Source: The Conversation – France in French (3) – By Lewis Fall, Senior Lecturer in Human Physiology, University of South Wales

L’ESSENTIEL
Le stress psychologique aigu augmente la production de radicaux libres ;
Ces molécules déclenchent une cascade de modifications qui vont influer sur la coagulation sanguine ;
Ces travaux préliminaires pourraient ouvrir de nouvelles pistes pour diminuer le risque cardiovasculaire.
« C’est dans la tête. »
Nous avons tous déjà entendu cette phrase.
Lorsque les échéances professionnelles s’accumulent, que les soucis financiers persistent ou qu’une prise de parole en public imprévue se profile, nous avons tendance à considérer l’anxiété sous un angle purement psychologique – une épreuve que l’on surmonterait à force de volonté.
Mais notre organisme ne sépare pas le psychologique du physique. Le cerveau n’est pas une île, et l’anxiété ne reste pas confinée entre nos deux oreilles. Elle déclenche une cascade de modifications biochimiques rapides, qui se propagent dans la circulation sanguine et affectent l’organisme de manière mesurable.
Mes collègues et moi-même avons, dans une nouvelle étude, capturé en temps réel ce lien entre le corps et l’esprit en temps réel. En soumettant des volontaires en bonne santé à un test de stress mental aigu en laboratoire, nous avons découvert que ce dernier agit comme un véritable catalyseur, au sens chimique du terme. En quelques minutes, il augmente la production de molécules hautement réactives appelées radicaux libres. Ces molécules modifient à leur tour la manière dont se forment les caillots sanguins.
Pour le dire autrement : le stress psychologique peut physiquement agir sur le sang, le remodelant et le rendant plus susceptible de coaguler.
Les scientifiques savent depuis des décennies que le stress chronique est néfaste pour le cœur. De vastes études de population ont, à de nombreuses reprises, identifié le stress émotionnel comme étant un facteur de risque de maladie cardiovasculaire. En revanche, la manière précise dont une émotion pouvait mener à des modifications biologiques susceptibles d’accroître le risque cardiovasculaire demeurait moins claire.
Des perturbations de l’hémostase
Lorsque nous subissons un stress psychologique, l’équilibre délicat de l’hémostase – le système qui maintient la fluidité du sang tout en le préparant à prévenir les saignements en cas de besoin – se trouve perturbé. Le sang évolue alors vers ce que les scientifiques appellent un état d’hypercoagulabilité, autrement dit une propension accrue à coaguler.
Au sein de la communauté scientifique, le mécanisme à l’origine de ce phénomène demeurait sujet à débat.
Selon certains chercheurs, l’activation du système immunitaire par le stress provoquerait une inflammation généralisée. Pour d’autres, tenants de l’hypothèse de l’hémoconcentration, le stress concentrerait le sang à mesure que la tension artérielle augmente.
Avec mes collègues, nous soupçonnions qu’il pouvait exister une autre explication : le véritable instigateur de ces changements serait le stress oxydant, que l’on peut voir comme une « explosion » de radicaux libres. Déclenchée par la réponse fondamentale de l’organisme au stress, celle-ci agirait comme un interrupteur capable de modifier directement, en amont, les propriétés structurelles du sang.
Mettre le stress à l’épreuve
Pour tester cette hypothèse, nous avons mené une étude croisée randomisée et contrôlée auprès de huit jeunes hommes en bonne santé, âgés de 18 à 30 ans.
Cet échantillon peut sembler étonnamment restreint, mais les expériences qui examinent les modifications biologiques chez des sujets humains, dans des conditions de laboratoire rigoureusement contrôlées, sont complexes, chronophages et coûteuses. Plutôt que de rechercher des tendances généralisables à l’échelle d’une population, ce type d’étude vise avant tout à mettre au jour les mécanismes sous-jacents à l’œuvre dans l’organisme.
