Source: The Conversation – in French – By Jean-Daniel Lalau, Professeur de nutrition, PériTox, UMR_I 01, Université de Picardie Jules Verne, et service d’endocrinologie-diabétologie-nutrition, CHU d’Amiens, Université de Picardie Jules Verne (UPJV)
L’ESSENTIEL
-
Wegovy et Mounjaro sont les deux grands représentants des nouveaux traitements médicamenteux de l’obésité.
-
Ils sont désormais remboursables sous conditions en médecine de ville.
-
Le traitement nutritionnel et l’activité physique adaptée doivent être maintenus tout au long de la prescription.
Wegovy et Mounjaro font partie de ces nouveaux traitements médicamenteux de l’obésité, administrés par voie injectable. Jusqu’alors, leur coût élevé – pour les doses les plus fortes (en euros par mois, près de 200 euros pour le Wegovy et un peu plus de 430 euros pour le Mounjaro) n’était pas pris en charge par l’Assurance-maladie.
À lire aussi :
Ozempic, Wegovy : quels risques d’usage détourné avec ces médicaments pour le diabète et l’obésité ?
Depuis le 15 juin 2026, Wegovy FlexTouch (sémaglutide) et Mounjaro KwikPen (tirzépatide) sont remboursables en médecine de ville (Mounjaro est également remboursé dans le diabète de type 2, souvent lié à l’obésité).
Un remboursement, mais…
Le remboursement est partiel, à hauteur de 65 %. Il en résulte un reste à charge qui s’élève, en arrondissant, de 50 à 150 euros par mois, selon le produit et la posologie.
De plus, l’accès au remboursement se fait sous condition : un âge de 18 ans et plus, un indice de masse corporelle (IMC) initial supérieur ou égal à 40 kg/m², ou alors à 35 kg/m² couplé à une comorbidité, c’est-à-dire à une pathologie bien spécifique. Assez nombreuses, les pathologies concernées sont listées sur le site de l’Assurance-maladie. Citons notamment l’hypertension artérielle, le diabète de type 2, l’apnée du sommeil et les lombalgies.
Enfin, le sujet doit être en échec d’un traitement nutritionnel bien conduit (sa perte de poids à six mois doit être inférieure à 5 %), et augmenter l’activité physique.
Pour donner lieu à remboursement, la première prescription de Wegoy ou Mounjaro doit être délivrée par un médecin considéré par l’Assurance-maladie comme un « expert dans la prise en charge de l’obésité ». Il s’agit principalement des médecins spécialistes en endocrinologie-diabétologie-nutrition exerçant en centre hospitalier universitaire (CHU), dans un centre spécialisé de l’obésité (CSO) ou en lien avec un CSO, en structure de soins médicaux et de réadaptation (SMR, mentions « gastro-entérologie » et « endocrinologie, diabétologie, nutrition »).
Le renouvellement de la prescription peut ensuite être effectué par tout médecin.
Une piqûre de rappel sur le mécanisme d’action…
Wegovy et Mounjaro sont des peptides (des « mini-protéines ») qui se présentent sous forme de seringues injectables par voie sous-cutanée. Ces médicaments reproduisent tous deux l’action du GLP-1 (glucagon-like peptide-1), une hormone sécrétée par l’intestin. On parle ainsi d’ « analogues du GLP-1 » ou « d’agonistes du récepteur du GLP-1 »). Ces agents ralentissent la vidange gastrique, réduisent l’appétit et les compulsions et favorisent la satiété. Leurs effets secondaires sont de même nature.
On notera toutefois une différence entre les deux spécialités pharmaceutiques. Le Mounjaro correspond à ce que l’on appelle un double agoniste, pour l’hormone GLP-1 donc, aussi pour une autre hormone intestinale : le GIP (glucose-dependent insulinotropic polypeptide). Cette particularité lui confère encore plus de puissance d’action.
Comment choisir entre le Wegovy et le Mounjaro ? Le choix est laissé au prescripteur. Les critères seront l’efficacité, la tolérance et le reste à charge : le Mounjaro est plus puissant et mieux toléré (au plan intestinal), tandis que le reste à charge est moindre avec le Wegovy.
