Source: The Conversation – in French – By Maame De-Heer, Doctor of Public Health Candidate, Loma Linda University
Lorsqu’un partisan du Tottenham Hotspur a lancé une peau de banane qui a atterri près de l’attaquant d’Arsenal Pierre-Emerick Aubameyang lors d’un match entre les deux grands rivaux londoniens, un photographe a immortalisé la scène. Cette image est devenue l’un des symboles les plus marquants du racisme dans le soccer.
L’intention derrière cet acte a été largement reconnue et condamnée par l’ensemble du monde du soccer. Indignés, les dirigeants du club ont publiquement dénoncé cet acte, tandis que l’entraîneur d’Arsenal, Unai Emery, a souligné que « personne n’accepte » de tels incidents.
Le supporter a été condamné à une amende de 500 livres sterling (plus de 900 dollars canadiens) et interdit de stade pendant quatre ans. Cette même saison, les droits télévisés de la Premier League, la première division anglaise, s’élevaient à 5,1 milliards de livres sterling (plus de 9 milliards de dollars canadiens).
La persistance des incidents racistes, conjuguée à des sanctions inégales et à des réponses qui s’attaquent aux symptômes plutôt qu’aux causes, révèle un cadre de gouvernance incapable de protéger les joueurs ou de dissuader les auteurs de tels actes.
Dans certains cas, les joueurs victimes d’insultes racistes ont été encouragés – par des supporters, des commentateurs et des officiels – à considérer ces comportements comme une réalité regrettable du sport. Plus troublant encore, les victimes ont parfois été tenues pour responsables d’avoir provoqué ou alimenté les insultes qu’elles subissaient. De telles réactions non seulement banalisent le racisme, mais détournent également la responsabilité des auteurs et des institutions chargées de garantir des environnements sportifs sûrs et inclusifs.
En 2019, après que des joueurs anglais ont subi des insultes racistes en Bulgarie, l’Union des associations européennes de football (UEFA) a infligé une amende de 75 000 euros (121 000 dollars canadiens) à la Fédération bulgare de football. Au regard des ressources financières considérables du soccer, cette sanction n’avait rien de dissuasif et ne témoignait d’aucun engagement institutionnel sérieux.
Les instances dirigeantes du soccer ont passé des décennies à élaborer et à promouvoir des initiatives antiracistes très visibles et symboliquement puissantes. Ces démarches comprennent souvent des campagnes de sensibilisation, des déclarations publiques, des cérémonies d’avant-match et des messages disciplinaires destinés à afficher un engagement en faveur de l’inclusion. Si de telles mesures peuvent sensibiliser le grand public et témoigner d’une certaine préoccupation institutionnelle, elles ont été critiquées pour leur incapacité à produire des changements structurels réels ou à réduire sensiblement les comportements racistes dans le sport.
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Ce que la caméra ne montre pas
Sous le vernis respectable de la Premier League, des réseaux de centres de formation expédient des adolescents noirs et métis vers l’Europe, avec un minimum de surveillance et encore moins de protection.
Dès 2008, The Observer rapportait l’existence d’environ « 500 “académies” de soccer non agréées rien qu’à Accra, la [capitale du Ghana] », la plupart dirigées par des personnes incapables de fournir la moindre preuve d’expérience professionnelle.
Au Mali, les familles versaient en moyenne de 2000 à 3000 euros, souvent l’équivalent de toutes leurs économies, parfois réunies en vendant leur maison, à des agents promettant des essais en Europe qui ne se concrétisaient jamais.
Le racisme dans les stades permet à des institutions comme la FIFA et la Premier League de se poser en solution à un problème qu’elles traitent comme venant de l’extérieur, plutôt que d’admettre qu’il est ancré dans leurs propres structures.
Il est bien plus difficile de mener campagne contre ce type de problème, précisément parce qu’il est déjà inscrit au cœur même de l’institution. Les instances sportives ne peuvent pas lancer un mot-clic contre leurs propres politiques de migration de main-d’œuvre.
