PISA 2025 et classements scolaires : nous posons-nous les bonnes questions ?

Source: The Conversation – France (in French) – By Claude Diebolt, Directeur de Recherche au CNRS, UMR BETA, Université de Strasbourg


L’ESSENTIEL

  • En France comme dans les autres pays de l’OCDE, le niveau des élèves décroche en maths et en lecture.

  • La dernière enquête du Programme international pour le suivi des acquis des élèves, ou PISA, montre que cette baisse touche autant les élèves défavorisés que favorisés.

  • Les comparaisons internationales interrogent plus la capacité des systèmes éducatifs à se réformer qu’elles n’érigent de modèle d’enseignement à copier.


La publication de l’enquête du Programme international pour le suivi des acquis des élèves – PISA 2025, le 8 septembre, a suscité moult commentaires, comparaisons et classements. La France recule, certains pays progressent, d’autres résistent mieux. Comme toujours, chacun regarde son rang.

Ces classements sont utiles, mais ils risquent de masquer une question plus importante : que faisons-nous vraiment des années que nous passons à l’école ?

Pendant une grande partie du XXᵉ siècle, mesurer les progrès de l’éducation paraissait relativement simple. On comptait les élèves, les années d’études et les diplômes. Il y avait de bonnes raisons de le faire : l’allongement et la démocratisation de la scolarité font partie des transformations sociales majeures du siècle passé.

Mais lorsque la très grande majorité des enfants fréquente désormais l’école pendant de nombreuses années, le problème se déplace. Il ne suffit plus de savoir combien de temps ils y restent. Il s’agit de comprendre ce que nous faisons de ces années et ce qu’elles nous permettent de devenir.

C’est précisément l’objet du travail que nous avons mené avec notre collègue Nadir Altinok dans Edumetrics: Measuring Human Capital for the 21st Century. En reconstruisant sur une longue période des mesures comparables de la qualité et de la distribution des apprentissages, nous cherchons à déplacer l’analyse du capital humain des années de scolarité vers les compétences effectivement acquises.

Derrière le classement, regarder la trajectoire

Les résultats de PISA 2025 donnent une acuité nouvelle à cette question. Dans les pays de l’OCDE, les performances moyennes sont les plus faibles enregistrées depuis le début de PISA dans les trois grands domaines évalués. Entre 2015 et 2025, elles ont notamment diminué de 22 points en mathématiques et de 28 points en compréhension de l’écrit. Ainsi, 20 % des élèves de 15 ans sont désormais peu compétents dans les trois principaux domaines d’évaluation, contre 16 % en 2022.

La France obtient 483 points en sciences, pratiquement la moyenne de l’OCDE (482). Elle se situe légèrement en dessous en compréhension de l’écrit (456 contre 461) et en mathématiques (458 contre 463). Mais le plus intéressant est peut-être moins sa position que son mouvement : depuis 2022, elle a encore perdu 18 points en compréhension de l’écrit et 16 en mathématiques.

Être vingt-cinquième, vingt-septième ou trentième nous apprend finalement moins de choses que de savoir d’où l’on vient, dans quelle direction on se déplace et quels élèves progressent ou régressent.

C’est aussi ce que suggère le récent rapport du Haut-Commissariat à la stratégie et au plan sur le niveau scolaire en France. Il apporte une nuance importante au diagnostic habituel. La France connaît de fortes inégalités scolaires, mais ces difficultés ne concernent pas uniquement les élèves défavorisés. Elles touchent également les élèves favorisés et, dans certains domaines, les meilleurs élèves.

Il existe donc à la fois un problème d’inégalités et, au moins jusqu’au collège, un problème de niveau général relativement faible, notamment en mathématiques et en sciences. Regarder seulement la moyenne ne suffit pas, regarder seulement les inégalités non plus.

Massifier n’est pas encore démocratiser les apprentissages

La France a considérablement élargi l’accès à l’éducation. C’est une réussite historique qu’il ne faudrait pas minimiser. Mais lorsque l’accès devient presque universel, la démocratisation doit aussi devenir qualitative. La question n’est plus seulement : qui entre à l’école ? Elle devient : qu’y apprend-on, et qui y apprend quoi ?

Nos séries de long terme montrent qu’après une phase de convergence internationale des niveaux scolaires, jusqu’aux environs de 1990, les trajectoires ont recommencé à diverger et que, depuis 2000, relativement peu de pays enregistrent une amélioration durable de la qualité des apprentissages. PISA 2025 ne termine évidemment pas cette histoire. Il en ajoute un nouveau point d’observation.

