimentaires riches non seulement en lait, mais aussi en viande, étaient les meilleurs ; ils considéraient que les régimes alimentaires pratiqués en dehors des États-Unis et de l’Europe étaient trop végétariens. Certains affirmaient également que la farine de blé, et non le riz, devait être l’aliment de base universel.

Ce même préjugé s’appliquait aux corps. Outre une mauvaise digestion du lactose, on reprochait aux personnes non blanches d’autres défaillances, telles que le déficit en aldéhyde déshydrogénase, c’est-à-dire l’incapacité à métaboliser rapidement l’alcool, peut-être plus familièrement connu sous le terme moins technique de « rougissement asiatique ».

Ces différences auraient pu être perçues comme une diversité, juste une autre façon d’être humain. Au lieu de cela, chacune d’entre elles a été considérée comme une déficience.

De nos jours, beaucoup de gens ont hérité de cette façon de penser et l’ont perpétuée sans s’en rendre compte, y compris ceux dont les caractéristiques sont jugées comme des déficiences par ce mode de pensée. En 1959, le directeur du Bureau japonais de la nutrition a déclaré que « les peuples consommateurs de riz », tels que les Japonais, étaient « résignés et passifs » et qu’ils pourraient remédier à cela en imitant les régimes alimentaires occidentaux et en se tournant vers le blé.

Allée d’un supermarché proposant différentes marques de lait
Le lait est omniprésent dans les supermarchés chinois.
Shwangtianyuan/Wikimedia, CC BY-SA

Aujourd’hui, le scientifique le plus en vue qui défend l’idée selon laquelle le « Asian flush » est une maladie est un généticien d’origine taïwanaise qui a créé un consortium de recherche pour étudier « l’enzymopathie humaine la plus répandue au monde »

La Société chinoise de nutrition a placé un grand verre de lait à côté de son Guide alimentaire 2022 – sans tenir compte des estimations selon lesquelles la grande majorité des Chinois Han, le plus grand groupe ethnique de Chine et du monde, sont intolérants au lactose.

Transformer ce qui est présenté comme une maladie en différence

La science qui pathologise la différence contribue à perpétuer le racisme.

Ces dernières années, les suprémacistes blancs ont fait de l’intolérance au lactose un signe distinctif de la « faiblesse » des personnes non blanches. Des utilisateurs des réseaux sociaux ont copié-collé une carte illustrant la répartition géographique de la tolérance au lactose, initialement publiée dans la revue scientifique Nature, dans des fils de discussion racistes sur le forum de discussion en ligne 4chan.

En 2017, des trolls sur Internet ont perturbé une installation artistique antiraciste en scandant des slogans néonazis et en renversant des cruches de lait de manière désordonnée afin de mettre en avant leur identité blanche.

Le fait de transformer une différence dans la digestion du lactose en une carence a davantage contribué à renforcer les discours sur la hiérarchie raciale qu’à améliorer la santé publique. Voici donc une suggestion : si vous aimez consommer des produits laitiers, continuez ; si vous n’aimez pas ça, ne le faites pas – et sachez qu’il n’y a rien d’anormal chez vous.

The Conversation

Hilary Smith ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

– ref. L’intolérance au lactose est en réalité la norme chez l’humain, mais le racisme, le gouvernement des États-Unis et les intérêts commerciaux en ont fait un trouble – https://theconversation.com/lintolerance-au-lactose-est-en-realite-la-norme-chez-lhumain-mais-le-racisme-le-gouvernement-des-etats-unis-et-les-interets-commerciaux-en-ont-fait-un-trouble-290654

Allemagne : les multiples effets du triomphe de l’AfD en Saxe-Anhalt

Source: The Conversation – France in French (3) – By Ed Turner, Reader in Politics, Co-Director, Aston Centre for Europe, Aston University


L’ESSENTIEL

  • Le parti d’extrême droite Alternative für Deutschland est arrivé largement en tête en Saxe-Anhalt, un Land d’Allemagne de l’Est qu’il pourrait gouverner s’il parvient à s’allier au petit parti populiste BSW ou à rallier quelques élus chrétiens-démocrates de la CDU.

  • Ce succès régional reflète une montée en puissance de l’AfD au niveau national face à laquelle les deux grands partis traditionnels, la CDU d’une part et le SPD social-démocrate d’autre part, qui gouvernent aujourd’hui le pays ensemble, peinent à trouver des réponses.

  • Tous les regards se tournent désormais vers les élections du 20 septembre prochain : régionales dans le Land de Mecklembourg-Poméranie-Occidentale et municipales à Berlin. Dans les deux cas, l’AfD espère enregistrer une nouvelle percée.


Du point de vue des partis allemands traditionnels, les élections régionales du 6 septembre dans le Land de Saxe-Anhalt ont donné lieu à des résultats encore plus catastrophiques qu’attendu.

Alternative für Deutschland (AfD, Alternative pour l’Allemagne, extrême droite) a frôlé la majorité absolue avec 43,8 % des suffrages, soit environ quatre points de plus que ce que lui prédisaient les sondages. À l’inverse, l’Union chrétienne-démocrate (CDU), la grande formation de centre droit, s’est effondrée, ne recueillant que 17,2 % des suffrages, contre 37,1 % en 2021.

Avec près de 78 %, la participation a nettement progressé par rapport à 2021 – une hausse qui a surtout profité à l’AfD. Il apparaît que la progression du parti d’extrême droite provient principalement d’anciens abstentionnistes, auxquels se sont ajoutés un nombre important d’électeurs qui votaient auparavant pour la CDU.

La forte polarisation du scrutin – avant l’élection, 41 % des personnes interrogées souhaitaient un gouvernement dirigé par l’AfD tandis que 46 % étaient favorables à un gouvernement conduit par la CDU, laquelle dirigeait le Land depuis 2002 sans discontinuer – a produit quelques effets surprenants. Elle a notamment permis au Parti social-démocrate (SPD) et aux Verts de sauver leur place au Parlement régional. Le SPD et les Verts ont en effet bénéficié de votes de circonstance d’électeurs de la CDU et de Die Linke, désireux de leur permettre de franchir le seuil de 5 % nécessaire pour obtenir des sièges au Parlement régional.

L’AfD avait affirmé qu’elle ne chercherait à gouverner que si elle disposait d’une majorité absolue, ce qui n’est pas le cas, malgré l’ampleur de sa victoire. Elle dispose désormais de plusieurs scénarios pour faire élire son candidat, Ulrich Siegmund, au poste de ministre-président de Saxe-Anhalt. Le plus vraisemblable serait un accord avec le Bündnis Sahra Wagenknecht (BSW), un parti qui associe des positions économiques de gauche à des positions conservatrices sur des sujets comme l’immigration. Le soir même de l’élection, le BSW a reconnu des « convergences » avec l’AfD sur certains sujets et estimé qu’il serait « totalement antidémocratique » d’exclure purement et simplement le parti d’extrême droite du pouvoir.

À défaut, l’AfD pourrait également chercher à obtenir le soutien d’une partie de la CDU. L’élection du ministre-président se fait à bulletins secrets et plusieurs députés de la CDU réélus dimanche plaident depuis longtemps pour une plus grande ouverture à une coopération avec l’AfD.

Un soutien qui traverse toute la société

C’est auprès des catégories populaires que l’AfD a réalisé ses meilleurs scores en Saxe-Anhalt : 59 % chez les ouvriers, 57 % chez les personnes les moins diplômées et 65 % chez celles qui jugent que leur situation économique est mauvaise. Mais le parti obtient également des résultats significatifs chez les diplômés (30 %) et chez les électeurs estimant être dans une bonne situation économique (37 %).

L’AfD dépasse par ailleurs les 40 % dans toutes les classes d’âge, à l’exception des plus de 70 ans (31 %). Elle peut donc véritablement revendiquer le statut de Volkspartei (« parti populaire »), bénéficiant d’un soutien dans toutes les catégories de la population et dans l’ensemble du Land.

Il serait en outre erroné de réduire ce scrutin à la seule question du rapport à l’immigration. Les sondages réalisés à la sortie des urnes montrent que l’immigration a effectivement constitué l’un des principaux facteurs de motivation des électeurs de l’AfD : 91 % d’entre eux se disent très préoccupés par le fait qu’il y ait « trop d’étrangers vivant en Allemagne ». Mais les questions de sécurité et d’économie ont également pesé lourd.

Le scrutin a aussi été marqué par une profonde défiance à l’égard du gouvernement régional : 66 % des électeurs se disent insatisfaits de son action. Mais le gouvernement de Friedrich Merz à Berlin inspire encore moins confiance : 83 % des personnes interrogées estiment qu’il ne s’intéresse pas suffisamment aux problèmes de la population. À peine 20 % des électeurs de Saxe-Anhalt pensent qu’il parviendra à améliorer sensiblement la situation du pays dans les prochaines années.

