Source: The Conversation – in French – By Amélie Guèvremont, Professeur titulaire, Marketing, chercheure à l’Observatoire de la consommation responsable, Université du Québec à Montréal (UQAM)
Nous avons évalué l’efficacité du nouveau symbole canadien qui alerte les consommateurs lorsque les aliments sont riches en gras saturés, en sucres ou en sodium. Il peut aider les consommateurs à faire de meilleurs choix, mais son effet demeure limité : il signale certains excès, sans offrir une évaluation globale de la qualité nutritionnelle du produit.
Depuis janvier 2026, les consommateurs canadiens voient apparaître un nouveau symbole nutritionnel au devant de certains emballages alimentaires. Cette petite loupe noire et blanche signale les produits dont la teneur est élevée en gras saturés, en sucres ou en sodium. L’objectif est simple : aider les consommateurs à repérer plus rapidement les aliments moins favorables à la santé et encourager l’adoption de saines habitudes alimentaires.
Cette mesure s’inscrit dans un contexte de préoccupation croissante face aux maladies chroniques liées à l’alimentation. Santé Canada rappelle que la consommation fréquente d’aliments riches en gras saturés, en sucres ou en sodium peut augmenter les risques d’obésité, de diabète de type 2, d’hypertension, de maladies cardiovasculaires et de certains cancers.
Mais une question demeure : ce nouveau symbole suffira-t-il à modifier les choix des consommateurs?
Avec des collègues, nous avons voulu tester l’efficacité de ce symbole canadien, en le comparant au Nutri-Score, bien connu en Europe. Nos résultats montrent que le symbole de Santé Canada peut être efficace, mais sous certaines conditions. Une simple alerte ne suffit pas toujours à changer les intentions d’achat.
Lire une étiquette nutritionnelle : une tâche complexe
Les tableaux nutritionnels traditionnels contiennent beaucoup d’information utile. Pourtant, en situation d’achat, ils sont souvent peu consultés. Le consommateur manque de temps, d’attention ou de motivation. Il peut aussi avoir de la difficulté à interpréter les chiffres.
C’est pour répondre à cette limite que les logos nutritionnels au devant des emballages ont été développés. Leur fonction est de simplifier l’information, de la rendre visible rapidement et d’engendrer une décision plus éclairée.
Le Canada a choisi un format de type alerte. Le symbole apparaît uniquement lorsque le produit dépasse le seuil de 15% en gras saturés, en sucres ou en sodium, pour la plupart des aliments préemballés. Il ne donne donc pas une note globale au produit. Il ne dit pas qu’un aliment est «bon» ou «meilleur» qu’un autre. Il signale seulement la présence d’un ou plusieurs nutriments à surveiller.
Le Nutri-Score européen fonctionne autrement. Il propose une évaluation globale, de A à E, accompagnée d’un code couleur du vert au rouge. Ce type de logo signale à la fois les produits moins favorables et valorise les produits plus sains.
Cette différence est importante. Un système d’alerte sert à décourager certains achats, alors qu’un système gradué peut comparer et récompenser les meilleures options.
Pour tester ces logos, nous avons réalisé une expérience en ligne auprès de 591 consommateurs québécois acheteurs de céréales. Les participants étaient exposés à une boîte de céréales fictive affichant soit aucun logo, soit le symbole de Santé Canada avec une ou trois alertes (sucre ou sucre/sel/gras), soit un Nutri-Score A ou E. Ils devaient ensuite évaluer la qualité nutritionnelle du produit, leur intention d’achat et leur confiance envers le logo présenté.
Une seule alerte change la perception, mais pas l’intention d’achat
Premier résultat : la présence du symbole de Santé Canada modifie la perception du produit. Lorsqu’une alerte «élevé en sucres» est présente, les consommateurs jugeaient le produit moins sain que lorsqu’aucun symbole n’était pas présent. Ainsi, une seule alerte suffit à envoyer un signal négatif sur la qualité nutritionnelle perçue.
Mais cela ne suffit pas à modifier le comportement déclaré. En effet, dans notre étude, l’alerte portant uniquement sur le sucre ne réduisait pas significativement l’intention d’achat. Les consommateurs percevaient le produit comme moins sain, mais ils n’étaient pas moins enclins à l’acheter.
