Le simple nom d’un aliment influence la perception que l’on a de son poids

Source: The Conversation – France (in French) – By David Sidhu, Assistant Professor, Department of Psychology, Carleton University

Nous avons tendance à associer certains sons, comme « i » ou « t », à de petites tailles, et d’autres, comme « o » ou « b », à de grandes tailles. Une nouvelle étude montre que ces associations influencent aussi notre perception des en-cas. (Unsplash)

L’ESSENTIEL

  • La sonorité du nom d’un aliment influence la perception de son poids et de son pouvoir rassasiant.

  • Certains sons évoquent spontanément quelque chose de « grand » et consistant, d’autres quelque chose de « petit » et léger.

  • Ces associations peuvent aussi peser sur l’intention d’achat, selon le type d’en-cas recherché.


Imaginez que vous ayez faim dans un supermarché et que vous cherchiez quelque chose à grignoter. Vous avez le choix entre des barres de céréales Gobo et des barres de céréales Kipi. Lesquelles choisissez-vous pour vous rassasier ? Si vous êtes comme les participants à notre nouvelle étude, vous avez probablement répondu Gobo.

De nombreux facteurs influencent la perception que nous avons des aliments. Par exemple, les consommateurs jugent les produits dont l’emballage arbore des couleurs ternes plus sains que ceux aux couleurs vives. Ils ont également tendance à penser que les en-cas présentés dans un emballage brillant sont plus riches en matières grasses.

Dans notre nouvelle étude, nous avons cherché à savoir comment la sonorité du nom d’un en-cas influence ces perceptions. Nous nous sommes notamment demandé si elle pouvait nous amener à penser qu’un aliment est plus ou moins lourd et plus ou moins rassasiant.

Nous avons constaté que les participants s’attendaient à ce que les aliments portant un nom à la sonorité « imposante », comme Norgo, soient plus lourds et plus rassasiants que ceux dont le nom évoquait quelque chose de « petit », comme Iskee.

Certains sons évoquent un produit plus petit

Notre étude s’appuie sur un effet découvert il y a près d’un siècle : l’« effet mil/mal ». Il est moins connu que son proche parent, l’« effet bouba/kiki », qui désigne notre tendance à associer certains sons à des formes arrondies et d’autres à des formes anguleuses. Cet effet a été proposé par le psychologue allemand Wolfgang Köhler la même année, en 1929.

L’effet mil/mal désigne quant à lui la tendance à associer certains sons, comme « i » ou « t », à de petites tailles, et d’autres, comme « o » ou « b », à de grandes tailles.

Plusieurs hypothèses tentent d’expliquer ce phénomène. L’une d’elles tient à l’ouverture de la bouche lorsque nous prononçons certains sons : essayez, par exemple, de dire « i », puis « o ». Une autre suggère que ces associations viennent des sons que produisent dans la réalité les choses petites ou grandes. Pensez, par exemple, au pépiement d’un poussin comparé au grognement d’un ours.

Un distributeur automatique.
Quels facteurs influencent votre choix lorsque vous achetez un en-cas dans un distributeur automatique ?
(Unsplash/Estera)

Nous voulions savoir si ce phénomène pouvait influencer la façon dont les consommateurs perçoivent les aliments. Nous avons mené une expérience auprès de plus de 600 participants, auxquels nous avons présenté des noms de marques fictives pour différents types d’en-cas. Nous leur demandions, par exemple, d’« imaginer une nouvelle marque de chips appelée Tikee » ou « une nouvelle marque de mélange de fruits secs et de noix appelée Boge ».

Ces noms inventés contenaient des sons associés à l’idée de petitesse ou, au contraire, de grandeur. Nous avons testé différents aliments, aussi bien des produits considérés comme sains, comme les flocons d’avoine, que des produits moins sains, comme les chips.

Les noms associés à chaque aliment étaient attribués de manière aléatoire pour chaque participant.

Qu’est-ce qui influence notre envie d’acheter ?

Nous avons demandé aux participants d’évaluer à quel point ils pensaient que les aliments seraient lourds et rassasiants. Résultat : ils s’attendaient à ce que les en-cas portant des noms comme Boge soient plus lourds et plus rassasiants que ceux portant des noms comme Tikee.

Nous avons également pris en compte toutes sortes de facteurs, comme la longueur des noms, le fait que les participants les apprécient ou non, ou encore leur facilité de prononciation. Et le type d’aliment – considéré comme sain ou non – ne changeait rien à l’effet produit par le nom.

Tout cela est intéressant, mais est-ce que cela influence réellement ce que les consommateurs achètent ? C’est un peu plus compliqué. Nous avons demandé aux participants dans quelle mesure ils seraient susceptibles d’acheter chacun des en-cas. Lors de nos premières expériences, les noms évoquant quelque chose de grand ou de petit ne semblaient pas avoir d’effet sur leur intention d’achat.

Petite curiosité tout de même : les participants avaient surtout envie d’acheter les en-cas baptisés Teek, tandis que Blorogo les séduisait très peu. Un nom à éviter, donc, si vous comptez lancer une nouvelle marque de biscuits apéritifs.

En réalité, l’envie d’acheter dépend de ce que recherche le consommateur à un moment donné. Dans l’une de nos expériences, nous avons demandé aux participants d’imaginer un ami qui apprécie les aliments consistants et rassasiants, ou au contraire un ami qui préfère une alimentation légère. Selon le profil de cet ami, ils étaient alors plus ou moins enclins à acheter des produits portant des noms évoquant quelque chose de « petit » ou de « grand ».

La sonorité du nom d’un en-cas peut donc bel et bien influencer l’intention d’achat, en fonction du type d’aliment que le consommateur recherche à ce moment-là.

Et après avoir mangé ?

De futures recherches pourraient chercher à déterminer si le nom d’un produit peut réellement influencer la sensation de satiété après l’avoir consommé.

Il arrive que nos attentes sur le déroulement d’une expérience influencent la manière dont nous la vivons, parfois même davantage que l’expérience elle-même. Ainsi, si l’on s’attend à ce qu’un en-cas soit rassasiant, on pourrait se sentir davantage rassasié après l’avoir mangé que si l’on pensait consommer quelque chose de léger.

De futures études devraient également porter sur de vrais produits, et pas seulement sur leur description. De nombreux aspects – le caractère brillant ou mat de l’emballage, sa forme, les couleurs utilisées – influencent en effet notre perception d’un produit, au-delà de son seul nom.

Tous ces éléments combinés pourraient peser davantage que le nom à lui seul sur la façon dont nous percevons le caractère rassasiant d’un en-cas. Alors, la prochaine fois que vous aurez faim et choisirez un Rolo plutôt qu’un Twix, ou que vous chercherez quelque chose de léger et opterez pour des Triscuits plutôt que des Doritos, la sonorité de leur nom y sera peut-être pour quelque chose !

The Conversation

David Sidhu bénéficie de financements du Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada (CRSNG) et du Conseil de recherches en sciences humaines du Canada (CRSH).

Johanna Peetz bénéficie de financements du Conseil de recherches en sciences humaines du Canada (CRSH).

Rachel Burns bénéficie de financements des Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC). Elle a également reçu des financements du Conseil de recherches en sciences humaines du Canada (CRSH), de la Fondation canadienne pour l’innovation (FCI) et du Fonds pour la recherche en Ontario.

– ref. Le simple nom d’un aliment influence la perception que l’on a de son poids – https://theconversation.com/le-simple-nom-dun-aliment-influence-la-perception-que-lon-a-de-son-poids-293391