À ces frustrations, que l’on retrouve dans toute l’Allemagne – mais avec une intensité particulière en Saxe-Anhalt et dans les autres Länder de l’Est – s’ajoute un mécontentement propre aux régions orientales. Ainsi, 73 % des électeurs de Saxe-Anhalt estiment que les Allemands de l’Est sont encore traités comme des citoyens de seconde zone dans de nombreuses situations.

Cette proportion atteint 83 % chez les électeurs de l’AfD. Le parti est parvenu à transformer en votes en sa faveur les frustrations liées à la réunification ainsi qu’une certaine nostalgie de l’ancienne Allemagne de l’Est communiste.

Si l’AfD parvient à former un gouvernement dans le Land de Saxe-Anhalt, son action sera scrutée de près. Dans quelle mesure le parti, que les services de renseignement allemands qualifient d’« extrémiste de droite », pourra-t-il mettre en œuvre son programme radical ?

En cas d’accession au pouvoir, l’AfD cherchera sans doute à passer à l’offensive dans des domaines comme l’éducation, la culture, la sécurité et l’ordre public, ou encore l’audiovisuel public. Ses projets les plus radicaux pourraient toutefois se heurter durablement aux tribunaux. Et chaque fois que les tribunaux ou les autres partis l’empêcheront de mettre en œuvre son programme, elle pourra se présenter comme la victime d’un système politique déterminé à lui barrer la route. C’est un ressort classique de la rhétorique populiste.

Des conséquences politiques qui dépassent la Saxe-Anhalt

Les résultats du 6 septembre fragilisent la position du chancelier Friedrich Merz. Déjà plus impopulaire que tous ses prédécesseurs à ce poste, il ne peut guère espérer bénéficier d’un quelconque regain de popularité à l’issue des élections régionales du Mecklembourg-Poméranie-Occidentale, qui auront lieu le 20 septembre. Ce scrutin apparaît comme un duel entre l’AfD et le SPD.

Le même jour, les élections municipales à Berlin, où le paysage politique est particulièrement fragmenté, pourraient voir la CDU de Merz arriver en tête avec un score relativement faible. Mais une telle victoire ne changerait pas fondamentalement la donne.

Surtout, nombre de députés de la CDU au Bundestag vont désormais réclamer des changements de cap. La plupart devraient plaider pour un virage à droite afin de ne pas laisser le champ libre à l’AfD ; mais il sera difficile de convaincre le SPD, actuel partenaire de coalition de la CDU au niveau fédéral, de donner son aval à une telle politique.

D’autres devraient demander la renégociation de grandes réformes, notamment celle des retraites, qui devrait être annoncée cet automne. Ils feront valoir que la CDU est en train de perdre le soutien des catégories populaires. Une telle orientation entrerait toutefois en contradiction avec le diagnostic de Friedrich Merz sur les mesures nécessaires pour remettre sur les rails une économie allemande actuellement en difficulté.

Une Allemagne ingouvernable ?

Le scrutin de Saxe-Anhalt pose donc une question particulièrement difficile, non seulement à Friedrich Merz, mais à la société allemande dans son ensemble : le pays est-il désormais à ce point fragmenté politiquement qu’il devient presque impossible à gouverner ?

Les coalitions entre partis naturellement compatibles – chrétiens-démocrates et libéraux, ou sociaux-démocrates et écologistes – ne recueilleraient guère plus de 25 % des voix dans une élection fédérale. Les partis traditionnels sont donc contraints de gouverner avec des formations avec lesquelles ils sont en profond désaccord, simplement pour empêcher l’AfD d’accéder au pouvoir.

Ces gouvernements se déchirent, reportent les décisions faute de pouvoir s’accorder, puis finissent par éclater. Et c’est précisément de cette dynamique négative que l’AfD parvient à tirer profit.

The Conversation

Ed Turner bénéficie d’un financement de l’Office allemand d’échanges universitaires (DAAD) et de la Fondation Friedrich Ebert.

– ref. Allemagne : les multiples effets du triomphe de l’AfD en Saxe-Anhalt – https://theconversation.com/allemagne-les-multiples-effets-du-triomphe-de-lafd-en-saxe-anhalt-291470

Comment rendre visible le recours à l’IA générative dans l’édition littéraire, ou le rôle du paratexte

Source: The Conversation – in French – By Stéphanie Parmentier, Chargée d’enseignement à Aix-Marseille Université (amU), docteure en littérature française et professeure documentaliste., Aix-Marseille Université (AMU)

L’autrice états-unienne Sara A. Noé a choisi de faire certifier son roman *Lab Rat* « sans IA » par l’Authors Guild, et l’affiche sur son blog. Sara A.Noé

L’ESSENTIEL

  • Dans le monde littéraire, la question du recours à l’IA se pose de plus en plus.

  • Jusque-là, son usage a été tantôt mis en valeur, tantôt minoré, voire caché, et les maisons d’édition ont commencé à mettre en place des labels – avant l’adoption de l’IA Act, le 2 août dernier, par l’Union européenne.

  • Ces informations « autour » du livre changent la donne et jouent un rôle dans son économie matérielle et symbolique.


Dans beaucoup d’entreprises, l’intelligence artificielle (IA) est devenue une collaboratrice innomée. En France, 18 % des entreprises de 10 salariés ou plus déclaraient utiliser au moins une technologie d’IA en 2025, contre seulement 6 % deux ans plus tôt.

Les maisons d’édition font-elles une exception à ce phénomène ? Le monde du livre en effet n’échappe pas non plus à cette évolution. L’enquête menée par le Syndicat national de l’édition sur l’usage de l’IA et le rapport canadien BookNet 2025 révèlent que les professionnels du livre mobilisent l’IA principalement pour des tâches administratives comme la rédaction de courriels, des synthèses de documents et la production de résumés.

Des solutions comme Insight, développée par Veristage et présentée comme une IA « qui fonctionne comme les éditeurs », permet d’aller plus loin dans le travail éditorial en enrichissant des métadonnées ou en préparant des argumentaires commerciaux. Cette intégration progressive des chatbots est également soulignée par le récent rapport d’information de l’Assemblée nationale consacré aux effets de l’intelligence artificielle sur la création, qui insiste sur la diffusion croissante de ces outils dans l’ensemble des secteurs culturels.

Ces usages différents de l’IA dans les coulisses de l’édition, font rarement l’objet d’une information destinée au public. En revanche, lorsque cet outil intervient dans le processus de création d’une œuvre, les réactions sont toutes autres. Les auteurs utilisant des robots sont en effet vivement invités à mentionner les usages afin d’en informer les lecteurs. L’IA semble ainsi acceptable lorsqu’elle demeure un outil de production éditoriale, mais devient un objet de justification dès qu’elle touche à la création littéraire.

Pour une transparence éditoriale ?

C’est dans ce contexte que des dispositifs de transparence se sont développés dans le milieu éditorial, avec des positions diverses et parfois nuancées.

Depuis 2024, plusieurs initiatives cherchent à rendre visibles les conditions de production des œuvres. Certaines relèvent d’une logique de certification sans IA, en attestant qu’un livre a été réalisé sans recours substantiel à une machine conversationnelle. Plusieurs dispositifs de signalement ont ainsi vu le jour en France comme le label « Création humaine », ou le logo « Garanti sans intelligence artificielle » ou encore les mentions « Fabrication humaine » et « Handmade » utilisées notamment dans l’univers de la bande dessinée.

Aux États-Unis, la certification « Human Authored » crée par l’Authors Guild a vu le jour selon la même dynamique. D’autres, au contraire, s’inscrivent dans une logique de signalement de l’usage de l’IA, en mentionnant explicitement sa présence dans le processus éditorial ou créatif, par exemple au moyen d’un bandeau en couverture ou d’une mention en quatrième de couverture.

Le roman uchronique de Raphaël Doan, Si Rome n’avait pas chuté, fait de l’usage de l’IA un élément visible du dispositif éditorial de son ouvrage. Un bandeau a en effet été rajouté par les éditions Passés Composés, mentionnant : « Le premier livre d’histoire écrit et illustré avec une intelligence artificielle », et le recours à l’IA est aussi mentionné sur la 4e de couverture. Ce choix éditorial n’est pas seulement un geste de transparence. Présenter l’ouvrage comme une « première » en fait aussi un argument de vente, l’IA devenant ici un vecteur de visibilité médiatique autant qu’une information destinée au lecteur.

À l’inverse, le roman Tokyo Sympathy Tower de l’autrice japonaise Rie Kudan qui a reconnu avoir utilisé l’IA pour écrire ce roman, ne porte aucune mention IA dans sa traduction française publiée aux Éditions Denoël, ni sur leur site.

