Source: The Conversation – France in French (3) – By Stefan Wolff, Professor of International Security, University of Birmingham
L’ESSENTIEL
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Le sommet annuel des BRICS s’est tenu les 12 et 13 septembre 2026, à New Delhi, au moment même où, au Yémen, les houthistes s’emparaient du littoral de la mer Rouge et donc du stratégique détroit de Bal el-Mandeb.
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Le bloc, qui compte désormais 21 membres, est traversé par de nombreuses fractures, notamment sur le cas des houthistes, mais aussi sur bien d’autres sujets au Proche-Orient et ailleurs en Asie.
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En incluant toujours plus de pays, l’organisation perd sa capacité à parler d’une seule voix, au-delà de vagues déclarations de principe.
Les forces houthistes se sont emparées du port yéménite de Moka ainsi que de l’île de Mayyun, qui surplombe le détroit de Bab el-Mandeb. Cette offensive permet au plus puissant groupe armé allié de l’Iran encore actif au Moyen-Orient d’exercer un contrôle quasi total sur le littoral yéménite sur la mer Rouge.
Directement ou indirectement, Téhéran tient désormais en étau environ 12 % du commerce mondial transitant par cette voie maritime. L’Iran continue par ailleurs de faire pression sur le détroit d’Ormuz, ce qui a déjà entraîné une chute des flux de pétrole passant par cette voie – d’environ 9 millions de barils de pétrole par jour avant février dernier à entre 3,7 millions et 6,4 millions actuellement.
Le lendemain de la prise de contrôle du détroit de Bab el-Mandeb par les houthistes, les dirigeants des BRICS se réunissaient à New Delhi à l’occasion de leur 18ᵉ sommet annuel. Les BRICS sont un groupe de pays dits « économies émergentes », constitué autour du Brésil, de la Russie, de l’Inde, de la Chine et de l’Afrique du Sud en 2006 pour contrebalancer l’influence occidentale dans les institutions internationales. Le groupe s’est depuis élargi à six membres permanents supplémentaires : l’Égypte, l’Éthiopie, l’Iran, l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis et l’Indonésie. Dix autres pays – la Biélorussie, la Bolivie, le Kazakhstan, Cuba, la Malaisie, le Nigeria, la Thaïlande, l’Ouganda, l’Ouzbékistan et le Vietnam – ont rejoint l’organisation en 2025 en tant que « pays partenaires ».
Selon leurs propres chiffres, les onze États permanents des BRICS représentent 49,5 % de la population mondiale, 40 % du PIB mondial et 26 % du commerce mondial. Mais le conflit au Moyen-Orient met en évidence les profondes divisions qui traversent le bloc. Il suffit, pour s’en convaincre, de lire la déclaration de New Delhi : elle ne mentionne ni la mer Rouge, ni Bab el-Mandeb, ni le Yémen, ni les houthistes. Pas un mot non plus sur le transport maritime, la sécurité des voies maritimes ou la liberté de navigation.
Vis-à-vis des houthistes et de la guerre en Iran, une organisation dans l’embarras
Le contrôle de Bab el-Mandeb par les houthistes expose directement l’Arabie saoudite. Son oléoduc Est-Ouest, construit précisément pour contourner le détroit d’Ormuz, débouche sur la côte de la mer Rouge désormais contrôlée par les houthistes. Il fonctionnait à pleine capacité, avant d’être mis à l’arrêt à la suite des frappes menées par des groupes pro-iraniens en Irak, puis de la prise de contrôle du littoral yéménite de la mer Rouge par les houthistes.

La Terase via Shutterstock
L’Égypte, de son côté, dépend largement des recettes tirées du canal de Suez. Le trafic maritime qui alimente ces revenus a fortement diminué au début de 2024, en raison d’une première campagne des houthistes contre les navires empruntant les voies maritimes de la mer Rouge, et peine depuis à retrouver son niveau antérieur.
Les dernières avancées des houthistes ne vont évidemment pas améliorer les perspectives du trafic maritime, que les assureurs considèrent déjà depuis des mois comme particulièrement risqué. La hausse des coûts qui en découle devrait continuer à dissuader les armateurs d’emprunter la mer Rouge.
Les Émirats arabes unis ont suspendu fin août l’ensemble de leurs échanges commerciaux et transactions financières avec l’Iran. Cette décision est intervenue après que Téhéran a été accusé d’avoir attaqué un navire appartenant à la compagnie pétrolière nationale d’Abou Dhabi dans le détroit d’Ormuz, puis d’avoir tiré deux missiles balistiques dans les eaux territoriales émiraties du détroit.
Cette décision faisait suite aux accusations lancées par les Émirats en mai, selon lesquelles l’Iran aurait tiré à lui seul 3 000 missiles et drones contre le pays au cours des deux premiers mois de la guerre déclenchée par les États-Unis à son encontre.
