Source: The Conversation – in French – By Oyewale Tomori, Fellow, Nigerian Academy of Science
Alors que la nouvelle de l’épidémie d’Ebola se répandait à la mi-mai 2026, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a publié un rapport sur les pandémies. Il s’intitulait : « Un monde au bord du gouffre : priorités pour un avenir résilient face aux pandémies ».
Ce document a été rédigé par le Conseil mondial de suivi de la préparation de l’OMS. Il explique pourquoi le monde n’est pas mieux préparé aux pandémies dix ans après qu’Ebola a mis en évidence de graves failles dans les systèmes de santé.
Et cela, six ans après que la COVID-19 a transformé ces failles en catastrophe mondiale. Il ajoute que les investissements dans la préparation aux pandémies n’ont pas suivi le rythme de l’augmentation du risque de pandémies.
Le Conseil mondial de suivi de la préparation est un organe indépendant de surveillance et de responsabilisation créé en 2018 par l’OMS et la Banque mondiale. Son objectif était de renforcer la préparation aux crises sanitaires mondiales. Il est composé de dirigeants politiques, de responsables d’agences internationales et d’experts de renommée mondiale. Sa mission consiste à évaluer les progrès mondiaux en matière de renforcement et de maintien des capacités de prévention, de détection et de réponse aux urgences sanitaires.
Le rapport a été publié en pleine épidémie d’Ebola. Cette fois-ci, elle a débuté en République démocratique du Congo. Le 17 mai, l’OMS a déclaré que l’épidémie constituait une urgence de santé publique de portée internationale. Cela signifie qu’elle représente un risque pour de nombreux pays en raison de sa propagation internationale et qu’elle nécessite donc des efforts coordonnés à l’échelle mondiale.
En tant que virologue et ancien responsable de la santé mondiale, je pense que le diagnostic et les recommandations du Conseil mondial de suivi de la préparation sont d’une importance vitale pour la gestion des pandémies.
Ma première observation concernant ce rapport est que ses recommandations restent largement inappliquées dans beaucoup de pays. C’est particulièrement vrai en Afrique, où les pandémies se propagent et où les épidémies font rage et ravagent les populations.
L’Afrique doit tout particulièrement renforcer la confiance en sa propre capacité à se préparer aux épidémies, à les prévenir et à les maîtriser lorsqu’elles surviennent.
Pour y parvenir, et conformément aux recommandations, l’Afrique doit garantir :
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une surveillance indépendante des risques de pandémie
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le renforcement et la fidélisation des effectifs de santé
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un accès équitable aux mesures de lutte telles que les vaccins
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le financement
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l’attention politique.
Surveillance indépendante des risques de pandémie
En utilisant des ressources et des financements locaux, les pays africains doivent prendre en main leurs solutions en matière de santé en mettant en place des systèmes de données qui garantissent la souveraineté sanitaire.
Ils doivent également veiller à ce que les données issues de la surveillance, de la recherche et du traitement des agents pathogènes soient gérées de manière sécurisée et relèvent de la responsabilité des institutions africaines plutôt que d’entités étrangères. Des accords récents avec les États-Unis ont mis cette question au premier plan. Certains demandaient aux pays africains de céder leurs données sanitaires ou de livrer leurs précieux agents pathogènes en échange de financements de donateurs.
Mais les données sanitaires constituent un atout inestimable pour la santé publique, la prise en charge clinique et la recherche. Elles aident les pays à identifier les maladies et à développer des vaccins et des traitements.
Ce que les pays africains devraient plutôt faire, c’est mobiliser des fonds nationaux. Ces fonds devraient servir à créer un environnement favorable permettant de soutenir et de renforcer la capacité des scientifiques et chercheurs nationaux à développer des innovations à partir d’agents pathogènes nationaux, au bénéfice du monde entier.
