Source: The Conversation – in French – By Meredith Ralston, Professor of Women and Gender Studies and Political Studies, Mount Saint Vincent University
Il y a trois ans, j’ai rédigé un article pour The Conversation Canada sur la culture du viol lorsque l’acteur Danny Masterson a été incarcéré pour agression sexuelle. Ses amis de That ‘70s Show, Mila Kunis et Ashton Kutcher, avaient rédigé des lettres de soutien à son égard, soulignant que c’était un ami formidable et qu’ils souhaitaient que le juge fasse preuve de clémence lors de la détermination de la peine.
J’avais fait valoir que cet épisode illustrait plusieurs aspects de ce qu’on appelle la culture du viol : les soi-disant « bons gars » ne commettent pas de viol, les femmes sont responsables des agressions sexuelles et les victimes ont probablement donné leur consentement et ne devraient pas être crues.
Il y a deux ans, cinq anciens joueurs de hockey de la Ligue junior majeure ont été jugés pour agression sexuelle après qu’une relation sexuelle consensuelle entre un joueur et une femme se soit transformée en activité sexuelle de groupe lorsque le joueur en question a envoyé un texto à ses copains pour leur dire de « se joindre à un rapide plan à trois ». Plusieurs joueurs ont accepté sa proposition et se sont joints à eux.
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Je pensais à l’époque que, quelle que soit l’issue de l’affaire — les cinq joueurs ont été acquittés et plusieurs d’entre eux sont aujourd’hui de retour dans la LNH —, il y avait au moins une bonne dose de condamnation du comportement de ces hommes dans cette situation où une femme se retrouvait face à cinq hommes.
Même si cela ne répondait pas à la définition juridique de l’agression, cela pourrait peut-être servir d’avertissement aux hommes qui pensent pouvoir inviter d’autres hommes dans leur chambre pour qu’ils aient des relations sexuelles avec la femme avec laquelle ils viennent eux-mêmes d’avoir des relations sexuelles. Il s’agissait, à tout le moins, d’un manquement moral. Peut-être cela mènerait-il à un changement de culture au sein de ces milieux masculins d’élite, et, par la même occasion, à une remise en question de leur sentiment d’avoir des droits sur le corps des femmes.
L’affaire des « Sept de Cornell »
Apparemment non. L’Université Cornell se retrouve confrontée à une crise dont elle est elle-même responsable après qu’une ancienne étudiante a intenté une poursuite civile, alléguant avoir été victime, dans une fraternité, d’un viol collectif perpétré par sept hommes pendant plusieurs heures. L’un de ces hommes a envoyé un texto à ses copains, les invitant à profiter de « sexe gratuit » (« free pussy »). L’un d’eux l’aurait frappée si fort pendant l’agression qu’elle en a gardé des ecchymoses aux fesses.
L’affaire Cornell met en lumière plusieurs aspects de la culture du viol qui persistent encore aujourd’hui. La police du campus n’a pas consigné sa déclaration selon laquelle elle avait été violée. Le procureur n’a pas engagé de poursuites, au motif qu’elle s’était « enivrée de son plein gré ». Certains des hommes de la fraternité faisaient partie de l’équipe de rugby et étaient considérés comme des « gars bien ». L’un des agresseurs présumés était un ami de la jeune femme.
Au départ, la plaignante n’a pas porté plainte, parce qu’elle se considérait responsable de ce qui lui était arrivé. Elle était la victime, et pourtant, son éducation et son expérience de vie lui disaient que le fait de « s’être mise dans cette situation » faisait d’elle une « salope ».
Au départ, elle pensait que c’était elle le problème, et non les hommes qui l’auraient agressée.
Dans cette optique, les femmes qui ont des relations sexuelles en dehors du mariage ou d’une relation amoureuse sont des « salopes ». Les femmes qui s’habillent de façon provocante ou qui se saoulent lors de fêtes sont des « salopes ». Les femmes qui ont des relations sexuelles avec plusieurs hommes sont des « salopes ». Et les « salopes » doivent être punies.
L’histoire des lois occidentales sur le viol est longue et sordide, et elle nous montre comment les femmes victimes de viol ont été dépeintes. À moins qu’elles ne soient vierges, qu’elles aient des ecchymoses et qu’elles puissent fournir des preuves à l’appui, il ne s’agissait pas d’un viol. Les hommes pouvaient légalement violer leur conjointe jusqu’en 1983 au Canada, pour ne citer qu’un exemple ; il n’est donc pas exagéré de constater que la culpabilisation des victimes et la stigmatisation des femmes à la vie facile sont profondément enracinées dans la culture populaire. Il faudra apparemment plusieurs mouvements #MeToo et #IamJaneDoe avant que les hommes (et les femmes) comprennent ce qu’est le consentement.
