Endurance des collégiens : ce que les tests scolaires disent de leur santé

Source: The Conversation – France in French (3) – By Olivier Rey, Maître de conférences en Sciences du Sport, Aix-Marseille Université (AMU)


L’ESSENTIEL

  • Les premières évaluations nationales en France signalent une faible endurance physique chez les élèves de sixième.

  • Le test Navette estime la capacité aérobie, mais son résultat dépend aussi de la maturation, de la motivation et des conditions de passation. Les comparaisons internationales exigent donc de la prudence.

  • Ces évaluations doivent aider à déterminer les besoins, à adapter les cours d’éducation physique et sportive et à accompagner les progrès pour favoriser un engagement durable dans l’activité physique.


À l’automne 2025, près de 270 000 élèves de sixième ont participé, en France, à la première évaluation nationale de leur condition physique. Cette opération inédite visait à mieux connaître l’état de santé de 32 % des jeunes de sixième afin d’adapter les politiques de prévention et les pratiques pédagogiques.

Grâce à ce test, la condition physique d’une génération représentative d’élèves a pu être estimée pour la première fois dans notre pays. Les premiers résultats, publiés par la direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance (DEPP) du ministère de l’éducation nationale dressent un constat préoccupant.

L’endurance des enfants est estimée faible, ce qui semble confirmer la tendance à la baisse constatée depuis plusieurs décennies dans le monde. Mais ces travaux posent également une question essentielle : que mesure réellement un test de condition physique réalisé à l’école ?

Une génération moins endurante

L’épreuve retenue pour ces épreuves est le test de course en allers-retours sur 20 mètres, ou « test Navette ». Largement utilisé à l’international, il consiste à faire courir les élèves entre deux lignes au rythme de signaux sonores. La vitesse augmente progressivement, jusqu’au point où les enfants ne peuvent plus suivre le rythme imposé et s’arrêtent. Ils sont alors considérés comme ayant atteint leur vitesse maximale aérobie.

Les résultats obtenus lors des tests menés en 2025 révèlent que l’endurance des collégiens est, dans l’ensemble, faible. Les élèves atteignent en moyenne 2,8 paliers, soit une vitesse maximale aérobie estimée inférieure à 10,3 km/h. Plus préoccupant encore, près d’un élève sur cinq ne termine pas le premier palier, couru à seulement 8,5 km/h.

Ces chiffres s’inscrivent dans une tendance observée depuis plusieurs décennies. En France, comme dans de nombreux pays, plusieurs travaux mettent en évidence une diminution progressive de la condition physique des enfants et des adolescents selon divers indicateurs. Cette évolution accompagne les transformations profondes des modes de vie : augmentation du temps d’écran, recul des déplacements actifs et pratique physique moins régulière.

Pourquoi l’endurance est-elle un indicateur de santé ?

L’endurance cardio-respiratoire ne renseigne pas uniquement sur les performances physiques. Elle constitue aujourd’hui l’un des meilleurs indicateurs de santé chez l’enfant et l’adolescent. Un faible niveau de capacité aérobie durant l’enfance est associé à un risque plus élevé de maladies cardiovasculaires, de diabète de type 2 et de mortalité prématurée à l’âge adulte.

En outre, courir jusqu’à l’épuisement mobilise aussi d’autres dimensions : coordination, gestion de l’effort, motivation, confiance en soi ou persévérance. Pour cette raison, les spécialistes font de plus en plus souvent appel au concept de « littératie physique », c’est-à-dire la capacité à se sentir compétent, confiant et motivé pour pratiquer durablement une activité physique. Un résultat au test Navette en dit donc beaucoup plus qu’une simple aptitude cardiovasculaire.

Que mesure réellement le test Navette ?

Ce test a été choisi parce qu’il est simple à organiser et qu’il permet d’évaluer rapidement une classe entière. Son utilisation dans de nombreux pays facilite également les comparaisons internationales.

