Source: The Conversation – in French – By Xavier Boniface, Professeur d’histoire contemporaine, Université de Picardie Jules Verne (UPJV)
L’ESSENTIEL
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Le pape Léon XIV rend visite aux catholiques de France du 25 au 28 septembre.
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Au Stade de France, il va s’adresser à la jeunesse, se plaçant dans la continuité de son prédécesseur Jean-Paul II.
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Ce voyage sera l’occasion pour le pape de s’exprimer sur l’IA, et de saluer Robert Schuman et le catholicisme social.
Le pape Léon XIV est attendu en France du 25 au 28 septembre prochain. Les étapes retenues pour cette visite, objet de concertations préalables, et les principaux thèmes qui devraient être abordés sont significatifs sur les plans politiques et religieux.
Il s’agit d’un « voyage apostolique », et non d’une « visite d’État » : c’est d’abord en tant que chef de l’Église catholique, successeur du chef des apôtres, que le pape vient en France y rencontrer les catholiques. Certes, il est aussi un chef d’État – de la Cité du Vatican – et, à ce titre, il sera accueilli par le président de la République et plusieurs autres responsables politiques : sa visite a donc également une dimension officielle.
L’intérêt de Léon XIV pour la France est peut-être fondé sur son histoire personnelle, puisque sa grand-mère paternelle était native du Havre et son père a pris part aux débarquements de Normandie et de Provence. Comme tous les papes jusqu’à Benoît XVI, et contrairement à son prédécesseur, il parle le français, une des langues officielles du Vatican, et il s’est rendu en France dès avant son pontificat.
Mais des considérations plus générales sont à prendre en compte. Le calendrier est propice, avec une visite pontificale suffisamment longtemps avant l’élection présidentielle, comme cela avait été le cas pour le premier voyage de Jean-Paul II en France, en juin 1980. Cela devrait permettre, sinon d’éviter, du moins de limiter les tentatives de récupérations, notamment de candidats espérant rallier le vote des catholiques.
S’adresser à la jeunesse française
Pour Léon XIV, les enjeux sont d’abord religieux. La France passait jadis pour « la fille aînée de l’Église », selon une formule popularisée depuis la fin du XIXe siècle. De fait, le catholicisme français a pesé par ses initiatives pastorales, liturgiques et intellectuelles des années 1930-1960. Certes, depuis plus d’un demi-siècle, il connaît un effondrement, ce que le pape François lui reprochait implicitement, considérant l’Europe comme « un peu fatiguée » : cela pourrait expliquer son choix de ne pas visiter la France en tant que telle, même s’il y est passé à trois reprises (Strasbourg, Marseille et la Corse).
Mais Léon XIV a une autre vision des choses. Le 28 mai 2025, trois semaines après son élection, il écrivit aux évêques de France pour le centenaire des canonisations de trois compatriotes, Jean Eudes, Thérèse de Lisieux et Jean-Marie Vianney afin que cet anniversaire suscite « un nouvel élan missionnaire ». Cela témoigne de la représentation que le pape a de l’importance de l’héritage spirituel du pays.
Malgré les difficultés que rencontre l’Église en France et la crise provoquée par les scandales d’abus sexuels, le triplement du nombre de baptêmes d’adultes témoigne d’un relatif regain du catholicisme depuis 2022. Les raisons de cette évolution, qui semble aller à contre-courant de la tendance observée jusque-là, et malgré ses limites – le nombre de ces baptêmes d’adultes ne compense pas la diminution de celui des nouveau-nés – interrogent jusqu’à Rome. Les catéchumènes sont principalement des jeunes, entre 18 et 40 ans.
Cette catégorie de la population reste une priorité pastorale pour les papes. Jean-Paul II a initié les Journées mondiales de la Jeunesse et, lors de ses voyages, rencontrait des jeunes, comme en 1980 au Parc des Princes. Léon XIV se place dans cette continuité avec la veillée au Stade de France où 80 000 personnes sont attendues (50 000 en 1980).