Deux institutions sanitaires africaines devraient être au cœur de ces efforts : la Région Afrique de l’OMS et le Centre africain de contrôle et de prévention des maladies (Africa CDC), une agence de l’Union africaine. Elles ne doivent pas se concurrencer, mais collaborer. Ensemble, elles devraient piloter des initiatives à travers des systèmes centralisés de suivi et de lutte contre les maladies.
Personnel de santé
Prendre soin du bien-être du personnel de santé favorise la croissance, améliore la productivité, renforce la fierté nationale et la loyauté.
Cela contribue également à la fidélisation à long terme du personnel de santé.
Les pays africains doivent donner la priorité au maintien des capacités plutôt qu’au renforcement des capacités. Ils doivent créer et maintenir un environnement de travail attractif, tant sur le plan matériel que psychologique.
La disponibilité de ressources adéquates est nécessaire pour fonctionner efficacement et de manière productive. Cela inclut le matériel, les installations de laboratoire, les fournitures, les réactifs et les consommables destinés au personnel de santé africain qualifié et aux chercheurs.
Dans de telles conditions favorables, le personnel de santé peut se concentrer sur les problèmes de santé locaux et y trouver des solutions appropriées.
Accès équitable aux mesures de lutte
L’Afrique ne doit pas transiger sur la ratification des pactes internationaux en matière de santé qui garantissent un transfert de technologie équitable, des dérogations en matière de propriété intellectuelle et une production régionale solide.
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Les pays doivent également développer la production locale de kits de diagnostic de laboratoire, de vaccins et de fournitures médicales, ainsi que de produits non médicaux. Il s’agit notamment de gants, d’équipements de protection individuelle et de masques.
Cela permettra de réduire la dépendance vis-à-vis des dons extérieurs et des chaînes d’approvisionnement, en période de crise mondiale comme en temps normal.
Financement durable
Le plus grand défi pour de nombreux pays africains reste le gaspillage des ressources disponibles et les dépenses consacrées à des priorités mal placées.
Pour y remédier, les gouvernements doivent s’engager à investir durablement dans le secteur de la santé au niveau national. Parallèlement, ils doivent recourir à un financement mixte (impliquant à la fois les secteurs public et privé) pour combler les besoins restants. Des initiatives telles que le Fonds africain de lutte contre les épidémies offrent un modèle concret pour constituer des réserves financières permettant des interventions rapides pilotées au niveau local.
Lancé en 2025, ce fonds vise à mobiliser des ressources pour soutenir les efforts de préparation et d’intervention face aux menaces pour la santé publique sur le continent. Bien que relativement récent, le Fonds africain contre les épidémies doit fonctionner avec les normes de redevabilité les plus élevées. Il doit publier régulièrement des informations sur les contributions reçues, les projets soutenus et leur impact sur la préparation, la prévention et la lutte contre les maladies en Afrique.
Une attention politique soutenue
Les dirigeants africains doivent maintenir la préparation aux pandémies au premier plan de l’agenda politique afin de garantir une allocation continue des ressources et la redevabilité. Le plaidoyer en faveur de la préparation doit aller au-delà des slogans de campagne politique. Il doit être mené par des organismes régionaux tels que l’Union africaine. Les pays doivent ensuite traduire ces engagements en politiques nationales concrètes.
Il ne peut y avoir de pause ni de répit dans la préparation aux pandémies.
Les dirigeants politiques et les élites africaines, aux niveaux continental, national et local, ont un rôle déterminant à jouer pour favoriser un engagement et une participation durables des communautés.
Une préparation aux pandémies efficace et crédible repose en effet sur cette mobilisation collective. Par-dessus tout, elle exige une implication active et continue des communautés elles-mêmes.
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Oyewale Tomori does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.
– ref. Pourquoi l’Afrique et le monde restent dangereusement mal préparés à la prochaine pandémie – https://theconversation.com/pourquoi-lafrique-et-le-monde-restent-dangereusement-mal-prepares-a-la-prochaine-pandemie-284607
