Source: The Conversation – in French – By Timothy Clack, Chingiz Gutseriev Fellow, University of Oxford
Le colonialisme a été un élément central de l’histoire à travers le monde, prenant des formes différentes au fil du temps et selon les lieux. Après tout, chaque fois que des peuples se sont déplacés d’un endroit à un autre, ils ont colonisé des territoires ainsi que d’autres peuples ou formes de vie.
En Afrique, le colonialisme a surtout été étudié comme un phénomène imposé de l’extérieur, notamment par les puissances européennes aux XIXe et XXe siècles. Un numéro spécial récent de la revue Azania a cherché à remédier à cela. Des chercheurs ont abordé le sujet sous un angle jusqu’ici négligé : l’archéologie et l’histoire du colonialisme depuis l’Afrique.
Nous avons introduit ce numéro de la revue par un essai qui revient sur les concepts fondamentaux, passe en revue la littérature existante et présente de nouvelles études de cas.
Nous constatons, par exemple, que le colonialisme a une histoire profonde et complexe. Il a pris des formes et des degrés très différents. Ceux-ci vont de l’expansion, du commerce, des échanges et du partage des pratiques culturelles à la colonisation, la domination, l’exploitation, le contrôle et l’impérialisme.
Ces évolutions se sont déroulées dans des contextes très variés. Elles ont marqué la Mésopotamie, l’Égypte antique, la Phénicie, la Grèce et la Rome antiques ainsi que la Chine. On les retrouve aussi dans plusieurs régions des Amériques, notamment chez les Incas et les Aztèques, ainsi que chez les Européens, en particulier après 1492.
Des facteurs mondiaux et locaux ont façonné différentes formes de pouvoir, d’assujettissement, de consommation, d’extraction, d’exploitation et d’échanges culturels.
Cette prise de conscience soulève des questions importantes. En voici quelques-unes :
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à quoi ressemble la justice historique ?
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quels épisodes sont retenus et lesquels sont oubliés ?
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quelles victimes sont ignorées ou indemnisées ?
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quels colonisateurs doivent en assumer les conséquences ?
Le colonialisme venu de l’extérieur
Au XIXe et au XXe siècles, pendant ce qu’on appelle la « ruée vers l’Afrique », sept pays européens ont colonisé la quasi-totalité du continent. Les traces laissées par la Belgique, la Grande-Bretagne, la France, l’Allemagne, l’Italie, le Portugal et l’Espagne ont été nombreuses et variées. Parmi celles-ci, on peut citer :
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le tracé des frontières nationales
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des infrastructures destinées à l’extraction (telles que des mégaports, des chemins de fer et des routes)
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l’administration (telle que des gouvernements bicaméraux, des tribunaux et des églises)
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la défense (structures et installations militaires).
Le colonialisme européen a même façonné la manière dont la plupart d’entre nous percevons le monde à travers les instruments utilisés pour cartographier le temps et l’espace.
Auparavant, une grande partie de l’Afrique était colonisée par les l’Empire ottoman et les empires arabes. Oman, par exemple, a colonisé la côte swahilie aux XVIIIe et XIXe siècles, sur un territoire s’étendant de certaines régions de Somalie jusqu’à Madagascar.
Les régions d’Afrique qui avaient auparavant été sous domination islamique ont, quant à elles, vécu le colonialisme européen différemment. Cela a eu des répercussions à long terme sur l’éducation, la santé et la croissance économique.
Pris dans leur ensemble, ces héritages ont, au fil du temps, donné naissance à des principes organisateurs globaux pour imaginer l’Afrique.
Mais cette formulation fait abstraction de l’autonomie des Africains et des processus politiques. On oublie souvent, par exemple, que les Almoravides, une dynastie venue au pouvoir dans le sud du Maroc au XIe siècle, exerçaient un contrôle sur des territoires européens. Les Africains ont eux aussi été des colonisateurs.
Le colonialisme de l’intérieur
L’Afrique a également connu divers épisodes coloniaux provenant de l’intérieur. On peut citer, par exemple, des empires tels que l’Égypte et le Kouch en Afrique du Nord, ainsi que le Dahomey et le Songhaï en Afrique de l’Ouest.