Il ne mesure toutefois pas directement la consommation maximale d’oxygène (VO2max), qui constitue la référence de la capacité aérobie. En effet, mesurer directement ce paramètre nécessite des équipements de laboratoire et une analyse complexe, souvent en laboratoire. L’effort est produit pendant 10 à 15 minutes, de façon progressive, en courant sur un tapis de course ou en pédalant sur un vélo ergométrique, tout en étant équipé d’un masque qui analyse les gaz expirés et d’une mesure en continu de l’activité cardiaque. Chez des enfants de 11 ans, les valeurs de référence sont comprises entre 47 et 52 mL·min⁻¹·kg⁻¹ chez les garçons et 40 à 46 mL·min⁻¹·kg⁻¹ chez les filles.

Le test Navette fournit quant à lui une estimation indirecte de cette capacité à partir de la performance atteinte. Cette nuance est importante, car, au-delà du sexe, le résultat dépend aussi d’autres facteurs : taille, masse corporelle, maturation, expérience sportive, technique de course ou motivation.

Les nombreux changements de direction augmentent les contraintes neuromusculaires par rapport aux tests de course en continu, comme le VAM-EVAL. Deux élèves s’arrêtant au même palier ne présentent donc pas nécessairement la même condition physique.

Contrairement aux évaluations réalisées en laboratoire, il est par ailleurs impossible de vérifier si chaque élève a réellement atteint son effort physiologique maximal selon les critères habituels, sauf à relever la fréquence cardiaque directe, la difficulté perçue de l’effort selon une échelle préalablement apprise et de prendre en compte des observations comportementales fines. Le test Navette constitue ainsi un excellent outil standardisé de diagnostic et de suivi plus qu’une évaluation individuelle précise.

Peut-on comparer les résultats français aux références européennes ?

Les grandes bases de données européennes, comme EUROFIT ou FitBack, permettent de suivre l’évolution de la condition physique de plusieurs millions d’enfants et d’adolescents et de comparer les pays entre eux. Elles complètent les analyses internationales portant spécifiquement sur le test Navette.

Les comparaisons européennes mettent en évidence des différences géographiques de condition physique chez les jeunes. Les données FitBack indiquent notamment des niveaux d’aptitude cardio-respiratoire relativement élevés dans plusieurs pays d’Europe du Nord et centrale, dont l’Islande, la Norvège, la Slovénie, le Danemark et la Finlande, tandis que des niveaux plus faibles sont observés dans plusieurs pays d’Europe, comme en Espagne, en Italie, en Grèce ou au Royaume-Uni.

Ces écarts, également mis en évidence par des analyses internationales du test Navette, restent difficiles à expliquer et ne peuvent être attribués à un facteur unique. Les différences d’activité physique, de caractéristiques socio-économiques et d’environnements favorables à l’activité physique constituent des hypothèses plausibles, sans qu’un lien causal puisse être établi à partir des données disponibles. Pour cette raison, et à cause de l’hétérogénéité des échantillons et des données résultantes, il convient de rester prudent en matière de comparaisons entre pays.

Carte représentant le paysage européen de la condition physique cardiorespiratoire des enfants et adolescents, évaluée par le test Navette et exprimée en centile moyen national par rapport aux valeurs européennes. Les dix premiers pa
Paysage européen de la condition physique cardio-respiratoire des enfants et des adolescents, évaluée par le test Navette et exprimée en centile moyen national par rapport aux valeurs européennes. Les dix premiers pays du classement sont indiqués.
Adapté d’Ortega et al. (2023), CC BY-NC-SA

Ces comparaisons doivent donc être interprétées avec prudence. D’abord, parce que le protocole utilisé en France diffère légèrement du protocole international. L’existence d’une minute supplémentaire d’échauffement décale le déroulement du test et limite les comparaisons directes avec les références européennes. Ensuite, les seuils définissant un niveau « satisfaisant » sont établis à partir de la distribution des performances de la population de référence elle-même évaluée : les centiles reflètent donc le niveau relatif de condition physique au sein de cette population, et non un seuil absolu de santé. Si le niveau moyen d’une génération diminue, ces références peuvent, elles aussi, évoluer à la baisse.

