Voici pourquoi les animaux influenceurs vous font dépenser plus d’argent sur les réseaux sociaux que les humains

Source: The Conversation – in French – By Dr Laura Lavertu, Professeur Associé, GEM


L’ESSENTIEL

  • Près d’un propriétaire d’animal de compagnie sur trois a créé un compte consacré à ce dernier sur les réseaux sociaux.

  • Quelques-uns de ces comptes rassemblent des milliers d’abonnés, et chats ou chiens, véritables stars d’Internet, deviennent des « petfluenceurs ».

  • Une nouvelle étude scientifique révèle que certains animaux sont de meilleurs vendeurs que les humains sur les réseaux ; ils inspirent une sincérité que ces derniers peinent à égaler.


Doug The Pug, un carlin star des réseaux sociaux, fait la promotion de l’assistant vocal intelligent Alexa d’Amazon, et tout ça sans dire un mot. Nala the Cat, avec plus de 4 millions d’abonnés, multiplie les contrats avec de grandes enseignes et pèserait plusieurs millions de dollars grâce à ses partenariats et à sa propre gamme de nourriture pour chats.

Les animaux de compagnie ne se contentent plus d’être nos fidèles compagnons : ils sont devenus de véritables créateurs de contenu. Sur Instagram, sur TikTok et d’autres réseaux sociaux, nombreux sont les comptes dont les animaux sont les célébrités. Ces animaux influenceurs, aussi appelés « petfluenceurs », semblent au premier abord relever de la simple distraction et du passe-temps.

Avec près de 3,5 millions de comptes actifs dans le monde, le phénomène des petfluenceurs est en pleine expansion. Loin du simple animal de compagnie apparaissant de temps à autre sur le profil de son propriétaire, il s’agit d’influenceurs à part entière : tout comme leurs homologues humains, ces animaux de compagnie disposent de leur propre compte, d’une communauté fidèle et peuvent être rémunérés pour promouvoir des marques.

Cela n’a pas échappé aux marques qui font de plus en plus souvent appel à ces nouveaux créateurs de contenu à quatre pattes. Plus surprenant encore, des marques de tout bord, de l’automobile à la mode, et même jusqu’à l’alcool, s’arrachent ces influenceurs redoutablement efficaces.

Pourquoi choisir un petfluenceur plutôt qu’un humain, surtout lorsque le produit ne leur est pas destiné ?

Animaux plus vendeurs que les humains

Ces petfluenceurs sont-ils aussi efficaces que les influenceurs humains traditionnels ? Une étude démontre que choisir un petfluenceur plutôt qu’un influenceur humain peut être le pari gagnant.

Prenez une même publicité, diffusée sur Instagram pour la même bouteille de vin. Dans une version, un chat en fait la promotion ; dans l’autre, une influenceuse humaine. Résultat : les consommateurs exposés à la version féline se disent prêts à payer jusqu’à 43 % de plus pour le produit.

Sincérité difficile à trouver chez les humains

Pour expliquer pourquoi un animal est plus efficace qu’un humain pour vendre, il faut se pencher sur l’apparente sincérité que l’on attribue aux animaux, plutôt que sur la nouveauté du format, la beauté de l’influenceur ou sa crédibilité.

Rien d’étonnant à l’heure où la confiance envers les influenceurs s’érode. Selon une étude, 81 % des 20-35 ans disent avoir déjà douté de la véracité d’un contenu d’influence. Cette méfiance risque de prendre de l’ampleur avec la montée de l’intelligence artificielle générative, qui rend d’autant plus difficile la distinction entre les vraies et les fausses informations.

Au cœur de cette course à l’authenticité, que les influenceurs humains commencent à perdre, les petfluenceurs gagnent du terrain.

Contrairement aux influenceurs humains, que l’on soupçonne souvent d’être motivés par l’argent ou par la célébrité, les animaux semblent échapper à ces perceptions négatives dans l’esprit des consommateurs. Que l’on soit propriétaire d’un animal ou pas, on ne lui prête ni mauvaises intentions, ni agenda personnel, ni matérialisme.

Cette sincérité innée se révèle être un atout de taille dans le monde du marketing d’influence.

