Les populations africaines veulent des services climatiques qui répondent à leurs besoins locaux

Source: The Conversation – in French – By Petra Holden, Senior Researcher, University of Cape Town

Partout en Afrique, les populations s’emploient à restaurer et à gérer les mangroves, les pâturages et les espaces verts urbains. Elles font face à des menaces croissantes liées au changement climatique. De plus en plus, elles prennent leurs décisions à partir d’informations climatiques fournies par les gouvernements, les bailleurs de fonds et les chercheurs.

Mais reçoivent-elles les informations dont elles ont besoin ?

Nous sommes des chercheurs spécialisés dans la restauration des écosystèmes et les liens entre les populations, leurs moyens de subsistance et l’environnement. Nous étudions comment les solutions fondées sur la nature peuvent aider les populations à s’adapter au changement climatique.




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Avec nos coauteurs, nous avons interrogé 530 personnes impliquées dans des projets fondés sur la nature au Ghana, au Kenya, en Tanzanie, à Madagascar et en Afrique du Sud. Les projets ou solutions fondés sur la nature visent à protéger, à restaurer ou à exploiter les écosystèmes dégradés de manière durable.

Les personnes interrogées appartiennent à des groupes communautaires, à des administrations publiques, à des ONG, à des organisations intergouvernementales, à des organismes parapublics, à des entreprises et à des organismes de recherche. Certaines tiraient leurs moyens de subsistance de ces projets. D’autres s’en servaient pour faire face au changement climatique, aux dégradations environnementales et aux menaces pesant sur l’approvisionnement en nourriture et en eau.

Leur travail portait notamment sur la protection et la restauration des forêts, des mangroves, des zones humides et des pâturages. Il comprenait également l’agriculture de conservation, l’agroforesterie, le pâturage tournant et la végétalisation urbaine. Les campagnes contre la surpêche et la déforestation faisient également partie des projets fondés sur la nature.

Il en va de même pour la plantation d’arbres indigènes, le réensemencement des pâturages, la gestion des effectifs de bétail, l’apiculture durable et l’élimination des plantes non indigènes.

Par exemple, dans le bassin d’uMzimvubu, dans la province du Cap-Oriental en Afrique du Sud, les petits agriculteurs font paître leurs moutons sur les terres communautaires. Ils sont membres d’associations de pâturage qui participent à des programmes de solutions fondées sur la nature visant à soutenir les moyens de subsistance en milieu rural. En tant que membres, ces agriculteurs bénéficient de plusieurs avantages, notamment d’informations sur la gestion durable de leurs pâturages.

Autre exemple : une pépinière communautaire à Madagascar qui cultive des plants de mangrove destinés à restaurer les forêts.




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Notre étude s’est penchée sur les informations reçues par ces personnes concernant les conditions climatiques passées, actuelles et futures. Nous leur avons demandé comment elles utilisaient ces informations dans leur travail et quelles informations supplémentaires leur seraient utiles. Nous leur avons demandé de classer par ordre d’importance les améliorations à apporter aux services climatiques ainsi que leurs attentes concernant de nouveaux services. Cela nous a permis d’identifier les services existants à améliorer et les domaines où de nouveaux services étaient nécessaires.

Nous avons constaté que les gens souhaitaient que les services climatiques existants soient améliorés. Ils souhaitaient également de nouveaux services adaptés à leur communauté. Ceux-ci devraient combiner des prévisions météorologiques et saisonnières, ainsi que des projections sur le changement climatique. Ils devraient également intégrer les informations sur les terres, l’eau, les moyens de subsistance et les savoirs locaux.

Il ne suffit pas de demander aux gens de quelles informations climatiques ils ont besoin. Les scientifiques, les prestataires, les utilisateurs et les détenteurs de savoirs locaux et autochtones ont besoin de temps, de ressources et de mesures incitatives pour développer ensemble des services climatiques.

Les institutions et les bailleurs de fonds doivent reconnaître que faire travailler ensemble différents types de personnes est tout aussi important que de développer un « service climatique » final.

Ce que les gens utilisent déjà influence ce dont ils disent avoir besoin

Nous avons constaté que les populations utilisent déjà différents types d’informations climatiques pour prendre des décisions. Il s’agit notamment de prévisions sur les pluies et les températures, ainsi que d’alertes concernant les vagues de chaleur, les inondations et les sécheresses. Au Ghana, au Kenya, en Tanzanie, à Madagascar et en Afrique du Sud, ces services climatiques sont diffusés via les téléphones portables, les sites web, la télévision et la radio.

Plus de la moitié des personnes que nous avons interrogées souhaitaient disposer de versions améliorées des informations qu’elles utilisent déjà. Cela montre que les services existants devraient être améliorés afin de répondre aux besoins des différentes communautés et des différents lieux.

Plus de 80 % des personnes interrogées ont déclaré que les services climatiques existants présentaient des limites. L’un des principaux problèmes est que les connaissances autochtones et locales utilisées pour prévoir le climat ou prendre des décisions n’étaient pas intégrées aux services climatiques officiels. Par exemple, à Turkana, au Kenya, des voyants traditionnels appelés « Emuron » ont recours à des pratiques autochtones pour anticiper les phénomènes météorologiques violents et autres catastrophes climatiques. Les anciens envoient également des éclaireurs pour évaluer l’état des pâturages et des points d’eau avant de décider où déplacer le bétail. Or, ces pratiques ne sont pas reliées aux services climatiques officiels.