Un classement relatif à un instant t ne traduit donc pas nécessairement l’évolution réelle de l’état de santé d’une population. Un centile renseigne en effet sur une position relative à une population et à une période de référence, mais ne suffit pas, à lui seul, à caractériser une évolution temporelle de la condition physique ou de l’état de santé.

Graphique représentant les bandes normatives européennes de performance au test Navette 20 m selon l’âge et le sexe. Les courbes représentent les valeurs médianes (P50) chez les garçons et les filles. Les zones colorées correspondent à l’intervalle compri
Illustration des valeurs normatives européennes de performance au test Navette de 20 mètres selon l’âge et le sexe. Les courbes représentent les médianes (P50) chez les garçons et les filles et les zones colorées l’intervalle P20–P80. Les lignes horizontales en pointillé indiquent, pour la classe d’âge 11,0–11,9 ans, les performances médianes correspondantes (4,6 paliers chez les garçons et 3,6 chez les filles).
Adapté d’Ortega et al. (2023), CC BY-NC-SA

Enfin, la performance dépend aussi des conditions de passation : qualité du sol, familiarisation avec le test, maîtrise des changements de direction, mais aussi contexte collectif. À cet âge, motivation, peur du jugement ou émulation du groupe influencent également le résultat.

Mesurer pour mieux agir

Ces limites ne remettent pas en cause l’intérêt de cette première évaluation nationale. Pour la première fois, la France dispose d’une « photographie » de la condition physique d’une proportion représentative d’élèves. Répétées régulièrement, ces évaluations permettront de suivre les évolutions dans le temps, d’identifier les inégalités entre territoires et de mieux cibler les actions de prévention. La comparaison aux données internationales serait toutefois facilitée par l’emploi du même protocole de test.

Graphique illustrant la répartition des élèves de sixième selon le niveau de maîtrise au test d’endurance, par sexe, octobre 2025. Les groupes sont définis selon le dernier palier atteint : « à besoins » (palier ≤ 1), « fragile » (paliers 2 à 3) et « sati
Répartition des élèves de sixième selon le niveau de maîtrise au test d’endurance, par sexe, octobre 2025. Les groupes sont définis selon le dernier palier atteint : « à besoins » (palier ≤ 1), « fragile » (paliers 2 à 3) et « satisfaisant » (palier ≥ 4).
DEPP, 2026., CC BY-NC-SA

À l’échelle des établissements scolaires, ces données peuvent aider les enseignants d’éducation physique et sportive (EPS) à adapter leurs pratiques. L’objectif n’est pas de classer les élèves ni de réduire leur état de santé à un score, mais d’identifier des besoins, d’accompagner les progrès et de favoriser l’engagement durable dans l’activité physique, conformément aux recommandations de la DEPP.

Les niveaux jugés faibles observés reflètent probablement des évolutions de nos modes de vie. Mesurer la condition physique ne constitue donc pas une fin en soi. L’enjeu est désormais de transformer ces résultats en leviers d’action pour redonner aux enfants et aux adolescents le goût du mouvement et de l’engagement dans une activité physique et sportive. Une priorité, car on sait aujourd’hui que la pratique régulière contribue à la santé, avec des bénéfices qui varient selon la quantité, l’intensité et le type d’activité : toute augmentation de l’activité peut être bénéfique, notamment chez les jeunes les moins actifs.

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

– ref. Endurance des collégiens : ce que les tests scolaires disent de leur santé – https://theconversation.com/endurance-des-collegiens-ce-que-les-tests-scolaires-disent-de-leur-sante-292941