Source: The Conversation – France in French (3) – By Laurence Coiffard, Professeur en galénique et cosmétologie, Université de Nantes, Auteurs historiques The Conversation France
L’ESSENTIEL
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Sur les réseaux sociaux, certaines publications sur le bronzage vantent les mérites d’un peptide, une courte chaîne d’acides aminés, capable de foncer la peau.
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Il s’agit d’un usage clandestin et détourné d’un composé pharmaceutique, l’afamélanotide.
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Cette substance est à l’origine d’effets indésirables, et on la soupçonne de promouvoir certains cancers de la peau.
Si vous passez du temps sur les réseaux sociaux, vous avez peut-être lu cet été des publications vantant les mérites du « peptide Barbie » (Barbie peptide, en anglais).
Cette molécule vendue sous le manteau n’a aucun rapport avec le célèbre jouet, si ce n’est qu’elle est censée procurer à ses utilisateurs un bronzage parfait.
Mais comme souvent en matière de cosmétique, la réalité diffère très sensiblement de la réalité.
Dans le cas présent, si ce produit – en réalité appelé afamélanotide ou Melanotan I – provoque bel et bien une pigmentation de la peau, son usage est loin d’être sans risque. Explications.
Un produit cosmétique clandestin issu de la recherche contre le cancer
L’histoire du « peptide Barbie » commence dans les années 1980, aux États-Unis, dans le secteur de la recherche pharmaceutique publique. À cette époque, à l’Université d’Arizona, des chercheurs travaillent sur l’α-MSH (alpha-melanocyte-stimulating hormone), une hormone capable de stimuler certains mélanocytes, les cellules qui pigmentent notamment la peau.
Leur objectif est de créer un analogue synthétique de cette hormone, autrement dit un composé capable d’en reproduire les effets, pouvant être produit à volonté et administré pour induire un bronzage sans soleil, afin de réduire potentiellement le risque de cancers cutanés dus aux ultraviolets (UV).
Leurs résultats sont couronnés de succès et aboutissent à la mise au point de plusieurs analogues, parmi lesquels le Melanotan I (aussi connu sous le nom d’afamélanotide, la dénomination réglementaire du principe actif).
Ce peptide fait alors l’objet de travaux montrant son intérêt potentiel en matière de traitement de certaines affections dermatologiques, comme le vitiligo, la lucite polymorphe (une forme de photodermatose, car liée à une exposition au soleil), la protoporphyrie érythropoïétique, l’urticaire solaire ou encore la maladie de Hailey-Hailey.
En France, l’afamélanotide bénéficie d’une autorisation de mise sur le marché dans le cadre de la prévention des phénomènes de phototoxicité chez les patients adultes atteints de protoporphyrie érythropoïétique, une maladie génétique rare qui entraîne une sensibilité extrême à la lumière du soleil. Sa prescription est très encadrée et fait l’objet de règles particulières.
Par la suite, une molécule apparentée, plus efficace en matière d’effet pigmentant, sera synthétisée, le Melanotan II. C’est cette molécule qui sera détournée de son usage thérapeutique afin de satisfaire des besoins d’ordre esthétique.
Par ailleurs, cette molécule a également été étudiée en raison de ses capacités à moduler la fonction sexuelle masculine, autrement dit à entraîner des érections.
Des effets indésirables et des risques non négligeables
Les produits contenant du Melanotan II se présentent sous la forme de spray nasal ou de solution injectable. Contrairement à ce que le sobriquet de « peptide Barbie » sous-entend, ce produit n’est pas seulement utilisé par les femmes.
Une publication a ainsi rapporté le cas d’un culturiste bulgare qui s’injectait ce produit pour foncer sa peau, et mieux mettre en valeur sa musculature. Son dentiste a remarqué que, après deux mois d’injections, la coloration de la muqueuse buccale de son patient présentait au niveau des gencives une coloration inhabituelle.
Au-delà de ces problèmes de coloration des muqueuses, des interrogations concernant un possible effet promoteur de cancers cutanés (mélanomes) ont aussi émergé ces dernières années. Cependant, à l’heure actuelle, il s’agit uniquement de soupçons, car les preuves directes manquent. Ces dernières sont difficiles à obtenir, ce type de produits étant généralement utilisé par des personnes à risque : adeptes du bronzage naturel ou en solarium, elles peuvent avoir un historique de coups de soleil durant l’enfance ou la jeunesse.
Il arrive, par ailleurs, que le désir de bronzage soit tellement important que certaines personnes multiplient les pratiques problématiques. Ainsi, le cas de cet homme de 49 ans qui s’est vu diagnostiquer cinq mélanomes sur le torse : il a expliqué aux médecins avoir eu recours à une douzaine de sessions de bronzage en quelques semaines, tout en s’injectant quotidiennement du Melanotan II au cours du mois de décembre 2025. Au bout d’une semaine de traitement, il a constaté que plusieurs grains de beauté ont commencé à devenir plus foncés, devenant, d’après ses dires, « noirs ».
Ce cas est une bonne illustration de la difficulté à établir une relation de cause à effet directe entre l’usage du Melanotan II et le risque de cancer de la peau, puisque la grand-mère de ce patient avait déjà été victime de mélanome. En outre, si ce dernier ne parvenait pas à se souvenir du nombre de fois où il avait eu recours au bronzage en solarium, il se rappelait avoir été victime de deux graves coups de soleil entraînant des cloques durant sa jeunesse.
Enfin, le Melanotan II est aussi soupçonné de toxicité rénale.
Utiliser des analogues n’est pas anodin
Les consommateurs qui ne trouvent pas dans le commerce à l’heure actuelle des produits cosmétiques tels qu’ils les souhaiteraient ont tendance à se diriger vers des substances comme les analogues de mélanocortine.
Le problème est que ces molécules sont loin d’être sûres d’emploi, et que les données scientifiques concernant les conséquences de leur utilisation (qui plus est en auto-administration) sont manquantes. Se pose, par ailleurs, la question de leur provenance, puisqu’il s’agit de substances vendues sur des circuits parallèles.
Soulignons pour conclure que ce sujet ne concerne pas uniquement les adeptes du bronzage, puisque la même problématique se pose dans le cas de l’emploi d’analogues de prostaglandines, des molécules destinées à augmenter la croissance des cils dont l’utilisation en cosmétique n’est pas réglementée pour l’instant (de futures restrictions devraient cependant être imposées dans l’Union européenne).
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Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.
– ref. Bronzage : pourquoi utiliser le « peptide Barbie » pour foncer sa peau est une mauvaise idée – https://theconversation.com/bronzage-pourquoi-utiliser-le-peptide-barbie-pour-foncer-sa-peau-est-une-mauvaise-idee-290553
