Source: The Conversation – in French – By Elliot Convery-Fisher, Research Fellow in Socio-Ecology of Fire Management, Royal Botanic Garden Edinburgh
L’ESSENTIEL
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L’Australie dispose d’un système d’alerte parmi les plus aboutis au monde face aux feux de végétation.
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Les alertes sont largement comprises, mais elles ne suffisent pas toujours à convaincre les habitants d’évacuer.
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Trouver le bon équilibre entre informer suffisamment et éviter la saturation reste un défi.
Les incendies de forêt deviennent une caractéristique du climat plus chaud et plus sec du Royaume-Uni, comme c’est déjà le cas dans une grande partie de l’Europe. En juillet 2026, d’importants incendies ont ravagé plusieurs régions du Royaume-Uni en quelques jours. Parmi les plus marquants, un feu a embrasé Arthur’s Seat, l’ancien volcan situé au cœur d’Édimbourg. À la suite de cet incendie, les Scottish Greens (parti écologiste écossais) ont qualifié les feux de forêt d’ « urgence nationale ».
Parallèlement, le gouvernement gallois a déclenché son plan de crise pour lutter contre les incendies qui continuaient de se propager dans le nord du pays, tout en alertant sur le manque d’hélicoptères disponibles pour combattre les flammes. D’autres services d’incendie britanniques ont également indiqué être soumis à une pression extrême.
En 2025, les services d’incendie et de secours d’Angleterre et du pays de Galles sont intervenus sur près de 1 000 feux de végétation, un record qui dépasse celui établi en 2022. Les projections des experts indiquent que ce type de journées extrêmes devrait devenir plus fréquent.
Selon les données de l’Ordnance Survey,l’agence nationale de cartographie britannique, plus d’un million de Britanniques vivent dans des zones exposées aux incendies. « Les habitations identifiées se trouvent dans un paysage morcelé, généralement dépourvu de coupe-feu entretenus, contrairement à ce qui est courant dans d’autres régions du monde », explique Duncan Moss, coprésident d’un groupe national chargé de conseiller le gouvernement sur les feux de végétation.
À ce jour, le Royaume-Uni ne dispose pas d’une stratégie unifiée de gestion des feux de végétation. Si l’Écosse a publié un plan d’action en mars, la gestion en Angleterre repose largement sur des organismes publics indépendants comme Forestry England, même si le gouvernement britannique a récemment annoncé la création de nouvelles équipes spécialisées dans la lutte contre les feux de végétation en Angleterre.
Au Royaume-Uni, le public est principalement informé des feux de végétation par les médias, ainsi que par les organismes chargés de la gestion des espaces naturels et d’autres institutions publiques. Pourtant, les feux de forêt demeurent un risque largement sous-estimé, en raison d’une connaissance encore insuffisante de leurs dangers et de leurs conséquences. De nombreuses collectivités réclament donc une information plus claire sur la manière de réagir.
Une solution envisagée consiste à envoyer des alertes d’urgence en temps réel directement sur les téléphones portables des personnes concernées. Le Royaume-Uni dispose déjà d’un système national d’alerte, mais celui-ci n’a jusqu’à présent été utilisé que pour les inondations et les tempêtes.
Nous estimons toutefois que ces alertes ne devraient constituer qu’un élément d’une stratégie de communication plus large. Le Royaume-Uni se trouve aujourd’hui à un moment décisif pour améliorer la compréhension du public, non seulement des risques, mais aussi de la complexité des feux de forêt. Car il n’existe pas de réponse universelle : chaque incendie est différent.
Les feux de forêt peuvent être à la fois destructeurs et bénéfiques. Pour réduire les risques de manière préventive, les gestionnaires allument parfois de petits feux contrôlés, de faible intensité, afin d’éliminer une partie de la végétation susceptible d’alimenter de futurs incendies et de limiter leur intensité. Cette pratique est largement utilisée dans d’autres pays.
Bien gérer les feux de forêt ne se résume donc pas à diffuser des alertes précoces. Cela suppose aussi que le public comprenne comment cohabiter avec le feu en toute sécurité.
Que fait l’Australie et ce système est-il efficace ?
L’Australie a mis en place un système d’alerte face aux risques d’incendie forgé par une longue histoire de feux dévastateurs. Peu de pays ont développé un dispositif aussi complet. Il repose sur deux volets : l’un évalue le niveau de risque avant qu’un incendie ne se déclare, l’autre indique à la population comment réagir lorsqu’un feu est en cours.
Mis en place en 2022, l’Australian Fire Danger Rating System fournit un système d’alerte harmonisé à l’échelle nationale. Il vise à informer le public du niveau de danger que présenterait un incendie s’il venait à se déclarer.
Le système comporte quatre niveaux d’alerte. Chacun est associé à des messages clairs et à des consignes précises sur les mesures à prendre avant et pendant les journées à risque :
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modéré : planifier et se préparer ;
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élevé : se tenir prêt à agir ;
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extrême : agir immédiatement pour protéger les personnes et les biens ;
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catastrophique : quitter les zones exposées aux feux pour assurer sa survie.