Aborder les défis de l’IA
Le sanctuaire de Lourdes est un autre symbole de la vitalité et du rayonnement du catholicisme en France, même si sa fréquentation tend à diminuer un peu. Le futur pape y était déjà venu alors qu’il était séminariste. Il entend honorer un haut lieu de pèlerinage en y rencontrant des malades, dont l’accueil est une des spécificités de ce sanctuaire, et des victimes de violences sexuelles. Fréquentée par 60 % d’étrangers, Lourdes est à la croisée des dimensions nationale et internationale qui caractérisent le voyage du pape.
Le discours de celui-ci à l’UNESCO s’inscrit principalement dans cette perspective mondiale. Depuis Jean-Paul II en 1980, aucun pape ne s’était exprimé depuis cette tribune. Benoît XVI s’était adressé « au monde de la culture » au collège des Bernardins en 2008. Répondant à l’invitation du directeur de l’UNESCO, Léon XIV va y parler des défis liés à l’utilisation de l’intelligence artificielle, notamment en matière d’éducation, d’information et de création artistique.
Ce propos fait écho à sa première et récente lettre encyclique, Magnifica humanitas, « sur la protection de la personne humaine à l’ère de l’IA ». Le pape et l’UNESCO partagent de ce point de vue les mêmes préoccupations culturelles.
Rendre hommage à Robert Schuman, figure de l’Europe et de la démocratie chrétienne
L’étape à Metz, avec le thème de l’Europe, est un autre volet à dimension internationale du voyage pontifical. Les papes Jean-Paul II, en 1988, et François, en 2014, avaient prononcé un discours devant les députés européens à Strasbourg, dans un cadre institutionnel.
Léon XIV a opté pour une visite symbolique dans le chef-lieu de la Moselle. Ce département, voisin de la Belgique et frontalier avec deux pays, a été balloté entre la France et l’Allemagne de 1870 à 1945, au fil des guerres, avant d’être présenté comme un « carrefour de l’Europe ».
Mais c’est d’abord à Robert Schuman que le pape, qui porte le même prénom, entend rendre hommage. L’homme politique, l’un des « pères de l’Europe », est inhumé à Scy-Chazelles, près de Metz, où il a longtemps résidé. Un procès en vue de sa béatification est en cours, et le pape François l’a reconnu « vénérable ». Membre du Mouvement républicain populaire, Robert Schuman se rattache à la démocratie chrétienne.
Ce courant émane du catholicisme social que Léon XIII a promu avec l’encyclique Rerum novarum (1891). Mais ce pape ne l’envisage alors que sous la forme « d’une bienfaisante action chrétienne parmi le peuple » (encyclique Graves de Communi, 1901). Devenue un véritable courant politique, la démocratie chrétienne a continué à se référer aux principes du catholicisme social (subsidiarité, solidarité, participation) dont Léon XIV, par le choix de son nom, assume l’héritage. Konrad Adenauer et Alcide de Gasperi en sont issus, comme Schuman. Ce sont eux qui ont commencé à construire l’Europe avec la Communauté européenne du Charbon et de l’Acier. L’objectif était de réconcilier les anciens belligérants en s’appuyant sur des intérêts communs. La paix est donc au cœur du projet européen.
L’intervention prévue de Léon XIV au centre Robert Schuman, après une rencontre interreligieuse, s’intitulera d’ailleurs : « Aux racines de l’Europe pour la paix et l’unité ».
Lors du voyage du pape en France, la paix, l’Europe, les conséquences de l’utilisation de l’IA sur la dignité humaine en seront peut-être le volet le plus politique et international, tandis que les évolutions du catholicisme français et la jeunesse auront une portée plus directement religieuse. Mais ces différents aspects sont complémentaires dans la vision du Saint-Siège pour inciter les catholiques, et les jeunes en particulier, à s’impliquer dans la construction d’un monde de paix et la promotion de la dignité humaine.
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Xavier Boniface ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.
– ref. Voyage du pape en France : quels enjeux religieux et politiques ? – https://theconversation.com/voyage-du-pape-en-france-quels-enjeux-religieux-et-politiques-291349