Ce résultat est important. Il suggère qu’un consommateur peut comprendre qu’un produit est moins bon pour la santé, tout en continuant à vouloir l’acheter.
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Quand l’alerte devient forte, l’effet est plus net
Les résultats changent lorsque le symbole de Santé Canada signale trois éléments à la fois (gras saturés/sucres/sodium). Dans ce cas, les consommateurs jugent le produit moins sain, mais ils déclarent aussi une intention d’achat plus faible. Le signal devient suffisamment fort pour influencer la décision.
En alimentation, les consommateurs classent souvent les produits dans des catégories simples : «bon pour la santé» ou «moins bon pour la santé».
Ainsi, une seule alerte peut activer un doute, mais ne pas suffire à faire basculer la décision. Trois alertes, en revanche, rendent le message beaucoup plus clair : le produit est associé à plusieurs éléments nutritionnels problématiques. Dans ce cas, le symbole agit comme une véritable mise en garde.
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Le symbole canadien face au Nutri-Score
Nous avons aussi comparé l’effet du symbole canadien au Nutri-Score. Le résultat est intéressant : lorsque le symbole de Santé Canada affiche trois alertes, son effet est comparable au Nutri-Score E. Dans les deux cas, les consommateurs perçoivent le produit comme moins sain et déclarent une intention d’achat plus faible.
Ainsi, le symbole canadien peut être aussi efficace qu’un mauvais Nutri-Score pour détourner les consommateurs d’un produit de faible qualité nutritionnelle. Mais il y a une différence : le système canadien ne permet pas de valoriser les produits plus sains.
Dans notre étude, un Nutri-Score A améliorait la qualité nutritionnelle perçue du produit et augmentait l’intention d’achat. Le symbole canadien, lui, ne peut pas produire cet effet positif, apparaissant uniquement pour signaler un excès.
La confiance est une condition essentielle
Notre recherche montre aussi que la confiance envers le logo est déterminante. Lorsque les consommateurs ont peu confiance dans le dispositif d’information nutritionnelle, le symbole de Santé Canada ne modifie pas leur intention d’achat, même lorsqu’il affiche trois alertes.
Ce résultat est crucial pour les politiques publiques. Un logo nutritionnel ne fonctionne pas seulement parce qu’il est visible, mais si les consommateurs le jugent crédible et acceptent de s’en servir dans leurs choix.
La mise en place du symbole ne devrait donc pas se limiter à une obligation réglementaire pour les entreprises. Elle devrait s’accompagner d’un effort de communication publique : expliquer ce que signifie le symbole, pourquoi certains nutriments sont ciblés, comment l’utiliser et comment le combiner avec d’autres informations comme la liste d’ingrédients ou le tableau de valeur nutritive.
Ce que cela signifie pour les consommateurs
Le nouveau symbole de Santé Canada constitue un repère utile dans un environnement alimentaire souvent complexe. Simple et visible, il attire rapidement l’attention sur trois nutriments dont la consommation excessive est préoccupante. Il peut ainsi aider les consommateurs à repérer certains produits moins favorables à la santé sans analyser en détail le tableau des valeurs nutritives à l’arrière du paquet.
Nos résultats invitent toutefois à nuancer sa portée. D’une part, une seule alerte ne semble pas suffisante pour réduire l’intention d’achat. D’autre part, le symbole doit être interprété comme un signal de vigilance plutôt que comme un jugement absolu sur la qualité d’un aliment. En effet, un produit sans symbole n’est pas nécessairement un aliment « santé », tout comme un produit affichant le symbole n’est pas nécessairement à éviter. Toutefois, ce dernier mérite une attention particulière, notamment en réduisant sa fréquence de consommation ainsi que les quantités consommées.
En somme, ce symbole est un outil d’aide à la décision utile pour les consommateurs, mais il ne remplace pas des efforts plus larges en matière d’éducation nutritionnelle, de réglementation pour l’accès à des aliments de qualité.
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Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.
– ref. Nouveau symbole nutritionnel au Canada : aidera-t-il vraiment les consommateurs à mieux choisir ? – https://theconversation.com/nouveau-symbole-nutritionnel-au-canada-aidera-t-il-vraiment-les-consommateurs-a-mieux-choisir-284868