Chaque participant s’est rendu deux fois dans notre laboratoire, à une semaine d’intervalle. Lors d’une de ces deux visites, il restait au repos, tranquillement assis. Lors de l’autre, il se soumettait au test de stress social de Trèves, la référence, dans le domaine de la recherche, en matière d’induction d’un stress psychologique aigu. L’ordre des deux visites était entièrement aléatoire.
Ce test, qui reproduit les pressions sociales du quotidien, est délibérément inconfortable. Les participants disposaient de cinq minutes pour préparer un discours avant de le prononcer devant une caméra et un jury au visage impassible. Juste avant qu’ils ne commencent à parler, leurs notes leur étaient retirées.
Immédiatement après cette épreuve, on leur demandait de réaliser un exercice de calcul mental, en comptant à rebours à partir de 2003 par intervalles de 17. À la moindre erreur, ils devaient recommencer depuis le début.
Nous avons prélevé des échantillons sanguins immédiatement avant et après chacune des deux séances. Pour mesurer les radicaux libres, nous avons eu recours à une technique très sensible, la spectroscopie de résonance paramagnétique électronique. Nous avons également analysé la structure des caillots sanguins au moment de leur formation, ce qui nous a permis d’observer l’effet du stress sur le sang à l’échelle microscopique.

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Des modifications biologiques conséquentes
Les résultats que nous avons obtenus se sont révélés frappants. Lors de la séance de repos, la chimie sanguine des participants est restée stable. Après le test de stress, en revanche, deux phénomènes se sont produits simultanément : le taux de radicaux libres a augmenté et la structure des caillots sanguins s’est trouvée entièrement transformée.
Nous avons observé une hausse du radical libre ascorbate, le marqueur du stress oxydant que nous avions choisi. Celle-ci indique que le stress émotionnel accroît rapidement le stress oxydant dans l’organisme. Dans le même temps, les caillots en formation sont devenus plus volumineux, plus denses et la fibrine – les fibres protéiques qui confèrent au caillot son armature – y était plus étroitement compactée. Nous avons également relevé des indices montrant que le stress activait une composante du système de coagulation appelée voie intrinsèque.
Autre point tout aussi important à souligner : nous n’avons trouvé aucune preuve que le stress modifiait la viscosité ou la densité du sang. Ce résultat remet en question l’idée selon laquelle le stress agirait principalement en concentrant le sang.
Nos observations suggèrent au contraire que le stress modifie la qualité et l’architecture même du caillot. Elles apportent de nouveaux éléments montrant que même de brèves périodes de stress psychologique peuvent déclencher des modifications biologiques rapides associées à un potentiel de coagulation accru.
D’autres recherches seront nécessaires
Si nos travaux fournissent des indices importants sur la manière dont le stress psychologique affecte l’organisme, leurs résultats doivent être interprétés avec la prudence qui s’impose. Ils ne signifient pas que les personnes qui vivent une présentation professionnelle stressante ou une journée de travail difficile seront immédiatement victimes d’une crise cardiaque ou d’un accident vasculaire cérébral. Les maladies cardiovasculaires surviennent dans des contextes bien plus complexes que cela.
En outre, cette étude n’ayant porté que sur huit jeunes hommes en bonne santé, pour déterminer la portée de ces résultats, d’autres travaux devront être menés sur des cohortes plus vastes, incluant des femmes, des personnes âgées et des personnes atteintes de maladies cardiovasculaires.
Ces découvertes pourraient néanmoins ouvrir de nouvelles pistes pour réduire le risque cardiovasculaire. Plutôt que de se concentrer uniquement sur les aspects psychologiques du stress, de futures recherches pourraient tenter de cibler les voies biochimiques sous-jacentes, afin de déterminer si cela permettrait de protéger le système cardiovasculaire de certains effets physiques.
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Lewis Fall ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.
– ref. Qu’arrive-t-il à votre sang lorsque vous êtes stressé ? – https://theconversation.com/quarrive-t-il-a-votre-sang-lorsque-vous-etes-stresse-286281
