Sommet de la philanthropie à Montréal : l’urgence de passer à l’acte

Source: The Conversation – in French – By Jean-Marc Fontan, Professeur émérite, Université du Québec à Montréal (UQAM)

Le monde fonce droit dans un mur, celui de l’effondrement des écosystèmes naturels. Il doit délaisser le modèle développemental extractiviste et s’attaquer aux causes profondes des inégalités, du racisme, des abus de pouvoir et de la dégradation des écosystèmes. Pour ce faire, la philanthropie peut devenir un formidable outil.


Quatre cents participantes et participants sont à Montréal cette semaine pour poursuivre une réflexion collective sur l’avenir de la philanthropie. Le WINGSForum réunit des professionnels, experts et scientifiques du milieu de la philanthropie évoluant dans des réseaux et des organisations du monde entier. Ils font le pont entre les univers du Nord et du Sud.

Le thème cette année est la nécessité du passage à l’acte, comme en font foi les libellés anglais et français du Forum : ACT (Activate, Collaborate, Transcend) et ACTE (Activer, Collaborer et Transcender Ensemble).

Les conversations font écho à une conjoncture marquée par l’accroissement des inégalités, la détérioration des milieux de vie, l’intensification des changements climatiques, l’érosion de la biodiversité, la montée du conservatisme et le retour en force des autoritarismes.




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Le moment présent se prête moins à des appels abstraits aux changements qu’à la mise sur pied d’initiatives concrètes — tant conservatrices que progressistes — visant à transformer en profondeur les organisations et les institutions.

La conjoncture oppose les promoteurs d’un développement hyperlibéral et extractiviste aux partisans d’une contre-hégémonie à visée émancipatrice. En toile de fond, un clin d’œil aux modes de vie des populations autochtones, présentés comme source d’inspiration pour repenser les nôtres.

Ayant développé depuis 2013 une expertise dans le champ de la philanthropie subventionnaire, et collaboré sur plusieurs projets avec l’organisation Wings dans le cadre des travaux du Réseau canadien de recherche partenariale sur la philanthropie (PhiLab), nous endossons pleinement le sentiment d’urgence d’agir identifié par le Forum Wings en vue de réduire les inégalités sociales et de mitiger les effets négatifs de nos actions sur l’environnement.

Trois grands axes de travail

L’organisme promoteur du Forum, WINGS, est une organisation non gouvernementale représentative de la société civile internationale. Depuis sa création en 2000, elle est financée par le secteur philanthropique.

Son activité phare est la tenue de forums internationaux. Celui de Montréal est le huitième d’une lignée qui l’a vue grandir, décliner et renaître de ses cendres. Forte d’un effectif de 250 organisations membres réparties dans 60 pays, WINGS soutient le milieu philanthropique dans ses efforts pour générer du changement transformateur. L’objectif est de voir émerger un monde plus juste, équitable et durable.

Pour ce faire, trois grands axes de travail sont déployés : le développement de l’intelligence collective, le renforcement des écosystèmes philanthropiques et l’exercice d’un plaidoyer pour des politiques publiques qui peuvent favoriser l’objectif de voir émerger un « Nouveau Monde ».

S’attaquer aux causes profondes des inégalités

Le Forum de Montréal s’inscrit en complémentarité avec les deux précédents. Celui de 2020, organisé en ligne en raison de la pandémie de Covid-19, visait à imaginer le futur. Le suivant, tenu à Nairobi, au Kenya, en 2023, avait pour objectif de transformer les pratiques et les institutions.

À Montréal, on entend explorer comment la philanthropie peut évoluer vers une action coordonnée, courageuse et pratique, en particulier en s’attaquant aux causes profondes des problèmes d’aujourd’hui et en changeant la façon dont le pouvoir et les ressources sont créés, détenus et partagés.




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Pour s’attaquer à cela, trois thèmes guideront les conversations.

Le premier concerne l’activation des mécanismes qui faciliteront les changements en profondeur. Le deuxième touche les conditions propices à des partenariats forts et à des collaborations soutenues. Le troisième a trait aux façons de mobiliser les ressources requises et, surtout, au rôle des organisations philanthropiques dans les transformations à enclencher.

Le statu quo n’est plus une option

Un tel Forum prend l’aspect d’un vaste remue-méninges à l’intérieur du système philanthropique international, permettant de prendre connaissance d’avancées concrètes, de se pencher sur les conditions favorables aux actions et, possiblement, sur les verrous qui les limitent. Des innovations émergeront peut-être, pour donner l’impulsion à de nouvelles pratiques et de nouveaux comportements. Les rencontres donneront sans doute aussi l’occasion de tisser des collaborations susceptibles de se traduire en partenariats.

Un constat émerge du milieu philanthropique : le statu quo développemental n’est plus une option. Il faut réaliser un saut qualitatif d’importance pour lancer des changements systémiques. Aussi ce Forum mettra-t-il en lumière des initiatives innovatrices et parfois subversives.

De l’extérieur, il peut paraître naïf de se demander comment la philanthropie subventionnaire, adossée à des fortunes privées issues justement de processus extractivistes et de dynamiques sociales fondées sur les inégalités et la concentration des pouvoirs et des ressources, peut collaborer avec la philanthropie des ONG et des organismes communautaires. Ces derniers, qui fonctionnent avec des pouvoirs restreints et des ressources limitées, sont à bout de souffle.

La majorité des fondations philanthropiques financent peu les actions qui s’attaquent aux causes de la marginalité, que ce soit pour lutter contre la pauvreté et la discrimination, préserver nos systèmes écologiques, renforcer des pratiques démocratiques ou encore soutenir et promouvoir le vivre ensemble.

Transcender le modèle extractiviste

Échanger des informations, partager de bonnes pratiques, cerner les conditions de réussite et mettre au jour les verrous en place : tout cela suffit-il ? Pour apporter, dans des systèmes allergiques aux changements, les transformations en profondeur qui s’imposent face aux grands maux de la question sociale mondiale, doit-on faire plus qu’échanger et palabrer ?


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Poser la question, bien sûr, n’est pas y répondre. Mais Montréal peut être l’occasion de transcender le modèle développemental extractiviste et de poser les fondements d’une approche permettant de centrer les réflexions et les analyses autour des causes profondes derrière les inégalités, le racisme, les abus de pouvoir et la dégradation des écosystèmes. Une approche qui s’inspire, d’ailleurs, de celle des populations autochtones dans leur façon d’aborder les écosystèmes et d’accorder autant d’importance aux considérations sociales qu’écologiques.

WINGSForum peut être l’occasion de transcender une modernité aux commandes de sociétés informatisées fonçant droit dans un mur : celui de l’effondrement des écosystèmes naturels.

La Conversation Canada

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

– ref. Sommet de la philanthropie à Montréal : l’urgence de passer à l’acte – https://theconversation.com/sommet-de-la-philanthropie-a-montreal-lurgence-de-passer-a-lacte-292438