Source: The Conversation – in French – By Nicolas Moreau, Professeur titulaire / Full Professor, L’Université d’Ottawa/University of Ottawa
À Hulst, aux Pays-Bas, les Québécoises Rafaelle Carrier et Maghalie Rochette ont vécu des mondiaux de cyclo-cross éprouvants, révélateurs des défis de percer sur le circuit européen.
Mélange d’odeur de frites et de bières, musique disco à fort volume, 55 000 admirateurs ne cessant de crier pendant deux jours : nous ne sommes pas à un festival de musique, mais aux mondiaux de Cyclo-Cross UCI (Union Cycliste Internationale) qui ont eu lieu lors de la dernière semaine de janvier 2026 dans ce qu’il est courant d’appeler la Mecque du Cyclo-Cross, à Hulst aux Pays-Bas. Cette discipline, d’une durée d’une heure environ, consiste à effectuer plusieurs tours d’un circuit accidenté se déroulant généralement dans des parcs ou des sous-bois. Jalonnées de descentes et montées, d’obstacles naturels et artificiels, le cyclo-cross oblige les athlètes à parfois porter leur vélo.
Si le Néerlandais Mathieu van der Poel a remporté un huitième titre de champion du monde de cyclo-cross chez les hommes élites, et la Néerlandaise Lucinda Brand un deuxième titre chez les femmes élites, la compétition s’est moins bien passée pour nos deux championnes québécoises : Rafaelle Carrier et Maghalie Rochette.
Professeur à l’École de travail social de l’Université d’Ottawa, mes recherches s’inscrivent dans le champ de la sociologie du sport. Plus précisément, je m’intéresse à l’activité physique comme outil de développement psychosocial auprès des plus vulnérables, aux enjeux des nouvelles technologies dans la pratique sportive, aux dérives du sport (comme la dépendance) ainsi qu’aux retombées sociales des grands événements sportifs. C’est dans ce contexte que j’ai eu la chance de m’entretenir avec Rafaelle et Maghalie par téléphone quelques jours après ces championnats, où nous avons discuté de leur course et des enjeux de concourir sur le circuit européen en tant que Nord-Américaine.
Une course difficile
Rafaelle est issue du vélo de montagne et excelle dans cette discipline. Le parcours de Hulst devait donc théoriquement lui convenir puisque ce dernier est très technique et demande une grande agilité. La nouvelle coureuse de chez Trinity Racing espérait donc sans doute mieux que cette seizième place chez les moins de 23 ans. Pour expliquer ce qu’elle considère elle-même être une contreperformance, Rafaelle évoque la fatigue d’un stage en Espagne au retour des fêtes de fin d’année, ainsi qu’une chute qui a nécessité un changement de vélo.
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Maghalie en était, quant à elle, déjà à ses neuvièmes championnats mondiaux UCI de Cyclo-cross. Contrairement à Rafaelle, elle avait passé l’hiver au Québec, et est venue aux Pays-Bas strictement pour compétitionner aux mondiaux. Sa course a hélas été un désastre, comme elle me l’explique elle-même. Une chute sur la tête, après deux premiers tours déjà difficiles, a rapidement mis fin à ses objectifs. Elle n’a cependant pas voulu abandonner et a terminé la course. Cette chute ne relève pas, selon elle, de la malchance, mais du fait qu’elle se soit entraînée à l’intérieur (sur le rouleau) durant la période hivernale. Elle était donc moins habile sur son vélo.
L’hégémonie européenne
J’ai ensuite interrogé Rafaelle et Maghalie sur les enjeux rencontrés par les coureuses québécoises lorsque vient le temps de compétitionner en Europe. Un premier élément issu de la discussion concerne la nécessité de participer aux épreuves européennes de cyclo-cross, et ce malgré l’existence du circuit nord-américain.
Autrement dit, pour être reconnu, il faut, selon elles, rouler (et obtenir de bons résultats) en Europe. Ce phénomène peut être qualifié d’eurocentrisme, dans le sens où les compétitions de cyclo-cross les plus prestigieuses se déroulent sur le sol européen. Les longs déplacements, la fatigue, les coûts financiers et l’éloignement familial sont donc accentués pour les coureuses nord-américaines. Rappelons également que les compétitions de cyclo-cross sont très nombreuses entre le 15 décembre et le 15 janvier. Se plier au calendrier européen suppose donc ne pas pouvoir passer le temps des fêtes en famille pour ces athlètes.
Des conditions variables
Un second élément porte sur ce que Maghalie qualifie de « clash » culturel. En Amérique du Nord, m’explique-t-elle, les coureuses logent au même endroit durant les fins de semaine de compétition, ce qui favorise les échanges et permet de créer une atmosphère plutôt amicale. Cette pratique est moins répandue en Europe, où beaucoup de coureuses ont leur propre auto-caravane et demeurent aux alentours du circuit pour la seule journée de course.
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J’ai également pu constater le confort de ces autos-caravanes et bus (surtout pour les athlètes appartenant à des équipes avec de gros budgets). Le contraste avec les voitures de cyclisme Canada lors des deux derniers championnats du monde de cyclo-cross était saisissant. Les moyens matériels et le confort ne sont définitivement pas les mêmes selon les coureuses.
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Gagner le respect
Un troisième point est le fait que le respect doit se gagner en Europe. Maghalie se rappelle ainsi qu’elle a longtemps été la seule Canadienne sur le circuit de cyclo-cross européen et que ses premiers contacts avec les cyclistes de ce continent ne se sont pas fait les « bras ouverts ».
Cependant, sa présence régulière sur le circuit européen d’année en année, et le fait d’avoir de « bonnes batailles » avec les meilleures coureuses d’Europe, lui a permis de se faire progressivement accepter.
Une culture moins présente
La culture du cyclo-cross demeure peu développée au Québec, malgré un intérêt réel pour le vélo sur route. Le Tour de l’Abitibi, les Grands Prix Cyclistes de Québec et de Montréal, ainsi que la tenue prochaine des Championnats du monde UCI sur Route à Montréal à l’automne 2026 témoignent de cet engouement.
Le cyclo-cross est pourtant un sport spectaculaire, qui exige à la fois technique, endurance et tactique. Consacrer une heure, un dimanche matin d’hiver, à regarder une course suffit souvent pour saisir l’intensité et la richesse de cette discipline.
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Nicolas Moreau ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.
– ref. Cyclo-cross : le difficile parcours de deux Québécoises sur le circuit européen – https://theconversation.com/cyclo-cross-le-difficile-parcours-de-deux-quebecoises-sur-le-circuit-europeen-283330