Des premiers résultats souvent bons, ou même excellents
L’efficacité des traitements médicamenteux de l’obésité est avérée. La perte moyenne de poids est d’environ 15 % à un an et plus avec le Wegovy (à 2,4 mg dans l’essai STEP-1) et de 15 à 21 % en fonction de la dose avec le Mounjaro (de 5 à 15 mg, essai SURMONT-1).
En moyenne, disons-nous. Dans les faits, un petit contingent de patients perd peu. Selon l’autorisation de mise sur le marché (AMM), il est recommandé d’interrompre le traitement en cas de perte de poids inférieure à 5 % (dans un intervalle de six à douze mois après le démarrage du traitement, à la dose maximale tolérée). En revanche, d’autres personnes peuvent perdre plus de 20 %. Du jamais vu jusqu’alors avec des médications !
À ce sujet, on dispose de peu d’éléments prédictifs de l’importance de la perte de poids. Il est logique toutefois d’attendre un surcroît d’efficacité dans l’obésité rapidement évolutive, pas trop ancienne, avec hyperphagie (chez ceux qui mangent en grande quantité) et avec les doses les plus élevées. À noter aussi que les résultats sont meilleurs chez les femmes, mais l’écart est faible, et moins bons en cas de diabète de type 2 associé.
L’efficacité, cependant, ne doit pas être évaluée à l’aune de la seule perte de poids. En effet, l’objectif thérapeutique est plus large : il est d’abord et avant tout l’amélioration de la qualité de vie.
« Est-ce que c’est dangereux, docteur ? »
Le questionnement des patients sur la dangerosité des traitements émerge rapidement en consultation lors de la présentation d’une nouvelle médication, et sans doute plus fortement encore à la suite des ravages provoqués par les premiers médicaments antiobésité (dont le tristement célèbre Médiator). Aussi une information circonstanciée est-elle requise pour aller au-devant des appréhensions.
En l’occurrence, les médicaments dont nous parlons ici sont certes récents, mais ils sont utilisés depuis quelques années dans plusieurs pays, et ce, après plusieurs années encore d’études précliniques et cliniques. Surtout, ils appartiennent à la famille des incrétino-mimétiques (qui reproduisent les effets du GLP-1 et du GIP) qui est ancienne (le précurseur, le Byetta, a intégré le marché américain en 2005).
À lire aussi :
Obésité : pourquoi les nouveaux médicaments ne sont pas des remèdes miracles
Ces agents ont d’abord été utilisés comme antidiabétiques, avec pour la première fois une perte de poids significative. Cette perte a conduit à proposer une posologie plus forte pour l’obésité (le sémaglutide à 1 mg – commercialisé sous le nom d’Ozempic – est ainsi passé à 2,4 mg sous la dénomination Wegovy), ou à combiner les actions sur le GLP-1 et le GIP comme évoqué pour le Mounjaro.
Fait essentiel : cette classe de médicaments s’est avérée cardioprotectrice. Nous nous inscrivons ici à l’opposé des premiers médicaments antiobésité néfastes pour le cœur !
Ne pas confondre « effets indésirables » et « danger »
Les médicaments efficaces et dénués d’effets secondaires n’existent pas. En l’occurrence, les effets secondaires sont ici surtout d’ordre digestif. Ils peuvent se révéler gênants, sans être graves pour autant : il s’agit de nausées, de vomissements ou de diarrhées, parfois une constipation.
Ces effets surviennent principalement durant la phase d’augmentation de la posologie, ils cessent généralement secondairement. Le taux d’arrêt est d’ailleurs faible (mais il est vrai que l’on poursuit parfois un traitement antiobésité qui n’est pas parfaitement toléré, mais qui s’avère efficace sur le poids).
Une grande prudence doit toutefois être accordée aux situations de perte de poids importante et rapide. Il convient de soulever alors les hypothèses suivantes : intolérance gastro-intestinale ? Trouble de la conduite alimentaire méconnu ? Réduction trop importante de l’alimentation ?
