Voici pourquoi la diplomatie scientifique doit tenir compte des savoirs autochtones

Source: The Conversation – in French – By Hugo Asselin, Professeur titulaire, Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue (UQAT)

Les décisions politiques et les relations diplomatiques sont basées sur le partage d’informations.

Or, ces informations peuvent être fausses. Quand il n’y a pas de mauvaises intentions, il s’agit de mésinformation. Lorsqu’au contraire, il y a intention de nuire, c’est de la désinformation. Autre cas de figure : le partage d’informations authentiques sorties de leur contexte à des fins manipulatoires. On parle alors de malinformation.

Pour désigner l’effet combiné de ces trois menaces à la prise de décision éclairée, la professeure de communication de l’Université Cornell, Claire Wardle, et le chroniqueur irano-canadien, Hossein Derakhshan, ont emprunté au vocabulaire de la psychologie clinique pour inventer le terme « trouble de l’information » (information disorder).

Pour faire face à ce trouble de l’information, la diplomatie scientifique s’appuie sur la collaboration entre les nations pour résoudre des problèmes communs et établir des partenariats constructifs fondés sur la connaissance. La diplomatie scientifique est nécessaire pour affronter des problèmes complexes qui transcendent les frontières, comme la lutte aux changements climatiques ou l’encadrement de l’intelligence artificielle.

Dans un texte publié récemment sur The Conversation, l’ex-politicien et ambassadeur Stéphane Dion, diplomate en résidence à l’Université de Montréal, affirmait que le Canada a besoin d’une diplomatie scientifique « unifiée et efficace ». Son appel mérite d’être entendu alors qu’on assiste à une montée du populisme, qui tourne le dos aux faits et à l’analyse critique au profit des opinions et des intuitions.

Pour être efficace, la diplomatie scientifique doit donc s’appuyer sur les connaissances les plus à jour issues des recherches de pointe. Mais ça ne suffit pas. Pour être unifiée, la diplomatie scientifique doit aussi tenir compte des savoirs autochtones, qui sont complémentaires aux savoirs scientifiques.

On parlera alors de diplomatie scientifique autochtone. En tant que chercheurs et chercheuse en études autochtones, nous venons d’entreprendre un programme de recherche sur la question.




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Quelle place pour les Autochtones dans la diplomatie scientifique ?

La diplomatie au sens strict concerne principalement les relations entre les États. Mais les gouvernements « infranationaux » (provinces, territoires, peuples autochtones) doivent pouvoir s’exprimer sur la scène internationale sur les sujets qui les concernent.

C’est ce qu’on appelle la « paradiplomatie ». À l’échelle provinciale, la doctrine Gérin-Lajoie en est un exemple éloquent. Elle stipule que « dans tous les domaines qui sont complètement ou partiellement de sa compétence, le Québec entend désormais jouer un rôle direct, conforme à sa personnalité et à la mesure de ses droits ».

Les diplomaties autochtones sont un autre exemple de paradiplomatie. Selon l’article 18 de la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones (DNUDPA), ces derniers « ont le droit de participer à la prise de décisions sur des questions qui peuvent concerner leurs droits, par l’intermédiaire de représentants qu’ils ont eux-mêmes choisis conformément à leurs propres procédures ».

Une chaire pour étudier la participation autochtone à la diplomatie scientifique

Comment réussir l’arrimage entre les savoirs scientifiques et autochtones ? C’est ce qui sera au cœur des travaux de la nouvelle Chaire de recherche en diplomatie scientifique autochtone, dont nous faisons partie. Cette chaire, financée en partie par le Fonds de recherche du Québec, s’intéressera autant aux mécanismes de la diplomatie scientifique autochtone qu’à ses retombées concrètes.

Du côté des mécanismes, il conviendra de se demander si – et comment – les perspectives autochtones sont prises en compte au sein des instances diplomatiques. On peut penser ici à l’importance, dans les pratiques de gouvernance autochtone, des solidarités intergénérationnelles, de l’équité entre les genres, des valeurs d’équilibre entre les différentes sphères de la vie, de respect des autres et du territoire, ainsi que d’humilité face à notre compréhension partielle des problématiques complexes.

Jérôme Dupras est debout devant un micro, avec des affiches à l’arrière-plan
Le scientifique en chef du Québec, Jérôme Dupras, a succédé à Rémi Quirion en juin 2026. Il conseille le gouvernement en matière de science et d’innovation.
(Scientifique en chef du Québec | Facebook), CC BY

La Chaire s’attardera aussi aux retombées à l’échelle nationale des décisions d’instances diplomatiques internationales. En effet, plusieurs accords internationaux – comme ceux sur la biodiversité, les changements climatiques et les droits des peuples autochtones – relèvent du « droit souple » (soft law) et ne sont pas juridiquement contraignants. Pour que des effets concrets en découlent, ces accords doivent se traduire par des lois et des politiques aux échelles nationale et infranationale.

Comment les savoirs autochtones sont-ils pris en compte dans l’élaboration des politiques publiques ? Comment les décisions prises à l’international affectent-elles les peuples autochtones ? Nous nous intéresserons particulièrement aux enjeux liés à la gestion des risques associés aux bouleversements environnementaux (feux de forêt, sécheresses, inondations), ainsi qu’à la sécurité culturelle des pratiques de santé pour éliminer les préjudices et mettre en valeur une approche holistique.

Des délégations autochtones actives

Il y a déjà plus de 15 ans, un rapport de l’ONU mentionnait que « Le mouvement autochtone est l’un des interlocuteurs les plus actifs de la société civile auprès des Nations unies depuis 1945 ». Leur travail se poursuit aujourd’hui. Par exemple, à l’été 2025, une délégation de l’Assemblée des Premières Nations Québec-Labrador a sollicité l’appui de l’ONU pour faire respecter les droits autochtones face aux industries extractives.


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Au printemps 2026, l’Instance permanente des Nations unies sur les questions autochtones en a appelé à décoloniser la notion de santé. La présidente de l’Instance, la leader Inuk Aluki Kotierk, a ainsi rappelé que pour les peuples autochtones, « la santé et le bien-être vont bien au-delà de la santé physique et mentale. Ils sont indissociables de notre culture, de notre spiritualité, de nos langues, de nos terres et de notre environnement ».

Le principe 22 de la Déclaration de Rio sur l’environnement et le développement, adoptée il y a plus de 35 ans, stipule que les « États devraient reconnaître (aux peuples autochtones) leur identité, leur culture et leurs intérêts, leur accorder tout l’appui nécessaire et leur permettre de participer efficacement à la réalisation d’un développement durable ».

Pour y arriver, la diplomatie scientifique doit aussi être autochtone.

La Conversation Canada

Hugo Asselin a reçu des financements du Fonds de recherche du Québec et de la Fondation de l’UQAT pour soutenir les activités de la Chaire de recherche en diplomatie scientifique autochtone.

Sébastien Brodeur-Girard est membre de la Chaire de recherche en diplomatie scientifique autochtone qui a reçu des financements du Fonds de recherche du Québec et de la Fondation de l’UQAT pour soutenir ses activités.

Suzy Basile a reçu des financements du Ministère de la santé, du Secrétariat à la condition féminine du Québec, de la Commission de la santé et des services sociaux des Premières Nations du Québec et du Labrador et de la Fondation de l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue pour soutenir ses projets de recherche.

ref. Voici pourquoi la diplomatie scientifique doit tenir compte des savoirs autochtones – https://theconversation.com/voici-pourquoi-la-diplomatie-scientifique-doit-tenir-compte-des-savoirs-autochtones-286896