Dans l’auto-édition, deux logiques opposées coexistent. Librinova affiche un label visible dans leur publication ainsi que sur leur site Internet puisque cette structure est à l’initiative du label « Création humaine », quand Amazon sur Kindle Direct Publishing (KDP) impose une déclaration obligatoire depuis 2023, sans que cette information soit nécessairement visible du lecteur au moment de l’achat.

Cette diversité des pratiques montre que la question ne porte pas uniquement sur la présence ou l’absence d’une information, mais également sur la manière dont elle est rendue visible. L’information n’est pas simplement ajoutée au livre, elle est mise en scène, parfois valorisée, ou au contraire tenue à distance. Tous les professionnels du livre ne choisissent ni le même support, ni le même degré d’exposition. Il n’existe donc pas aujourd’hui un modèle unique de transparence, mais plusieurs stratégies éditoriales de visibilité.

Cette diversité est d’autant plus intéressante que les recherches montrent que la simple présence d’une mention relative à l’IA modifie les jugements d’authenticité, de créativité et parfois même l’intention d’achat des lecteurs. Autrement dit, le sens d’une œuvre ne se construit pas uniquement dans le texte. Les informations qui l’entourent participent elles aussi à son interprétation et à son évaluation.

Cette recherche de transparence dépasse d’ailleurs le seul secteur de l’édition. Elle s’inscrit dans un mouvement plus large de normalisation des usages de l’IA.

Depuis le 2 août 2026, les obligations de transparence prévues par l’article 50 du règlement européen sur l’IA imposent de signaler les contenus générés ou manipulés par un robot afin de limiter les risques de tromperie et de renforcer la confiance des utilisateurs. Si ces dispositions ne concernent pas le secteur du livre en particulier et n’imposent pas un étiquetage des ouvrages, les initiatives éditoriales s’inscrivent elles aussi dans cette dynamique de transparence auprès des usagers. Il est toutefois légitime de se demander si une littérature créée en tout ou partie par une IA n’est pas susceptible d’intéresser un nouveau lectorat au même titre que certains jeux vidéos produits par des robots ont pu enthousiasmer une partie du public.

Vers un paratexte amendé

Cette évolution fait écho aux propos de Gérard Genette dans Seuils, publié dès 1987. Celui-ci rappelait que « les voies et les moyens du paratexte se modifient sans cesse selon les époques, les cultures, les genres, les auteurs, les œuvres, les éditions d’une même œuvre, avec des différences de pression parfois considérables ».

Pour Genette, un livre ne commence jamais à la première phrase. Il commence avec son titre, son nom d’auteur, sa couverture, sa collection, sa préface ou sa quatrième de couverture, autant d’éléments qui orientent déjà l’interprétation avant même l’entrée dans le texte. Et si l’IA était précisément en train d’actualiser les catégories d’informations autour du texte ?

Les labels, les bandeaux, les mentions en quatrième de couverture ou les déclarations d’auteur ne seraient alors plus uniquement des dispositifs de transparence. Ils pourraient constituer les premières manifestations d’un paratexte amendé. La question ne serait donc plus seulement de savoir s’il faut signaler l’usage de l’IA, mais où cette information doit prendre place dans le livre, et comment elle transforme la lecture.

Cette hypothèse ouvre un chantier encore largement inexploré. Si plusieurs travaux analysent désormais les effets des labels sur la perception des œuvres, très peu interrogent leur inscription dans l’économie matérielle et symbolique du livre. Où les éditeurs choisissent-ils de rendre visible l’IA ? Quels dispositifs privilégient-ils ? Et surtout, quelles fonctions ces nouvelles mentions remplissent-elles ? Ne servent-elles qu’à informer ou participent-elles également à reconstruire la confiance des lecteurs dans un contexte où les conditions de production des œuvres deviennent de plus en plus difficiles à identifier ?

Dans cette perspective, il pourrait être sain de préciser l’identité de l’IA utilisée. La même exigence devrait aussi s’appliquer aux correcteurs ou aux infographistes, jamais nommés à ce jour, contrairement aux traducteurs. L’enjeu dépasse donc la seule question de la transparence. En rendant visible (ou au contraire invisible) le recours à l’IA, les éditeurs ne se contentent pas d’ajouter une information au livre. Ils contribuent à redéfinir les médiations qui entourent l’œuvre et, peut-être, à faire émerger une nouvelle catégorie de paratexte.

The Conversation

Stéphanie Parmentier ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

– ref. Comment rendre visible le recours à l’IA générative dans l’édition littéraire, ou le rôle du paratexte – https://theconversation.com/comment-rendre-visible-le-recours-a-lia-generative-dans-ledition-litteraire-ou-le-role-du-paratexte-288736

Négociations de libre-échange et culture : que signifie le double discours du gouvernement fédéral ?

Source: The Conversation – in French – By Mariane Bourcheix-Laporte, Postdoctoral Fellow, Communication Studies and Media Arts, McMaster University

Ces dernières semaines, le gouvernement Carney a pris des positions en apparence contradictoire quant à la protection et la promotion de la culture canadienne. D’une part, après des années d’efforts pour légiférer et réglementer la diffusion en ligne, le gouvernement a mis la hache dans les redevances imposées aux plates-formes numériques étrangères qui opèrent au Canada dans le but de favoriser les négociations commerciales avec les États-Unis.

Puis, coup de théâtre, on a mis fin aux mêmes négociations en arguant que les concessions demandées sur la souveraineté culturelle et linguistique canadienne seraient insoutenables, notamment l’assouplissement des règles imposées aux grandes plates-formes de diffusion visant à accroître la visibilité du contenu canadien de langue française.

Comment expliquer ce double discours du gouvernement fédéral ? Bien que paradoxal, celui-ci exemplifie le dilemme que représente l’exercice de la souveraineté culturelle à l’ère du libre-échange.




À lire aussi :
L’abolition des redevances pour les plateformes de diffusion en ligne : vers un démantèlement de notre écosystème culturel ?


Gains et concessions

Le double discours du gouvernement fédéral en matière de souveraineté culturelle ne date pas d’hier.

Le début des négociations de l’Accord général sur le commerce des services (AGCS) en 1986, auxquelles plus de 120 pays ont participé, marque l’intégration des services, en plus des biens, dans les accords de libre-échange.

Bien que l’AGCS ne soit entré en vigueur qu’en 1995, la libéralisation du commerce impliquant les industries culturelles s’est retrouvée dans la ligne de mire des États-Unis lors des négociations de l’Accord de libre-échange entre le Canada et les États-Unis conclu en 1987, précurseur des accords subséquents entre le Canada, les États-Unis et le Mexique.

Par définition, les accords de libre-échange demandent aux pays impliqués de faire des concessions parfois cruciales dans certains secteurs afin de faire des gains ailleurs. Ainsi, en entamant des négociations pour un accord de libre-échange, un pays compromet de facto sa capacité à exercer une souveraineté absolue. La capacité du Canada à exercer pleinement sa souveraineté culturelle se trouve ainsi brimée à certains égards depuis l’entrée en vigueur de l’Accord de libre-échange entre le Canada et les États-Unis.

Par exemple, dans le cadre des négociations l’Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM) le Canada a dû modifier la Loi sur le droit d’auteur afin de prolonger sa durée de 50 ans à 70 ans après le décès d’un auteur, après quoi l’œuvre se retrouve dans le domaine public. Ce changement a été fait à la demande des États-Unis.

Cet exemple montre comment les négociations commerciales peuvent mener à des changements législatifs qui ne sont pas directement liés aux accords commerciaux, mais qui ont un impact sur les créateurs d’ici et sur l’accès aux contenus canadiens.

Depuis l’Accord de libre-échange entre le Canada et les États-Unis, le Canada a en partie protégé le secteur culturel en le soustrayant des accords de libre-échange via le principe de « l’exemption culturelle ». Ainsi, le Canada a pu conserver continuer d’appliquer des politiques culturelles protectionnistes, comme l’imposition de quotas pour les contenus canadiens radiodiffusés. Mais cette exemption inclut une clause nonobstant qui prévoit que les États-Unis peuvent mettre en place des représailles commerciales en réponse à des mesures favorisant les industries culturelles canadiennes.

Un enjeu existentiel

Pour le Canada, l’enjeu de la souveraineté culturelle est de taille étant donné que la majorité de la population vit à proximité de la frontière américaine et parle l’anglais.

Depuis l’introduction de la première Loi sur la radiodiffusion en 1932, qui ne concernait alors que la radio, la réglementation de la radiodiffusion, l’un des principaux piliers de la politique culturelle canadienne, a eu comme objectif de faire contrepoids à l’influence de la culture américaine et de faire la promotion de l’identité et d’une culture canadiennes communes d’un océan à l’autre.

Aujourd’hui, la protection et la promotion du français et de la culture canadienne dans toutes ses déclinaisons, y compris les cultures autochtones, demeurent un enjeu existentiel pour l’état nation canadien.