Cette perspective permet également de regarder autrement les inégalités scolaires. Lorsque certaines compétences potentielles ne sont pas développées, ce ne sont pas seulement des trajectoires individuelles qui sont affectées : une partie du capital humain collectif n’est jamais constituée.

Nos simulations sur la France suggèrent ainsi que la croissance économique aurait pu être environ 0,5 % plus élevée si une politique efficace de réduction des inégalités éducatives avait été engagée depuis la fin des années 1970.

Dépenser plus ne suffit pas

La question des moyens est évidemment incontournable. Le Haut-Commissariat rappelle certaines fragilités françaises : dépense relativement modérée dans le primaire, nombre considérable d’élèves par enseignant dans le contexte européen, difficultés croissantes de recrutement des professeurs. Les ressources comptent, mais elles n’expliquent pas tout.

PISA 2025 souligne que la pertinence des politiques et de l’allocation des ressources semble davantage associée aux performances que le seul niveau de dépense par élève. C’est également l’un des enseignements d’Edumetrics : dépenser davantage ne suffit pas ; il faut investir mieux.

Mais, entre un euro consacré à l’éducation et un apprentissage effectivement acquis se trouve tout un monde : enseignants, élèves, familles, programmes, pratiques pédagogiques, établissements et institutions… et du temps. Les moyens ne produisent pas mécaniquement des résultats. Ils doivent être transformés en capacités.

Cela conduit à une question que nous posons moins souvent : les élèves apprennent, mais les systèmes éducatifs savent-ils, eux aussi, apprendre ? Une réforme produit des effets attendus et d’autres qui le sont moins.

Qui plus est, trop de réformes tue les réformes. Une pratique peut fonctionner dans un contexte et échouer dans un autre. Des dispositifs doivent être corrigés, approfondis, parfois abandonnés. Une politique éducative est donc aussi une capacité collective à observer, à expérimenter, à mesurer, à corriger et à apprendre.

Les comparaisons internationales sont précieuses, de ce point de vue, moins parce qu’elles nous indiqueraient ce qu’il faudrait copier que parce qu’elles nous permettent de poser de meilleures questions.

Puis est arrivée l’intelligence artificielle

Cette question prend une dimension nouvelle avec l’intelligence artificielle (IA). En quelques secondes, un élève peut désormais obtenir une traduction, une explication, un résumé, la résolution d’un exercice ou une rédaction apparemment convaincante.

On pourrait en conclure que certaines connaissances fondamentales deviennent moins importantes. PISA souligne que certaines des compétences en compréhension de l’écrit qui diminuent sont précisément celles dont nous avons besoin dans un environnement informationnel saturé : évaluer une information, confronter plusieurs sources, interpréter et exercer son jugement critique.

Le capital humain du XXIᵉ siècle ne pourra probablement plus être conçu comme un stock de connaissances acquis une fois pour toutes. Il devra également intégrer une capacité plus fondamentale : apprendre à apprendre. La formation initiale reste essentielle parce qu’elle construit les fondations permettant ensuite de réviser ses connaissances, de se former et de s’adapter tout au long de la vie.

Mesurer pour comprendre, non pour classer

Il faut pourtant conserver une précaution essentielle : les tests ne sont pas l’éducation et PISA n’est pas l’école. Aucun indicateur ne pourra résumer tout ce qu’un enfant apprend en grandissant. Les données peuvent éclairer nos décisions ; elles ne peuvent décider à notre place de ce que nous souhaitons transmettre ou devenir collectivement.

C’est aussi pourquoi les résultats de PISA 2025 ne doivent probablement pas être lus comme l’annonce d’un déclin inéluctable. Certaines trajectoires s’améliorent. Le Royaume-Uni et la Turquie, par exemple, progressent en sciences.

Il n’existe évidemment aucun modèle qu’il suffirait de reproduire. L’histoire n’offre jamais de recette, elle offre parfois des possibilités. PISA nous invite donc peut-être à poser la question éducative dans un ordre légèrement différent.

Nous demandons combien nous dépensons, combien d’élèves réussissent, quel pays progresse et lequel recule. Toutes ces questions sont légitimes. Mais elles viennent peut-être après une autre : qu’est-ce qu’un système éducatif parvient réellement à transformer ?

Du temps en apprentissage, des connaissances en compétences, des compétences en capacité d’adaptation et, peut-être, ces capacités individuelles en possibilités collectives. C’est cela que nous devrions chercher à mesurer, non pour réduire l’éducation à quelques chiffres, mais pour distinguer autant que possible l’illusion du progrès de sa réalité.

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

ref. PISA 2025 et classements scolaires : nous posons-nous les bonnes questions ? – https://theconversation.com/pisa-2025-et-classements-scolaires-nous-posons-nous-les-bonnes-questions-291492