Combien coûte un élève en France ?

Source: The Conversation – France (in French) – By Sophie Morlaix, Professeure en Sciences de l’Éducation, Directrice de l’IREDU, Université Bourgogne Europe


L’ESSENTIEL

  • L’éducation, longtemps le premier poste de dépense publique en France, a été dépassée par la charge de la dette.

  • Les écarts entre les dépenses pour un écolier, un collégien, un lycéen et un étudiant sont toutefois très importants.

  • Par rapport aux pays de l’OCDE, le classement de la France n’est pas mauvais, mais tout dépend de quel niveau d’enseignement on parle.


La question des moyens destinés à l’éducation par les pouvoirs publics est au centre des préoccupations lycéennes et étudiantes ces dernières semaines. Savoir si cette dépense est suffisante a, depuis des décennies, intéressé les économistes de l’éducation, notamment ceux de l’Institut de recherche sur l’éducation (Iredu, Université Bourgogne-Europe). Son fondateur Jean-Claude Eicher participera dès les années 1970 à l’élaboration du premier compte satellite de l’éducation en France.

Les dépenses d’éducation sont, depuis, envisagées comme un investissement de long terme dans le capital humain, la cohésion sociale et la capacité productive du pays. Selon la direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance (DEPP), le service statistique officiel du ministère de l’éducation nationale, avec un budget de presque 200 milliards pour l’éducation en 2025, la France lui consacre environ 6,7 % de son PIB. La part dévolue au second degré, collège et lycée, est la plus importante (environ 37 %), comparativement au premier degré, maternelle et primaire (30 %) ou au supérieur, à l’université ( 23 %).

Alors, quelle est la situation du financement de l’éducation en France ? Et quelles différences avec les pays de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) ?

État, collectivités territoriales, entreprises et ménages

En France, le financement de l’éducation est majoritairement public. Il repose sur plusieurs acteurs : principalement l’État – 55 % –, les collectivités territoriales – 23 % – et, dans une moindre mesure, d’autres administrations – 4 % –, auxquels s’ajoutent les ménages à hauteur de 8 % et les entreprises à hauteur de 10 %. L’État prend principalement en charge la rémunération des personnels enseignants et une part importante du fonctionnement du système éducatif.

Les collectivités territoriales contribuent notamment aux dépenses matérielles et immobilières : les communes pour les écoles, les départements pour les collèges et les régions pour les lycées. Les entreprises participent notamment au financement de l’apprentissage et de la formation professionnelle. Les ménages supportent certaines dépenses liées à la scolarité et aux études, telles que les fournitures, les transports, l’hébergement et une partie des frais de formation.

Pour le second cycle du secondaire : 24,5 % de plus que la moyenne de l’OCDE

Les dépenses varient selon les niveaux d’enseignement et les besoins des établissements. En 2025, la dépense moyenne annuelle s’établit à 9 440 euros par élève pour le premier degré, 11 780 euros pour le second degré – collèges et lycées – et à 13 350 euros en moyenne pour le supérieur. Mais les besoins diffèrent selon les territoires, les établissements et les publics accueillis.

Le lycée représente un niveau d’enseignement relativement coûteux pour la France. Selon la DEPP, en 2024, la dépense annuelle moyenne atteint 13 020 euros par élève en lycée général et technologique, contre 14 700 euros en lycée professionnel. La comparaison internationale confirme cette particularité (OCDE, 2025). La France dépensait ainsi environ 24,5 % de plus que la moyenne de l’OCDE par élève du second cycle du secondaire.

Un écart notable entre enseignement primaire et secondaire

Cet écart est notable : pour l’enseignement primaire et le premier cycle du secondaire – collège –, les dépenses françaises par élève étaient au contraire inférieures aux moyennes de l’OCDE en 2022.

Plusieurs facteurs peuvent contribuer à cette situation : les coûts de personnel, l’organisation des filières générales, technologiques et professionnelles, ainsi que les équipements nécessaires aux formations techniques.




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À l’université, la dépense moyenne annuelle par étudiant en France s’établit à 12 460 euros en 2024, contre 13 300 euros pour l’ensemble de l’enseignement supérieur. Cette différence s’explique notamment par la diversité des formations : les classes préparatoires aux grandes écoles et les sections de techniciens supérieurs présentent des dépenses moyennes plus élevées. La dépense publique par étudiant dans l’enseignement supérieur français est très proche de la moyenne de l’OCDE.

L’efficacité de la politique éducative

Même si la question de savoir combien la France dépense pour les lycées et pour les universités est intéressante, celle de comprendre comment les moyens sont alloués et quels résultats ils produisent l’est certainement davantage.

Une politique éducative doit être appréciée au regard de son efficacité entendue au sens large, c’est-à-dire des effets qu’elle produit sur les apprentissages, sur les parcours des individus, les inégalités qu’elle permet de résorber ou encore le bien-être des bénéficiaires, et non uniquement au regard de son coût budgétaire.

Dans le contexte de progression très faible des dépenses en volume, l’évaluation de l’efficacité des financements, de leur répartition territoriale et de leur adéquation aux besoins éducatifs apparaît déterminante. Renforcer le rapport coût-efficience de la dépense publique au sens large est un véritable enjeu pour assurer la qualité de l’enseignement et l’égalité des chances. Compte tenu du montant de la dépense publique pour l’éducation, le défi est certainement de mieux l’orienter, en articulant maîtrise budgétaire, résultats mesurables et justice sociale.

Égalité des chances

Pour les lycées, les comparaisons internationales montrent que la dépense par élève est relativement élevée, en partie en raison de la diversité des filières et du poids des services annexes.

Les travaux du Conseil d’analyse économique invitent, par exemple, à partir d’exemples d’évaluation très concrets, à privilégier les interventions pédagogiques dont l’efficacité est étayée, à mieux accompagner les élèves en difficulté et à réexaminer les dispositifs coûteux dont les résultats sont incertains.

Pour les universités, les résultats des évaluations sont à consolider. Il convient de développer des évaluations propres à l’enseignement supérieur, qui prennent en compte non seulement la réussite et l’insertion professionnelle, mais également la recherche, l’égalité des chances et les bénéfices collectifs de la formation.

The Conversation

Sophie Morlaix ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

– ref. Combien coûte un élève en France ? – https://theconversation.com/combien-coute-un-eleve-en-france-293993