Oubliez la longévité : c’est la durée de vie en bonne santé qu’il faut viser

Source: The Conversation – in French – By Stuart Phillips, Professor, Kinesiology, Tier 1 Canada Research Chair in Skeletal Muscle Health, McMaster University

J’ai passé plus de trois décennies à étudier comment l’exercice physique et l’alimentation nous aident à rester en santé, et un élément revient sans cesse dans les données : vivre plus longtemps et vivre bien ne vont pas de pair. Si nous avons en partie résolu le premier problème, nous accusons un retard sur le second.


Au cours du siècle dernier, l’espérance de vie moyenne des Canadiens a augmenté de 22 ans, pour atteindre environ 80 ans pour les hommes et 84 ans pour les femmes. La recherche médicale et scientifique pourrait faire grimper ces chiffres encore davantage. Cependant, le nombre d’années que nous pouvons espérer vivre en bonne santé est en baisse ; au Canada, il s’établit désormais à environ 67, contre un sommet d’environ 70 ans.


Cet article fait partie de notre série La Révolution grise. La Conversation vous propose d’analyser sous toutes ses facettes l’impact du vieillissement de l’imposante cohorte des boomers sur notre société, qu’ils transforment depuis leur venue au monde. Manières de se loger, de travailler, de consommer la culture, de s’alimenter, de voyager, de se soigner, de vivre… découvrez avec nous les bouleversements en cours, et à venir.


Cela signifie qu’un grand nombre d’entre nous sont en voie de passer près de deux décennies, voire plus, à vivre avec une maladie chronique, un déclin cognitif ou une perte de mobilité. C’est cet écart, et non la durée de vie en soi, qui constitue la véritable crise. Et presque personne ne la traite comme telle.

La longévité n’est pas le bon indicateur

La longévité est le mot à la mode, les influenceurs discutant de la possibilité d’une espérance de vie à trois chiffres. Un biohacker fortuné a investi des millions pour tenter de vivre jusqu’à 160 ans et invite d’autres personnes à dépenser jusqu’à 1 million de dollars américains par année pour se joindre à lui. Il a récemment annoncé qu’il souffrait d’une maladie auto-immune.

La vie est devenue une épreuve d’endurance, et nous devons tenir bon jusqu’au bout.

En revanche, imaginez cette personne de 80 ans qui habite plus bas dans la rue et qui porte elle-même ses épiceries, monte ses escaliers, conduit sa voiture et s’accroupit par terre pour jouer avec son petit-enfant. Voilà l’objectif qui vaut la peine d’être poursuivi.

Idéalement, une bonne santé et une qualité de vie liée à la santé devraient durer toute notre vie. L’équilibre entre la qualité et la quantité de nos années est le principe qui sous-tend la « durée de vie en santé » : la période de notre vie que nous passons en bonne santé. Certes, la bonne santé est subjective, et certains ont fait valoir que la « durée de vie en bonne santé » ne peut peut-être pas être définie à un âge précis et qu’elle est plus fidèlement représentée par un indice.

Quelle que soit la façon dont on la mesure, il est clair que combler l’écart entre la durée de vie en bonne santé et la durée de vie totale est à la fois cruellement nécessaire et extrêmement difficile à réaliser, ce qui pourrait expliquer le décalage entre l’ampleur du problème et le peu d’investissements pour y remédier : selon les estimations, le rapport entre les dépenses de santé consacrées au traitement et celles consacrées à la prévention s’élève à près de 12 pour 1 au Canada.

Miser sur la durée de vie en bonne santé

À l’Université McMaster, le nouvel Institut McCall MacBain de kinésiologie et de durée de vie en bonne santé vise à combler l’écart en matière de durée de vie en bonne santé.

La kinésiologie est la science qui étudie les mouvements, les performances et le fonctionnement du corps. Associée à l’approche préventive de la médecine, elle peut aider à éviter que les gens se retrouvent à l’hôpital, plutôt que de simplement les soigner une fois qu’ils y sont déjà.

Le mandat de l’institut accorde la priorité à la collaboration interdisciplinaire afin de faire progresser la recherche et l’enseignement, et de transformer les résultats en actions concrètes qui profitent réellement aux communautés. La recherche à elle seule ne change pas les vies ; ce sont les gens qui s’appuient sur des données probantes qui agissent.