Les changements apportés à la Loi sur la radiodiffusion suite à l’entrée en vigueur de la Loi sur la diffusion continue en ligne en 2023, élargissent le mandat du système canadien de radiodiffusion en matière de promotion de la diversité culturelle, et de soutien aux contenus culturels francophones et autochtones par l’entremise de financement ciblé et de mesures favorisant la découvrabilité des contenus.

La valorisation des cultures minoritaires et des langues autres que l’anglais s’aligne plus globalement avec un mouvement mondial chapeauté par l’Unesco pour la promotion de la diversité culturelle. Le Canada a notamment adhéré à la Convention sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles en 2005, mais les États-Unis font partie des rares pays membres à ne pas y avoir adhéré.

La ligne rouge a été tracée

Malgré elle, la culture canadienne se trouve prise entre l’arbre et l’écorce lors des négociations de libre-échange avec les États-Unis. D’une part, on tente d’assurer la spécificité identitaire, culturelle, et linguistique du Canada et, d’autre part, on essaie de tenir tête à la puissance commerciale américaine, qui cultive depuis des décennies son hégémonie culturelle et technologique.


Déjà des milliers d’abonnés à l’infolettre de La Conversation. Et vous ? Abonnez-vous gratuitement à notre infolettre pour mieux comprendre les grands enjeux contemporains.


Le gouvernement Carney a fait des concessions importantes en éliminant la taxe sur les services numériques et en demandant au CRTC de revoir la contribution des plates-formes de diffusion en ligne au système de radiodiffusion canadien. Le secteur culturel a décrié ces mesures qui constituent un recul important pour la sauvegarde de la culture et des industries culturelles canadiennes.

Ces concessions ne créent pas seulement un déficit dans le financement des industries culturelles, elles témoignent d’un autre recul dans l’exercice de la souveraineté culturelle canadienne. Un mal pour un bien ? En considérant le raisonnement historique des politiques culturelles canadiennes, on comprend pourquoi une ligne rouge a été tracée lorsque les concessions demandées posaient un risque existentiel pour le Canada.

La Conversation Canada

Mariane Bourcheix-Laporte ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

– ref. Négociations de libre-échange et culture : que signifie le double discours du gouvernement fédéral ? – https://theconversation.com/negociations-de-libre-echange-et-culture-que-signifie-le-double-discours-du-gouvernement-federal-290778

Avec Yoda, la France se prépare à défendre ses intérêts en orbite

Source: The Conversation – in French – By Philippe Steininger, Conseiller militaire du président du CNES, Centre national d’études spatiales (CNES)

Les satellites Yoda (ici, représenté par une vue d’artiste) seront les premiers dispositifs européens de défense spatiale. CNES, Fourni par l’auteur

L’ESSENTIEL

  • L’espace est devenu un nouveau lieu de conflictualité, au vu de l’importance stratégique des satellites civils comme militaires.

  • Le programme Yoda, du Commandement de l’espace, doit lancer d’ici à 2030 les deux premiers satellites patrouilleurs-guetteurs français.

  • Ces démonstrateurs technologiques seront ensuite suivis de satellites complètement opérationnels.


Dans l’espace, la France peut compter sur Yoda pour défendre ses satellites. Et non, il ne s’agit pas du personnage vert à grandes oreilles de Star Wars !

Yoda (acronyme des « yeux en orbite pour un démonstrateur agile ») désigne un système spatial, et force est de constater que ce système n’est pas sans rappeler le sympathique personnage de George Lucas. Il partage, en effet, avec le héros sa petite taille et sa raison d’être, qui est d’entraver les menaces dans l’espace au maintien de la paix.

L’espace, nouveau lieu de conflictualité

En 2018, la ministre des armées Florence Parly rend pour la première fois publique l’existence de manœuvres, qu’elle qualifie d’inamicales, exécutées par un satellite russe à proximité d’un satellite gouvernemental franco-italien. Ce discours, prononcé sur le site du Centre national d’études spatiales (Cnes) à Toulouse, a marqué les esprits, car, pour la première fois, une autorité française présentait publiquement l’espace extra-atmosphérique comme un lieu de confrontation stratégique en dénonçant nommément les agissements d’un pays.

Un an plus tard, la Stratégie spatiale de défense était publiée, marquant pour la France une rupture stratégique puisqu’elle affiche désormais son intention de défendre ses intérêts dans l’espace, y compris de manière active.

Était alors créé, fin 2019, le Commandement de l’espace (CDE), unité militaire chargée de cette mission ambitieuse. Depuis, on ne compte plus les informations confirmant que l’espace n’est plus un sanctuaire, mais bien un « champ de bataille », comme l’a qualifié Emmanuel Macron fin 2025 à l’occasion de la mise en place du CDE dans sa nouvelle infrastructure toulousaine. Le ton s’est même singulièrement durci par rapport à 2018, le chef de l’État pointant dans son propos des actions « irresponsables, illégales, voire hostiles » conduites par « des puissances d’agression ».

De fait, des opérations visant des infrastructures spatiales au sol ou en orbite sont régulièrement observées : cyberattaques, espionnage de satellites par un autre satellite, brouillage ou leurrage. Sans être orientées vers un acteur en particulier, des démonstrations d’un potentiel offensif clairement établi font partie du tableau.

Ce fut le cas, par exemple, en janvier 2022, lorsqu’un satellite chinois, après avoir agrippé un autre satellite de même nationalité en panne sur l’orbite géostationnaire, l’a propulsé sur une orbite beaucoup plus haute. En orbite basse, on a aussi pu observer ces dernières années des satellites russes libérer des objets, parfois à très grande vitesse, ce qui fait penser à une « torpille spatiale ».




À lire aussi :
Comment la Russie s’approche des satellites européens pour capter leurs communications


Le niveau de menace dans l’espace extra-atmosphérique s’est donc clairement accru, alors que les systèmes spatiaux occupent une place toujours plus grande dans le fonctionnement de nos sociétés et les opérations militaires. C’est dans ce contexte qu’est développé, depuis 2021, le programme Yoda.

Patrouiller en orbite

L’objectif poursuivi dans le programme Yoda est triple. D’une part, il s’agit de démontrer une capacité de surveillance et de manœuvre dans l’espace à proximité d’objets non coopératifs au voisinage de l’orbite géostationnaire, là où se trouvent les satellites de télécommunications, qui restent constamment au-dessus du même point de la surface terrestre. Ensuite, Yoda doit permettre aux armées de s’entraîner aux opérations d’action dans l’espace et, enfin, d’élaborer pour celles-ci un concept d’emploi.

Yoda agira donc en tant que guetteur, c’est-à-dire qu’il surveillera l’environnement d’un satellite à protéger afin de détecter et de caractériser le cas échéant les approches hostiles, mais aussi en tant que patrouilleur sur l’orbite géostationnaire afin de collecter et de transmettre des informations sur les satellites qui s’y trouvent.

Yoda, qui est un démonstrateur technologique, devra ainsi réaliser des tâches de surveillance de l’orbite géostationnaire, de détection et de poursuite d’objets, d’inspection en orbite et de simulation d’actions de défense active. Dans cette perspective, le système Yoda est constitué de deux petits satellites identiques de quelques dizaines de kilogrammes chacun, l’un jouant le rôle de cible pour l’autre.

Pour réaliser le projet Yoda, le Cnes agit pour le compte du ministère des armées en maître d’ouvrage délégué et en maître d’œuvre système. Il fournit en outre la charge utile des satellites réalisés sous maîtrise d’œuvre industrielle de la société Hemeria, spécialiste des petites plateformes orbitales. La notion de souveraineté étant placée au cœur du développement du système, les solutions techniques retenues sont développées au niveau national ou européen.

Il faut enfin souligner les contraintes techniques imposées par le choix de l’orbite géostationnaire pour déployer Yoda, cette orbite étant distante de 36 000 kilomètres de la Terre et présentant un environnement plus agressif que les orbites basses situées à quelques centaines de kilomètres de la Terre du fait d’un niveau élevé de radiations solaires.

Les premiers satellites de défense en Europe

Yoda est donc un projet techniquement ambitieux, développé pour démontrer la maîtrise par notre pays d’une mission complexe et exigeante, qui n’a encore jamais été réalisée à ce stade en Europe.

En parallèle, le ministère des armées s’est tourné en 2025 vers l’industrie française pour acquérir un satellite d’inspection et de surveillance de l’orbite géostationnaire au profit du CDE, afin de préparer celui-ci aux opérations d’action dans l’espace. Il s’agit du programme Paladin, mentionné dans la loi d’actualisation de la loi de programmation militaire en cours, qui prévoit qu’un satellite commercial sera utilisé à partir de fin 2027 pour conduire des manœuvres de proximité autour d’objets passifs désignés depuis le sol.