Ce que révèlent réellement les recherches
Une étude de 2024 a révélé que plus de la moitié des 101 joueurs de soccer professionnel interrogés déclaraient souffrir de détresse psychologique, le racisme étant identifié parmi les facteurs de stress psychosocial contribuant à l’épuisement et à la dégradation de la santé mentale.
Ces conclusions ne sont pas nouvelles. Un article publié en 2020 dans le British Journal of Sports Medicine établissait que les modèles de santé mentale dans le soccer professionnel ignorent systématiquement le racisme en tant que problème structurel, le traitant plutôt comme une série d’incidents isolés. Les fédérations ont accès à ces données. Certaines contribuent même au financement de la recherche. Ce qui leur manque, c’est la volonté structurelle de traiter le racisme comme un enjeu de sécurité au travail plutôt que comme un problème d’image.
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Le racisme dans le soccer est depuis longtemps présenté comme un problème éthique. C’est aussi un problème de santé au travail. Les insultes racistes ne sont pas qu’une succession d’affronts isolés : elles produisent les mêmes traces biologiques que n’importe quel autre agent toxique en milieu professionnel.
Une exposition chronique à la discrimination élève le taux de cortisol et les marqueurs inflammatoires. Les chercheurs appellent cela la « charge allostatique », ce qui se traduit concrètement par une prévalence accrue de l’hypertension, des troubles du sommeil et un vieillissement cellulaire prématuré.
Ces risques touchent les personnes qui évoluent professionnellement dans des environnements hostiles sur le plan racial.
Les footballeurs en sont un exemple trop souvent ignoré. Une enquête de 2024 menée par la FIFPRO, le syndicat mondial des joueurs, a révélé que 83 % des syndicats de joueurs signalaient que les abus et la violence contribuaient directement aux problèmes de santé mentale de leurs membres, et que 88 % jugeaient que la menace de violence avait des répercussions négatives sur les performances en match.
Pourtant, aucune fédération ne classe les insultes racistes parmi les conditions dangereuses nécessitant des mesures d’atténuation systématiques. Il existe des protocoles pour les ruptures ligamentaires et les commotions cérébrales. Il n’en existe aucun équivalent pour les joueurs qui reçoivent des menaces de mort en ligne la veille d’un match.
Qui protège les joueurs ?
La Coupe du monde de la FIFA 2026, comme celles qui l’ont précédée, comportera des dangers que la FIFA ne prend pas en compte.
Des milliers de joueurs, de membres du personnel et de supporters issus de minorités racialisées entreront dans des stades dont les dispositifs de sécurité ne sont pas conçus pour faire face au poids cumulatif d’environnements racistes.
Le Cadre des droits de la personne de la FIFA promet l’inclusion. Il ne promet pas de surveillance axée sur la santé. Les fédérations connaissent les données scientifiques. Ce qu’elles n’ont pas fait, c’est traiter le racisme comme le problème de sécurité au travail qu’il est réellement.
La Coupe du monde 2026 en Amérique du Nord apportera les promesses habituelles : unité, respect et responsabilité. Elle se présentera comme une célébration des cultures. Ce qu’elle n’apportera presque certainement pas, c’est un bilan honnête sur qui tire profit du travail des athlètes noirs et de couleur, et qui les protège quand les abus commencent.
La question pour 2026 n’est pas de savoir si un autre joueur sera pris pour cible. C’est de savoir si quelqu’un, parmi ceux qui détiennent le pouvoir, nommera enfin le système qui rend cela inévitable.
Tant que ce ne sera pas le cas, les campagnes ne sont pas un échec. Elles font exactement ce pour quoi elles ont été conçues : soigner les apparences pendant que la structure, elle, demeure inchangée.
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Maame De-Heer est affiliée à Power of Love Canada.
Taylor McKee reçoit du financement du Conseil de recherches en sciences humaines du Canada.
– ref. Pourquoi le racisme n’est-il pas considéré comme un risque professionnel dans le soccer ? – https://theconversation.com/pourquoi-le-racisme-nest-il-pas-considere-comme-un-risque-professionnel-dans-le-soccer-284879
