Source: The Conversation – in French – By Victoria Slonosky, Affiliate Researcher, Department of Geography, McGill University
Ces derniers temps, tornades, inondations, feux de forêt et tempêtes font régulièrement la une des journaux et sont considérés comme les signes avant-coureurs d’une catastrophe climatique imminente.
Le terme « sans précédent » revient souvent dans les reportages, mais ces phénomènes météorologiques perturbateurs sont-ils vraiment inhabituels pour les différents climats du Canada ? Comment le savoir ? On a l’impression d’être pris dans un océan d’événements, de statistiques et de crises, sans point d’ancrage ni repère.
Comme de nombreux scientifiques, les climatologues se tournent vers l’histoire pour établir une base à partir de laquelle travailler dans un monde en transformation. Les repères de crue et les pluviomètres datent de plusieurs millénaires. Quant aux thermomètres et aux baromètres modernes, ils ont été inventés au milieu du XVIIe siècle. Les données météorologiques et climatiques sont donc consignées depuis longtemps, ce qui nous permet aujourd’hui de disposer de plusieurs siècles de journaux météorologiques et d’archives climatiques.
Au Canada, les premiers relevés instrumentaux remontent à la première moitié du XVIIIe siècle, avec des relevés effectués dans la région de la baie d’Hudson dans les années 1730 et à Québec dans les années 1740. Nous détenons ainsi des données s’étendant sur plusieurs siècles.
Grâce à ces archives, nous avons accès à des connaissances à une très grande échelle, dans le temps comme dans l’espace. Lorsque nous avons en main des documents originaux, nous pouvons consulter des relevés météorologiques réalisés à des intervalles de quelques heures. Cela nous permet de suivre des événements intenses, mais brefs, tels que des averses soudaines provoquant des crues éclair, ainsi que des variations et des changements progressifs qui s’opèrent au fil des siècles.
En 2020, j’ai créé avec des collègues une association à but non lucratif appelée Open Data Rescue, dont la mission est de localiser, de transcrire et d’analyser des archives météorologiques et climatiques.
Grâce au soutien d’Environnement et Changement climatique Canada, nous avons retrouvé des données météorologiques et climatiques canadiennes concernant 50 sites dans des sources d’archives situées à l’étranger, principalement à la National Archives and Records Administration et au National Center for Environmental Information aux États-Unis, ainsi qu’à la bibliothèque et archives du Met Office au Royaume-Uni.
Notre recherche
Nous avons rencontré plusieurs défis pour transcrire des relevés météorologiques des XVIIIe et XIXe siècles et les utiliser à des fins d’analyse climatique. Tout d’abord, de nombreux relevés conservés dans le nord et le nord-ouest du Canada étaient envoyés par la poste à la Smithsonian Institution, à Washington, sous forme de registres mensuels.
On peut imaginer, à titre d’exemple, leur périple en canot ou en traîneau à chiens de Fort Rae, sur le Grand Lac des Esclaves, jusqu’à York Factory, sur la côte ouest de la baie d’Hudson, puis jusqu’à Washington. Les documents sont évidemment abîmés, déchirés et maculés d’encre, ce qui rend la reconstitution du texte original complexe, voire impossible.
Les observations ou les unités sont parfois difficiles à convertir. Avant la mise au point d’anémomètres fiables, la vitesse du vent était mesurée de diverses manières, principalement à l’aide d’échelles de force du vent basées sur des indices environnementaux tels que le bruissement des feuilles, le balancement des arbres, la fumée s’échappant des cheminées, ainsi que grâce à l’échelle de Beaufort.
Les membres du Corps du génie royal, en tant qu’ingénieurs, enregistraient la force du vent en livres par pouce carré en utilisant des livres et des onces. La conversion de toutes ces valeurs en mètres par seconde a nécessité des recherches approfondies.
Notre analyse des données météorologiques infrajournalières de la vallée du Saint-Laurent nous a permis de tirer une conclusion contre-intuitive : bien qu’il fasse moins froid — on observe en effet une nette tendance au réchauffement des températures hivernales les plus basses —, il n’est pas certain qu’il fasse plus chaud qu’auparavant en été, pendant la journée, dans le sud-ouest du Québec.
Même si nous sommes actuellement confrontés à des dômes de chaleur et à des températures en hausse, les récits du passé d’étés caniculaires, de sécheresses sévères, de vagues de chaleur et d’incendies trouvent aujourd’hui un écho particulier. Au-delà des gros titres, nous devrions peut-être accorder autant d’attention aux conséquences des hivers plus doux — avec des cycles répétés de gel-dégel entraînant des surfaces verglacées et une hausse des accidents — qu’aux vagues de chaleur à mesure que le climat évolue.
La crue de la rivière Rouge de 1826
Les inondations constituent un autre défi auquel nous sommes confrontés depuis longtemps. La crue de la rivière Rouge en 1826, dans ce qui est aujourd’hui le Manitoba, a été catastrophique. Survenant au terme de deux années de mauvaises récoltes, elle a frappé une population déjà mise à rude épreuve et affamée, qui a dû faire face à l’une des plus grandes inondations des 500 dernières années.
Cet événement a conduit au transfert du siège social de la Compagnie de la Baie d’Hudson d’Upper Fort Garry, situé dans l’actuelle Winnipeg, vers Lower Fort Garry, un site mieux protégé contre les inondations situé à 40 kilomètres au nord. Des ouvrages de protection contre les inondations ont été construits autour de la ville à la suite d’autres crues qui ont eu lieu au XIXe siècle, dans le but d’atténuer les catastrophes futures.
Le fait que nos ancêtres, qui disposaient de bien moins de ressources que nous, aient eu à affronter des événements similaires à ceux auxquels nous sommes confrontés aujourd’hui est rassurant. Il se peut que nous devions revoir certains de leurs choix pour trouver un meilleur équilibre entre notre volonté de contrôler notre environnement et les réalités de la vie sur une planète en constante évolution.
La restauration des zones humides pour remplacer les ouvrages de protection contre les inondations en béton en est un exemple. Nous avons fait preuve d’adaptabilité et de résilience par le passé. Nous devons continuer à le faire à l’avenir, tout en étant de plus en plus conscients des conséquences de nos actes.
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Victoria Slonosky est affiliée à Open Data Rescue. Les travaux de recherche présentés dans cet article ont été menés grâce à un financement d’Environnement et Changement climatique Canada, dans le but de retrouver et de transcrire des documents historiques.
– ref. Étés caniculaires, sécheresses, vagues de chaleur et incendies : voici ce que révèlent les données historiques sur l’évolution du climat canadien – https://theconversation.com/etes-caniculaires-secheresses-vagues-de-chaleur-et-incendies-voici-ce-que-revelent-les-donnees-historiques-sur-levolution-du-climat-canadien-286899
