Source: The Conversation – in French – By Marielle Brunette, Directrice de recherche, Inrae

L’ESSENTIEL
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Après une tempête ou un incendie, de nombreux arbres endommagés peuvent être vendus si on agit rapidement.
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Un afflux de bois à écouler dans les plus brefs délais sur le marché fait alors baisser les prix.
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Quelques années plus tard, l’inverse peut survenir : la production d’arbres a diminué et les prix remontent.
C’est un phénomène qui peut parfois surprendre : après des événements catastrophiques de type incendie ou tempête, le prix du bois a tendance à chuter. Le grand public peut souvent s’étonner de cette réalité, en pensant qu’il y a sûrement moins de bois disponible après ces fléaux et que la rareté de cette matière première en augmente forcément les prix. La réalité est tout autre, voici pourquoi.
Beaucoup de bois à écouler rapidement
Après une catastrophe de grande ampleur, beaucoup d’arbres sont endommagés simultanément. Mais cela ne signifie pas que le bois est perdu. S’il est récolté rapidement, il reste exploitable pour la plupart des usages, de la construction à l’énergie, même s’il perd l’accès aux débouchés les plus valorisants.
Une partie ne sera jamais récoltée, non parce qu’elle est inutilisable, mais parce que ce ne sera pas rentable. Le reste doit cependant être exploité rapidement afin de limiter leur dégradation et de préserver leur valeur commerciale. Il en résulte un afflux potentiel de bois sur le marché, mais la filière forêt-bois ne peut pas nécessairement absorber une telle quantité en peu de temps.
Un exercice périlleux en temps limité
Le premier verrou se situe en forêt, où les capacités d’exploitation habituelles, en bûcherons, en engins et en accès aux parcelles, ne suffisent pas à récolter dans le temps imparti l’afflux d’arbres abattus par une catastrophe. Prélever le bois endommagé en forêt est, dans la grande majorité des cas, le travail des entreprises de travaux forestiers (ETF), qui réalisent environ 80 % des travaux d’exploitation en France. Or, le Conseil général de l’alimentation, de l’agriculture et des espaces ruraux (CGAAER) souligne que la profession est confrontée à des difficultés d’attractivité et de recrutement. Les travaux de récolte sont en outre décrits comme physiquement exigeants et dangereux par l’interprofession nationale.
Dans le cas d’une tempête, par exemple, l’exploitation des chablis (les arbres renversés ou brisés par le vent) est particulièrement contraignante : enchevêtrés au sol, ils présentent des difficultés techniques et de sécurité spécifiques pour les exploitants (cf. photo ci-dessous). Pour cette raison, les [pouvoirs publics] ont notamment retenu un surcoût forfaitaire d’exploitation des chablis de 10 euros par mètre cube, déductible du revenu forestier des propriétaires sinistrés, après les tempêtes de 1999 et, dans le Sud-Ouest, après la tempête Klaus en 2009.
Dans ce contexte, la capacité effective de récolte peut être réduite au moment même où le volume à exploiter augmente fortement.

Alain André/ONF, Fourni par l’auteur
Une logistique complexe et des scieries de moins en moins nombreuses
Le deuxième verrou concerne la logistique. Les bois doivent être abattus, façonnés, débardés (sortis des parcelles jusqu’en bord de route), transportés et, lorsque leur conservation l’exige, stockés dans des conditions permettant de ralentir leur dégradation.
Lors des grandes tempêtes, une partie des troncs abattus (les grumes) a été conservée par aspersion : un arrosage continu maintient le bois saturé en eau, ce qui limite l’apport d’oxygène et ralentit le développement des champignons et insectes responsables de sa dégradation (cf. photo ci-dessous). Cette technique a permis notamment de réguler l’afflux de chablis sur le marché.

