Robin des Bois était bien plus violent que la légende ne le raconte

Source: The Conversation – in French – By Alex Brown, Associate Professor of Medieval History, Durham University

Hugh Jackman incarne le hors-la-loi dans le nouveau film « On l’appelait Robin des Bois ».
Aidan Monaghan/A24

Bien avant Hollywood, les légendes anglaises mettaient en scène des hors-la-loi capables des exploits les plus héroïques… et des violences les plus extrêmes. Pourquoi Robin des Bois est-il le seul à être entré dans la mémoire collective ?


Deux événements liés à Robin des Bois ont récemment remis le célèbre hors-la-loi médiéval sous les projecteurs : la sortie le 1er juillet de On l’appelait Robin des Bois (The Death of Robin Hood en VO), avec Hugh Jackman dans le rôle-titre, et l’annonce de la disparition du « Major Oak », le chêne emblématique de la forêt de Sherwood que la légende présente comme l’une des cachettes du célèbre bandit.

Mais pourquoi Robin des Bois est-il connu dans le monde entier, alors que les noms des autres hors-la-loi du Moyen Âge sont, pour la plupart, tombés dans l’oubli ?

La première mort littéraire de Robin des Bois survient de manière assez expéditive dans A Gest of Robyn Hode, un récit de la fin du XVe siècle, lorsque la prieure de Kirklees le tue à la suite d’une tentative de saignée qui tourne mal. Cette fin a en partie inspiré la vision plus sombre du héros proposée par le réalisateur Michael Sarnoski dans On l’appelait Robin des Bois.

Si les premiers récits consacrés à Robin des Bois n’associent pas explicitement le hors-la-loi au « Major Oak » de la forêt de Sherwood, ils montrent en revanche Robin et ses compagnons se retrouvant régulièrement sous un « trystle », c’est-à-dire un arbre servant de lieu de rendez-vous. Il est facile d’imaginer comment ces légendes ont fini par se cristalliser autour d’un arbre aussi remarquable que le chêne de Sherwood.

La bande annonce de « On l’appelait Robin des bois »

Bien loin du Robin des Bois de Disney

Les compagnons d’infortune médiévaux de Robin des Bois sont aujourd’hui largement tombés dans l’oubli. Qui connaît encore les exploits de Fulk FitzWarin, de Hereward the Wake, d’Eustace le Moine, de Gamelyn, ou encore d’Adam Bell, Clim of the Clough et William Cloudesley ?

Si Robin des Bois a traversé les siècles, c’est en partie parce que chacun pouvait voir en lui le héros qu’il souhaitait., séduisant des publics très variés au sein de la société médiévale. Sa légende a toujours été malléable, y compris dans ses premières versions, et le héros a été réinventé à chaque nouvelle adaptation.

Page d'une édition du début du XVIᵉ siècle de *A Gest of Robyn Hode*.
Page d’une édition du début du XVIᵉ siècle de A Gest of Robyn Hode.
National Library of Scotland

Le Robin des Bois des premiers récits qui nous sont parvenus diffère sensiblement de celui des adaptations modernes. On n’y trouve notamment aucune histoire d’amour avec Marianne. Le hors-la-loi est au contraire profondément dévoué à la Vierge Marie. Par amour pour elle, il refusait de faire du mal aux femmes.

Robin récompense l’honnêteté et combat la corruption, mais sans s’inscrire dans une opposition de classes aussi nette qu’on pourrait l’imaginer. Bien qu’il soit dit qu’il faisait « beaucoup de bien aux pauvres », il ne distribue pas d’aumônes aux paysans. Il prête plutôt de l’argent à un chevalier honnête mais ruiné par le mauvais sort.

Robin des Bois est aussi capable d’une violence surprenante. Si les scènes de violence des premiers récits sont souvent traitées sur un mode comique, certaines histoires révèlent une facette bien plus sombre du personnage. Après avoir affronté Guy de Gisborne, par exemple, Robin le décapite, plante sa tête au bout de son bâton d’arc et mutile son visage afin que personne ne puisse l’identifier. C’est cette version plus brutale et tourmentée de Robin des Bois que le personnage incarné par Hugh Jackman entend faire revivre.

