Le dilemme de Trump : mettre fin à la guerre contre l’Iran pour satisfaire les Américains, au risque de mécontenter sa base évangélique

Source: The Conversation – in French – By André Gagné, Full Professor, Department of Theological Studies, Concordia University

La guerre menée par les États-Unis contre l’Iran devient rapidement l’une des plus impopulaires de l’histoire des États-Unis. Début mars 2026, lorsque le conflit éclate, 46 % des Américains s’y opposent, selon l’agrégateur de sondages Nate Silver. Aujourd’hui, cette proportion atteint 57 %.

Dans ce contexte, le président américain Donald Trump cherche de toute urgence des soutiens à son effort de guerre. Un groupe en particulier se distingue par son appui constant à ses opérations militaires : les sionistes chrétiens.

Parmi ses soutiens les plus fervents figurent les participants à la récente conférence annuelle de Christians United for Israel (CUFI), tenue à Washington.

Dirigée par le pasteur John Hagee, connu pour ses prises de position incendiaires, la CUFI s’est imposée comme l’un des groupes de pression les plus puissants au sein du Parti républicain. Forte de dix millions de membres, elle constitue l’une des bases de soutien les plus fidèles de Donald Trump, notamment pour ses efforts militaires.

La récente conférence de la CUFI a réuni des milliers de partisans fervents d’un rapprochement étroit entre les États-Unis et Israël, ainsi que l’ambassadeur d’Israël aux États-Unis. Lors de la soirée consacrée à l’honneur d’Israël, Hagee ouvre la conférence par une déclaration particulièrement virulente au sujet du régime iranien :

La question est de savoir si un régime qui soutient le terrorisme et menace Israël doit être autorisé à exister… Israël a le droit d’empêcher qu’une épée nucléaire ne soit placée au-dessus du cou du peuple juif.

L’enjeu de la Palestine

Le projet de doctorat de mon co-auteur, Jason Piché, porte sur le sionisme chrétien, le dispensationalisme et leur influence sur la politique étrangère des États-Unis. Le dispensationalisme divise l’histoire en différentes périodes, considérées comme autant d’étapes établies par Dieu pour régir et organiser le cours des affaires humaines. Il constitue à la fois une méthode d’interprétation de la Bible et une grille de lecture de l’histoire biblique.

Mon livre, Ces évangéliques derrière Trump : Hégémonie, démonologie et fin du monde, s’intéresse, quant à lui, au rôle des évangéliques américains dans la vie politique des États-Unis.

Des organisations chrétiennes comme la CUFI ont pour vocation première de soutenir Israël avec ferveur. Mais le sionisme chrétien joue déjà un rôle important au sein de certains courants du protestantisme américain à la fin du XIXe siècle, et son influence ne cesse de croître après la création de l’État d’Israël en 1948.

Le sionisme chrétien se développe parallèlement, au milieu du XIXe siècle, à une doctrine théologique appelée le prémillénarisme dispensationaliste.

Une photo en noir et blanc d’un homme aux cheveux gris hirsutes
John Nelson Darby en 1840 à Genève.
(Palais Eynard à Genève)

Lors d’une tournée aux États-Unis, le théologien et bibliste John Nelson Darby contribue à populariser l’idée selon laquelle Dieu divise l’histoire du monde en sept dispensations, soit sept périodes historiques distinctes. Selon Darby, la dernière de ces périodes prévoit le retour de Jésus-Christ sur terre et le début de son règne millénaire.

Darby estime que les Juifs jouent un rôle déterminant dans cette dernière période. Selon lui, le retour du Christ ne peut avoir lieu que si les Juifs reprennent possession de leur terre ancestrale en Palestine et y construisent un Troisième Temple.

Les sionistes chrétiens et les dispensationalistes deviennent ainsi de fervents défenseurs de l’État d’Israël, convaincus que sa survie et sa sécurité sont essentielles à l’accomplissement du plan de Dieu tel qu’ils le comprennent. Ils soutiennent, par conséquent, les opérations militaires conjointes entre Israël et les États-Unis contre l’Iran et estiment que les États-Unis doivent prendre des mesures pour favoriser les intérêts israéliens dans la région.




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Sionisme chrétien et politique étrangère des États-Unis

Trump a récemment annoncé la reprise des négociations avec la République islamique d’Iran, une initiative qui entraîne un certain répit dans les hostilités entre les deux pays. Mais le président américain affirme désormais que les États-Unis ne négocient qu’à moitié avec Téhéran.

Pour ses partisans sionistes chrétiens, ces négociations représentent pourtant une menace existentielle pour Israël et, par ricochet, pour les intérêts américains. Lors de la récente soirée de la CUFI consacrée à Israël, le pasteur influent Russell Johnson fait part de ses inquiétudes devant une foule qui lui répond par une ovation retentissante :

C’est pourquoi je dois dire à nos dirigeants politiques : allez jusqu’au bout !… Israël ne devrait pas être empêché d’éliminer définitivement une menace existentielle simplement parce que des diplomates veulent une cérémonie et que des politiciens veulent faire les manchettes. Si vous voulez que l’Amérique soit forte et libre, l’Amérique doit rester l’amie d’Israël.

Pour les partisans les plus fidèles de Trump, la guerre que les États-Unis et Israël mènent contre l’Iran constitue une lutte existentielle, à la fois politique et militaire, mais aussi profondément spirituelle.


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Ils estiment que les États-Unis et Israël doivent neutraliser l’Iran afin de garantir la sécurité d’Israël à long terme. À leurs yeux, de telles actions renforcent non seulement Israël et consolident sa place dans le cadre dispensationaliste de la fin des temps, mais elles servent également les intérêts des États-Unis. Ils considèrent en effet qu’elles s’inscrivent dans la promesse de Genèse 12,3, où il est dit que Dieu bénira ceux qui soutiennent le peuple avec lequel il a conclu son alliance.

Le dilemme de Trump

Trump se trouve dans une position délicate. Avec un taux d’approbation qui ne dépasse que 38 %, mettre fin à la guerre risque de décevoir ses partisans les plus fervents, tandis que la poursuivre pourrait l’éloigner davantage encore de la majorité des Américains qui désapprouvent le conflit.

Son approche, qui oscille entre des frappes aériennes aux effets limités, des menaces aux conséquences potentiellement catastrophiques et des négociations de paix infructueuses, risque de ne satisfaire aucun de ses principaux électeurs.

Une chose est certaine : s’il décide d’intensifier la guerre, les sionistes chrétiens seront au premier rang de ceux qui le soutiendront.

La Conversation Canada

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

ref. Le dilemme de Trump : mettre fin à la guerre contre l’Iran pour satisfaire les Américains, au risque de mécontenter sa base évangélique – https://theconversation.com/le-dilemme-de-trump-mettre-fin-a-la-guerre-contre-liran-pour-satisfaire-les-americains-au-risque-de-mecontenter-sa-base-evangelique-289549