Source: The Conversation – in French – By Richard Fosu, Lecturer in International Relations, Monash University
Lorsque des conflits violents éclatent en Afrique, tous les regards se tournent souvent vers les Nations unies, les grandes puissances ou les bailleurs de fonds extérieurs. Pourtant, au cours des deux dernières décennies, l’Union africaine (UA) est devenue l’un des principaux acteurs en matière de paix et de sécurité sur le continent.
Du Burundi au Soudan, en passant par la Somalie, le Mali et la République centrafricaine, l’UA et les organisations régionales africaines ont déployé des opérations de paix, joué un rôle de médiation dans des conflits, supervisé des élections et soutenu des transitions politiques.
Ces interventions traduisent une ambition plus grande : voir les Africains jouer un rôle de premier plan dans la résolution des défis liés à la paix et à la sécurité en Afrique.
Malgré l’importance croissante de ces interventions, les enseignements tirés des nombreux travaux de recherche qui leur sont consacrés restent paradoxalement peu étudiés.
Nous sommes des chercheurs qui nous intéressons aux interventions de l’UA dans les domaines de la paix et de la sécurité. Dans une récente revue exploratoire portant sur 186 articles évalués par des pairs et publiés entre 2000 et 2026, nous avons examiné quatre thèmes majeurs de la littérature :
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les approches de l’UA en matière d’intervention pour la paix et la sécurité ;
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la légitimité des interventions de l’UA, en particulier auprès des populations locales ;
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l’efficacité des interventions de l’UA pour instaurer une paix et une sécurité à long terme ;
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l’appropriation des interventions de l’UA tant au niveau institutionnel qu’au sein des populations locales.
Notre analyse montre que les débats sur les interventions de l’UA sont souvent très réducteurs. Certains les présentent comme une illustration claire de la capacité des Africains à agir par eux-mêmes et comme une alternative claire à l’intervention extérieure. D’autres mettent l’accent sur la dépendance, les capacités limitées et les échecs opérationnels.
Les données suggèrent que la réalité est plus complexe. Les interventions de l’UA en matière de paix et de sécurité ne constituent ni des réussites évidentes, ni de simples opérations dépendantes d’un soutien extérieur. Elles montrent plutôt comment les acteurs africains influent de plus en plus sur les réponses aux conflits tout en collaborant avec des partenaires internationaux.
Ces résultats mettent en évidence à la fois les possibilités et les limites des interventions de l’UA en matière de paix et de sécurité.
De la non-intervention à la non-indifférence
L’UA a été créée en 2002 pour succéder à l’ancienne Organisation de l’unité africaine (OUA). Cette dernière était souvent critiquée pour sa réticence à intervenir face aux atrocités et aux conflits armés.
La nouvelle UA a défendu l’idée que la souveraineté implique aussi des responsabilités. L’article 4(h) de l’Acte constitutif de l’UA lui confère le droit d’intervenir dans les États membres en cas de génocide, de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité.
Cela a entraîné une nette augmentation des interventions. Au cours des deux dernières décennies, l’UA et les organismes régionaux ont déployé au moins 28 missions pour aider à gérer les conflits, soutenir les processus de paix et améliorer la sécurité.
Légitimité
Les articles que nous avons analysés ont montré que beaucoup de personnes considèrent les interventions de l’UA comme légitimes, car il s’agit de « solutions africaines à des problèmes africains ». Cela reflète la conviction que les Africains doivent être responsables de la gestion des défis sécuritaires du continent.
Cette légitimité n’est pas seulement symbolique. Des recherches suggèrent que les médiateurs africains et les opérations de paix ont l’avantage d’être plus proches des situations de conflit que ne le sont les acteurs extérieurs.
Dans certains contextes, des recherches montrent que les expériences communes peuvent rendre les acteurs locaux plus disposés à s’engager dans des initiatives menées par les Africains.
Efficacité
Les données examinées montrent que les interventions de l’UA ont pris de l’importance, car elles apportent des réponses concrètes aux défis de sécurité du continent.
Notre étude montre qu’à l’heure où les opérations de paix de l’ONU sont en recul et où l’attention internationale se tourne vers d’autres régions, les organisations africaines sont souvent les premières à intervenir face aux crises émergentes.