Yoda devrait être en orbite avant la fin de la décennie. Dans un premier temps, le Cnes et le CDE opéreront celui-ci ensemble, puis le CDE sera autonome dans la conduite des opérations de routine, tout en bénéficiant du soutien du Cnes pour certaines tâches spécifiques requérant un fort niveau d’expertise.

Après Yoda viendront d’autres systèmes orbitaux plus évolués et véritablement opérationnels, qui permettront aux armées de détecter les menaces dans l’espace, de les attribuer et, le cas échéant, de les contrer afin de préserver nos intérêts. Ils seront complétés par des capacités d’action du sol vers l’espace à base de lasers et de brouilleurs haute puissance, la France écartant à ce stade l’idée d’employer des missiles intercepteurs compte tenu des débris spatiaux que ceux-ci sont susceptibles de produire en impactant leur cible. Comme l’a souligné le président de la République dans son discours à Toulouse, fin 2025 :

« La guerre de demain commencera dans l’espace. Soyons prêts. Ce sera une condition du succès des opérations militaires à terre, dans les airs et dans les mers. »

The Conversation

Philippe Steininger est chercheur associé à l’IRIS (Institut de relations internationales et stratégiques) et siège au conseil d’administration de la FRS (Fondation pour la recherche stratégique). Il est le conseiller militaire du président du CNES, agence qui développe le programme YODA.

– ref. Avec Yoda, la France se prépare à défendre ses intérêts en orbite – https://theconversation.com/avec-yoda-la-france-se-prepare-a-defendre-ses-interets-en-orbite-291186

Souveraineté technologique : ce que le spatial européen nous apprend de nos dépendances

Source: The Conversation – in French – By Mathilde Aubry, Enseignant-chercheur en économie, EM Normandie


L’ESSENTIEL

  • Les satellites sous-tendent toujours davantage d’activités humaines. Pour certains secteurs, comme la défense, notre dépendance à des services spatiaux constitue une vulnérabilité.

  • Pour mieux la contrôler, certains appellent à une souveraineté technologique, souvent assimilée à une autonomie totale de chaque pays vis-à-vis des autres.

  • Étant donné les coûts et les compétences associés au domaine spatial, la souveraineté devrait être pensée comme une capacité à organiser les interdépendances sans perdre sa liberté d’action.


« Nous nous devons d’être souverains sur l’ensemble du continuum aérospatial, c’est-à-dire depuis les couches basses de l’atmosphère jusqu’à l’espace, en passant par la très haute altitude. »

– Emmanuel Macron, président de la République française, lors de l’inauguration officielle du Commandement de l’espace à Toulouse et de la présentation de la Stratégie nationale spatiale, le 12 novembre 2025.

Navigation, météorologie, observation de la Terre ou communications sécurisées : l’Europe dépend de services spatiaux devenus essentiels. Mais la fourniture de ces services repose sur des compétences, des infrastructures et des financements répartis entre plusieurs pays, européens et non européens.

Cette interdépendance révèle un paradoxe : dans le domaine spatial, la souveraineté technologique ne consiste pas à supprimer toute dépendance, mais à identifier les plus critiques et à préserver sa capacité d’action.

Le spatial, infrastructure critique de nos sociétés

Le domaine spatial regroupe les infrastructures (lanceurs, satellites, stations au sol et systèmes de contrôle) et les briques technologiques (composants électroniques, équipements embarqués et logiciels) qui permettent d’accéder à l’espace et d’y conduire des opérations. Ces systèmes fournissent des données et des services essentiels au positionnement, à la navigation et à la synchronisation, à l’observation de la Terre, à la météorologie et aux télécommunications.

Ces services sont souvent invisibles. Par exemple, les horloges atomiques de Galileo fournissent ainsi une référence temporelle qui synchronise les réseaux de télécommunications et d’énergie et permet aux banques et aux places boursières d’horodater leurs opérations. En situation de crise, le service européen de gestion des urgences provoquées par des événements naturels extrêmes mobilise les données produites par les satellites Sentinel pour cartographier les zones touchées par les incendies, les inondations ou les séismes afin d’appuyer les autorités de protection civile.

À mesure que ces services spatiaux deviennent indispensables au fonctionnement de nos économies, leur interruption est susceptible de produire des perturbations en cascade, révélant de nouvelles vulnérabilités et… justifiant en retour le développement de capacités de résilience à l’échelle des utilisateurs, des organisations et des infrastructures.

L’Agence spatiale européenne (ESA) souligne ainsi qu’une attaque peut viser simultanément les satellites et les systèmes terrestres dont dépend leur fonctionnement. La résilience suppose, dès lors, de protéger les différents maillons de cette chaîne, d’introduire des redondances et de prévoir des solutions de remplacement permettant de maintenir ou de rétablir le service.

Toutes les dépendances ne présentent pas le même degré de vulnérabilité

Les travaux de recherche sur l’interdépendance asymétrique montrent ainsi que le contrôle d’un nœud central peut devenir une source de pouvoir. Par exemple, un équipement disponible auprès de plusieurs fournisseurs n’expose pas au même risque qu’un composant sans substitut.

Ainsi, lorsqu’un partenaire contrôle une ressource, une infrastructure ou une compétence difficilement substituable, tandis qu’il peut lui-même supporter plus aisément une interruption de la relation, l’asymétrie qui en résulte lui confère un pouvoir potentiel.

La criticité d’une dépendance peut ainsi être appréciée à partir de trois questions : la ressource est-elle indispensable ? Existe-t-il une solution de remplacement ? Combien de temps faudrait-il pour l’activer ? Une dépendance devient stratégique lorsqu’elle peut bloquer la chaîne sans qu’une alternative soit mobilisable dans un délai acceptable.

Une autonomie construite par l’interdépendance

Deux programmes européens, Ariane 6 et Galileo, permettent d’illustrer la complexité des chaînes de valeur ainsi que la diversité des relations d’interdépendance au sein de l’écosystème spatial européen.

Dans le programme Ariane 6, les accords conclus entre 13 États organisent la répartition de la fabrication des composants entre des industriels européens, dont certains ne sont pas membres de l’Union européenne (Norvège et Suisse). Cette organisation industrielle réunit une masse critique scientifique, financière et productive, mais impose de coordonner budgets, calendriers, interfaces techniques et responsabilités opérationnelles.

Le programme Galileo montre la même logique pour un service opérationnel : la Commission européenne finance et pilote le programme, l’ESA conduit le développement technique et l’European Union Agency for the Space Programme (EUSPA) supervise les services. Pour la deuxième génération de Galileo, Airbus et Thales Alenia Space construisent les satellites, tandis que les centres de contrôle et les industriels du segment sol sont répartis dans plusieurs pays.

Cette division du travail implique de faire coopérer des entreprises qui restent concurrentes sur d’autres marchés. Le cas de Galileo montre ainsi comment l’ESA peut jouer un rôle de tiers pour organiser cette coopétition et permettre le partage des connaissances nécessaires au projet tout en protégeant les compétences stratégiques des industriels) et comment elle fabrique une capacité européenne qu’aucun État ne pourrait aisément reproduire seul.

Il serait pourtant excessif d’en conclure que toute coopération renforce mécaniquement la souveraineté. Une coopération peut notamment créer des points de blocage si un composant, une infrastructure ou une décision, reste contrôlé par un partenaire unique. Elle n’est d’ailleurs jamais acquise : dans les industries technologiques complexes, comme les semi-conducteurs, la stabilité de la coopération dépend des intérêts et des stratégies des différents acteurs.

La contribution d’une coopération à la souveraineté dépend donc de la possibilité de décider de l’adaptation, du maintien ou du remplacement des ressources critiques dans des délais acceptables.

Gouverner les dépendances plutôt que promettre l’autosuffisance

La recherche sur le concept de technology sovereignty invite à concevoir la souveraineté moins comme un état que comme une capacité d’organisation.

Ces enjeux sont aujourd’hui au cœur des recherches sur la souveraineté technologique et les politiques d’innovation, qui interrogent notamment les stratégies permettant de gouverner et de sécuriser les technologies critiques. Dans ce cadre, analyser les interdépendances qui structurent le secteur spatial européen est indispensable pour identifier ses vulnérabilités et organiser sa gouvernance.

Cela suppose, d’abord, de cartographier les dépendances qui traversent la chaîne de valeur spatiale, depuis l’accès aux composants électroniques et aux capacités de lancement jusqu’à la maîtrise des fréquences, des stations au sol, des logiciels de contrôle, des données et des compétences d’intégration.

Elle exige, ensuite, de distinguer ce qui peut être mutualisé de ce qui doit rester sous contrôle étroit parce qu’il conditionne l’autonomie de décision ou la continuité d’un service essentiel.