Les dirigeants de ces empires cherchaient à annexer des territoires, à établir des colonies, à assujettir d’autres peuples, à contrôler les ressources et à imposer des lois et des coutumes. Les traces archéologiques de ces phénomènes se manifestent de diverses manières. Elles comprennent notamment l’apparition de nouveaux types d’habitats, des changements dans la culture matérielle et l’adoption de nouvelles langues et religions, en particulier l’islam et le christianisme.
La résistance au colonialisme est également visible dans les sources historiques et s’est exprimée de multiples façons. Elle a notamment pris la forme d’insurrections, de manifestations et de propagande, mais aussi de mythes, d’art, de musique, de littérature et de non-coopération.
Au XIXe siècle, Shaka, par exemple, a transformé une petite chefferie zouloue d’Afrique australe en un État agressif et prospère qui a absorbé les groupes voisins. L’expansion zouloue a eu pour répercussion le Mfecane. Ce processus a permis à divers dirigeants d’établir leurs propres entités politiques.
Soshangane, par exemple, était un général ndwandwe vaincu par Shaka qui a fondé l’État de Gaza dans l’actuel Mozambique. Celui-ci regroupait à la fois des Shona et des Tsonga.
Un autre exemple nous vient des Mursi du sud-ouest de l’Éthiopie. Ceux-ci ont entrepris plusieurs migrations à grande échelle au cours des 200 à 300 dernières années. Ce mouvement est devenu partie intégrante de leur identité collective. Ils ont déplacé, assimilé et dominé d’autres populations. Les traces matérielles qu’ils ont laissées ont fait l’objet de recherches archéologiques.
ces études ont permis d’interpréter leurs activités, mais elles remettent également en question leurs histoires orales.
Échanges culturels et innovation
Le colonialisme est un processus qui produit des changements. Il crée des contacts entre cultures, des relations entre colonisateurs et colonisés, ainsi que des échanges matériels qui favorisent l’innovation.
Les processus coloniaux ont une influence multidirectionnelle. Le colonialisme européen, par exemple, a façonné la manière dont les Européens ont interagi avec le reste du monde. En retour, il a contribué à la construction du monde occidental.
Les idées et les biens circulaient vers les centres métropolitains européens autant qu’à partir de ceux-ci. À certains égards, la Grande-Bretagne a été façonnée par ses contacts avec, par exemple, l’Afrique, l’Australasie et l’Amérique du Nord, tout autant que ces régions ont été des créations coloniales.
Le colonialisme engendre souvent des victimes et des oppresseurs. Mais il est aussi une question de consommation, d’innovation et d’échanges.
L’archéologie offre un moyen utile d’étudier le colonialisme, car celui-ci laisse des traces matérielles et immatérielles que cette discipline est en mesure d’interpréter.
Il est nécessaire d’approfondir les travaux sur les processus et la nature du colonialisme en Afrique. Cela permettra d’établir des comparaisons, de mieux comprendre ce phénomène et de corriger une vision biaisée de l’histoire mondiale. Une compréhension plus approfondie du colonialisme, y compris du néocolonialisme, pourrait également éclairer les débats sur son héritage, ainsi que sur la décolonisation et la restitution.
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Timothy Clack bénéficie de subventions de recherche accordées par le Conseil de la recherche en arts et sciences humaines (AHRC), la British Academy, l’Institut britannique d’Afrique de l’Est (BIEA), le Fonds Christensen, l’Institut McDonald pour la recherche archéologique, le Conseil de la recherche sur l’environnement naturel (NERC), l’Institut royal d’anthropologie et l’Université d’Oxford.
Shadreck Chirikure bénéficie d’un financement de la British Academy, de l’UKRI, de l’université d’Oxford, de l’université du Cap, de la Fondation nationale de recherche d’Afrique du Sud et de la Royal Society.
– ref. Histoire du colonialisme en Afrique : l’archéologie offre une perspective plus approfondie – https://theconversation.com/histoire-du-colonialisme-en-afrique-larcheologie-offre-une-perspective-plus-approfondie-289646