Marielle Brunette, Fourni par l’auteur
La tempête Caetano, en novembre 2024, illustre cette contrainte dans la vallée de la Tarentaise, en Savoie : l’Office national des forêts (ONF) estimait à environ 60 000 mètres cubes le volume de chablis à exploiter, soit, pour la seule commune des Allues, l’équivalent d’environ vingt années d’exploitation habituelle. Un an après, en novembre 2025, l’essentiel de ces bois avait été évacué, façonné et écoulé auprès d’acheteurs partout en France, grâce à des contrats d’approvisionnement mobilisés en urgence.
Le troisième verrou est industriel. Selon l’Agreste, la France comptait 1 214 scieries en 2022, contre 9 000 en 1973, selon la Cour des comptes. La Cour des comptes souligne surtout le sous-dimensionnement de l’outil français : avec une surface forestière inférieure d’environ un tiers, l’Allemagne produit plus de deux fois plus de sciages.
S’y ajoute un décalage structurel, le « paradoxe français » : les sciages portent à 80 % sur des résineux alors que la forêt est feuillue à environ deux tiers. La France importe ainsi chaque année environ 2 millions de mètres cubes de sciages résineux.
Un choc d’offre
Il résulte de cette situation un décalage : après une tempête, un incendie ou une infestation de scolytes (des petits coléoptères qui coupent la circulation de la sève de certains conifères en creusant des galeries dans le bois), la quantité de bois qui pourrait être vendue dépasse largement la quantité qui peut effectivement être récoltée, transportée et transformée dans la fenêtre de temps où ce bois conserve sa valeur. Les prix s’effondrent, tandis qu’une partie des volumes se dégrade sur pied ou en forêt avant d’avoir pu être mobilisée.
En langage économique, on dit que l’offre est supérieure à la demande. Dans ce contexte, la réaction du marché, c’est une chute des prix. En effet, plus un produit est disponible, plus son prix est bas et, inversement, plus un produit est rare, plus il est cher. Il n’est donc pas surprenant qu’un afflux massif de bois sur le marché génère ce que l’on appelle un « choc d’offre ».
Un tel choc fut observé à la suite des tempêtes de 1999 et de 2009. D’après le Centre d’études et de prospectives (CEP) du ministère de l’agriculture, le prix du pin maritime a ainsi chuté de près de 60 % après la tempête Klaus de 2009.
Ce phénomène a également été observé, dans une moindre mesure, dans l’est de la France, en 2018 à la suite des ravages des scolytes. Les conséquences économiques de ces ravages ont été encore plus manifestes dans d’autres pays, en République tchèque par exemple, où la crise des scolytes de 2018 a provoqué une hausse de 340 % des quantités de bois endommagés, engendrant une chute des prix du bois de 73 %.
Un contrecoup possible
Un choc d’offre, cela signifie une urgence à traiter immédiatement, mais aussi des problèmes d’approvisionnement à anticiper. En effet, beaucoup de bois maintenant, cela signifie moins de bois plus tard, car les arbres mettent du temps à pousser. Par conséquent, une baisse brutale des prix peut être suivie après quelques années par une hausse brutale, puisque le bois devient plus rare. On l’observe clairement sur le graphique ci-dessous avec le prix du pin maritime qui s’est effondré à la suite de la tempête Klaus de 2009 avant de remonter progressivement jusqu’à atteindre deux fois le prix d’avant tempête (environ 25 euros par mètre cube en 2005 versus 50 euros en 2018).
Certaines caractéristiques peuvent contribuer à accentuer cette chute de prix. Tout d’abord, si les dommages sont concentrés dans une zone assez restreinte, le marché local va s’effondrer. De plus, la baisse du prix est plus importante quand le bois est homogène en essence et en usage.
Ces deux caractéristiques ont été rencontrées lors de la tempête Klaus de 2009. Cette tempête a touché essentiellement le sud-ouest de la France, endommageant principalement du pin maritime. La chute de prix qui s’est ensuivie fut spectaculaire, atteignant un prix de zéro en 2009-2010. Dans ce cas précis, il devient urgent d’alimenter un marché plus large, d’évacuer les bois vers d’autres régions, voire d’autres pays. Si la catastrophe avait touché plusieurs régions et des essences variées, l’impact aurait été moindre, comme ce fut le cas avec la tempête de 1999 (cf. graphique).