L’innovation ouverte recompose les dépendances

L’innovation ouverte repose sur une circulation accrue des connaissances et des technologies entre les frontières des organisations, en associant notamment entreprises, acteurs publics et laboratoires de recherche. Dans le secteur spatial, la généralisation des pratiques d’innovation ouverte impliquant des acteurs privés et publics permet de mutualiser les compétences, de partager les coûts et d’accélérer l’expérimentation. Elle rend cependant plus difficile l’arbitrage entre les ressources qui peuvent être partagées et celles qui doivent rester sous contrôle étroit : plus les acteurs impliqués sont nombreux, plus la maîtrise des technologies, des données et des compétences critiques est distribuée.

La constellation sécurisée IRIS² illustre cette architecture en Europe : financements de l’Union européenne, des États, de l’ESA et du secteur privé doivent soutenir des services gouvernementaux et commerciaux.

Dans cette optique, un acteur public peut orienter un écosystème d’innovation en définissant des objectifs et en finançant les phases de développement caractérisées par les risques technologiques les plus élevés. La commande publique complète ces instruments en créant une demande initiale susceptible de réduire l’incertitude commerciale et d’offrir de premiers débouchés aux entreprises innovantes. Lorsque les acteurs privés prennent une place croissante dans le développement des technologies, la capacité publique d’orientation ne repose plus sur la maîtrise directe des moyens de production. Elle dépend alors davantage des règles, des financements et des dispositifs de gouvernance par lesquels l’acteur public organise l’écosystème.

La souveraineté ne se confond donc ni avec l’autarcie ni avec la suppression de toute dépendance, mais désigne plutôt la capacité à organiser les interdépendances sans perdre sa liberté d’action.

L’enjeu pour le spatial européen n’est pas de choisir entre indépendance et coopération, mais de créer les conditions dans lesquelles la coopération demeure compatible avec une capacité collective de décision et d’action.

The Conversation

Didier Lebert a reçu des financements de l’Agence Innovation de Défense.

Pierre Barbaroux a reçu des financements de la part de l’Agence Innovation Défense (AID).

Angélique Chassy, Hugo Peter, Mathilde Aubry et Patricia Baudier ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur poste universitaire.

– ref. Souveraineté technologique : ce que le spatial européen nous apprend de nos dépendances – https://theconversation.com/souverainete-technologique-ce-que-le-spatial-europeen-nous-apprend-de-nos-dependances-291106

Restauration des parcours en Afrique de l’Est : pourquoi les éleveurs doivent être au cœur des politiques

Source: The Conversation – in French – By Sougueh Cheik, Docteur en sciences de l’environnement (sciences du sol) et chercheur au Centre d’Étude et de Recherche de Djibouti (CERD), Institut de recherche pour le développement (IRD)

La dix-septième Conférence des Parties à la Convention des Nations unies sur la lutte contre la désertification, réunie à Oulan-Bator, la capitale de la Mongolie, du 17 au 28 août, a accordé aux parcours et aux éleveurs une visibilité rare. Mais financer davantage leur restauration ne suffira pas.

Les parcours, ces espaces pâturés naturels ou semi-naturels, couvrent 54 % de la surface terrestre, font vivre environ deux milliards de personnes et sont gérés par quelque 500 millions de pasteurs.

En Afrique de l’Est, ils fournissent l’essentiel de la ressource fourragère des systèmes d’élevage. Ils reçoivent pourtant moins d’investissements que les forêts, faute d’une évaluation crédible de leur valeur économique.

Un malentendu doit d’abord être levé. La désertification ne désigne pas l’avancée d’un désert. Elle constitue la perte de productivité de terres habitées, dans les zones sèches, sous l’effet de divers facteurs, dont le climat et les usages. Les politiques de restauration ne sont donc jamais de simples opérations techniques. Elles reposent sur un modèle de fonctionnement des écosystèmes, et ce modèle détermine leurs résultats.

Chercheur en sciences du sol et en agro-pédologie, j’ai étudié la dégradation des terres et la restauration des sols dans les milieux arides et semi-arides. J’examine les conditions nécessaires pour que la restauration des parcours pastoraux en Afrique de l’Est soit réellement efficace et adaptée aux réalités des éleveurs.

Une restauration qui dégrade

La plaine de Hanlé, au sud de Djibouti, en fournit une illustration. Nos observations y portent sur l’un des principaux sites cartographiés avec l’appui technique de la FAO. Les abords de plusieurs points d’eau s’y ferment sous l’effet de Prosopis juliflora.

Cet arbuste envahissant forme des fourrés denses autour de ressources qui commandent l’ensemble du circuit de pâturage. Il encercle les Vachellia tortilis, ces acacias qui fournissent au troupeau l’ombrage et une part du fourrage. Or il a été planté à grande échelle pour reboiser et lutter contre la désertification.

Une solution de restauration écologique peut ainsi devenir un facteur de dégradation lorsque le modèle qui la guide ignore le fonctionnement d’un système pastoral. Trois conditions permettraient d’éviter la répétition de telles erreurs en Afrique de l’Est.

Le droit d’usage, condition de l’investissement

La première condition est foncière. Une restauration pastorale a peu de chances de se maintenir lorsque les droits d’usage restent incertains. La capacité à traiter les zones envahies dépend en effet de la reconnaissance de ceux qui en détiennent l’usage.

En Tanzanie, où les parcours couvrent près des trois quarts du territoire, la planification foncière conduite village par village rendait difficile le pâturage au-delà des limites administratives. Le dispositif mené avec l’Institut international de recherche sur l’élevage a répondu par deux instruments.

Une planification conjointe, où plusieurs villages délimitent ensemble les aires qu’ils partagent, et des certificats collectifs de droits coutumiers d’occupation délivrés à une association d’éleveurs. Quatre villages ont ainsi sécurisé une aire commune de 30 000 hectares.

La sécurisation foncière ne règle pas tout. Une étude publiée dans Scientific Reports n’observe aucune réduction de la progression du sol nu dans les zones passées sous certificat collectif. Ces titres délimitent des aires de pâturage sans fixer de règles de conduite à l’intérieur. Les parcours fonctionnent par superposition de droits, une aire pâturée en saison sèche par les uns et en saison des pluies par les autres. La délimitation risque de figer ces usages.

Un choix scientifique et politique

La deuxième condition porte sur ce que l’on mesure. Les travaux réunis par la Convention montrent que les éleveurs répondent à une ressource fourragère instable en déplaçant leurs troupeaux. Les mêmes relevés de biomasse ont pourtant servi à défendre l’inverse.

Dans les années 1970 et 1980, ils étaient lus à travers la notion de capacité de charge, soit le nombre d’animaux qu’un territoire est censé nourrir durablement. On en concluait qu’il y avait trop de bétail. Les travaux réunis en 1993 sous le titre Range ecology at disequilibrium ont montré que ce modèle s’appliquait mal aux savanes africaines.

Les trois sous-indicateurs retenus pour mesurer la dégradation portent sur l’occupation des terres, la productivité et le carbone organique du sol. Ces mesures renseignent sur la biomasse produite, non sur celle que le troupeau peut prélever.

Une invasion ligneuse, c’est-à-dire la prolifération d’arbustes au détriment du couvert herbacé, accroît ainsi le couvert végétal et la productivité estimée par télédétection. Le cas de Hanlé, où cette même progression réduit le fourrage accessible et ferme l’accès à l’eau, le montre.

Le choix de ces indicateurs relève des États. Un texte de décision gagnerait à préciser si l’indicateur mesure le couvert ligneux ou la production fourragère accessible aux animaux. Choisir un indicateur revient à choisir le système pastoral que l’on veut produire.

L’agroécologie offre un cadre mieux ajusté, désormais présent dans les textes négociés à la Convention. Elle privilégie les espèces fourragères locales et traite la mobilité du troupeau comme une technique d’ajustement à la variabilité climatique.

La Grande muraille verte, d’abord comprise comme une ceinture d’arbres reliant Dakar à Djibouti, a été réorientée vers une mosaïque de pratiques. La correction a porté sur ce que l’on avait choisi de compter, des arbres plantés plutôt que des paysages en usage.

Le financement de l’observation des parcours

La troisième condition est budgétaire. La Convention estime les besoins à environ 355 milliards de dollars par an d’ici 2030, dont le secteur privé n’assure qu’environ 6 %. L’Afrique porte le déficit le plus élevé, avec 191 milliards par an. Les annonces de clôture donnent la mesure de l’écart, avec un portefeuille de 1,3 milliard de dollars sur 23 pays et une initiative sur les parcours dotée de 1,2 milliard.

Une surface restaurée se chiffre en outre plus aisément qu’une dégradation évitée, ce qui conduit les bailleurs à soutenir la réparation plus volontiers que la prévention. Ces financements iront aux projets capables de prouver leurs effets.