Les hors-la-loi médiévaux tombés dans l’oubli

Il est difficile de faire l’éloge des véritables hors-la-loi de l’Angleterre médiévale, tant leur existence fut marquée par une violence qui heurte les sensibilités contemporaines. Les véritables bandes de hors-la-loi, comme les Coterels et les Folvilles du début du XIVᵉ siècle, se rendaient coupables de nombreux vols, meurtres et enlèvements, tout en pratiquant le racket et l’extorsion. La réputation des Folvilles était telle que leur forme expéditive de justice est devenue connue en Angleterre sous le nom de « loi des Folville ».

Pourtant, d’autres récits mettant en scène des hors-la-loi légendaires circulaient dans l’Angleterre médiévale. L’un d’eux, Adam Bell, Clim of the Clough and William Cloudesley, raconte les aventures de trois hors-la-loi de la forêt d’Inglewood, dans le nord-ouest de l’Angleterre. Les trois héros sont mis hors la loi pour avoir braconné, un crime qui suscitait probablement la sympathie d’une grande partie des classes populaires.

Après avoir été déclaré hors-la-loi, William Cloudesley se faufile dans la ville de Carlisle pour retrouver sa femme et leurs trois jeunes enfants. Trahi puis assiégé, il est défendu par Alice, sa « fidèle épouse légitime », qui saisit une hache pour protéger la porte d’entrée pendant que William décoche ses flèches sur les hommes du shérif venus l’arrêter. Le shérif finit par incendier leur maison, mais William parvient à retenir ses assaillants suffisamment longtemps pour permettre à sa famille de s’enfuir par une fenêtre.

Lorsque la corde de son arc est détruite par les flammes, William est finalement capturé et condamné à la pendaison, tandis que la ville de Carlisle est placée sous haute surveillance. C’est alors qu’intervient le porcher de la ville, un jeune garçon qui parvient à s’échapper pour prévenir les deux autres hors-la-loi, Adam et Clim, de la capture de William. Ceux-ci organisent un spectaculaire sauvetage au pied de la potence, digne d’une scène de Robin des Bois, prince des voleurs. Au cours de leur fuite, ils tuent ensuite 300 représentants de l’autorité.

En quête d’une grâce royale, William démontre alors son incroyable talent d’archer en décochant une flèche qui atteint une pomme posée sur la tête de son fils de sept ans, dans un final qui rappelle la légende de Guillaume Tell.

C’est donc en William Cloudesley que s’exprime le plus pleinement la fierté des archers du « Nord de l’Angleterre ». C’est à travers Alice que se dévoile le destin difficile de l’épouse d’un hors-la-loi. C’est dans le personnage du jeune porcher que s’incarnent les liens de solidarité propres au banditisme social. Et c’est enfin dans la relation entre les trois compagnons que se manifeste l’idéal d’une camaraderie héroïque, lorsque, encerclé de toutes parts par les hommes du shérif de Carlisle, William lance à ses frères d’armes : « En ce jour, vivons et mourons ensemble. »

Ces scènes sont depuis longtemps devenues indissociables de la légende de Robin des Bois. Pourtant, beaucoup d’entre elles n’y trouvent pas leur origine. Elles sont apparues pour la première fois dans les aventures de trois hors-la-loi aujourd’hui largement oubliés de la forêt d’Inglewood.

Il est peut-être temps de les sortir de l’immense ombre de Robin des Bois et, ce faisant, de redécouvrir la richesse et la diversité des récits consacrés aux hors-la-loi de l’Angleterre médiévale.

The Conversation

Alex Brown a reçu des financements du Leverhulme Trust dans le cadre du projet de recherche « Modelling the Black Death and Social Connectivity in Medieval England » (« Modéliser la peste noire et les réseaux sociaux dans l’Angleterre médiévale »).

ref. Robin des Bois était bien plus violent que la légende ne le raconte – https://theconversation.com/robin-des-bois-etait-bien-plus-violent-que-la-legende-ne-le-raconte-286330