Source: The Conversation – in French – By Samuel Leduc-Frenette, Doctorant en sciences de la Terre, Institut national de la recherche scientifique (INRS)
Qu’est-ce qui explique la si grande popularité du télétravail auprès des employés ? Une étude qualitative a fouillé la question.
Le 6 juillet 2026, la présence minimale obligatoire de quatre jours au bureau des fonctionnaires fédéraux canadiens admissibles au travail hybride est entrée en vigueur. Pour comprendre la grogne entourant cette annonce, il est nécessaire d’aborder les avantages et les désavantages perçus du télétravail par ceux qui le pratiquent.
Les syndicats fourbissent d’ores et déjà leurs armes : ils reprochent au gouvernement fédéral un retour précipité dans des lieux exigus, et ce, alors que les négociations entourant les conditions de travail n’ont toujours pas abouti. Rappelons que leurs membres étaient astreints à une présence minimale de trois jours depuis le 9 septembre 2024.
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Plus fondamentalement, les syndicats craignent que leurs membres perdent des avantages, comme ceux en lien avec « l’équilibre travail-vie personnelle, l’inclusion et l’environnement ». Ces avantages, inclus de façon explicite dans la directive sur le télétravail en 2020 pendant la pandémie de Covid-19, ont disparu de la version du 1ᵉʳ avril 2025 du même document fédéral.
Doctorant en sciences de la Terre à l’Institut national de la recherche scientifique (INRS), je mène actuellement un projet de recherche sur l’empreinte carbone du télétravail. Avec une collègue à la maîtrise, Najoua El Abbadi, j’ai été amené à réaliser des entrevues semi-dirigées avec 21 membres de la communauté de l’établissement au sujet notamment de leurs comportements de déplacements et de consommation de biens en contexte de travail à distance.
Dans ce texte, je me penche sur une première tranche de données issues de ces entrevues. Cette analyse qualitative portera sur les avantages et désavantages perçus du télétravail, avec un accent particulier sur les apports moins médiatisés de ce régime de travail. Une partie des personnes répondantes ayant requis l’anonymat, je me limiterai à mentionner que ces dernières (20 sur 21) résident dans les régions de Montréal et de Québec, autour de l’un des quatre centres de l’INRS. Affiliées à une institution universitaire, elles sont donc soit étudiantes, soit travailleuses (recherche et enseignement, administration, services techniques, etc.).
Flexibilité tous azimuts
Les principaux thèmes qui ressortent de nos entrevues ne sont pas nouveaux. Dans une étude quantitative publiée en 2025, le CIRANO brosse le portrait des perceptions, positives et négatives, suivant l’application de la politique-cadre en matière de télétravail du gouvernement du Québec. On y apprend ainsi que 62 % des personnes répondantes se jugent plus efficaces en télétravail qu’au bureau. De même, 68 % voient en cette pratique une amélioration de l’équilibre travail-famille ou travail-vie personnelle.
Nos données révèlent la même chose. Les gens sont plus concentrés à la maison parce que, comme le souligne un des répondants, « il n’y a pas de collègues qui passent dire bonjour ou discuter de la vie en général ». En conséquence, ils sont plus efficaces et plus productifs par rapport à certaines tâches requérant un maximum de présence d’esprit. Une personne a même mentionné qu’elle est « mieux installée à la maison qu’au bureau au point de vue des équipements et de l’ergonomie du poste de travail », ce qui contribue à ce sentiment de mieux travailler.
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Un meilleur équilibre travail-famille est aussi mis de l’avant. « Je vais porter ma fille à l’école le matin à pied », donne en exemple un autre répondant. Dans une autre portion de notre projet de recherche, nous avons constaté que les employeurs, dans leurs politiques organisationnelles de télétravail, vantent cette flexibilité, mais que celle-ci ne doit pas profiter aux personnes au détriment de leur productivité.
Cette flexibilité, qui englobe plusieurs choses, va au-delà de la stricte conciliation travail-famille. En tête de liste se trouve la diminution du transport, qui a la cote auprès de la moitié des cas interviewés. Le temps ainsi récupéré permet de commencer le travail plus tôt ou de s’avancer dans des obligations personnelles et domestiques. « L’été, je passe la tondeuse. L’hiver, je peux déneiger la voiture », nous a-t-on confié. Ou encore : « C’est sûr qu’on peut partir une recette ou partir une brassée ou ramasser le courrier ou tout ça. » La nourriture n’est manifestement pas à négliger, alors que quatre personnes chérissent le fait de ne pas avoir à se faire de lunch et de pouvoir diversifier leurs options de repas pour dîner.
Enfin, la flexibilité facilite aussi les activités extérieures de proximité pendant les heures ouvrables. Dans notre échantillon, trois types d’activités ressortent. Premièrement, les courses, comme aller au supermarché sur l’heure du dîner. Deuxièmement, les loisirs, comme pratiquer un sport. Et troisièmement, prendre des rendez-vous personnels, comme le proverbial rendez-vous médical, et ce, sans formellement demander un congé à l’employeur. Dans tous ces cas, la flexibilité du télétravail autorise la personne à étaler différemment ses heures de travail afin de rendre possible cette activité extérieure.
Le revers de la médaille
Dans le rapport du CIRANO, la « socialisation avec les collègues », avec un taux de réponse de 80 %, est l’un des deux principaux avantages du travail du bureau. En contrepartie, « l’isolement social », à 44 %, est un problème qui peut survenir à cause du télétravail. Conformément à ces résultats, le délitement des interactions sociales est le principal inconvénient rapporté dans notre étude.
Le sentiment général est illustré par ce propos : « Des fois, on croise quelqu’un dans une journée, ça nous permet de régler une petite affaire sur le bord de la porte. Mais au lieu de ça, si on ne se croise pas, bien on va être obligé de s’écrire un courriel, puis là, tu sais, on se comprend moins bien par courriel […]. Tout devient comme un peu plus formel, plus complexe. »
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En conséquence, l’information circule moins bien. La santé mentale peut aussi en souffrir, alors que la frontière entre la vie privée et la vie professionnelle devient poreuse, si elle ne disparaît pas tout simplement. Les sources de distraction, comme la présence d’autrui à la maison ou la présence visuelle des tâches domestiques qui resteront encore à faire après le travail, nuisent à la concentration.
Certaines personnes répondantes admettent elles-mêmes, ironiquement, que tous ces inconvénients (le manque d’interactions, l’isolement ou les diverses distractions) peuvent finir par nuire à l’efficacité du travail, objectif pourtant cardinal pour l’employeur.
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Samuel Leduc-Frenette a reçu des financements de l’Institut national de la recherche scientifique (INRS), du Partenariat Climat Montréal (PCM), de Mitacs (Mitacs Accélération) et de Loto-Québec.
– ref. Télétravail : les pour, les contre, et pourquoi les gens y tiennent tant – https://theconversation.com/teletravail-les-pour-les-contre-et-pourquoi-les-gens-y-tiennent-tant-288059