La Chine et l’Inde, qui sont les deux premiers importateurs de pétrole au monde, ont besoin que le détroit d’Ormuz reste ouvert pour contenir les prix mondiaux du pétrole et du gaz. Les deux pays dépendent également de ce passage pour leurs échanges commerciaux : la route maritime du Nord, qui traverse l’Arctique, est loin de pouvoir la remplacer à court terme.
À l’inverse, la Russie, dont les exportations empruntent d’autres routes, est le seul membre des BRICS dont les perspectives économiques s’améliorent à mesure que ces points de passage contrôlés par l’Iran se resserrent. Ce n’est pas un hasard. Lors d’une audition devant des parlementaires états-uniens ce mois-ci, la Russie et la Chine ont toutes deux été désignées comme des soutiens des houthistes, aux côtés de l’Iran.
Des personnels russes présents à Sanaa, la capitale yéménite, ont fourni un soutien technique et des capacités de ciblage aux opérations visant les navires commerciaux en mer Rouge. La majeure partie des livraisons d’armes destinées aux houthistes transite désormais, semble-t-il, par des entreprises chinoises, tandis qu’une société satellitaire liée à l’armée chinoise est accusée d’avoir fourni des renseignements utilisés contre des navires commerciaux.
Pour la Chine, le soutien aux houthistes pourrait être un moyen d’obtenir des garanties quant à la sécurité de ses propres navires transitant par la mer Rouge. Pour la Russie, l’enjeu est surtout de pouvoir utiliser le détroit afin d’accroître les bénéfices tirés de ses ventes de pétrole à l’Inde et à la Chine, les deux pays qui représentent désormais 80 % des exportations pétrolières russes.
De profondes divisions
Ces divisions – et l’incapacité manifeste du groupe à parler d’une seule voix sur la situation au Moyen-Orient – érodent la prétention des BRICS à s’exprimer au nom du « Sud global » face à un ordre international qui l’a longtemps ignoré et refuse de se réformer.
Ironiquement, ce qui contribue à cette perte de crédibilité est précisément l’élargissement rapide et hétérogène des BRICS, dont le groupe se félicite pourtant à chaque occasion. Cette expansion a eu pour effet d’importer au sein de l’organisation une multitude de conflits non résolus à un rythme qu’elle peine à gérer.
Plusieurs membres et pays partenaires du bloc sont en conflit ouvert. L’Iran est de fait en état de guerre avec les Émirats arabes unis et l’Arabie saoudite. L’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis s’opposent depuis des années sur le Yémen, le Soudan et la Somalie. L’Inde et la Chine, quant à elles, connaissent des phases successives de tension et d’apaisement autour de leurs différends frontaliers le long de la ligne de contrôle au Cachemire, sur fond de rivalité géopolitique plus large pour l’influence en Asie et au-delà.
La Chine est également engagée dans des différends de longue durée avec le Vietnam et l’Indonésie en mer de Chine méridionale.
Chaque élargissement des BRICS a réduit un peu plus le champ de ce sur quoi le groupe peut parvenir à un accord et s’exprimer publiquement. Ne rien dire du tout – à l’exception de l’expression d’une « profonde préoccupation face à la poursuite de l’escalade des tensions au Moyen-Orient/Asie occidentale » et d’un appel à « faire preuve de la plus grande retenue et à éviter toute action susceptible d’aggraver davantage la situation » – est peut-être devenu le seul mode de survie possible pour le bloc.
Un groupe dont l’unique point de convergence restant est l’opposition aux États-Unis et à leurs alliés, et qui est incapable de décrire une crise dans laquelle ses propres membres se retrouvent dans des camps opposés, est difficilement susceptible de devenir l’un des pôles d’un ordre véritablement multipolaire.
La réouverture de Bab el-Mandeb et d’Ormuz se décidera à Téhéran, à Washington et sur le marché londonien de l’assurance maritime. Elle ne sera pas décidée par les onze gouvernements qui ont passé le week-end dernier à appeler à la plus grande retenue.
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Stefan Wolff a bénéficié par le passé de subventions accordées par le Conseil de recherche sur l’environnement naturel (NERC) du Royaume-Uni, l’Institut américain pour la paix (USIP), le Conseil de recherche économique et sociale (ESRC) du Royaume-Uni, la British Academy, le programme « Science pour la paix » de l’OTAN, les 6e et 7e programmes-cadres de l’UE et Horizon 2020, ainsi que le programme Jean Monnet de l’UE. Il apporte également régulièrement son expertise à des gouvernements et à des organisations internationales. Il est membre du conseil d’administration et trésorier honoraire de l’Association des études politiques du Royaume-Uni (Political Studies Association) et chercheur senior au Foreign Policy Centre de Londres.
– ref. La percée des houthistes au Yémen met les BRICS face à leurs divisions – https://theconversation.com/la-percee-des-houthistes-au-yemen-met-les-brics-face-a-leurs-divisions-291934