Faute de dispositifs nationaux, les pays paieront des certificateurs extérieurs pour attester ce qui se passe sur leurs terres. Deux demandes en découlent. Que le suivi de long terme des terres figure parmi les dépenses éligibles au financement de la restauration. Et que la région se dote d’un instrument commun.

Sur ce dernier point, la présidence mongole porte le projet d’un centre eurasien pour le climat et la terre. L’Afrique de l’Est gagnerait de même à doter l’architecture existante de l’Autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD). Cette organisation réunit huit États de la région dont Djibouti, d’un mécanisme permanent d’observation des parcours. Celui-ci conserverait les séries longues et harmoniserait les protocoles entre pays. Ces protocoles n’auraient de sens que co-construits avec les éleveurs.

Une voix pastorale encore peu institutionnalisée

Ces trois conditions supposent que les éleveurs soient entendus. Oulan-Bator a marqué une avancée, avec les premières réunions officielles du caucus des peuples autochtones et de celui des communautés locales, et la reconnaissance des pasteurs comme gardiens essentiels des parcours.

Aucune instance propre au pastoralisme n’a toutefois vu le jour, et les parcours ne figurent dans les plans climatiques nationaux que de 24 pays, contre 181 pour les forêts. Quant à la sécheresse, les Parties ont renvoyé la décision à la COP18, après un premier report à Riyad.

Une décision qui appartient aux États

Aucune de ces trois conditions ne dépend d’une décision internationale. Reconnaître des droits d’usage collectifs relève des parlements et des administrations foncières. Choisir les indicateurs qui serviront à juger une restauration relève des services techniques nationaux. Inscrire l’observation de long terme au budget de l’État relève des lois de finances.

Le cas de Hanlé montre ce que coûte leur absence. Faute de droits clairs, personne n’est habilié à traiter les fourrés. Faute d’indicateurs adaptés, leur progression sera enregistrée comme un gain de couvert végétal. Faute d’observation continue, le prochain projet reproduira le même diagnostic.

La prochaine conférence se tiendra en Égypte en 2028. C’est le délai dont disposent les pays d’Afrique de l’Est, et la question n’est pas de savoir ce qu’ils y demanderont, mais ce qu’ils y apporteront. C’est la seule décision que personne ne prendra à leur place.

The Conversation

Sougueh Cheik does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

– ref. Restauration des parcours en Afrique de l’Est : pourquoi les éleveurs doivent être au cœur des politiques – https://theconversation.com/restauration-des-parcours-en-afrique-de-lest-pourquoi-les-eleveurs-doivent-etre-au-coeur-des-politiques-290479

Los migrantes en el discurso periodístico ceutí: ¿víctimas o villanos?

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Hanae Trola Skalli, Docente del Área de Lingüística General / Instituto de Investigación en Lingüística Aplicada (ILA) de la Universidad de Cádiz, Universidad de Cádiz

Migrantes marroquíes en las calles de Ceuta el pasado 30 de agosto. RTVE

A lo largo del mes de agosto, Ceuta se ha convertido en el escenario de un episodio migratorio de dimensiones excepcionales. Más de 70 000 personas accedieron irregularmente a la ciudad entre finales de julio y principios de agosto, a nado o bordeando a pie el espigón fronterizo con Marruecos. Durante las semanas siguientes las llegadas, los fallecimientos, la seguridad y la respuesta institucional ocuparon (y siguen ocupando) buena parte de la actualidad local.

En este contexto, la prensa ha desempeñado un papel fundamental a la hora de contar lo sucedido. Para convertir los acontecimientos en noticia, el periodista debe decidir qué cuenta, qué destaca y cómo denomina a los actores implicados. Esto no significa que invente los hechos, sino que todo relato periodístico implica una forma de organizar y presentar la información. Esta cuestión adquiere especial importancia cuando hablamos de migración, porque las palabras y expresiones utilizadas influyen en la imagen que se ofrece de las personas migrantes y de quienes intervienen en estos sucesos.

El lingüista Teun A. van Dijk ha estudiado ampliamente este fenómeno. Una de sus propuestas más conocidas es el llamado “cuadrado ideológico”, que ayuda a explicar cómo el discurso puede presentar de manera diferente al grupo con el que nos identificamos –“nosotros”– y a otros grupos que percibimos como externos –“ellos”–. En los discursos sobre inmigración, esta distinción puede situar a la sociedad receptora en el primer grupo y a las personas migrantes en el segundo.

Según los trabajos de Van Dijk, esta forma de presentar a unos y otros puede manifestarse de varias maneras: se pueden destacar aspectos negativos de “ellos”, asociándolos con la ilegalidad y la falta de adaptación, mientras se resta importancia a aspectos positivos como sus aportaciones sociales o económicas.

Del mismo modo, pueden destacarse aspectos positivos de “nosotros”, relacionados con la solidaridad, la tolerancia o la ayuda, y atenuarse otros negativos, como el racismo, la discriminación o los prejuicios.

El análisis de las noticias

Para analizar el discurso de la prensa ceutí, examinamos las noticias publicadas entre el 30 de julio y el 31 de agosto en la sección “Frontera” de dos periódicos locales: El Faro de Ceuta y Ceuta Actualidad. Al revisar las expresiones que aparecen con mayor frecuencia, encontramos “entrada masiva”, “crisis migratoria” o “atención humanitaria”.

El análisis cualitativo muestra que las personas migrantes no aparecen representadas siempre de la misma manera. Por una parte, encontramos formulaciones relacionadas con el desbordamiento y la amenaza. Por ejemplo: “Es el reflejo de lo que siempre se ha llamado invasión. ¿Cómo va a soportar Ceuta esta presión?”“.

En este caso, términos como “invasión” o “presión” ponen el foco en el impacto de la llegada de miles de personas y presentan a los migrantes como un colectivo numeroso que desborda la ciudad.

Sin embargo, en las mismas noticias también encontramos expresiones que acercan al lector a sus circunstancias individuales: “Algunos han rebuscado entre contenedores de basura en busca de algo que comer” o “Hay chicos que quieren volver y niños que preguntan por sus madres”.

Las personas son las mismas, pero cambia la forma de mostrarlas: ya no aparecen únicamente como parte de un grupo que llega y desborda la ciudad, sino como personas con hambre, miedo y vínculos familiares.

En otras noticias, la atención se centra en las consecuencias humanas de la migración, como en el siguiente ejemplo: “Existe otra realidad que crece con el paso de las horas: la de las familias que desconocen qué ha ocurrido con sus seres queridos después de que intentaran cruzar a nado o por vía marítima hasta la ciudad autónoma”.

En este caso, el foco deja de estar en el grupo y se acerca a las personas y a sus historias: personas desaparecidas y familiares que esperan noticias. Estos ejemplos muestran que los migrantes no aparecen siempre de la misma manera en la prensa ceutí. En ocasiones se presentan como una colectividad que cruza, presiona o desborda y, en otras, como menores, familias o personas concretas en situaciones de vulnerabilidad.

Una realidad con muchos protagonistas

Dicho lo anterior, nuestro análisis muestra algo más. La entrada irregular no es el único foco de las noticias publicadas por ambos periódicos, ni los migrantes son sus únicos protagonistas. Durante el mes de agosto aparecen de forma recurrente otros temas: la gestión de la frontera, las relaciones entre España y Marruecos, las exigencias a los responsables políticos y las reacciones de los propios ceutíes.

Esta variedad de asuntos muestra que las críticas no se concentran en un único actor. En las noticias analizadas aparecen distintos protagonistas a los que se responsabiliza de determinados problemas o actuaciones. Así, encontramos referencias a cargos políticos, a la actuación de las autoridades marroquíes y a comportamientos incívicos de grupos de la propia ciudad.

Los datos y el análisis de los dos periódicos locales muestran, por tanto, una realidad más compleja que una simple división entre dos grupos enfrentados.
Preguntarnos si los migrantes son únicamente “víctimas” o “villanos” puede dejar fuera buena parte de esta complejidad: los distintos actores que intervienen, las responsabilidades que se les atribuyen y las diferentes situaciones que conviven en un mismo acontecimiento.

El análisis de las noticias muestra precisamente que la forma de presentar a los distintos protagonistas cambia según el aspecto de la realidad en el que se pone el foco. Así, víctima y villano no son tanto dos respuestas como dos formas posibles de mostrar una realidad mucho más amplia.

The Conversation

Realicé un periodo de prácticas de 3 meses en el periódico mencionado Ceuta Actualidad (en 2018).

– ref. Los migrantes en el discurso periodístico ceutí: ¿víctimas o villanos? – https://theconversation.com/los-migrantes-en-el-discurso-periodistico-ceuti-victimas-o-villanos-290670

La selección: la inteligencia humana es un artículo de lujo

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Laura G. de Rivera, Ciencia + Tecnología, The Conversation

Querido lector, querida lectora:

Lo que tiene entre las manos, delante de los ojos, en la pantalla, cada vez que entra en The Conversation, es un artículo de lujo. Dada la invasión de contenidos fabricados con inteligencia artificial en los medios de comunicación, es un verdadero privilegio poder acceder a una plataforma donde los autores son expertos de carne y hueso.