Les personnes interrogées ont également indiqué que les informations étaient difficiles d’accès ou arrivaient trop tard. Les services en ligne ne sont pas adaptés là où les populations n’ont pas les moyens de payer des forfaits de données mobiles, où la réception est instable ou encore lorsqu’elles ne disposent pas de smartphones. Les rapports techniques doivent également être simplifiés ou expliqués en personne par des experts. Les réseaux communautaires existants et les personnalités locales de confiance pourraient recevoir les informations par les canaux officiels et les diffuser plus largement.

Plus de 60 % des personnes interrogées ont déclaré qu’il fallait renforcer les connaissances en matière de changement climatique. Cela inclut la compréhension du changement climatique et de ses impacts, la connaissance des services disponibles, ainsi que les compétences nécessaires pour interpréter et mettre en pratique ces informations.

Les populations souhaitent de nouveaux services climatiques locaux leur permettant d’agir

Les services climatiques indiquent souvent aux populations la quantité de pluie attendue ou la température prévue. Mais cela n’explique pas ce que ces prévisions signifient pour les terres, l’eau ou les autres ressources naturelles qu’elles gèrent. Les participants souhaitaient que ces informations soient combinées à des données sur le débit des cours d’eau, l’humidité du sol, la végétation et les risques d’incendie.

Par exemple, une personne gérant des pâturages souhaitait savoir comment les précipitations et l’humidité du sol affecteraient le fourrage disponible – l’herbe et les autres plantes dont se nourrit le bétail. Les personnes souhaitaient également que les prévisions et les projections climatiques soient associées à des informations locales sur les aspects sociaux, sanitaires et économiques, notamment sur la manière dont les précipitations pourraient affecter la santé animale, les maladies du bétail et les déplacements des personnes et des animaux.

Elles souhaitaient obtenir des informations concernant leur communauté, leur quartier ou leur commune en particulier, plutôt que des alertes régionales générales. Il s’agissait notamment d’identifier les lieux les plus exposés au risque d’inondation et les mesures que les habitants devaient prendre.




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Les personnes que nous avons interrogées nous ont indiqué qu’elles souhaitaient davantage d’informations climatiques sur leurs téléphones portables, sur les radios communautaires, ainsi que par le biais de réseaux communautaires organisés, des réseaux sociaux et des applications de messagerie. Elles ont précisé que ces canaux devaient fonctionner de concert afin que les personnes capables d’accéder à ces informations et de les comprendre puissent les partager avec d’autres. Elles souhaitaient également davantage d’illustrations, d’animations et de vidéos accompagnées de chiffres et d’explications écrites.

Les populations utilisaient déjà des services consacrés à la canicule, aux sécheresses et aux inondations. Mais elles ont indiqué que ceux-ci devaient être améliorés. Elles ont également identifié des opportunités pour de nouveaux services diffusant des alertes et des informations sur les vagues de chaleur et de froid extrêmes, l’érosion, les glissements de terrain, le vent et les incendies.

Neuf répondants sur dix (91 %) ont déclaré que les nouveaux services climatiques devaient intégrer les savoirs autochtones et locaux, y compris les méthodes de prévision. À Turkana, les habitants ont suggéré que les devins rencontrent des scientifiques afin d’expliquer les méthodes de prévision locales et de développer ensemble de nouveaux services.

D’autres ont souligné l’importance des termes et des langues locales. Cela nécessite une coopération continue entre les détenteurs de savoirs locaux, les scientifiques et les prestataires de services climatiques, plutôt que quelques réunions ponctuelles.

L’innovation souhaitée par les personnes interrogées ne se résumait pas à davantage de produits techniques, mais à de meilleures façons de réunir différents types de savoirs, d’acteurs et de technologies.

Prochaines étapes

Nos conclusions montrent que la production d’informations climatiques utiles ne se limite pas à demander aux gens ce dont ils ont besoin. Les scientifiques, les fournisseurs d’informations climatiques, les utilisateurs locaux et les détenteurs de savoirs autochtones ont besoin de temps et de soutien pour se réunir régulièrement, partager leurs connaissances et élaborer ensemble ces informations.

Les gouvernements et les bailleurs de fonds doivent financer ce travail, et pas seulement les prévisions, cartes ou outils finaux. Par exemple, les gouvernements et les bailleurs de fonds du développement pourraient prendre en charge des coûts tels que les déplacements, les réunions communautaires, la traduction, la formation et la coopération continue, en particulier dans les endroits où les organisations locales n’ont pas les moyens de les assumer.

Cela contribuera à garantir que les informations climatiques reflètent les savoirs locaux et aident les populations à prendre des décisions concrètes.

The Conversation

Petra Holden bénéficie d’une subvention du projet ALBATROSS (https://albatross-project.eu/), financé par l’Union européenne dans le cadre de la convention de subvention n° 101137895.

Cherié Janine Forbes bénéficie d’une subvention du projet ALBATROSS (https://albatross-project.eu/), financé par l’Union européenne dans le cadre de la convention de subvention n° 101137895.

Gerald Ngoma bénéficie d’une subvention du projet ALBATROSS (https://albatross-project.eu/), financé par l’Union européenne dans le cadre de la convention de subvention n° 101137895.

Martine Visser’s research time is supported in part by the National Research Foundation of South Africa (UID: 148866).

ref. Les populations africaines veulent des services climatiques qui répondent à leurs besoins locaux – https://theconversation.com/les-populations-africaines-veulent-des-services-climatiques-qui-repondent-a-leurs-besoins-locaux-292373