On comprend ainsi l’importance d’identifier les personnes à risque de carences nutritionnelles avant d’instaurer le traitement. Il y a un risque, en particulier, de réduction de la masse et de la fonction musculaire (sarcopénie). Une grande vigilance s’impose de ce fait chez le sujet âgé.
Il faut aussi connaître les antécédents biliaires en raison du risque accru de lithiase (le ralentissement de l’intestin déjà évoqué pour l’estomac touche aussi les voies biliaires).
Le médicament, une facilité ?
On pourrait objecter que recourir à ces médicaments antiobésité revient à chercher un résultat rapide en s’affranchissant des modifications du mode de vie. Mais force est de reconnaître qu’il n’y a pas d’autre traitement aussi efficace, si l’on excepte la chirurgie de l’obésité qui est invasive et qui impose des contraintes ; quant aux modifications du comportement alimentaire, elles sont plus que difficiles à mettre en place et à maintenir.
Fait choquant, les consultations de diététique, d’activité physique adaptée et de psychologie sont peu ou pas remboursées (et l’on regrette très vivement que les diététiciens français soient quasiment les seuls en Europe à avoir un parcours de formation de deux ans seulement). Les médecins nutritionnistes, eux, sont peu nombreux, en corrélation inverse même avec la médiatisation de leur discipline.
Qu’il soit bien dit, enfin, que le traitement médical ne peut pas guérir la ou les causes de l’obésité.
Des médicaments à prendre toute sa vie ?
Le groupe de travail sur les traitements médicamenteux de l’obésité « recommande de ne pas faire des prescriptions à titre temporaire ». Nous pensons pour notre part que cette position peut être nuancée. Il est raisonnable d’espérer, en effet, que certains patients puissent, sinon maintenir, à tout le moins préserver une perte de poids significative après arrêt.
Pourquoi cela ? Parce qu’après avoir obtenu un résultat important sur le poids après tant d’années d’échec et de perte d’estime de soi, la restauration de la confiance en soi et de la mobilité peut faire mieux adhérer aux préceptes d’une vie saine et tenter de s’émanciper de la médication.
À lire aussi :
Nouveaux médicaments antiobésité : l’arrêt des injections entraîne une reprise de poids beaucoup plus rapide que prévu
L’étude SURMOUNT-4 a d’ailleurs montré qu’un patient participant à l’essai sur six mois conservait au moins 80 % de sa perte de poids initiale après arrêt du tirzépatide (le principe actif du Mounjaro).
En outre, le raisonnement ne doit pas nécessairement se tenir selon la loi du « tout ou rien » (soit la pleine dose, soit plus rien) : on peut très bien imaginer une réduction à terme de la dose ou un recours à la forme orale qui devrait bientôt être disponible (pour le sémaglutide). Cela permettrait ainsi de disposer de formules moins efficaces pour le poids, certes, mais qui pourraient jouer le rôle de consolidation de l’importante perte de poids initiale.
Une avancée majeure, mais avec des implications
Le remboursement de ces médicaments représente une avancée majeure, mais avec des implications.
Pour le sujet soigné, il incombe de maintenir les habitudes de vie saines tout au long du traitement.
Les prescripteurs, eux, ont une double tâche : délivrer une information circonstanciée avant la mise en place du traitement ; assurer ensuite un suivi régulier de l’efficacité et de la tolérance, selon une approche biopsychosociale dépassant le seul plan pondéral.
La collectivité, enfin, doit être informée des bonnes pratiques de prescription et de l’impact médico-économique.
![]()
Jean-Daniel Lalau déclare des activités de travaux scientifiques, conseil, conférence ou colloque pour le compte de AstraZeneca, Boehringer Ingelheim, Eli Lilly, Novo Nordisk, Sanofi.
– ref. Les médicaments antiobésité Wegovy et Mounjaro sont désormais remboursés : quelles sont les premières implications ? – https://theconversation.com/les-medicaments-antiobesite-wegovy-et-mounjaro-sont-desormais-rembourses-quelles-sont-les-premieres-implications-292265