Les missions de l’UA se sont rendues là où les acteurs extérieurs hésitaient à intervenir, car les conflits étaient encore en cours. C’est notamment le cas en Somalie et au Soudan.
Dans de nombreux cas, comme le suggère la littérature, la situation sur le terrain aurait probablement été pire sans l’implication de l’UA. Aux Comores en 2008 et au Burundi en 2003, par exemple, l’intervention de l’UA a contribué à endiguer l’instabilité et à soutenir la stabilisation politique à des moments critiques.
Appropriation
L’une des conclusions les plus frappantes que nous avons tirées est que l’UA a développé une approche de l’intervention différente de celle des Nations unies.
Les interventions de l’UA se définissent souvent moins par les principes classiques du maintien de la paix — consentement, impartialité et recours limité à la force — que par leur fonction pratique : créer les conditions propices à l’émergence de la paix.
La Mission de l’Union africaine en Somalie est l’exemple qui illustre le mieux cette approche. Plutôt que de veiller au respect d’un accord de paix existant, elle a mené des opérations contre les insurgés tout en soutenant les efforts pour bâtir l’État.
Le défi de la dépendance
La littérature a également mis en évidence certains défis.
La préoccupation la plus récurrente concerne la dépendance financière vis-à-vis de l’extérieur. Bien que les interventions soient souvent présentées comme menées sous l’égide de l’Afrique, nombre d’entre elles reposent largement sur le financement de partenaires tels que l’Union européenne et les Nations unies. Certains critiques estiment que la dépendance financière limite la capacité de l’UA à définir ses priorités en matière de paix et de sécurité.
Certains chercheurs se sont demandé si ces interventions pouvaient véritablement être considérées comme des « solutions africaines » lorsqu’elles dépendent de ressources extérieures.
Dans le même temps, des recherches plus récentes offrent une vision plus nuancée. Plutôt que de considérer les acteurs africains comme des bénéficiaires passifs d’un soutien extérieur, elles montrent comment ceux-ci négocient, s’adaptent et utilisent souvent ces ressources pour faire avancer leurs propres priorités.
En d’autres termes, l’autonomie et la dépendance peuvent coexister.
La légitimité ne repose pas uniquement sur de bonnes intentions
Une autre conclusion majeure concerne la légitimité.
L’UA est souvent appelée à résoudre des crises sécuritaires complexes.
Or, un certain nombre de facteurs font obstacle à ses efforts. Notre analyse en a identifié quelques-uns :
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le manque de ressources nécessaires pour répondre aux attentes en matière de paix et de sécurité
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une coordination insuffisante avec les organisations sous-régionales
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une mise en œuvre incohérente des normes, en particulier celles qui sont liées aux coups d’État militaires et aux changements de gouvernement anticonstitutionnels
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un soutien politique inégal en faveur de l’intervention.
Les chercheurs s’interrogent sur ce qui fonde la légitimité de ces interventions. Sont-elles légitimes parce qu’elles sont autorisées par les gouvernements ou les institutions internationales? Ou parce que les populations les plus touchées par celles-ci les considèrent comme légitimes?
Les conclusions de cette étude suggèrent que les populations locales évaluent souvent les interventions en fonction de résultats concrets : sécurité, stabilité et expériences quotidiennes, plutôt qu’en fonction de mandats juridiques ou de rhétorique diplomatique.
Au-delà du débat entre succès et échec
Alors que l’insécurité persiste dans certaines régions d’Afrique et que les opérations de paix de l’ONU continuent de se réduire, un modèle hybride pourrait gagner encore en importance. Le défi pour l’UA ne consiste pas simplement à intervenir davantage. Il s’agit de renforcer l’appropriation locale, de limiter les vulnérabilités financières, d’améliorer la coordination et d’obtenir des résultats efficaces et légitimes.
Beatrice Anowah Brew, chercheuse indépendante et praticienne de la consolidation de la paix, est co-auteure de cet article.
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Richard Fosu does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.
– ref. Les opérations de maintien de la paix de l’Union africaine se multiplient : une étude fait état de résultats mitigés – https://theconversation.com/les-operations-de-maintien-de-la-paix-de-lunion-africaine-se-multiplient-une-etude-fait-etat-de-resultats-mitiges-292242