Les niveaux de danger sont calculés et diffusés par les services de lutte contre les incendies des États et territoires australiens. Ils prennent en compte les conditions météorologiques, le degré de sécheresse de la végétation et le comportement potentiel d’un incendie.
Ces alertes sont diffusées au public par plusieurs canaux :
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des panneaux installés le long des routes indiquant le niveau de danger en vigueur ;
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les bulletins météo et les applications météorologiques, qui intègrent les niveaux de risque d’incendie ;
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les sites Internet et applications des services d’urgence des différents États ;
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les médias, notamment ABC Emergency, le service public australien dédié aux situations d’urgence, qui fournit des informations actualisées et des conseils pour protéger les personnes et les biens.
Que se passe-t-il lorsqu’un incendie se déclare ?
Lorsqu’un incendie se déclare, c’est l’Australian Warning System (AWS) qui prend le relais. Ce dispositif diffuse directement des alertes au public pour chaque feu.
Mis en place en 2021, ce système national vise à fournir une information cohérente pour l’ensemble des risques majeurs : feux de végétation, inondations, tempêtes, cyclones, épisodes de chaleur extrême ou autres phénomènes météorologiques violents. Auparavant, les alertes étaient émises séparément par chaque État, avec des niveaux d’alerte, une terminologie et des systèmes de communication différents selon les territoires et les types de risque.
L’Australian Warning System comprend trois niveaux d’alerte :
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Alerte de vigilance (jaune) : un incendie est en cours, mais il ne présente pas de danger immédiat. Il est recommandé de rester informé au cas où la situation évoluerait.
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Surveillez la situation et agissez (orange) : le niveau de menace augmente. Les conditions évoluent et il faut commencer immédiatement à prendre des mesures pour vous protéger, ainsi que votre famille.
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Alerte d’urgence (rouge) : il s’agit du niveau d’alerte le plus élevé. Vous pouvez être en danger et devez agir sans attendre. S’il est trop tard pour évacuer, mettez-vous immédiatement à l’abri. Tout retard peut mettre votre vie en danger.
À partir du 1er octobre 2026, l’Australie ajoutera un nouveau niveau à son dispositif d’alerte. AusAlert enverra des messages d’urgence directement sur tous les téléphones portables compatibles situés dans une zone touchée par une catastrophe locale ou nationale. Cette mesure fait suite aux recommandations d’une commission royale d’enquête, qui a estimé que ce type d’alerte deviendrait un outil essentiel face à la multiplication des catastrophes naturelles.
La multiplication des canaux de diffusion est volontaire afin de renforcer la résilience du système, mais elle n’élimine pas tous les risques. Lors d’un incendie dans le centre de l’État de Victoria, en janvier 2026, une panne de courant a saturé les réseaux mobiles tandis que le feu détruisait un important relais de télécommunications. De nombreux habitants se sont alors retrouvés privés d’accès aux alertes officielles, aux applications d’urgence et aux consignes diffusées par les médias.
Lors des feux de végétation de 2019-2020 en Australie, on estime que plus de 60 000 personnes ont suivi les consignes d’évacuation et quitté les zones à risque. Les alertes officielles ont très probablement joué un rôle déterminant, mais la gravité de la crise était aussi visible de tous : d’épais nuages de fumée recouvraient des régions entières et les médias diffusaient en continu les évacuations de masse.
Cependant, une étude menée auprès de personnes touchées par les feux de végétation en Nouvelle-Galles du Sud en 2017 montre que, si la plupart jugeaient les alertes faciles à recevoir et à comprendre, cela ne signifiait pas pour autant qu’elles suivaient les recommandations des services de secours. Beaucoup ont choisi de rester pour tenter de défendre leur habitation.
Tous les systèmes d’alerte sont confrontés au même dilemme : trop de messages finissent par provoquer une fatigue informationnelle, tandis qu’une communication insuffisante peut coûter des vies. L’Australie a passé des décennies à perfectionner son système d’alerte. Le défi le plus difficile reste toutefois de convaincre les habitants de suivre les consignes lorsqu’un danger survient.
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Elliot David Convery-Fisher travaille pour le Jardin botanique royal d’Édimbourg et l’université d’Édimbourg. Il est financé par le programme britannique d’aide au développement international (UK International Development), dans le cadre du projet « Achieving Sustainable Forest Management through Community Protected Areas in Madagascar », soutenu par le Biodiverse Landscapes Fund (référence ecm 62237).
Kate Parkins travaille à l’université de Melbourne, en Australie. Elle a reçu des financements de recherche du ministère de l’Énergie, de l’Environnement et de l’Action climatique de l’État de Victoria, de Natural Hazards Research Australia et de plusieurs services de lutte contre les incendies des États australiens. Elle est membre de la Société d’écologie d’Australie (Ecological Society of Australia).
– ref. Que peut nous apprendre l’Australie, référence mondiale en matière d’alerte, sur la gestion des incendies – https://theconversation.com/que-peut-nous-apprendre-laustralie-reference-mondiale-en-matiere-dalerte-sur-la-gestion-des-incendies-288760
