Source: The Conversation – France (in French) – By Austin McCoy, Assistant Professor of History, West Virginia University

Formant le groupe emblématique du label Motown devenu symbole de l’« empowerment » féminin, Martha and the Vandellas ont interprété bon nombre de tubes, dont « Dancing in the street », titre qui incarnait parfaitement l’esprit de la lutte pour les droits civiques des Afro-Américains aux États-Unis, sorti en juillet 1964.
Le 28 juin 1965, l’émission télévisée de CBS « It’s What’s Happening Baby » diffusait un clip vidéo mettant en scène Martha and the Vandellas interprétant leur tube « Nowhere to Run » pour lancer son émission nationale consacrée à Détroit.
Dans la vidéo, le trio originaire de la ville chantait l’incapacité à oublier un ancien amant après une rupture, assis dans une Mustang blanche avançant lentement sur la chaîne de montage de l’usine Ford River Rouge.
En tant qu’historien de la culture et du travail, je considère le clip de « Nowhere to Run » comme un témoignage emblématique de la réputation de Détroit en tant que « Motor Town » et du rôle de l’ouvrier de l’automobile dans l’imaginaire américain.
Le fondateur et PDG de la Motown, Berry Gordy Jr, a travaillé sur la chaîne de montage de Ford et s’en est inspiré pour créer Hitsville U.S.A., le célèbre siège social et studio d’enregistrement qui servait à former les artistes et perfectionner le « son Motown » destiné au grand public. Le nom Motown est la contraction de Motor Town, « la ville des moteurs », le surnom de Détroit qui était alors la capitale de la production automobile.
Martha and the Vandellas faisaient partie de l’illustre liste d’artistes de la Motown dans les années 1960. Initialement composées de Martha Reeves, Rosalind Ashford et Annette Beard, et avec des changements de membres au cours des trois décennies suivantes, elles ont contribué à établir le girl group noir. Elles se présentaient comme issues de la classe ouvrière dans des clips comme « Nowhere to Run ».
Leur hymne classique « Dancing in the Street » reflétait l’esprit révolutionnaire des manifestants pour les droits civiques, en particulier des Afro-Américains des années 1960. En tant que chanteuse principale, Reeves s’est également imposée comme une « diva » pionnière du R&B, contribuant à ouvrir la voie à des chanteuses noires qui ont fait une carrière en solo telles que Whitney Houston, Janet Jackson, Mary J. Blige et Beyoncé.
Un parcours patient vers la célébrité
Martha Reeves est née à Eufaula, en Alabama, le 18 juillet 1941. Peu après, sa famille s’installa dans l’est de Détroit (Michigan). La musique occupait une place centrale dans sa vie depuis son enfance.
Dans ses mémoires publiées en 1994, Dancing in the Street: Confessions of a Motown Diva, Martha Reeves raconte que son père chantait des sérénades à sa mère avec sa guitare alors qu’elle était enceinte d’elle. Sa mère, Ruby, chantait également. Les parents de Reeves lui ont transmis leur amour de la musique ; elle chantait dans la chorale de son église et aspirait à monter sur scène.
« À cet âge, j’étais déjà accro à l’idée de ravir le public avec mon chant », écrit-elle dans ses mémoires.
Reeves était titulaire d’un diplôme à la Northeastern High School. Adolescente, elle utilisait de fausses cartes d’identité pour entrer dans des boîtes de nuit et voir des chanteurs se produire, et elle chantait lors de scènes ouvertes et de concours de talents. Elle a décroché sa première opportunité après avoir décroché trois soirées de concert au 20 Grand, une boîte de nuit populaire de Détroit située au croisement de la 14e Rue et de Warren Avenue.
C’est après l’une de ces représentations qu’elle rencontra William Stevenson, le responsable de la découverte de nouveaux talents chez Motown Records. Stevenson l’a invitée au siège du label.
Reeves s’est rendue au studio, mais elle n’a pas passé d’audition, pour des raisons qui ne sont pas tout à fait claires aujourd’hui. Au lieu de cela, Stevenson lui a proposé de répondre au téléphone. C’est ainsi qu’elle a décroché un poste au département A&R (Artists and Repertoire, la division d’un label discographique responsable de la découverte de nouveaux artistes ou de groupes à qui proposer un contrat, NDLR) et a commencé à travailler avec d’autres artistes de la Motown.

Leni Sinclair/Getty Images
En 1957, Reeves a rejoint son premier groupe, les Del-Phis. Formé par Edward « Pops » Larkins, le groupe comprenait également la leader Gloria Jean Williamson, Rosalind Ashford et Annette Beard.
Reeves a rapidement eu une autre chance de se distinguer. En septembre 1962, Stevenson l’a appelée pour remplacer Mary Wells lors d’une session d’enregistrement avec Marvin Gaye. Reeves a fait appel aux autres membres des Del-Phis, et elles ont si bien chanté qu’elles sont devenues le groupe vocal d’accompagnement de Gaye.
Après que les Del-Phis eurent tourné avec Gaye et enregistré « I’ll Have to Let Him Go », Gordy proposa un contrat d’enregistrement à Reeves, Beard et Ashford. Le groupe prit également un nouveau nom, Martha and the Vandellas.
Martha and the Vandellas a rapidement connu le succès commercial, avec des chansons comme « Come and Get These Memories « , « Quicksand » et « Heatwave ».
Un hymne à la révolution sur un rythme entraînant
« Dancing in the Street », écrit par Gaye, Stevenson et Ivy Jo Hunter, sort à l’été 1964 et devient un tube emblématique de Martha and the Vandellas.
Reeves a écrit dans son autobiographie qu’elle n’aimait pas « Dancing in the Street ». Cependant, elle se l’est appropriée, et elle a reconnu plus tard que la chanson incarnait l’esprit des manifestations pour les droits civiques.
« Elle est devenue l’hymne de la décennie », a écrit Reeves.
Elle avait raison.
Au moment de la sortie de la chanson, le mouvement des droits civiques battait son plein. Les Afro-Américains de Harlem (New York) sont descendus dans la rue pour protester contre le meurtre de James Powell, 15 ans par un policier new-yorkais en dehors de ses heures de service.
Les années 1960 ont marqué le début d’une série de « longs et chauds étés », alors que les tensions raciales s’intensifiaient. Les Noirs du quartier de Watts à Los Angeles (Californie) en 1965 ont manifesté dans les rues pour dénoncer les violences policières.
Plus de 100 manifestations ont été organisées en réaction à l’assassinat de Martin Luther King en 1968, de Chicago à Washington et Baltimore.
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Austin McCoy ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.
– ref. Martha and the Vandellas, les divas engagées de la Motown – https://theconversation.com/martha-and-the-vandellas-les-divas-engagees-de-la-motown-284099
