Maroc : quels enseignements tirer des élections législatives ?

Source: The Conversation – in French – By Mustapha El Mnasfi, Enseignant-chercheur, University Moulay Ismail Meknes

Les élections législatives marocaines du 23 septembre 2026 ont placé le Parti authenticité et modernité (PAM, membre de la coalition gouvernementale sortante, avec le Rassemblement national des indépendants et l’Istiqlal) en tête, avec 97 sièges sur les 395 que compte la Chambre des représentants. La participation a toutefois fortement reculé par rapport aux dernières élections, à environ 38 % . Mustapha El Mnasfi, chercheur en sciences politiques, a étudié la participation citoyenne et les pratiques démocratiques au Maroc. Il analyse pour The Conversation Africa les enseignements de ce scrutin.


Que vous inspire la victoire du PAM avec 97 sièges ?

Ce résultat peut notamment s’expliquer par deux facteurs. Le premier est lié à la préparation de ces élections par le parti, notamment à sa capacité à coopter certains notables de son principal concurrent, le RNI.

Le deuxième est lié à l’adhésion au parti d’une personnalité technocrate très populaire dans le monde du football, Faouzi Lakjaa, président de la Fédération royale marocaine de football et ancien ministre délégué chargé du Budget.

L’adhésion de M. Lakjaa au PAM, accompagnée de la rumeur selon laquelle il pourrait être nommé chef du gouvernement, a encouragé une partie des députés, qualifiés de « notables », à rejoindre le parti. Ce ralliement des notables est une caractéristique de la culture politique marocaine qui peut être qualifiée d’« opportunisme politique ».

Certains candidats et grands élus développent l’idée que tel ou tel parti sera favori lors des élections et que le pouvoir central aidera le parti en question à décrocher la première place. Cela est dû, à mon avis, à l’absence d’une élite politique proche des citoyens et de leurs principales préoccupations.

Cette situation a permis au PAM de renforcer sa présence dans les circonscriptions électorales et de bénéficier du soutien d’un nombre important de notables, notamment dans les zones rurales et les quartiers populaires des grandes villes.

Comment expliquez-vous la forte baisse de la participation électorale ?

Cela peut s’expliquer par plusieurs facteurs, au premier rang desquels la crise de confiance envers les institutions de représentation. En effet, une grande partie des citoyens marocains a notamment conscience que les députés et les élus ne disposent pas de prérogatives suffisantes et que le pouvoir central, à travers le ministère de l’Intérieur, conserve une place centrale dans la capacité d’agir et dans la fabrication de la décision publique.

Dans ce contexte, les députés et les élus peuvent apparaître davantage comme des acteurs qui assistent les représentants du pouvoir central dans leur action. Cette perception contribue à créer une forme de distance entre les citoyens et les partis politiques.

Un autre point à soulever dans ce cadre est celui de la faible participation des jeunes. Selon les données officielles disponibles, le nombre de personnes inscrites sur les listes électorales ne dépasse pas 16 millions sur une population totale estimée à 38 millions, et les jeunes âgés de 18 à 24 ans n’en représentent qu’environ 4 %. Cela témoigne d’une faible inscription de cette catégorie d’âge dans le processus électoral, malgré les campagnes de sensibilisation menées par certains partis politiques et par les pouvoirs publics.

Les jeunes marocains peuvent également s’investir dans la politique en dehors des mécanismes électoraux traditionnels. Ils investissent davantage les plateformes numériques et les réseaux sociaux, où ils expriment leurs opinions, débattent et se mobilisent autour de différentes questions politiques et sociales.

On observe donc une forme de participation politique qui passe davantage par le numérique et les mobilisations ponctuelles que par les institutions politiques traditionnelles.

Il existe ainsi un décalage entre l’intérêt pour la politique et la participation aux mécanismes institutionnels, notamment électoraux et partisans.

Que révèle le retour du PJD, passé de 13 à 54 sièges, sur l’évolution de l’électorat marocain ?

Les résultats du Parti de la justice et du développement (PJD), lors de ces élections, peuvent s’expliquer notamment par sa capacité à mobiliser son électorat. Malgré les difficultés et les problèmes internes qu’il a connus après les élections de 2021, le PJD a pu s’appuyer sur son électorat traditionnel pour décrocher 54 sièges.

Le contexte socio-économique a également joué un rôle, en permettant au PJD de convaincre certains électeurs non partisans de voter en sa faveur. Dans ce sens, on peut parler d’un possible vote sanction contre le RNI.

Un dernier élément est également important pour expliquer les résultats du PJD : sa mobilisation contre la normalisation des relations entre le Maroc et Israël. Cette position lui a donné une certaine légitimité auprès d’électeurs opposés à cette normalisation, y compris parmi ceux qui se reconnaissent dans les partis de la Fédération de la gauche.

Ces résultats annoncent-ils, selon vous, une recomposition du paysage politique marocain ?

Étant donné que le nouveau gouvernement sera formé de partis politiques qualifiés de « proches du pouvoir central », nous allons assister à une continuité et à la poursuite de la même logique que celle de l’ancien gouvernement.

Autrement dit, nous aurons des ministres qui accompagneront l’État dans la mise en œuvre de sa vision stratégique à l’horizon 2030. Dans ce cadre, il faut souligner qu’il existe, d’une part, le programme des partis politiques, autrement dit celui du gouvernement, et, d’autre part, le programme de l’institution monarchique.

Certes, le gouvernement dispose d’une marge d’action, mais pas en ce qui concerne les grands chantiers. Par exemple, le chef du gouvernement peut nommer des personnes à de hautes fonctions administratives, mais sur la base des prérogatives royales et des orientations stratégiques fixées par le monarque.

Au Maroc, on distingue le Conseil des ministres, présidé par le monarque, et le Conseil du gouvernement, présidé par le chef du gouvernement. Le Conseil des ministres délibère notamment sur les orientations stratégiques de la politique de l’État, tandis que le Conseil du gouvernement délibère notamment sur les politiques publiques et assure la mise en œuvre du programme gouvernemental.

Cela explique que le programme des partis politiques et du gouvernement ne puisse pas dépasser celui de l’institution monarchique. Le gouvernement veille donc à la mise en œuvre du programme et des orientations de l’institution monarchique.

The Conversation

Mustapha El Mnasfi est consultant auprès du Centre Jacques Berque pour la recherche et de la Fondation Heinrich Böll.

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