Source: The Conversation – in French – By Danny G. Winder, Professor and Chair of Neurobiology, UMass Chan Medical School

Pourquoi certaines personnes rechutent-elles après avoir arrêté de boire ? Des travaux menés chez la souris suggèrent que l’abstinence peut modifier l’activité d’une région cérébrale, le BNST, et ainsi contribuer à une consommation d’alcool
excessive malgré ses conséquences néfastes.
Chez certains individus, s’abstenir de boire de l’alcool peut ensuite accentuer une consommation compulsive. Notre équipe de recherche a constaté que, chez des souris privées d’alcool, cette envie irrépressible de boire est précédée de modifications de l’activité d’une région cérébrale particulière, ce qui ouvre de nouvelles pistes de dépistage pour identifier et aider les personnes les plus vulnérables à une rechute.
Bien que l’abstinence alcoolique soit associée à une amélioration de l’état de santé, les chercheurs spécialisés dans les addictions émettent l’hypothèse que les modifications cérébrales qui surviennent pendant une période d’abstinence pourraient accroître le risque de rechute.
Pour explorer cette hypothèse, nous avons étudié le comportement de souris après leur avoir donné un accès volontaire à l’alcool pendant une longue période, suivi d’une période d’abstinence forcée. Nous avons constaté qu’une partie des souris développait une consommation d’alcool résistante à l’aversion : elles se mettaient alors à boire de l’alcool malgré la quinine que nous ajoutions pour le rendre de plus en plus amer. De plus, comparées aux souris qui n’avaient pas subi d’abstinence forcée, ces souris consommaient des quantités encore plus importantes de cet alcool très amer. Ces résultats suggèrent que l’abstinence pourrait entraîner des difficultés physiologiques susceptibles de contribuer aux rechutes chez les personnes souffrant de troubles liés à l’usage d’alcool.
Nous avons ensuite suivi l’activité d’un groupe particulier de cellules dans une région du cerveau appelée noyau du lit de la strie terminale, ou BNST. Des recherches antérieures ont montré que cette petite structure cérébrale joue un rôle important dans certains symptômes des troubles liés à l’usage d’alcool, notamment l’anxiété et la dépression.

Rob Hurt/Wikimedia Commons, CC BY-SA
Nous avons constaté que lorsque des souris en abstinence étaient replacées dans l’environnement où elles avaient auparavant eu accès à l’alcool, elles tentaient d’en boire, alors même que le dispositif ne contenait que de l’eau. Ces tentatives étaient associées à une activité du BNST. Chez les souris abstinentes qui avaient développé une préférence pour l’alcool très amer, l’activité dans cette région du cerveau était plus de deux fois supérieure à celle observée chez les souris qui n’avaient pas subi de période d’abstinence forcée.
Fait important, nous avons observé une activité du BNST avant même de donner aux souris abstinentes accès à l’alcool amer. Ce résultat laisse penser qu’il pourrait être possible d’identifier les personnes présentant un risque de rechute en mesurant l’activité du BNST lorsqu’on leur donne accès à de l’alcool.
Pourquoi c’est important
La consommation excessive d’alcool constitue l’un des principaux enjeux de santé publique. Bien qu’elle soit associée à de nombreux effets néfastes sur la santé, le public sous-estime chroniquement sa gravité.
En 2024, le nombre de décès associés à la consommation d’alcool aux États-Unis était 4,5 fois supérieur à celui des décès attribués aux opioïdes. Alors que la réduction des risques – qui constitue un élément majeur de la prise en charge des troubles liés à l’usage d’opioïdes – est également étudiée dans le traitement des troubles liés à l’usage d’alcool, l’abstinence reste au cœur de la plupart des approches de cette addiction.
Plus de 80 % des Américains âgés de 12 ans et plus consomment de l’alcool au cours de leur vie, et environ 10 % développent ensuite un trouble lié à l’usage d’alcool. Ces 10 % représentent près de 30 millions de personnes qui auraient besoin d’un traitement (En Europe, l’alcool est responsable de plus de 7 % des maladies et décès prématurés).
Malheureusement, les cliniciens disposent de peu d’outils pour prédire quelles personnes auront besoin d’aide. Bien que des traitements contre les troubles liés à l’usage d’alcool soient approuvés par la Food and Drug Administration (FDA), le nombre de personnes diagnostiquées reste très élevé. De fait, ce nombre a pratiquement doublé aux États-Unis depuis 1999.
Mettre au point de meilleures stratégies pour identifier les personnes présentant un risque de développer un trouble lié à l’usage d’alcool et les aider à s’orienter parmi les différentes options thérapeutiques pourrait améliorer leur prise en charge.
Ce que l’on ignore encore
Le rôle exact que joue le BNST dans les comportements liés aux troubles liés à l’usage d’alcool n’est pas encore clairement établi. On ignore également ce qui provoque l’augmentation de son activité, ainsi que les populations spécifiques de cellules cérébrales au sein du BNST qui sont à l’origine de cette activité. Répondre à ces questions pourrait permettre d’identifier de nouvelles cibles thérapeutiques.
La suite
De nouveaux outils en neurosciences permettent désormais aux chercheurs de manipuler l’activité de neurones spécifiques dans le cerveau des souris. Grâce à ces techniques, notre équipe cherche à comprendre le rôle du BNST dans la consommation d’alcool malgré les conséquences néfastes qui en découlent.
Notre collègue Jennifer Blackford étudie également l’activité du BNST dans le cerveau de personnes souffrant d’un trouble lié à l’usage d’alcool et se trouvant aux premiers stades de l’abstinence. Si son équipe observe des résultats similaires chez l’humain, l’étape suivante consisterait à étudier plus précisément, dans le cadre d’essais cliniques, la possibilité d’utiliser l’activité du BNST comme outil de dépistage.
![]()
Danny G. Winder a reçu des financements des National Institutes of Health.
Marie Doyle a reçu des financements du National Institute of Alcohol Abuse and Alcoholism.
– ref. Une étude chez la souris éclaire les changements cérébraux qui pourraient favoriser la rechute après l’arrêt de l’alcool – https://theconversation.com/une-etude-chez-la-souris-eclaire-les-changements-cerebraux-qui-pourraient-favoriser-la-rechute-apres-larret-de-lalcool-291181