Angle mort réglementaire

En France, la loi du 9 juin 2023 encadre les pratiques commerciales des influenceurs, avec notamment une obligation de transparence sur les partenariats rémunérés ainsi qu’une liste de produits et services ne pouvant pas être mis en avant.

Comme ce texte a été pensé pour des créateurs humains de contenu, une question demeure : qu’en est-il des comptes tenus au nom d’un animal ? Bien que gérés par les propriétaires, nombreux sont les comptes de petfluenceurs ne faisant pas preuve de transparence sur la nature commerciale de leur contenu. Même un simple paquet de croquettes reçu gratuitement est considéré comme une contrepartie ; il devrait faire l’objet d’une indication d’intention commerciale.




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Au Royaume-Uni, l’organisme d’autorégulation de la publicité (Advertising Standards Authority, ASA) a déjà publié une liste de règles à respecter par les petfluenceurs, ou plutôt pour les propriétaires derrière ces comptes :

  • être transparent sur la nature commerciale du partenariat, même lorsqu’il s’agit de simples produits offerts ou d’invitations. Cela implique une mention claire, lisible et identifiable telle que « Publicité » ou « Collaboration commerciale » ;

  • au-delà de l’obligation de vérifier que le produit peut être légalement promu en ligne, les propriétaires doivent s’assurer qu’il n’est pas potentiellement dangereux pour les animaux. Par exemple, mettre en avant du chocolat sur un compte petfluenceurs dont le chien est la vedette peut laisser penser que les canidés peuvent consommer ce genre de produits, ce qui n’est pas le cas ;

  • être responsable. Cela implique notamment de ne pas mettre en scène son animal dans des situations potentiellement dangereuses ou irresponsables, comportements qui pourraient être émulés par d’autres propriétaires d’animaux.

Le bien-être animal, grand absent du débat

L’essor des petfluenceurs interroge les conditions dans lesquelles ces animaux sont sollicités. Même si pour beaucoup, ces comptes représentent une opportunité de partager l’amour que les animaux nous apportent de manière sincère, ce n’est malheureusement pas toujours le cas.

Tournages répétés, mises en scène pour capter l’attention, exposition constante aux flashs et aux foules sont autant de contraintes qui peuvent peser sur les animaux. Ne l’oublions pas, ils n’ont jamais consenti à devenir des supports publicitaires.

Un récent scandale a attiré l’attention du grand public. Un influenceur français ayant reconnu avoir orchestré le faux kidnapping de son chien en ligne a mis en lumière l’utilisation des animaux comme levier d’audience et de contenu, mais surtout sur ses dérives. Des associations animales ont porté plainte. Elles ont rappelé la banalisation de comportements irresponsables aux dépens des animaux et l’absence de régulation spécifique.

Le futur du marketing d’influence ?

Si la loi de 2023 a été pensée pour protéger les consommateurs de la publicité déguisée par des humains, elle ne protège pas de la publicité déguisée sous du contenu mettant en avant des animaux et ne protège pas les animaux eux-mêmes. Pourtant, il faut rappeler que les petfluenceurs faisant fortune sont rares, et beaucoup ne reçoivent que quelques produits gratuits de manière occasionnelle. La création d’un compte doit donc d’abord découler d’un désir sincère de partage plutôt que d’un attrait uniquement financier.

Un petfluenceurs efficace est surtout un animal heureux dont les propriétaires prennent soin et dont le contenu reflète le quotidien réel et léger, mais surtout responsable.

Avec l’arrivée de l’intelligence artificielle et de nouveaux compagnons à quatre pattes virtuels (et donc fictifs), l’avenir des petfluenceurs est encore voué à évoluer. En attendant une régulation claire sur le sujet, les petfluenceurs continuent de divertir le public sur les réseaux sociaux et d’offrir à certains une opportunité de monétiser les nombreuses photos et vidéos de leurs compagnons. Un phénomène qui a du chien !

The Conversation

Dr Laura Lavertu ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

– ref. Voici pourquoi les animaux influenceurs vous font dépenser plus d’argent sur les réseaux sociaux que les humains – https://theconversation.com/voici-pourquoi-les-animaux-influenceurs-vous-font-depenser-plus-dargent-sur-les-reseaux-sociaux-que-les-humains-292065