Un homme aux cheveux gris, vêtu d’une chemise bleue, agenouillé sur l’herbe avec un tout-petit qui tire la langue
Imaginez cette personne de 80 ans qui habite au bout de la rue et qui porte elle-même son épicerie, monte ses escaliers, conduit sa voiture et s’accroupit par terre pour jouer avec son petit-enfant.
(Unsplash/Alvaro Reyes)

Nous voulons aider les Canadiens et les gens bien au-delà de nos frontières à passer davantage d’années en bonne santé en retardant l’apparition des maladies, en préservant les fonctions physiques et cognitives et en renforçant la résilience avant même qu’elle ne soit nécessaire.

Y parvenir permettrait d’améliorer la qualité de vie tout en réduisant les coûts liés au traitement du cancer, des accidents vasculaires cérébraux, des maladies cardiaques, de la démence, de la douleur chronique et des troubles de la mobilité à long terme.

Cet institut est le premier du genre ; il a vu le jour grâce à un don de 50 millions de dollars versé par les philanthropes Marcy et John McCall MacBain et leur fondation. Cet investissement repose sur un pari précis : celui que les interventions les plus déployables à grande échelle, les plus abordables et fondées sur des données probantes pour prolonger la durée de vie en bonne santé restent encore à découvrir et à mettre en pratique.

Nous voulons montrer qu’investir du temps et des ressources dès l’enfance, et tout au long de la vie, renforce le corps pour qu’il résiste plus longtemps aux maladies chroniques qui rongent nos dernières décennies.

Le faux visage des industries du bien-être et de la longévité

Les industries du bien-être et de la longévité, ainsi que les biohackers en ligne, ont convaincu leurs adeptes que le but ultime est d’« optimiser » sa vie grâce à des pilules, des protocoles et des potions.

Sans surprise, les principaux facteurs de la durée de vie en bonne santé sont déjà bien connus : de l’exercice régulier, un meilleur sommeil, une alimentation saine, de véritables liens sociaux, ne pas fumer et consommer l’alcool avec modération.

En agissant sur ces facteurs, vous vous donnez de bien meilleures chances de prévenir les maladies qui touchent principalement les personnes âgées. La meilleure façon de traiter une maladie chronique reste encore de la retarder, ou, dans le cas de la démence et du déclin cognitif, de l’éviter complètement.

Le Canada dépense près de 144 milliards de dollars par année en produits liés au bien-être, pour finalement voir la santé de la population se détériorer à un âge de plus en plus précoce.

La recherche est pourtant claire : rien ne prouve que les suppléments, les peptides et les « traitements » vendus par les industries de la longévité et du bien-être contribuent de quelque façon que ce soit à votre durée de vie en bonne santé.


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Les facteurs d’influence sont nombreux

Pour aborder cette question, il faut prendre du recul. Les facteurs qui influencent le plus la durée de vie en bonne santé ne sont pas une pile de suppléments ni un cocktail de peptides. Ces facteurs sont complexes, difficiles à corriger et ne sont pas accessibles de manière uniforme dans tous les secteurs de la société.

Des rues et des parcs sécuritaires. De la nourriture abordable. Un endroit où dormir. Un voisin avec qui marcher. Des horaires de travail prévisibles. L’accès à des services de garde. Aucun de ces éléments n’est un luxe, mais ils constituent une infrastructure fondamentale pour une durée de vie en bonne santé plus longue, ce qui, pour bien trop de Canadiens est tout simplement hors de portée.

Le revenu, l’éducation, le logement, les conditions de travail, la sécurité du quartier, l’isolement social et la discrimination ont au moins autant d’importance pour bien vieillir que tout ce qu’on peut trouver dans un document sur la longévité.

La recherche en santé ne se demande plus si nous pouvons vivre plus longtemps. C’est déjà le cas. La nouvelle question est de savoir si nous sommes prêts à investir sérieusement, équitablement et dès l’enfance pour vivre mieux. Nous pourrions découvrir qu’une durée de vie en bonne santé plus longue mène aussi à une longévité encore plus grande, pour tous. Voilà un objectif qui vaut la peine d’être poursuivi.

La Conversation Canada

Stuart Phillips reçoit des fonds des Instituts de recherche en santé du Canada, du Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada, des National Institutes of Health des États-Unis, de Nestlé Health Sciences, de FrieslandCampina, du National Dairy Council des États-Unis, des Producteurs laitiers du Canada et de Cargill.

ref. Oubliez la longévité : c’est la durée de vie en bonne santé qu’il faut viser – https://theconversation.com/oubliez-la-longevite-cest-la-duree-de-vie-en-bonne-sante-quil-faut-viser-289432