La stigmatisation des « femmes faciles »
Les femmes peuvent, bien sûr, se livrer à la stigmatisation des « femmes faciles » avec autant d’habileté que n’importe qui. La personnalité médiatique américaine Megyn Kelly a été vivement critiquée pour avoir laissé entendre que la victime aimait l’attention que lui portaient les hommes, alléguant que c’était parce qu’elle n’était pas très attirante.
Le président américain Donald Trump a utilisé le même cliché pour affirmer qu’il n’aurait pas pu agresser sexuellement E. Jean Carroll parce qu’elle n’était pas son « type » — un mythe classique sur le viol qui suggère que la victime souhaitait en réalité subir ces abus et que l’agresseur n’a pas « besoin » de violer, puisque, dans le cas de Trump, il peut « les attraper par la chatte » en toute impunité.
De nombreuses universités participent à des programmes de prévention de la violence sexuelle, notamment des ateliers sur le consentement et des formations destinées aux témoins, en particulier pour les étudiants de première année. L’Université Cornell l’a probablement fait aussi.
La semaine dernière encore, l’Université Saint-François-Xavier d’Antigonish, en Nouvelle-Écosse, a dû faire face à un incident lié à la culture du viol : une affiche a été placardée sur un logement hors campus suggérant que les joueurs de football de l’Université Acadia, rivale de longue date, y déposent leur petite amie. Un tollé s’en est suivi, mais cela soulève de sérieuses questions quant à l’efficacité réelle des programmes universitaires de sensibilisation au consentement et au rôle des témoins.
À l’avenir, j’espère que la police du campus, les enquêteurs de la police communautaire et les procureurs examineront attentivement les cas présumés de viol collectif avant de les attribuer à une soirée, à l’ivresse, à une recherche d’attention ou à un manque de remords. Les enquêteurs pensent-ils vraiment que la plupart des femmes aiment avoir des relations sexuelles avec plusieurs hommes à la fois ? Est-ce une situation plausible en dehors du monde de la pornographie ou du travail du sexe ?
Au cas où certains se feraient de fausses idées sur les effets du sexe en groupe sur le corps des femmes (la « Jane Doe » de l’incident de Cornell a contracté une infection des voies urinaires immédiatement après, j’ai un jour interviewé une travailleuse du sexe consentante et par ailleurs épanouie pour mon livre sur la stigmatisation des « salopes ». Elle m’a confié qu’elle avait renoncé au sexe en groupe et aux orgies rémunérées, car cela mettait son corps à rude épreuve.
Si l’on menait un sondage auprès de toutes les femmes hétérosexuelles sexuellement actives, le sexe en groupe serait-il un désir réaliste ?
Comment consentir en situation de faiblesse ?
À quoi ressemble le consentement lorsqu’une femme est encerclée par plusieurs joueurs de rugby ou de hockey excités à l’idée d’une partie de « baise gratuite » ? Quand une femme comme Jane Doe affirme qu’elle était « plutôt d’accord » avec une partie de ce qui s’est passé, cela devrait soulever certaines questions fondamentales concernant le consentement.
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L’éducation classique sur le consentement utilise souvent l’acronyme FRIES pour illustrer ce que signifie le consentement. Aussi évidents qu’ils puissent paraître à ceux d’entre nous qui travaillent ou mènent des recherches dans ce domaine, les cinq éléments du consentement méritent d’être rappelés :
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Franchement et librement donné (sans manipulation, sans alcool ni administration de kétamine aux femmes)
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Réversible (elles peuvent changer d’avis en tout temps)
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Informé (elles savent à quoi elles consentent ; elles ne sont pas présentées à leur insu comme des biens, à l’instar de l’expression « baise gratuite »)
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Enthousiaste (active et désireuse, et pas simplement « ça me va »)
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Spécifique (dire oui à une chose ou à un homme ne signifie pas accepter d’avoir des relations sexuelles avec tous les autres).
La culture doit changer, les institutions doivent changer et les attitudes masculines selon lesquelles les femmes sont des jouets que l’on peut se passer d’un homme à l’autre doivent changer.
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Meredith Ralston a reçu une subvention du Conseil de recherches en sciences humaines.
– ref. L’« affaire de Cornell » démontre que la culture du viol est toujours présente – https://theconversation.com/l-affaire-de-cornell-demontre-que-la-culture-du-viol-est-toujours-presente-294294
