Un algorithme aide les entreprises à définir la stratégie optimale pour recycler et remettre un produit usagé à neuf

Source: The Conversation – France (in French) – By Maud Van den Broeke, Associate Professor in Operations and Supply Chain Management, IÉSEG School of Management

Dans le secteur des batteries de véhicules électriques, le coût du *remanufacturing* est d’environ 50 % d’une batterie neuve contre 20 % pour le recyclage. Karepastock/Shutterstock (no reuse)

La hausse des préoccupations environnementales, des réglementations plus strictes et la pression concurrentielle poussent les entreprises à adopter des stratégies de récupération des produits. Ces dernières incluent le remanufacturing – remettre un produit usagé à neuf – et le recyclage – transformer d’anciens produits en nouvelles matières premières.

Les entreprises font régulièrement évoluer la part accordée au recyclage et au remanufacturing dans leurs stratégies de récupération. Par exemple, le spécialiste de l’impression Xerox privilégie le recyclage des déchets solides, mais a augmenté la part du remanufacturing de 11 % à 15 % de 2020 à 2021, tandis que le recyclage reculait de 74 % à 69 %, avant de revenir à 6 % de remanufacturing et 81 % de recyclage en 2024.

Le groupe automobile Stellantis, qui privilégiait la remise d’un produit usagé à neuf, a réorienté sa stratégie en faveur du recyclage : la part du recyclage de ses batteries en fin de vie est passée de 28,9 % à 43,4 % entre 2022 et 2023, tandis que celle du remanufacturing reculait de 45,6 % à 38,1 %.

L’ambition de notre recherche est d’aider les entreprises à bâtir une stratégie de récupération des produits cohérente et résiliente dans le temps, afin d’éviter une alternance entre remanufacturing et recyclage dictée par les contraintes du moment.

Comment avons-nous mis en évidence cette stratégie optimale ?

Notre étude propose un modèle d’optimisation pour trouver les stratégies de récupération les plus rentables pour les fabricants d’équipements d’origine, ces derniers étant en concurrence avec des remanufacturiers indépendants. Cette économie est encore peu étudiée malgré son importance industrielle. Pour ce faire, nous avons identifié dix stratégies possibles, allant de l’absence totale de récupération à la récupération complète.

La figure illustre les dix stratégies de récupération des produits (recyclage et remanufacturing) pour un ensemble donné de valeurs des paramètres.

Une telle concurrence existe déjà dans le secteur automobile, où plusieurs acteurs remanufacturiers indépendants sont présents sur le marché, tels que Terrepower et Borg Automotive, face à des équipementiers comme Valeo.

Les équipementiers et les remanufacturiers indépendants décident chacun de la quantité de produits usagés à récupérer. Les remanufacturiers indépendants consacrent les produits récupérés pour les remettre à neuf (remanufacturing), tandis que les fabricants d’origine peuvent opter soit pour le remanufacturing, soit pour le recyclage ou encore pour une combinaison des deux. Le choix optimal dépend de la concurrence, des coûts et de la demande.

Par exemple, les remanufacturiers indépendants n’entrent sur le marché que si le coût de la remise à neuf d’un produit usagé est inférieur à un seuil critique. Les entreprises peuvent identifier la stratégie la plus adaptée en faisant varier :

  • les coûts de production, de collecte, de recyclage et de remise à neuf d’un produit usagé ;

  • l’efficacité des matériaux recyclés ;

  • la disposition des consommateurs à payer et leur acceptation des produits remanufacturés.

Dans le secteur des batteries de véhicules électriques, le coût du remanufacturing est d’environ 50 % d’une batterie neuve, contre 20 % pour le recyclage.

Dans ces conditions, notre modèle montre qu’une stratégie hybride est la plus rentable, ce qui correspond aux pratiques observées chez Stellantis. Quand les coûts de collecte sont élevés (produits lourds et dispersés), la remise d’un produit usagé à neuf reste élevé chez les fabricants d’équipements d’origine et les remanufacturiers indépendants, comme chez Caterpillar.

Pourquoi est-ce important ?

Alors que l’Union européenne veut doubler la circularité à 24 % d’ici 2030, les marchés du recyclage et du remanufacturing devraient croître. Tandis que le recyclage est déjà courant dans l’industrie, le remanufacturing reste faible (environ 2 % du marché manufacturier), malgré son fort potentiel pour la durabilité.

Notre recherche montre que les politiques favorisant la concurrence comme la responsabilité élargie du producteur, ou les objectifs de collecte de 65 % du Parlement européen, n’augmentent pas toujours la circularité ou modifient les stratégies de récupération.

Nous constatons que la concurrence des remanufacturiers indépendants peut accroître le recyclage des fabricants d’équipements d’origine et réduire leurs activités de remise à neuf de produits usagés. Cela peut expliquer la baisse du remanufacturing et la hausse du recyclage observé chez Stellantis, comme mentionné précédemment.

Pour atténuer les effets de la concurrence, les fabricants d’équipements d’origine peuvent agir via la conception des produits, ce qui limite le remanufacturing par les remanufacturiers indépendants. Ils peuvent aussi renforcer leur image de marque, comme Volvo, ou choisir la collaboration ou l’acquisition de remanufacturiers indépendants, comme Caterpillar.

Cette intégration augmente la rentabilité de la chaîne d’approvisionnement (+ 7,1 % en moyenne), mais n’est pas toujours meilleure pour l’environnement (25 % des cas).

Quelle suite donner à cette recherche ?

Ce travail fait partie d’un programme sur la durabilité. Afin de mieux éclairer les choix de stratégies de récupération, nous avons déjà mené un projet complémentaire sur le rôle de l’écoconception, l’incertitude de l’offre, de la greeness des consommateurs et les réglementations dans ces décisions.

Nous préparons des propositions de financement national pour un projet sur la collaboration dans les chaînes d’approvisionnement circulaires, en étudiant les réseaux multiacteurs et la résilience face à l’incertitude.

Les recherches futures combineront études cas multiacteurs, workshops, entreprises-chercheurs et outils d’analytique, avec une ouverture aux entreprises intéressées.


Tout savoir en trois minutes sur des résultats récents de recherches, commentés et contextualisés par les chercheuses et les chercheurs qui ont menées ces dernières, c’est le principe de nos « Research Briefs ». Un format à retrouver ici.

The Conversation

Maud Van den Broeke a reçu des financements de ANR (ANR-22-CE10-0006).

Song Liu, Stefan Creemers et Tanja Mlinar ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur poste universitaire.

ref. Un algorithme aide les entreprises à définir la stratégie optimale pour recycler et remettre un produit usagé à neuf – https://theconversation.com/un-algorithme-aide-les-entreprises-a-definir-la-strategie-optimale-pour-recycler-et-remettre-un-produit-usage-a-neuf-279825