Être rejeté par les autres fait mal : aider enfants et ados à rebondir quand ils sont mis de côté

Source: The Conversation – in French – By Melanie J. Zimmer-Gembeck, Professor of Psychology, Griffith University

Les adolescents sont hypersensibles au rejet. cottonbro studio/Pexels

L’ESSENTIEL

– L’été est une période où les enfants et les adolescents participent à de nouvelles activités et rencontrent de nouveaux groupes. Ils vont y nouer des amitiés mais parfois aussi se confronter au rejet.

– Les parents peuvent aider leurs enfants à surmonter cette mauvaise expérience en leur apprenant à gérer leurs émotions.

– Comme une blessure physique, la souffrance émotionnelle a besoin de temps pour guérir.


Le fait d’être rejeté peut parfois être si intense que cela s’apparente à une douleur physique : un coup de poing dans le ventre ou une douleur au cœur. Il s’accompagne souvent du sentiment d’être exclus et de ne pas être le bienvenu. Et cela peut nous amener à remettre en question notre propre valeur.

À l’école, les élèves peuvent être candidats à divers postes à responsabilité et à des activités extrascolaires. Ils peuvent passer une audition pour décrocher le rôle principal dans une pièce de théâtre, tenter leur chance pour intégrer l’équipe des sportifs de haut niveau ou obtenir un solo dans l’orchestre de l’établissement. Ce sont d’excellentes occasions de s’épanouir personnellement, mais tous les élèves ne peuvent pas être retenus.

Même en dehors de l’école, les enfants et les adolescents peuvent se voir refuser une invitation à une fête, ne pas être retenus pour un job à temps partiel ou ne pas être admis à l’université.

En tant que parent, il peut être douloureux d’assister aux difficultés que traverse notre enfant après un refus. Nous ressentons sa peine, mais nous ne savons pas toujours comment l’aider.

Comment les enfants affrontent un rejet

Le rejet revêt souvent un caractère personnel, mais il peut également avoir des répercussions sur les relations proches, les groupes de pairs et le statut social ou la réussite. Par exemple, un adolescent qui n’a pas été admis dans une équipe sportive risque d’avoir moins d’occasions de passer du temps avec ses amis qui, eux, y ont été admis.

Pour les enfants qui font l’expérience du rejet pour la première fois, il peut être difficile d’identifier et de gérer les émotions négatives. Les réactions des enfants, telles que la colère ou l’inquiétude, peuvent les surprendre eux-mêmes autant que leurs proches.

Des études suggèrent que les adolescents sont hypersensibles au rejet, en partie en raison des changements neurophysiologiques qui surviennent pendant la puberté et qui orientent leur attention vers le développement de relations en dehors du cercle familial.

L’utilisation des réseaux sociaux par les adolescents peut également accentuer leur sentiment de rejet s’ils sont exposés à des images de la vie « parfaite » et des réussites « impressionnantes » des autres.

Même une fois la vingtaine atteinte, les jeunes restent très sensibles aux signes d’acceptation ou de rejet, ce qui les rend d’autant plus vulnérables aux émotions négatives intenses lorsqu’ils sont rejetés.

Se relever

Mais le rejet n’est pas qu’une mauvaise nouvelle. Il peut être l’occasion de mettre en pratique des stratégies d’adaptation telles que l’acceptation, l’auto-compassion, la définition d’objectifs et le compromis. À de nombreux moments de la vie, ce sont ces compétences qui renforcent la résilience et nous protègent contre les effets négatifs du stress.

Il existe des moyens d’aider un enfant ou un adolescent à développer ces capacités d’adaptation et à rebondir après un rejet.

Reconnaître les émotions et les pensées négatives

Les préadolescents qui ont peu l’habitude du rejet peuvent d’abord avoir besoin d’un peu de temps pour se calmer. Même si certains peuvent souhaiter rester seuls un moment, ce qui est tout à fait normal, il est important de leur tendre la main pour les aider à mettre des mots sur leurs pensées et leurs émotions.

Les adolescents ou les jeunes ayant davantage d’expérience ont peut-être développé certaines stratégies positives pour gérer les émotions négatives liées au rejet. Ils ont peut-être trouvé des moyens d’y faire face, par exemple en identifiant ce qu’ils ont appris de cette expérience ou en s’adonnant à des activités permettant de mettre fin aux pensées négatives. Cependant, écouter et reconnaître leurs sentiments pessimistes, en particulier avant d’envisager d’autres options, est tout aussi important.

Façonner un récit

Les parents peuvent également aider les enfants et les adolescents à aborder sous un autre point de vue le rejet en leur partageant des histoires.

Ces histoires peuvent être les propres expériences de rejet vécues par l’adulte. Elles peuvent aussi s’inspirer d’anecdotes concernant des personnalités célèbres, de livres ou de films que l’enfant adore. Les histoires peuvent servir de repères pour aider à rebondir après un revers important.

Ne pas s’appesantir

Lorsqu’on essuie un refus, il est normal de se demander pourquoi. Même les parents peuvent essayer de trouver des raisons au rejet de leurs enfants, en incriminant un professeur injuste, ou en se demandant si leur enfant aurait pu travailler davantage. Certaines personnes peuvent rapidement tomber dans le piège de l’auto-accusation, ce qui peut entraîner de la tristesse, de la colère, du ressentiment et une baisse de l’estime de soi.

Au lieu de vous laisser entraîner dans un jeu de reproches, concentrez-vous plutôt sur la manière d’aider votre enfant à se tourner vers l’avenir. Encouragez-le à réfléchir aux opportunités à venir, à de nouveaux objectifs et aux leçons qu’il a tirées de cette expérience.

Favoriser les liens sociaux

Après une déception, il est normal d’avoir envie de se replier sur soi-même pendant un certain temps. Encouragez votre enfant à continuer à rester en contact avec sa famille et ses amis. Passer du temps avec d’autres personnes l’aidera à retrouver confiance en lui et à se sentir à sa place.

Il est également utile de garder à l’esprit que le rejet peut être ressenti comme une véritable douleur physique. Expliquer cela à votre enfant peut l’aider à mieux comprendre ce qu’il ressent. Comme une blessure physique, cette souffrance émotionnelle a besoin de temps pour guérir.

Avec un accompagnement adapté, les déceptions des enfants peuvent n’être que des contretemps temporaires. Ils peuvent apprendre à construire un réseau de soutien et à développer les ressources personnelles nécessaires pour faire face plus facilement aux prochaines difficultés.

The Conversation

Melanie J. Zimmer-Gembeck bénéficie d’un financement de l’Australian Research Council.

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