Porque, por si alguien tenía dudas a estas alturas, en The Conversation en español no admitimos artículos escritos con IA. Huelga decir que sería una falta de respeto pretender que lectores y editoras dedicáramos más tiempo a leer un texto del que su supuesto autor ha invertido en escribirlo. No vamos a entrar en debates sobre la capacidad de la máquina para redactar y fundamentar la información, ni sobre lo eficiente y rápido que es que lo haga, sobre eso de que luego será supervisado por la persona que va a firmarlo… ni sobre sus sesgos, ni sobre su contribución al empobrecimiento del lenguaje.

Lo que pasa es que preferimos apostar por las sofisticadas, sorprendentes e inigualables habilidades de expresión y de creatividad del cerebro humano.

Y es que nuestros autores, antes que investigadores o profesores de universidad, son personas. Eso significa que parten de su experiencia real –fruto de su interacción física con el entorno– y de una motivación propia –casi siempre cambiar el mundo para mejor con sus investigaciones–. Son dos cosas que una IA no puede tener.

Un algoritmo nunca se ha bañado en ese mar sin el que no podría vivir el biólogo Antonio Figueras, cronista de las maravillas y peligros que acechan al océano, como la muerte de toneladas de mejillones en Galicia este año. También vive cerca de una playa preciosa nuestra autora Paula Lamo, escritora de relatos de ficción e ingeniera decidida a hacernos entender que el aprendizaje automático no es nada sin un soporte físico para existir, con sus exigencias de energía y materias primas.

Otra cosa que no puede hacer la IA es dar a luz, como sí ha hecho Cristina de Juana, que además de madre es arqueóloga convencida de que ayudarnos unos a otros es el mejor camino y autora de un artículo sobre el parto asistido en la prehistoria. Tampoco puede emocionarse mirando al cielo, como le ocurre al astrofísico Miguel Ángel Aloy, cuando nos habla de lo que podrá ver el telescopio Nancy Grace Roman. ¿Y creen que a un chatbot le importa si protegemos nuestra privacidad cuando jugamos a videojuegos? Ni de lejos tanto como a Marta Beltrán, informática experta en protección de datos. Por la misma razón, un modelo de lenguaje nunca se irá al campo a tumbarse en un escondite a la espera de fotografiar una libélula, joya viva de la prehistoria, como han hecho la bióloga Patricia Casanueva y el ingeniero agroforestal Luis Fernando Sánchez.

Así podría seguir citando a todos nuestros queridos autores, con las peculiaridades y el corazoncito de cada uno, si no fuera porque nuestra compañera Claudia Lorenzo –que además de editora de Cultura es el hada madrina que les lleva cada sábado a su buzón La selección– está harta de decirnos que no nos pasemos de 500 palabras.

Con cariño, les deseo que sigan disfrutando de su producto de lujo.

The Conversation

– ref. La selección: la inteligencia humana es un artículo de lujo – https://theconversation.com/la-seleccion-la-inteligencia-humana-es-un-articulo-de-lujo-290226

Mercurio, el enigma cósmico que resolvió Albert Einstein

Source: The Conversation – (in Spanish) – By Javier Armentia, Profesor del Máster de comunicación científica, médica y ambiental, Universitat Pompeu Fabra

Cartografía de Mercurio realizada por la Mariner 10 en el periodo 1974‑1975 Mariner 10, Astrogeology Team, U.S. Geological Surve, CC BY

A lo largo de la historia de la ciencia, Mercurio ocupa un lugar de honor: durante siglos, sus características orbitales resultaron inexplicables para la física clásica. Hasta que llegó Albert Einstein.

Visto desde la Tierra, Mercurio ofrece sorpresas constantes. Al girar en una órbita interior mucho más corta y rápida que la nuestra, este planeta adelanta periódicamente al nuestro. Durante los días en que se produce este sobrepaso, parece frenar en el firmamento, invertir su trayectoria y desplazarse en sentido contrario respecto al fondo de estrellas fijas, para luego retomar su curso habitual.

Es el mismo efecto visual que experimentamos al adelantar a un vehículo más lento en la autopista: aunque ambos avanzamos, la diferencia de velocidad hace que el otro coche parezca retroceder. Este movimiento retrógrado sucede tres o cuatro veces al año y dura unas tres semanas en cada ocasión. Es solo una ilusión óptica provocada por la perspectiva.

Un día dura el doble que un año

Sin embargo, las verdaderas rarezas de Mercurio ocurren en su propia física. El planeta completa una órbita alrededor del Sol en solo 88 días terrestres, lo que lo convierte en “el bólido” del sistema solar, viajando a 170 000 km/h en promedio. Su órbita es la más excéntrica de todos los planetas: en el perihelio se acerca a solo 46 millones de km del Sol y en el afelio se aleja hasta casi 70 millones de km. Desde su superficie, nuestra estrella se ve enorme, ocupando un disco con un diámetro angular tres veces mayor que el que vemos en la Tierra.

A pesar de su velocidad orbital, rota sobre su propio eje a un ritmo muy lento: un día sidéreo (una vuelta completa respecto a las estrellas) dura 58,6 días terrestres. Mercurio está atrapado en una resonancia orbital 3:2, es decir, girando tres veces sobre su eje por cada dos vueltas que da al Sol.

El resultado para un hipotético habitante de su superficie es desorientador: el tiempo transcurrido entre un amanecer y el siguiente –el día solar– no son 58 días, sino 176 días terrestres. Es decir, en Mercurio un día dura exactamente el doble que un año.

El fenómeno del amanecer doble

Esta combinación de rotación lenta y traslación rápida genera un fenómeno digno de la ciencia ficción: el amanecer doble. En ciertos lugares de la superficie, el Sol sale por el horizonte, se detiene, retrocede, se oculta casi por el mismo sitio y vuelve a salir poco después. En el lado opuesto ocurre un anochecer doble.

Esto sucede durante los días previos al perihelio, cuando la velocidad de traslación supera momentáneamente a la de rotación y, vista desde la superficie, hace que el movimiento aparente del Sol se invierta durante ocho días terrestres.

La anomalía de la órbita y la solución de Einstein

Más allá de sus amaneceres, la excéntrica órbita de Mercurio ocultaba el mayor enigma de la astronomía del siglo XIX. El planeta muestra una precesión lenta en su perihelio: el punto más cercano al Sol no se repite exactamente en el mismo lugar, sino que dibuja una forma de roseta a lo largo de los siglos.

La física clásica de Isaac Newton explicaba la mayor parte de este bamboleo por el tirón gravitatorio del resto de los planetas, pero las cuentas no cuadraban: quedaba un minúsculo desvío de 43 segundos de arco por siglo sin justificar. Incapaces de dudar de Newton, los astrónomos de la época, liderados por el matemático francés Urbain Le Verrier, concluyeron que la causa debía ser la gravedad de un planeta desconocido, aún más cercano al Sol y oculto por su resplandor, al que bautizaron como Vulcano.

Vulcano jamás existió. En 1915, Albert Einstein publicó las ecuaciones de la relatividad general y demostró que esa precesión anómala era la consecuencia directa de cómo la enorme masa del Sol curva el tejido del espacio-tiempo a su alrededor.

Como Mercurio está tan cerca del Sol, la intensidad de la curvatura hace que la fuerza efectiva de la gravedad sea ligeramente superior a lo que predecía la ley del cuadrado inverso de Newton. Esta curvatura extra modifica la trayectoria de la órbita en cada vuelta, haciendo que el punto más cercano al Sol (el perihelio) avance un poco más en cada revolución.

Cuando Einstein aplicó sus nuevas ecuaciones de campo para calcular el efecto de esta curvatura sobre la órbita de Mercurio, obtuvo exactamente la cifra sobrante: 43 segundos de arco por siglo. No necesitó añadir parámetros ajustables ni inventar un planeta oculto (Vulcano); el valor surgió de manera natural a partir de la geometría del espacio-tiempo.

Mercurio se convirtió así en la primera prueba triunfal de la relatividad, años antes de que el célebre eclipse solar de 1919 confirmara la teoría a escala global.

The Conversation

Javier Armentia no recibe salario, ni ejerce labores de consultoría, ni posee acciones, ni recibe financiación de ninguna compañía u organización que pueda obtener beneficio de este artículo, y ha declarado carecer de vínculos relevantes más allá del cargo académico citado.

– ref. Mercurio, el enigma cósmico que resolvió Albert Einstein – https://theconversation.com/mercurio-el-enigma-cosmico-que-resolvio-albert-einstein-291383