Peut-on minimiser la baisse des prix ?
Comment, dès lors, limiter ces chutes et hausses des prix ?
Les propriétaires peuvent utiliser des contrats d’approvisionnement qui stipulent une date de récolte et un prix, de manière à ne pas subir la volatilité courante des prix du bois. Toutefois, cet instrument ne fonctionne pas en cas d’aléa, car le propriétaire impacté n’est pas en mesure de respecter les clauses du contrat, notamment en matière de qualité et de diamètre.
Une pratique souvent mise en œuvre est de demander aux propriétaires d’être solidaires. En effet, on va suggérer aux propriétaires qui n’ont pas été touchés d’attendre, de décaler leur récolte afin de limiter les bois disponibles sur le marché. Par exemple, après les incendies de 2022 dans le Sud-Ouest, les ventes d’automne par appel d’offres ont été annulées afin de permettre la récolte des bois sinistrés dans les meilleures conditions.
Ensuite, plusieurs politiques publiques peuvent être mises en œuvre, dont certaines ont déjà été testées. Par exemple, une politique de stockage a déjà été mise en œuvre à la suite des tempêtes de 1999 et de 2009. Il s’agit d’entreposer les bois sur des aires de stockage spécifiques, ce qui permet de lisser l’offre de bois dans le temps, c’est-à-dire d’écouler les bois sur le marché plus lentement.
Des subventions au transport ont également déjà été mises en place après les mêmes tempêtes. Elles ont pour objectif de favoriser la circulation des bois sur le territoire et au-delà, c’est-à-dire d’élargir le marché. Enfin, la fixation d’un prix plancher est également une mesure disponible, mais qui, à notre connaissance, bien que parfois discutée, n’a jamais été décidée. Cette fois, il s’agit d’imposer un prix minimum de vente afin d’éviter la ruine du vendeur.
Des aléas de plus en plus fréquents
Sous l’effet du changement climatique, les aléas naturels deviennent plus fréquents et plus intenses. On observe notamment une récurrence d’aléas dans les mêmes zones géographiques. Le Sud-Ouest a ainsi subi une sécheresse en 2021, des incendies de l’été 2022 et les attaques de scolytes qui ont suivi. Ou encore, plus récemment, avec l’arrivée de la nématode du pin à Seignosse dans les Landes en novembre 2025, suivie de la tempête Nils en février 2026, et des grands incendies de l’été 2026. Ces risques multiples et en cascade vont encore accentuer l’instabilité du marché du bois et accroître la volatilité des prix.
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Ce travail a bénéficié de l’appui de l’Observatoire pour L’Economie de la Forêt (OLEF) – https://doi.org/10.17180/hk4v-2a37, plateforme de l’UMR BETA. Les auteurs remercient Alexandra Niedzwiedz pour ses conseils et la réalisation du graphique.
Ce travail a reçu le soutien du MP XRisques d’INRAE et du projet X-RISKS du PEPR FORESTT (ANR-24-PEFO-0005).
Ce travail a bénéficié de l’appui de l’Observatoire pour L’Economie de la Forêt (OLEF) – https://doi.org/10.17180/hk4v-2a37, plateforme de l’UMR BETA. Les auteurs remercient Alexandra Niedzwiedz pour ses conseils et la réalisation du graphique. Ce travail a reçu le soutien du MP XRisques d’INRAE et du projet X-RISKS du PEPR FORESTT (ANR-24-PEFO-0005).
– ref. Pourquoi le prix du bois chute-t-il après un incendie ou une tempête ? – https://theconversation.com/pourquoi-le-prix-du-bois-chute-t-il-apres-un-incendie-ou-une-tempete-292838
