« Une alliance unique avec l’UE » : voici comment mieux s’organiser entre Canadiens pour réussir en Europe

Source: The Conversation – in French – By Stéphane Dion, Diplomate en résidence, Université de Montréal

**La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a souhaité que le Canada devienne le premier « membre associé » de l’Union européenne. Le premier ministre Mark Carney, de façon plus réaliste, a appelé de ses vœux une Alliance unique et forte.

Quelles formes que prennent ces relations renforcées, il est clair que l’Union européenne (UE) et le Canada ont de grandes ambitions l’un envers l’autre. Cependant, l’Europe est sollicitée de tous côtés. La compétition pour y prendre des parts de marché et attirer ses investisseurs est féroce.

Nous devons mieux travailler avec les Européens, mais aussi mieux travailler entre nous, entre Canadiens, pour réussir en Europe. Ce sera mon sujet ici : développer des habitudes de travail efficaces, mieux nous organiser, de façon méthodique et planifiée, afin de nous donner les moyens de nos ambitions en Europe.

Aujourd’hui diplomate en résidence de la Faculté des Arts et des Sciences de l’Université de Montréal, j’ai été ambassadeur du Canada en Allemagne de 2017 à 2022, puis en France jusqu’à décembre 2025, en plus d’avoir été pendant ces huit années l’Envoyé spécial du premier ministre du Canada auprès de l’Union européenne et de l’Europe.

Fort de cette expérience, voici quatre suggestions pour mieux réussir en Europe qui touchent l’organisation interne du gouvernement du Canada.




À lire aussi :
Plaidoyer pour une diplomatie scientifique canadienne unifiée et efficace


1 : Une imputabilité claire, assortie d’échéances et d’objectifs précis

Le gouvernement, le premier ministre, doivent nommer, systématiquement et officiellement, pour chaque entente signée avec l’UE ou des pays européens, un haut responsable canadien. Ce dernier, avec son pendant européen, sera imputable de sa mise en œuvre. Il faut, pour chaque entente, une imputabilité claire, assortie d’échéances et d’objectifs précis.

C’est ce que le premier ministre Mark Carney a fait dans le cas du Partenariat stratégique signé en juin 2025 avec l’Europe. Il a nommé son représentant personnel auprès de l’Union européenne, John Hannaford, responsable, avec son pendant européen, de la mise en œuvre de cet accord.

Le prochain Sommet Canada-UE, les 29 et 30 octobre, devra être le moment de prendre acte des résultats réellement obtenus depuis un an dans tous les domaines prioritaires, afin d’amplifier cet élan et de nous hisser notre relation vers un nouveau sommet, une réelle alliance unique.




À lire aussi :
Merci, Trump : le Canada en voie de devenir le tout premier « membre associé » de l’UE


2 : Développer une véritable approche d’Équipe Canada

Une approche d’équipe serait un outil précieux pour la stratégie canadienne partout dans le monde, mais elle est particulièrement nécessaire dans le contexte européen.

L’Europe est le seul continent véritablement intégré, grâce à l’existence de l’UE et à l’attrait qu’elle exerce sur tous les pays qui souhaitent la rejoindre. D’où la nécessité incontournable d’une approche « Équipe Canada ».

De grands espoirs sont placés dans le Bureau des exportations stratégiques que le premier ministre Carney vient de créer.

Mais celui-ci ne pourra faire œuvre utile que si son action s’agence non seulement avec les ministères, mais aussi avec tous les organismes qui existent déjà : Exportation et développement Canada, qui fournit un financement ; la Corporation commerciale canadienne, qui aide les entreprises canadiennes à vendre aux gouvernements étrangers ; le Service des délégués commerciaux, qui crée des contacts sur le terrain ; Investir au Canada, dont la mission est d’attirer de investissements de partout y compris d’Europe ; et la nouvelle Agence de l’investissement pour la défense.

Si chacune de ces structures tire à hue et à dia et devient un État dans l’État, nous allons échouer.

3 : Maintenir autant que possible nos ressources diplomatiques en Europe

Il faut être sur place pour gagner. Alors que nous accroissons fortement nos dépenses militaires, il ne faut pas négliger non plus nos ressources diplomatiques sur le terrain. Elles sont sous-développées pour un pays du G7 et même en comparaison avec des pays de moindre importance que nous.

Affaires mondiales Canada est requis de procéder à des coupes pour aider le gouvernement à réduire son déficit. Il faut que ces économies se fassent dans le ministère à Ottawa, mais que l’on épargne la section géographique et notre présence sur le terrain. Le nombre d’employés d’Affaires mondiales assignés à Ottawa est démesuré par rapport à notre déploiement à l’étranger, si l’on compare à ce que font nos alliés.

Il ne faut surtout pas affaiblir le Service des délégués commerciaux, alors même qu’il faut encourager les entreprises canadiennes à s’intéresser au marché européen. Les délégués commerciaux les accompagnent de A à Z et leur montrent comment aborder les marchés allemands, français, italiens, polonais, etc.

Il nous faut tirer pleinement parti de notre accord commercial avec l’UE –

l’AECG – qui encore récemment n’était utilisé qu’à 60 % de son potentiel selon l’économiste en chef d’Affaires mondiales Canada.

4 : Mieux utiliser nos ambassadeurs et ambassades

Pendant mes huit années à titre d’Envoyé spécial en Europe, je n’ai rencontré que des chefs de mission compétents et dévoués. En même temps, j’ai pu constater combien trop souvent eux et leurs équipes étaient tenus à l’écart des informations essentielles par le fonctionnement trop cloisonné de notre gouvernement.

Je propose que le gouvernement adopte un protocole de quatre règles qui stipulerait que :

  • lors des réunions bilatérales tenues à l’occasion des visites officielles, l’ambassadeur est toujours présent ;

  • s’il y a une écoute silencieuse d’une discussion téléphonique entre chefs de gouvernement ou ministres, l’ambassadeur fait bien sûr toujours partie du groupe à l’écoute ;

  • les cahiers d’information préparée pour les visites officielles sont toujours examinés par l’ambassadeur, qui a l’occasion de faire des suggestions ;

  • peu importe où les réunions bilatérales ont lieu dans le monde, le compte rendu est transmis à l’ambassadeur.

Le respect de ces quatre règles ne coûterait pas un sou au gouvernement, mais lui vaudrait une diplomatie beaucoup plus apte à remplir son rôle efficacement. En les mettant en œuvre, nous serons plus à même de solidifier toujours davantage nos liens avec l’Europe.

La Conversation Canada

Stéphane Dion ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. « Une alliance unique avec l’UE » : voici comment mieux s’organiser entre Canadiens pour réussir en Europe – https://theconversation.com/une-alliance-unique-avec-lue-voici-comment-mieux-sorganiser-entre-canadiens-pour-reussir-en-europe-292450