Source: The Conversation – in French – By Marie Larocque, Professeure au département des sciences de la Terre et de l’atmosphère, Université du Québec à Montréal (UQAM)

Le Québec est un territoire riche en eau. Pourtant, il en manque de plus en plus fréquemment dans certains secteurs. La disponibilité de l’eau constitue, même ici, l’un des grands enjeux du XXIe siècle.
Une gestion durable vise à maintenir une quantité et une qualité d’eau suffisantes pour la population et les écosystèmes. Toutefois, assurer la disponibilité de l’eau exige de concilier des usages multiples et parfois concurrents.
En avril 2026, le Centre québécois de recherche sur la gestion de l’eau (CentrEau) a réuni, à l’occasion de son rendez-vous annuel, la communauté scientifique, les instances gouvernementales et municipales, ainsi que les organismes de bassins versants, pour discuter des enjeux liés à la disponibilité de l’eau au Québec.
Ces échanges ont mis en évidence trois défis étroitement liés : la prévention des conflits d’usages, l’acquisition et la mobilisation des connaissances, et l’amélioration des outils de planification.
Lorsque les usages de l’eau entrent en concurrence
Un confit d’usage survient lorsque la ressource en eau est en quantité insuffisante ou de qualité insatisfaisante pour satisfaire les besoins des personnes usagères au même moment. Dans certains secteurs du sud-ouest du Québec, des tensions liées à l’eau se sont manifestées lors des étés secs de 2021 et 2025.
Durant ces périodes de sécheresse, des municipalités peuvent imposer des restrictions d’usage pour éviter une pénurie d’eau. Au même moment, les producteurs agricoles doivent continuer d’irriguer leurs cultures pour éviter les pertes de récoltes. Ces contrastes dans les autorisations peuvent créer un sentiment d’injustice dans la population et entraîner des mécontentements ou un contournement des règlements municipaux.
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Plusieurs facteurs interagissent et évoluent dans le temps : les conditions météorologiques et climatiques, l’aménagement du territoire, la croissance des besoins, l’état des infrastructures et les réalités socioéconomiques. Ces facteurs influencent la disponibilité de l’eau ainsi que sa vulnérabilité à la pollution.
Par exemple, un sol sableux favorise l’infiltration de l’eau, ce qui rend les eaux souterraines plus vulnérables aux sources de contamination en surface, tandis qu’un sol argileux peu perméable offre une plus grande protection aux eaux souterraines.
Au Québec, les demandes d’autorisation des usages de l’eau sont priorisées d’abord pour répondre aux besoins essentiels de la population, des écosystèmes, de l’agriculture et finalement, à ceux de l’industrie. Cette hiérarchisation s’inscrit dans une approche de gestion intégrée.
Certaines juridictions ailleurs dans le monde utilisent des indicateurs de disponibilité de l’eau et des seuils d’intervention pour réduire les risques de conflits. Leur mise en œuvre repose toutefois sur une acceptabilité sociale suffisante, puisqu’elle implique parfois des arbitrages. Les indicateurs et les seuils ne sont pas encore largement utilisés au Québec.
Le défi de développer et mobiliser les connaissances
Limiter les conflits d’usage de l’eau passe avant tout par une connaissance fine de la ressource. Les connaissances sur les eaux souterraines au Québec sont relativement récentes. Leur développement s’est véritablement accéléré au cours des deux dernières décennies, alors que la recherche sur les eaux de surface bénéficie d’un historique beaucoup plus long.
Les questions liées à la gestion des ressources en eau sont nombreuses et complexes. Il faut comprendre comment la disponibilité de l’eau varie selon les saisons, les années et les territoires, en plus de mieux documenter ses usages, qu’il s’agisse des prélèvements effectués par les différents besoins humains, ou des besoins en eau des milieux naturels.
Les résultats de recherche ne débouchent pas toujours immédiatement sur des outils applicables à la gestion quotidienne, ce qui crée un défi particulier pour les personnes qui doivent élaborer des outils d’aide à la décision.
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Les nouvelles connaissances doivent donc être continuellement intégrées aux pratiques de gestion, de concert avec tous les acteurs et actrices de l’eau.
Au Québec, des organisations comme le Réseau québécois sur les eaux souterraines et les tables de concertation des organismes de bassins versants (OBV), jouent un rôle clé dans le rapprochement entre la recherche et l’action. Créer des pratiques capables de relier la science aux besoins de la société est crucial pour développer une planification efficace.
Mieux planifier pour mieux gérer
La planification régionale de la ressource en eau demeure un élément essentiel pour concilier les usages à court, moyen et long terme. Elle doit tenir compte à la fois des eaux de surface et des eaux souterraines. Malgré les progrès réalisés, cet exercice demeure complexe partout dans le monde et rappelle l’importance de réduire la nécessité d’intervenir dans l’urgence.
Au Québec, les plans directeurs de l’eau (PDE) sont l’outil de planification stratégique utilisé à l’échelle des bassins versants pour assurer la pérennité des ressources en eau et de ses usages. Ils reflètent les préoccupations et les priorités identifiées par la population d’un territoire.

(Gouvernement du Québec)
Même lorsque la disponibilité de l’eau n’est pas considérée comme un enjeu majeur, les PDE mettent en lumière des préoccupations liées aux prélèvements, à la vulnérabilité des approvisionnements, aux conflits d’usage ou à la protection des écosystèmes aquatiques. Cette lecture territoriale permet de mieux orienter les efforts de recherche vers les besoins réels des communautés. Elle aide également à repérer les lacunes de connaissances à l’élaboration de stratégies adaptées à chaque région.
Les données (par exemple, des applications cartographiques interactives ou des documents) sur l’eau sont aujourd’hui largement accessibles au Québec pour l’élaboration et la mise à jour des PDE et autres outils. Lorsque ceux-ci sont bien compris et utilisés par les communautés du milieu, avec l’appui de la communauté scientifique, les enjeux sur l’eau peuvent être abordés de manière rigoureuse. C’est ainsi que des stratégies d’adaptation futures peuvent émerger.
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Une approche globale pour l’avenir
Même si le Québec possède 3 % de l’eau douce mondiale, la province n’est pas à l’abri des épisodes de sécheresse qui exercent des pressions importantes sur certaines communautés. Les connaissances progressent néanmoins rapidement, les outils de planification se développent et les mécanismes de concertation sont de plus en plus utilisés.
Le défi des prochaines années sera de mieux arrimer le développement et la mobilisation des connaissances avec une planification régionale intégrant à la fois les eaux de surface et souterraines. Ceci est essentiel pour faire face aux extrêmes, comme les inondations ou le manque d’eau sur le territoire. Continuer de développer ces leviers permettra de soutenir des décisions éclairées lors des périodes critiques, de favoriser la conciliation des usages à moyen terme et de s’adapter aux changements climatiques.
Plusieurs personnes ont contribué à la rédaction de cet article : Isabelle Adam (MRC Les Jardins-de-Napierville), Kristelle Audet (Groupe AGÉCO), Karine Dauphin (ROBVQ), Sébastien Ouellet-Proulx (MELCCFP) et Valérie Sanderson (CentrEau). Leurs réflexions, commentaires et perspectives ont grandement contribué à enrichir ce texte.
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Marie Larocque reçoit des financements du MELCCFP et du CRSNG (entre autres).
Jimmy Mayrand a reçu des financements de Fonds de recherche du Québec – Société et Culture.
– ref. Le Québec a de l’eau en abondance, mais il doit mieux gérer la ressource – https://theconversation.com/le-quebec-a-de-leau-en-abondance-mais-il-doit-mieux-gerer-la-ressource-285898
